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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 23:41

Cela fait quelques temps que j’entends parler d’Abdel Hafed Benotman, que les copains me disent de le lire … Je l’ai même croisé brièvement lors de la dernière AG de l’association 813 … Mais voilà, il sort tant de livres, et de bons livres, que je l’avais raté. Oubli réparé grâce à la réédition en poche d’Eboueur sur échafaud. Il était temps. Je passais vraiment à côté d’un auteur remarquable.

 

Dans la famille Bounoura il y a : Benamar, le père, colosse analphabète qui se venge à la maison des humiliations qu’il subit tous les jours au dehors et cogne sur tous ceux qui contestent sa loi ; Nabila, la mère qui ne peut oublier l’Algérie, ne parle quasiment pas français, et sombre peu à peu dans une folie dont la violence s’exerce tour à tour sur ses enfants et sur elle-même ; Nourredine (dit Nono), l’aîné qui voudrait faire du théâtre ; Karima (dite Kim) et Nadia (dite Nadou), les deux filles qui, chacune de son côté, va trouver sa façon d’échapper à la tyrannie et à la violence du père ; et Faraht (dit Fafa, le narrateur), le petit dernier, battu, martyrisé à la maison, moqué au dehors, qui avec ses rares copains va se rebeller, se battre et plonger, peu à peu, dans la délinquance. Tout cela se passe à Paris, fin des années 60, début des années 70. D’après Benamar le tyran, Fafa n’a que deux avenirs possible : éboueur ou sur l’échafaud.

 

Etonnant. Alors que le fond de l’histoire (folie, maltraitance, brutalité sur un enfant, racisme, obscurantisme … et j’en passe) est sinistre, on arrive à sourire et à se laisser emporter par la beauté de la langue, et la vitalité du narrateur. Même si l’auteur ne laisse aucune illusion à son lecteur, c’est bien l’éducation d’un délinquant qui va passer de très nombreuses années en prison, avec la noirceur et la misère que cela implique, qui est ici décrite, on ne peut s’empêcher de … prendre du plaisir à la lecture.

Etonnant vraiment, car malgré la noirceur de l’ensemble c’est bien cela qu’il se passe, on prend du plaisir ! Avant d’être rattrapé par le fond, d’un noir profond. Miracle de la langue, du style … miracle de la littérature pour faire bref.

 

C’est aussi qu’il y a un côté Malaussène dans cette famille Bounoura. Des Malaussène où l’amour et la solidarité auraient été remplacés par la colère, la haine ou la folie. Mais par certains côtés, on retrouve la même chaleur, même si ici elle brûle au lieu de réchauffer. Et puis il y a de magnifiques pages sur l’amitié, la révolte, ou la complicité entre Fafa et Nadou. Il y a surtout une humanité, une énergie flamboyante, une envie de vivre qui emportent tout. Aucune froideur, aucune indifférence.

 

Les copains avaient raison (comme toujours), il fallait que je lise Abdel Hafed Benotman.

 

Abdel Hafed Benotman / Eboueur sur échafaud, Rivages Noir (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 21:48

Du toulousain Dominique Delpiroux j’avais lu Le labyrinthe des légumes, que j’avais bien aimé, malgré quelques failles dans l’intrigue. Puis j’ai raté Felix Rex, première apparition de Camille Forestier. La revoici dans ce Légionnaire Victor au titre énigmatique.

 

Camille Forestier n’est pas un inspecteur qui passe inaperçue. Du haut de son 1,92 pour plus de 90 kg elle n’est pas exactement le prototype de la faible femme. Et pourtant, elle va en baver au cours de cette enquête inquiétante qui commence par la découverte d’un militaire à la retraite retrouvé à l’état de squelette nettoyé de toute trace de viande. Une vieille baderne que l’on avait pourtant vu bien vivant quelques heures auparavant. Et la découverte de divers tas d’os, humains ou animaux, dans les environs de sa petite ville de la côte Atlantique n’est pas faite pour rassurer notre enquêtrice de choc. Sans compter qu’elle doit aussi passer à la télé, s’occuper de sa fille, assurer ses cours de karaté, aimer son mari, s’inquiéter de sa famille aveyronnaise. Dure vie assurément …

 

Autant le dire d’entrée, ce roman n’est pas le choc l’année. Mais on ne peut pas non plus passer sa vie de lecteur à se faire secouer, baffer, assommer. Parfois, on recherche juste une bonne histoire, et un bon moment de lecture. Légionnaire Victor offre tout ça.

 

Le style est vif, enlevé, gouleyant. Les personnages, Camille en tête sont, suivant les cas, attachants, émouvants ou joliment croqués et moqués. L’histoire, tout en ayant un petit côté qui fait penser aux lectures qui nous faisaient à la fois trembler et rire dans notre jeunesse folle, sait également s’enrichir de péripéties et développements annexes qui donnent une profondeur aux personnages et à la description de la petite ville.

 

Bref, on passe un excellent moment de lecture.

 

Dominique Delpiroux sera aussi de la partie, avec Benoît Séverac lors d’une très prochaine rencontre organisée par TPS. Je vous en reparle bientôt. Comme je vous parlerai du troisième invité.

 

Dominique Delpiroux / Légionnaire Victor, L’écailler (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 22:20
Me revoilà à Toulouse.

J'en profite pour vous rappeller que l'association TPS a lancé un concours de nouvelles sur le thèmes "De Toulouse à L'espagne (ou vice-versa)". Le règlement est consultable sur le blog de l'association, là.

Et comme je suis très serviable, je vous offre ici même le dit règlement au format doc.

Il ne vous reste plus qu'à faire suivre, ou à participer vous-même.

Dès demain, je reviens sur mes lectures.
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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 22:43

Attention, le billet qui suit est fortement déconseillé aux cartésiens, amateurs de machineries huilées, d’intrigues au cordeau, de logique implacable. Aller simple de Carlos Salem (j’ai failli écrire Carlos Gardel !) est complètement foutraque, loufoque, cinglé … et cohérent.

 

Octavio, terne fonctionnaire d’une terne mairie de province catalane, renaît le jour où son dragon de femme meurt lors de sa sieste dans un hôtel de Marrakech. Juste au moment où, indécis, il se demande quoi faire du corps et de sa vie, un escroc baratineur et argentin débarque dans sa vie et balaie toutes ses certitudes.

Octavio se retrouve alors embarqué dans une errance automobile qui va le mener au fin fond du désert, puis de retour en Espagne, et lui faire rencontrer un chat nommé Jorge Luis, un prix Nobel de littérature qui n'a jamais écrit une ligne, des espions boliviens teigneux, l'amour de sa vie … et Carlos Gardel. Un Gardel qui, contrairement à ce que croit tout le monde, n’est pas mort à Medellin mais a vécu dans le plus grand secret, et qui est bien décidé à retrouver et abattre Julio Iglesias pour crime contre la culture, le bon goût et le tango.

 

Putain quel roman gonflé et casse-gueule ! Il avait tout pour partir en vrille et finir dans le fossé. L’auteur enfile les rebondissements, plus invraisemblables les uns que les autres, ne sort ses personnages d’une situation sans issue pour les plonger dans un merdier encore plus grand, multiplie les coups de force, en bref devrait se planter cent fois.

 

Et il n'en est rien. Un vrai miracle, à chaque péripétie, il prend un peu plus de vitesse, et continue, en déséquilibre permanent, sans jamais tomber. Un exercice de haute voltige qui permet de tout faire passer, de donner de la cohérence à sa succession d'invraisemblances !

 

Et tout cela passe parce qu’il joue magnifiquement sur l'émotion et l’humour. Il enchaîne les scènes d'anthologie, comme ce film tourné la nuit en plein désert, par un réalisateur fou mais génial et … sans pellicule ; comme un soir de match de foot de la coupe du monde, comme la rencontre entre l'escroc argentin et Gardel, comme …

 

Les personnages sont extraordinaires, d'une humanité profonde, on les aime à la première ligne. L'humour, bien entendu, est toujours présent, mais c'est l'amour de l'auteur pour ses personnages, sa tendresse pour ces ratés magnifiques qui fait tout passer. Et le lecteur passe sans cesse de la tristesse au sourire, des larmes au rire, sans transition, souvent dans la même scène.

 

Si l’auteur était brésilien on parlerait de saudade, comme il est argentin, les références évidentes sont bien entendu le tango, Borges et Osvaldo Soriano (remercié au début du roman). Et le plus beau est que ce superbe premier roman est digne de tous ces parrainages écrasants.

 

Carlos Salem / Aller simple, (Camino de ida, 2007) Moisson rouge (2009), traduit de l’espagnol (Argentine) par Danielle Schramm.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 08:59

Finalement, on n’est plus déconnecté nulle part … Voici donc, le second roman de Benoît Séverac qui, après s’être intéressé aux gallo-romains de la région de Saint-Gaudens dans Les chevelues fait un grand bond dans le temps, avec ce Rendez-vous au 10 avril.

 

Cela fait trois ans que la grande guerre est terminée, trois ans qu’il a des cauchemars toutes les nuits, des cauchemars qu’il tient plus ou moins à distance en s’abrutissant d’alcool et de morphine. Il est Inspecteur à Toulouse, et il est mal vu. Parce qu’il boit, parce qu’il ne respecte pas grand-chose, parce qu’il n’est pas de là, parce qu’il se fout des codes de la ville, parce qu’il ne craint plus rien. Sa peur, comme son âme, sont mortes quelque part dans les tranchées. Alors quand un suicide suspect est signalé dans le bastion très fermé qu’est l’école vétérinaire, contrairement à ses collègues qui ne veulent pas faire de vagues, il décide d’enquêter, quelque en soit le coût.

 

Préparez vous à une bonne plongée dans le noir bien profond. Noir comme le narrateur, complètement détruit par la guerre, qui tente de noyer des souvenirs insupportables de toutes les façons possibles, qui a perdu une bonne part de son humanité, et toutes ses illusions sur la nature humaine, et se demande jour après jour pourquoi il ne cherche pas le réconfort dans la mort.

 

Noir par l’évocation des séquelles de la guerre dans toute la société française. Chez les survivants fracassés, chez les autres, qui font preuve d’autant plus de patriotisme agressif et imbécile qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’on vécu les poilus.

 

Noir comme la description sans complaisance de l’hypocrisie et de l’injustice de la bonne société toulousaine, qui écrase les pauvres et protège, à tout prix ses secrets et ses notables, même les plus dégueulasses.

 

Noir enfin par son intrigue qui ne fait aucune concession et va au bout de sa logique, sans pitié pour les personnages, ni pour le lecteur. Si on ajoute une belle écriture qui colle parfaitement à son sujet, on a, décidément, un très bon roman … noir.

 

J’aurai en mai le plaisir d’animer, dans le cadre des actions polars de Toulouse Polars du Sud, une rencontre avec Benoît Séverac et deux autres auteurs toulousains. J’en reparlerai ici même.

 

Benoît Séverac / Rendez-vous au 10 avril, TME/Noire d’histoire (2009).

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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 11:40
Je m'absente quelques jours, mais pendant la pause, la lecture continue ...

Je ne sais pas s'il me sera facile de me connecter, rendez-vous en fin de semaine.
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Published by Jean-Marc Laherrère
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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 00:06

Chouette, un nouveau Gianrico Carofiglio, on va retrouver son avocat, Guido Guerrieri, déjà rencontré et . Raté. Le passé est une terre étrangère, comme les deux romans précédents, se déroule à Bari, mais l’auteur y change de personnage et de cap.

 

Giorgio prend son café dans un bar, intrigué par une femme qui le fixe. Elle finit par le rejoindre et lui dire son nom. Un nom qui projette Giorgio dans le passé, cette terre étrangère. En 1989, quand il était encore étudiant et qu’il fit la connaissance de Francesco. Un garçon fascinant, mystérieux, qui allait l’initier au monde du jeu, de l’escroquerie, de l’argent facile et de la manipulation. Un monde où les frontières entre ce qui est défendable et ce qui ne l’est pas deviennent de plus en plus floues. Un monde dans lequel Giorgio s’enfonce, perdant peu à peu ses repères …

 

Gianrico Carofiglio change donc de personnage et de style de récit mais fait preuve de la même empathie étonnante que dans les romans précédents. On est au plus près du ressenti du personnage qui coule, petit à petit, sans s’en rendre compte. On perçoit, en cours de lecture, qu’un malaise s’est installé, sans pouvoir dire avec certitude depuis quand il est là. On sent bien que le personnage court à la catastrophe, sans arriver à deviner de quelle catastrophe il s’agit.

Dans ce bijou de finesse, Carofiglio réussit à renouveler de façon très émouvante un des archétypes du roman noir : le récit d’une déchéance annoncée. Il confirme ainsi qu’il est un grand du roman noir, et pas seulement un grand du thriller judiciaire.

 

Gianrico Carofiglio / Le passé est une terre étrangère, (Il passato è una tierra straniera, 2004) Rivages Thriller (2009), traduit de l’italien par Odile Rousseau.

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 18:52

« Les auteurs prometteurs ça ose tout », dixit Jean-Hugues Oppel dans la préface de La loi de l’ouest de Sébastien Rutés. Il a raison le bougre.

 

William Larue est une sorte de grand ado attardé, passionné de westerns et acteur de seconde zone. Une série télé pitoyable, quelques second rôles médiocres, une femme riche et belle qui l’entretient, une selle, un stetson, des collections de westerns et de BD … C’est son univers, il s’y sent bien. Jusqu’au jour où, alors qu’un début de chance s’offre à lui avec Arizona Bill, le premier rôle dans un western français, la dégringolade commence : viré par sa femme, il se retrouve dans un hôtel de passe, au contact avec une frontière, bien réelle, en plein Paris. Celle  qui sépare, très efficacement, ceux qui n’ont rien (ni papiers, ni argent, ni avenir), du reste de la population. Epaulé par Arizona Bill et inspiré par les grands anciens, d’Eli Wallach à Kirk Douglas en passant par Gary Cooper, William Larue saura-t-il brandir l’étendard de la révolte et organiser la défense de Fort Alamo ?

Si vous pensez que John Ford est un constructeur de voiture, Bud Spencer une marque de bières, et Terence Hill un comique anglais ce roman n’est peut-être pas pour vous. Certes, vous pouvez en apprécier l’histoire, au premier degré, mais vous allez passer à côté de toutes les références, ce qui serait dommage.

 

Si par contre vous êtes, comme moi, fana de westerns, si les noms de Wyatt Earp et de OK Corral vous évoquent Henry Fonda, Kirk Douglas ou Burt Lancaster,  si le début de phrase « Le monde se divise en deux catégories :… » amène automatiquement un sourire sur vos lèvres, ou si vous avez la nostalgie de vos Davy Crockett de la bibliothèque verte, précipitez vous.

 

Parce que c’est une belle parabole qui montre, fort intelligemment, où sont nos territoires hostiles, et qui, aujourd’hui, se trouve dans la peau, des indiens massacrés, des texans résistants d’Alamo, ou des justiciers combattant les puissants. Parce que c’est un roman sacrément gonflé, qui, comme le dit le préfacier, ose tout (et accessoirement le réussit). Parce que vous allez dévorer le roman sourire aux lèvres en vous remémorant tel ou tel moment d’anthologie de vos films préférés. Parce qu’une fois le roman refermé, vous allez vous précipiter sur vos DVD …

 

Et en parlant de moment d’anthologie, je soupçonne Sébastien Rutés de s’être sacrément amusé en écrivant le chaos final. Moi, en tout cas, il m’a fait un bien fou. Une belle bagarre, où il ne manque que Victor McLagen. Et un coup de latte dans les roustons qui va en faire rêver plus d’un (lisez, vous verrez si je mens).

 

Ne serait-ce que pour ça, qu’il soit remercié.

 

Sébastien Rutés / La loi de l’ouest, L’atinoir (2009).

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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 23:43

Il me fallait bien un Dortmunder entre Iode et Anaisthêsia, le nouveau Antoine Chainas.

 

 

Quelque part en France. Désiré Saint-Pierre est un symbole, un alibi que l’on exhibe aux média pour montrer que, non, la police française n’est pas raciste, et qu’il y a des noirs venus des quartiers pourris qui peuvent réussir. En tant que flic, Désiré n’est pas en odeur de sainteté dans son quartier. En tant que noir, il n’est pas franchement adoré par ses collègues. Mais depuis son accident de voiture qui l’a amené aux portes de la mort, Désiré s’en fout. Il se fout de tout d’ailleurs. Il ne sent plus rien. Ni douleur, ni empathie, rien. Mais il continue à vivre, et, avec ses collègues, à traquer la tueuse aux bagues qui sème les cadavres sur sa route.

 

Après Versus, tout le monde attendait Antoine Chainas. Le revoilà, avec Anaisthêsia à la fois identique et totalement différent.

 

Identique parce que son univers est toujours aussi noir, parce qu’il explore une fois de plus nos marges et nos déviances, parce que son écriture a gardé son impact, son rythme lancinant, parce qu’il a une manière unique de jouer des répétitions et des accumulations sans jamais donner l’impression de « faire » du style.

 

Différent parce qu’après la furia, la déferlante de rage et de haine de Nazzuti dans Versus, nous sommes ici à l’opposé du spectre émotionnel, avec un personnage totalement indifférent à tout, sans aucun ressenti, sans aucune émotion. Le passage du brûlant au glacial, toujours aux extrêmes (je n’invente rien, il le dit dans l’interview citée ci-dessous, mais promis juré, c’est bien ce qu’on ressent).

 

Une bonne illustration de ce contraste est donnée par les débuts des deux romans. Jugez plutôt :


Versus


"Enfoiré ! espèce de tapette à la con ! Sale fiotte de merde ! Pedzouille ! Putain de bouffeur de terre jaune ! Enfileur de bagouses ! Tu crois que je vais me laisser faire tata Yoyo ? Tu crois que j'ai peur de toi ? Peur de ce que tu pourrais faire ? Mais je t'emmerde ! Je t'emmerde bien profond."


Anaisthêsia :

 

" Ils disent que quand tu meurs, on t’enferme dans une housse biodégradable Hygéral 100 avec une fermeture en nylon et drap absorbant conforme au décret numéro 8728 du quatorze janvier quatre-vingt-sept, article vingt-neuf, agréée par le ministère de la Santé et de l’Action humanitaire. "

 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce roman, sur son choix de détailler ainsi les objets et leurs marques, sur son contexte historique et géographique qui le situe hors du temps et du pays, tout en décrivant si bien notre époque et notre belle France, sur ses descriptions des différentes maladies mentales sur … Mais est-ce bien utile ? Il est bien résumé ainsi :A près la rage, l’indifférence, après le brûlant, le glacial. Que nous réserve le prochain ? Une seule chose est sure, il ne sera certainement pas tiède.

 

Sur polar blog, une interview d’Antoine Chainas par Bastien Bonnefous.

 

Antoine Chainas / Anaisthêsia, Série noire (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 22:39

J’en rêvais, rivages l’a fait … Fan tardif de Donald Westlake et de Dortmunder (je n’ai découvert le polar qu’à partir de la fin des années 80), et heureux ami de quelques pointures es culture polardeuse (dont l’incontournable Claude Mesplède), cela faisait des années que j’entendais parler d’un Dortmunder où le voleur le plus calamiteux de New York se retrouvait dans un couvent et devait aider des bonnes sœurs à récupérer une nonne séquestrée par son père. J’en salivais, et désespérais de ne jamais lire cet épisode. Ca y est, rivages l’a réédité, ça s’appelle Bonne conduite et c’est à la hauteur de mes espérances.


Voici donc l’histoire. A l’issue d’un casse encore plus calamiteux que d’habitude, Dortmunder se trouve suspendu à une poutre, 10 mètres au-dessus d’un groupe de nonnes qui ont fait vœux de silence. Un bon départ non ? En échange de leur aide, il accepte d’aider Sœur Marie du machin du bidule (elles s’appellent toutes Marie du machin du truc) à échapper à son père, aussi riche que tyrannique (et il est très très riche). Premier hic, elle est tenue prisonnière au dernier étage d’une tour absolument inviolable. Et ce n’est que le premier hic, car, bien entendu, les catastrophes en chaîne vont s’abattre sur John et son équipe de bras cassés.


Il n’y a pas de mauvais Dortmunder. Seulement des bons, et des très bons. Celui-ci est dans la deuxième catégorie. Eclats de rire garantis. Ce pauvre John ne se sort d’une situation impossible que pour tomber dans une autre plus impossible encore (et dans ce domaine, l’imagination de Donald Westlake ne connaissait aucune limite). Tiny y est, comme dans les romans de cette première période, beaucoup plus effrayant que par la suite, même pour ses complices (c’en est d’autant plus drôle, bien entendu). Et ils récupèrent un complice 100% westlakien, sorte de vieux pervers pépère absolument hilarant.


En toile de fond, et l’air de rien, Westlake en profite, dès 1968, pour brosser un tableau des plus actuel de la mégalomanie et du pouvoir de nuisance des individus les plus riches.


Si quelqu’un, parmi mes lecteurs, sait pourquoi Westlake a repris son texte en 1985, je suis intéressé par l’information. Quoiqu’il en soit, voilà pour les fans de John un épisode absolument indispensable.


Donald Westlake / Bonne conduite, (Good behavior, 1968 et 1985) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Rosine Fitzgerald, traduction revue et complétée par Patricia Christian.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands classiques
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