Pour les minots

Mercredi 11 novembre 2009

Il y a quelques jours j’ai écrit que j’étais en train de mener une expérience de lecture extrême. Elle est maintenant terminée. Voilà de quoi il s’agit.

Certains parents, pourvu d’une imagination débordante, sont capables d’imaginer une histoire qu’ils racontent, jour après jour à leurs enfants. Pour ma part, je suis dépourvu de toute imagination. Et mes gamins adorent les histoires.

Donc en juillet dernier j’ai entamé une sorte de marathon : la lecture, à haute voix, du Seigneur des anneaux. Fin juillet, nous avons ouvert pour la première fois l’édition en un seul volume, illustrée par Alan Lee. Plus de 1000 pages, et les gamins ont pour la première fois entendu parler de Frodon, Sam, Merry et Pipin, puis de Gandalf et de tous les autres.

Et ça a marché, nous avons terminé ce matin.

Alors certes c’est un peu rude, il a fallu expliquer pas mal de mots. Il a surtout fallu expliquer la structure narrative qui, à partir du deuxième livre, se complique, partagée entre plusieurs groupes de personnages. Le plus difficile a été pour eux de comprendre qu’on pouvait parfois revenir en arrière et revoir, sous un autre angle, des événements déjà décrits et qu’ils considéraient comme acquis.

Malgré cela ils n’ont jamais lâché et ont insisté pour poursuivre, jour après jour. Mais surtout ils se sont enthousiasmés, ils ont ri de plaisir quand Gandalf réapparaît ou quand il y a des retrouvailles, pleuré à la mort du roi Theoden, se sont indignés quand un coup du sort leur paraissait trop injuste, ont protesté quand on s’arrêtait à un moment critique. J’avoue que j’ai un peu raccourci quelques descriptions et sauté quelques poèmes, mais vraiment très peu.

Et ce matin, gros coup de blues à la fin, et la question a jailli, immédiate : Qu’est-ce qu’on va lire maintenant ?

On a bien deux ou trois petits bouquins sous la main, mais après il va peut-être falloir attaquer Harry Poter. A moins que vous n’ayez d’autres idées …

Par Jean-Marc Laherrère
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Vendredi 30 octobre 2009

Un petit billet d’information pour les parents de minots accros aux séries. Trois séries qui marchent très fort viennent de sortir de nouveaux épisodes. J’ai nommé :

 

Dans la série des petites poules, un nouveau grand format vient d’arriver, et du coup le précédent Coup de foudre au poulailler est sorti en petit format (et donc moins cher). Ca cause d’amour, de théâtre … et de petites poules. Il n’y a aucune raison que ça ne soit pas aussi génial que les précédents.

 

Dans la série de l’école des massacreurs de dragons Wiglaf est de retour dans Demande de rançon. Là aussi, je ne leur ai pas encore lu, mais il n’y a aucune raison que le cocktail aventures, suspense et humour ne soit pas au rendez-vous.

 

Une découverte récente de l’aîné, huit ans, la cabane magique. Récente mais dévorante, et il s’est donc rué sur le n°34 qui vient de sortir, il s’appelle Un monstre sous les mers.

 

Voilà de quoi occuper la fin de vacances.

 

Quant à moi, je mène avec eux en ce moment une expérience de lecture extrême. Je vous en parlerai quand nous serons arrivé au bout.

 

Sur ce, je conclue cette avalanche de billets et vous annonce que le blog se met en vacances pour quelques jours. On se retrouve à la rentrée.

Par Jean-Marc Laherrère
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Vendredi 30 octobre 2009

Ca y est, j’ai cédé à la pression populaire et j’ai amené les deux minots voir Le petit Nicolas.

 

Et alors ? Et alors … impression en demi-teinte.

 

Première constatation, ils ont aimé. Il ont adoré Rufus faisant le guignol devant le Bouillon, ils ont adoré le papa de Nicolas faisant le pitre pour faire rire son fils, et la baffe que se récolte Agnan quand il enlève ses lunettes.

 

Je suis pour ma part beaucoup plus réservé.

 

Sur les acteurs, rien à dire. Les enfants jouent bien (et ce n’est pas gagné d’avance), et les adultes sont parfaits. Le casting est même étonnamment réussi, avec une tendresse spéciale pour les deux instits, à savoir la gentille Sandrine Kiberlain, et Anémone en peau de vache.

 

Pas de grands reproches à faire non plus aux épisodes pris parmi la myriade de possibilités, il fallait bien faire un choix, celui-ci en vaut bien un autre.

 

Mais c’est ensuite que ça se gâte …

 

L’humour des bouquins repose essentiellement sur deux choses : la déformation des faits induite par la vision qu’en a Nicolas, et le comique de répétition. Je n’ai retrouvé aucune des deux.

 

Certes Nicolas se trompe, interprète mal ce qu’il voit, mais dans le film tout est explicite. La « vraie réalité » est montrée, et Nicolas se trompe. Dans le livre on n’a QUE l’interprétation de Nicolas, et c’est dans le travail de transposition du lecteur que réside le rire. Mais il est vrai que c’était très difficile à passer à l’écran. Et sur ce plan là, je m’attendais à être déçu.

 

Plus incompréhensible, pourquoi avoir fait l’impasse sur le comique de répétition ? Une seule bagarre, un seul « Agnan sale cafard », un seul « regardez moi dans les yeux » … Là où, épisode après épisode, Nicolas explique, comme le font les enfants, pourquoi on l’appelle Le Bouillon, là où les bagarres éclatent à répétition, où Eudes multiplie les coups de poing sur le nez, et où cette répétition fait rire … J’avoue que je ne comprends pas le choix d’avoir effacé ce mécanisme pourtant très facile à transposer au cinéma.

 

Pour finir, la fin m’a semblé lourdingue. Jamais, au grand jamais, Goscinny ne s’est mis en avant de façon aussi grossière. Le « plus tard je voudrais faire rire les gens » est vraiment, vraiment de trop.

 

Bref, si vos enfants insistent, vous pouvez y aller, ce n’est pas indigne, mais vous pouvez également vous en passer sans risquer de manquer un chef-d’œuvre.

Par Jean-Marc Laherrère
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Mercredi 23 septembre 2009

Il y avait longtemps que je ne vous avais pas causé de mes minots …

Et puis, il y a eu là, un papier absolument, absolument … je ne trouve pas les mots pour dire l’horreur qui m’a saisie quand j’ai lu qu’on pouvait Le trouver répétitif, et même un peu vain ! Alors j’ai promis d’y aller de mon papier moi aussi.

Et puis il y a pire, il y a le film qui devrait sortir ces jours-ci.

Alors je me lâche : Nicolas, je t’aime !

Comment ? Mais non, vous êtes cons ou quoi ? Pas ce Nicolas là !!

Non le vrai, le seul, celui qui nous fait rire depuis des décennies, celui de Goscinny et Sempé. Enfin, vous n’avez quand même pas cru …

Donc depuis quelques temps je relis le Petit Nicolas sous le prétexte toujours pratique de le lire à mes minots. Et je me marre, et eux aussi. Et comme ça fait rire, c’est déjà indispensable, et donc ce n’est pas vain !

Bien sûr c’est répétitif, la structure est toujours la même (situation pré-connerie, montée de la pression ou de la mayonnaise, explosion de la connerie, conséquences de la connerie). Bien sûr, chaque fois, Nicolas présente des personnages que l’on connaît. Mais alors pourquoi on rit à chaque fois ? Pour moi cela relève, tout bêtement … du comique de répétition !

Et ça marche. Dès que Nicolas et ses copains se retrouvent pour une nouvelle activité, mes mômes disent, les yeux brillants, ça va finir par « tu veux une baffe ? » et par des « coup de poing sur le nez ». Ils frétillent (mes mômes), commencent à sourire, et éclatent de rire quand arrive la réplique attendue.

Et ils adorent qu’à chaque fois Nicolas dise : « Alceste, c’est le copain qui mange tout le temps ». Le jeu consistant à commencer la phrase, et à les laisser la terminer en chœur.

Et puis c’est vrai c’est daté. Mais c’est justement ça qui permet de mettre le doigt sur quelques évolutions de notre monde, et de montrer qu’il n’y a pas si longtemps :

Il n’y avait que des garçons dans la classe (quelle chance dixit le grand)

Les punitions c’était copier 200 fois (200 fois !!!!!)

Les mamans restaient à la maison (ben pourquoi elle va pas travailler ?)

Quand papa rentre tout est prêt (ben pourquoi il fait rien à la maison papa ?)

Les gens n’avaient pas la télé (pas la télé !!!???)

Les gamins n’avaient pas de playmobils, pas de DvD, pas de … et celui qui avait un ballon de foot était la vedette.

Etc …

Et moi, c’est l’écriture qui me fait rire, et qui me donne l’occasion de leur montrer comment l’écriture fait rire. Un exemple que j’ai retenu : Agnan se fait traiter de sale cafard en classe (normal, c’et un sale cafard cet Agnan). Et Nicolas déclare « et la maîtresse n’a pas su qui c’était sinon j’aurais eu une punition ».

Et là je leur explique que si l’auteur avait écrit « j’ai crié Agnan sale cafard mais la maîtresse n’a pas vu que c’était moi et je n’ai pas été puni » cela n’aurait pas été drôle …

C’est un des ressorts de l’humour de Goscinny, cette façon de ne révéler certains faits que de façon détournée. C’est aussi pour ça que je crains le pire pour le film. Parce que c’est un procédé purement littéraire, et que si on supprime l’écriture, il reste quand même, il faut l’avouer, des récits datés, répétitifs et laissant craindre une adaptation pachydermique.

En attendant VIVE LE PETIT NICOLAS !!!!!!!

Par Jean-Marc Laherrère
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Dimanche 14 juin 2009

C’est la faute à Rutés. Je persiste et signe. C’est à cause de La loi de l’ouest que j’ai fouillé dans mes DvD et que j’en ai tiré Mon nom est Personne. C’est à cause de lui que j’ai passé deux heures, un soir, à le revoir. Puis deux nouvelles heures, ce week-end, à la regarder avec mes gamins.


 

Parce que je suis un papa consciencieux, et que je n’aurais jamais montré à mes minots un film sans m’assurer qu’ils pouvaient le voir. Ils peuvent. Ils ont adoré.


 

Sans surprise, ils ont bien entendu préféré Terence Hill, ses grimaces, son sourire, ses baffes … Avec une mention spéciale à la scène du mannequin (si vous ne voyez plus de quoi il s’agit, il est temps de le revoir). Et bien sûr, ils ont adoré l’image finale, celle du d… au c… Faut avouer qu’à 6 et 8 ans, ça fait rire.

 

 

Plus étonnant, ils ont adoré la musique, même s’ils n’y ont forcément pas perçu toutes les références à celles des westerns de Leone. Et les images de la horde sauvage au grand galop.


 

Il a fallu expliquer un peu, et accepter qu’un tas de références leurs passent loin, très loin. Pas grave, on le reverra plus tard.

 

Bon, maintenant, il faut que je revoie un certain nombre de classiques, avant de les leur montrer. Quel dur boulot que celui de père.

 

 

En parlant de cinéma, et en changeant de genre. L’autre jour ils regardaient Le roi et l’oiseau. Ce roi, nabot, mégalo, suffisant, despotique, hargneux, bête, méchant, rancunier, dangereux et ridicule m’a fait penser à quelqu’un. Mais à qui donc …

Par Jean-Marc Laherrère
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Vendredi 8 mai 2009

Dure vie du père de famille. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir Dans la brume électrique, mais j’ai vu Ponyo sur la falaise … Ce qui m’amène à parler un peu cinéma pour les mômes.

 

Suivant les excellents conseils d’un guide incontournable dont j’ai déjà causé ici, à savoir, Le guide du cinéma pour les enfants, 500 DvD pour les 4-14 ans, dès qu’ils ont eu l’âge de rester tranquille devant un écran, j’ai abreuvé mes minots de films de toute époque, de tout style, couleur, noir et blanc, parlant, muet …

 

Résultats, maintenant, plus de récrimination parce que c’est « en gris », ou que les gens ne parlent pas. Gagné !

 

Et alors direz-vous ? Et alors, ils se régalent autant aujourd’hui, à 6 et 8 ans avec le magnifique Ponyo de 2009 qu’avec le King Kong de 1933 vu déjà deux fois en DvD. Ce qui permet d’acquérir un bagage correct, et de forger son esprit critique pour quand ils choisiront tous seuls ce qu’ils veulent voir.

Gagné aussi parce qu’ils ont été aussi enthousiastes face au combat titanesque, très bricolé, mais ô combien magique de King Kong contre le tyrannosaure que devant les effets spéciaux époustouflants du Monde de Narnia. Gagné parce qu’ils comprennent, très rapidement que, comme chez Miyazaki, il n’y a pas de méchant dans King Kong, seulement des victimes. Gagné parce qu’ils ont pleuré comme des madeleines à la mort de King Kong, ce qui montre un bon degré de compréhension du film, et d’empathie, malgré le noir et blanc, et le singe de toute évidence bricolé.

 

Gagné parce qu’ils se sont vite aperçus dans Ponyo, que celui qui paraissait méchant, ne l’était pas vraiment (ce qui est une des caractéristiques remarquables des œuvres du maître japonais).

 

Gagné aussi, très égoïstement, parce que je me régale à aller au cinéma ou à regarder des DvD avec eux …

Gagné enfin parce que ça ouvre des perspectives quasi illimitées quant aux centaines et centaines de films à découvrir …

 

Ce n’est pas un combat gagné d’avance, il demande un tout petit peu de boulot pour chercher les films qui marchent, prendre le temps de s’asseoir avec eux et partager leur enthousiasme. Et surtout, c’est un combat à mener tôt, à partir d’un certain âge, la résistance à ce qui est différent, en noir et blanc, ou plus lent, ou plus complexe, devient très forte à vaincre, alors qu’elle est quasi nulle au départ. Mais après, c’est le pied.

 

Dernière satisfaction en date, la semaine dernière, Le signe de Zorro, avec Tyrone Power, en noir et blanc, et en VO ! J’ai fait un peu de traduction, mais c’est tout. Je me suis régalé, mon fils et son copain aussi, et en plus ils ont reconnu, que Zorro, c’était le même que Jamie Boy dans Le cygne noir, et que le méchant était le même méchant que dans Les aventures de Robin des bois (à savoir Basil Rathbone) et que le curé était le même qui faisait frère Tuck dans le même Robin des Bois.

 

Vive moi, vive les minots, vive le cinéma, de 1933 à 2009.

 

 

Pour en finir avec les minots, côté bouquins, le volume 5 de Tous Pirates, La pyramide maudite est sorti.

 

 

Pour les grands, dimanche ou lundi je vous cause du nouveau roman, impressionnant d’Hervé Le Corre.

Par Jean-Marc Laherrère
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Vendredi 3 avril 2009

Il y avait longtemps qu’on n’avait pas causé des minots. Un petit mot en passant entre deux billets bien noirs …


Il y a déjà quelques temps j’avais mentionné ici une excellente série italienne : Tous Pirates, de Sebastiano Ruiz Mignone, illustrée par Manuele Fior.


Et bien elle continue, et c’est toujours aussi bien. Les auteurs ne sacrifient toujours pas à la mode hystérique et gesticulante (surtout cinématographique il est vrai). Ils prennent leur temps, décrivent la vie à bord ou dans les différents ports où nos pirates font escale, et osent même, quelle audace, en profiter pour étoffer la culture de nos minots en causant de la mythologie grecque, de la culture japonaise, ou le monde des pirates et des corsaires.


La série s’enrichit de nouveaux personnages, et offre une magnifique occasion de jeter un œil sur les cartes pour suivre les pérégrinations de Mongard, Volver, Puccio et Timmy Kid, d’Indonésie en Méditerranée, en passant par Madgascar et les Canaries.


Ces deux nouveaux volumes vont voir nos pirates préférés récupérer d’immenses statues en or du côté de l’Indonésie et affronter de terribles pirates chinois dans Les sept dormants d’or, puis changer complètement de cap pour aller voler Le Trésor du grand sultan à Constantinople où ils auront maille à partir avec les janissaires. Dépaysement, péripéties, abordages, batailles, humour, jurons, leçons d’escrime … et une bonne nouvelle, il y aura une suite, du côté des pyramides ! (vérification faite, il y a déjà deux autres volumes en italien).


Juste une petite précision. J’ai lu ici ou là que les auteurs surfaient sur la mode Pirates des Caraïbes. Peut-être, mais pas sûr. Il ne faut pas oublier qu’ils sont italiens, et qu’à ce titre ils ont été élevés avec Salgari, Sandokan, Le corsaire noir et tutti quanti ! Ce n’est donc pas un hasard si c’est d’Italie que nous vient cette excellente série, c’est une filiation directe.


Sebastiano Ruiz Mignone (auteur) Manuele Fior (illustrations) / Les sept dormants d’or (Tous pirates Vol3.) et Le trésor du grand sultan (Tous pirates Vol4.)  (I sette dormienti d’oro et Il tesoro del Gran Sultano, 2007), Nathan jeunesse (2008 et 2009). Traduction de l’italien par Fabienne-Andrea Costa.

Par Jean-Marc Laherrère
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Mardi 17 février 2009

Il était une fois un petit oiseau, qui adorait voler et voyager. Il n’aimait rien tant que rencontre les oiseaux d’autres pays. Et rien ne le mettait plus en rage que de voir ces pauvres oiseaux exploités par d’affreux vautours et aigles royaux.


El Cheruvicha, car c’est ainsi que s’appelle notre héros, ne pouvait s’empêcher de combattre l’injustice partout où il allait. Acquérir de l’argent ne l’intéressait absolument pas, par contre, il tenait une vertu comme essentielle, l’honnêteté.


Un jour, sur une île magnifique, il réussit à convaincre tous les oiseaux de se rebeller. La bataille contre les aigles royaux fut terrible, mais ils la gagnèrent. Et cela donna à notre Cheruvicha l’idée d’organiser tous les oiseaux du monde.


Et comme el Cheruvicha était foncièrement honnête, il fit ce qu’il disait, et parcourut la planète pour organiser les oiseaux, comme ceux de l’île. Jusqu’à ce que, malade et affaibli, il soit rattrapé par les vautours qui le tuèrent à coups de bec.

Ils croyaient en avoir fini avec lui, ils se trompaient. Car aujourd’hui encore, partout où des oiseaux se rebellent contre une injustice, le chant et le visage del Cheruvicha sont là.


Certes, ce n’est pas d’une grande subtilité, mais ce petit conte pour enfants à l’avantage de l’efficacité. Les miens ont trouvé que les aigles et les vautours étaient boludos y malos et le papa a rajouté, pas trop fort, hijos de la grandisima puta.


Et comme l’adversaire matraque en permanence avec des moyens qui ne brillent pas eux non plus par leur subtilité, un peu de contre propagande guevariste ne peut pas faire de mal.


Si un éditeur français passe par ici … Les illustrations sont très réussies.


Mempo Giardinelli illustrations de Alejandro Agdamus / El Cheruvicha, Un parajo honesto, Ediciones continente (Buenos, Aires, 2007).

Par Jean-Marc Laherrère
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Samedi 20 décembre 2008

Je fais habituellement une confiance aveugle à la cinémathèque toulousaine dans sa programmation pour les gamins. Une fois de plus, bien m’en a pris. Ce week-end, au programme, Gunga Din film d’aventure de 1939 se déroulant en Inde. J’y vais.


Les cinéphiles, les vrais, se gausseront, mais dès le générique, je jubilais. Scénariste, Ben Hecht, d’après Kipling, avec Cary Grant, Douglas Fairbanks Jr et Victor Mclagen ! Waouw !


Bon, pour ceux qui sont encore moins cinéphiles que moi, Ben Hecht, fut un des grands scénaristes de l’âge d’or d’Hollywood, Cary Grant, tout le monde connaît, Douglas Fairbanks Jr c’est avec Errol Flynn le grand grand des films d’aventure et de cape et épées, et Victor Mclagen, c’est la brute, l’éternel sous-of des films avec John Wayne (Rio Grande ou La charge héroïque par exemple), son ennemi dans L’homme tranquille, le second rôle incontournable, le Noël Roquevert américain quoi (mais en général avec des rôles plus sympathiques) !


Deux heures de pied. Bon certes, il faut passer sur une idéologie colonialiste … d’époque. Comme toujours chez Kipling, comme dans les premiers Tarzan.


Une fois passé ce petit écueil, c’est le pied. Le charme de Fairbanks, les pitreries de Grant et McLagen, des bagarres, des batailles en veux-tu en voilà, des éléphants, des charges de lanciers, des méchants étrangleurs très méchants, des cobras, un temple en or, Shiva, les montagnes, des passerelles qui ne tiennent qu’à un fil …


Et la légèreté du cinéma américain de cette époque, son sens de l’espace, du rythme, du grandiose … Même si ce n’est pas Ford, puisque c’est réalisé par George Stevens, c’est du grand spectacle qui ne prend jamais les spectateurs pour des poires, mais ne se prend pas non plus au sérieux.


Et sous les dehors de la farce menée tambour battant par un Cary Grant en grande forme, il y a de vrais moments d’émotion, de suspense, de souffle épique …


Gabriel 7 ans c’est éclaté, et son papa … aussi. Et tant qu’à amener ses mômes au ciné, franchement, je préfère ça que Madagascar 2 et ses animaux totalement hystériques (j’ai vu le 1, je vais essayer de passer au travers du 2).


Pour ceux qui l’ont raté ce week-end à Toulouse, ça doit bien exister en DvD, et surement passer, un jour ou l’autre, sur l’une des mille chaînes que l’on reçoit maintenant. N’hésitez pas, montrez-le aux pitchouns, éclatez-vous avec eux, avant qu’il ne soit trop tard, et qu’ils refusent de voir un film sous prétexte qu’il est « gris ».


Dernier plaisir pour les grands, je me suis aperçu à la toute fin que le début d’un de mes films fétiches, à savoir la Party avec le génialissime Peter Sellers est un hommage à la fin de Gunga Din. Je me coucherai moins bête ce soir.


Pour les toulousains, 2009 commencera très fort à la cinémathèque avec l’incontournable Invanhoé.

Par Jean-Marc Laherrère
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Dimanche 14 décembre 2008

Une petite chronique pour les minots pour changer, avec cette superbe série qui les a passionné : C’est devenu un film depuis (je ne l’ai pas vu), ça s’appelle Les chroniques de Spiderwick, de Holly Black, illustrées (magnifiquement) par Tony di Terlizzi.


Commençons par un détail, qui a son importance quand on parle de bouquins pour les enfants. J’ai lu quelque part « A partir de 10 ans ». Peut-être pour qu’ils le lisent tous seuls. Mais lu par les parents, je vous garanti que Ana (5 ans et demi) et Gaby (7 ans) ont été scotchés, et attendaient impatiemment la suite chaque fois que je m’interrompais. Donc si vos gamins ont déjà l’habitude d’écouter des histoires « à suivre », car il y a quand même cinq volumes assez conséquents, vous pouvez y aller.


Venons-en à l’essentiel. La famille Grace, ou du moins ce qu’il en reste depuis que le papa s’est fait la malle, s’installe à la cambrouse, dans un vieux manoir décrépit. Simon et Jared, 9 ans et Mallory, 13 ans, championne d’escrime ne sont pas enchantés mais … Mais très vite ils s’aperçoivent qu’il se passe d’étranges choses dans cette maison, et de bien plus étranges encore dans la forêt voisine. Ils vont alors découvrir un monde étrange, peuplé de lutins, trolls, elfes, gobelins … Lesquels sont, au mieux, particulièrement irritants, au pire, mortels. Et bien entendu, inutile d’en parler aux adultes autour d’eux …


Par quoi commencer ? Ce qui marche, bien entendu, c’est de prendre des enfants pour héros. Mieux encore, des enfants incompris par les adultes. Ca c’est déjà bingo. Là où Holly Black fait fort, c’est qu’elle construit une véritable histoire, avec suspense et rebondissements, et surtout, crée de vrais méchants, immondes, atroces, violents, sans pitié et sans remords. Pas des méchants pour rire qui se révèlent finalement gentils, ni des méchants dont on se moque. Non, des vrais croque-mitaines, qui font peur. Du coup, on y croit et on a envie, et peur, de connaître la suite.


Ensuite, les enfants ont des réactions d’enfants. Ils ont très peur, doutent, tremblent, rient … Comme des mômes. Et surtout, quand ils sont confrontés à la mort (et encore plus quand ils sont obligés de tuer pour sauver leur peau), ils sont choqués, secoués, bouleversés. De ce point de vue là l’histoire n’est pas édulcorée.


Le vocabulaire très riche, et demande parfois quelques explications ; et c’est très bien ainsi. Et on rit aussi, avec en particulier Tête-de-lard, le bien nommé, personnage mal embouché dont les diatribes sont d’une verdeur très … Haddokienne (ça se dit ça ?), même si elles sont sur un autre registre.


Exemple : « Faces de crapauds ! continua-t-il. Quadruple buses ! Têtes de crânes ! Bouillie de cervelle moisie ! » ou « Pour toi ce sera Monsieur Hobgobelin, mollusque d’eau sale, restifia Tête-de-lard ». Et ça, ça plait beaucoup !


Pour finir, les livres (du moins dans l’édition originale en cinq volumes) sont de magnifiques objets, avec papier somptueux et pages non massicotées, ce qui donne un rendu « magique » et les illustrations en noir et blanc de Tony di Terlizzi sont superbes.


Holly Black (texte) et Tony Di Terlizzi (illustrations) / Les chroniques de Spiderwick (The Spiderwick chronicles, 2003-2004), Pocket/Jeunesse (2004-2005), traduit de l’américain par Bertrand Ferrier.

Par Jean-Marc Laherrère
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