polars asiatiques

Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 01:24

Depuis sa première apparition dans Bangkok 8, Sonchaï Jitpleecheep, flic dans le 8° district de Bangkok créé par l’anglais John Burdett est sans doute un des personnages les plus originaux du polar mondial. Il revient, une troisième fois, dans Bangkok psycho.

 

Il est toujours flic dans le 8° district de Bangkok, sous les ordres du tout puissant colonel Vikorn. Il est aussi toujours actionnaire du bordel que tient sa mère. Toujours boudhiste, et toujours le seul flic incorruptible de Bangkok. Ce qui en fait un être assez à part. Il est rare qu'il perde son calme, ou soit étonné. Et pourtant … Il vient de recevoir un DVD, contenant un snuff movie où Damrong, une prostituée dont il avait été désespérément amoureux, est mise à mort. Et même s'il semble être le seul à s'intéresser au sort de Damrong, même s'il doit se heurter à de très puissants personnages, Sonchaï est bien décidé à découvrir qui a organisé cette horreur.

 

Et allez, un snuff movie, un flic amoureux d’une pute, encore du sensationnel, du rabattu, du rabâché, de la perversion pour voyeurs … C’est vrai, on a tout ça, mais c’est en même temps une erreur. Une grave erreur.

 

Certes, avec un tel point de départ, il se pond du thriller plus ou moins frelaté au kilomètre. Mais John Burdett est d'une toute autre trempe, ceux qui ont lu Bangkok 8 et Bangkok Tatoo le savent.

 

Apprêtez vous donc à une plongée de plus dans l'enfer bouillonnant d'énergie de Bangkok, dans un ouragan de bruits, d'odeurs, de saveurs. Préparez vous à prendre de plein fouet le choc des civilisations occidentales et Thaïs, préparez vous à l'immersion dans un monde incompréhensible, et que pourtant l'auteur arrive à nous faire percevoir. Préparez-vous aux pires horreurs générées par la misère, la guerre, le désespoir …

 

… et en même temps préparez vous à l'énergie souriante la plus euphorisante qui soit. Préparez vous à l'humour, à l'amour et à la critique la plus radicale de nos manières d'occidentaux, mais également à celle des tares d'une société thaï corrompue jusqu'à l'os.

 

Préparez-vous à abandonner vos certitudes. Et préparez vous à de sacrés surprises, et un traitement totalement nouveau d’un thème pourtant usé (et abusé) jusqu’à l’os. Préparez-vous, puis lisez, Bangkok psycho, sans faute.

 

John Burdett / Bangkok psycho, (Bangkok haunts, 2007) Presses de la cité/Sang d’encre (2009), traduit de l’anglais par Thierry Piéla.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : polars asiatiques - Communauté : Le monde du polar
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Mardi 22 juillet 2008 2 22 /07 /2008 19:38

Après De soie et de sang, revoilà l’inspecteur Chen de Shanghai, de retour dans La danseuse de Mao, sous la plume de Xiaolong Qiu.

L’inspecteur principal Chen a l’habitude des enquêtes … délicates. Mais cette fois, la requête directe d’un ministre est carrément explosive. Il s’agit de rentrer dans les bonnes grâces de Jiao, une jeune fille secrétaire qui, du jour au lendemain, c’est retrouvée propriétaire d’un grand appartement et mène grand train. Or cette belle jeune femme n’a pas de protecteur riche, et elle est la petite fille d’une ancienne maîtresse de Mao. La sécurité intérieure soupçonne qu’elle est en possession de documents compromettants pour le Grand Homme, et qu’elle s’apprête à les vendre. Même si la Chine est en train de prendre le virage du capitalisme, il est hors de question, pour le Parti qui reste aux commandes, que n’importe quel document soit publié. La difficulté est double pour le pauvre Chen : Il ne sait pas ce qu’il cherche, mais c’est forcément brulant, pour tout le monde, y compris pour le policier qui le découvrira …

Xiaolong Qiu continue sa double chronique : D’un côté celle de la mémoire de la Révolution culturelle, de ses ravages, que les nouveaux dirigeants, les nouveaux riches, les messieurs Gros-Sous, et la jeunesse branchée de Shanghai veulent oublier. De l’autre, celle de l’évolution vertigineuse de la Chine en général, et de Shanghai en particulier, où des fortunes colossales sont en train de se forger, alors que la majorité des gens s’enfonce peu à peu dans la misère. Une Chine nouvelle qui découvre des inégalités sociales faramineuses, qui lui font parfois regretter l’égalitarisme et la sécurité économique du temps … de Mao.

ll continue également à parsemer ses romans de poèmes (ici, souvent, de la main même du Grand Timonier), et surtout de description de plats plus étranges les uns que les autres.

Ce dernier opus, toujours intéressant, est tout de même moins réussi que les autres : L’intrigue servant de prétexte est vraiment très relâchée (mais c’est souvent le cas), et surtout un peu tirée par les cheveux. Le moteur de l’intrigue ne convainc pas vraiment, et sa résolution tient plus du miracle à la limite de l’escroquerie que de l’enquête policière. Comme si Xiaolong Qiu perdait peu à peu l’envie d’écrire des romans policiers, pour se concentrer sur sa chronique de Shanghai. De mon point de vue, il y perd une certaine cohérence narrative. C’est dommage.

Xiaolong Qiu / La danseuse de Mao  (The Mao case, 2007), Editions Liana Lévi (2008). Traduction de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle.

Par Jean-Marc Laherrère - Publié dans : polars asiatiques - Communauté : SOIF DE LIRE...
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