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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 22:08

Il y avait longtemps qu’on n’avait pas causé des minots. Un petit mot en passant entre deux billets bien noirs …


Il y a déjà quelques temps j’avais mentionné ici une excellente série italienne : Tous Pirates, de Sebastiano Ruiz Mignone, illustrée par Manuele Fior.


Et bien elle continue, et c’est toujours aussi bien. Les auteurs ne sacrifient toujours pas à la mode hystérique et gesticulante (surtout cinématographique il est vrai). Ils prennent leur temps, décrivent la vie à bord ou dans les différents ports où nos pirates font escale, et osent même, quelle audace, en profiter pour étoffer la culture de nos minots en causant de la mythologie grecque, de la culture japonaise, ou le monde des pirates et des corsaires.


La série s’enrichit de nouveaux personnages, et offre une magnifique occasion de jeter un œil sur les cartes pour suivre les pérégrinations de Mongard, Volver, Puccio et Timmy Kid, d’Indonésie en Méditerranée, en passant par Madgascar et les Canaries.


Ces deux nouveaux volumes vont voir nos pirates préférés récupérer d’immenses statues en or du côté de l’Indonésie et affronter de terribles pirates chinois dans Les sept dormants d’or, puis changer complètement de cap pour aller voler Le Trésor du grand sultan à Constantinople où ils auront maille à partir avec les janissaires. Dépaysement, péripéties, abordages, batailles, humour, jurons, leçons d’escrime … et une bonne nouvelle, il y aura une suite, du côté des pyramides ! (vérification faite, il y a déjà deux autres volumes en italien).


Juste une petite précision. J’ai lu ici ou là que les auteurs surfaient sur la mode Pirates des Caraïbes. Peut-être, mais pas sûr. Il ne faut pas oublier qu’ils sont italiens, et qu’à ce titre ils ont été élevés avec Salgari, Sandokan, Le corsaire noir et tutti quanti ! Ce n’est donc pas un hasard si c’est d’Italie que nous vient cette excellente série, c’est une filiation directe.


Sebastiano Ruiz Mignone (auteur) Manuele Fior (illustrations) / Les sept dormants d’or (Tous pirates Vol3.) et Le trésor du grand sultan (Tous pirates Vol4.)  (I sette dormienti d’oro et Il tesoro del Gran Sultano, 2007), Nathan jeunesse (2008 et 2009). Traduction de l’italien par Fabienne-Andrea Costa.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Pour les minots
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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 19:52

Un quartier en périphérie quelque part au Mexique. Une voyante un peu sorcière, que certains traitent de putain (quand elle n’entend pas, elle est quand même sorcière). Son fils albinos, bizarre, qui ne sort que la nuit (le soleil l’agresse) et à qui les gens jettent des pierres. C’est lui qui raconte. Il aime manger ce qu’il trouve dans les poubelles, regarder les dessins animés de la panthère rose (qui ne le font pourtant jamais rire) et tuer, de temps en temps, chose qu’il fait avec une facilité qui le déconcerte. Il sait beaucoup de choses, est capable d’un grand discernement comme de délires sans fin. Même sa mère a peur de lui …


« Thomas Harris a exploré dans Dragon rouge et Le silence des agneaux la fascination que provoque chez nous le mal absolu. Juan Hernandez Luna a fait quelque chose de plus terrible encore, il a exploré l’innocence du mal chez un psychopathe placé en face du mal programmé de la société. 

Il n’y a pas de lecture morale d’un roman comme Iode. Et ceci m’inquiète. Moi qui voudrais lire de la morale même en consultant les Petites Annonces, je me retrouve déboussolé face à ce roman fascinant et terrible, inquiétant et captivant. » Paco Ignacio Taibo II dans sa préface au roman.


Tout est dit, et beaucoup mieux que je ne saurais le faire (sans blague, Taibo écrit mieux que moi !!).


Le narrateur n’a pas les mêmes repères moraux que nous. Il sait qu’il doit cacher ses meurtres, il sait qu’ils sont considérés comme des fautes par la société, mais il ne le ressent pas. Il faut dire que rien autour de lui ne peut lui donner de repères : Un quartier en permanente démolition, des habitants qui préfèrent consulter sa sorcière de mère que le médecin, des gens en apparence « respectables » qui violent la loi en permanence…


Taibo II parle de l’impossibilité de faire une lecture morale de ce roman. C’est exactement ça. Le narrateur est amoral, il n’a aucun critère moral, et est d’une certaine façon, totalement innocent, conséquence d’une société qui, pour sa part, est en toute connaissance de cause immorale (à commencer par sa mère) …


« l’innocence du mal chez un psychopathe placé en face du mal programmé de la société. » C’est exactement ça. « je me retrouve déboussolé face à ce roman fascinant et terrible, inquiétant et captivant. » … Je ne saurais mieux dire.


Formellement déconseillé à ceux qui recherchent un bon petit polar pour les vacances, un roman agréable, un aimable divertissement, ou une lecture rassurante. Les autres peuvent tenter l’aventure.

Juan Hernandez Luna / Iode, (Iodo, 1999) L’atinoir (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par Jacques Aubergy.
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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 23:29

Le polar italien est décidément bien riche. Il a ses têtes de file, ses stars, comme Camilleri, De Cataldo, Lucarelli, Carlotto ou même depuis peu Carofiglio. Il a aussi ses étoiles filantes comme Saviano … et ce n’est pas tout. Voici chez rivages un écrivain moins connu et éclatant qui peu à peu, livre après livre, finit par faire entendre sa petite musique (je sais, c’est un cliché, mais j’y ai droit moi aussi de temps en temps). Derniers coups de feu dans le Ticinese est le troisième roman traduit du milanais Piero Colaprico.


Augusto dit El Tris est de retour à Milan après 22 ans passés en prison aux US. Cet ancien caïd spécialisé dans les braquages et connu pour sa violence revient se venger de ceux qui l’ont vendu et ont tué sa femme et son fils pendant qu’il était en prison. Il commence par l’avocat qui l’a doublé. C’est le commissaire Bagni (enquêteur de La dent du Narval) qui enquête sur cette mort. L’espace de quelques jours le vieux Milan, ses images et ses fantômes vont envahir la ville.


Après Kriminalbar (recueil de nouvelles se répondant qui finissaient par former un roman) et La dent du Narval, Piero Colaprico continue sa chronique milanaise. Il le fait au travers du regard décalé dans le temps d’un vieux truand qui ne comprend pas les évolutions de sa ville. Inutile cependant d’y chercher une quelconque nostalgie ou le discours convenu sur un passé où la pègre aurait été glamour et honorable. Ses truands ne participent pas à ce mythe ; ce ne sont pas des bandits d’honneur. Ils sont violents, égoïstes et individualistes. Autrefois ce n’était pas mieux, seulement différent.


Au-delà de cette description, Colaprico écrit aussi et surtout une histoire bien sombre de vengeance, de folie, de fantômes et de mort. Une histoire qui ne peut que mal se terminer … elle se termine mal.


Piero Colaprico / Derniers coups de feu dans le Ticinese, (Ultimo sparo al Ticinese, 2004) Rivages Noir (2009), traduit de l’italien par Gérard Lecas.

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 23:18
Le prix mystère de la critique 2009 est tombé, et je suis bien content :

Prix Mystère de la critique 2009 :
Zulu de Caryl Férey

Prix Mystère du meilleur roman étranger :
Dernier tramway pour les CHamps-Elysées de James Lee Burke.

Deux excellentes nouvelles ! D'autant que, si je ne m'abuse, Zulu a également eu le prix des lecteurs du festival des Quais du polar. Ca s'arrose !!

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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 22:44

La parution du Banquet de la licorne, septième volume des aventures du Mandarin Tân créé par les sœurs Tran Nhut est l’occasion de revenir sur cette série. D’autant que cet épisode n’est pas mon préféré, et de loin, et que je ne voudrais pas que vous passiez à côté d’une excellente série.


Le mandarin Tân a décidé d’accueillir dignement le nouveau collecteur d’impôts. Alors qu’au dehors l’orage gronde, les notables de la petite ville se rassemblent pour le festin. Le confort de la salle du banquet, l’alcool, les mets les plus raffinés à profusion, tout est rassemblé pour délier les langues et ouvrir les esprits. Chacun y va de son histoire, mettant à l’épreuve la sagacité bien connue de Tân. Peu à peu, les secrets tombent et les mystères se dévoilent …


C’est un grand classique du roman à énigmes : des conteurs, des mystères, un « trouveur » … les nouvelles se suivent et ne se ressemblent pas. Certaines sont très réussies, et arrivent à toucher le lecteur par leur poésie, leur noirceur, ou leur peinture d’un pays et d’une époque qu’il connaît très mal. Ce sont celles qui ressemblent le moins justement … à des énigmes. Les quelques récits de pure « déduction », outre que le lecteur comprend très vite de quoi il retourne (et se demande d’ailleurs comment le protagoniste a pu mettre autant de temps à comprendre …), sont beaucoup moins prenants. Ce n’est donc pas le meilleur de la série, même si, en bonne cuisinière, Than-Van Tran Nhut soigne particulièrement le liant, la sauce qui relie toutes ses histoires, avec en particulier une description très sensuelle du banquet (on finit le recueil affamé), et un final étonnant qui pimente l’ensemble.



La série a donc débuté avec Le temple de la grue écarlate. Nous sommes au 17° siècle au Vietnam. Tân, nouvellement issu des concours administratifs de l’empire, débarque dans la Province de Haute Lumière dont il devient le Mandarin civil, première autorité de la région, chargé, entre autres, de rendre justice. Dès son arrivée, il est confronté à une affaire qui divise les hommes influents de la région : le temple de la grue écarlate et ses bonzes guerriers, que certains veulent rénover et aider, que d’autres veulent détruire. Dans le même temps, on retrouve sur un chemin le corps mutilé d’un garçon de 10 ans, qui faisait partie d’enfants handicapés protégés par les bonzes et logés dans le fameux temple. L’intérêt des moines est-il seulement humanitaire, où utilisent-ils ces enfants à des fins inavouables ? Pourquoi tuer de façon aussi horrible ces pauvres gamins ? Quels sont les intérêts, et les vilains secrets qui se cachent derrière les différentes factions de la région ? C’est tout cela que le jeune mandarin, aidé de son ami le Lettré Dinh devra élucider, entre deux invitations à des banquets gargantuesques, et en évitant soigneusement toutes les jeunes filles à marier qu’on lui met dans les pattes.


On pouvait craindre, à la sortie de ce premier volume, une nouvelle série exotico-historique où un décor vaguement exotique (et/ou historique) tient lieu de seul et unique intérêt. Il n’en fut rien, on avait là le début d’une vraie bonne série de vraie littérature noire et truculente comme on l’aime. D’une part, l’intrigue est parfaitement menée. Ensuite le lecteur se plonge, sans aucune difficulté, dans un monde qui lui est totalement étranger, et referme le bouquin en ayant appris quelque chose. Mais surtout quelle jubilation, quelle pêche, c’est du grand spectacle en cinérama. Ca vit là-dedans, on bouffe, on rigole, on se castagne, on baise, on hait, on trafique, on complote, avec une vitalité, et un humour extraordinaires. Le lecteur en prend plein les yeux, pleins le nez, plein les oreilles, plein les papilles. On s’instruit en s’amusant …


Par la suite les titres, l’un après l’autre, confirment ce départ en fanfare. En voici deux : L’esprit de la renarde, pour ses résonances modernes et Les travers du Docteur Porc qui est sans doute le plus drôle.


De retour vers le Nord, le Mandarin Tân et le Lettré Dinh s’arrêtent dans le port de Faifo où tous les voyageurs et toutes les cultures se croisent. Le Lettré compte bien profiter de l’intense vie culturelle de ce lieu de métissage, alors que  Tân est pressé de revenir au Nord et de quitter ce Sud qui respecte de moins en moins l’autorité de l’empereur. Malheureusement, le deuxième soir, Dinh se fait piéger et jeter en prison. Tân demande alors à monsieur Canh, le seul fonctionnaire honnête du tribunal, de lui permettre d’enquêter pour essayer d’innocenter son ami. Il apprend à l’occasion que depuis plus d’un an, un cannibale sévit dans la région. Il a déjà mangé quatre adolescents, et vient d’en faire de même avec quatre mamies, dont il a envoyé les mains et les pieds au tribunal avec un mot sarcastique signé : Le Gourmet.


Les scènes d’action sont toujours réussies, et l’écriture sensuelle et imagée rend particulièrement bien les scènes gastronomiques et érotiques. Derrière une construction sans reproche, c’est le plaisir et la jubilation qui restent les sensations dominantes de cette cinquième aventure de Tân, jusqu’au final qui introduit une note plus grave. En effet le constat est sombre, la période décrite très troublée et annonciatrice de drames. Et surtout, la fin du roman est poignante dans sa violente charge contre une société qui écrase sans pitié ceux qui sont différents. Poignante et très actuelle. Ce qui, malgré les nombreuses fois où l’on sourit, laisse une impression de lecture très sombre.


Changement de ton avec Les travers du docteur Porc qui se situe d’emblée dans le registre de la farce. Le Mandarin Tân a quitté sa province, laissant les affaires du tribunal aux mains du Docteur Porc. Celui-ci est plus préoccupé par l’agrandissement de son cabinet que par l’administration de la justice, jusqu’à ce qu’il soit mis face à un mystère qui titille son intelligence … et son amour-propre. Un squelette, tout propre, a été trouvé dans une grotte aux abords de la ville, et l’apothicaire Lâm a tenté de soudoyer l’aide du bon docteur pour truquer les analyses sur les os. Tenter de tromper le Docteur Porc ! Quelle outrecuidance ! Les coupables vont s’en repentir.


Avec titre que ne renierait pas Maître Jean-Hugue Oppel en personne, un personnage central haut en couleurs et en odeurs (son haleine est une de ses armes les plus redoutables), des situations de vaudeville traitées sur le mode de la comedia dell arte … ce roman est très certainement le plus picaresque de la série. Loin de la noirceur de l’Esprit de la Renarde. Ici on ne tremble pas, on rit, on se moque des travers des différents personnages, pour s’apercevoir que la nature humaine n’a guère changée en quelques siècles. Au passage on apprend également énormément de choses passionnantes sur les médecines du XVII° siècle.


En résumé, une série basée sur des personnages « bigger than life », une écriture qui ne recule devant aucun excès, des intrigues qui tiennent la route, énormément d’informations, fort élégamment distillées sur ce Vietnam du XVII dans toutes ses dimensions, religieuses, sociologiques, historiques, scientifiques, humaines, gastronomiques … Que demander de plus ?


Bibliographie : Les deux premiers volumes ont été écrits à quatre mains par les deux sœurs. Le troisième fut écrit par Than-Van, sur un scénario commun. C’est elle qui a ensuite écrit seule les volumes suivants. Pour en savoir plus sur le Mandarin Tân et ses auteurs, c’est là.

 

Than -Van et KimTran Nhut  / Le temple de la grue écarlate, Philippe Picquier (1999) ; L’ombre du prince, Philippe Picquier (2000) ;  La poudre noire de maître Hou, Philippe Picquier (2001) ; L’aile d’airain, Philippe Picquier (2003) ; L’esprit de la renarde, Philippe Picquier (2005) ; Les travers du docteur Porc, Philippe Picquier (2007) ; Le banquet de la licorne, Philippe Picquier (2009).

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 15:55

Voilà un volume que vous ne pourrez pas acheter, pour l’excellente raison qu’il n’est pas à vendre ! Par contre vous devez pouvoir le récupérer auprès de votre libraire préféré, en insistant, ou pour l’achat d’un certain nombre de rivages. Il s’agit de Mes dix règles d’écriture par Elmore Leonard, illustré (très finement) par Joe Ciardello.



Comme c’est du Elmore Leonard, c’est fin et plein d’humour. Par exemple, chaque règle est assortie d’un contre exemple, fourni par un écrivain qu’Elmore Leonard admire. A ne pas trop prendre au sérieux donc … à condition d’être Steinbeck, Hemingway ou Harrison, ce qui n’est pas donné à tout le monde.


Il est intéressant de voir qu’à la base de tout le travail de Leonard il y a cette phrase : « C’est ainsi que je m’efforce de rester invisible, de ne pas détourner de l’histoire l’attention du lecteur à cause d’une écriture trop voyante ». Et il y parvient parfaitement, c’est d’ailleurs une de ses marques de fabrique (comme Ed McBain), de donner cette impression de naturel, de simplicité, de facilité. Impression qui peut laisser croire à un lecteur qu’il est facile d’écrire comme ça … Lourde erreur.


Une autre caractéristique de Leonard est son sens du dialogue. Sans surprise, 3 de ses règles concernent directement les dialogues, et un de ses credo est qu’il ne faut rien écrire que le lecteur ait envie de sauter, or : « Je parie que vous ne sautez pas les dialogues ».


Quelques règles parfaitement résumées ainsi « La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris. »


Voilà qui met des mots sur ce que l’on ressent à la lecture de ses romans. Ce qui prouve qu’il a parfaitement réussi son coup, et aussi (il faut bien se jeter des fleurs de temps à autres), qu’on l’a bien lu.

Ces quelques règles sont suivies d’un catalogue thématique du catalogue Rivages rédigé par celui qui le connaît le mieux, François Guérif.


Elmore Leonard / Mes dix règles d’écriture, (Elmore leonard’s ten rules of writing, 2001) Rivages Noir (2009), traduit de l’américain par Johanne Le Ray et Jeanne Guyon.

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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 21:06

Cela faisait un moment que j’avais abandonné mes oubliés du TOP 100. En voici un de plus. Je n’ai pas grand-chose sur Henry Porter qui est apparu, assez récemment, sur la scène des grands écrivains d’espionnage. Pour dire, il n’est pas dans le DILIPO ! On peut aller sur son site, mais on n’y trouve que peu de renseignements biographiques (il vit à Londres, est écrivain et journaliste, il écrit dans l’observer).

Je n’ai même pas lu tous ses romans traduits, seulement deux, mais ils m’ont marqué, par leur construction, leur intelligence et leur suspense. Tout pour faire d’Henry Porter le digne héritier du grand Le Carré.

Nom de code : Axiom day commence à Londres, à 19h30. Stan Lindow, irlandais, récemment revenu pour prendre un poste à l'Imperial College après une brillante carrière au MIT attend son frère Eammon dans Clarence Street quand le bus qui approchait explose. Aussitôt c'est l'enfer. Stan est blessé et amené à l'hôpital. Au moment de sortir, il est embarqué par deux policiers, et apprend avec stupéfaction qu'il est considéré comme suspect. Interrogé sans relâche, il ne craque pas, mais apprend qu'Eammon qui était dans le bus est très grièvement blessé, et est soupçonné d'être son complice. Le commissaire Foyle, en charge de l'enquête, est presque sûr que les deux frères sont innocents, et après la garde à vue réglementaire, fait libérer Stan. Mais Foyle est aussitôt désavoué par sa hiérarchie, et les services secrets font pression pour le faire évincer. Pourquoi ? Qu'est-ce qui pousse tous ces hauts personnages à insister sur la culpabilité d'un innocent ? Qui protège t'ils ainsi ? Quel secret inavouable ?

Tout est réussit dans ce pavé qui se lit d'une traite, de préférence pendant les vacances pour ne pas devoir perdre du temps au travail : Les personnages sont très convaincants, bien construits, complexes, humains, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs ambitions, leur noblesse mais aussi leurs côtés moins ragoûtants. Le contexte est bien rendu, autour de la question irlandaise, et des difficultés qu'il y a à construire la paix, après tant d'années de guerre, et d'enchaînement aveugle attentat / répression. Pour finir, la construction prend son temps, met bien les choses en place, accroche le lecteur, pour accélérer et finir en apothéose dans un suspense parfait qui empêche de lâcher le bouquin une fois entré dans la dernière ligne droite.

Empire state, pour sa part, traite du terrorisme islamiste. Malgré la vigilance des services secrets anglais, un conseiller spécial du président des Etats-Unis est assassiné lors de son arrivée à Londres où il devait rencontrer le premier ministre. Au même moment, à l’aéroport d’Heathrow, Isis Herrick, chargée de la filature d’un libraire musulman, remarque un étrange manège parfaitement coordonné, qui conduit à un échange d’identité entre une douzaine de passagers. Immédiatement, une cellule de crise se met en place, craignant que quelque chose de très gros ne se prépare …

Henry Porter confirme ici qu’il est bien un des très grands du roman d’espionnage, dans la lignée de l’incontournable John Le Carré. En plus de cinq cent pages, il réussit à passionner le lecteur pris dans un suspense implacable, à décortiquer le fonctionnement des services secrets occidentaux, noyés dans la technologie et les quantités inextricables de données qu’ils recueillent, gangrenés par les rivalités internes, et à décrire de façon extrêmement documentée et crédible la nébuleuse du terrorisme islamiste, ses méthodes, ses réseaux financiers, ses façons de préparer ses gros coups … Il se montre aussi à l’aise dans les scènes d’actions spectaculaires, que dans la description du travail routinier d’espion, et donne à ses personnages une vraie épaisseur. Ils sont humains, complexes, parfois tenaillés par le doute, non exempts de faiblesses et de failles, bref extrêmement attachants. Un autre réussite éclatante.

Il y a deux autres romans d’Henry Porter traduits en français (Une vie d’espion et Brandebourg).

Nom de code : Axiom Day  (Remembrance Day, 1999) Folio policier (2005). Traduit de l’anglais par Jean-François Chaix. Empire state (Empire state, 2003) Folio policier (2007). Traduit de l’anglais par Jean-François Chaix.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 16:37

Pour commencer un scoop, signalé par un des fidèles du blog : Dimanche soir, au Masque et la Plume sur France Inter ils vont parler de polar ! Vous avez bien lu, de polar ! Enfin, d’un polar, et pas n’importe lequel, du dernier Dennis Lehane. Vont-ils y arriver sans nous infliger la tarte à la crème toujours agaçante : « Ce roman est plus qu’un simple polar » ou un quelconque de ses équivalents …


Quelques liens maintenant.

Grâce à Tata rapporteuse, j’ai découvert un site ou Bertrand Tavernier cause cinéma et plus précisément DvD. Une vraie mine d’or.


Toujours la chère Tata rapporteuse, qui nous signale une tribune de Mouloud Akkouche sur le site de Rue89.


Le blog de Jean-Pierre Martin est très souvent drôle. il s’est surpassé.


Fayard Noir a lancé son site.


Bibliosurf a mis en ligne la rencontre virtuelle entre DOA et ses lecteurs.

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:06

Non, le Poulpe n’est pas mort car … il revient. Sous la plume de Caryl Férey et Sophie Couronne.


Pendant que notre Gabriel préféré subit les horreurs d’une cure thermale sans pieds de porcs et sans bières du côté de Font-Romeu, Chéryl se retrouve à l’hosto, tabassée, violée, après avoir ingurgité un mélange à la con. Et alors que le poulpe se demande quel est ce jeune homme noir et athlétique qui, sous ses yeux, s’est jeté à poil du haut d’une falaise en hurlant comme un possédé, Chéryl reprend du poil de la bête et se souvient qu’avant d’être droguée elle était à la recherche de sa stagiaire, disparue depuis une semaine. Les deux enquêtes se rejoindront, of course, dans un final … ébouriffant.


Ca faisait une paye que je n’avais pas lu un Poulpe. Coup de bol, je recommence avec un bon. Certes on retrouve les limitations de bestiau. On est loin, très loin d’un Zulu, ou d’un Haka  … Mais qu’est-ce qu’on se marre ! Comme ils ont dû s’amuser à l’écrire ! En plus l’histoire tient la route (ce qui n’a pas toujours été le cas avec les aventures de l’octopode).


C’est lu en deux heures à tout casser, deux heures sourire aux lèvres. Les lettres échangées par les deux tourtereaux sont de petits bijoux, les attaques contre tout ce qu’on n’aime pas dans notre joli monde sont réjouissantes, le portrait de sieur Lapoutre, sinistre des sports, est absolument délicieux, et le final, qui ne recule devant rien, est digne d’un Blake Edwards. Comme il n’y pas de mal à se faire du bien, ce serait dommage de se priver de ce plaisir.


Juste un détail de pinailleur pyrénéen. Dans les Pyrénées, y a pas de chamois, y a des isards.


Caryl Férey et Sophie Couronne  / D’amour et dope fraîche, Baleine/Poulpe (2009).

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:03

J’ai eu des réclamations. Il parait que depuis quelques temps, malgré les occasions qui ne manquent pas, je ne me suis pas foutu en rogne. Alors hop, un petit coup de gueule pour faire plaisir aux fidèles.


Une question, avez-vous vu la nouvelle affiche de propagande du FN ? Rassurez-vous, elle n’apparaîtra pas ici. J’ai un public fidèle, solide, qui supporte les serial killers Tim Dorsiens, les violences DOAiennes, les perversions chainasiennes (car oui, Chainas est pervers), les déprimes Jack Tayloriennes … Mais il y a là une quantité et une qualité d’ignorance et/ou de mépris et de récupération qui pourraient rendre malade les plus endurcis de mes lecteurs.


J’abrège et je cite, en ouvrant les guillemets avec des pincettes, comme disait le grand Pierre :

« « A celui qui n’a plus rien, La Patrie est son seul bien »  Jean Jaurès. Jean Jaurès aurait voté Front National. » Je referme les guillemets, toujours avec les pincettes.


Forcément, vous croyez que j’invente, alors allez chercher sur Google, ou tout simplement allez là ou j’ai pêché l’info (attention, c’est un site de gauche).


Dans un premier temps, les bras m’en sont tombés. Duplicité ? Connerie ? Ignorance totale ? Vous avez une autre idée ?


Juste une question aux nombreux militants FN qui passent par ici. Dites, vous n’en avez pas des héros de votre camp à mettre à contribution ? Je ne sais pas moi, Pétain ? Laval ? Doriot ? Massu ? Poujade ? Ou alors vous en avez honte ? Vous n’avez personne d’autre à mettre en avant qu’un gars de l’autre bord mort depuis presque 100 ans ? Vous voulez pas citer votre guide ? Mettre une vanne de Dieudonné ?


Est-il utile ici de souligner ce que ce slogan a de putassier / immonde  / vomitif / menteur / imbécile / racoleur / insultant … (barrez la mention inutile, je sais, il n’y en a pas)  ? Juste un petit rappel, Jaurès a défendu Dreyfus, soutenu la grève des mineurs de Carmaux, fondé l’Humanité, collaboré à la séparation de l’église et de l’état, s’est opposé à la guerre, et a été assassiné, pour cette raison, par un … nationaliste. Autant de valeurs communes avec le FN …



Tant que j’y suis, j’embraye sur quelque chose qui m’a mis de bonne humeur : l’affaire du parachute doré de gugusse de Valeo. Qui a quand même failli causer la mort d’un ami, quand, écoutant les infos dans sa voiture, il a entendu causer la Présidente de la Commission de Déontologie du Medef. Eclat de rire, perte de contrôle du véhicule, il est passé à deux doigts de l’accident. Déontologie du Medef ! Bref.

Monsieur Valeo se casse (ou est viré) avec une prime de 3,2 millions d’euros. C’est pas le premier, ce n’est pas la première fois que les bonnes âmes s’émeuvent, mais c’est la première fois que Mâme Parisot s’indigne. Et pourquoi ? Parce que c’est la crise et qu’il faut être raisonnable.


Faut-il comprendre que s’il n’y avait pas de crise, il serait raisonnable qu’un gus, avec deux bras, deux jambes, un cerveau qui n’a rien de génial (ça ce saurait), qui travaille au maximum 18 heures par jour (ben oui, il doit quand même au minimum dormir, manger, chier), gagne, d’un seul coup d’un seul, ce qu’un prof gagne en 140 ans, un smicard en 270 ans, un médecin urgentiste en 80 ans, une infirmière en 180 ans ? Faut-il comprendre que, hors période de crise, cette question ne trouble pas Mâme Parisot, ni sa commission de Déontologie ?


Donc le Medef et ses déontologues se foutent de nous. Je prends même le pari, pas franchement risqué, qu’ils trouvent normal, finalement, que le gugusse parte avec son pactole, crise ou pas. Alors pourquoi couinent-ils en jouant les vierges effarouchées ? Serait-ce qu’ils auraient la trouille que le bon peuple finisse par en avoir sa claque et commence à avoir envie de pendre les uns avec les tripes des autres ? Qu’il vote, pour une fois vraiment à gauche ? Qu’il oblige les élus à voter de vraies lois de gauche ? Qu’il les envoie bosser un an comme éboueur, infirmier urgentiste, instit, ou sous-traitant chez Valeo, pour voir si l’échelle de salaire est vraiment justifiée ? Ou pire, qu’il commence à remettre en cause le …capitalisme ?


Ils auraient la trouille ? Vous voyez bien que c’est une bonne nouvelle. Reste à leur donner des raisons d’avoir la trouille. Chiche ?

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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