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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 23:17

Rééditions de Donald Westlake, Rivages persiste et signe avec Envoyez les couleurs, et c’est tant mieux.


C’est un grand jour pour Oliver Abbott : Son premier jour d’enseignant d’anglais dans le collège que dirige son père, dans un quartier noir de New York. Un grand jour qui se transforme en jour étrange : Les élèves, les parents d’élèves, certains collègues et pas mal d’activistes noirs reprochent à Oliver d’avoir pris la place d’un professeur noir. Les élèves sont en grève, le quartier en ébullition. Oliver que son père avait totalement tenu à l’écart de la polémique qui avait enflé pendant les vacances, tombe des nues et se trouve au centre d’un conflit qui le dépasse complètement. Pour arranger la situation, il tombe amoureux de Leona, superbe jeune femme, prof de sport … et noire. Le pire est à venir pour Oliver.


Difficile de faire son boulot de chroniqueur amateur après la quatrième de couverture qui dit ceci : « Tout ce que Westlake a écrit sous des identités diverses est bon, et presque tout est mieux que bon. Si vous ne possédez pas tout, allez chez votre libraire, consultez ses catalogues, commandez, lisez. Voilà. » Jean-Patrick Manchette.


Allez ajouter quelque chose à ça … Tant pis, j’y vais quand même.


Commençons par un avertissement. Ce roman n’est pas un polar. Pas de mort, pas d’enquête, pas de vol, pas de flic (ou si peu), encore moins de privé, à peine une ou deux bagarres. Par contre c’est indéniablement un roman de Donald Westlake.


Ecrit et publié en 1969, il reste d’une actualité brûlante. Je connaissais Westlake humoriste, Westlake sec comme un coup de trique (sous le pseudo de Richard Stark), Westlake écrivain de science fiction (Trop humains), Westlake éroticomique (Adios Shéhérazade), Westlake noir profond (Le couperet). C’est encore un nouvel aspect de son talent que je découvre ici : sous des dehors souriant (car son humour est toujours là), il nous livre une très belle histoire d’amour, assortie d’une critique implacable (et souriante) du communautarisme.


Si les sympathies de l’auteur vont, sans le moindre doute, aux habitants noirs et révoltés du quartier où le jeune Abbott doit enseigner, cela ne l’empêche pas de dénoncer de façon d’autant plus efficace qu’elle passe par l’ironie les effets pervers, contre productifs et même franchement absurdes du communautarisme. Une dénonciation qui date de 1969, mais qui sonne très très juste aujourd’hui.


Tout cela est fait avec le talent qu’on lui connaît. Son personnage est magnifique, faible, totalement sous la coupe de papa maman, doutant de lui, victime de ses préjugés (qui sont ceux de l’époque) qu’il combat pourtant de toutes ses forces … et amoureux. Un amour qui lui donne la force d’affronter une scène finale digne grandiose. Une scène qui dans sa fraîcheur, son enthousiasme, son humanisme dénué de tout cynisme fait penser aux plus grandes scènes d’un Capra.


Voilà, on verrait bien James Stewart ou Cary Grant dirigé par un Franck Capra pour cette scène là. On referme le roman avec une pêche d’enfer et l’envie d’aller ferrailler contre tous les cons et les empêcheurs d’aimer en rond. Vive Westlake !


Donald Westlake / Envoyez les couleurs, (Up your banners, 1969) Rivages/Thriller (2009), traduit de l’américain par Michel Deutsch.

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23 mars 2009 1 23 /03 /mars /2009 21:47

On commence à y prendre goût, entre Fayard noir et la Série Noire on a, en général, entre deux et quatre nouveaux Ken Bruen tous les ans. Avec un peu de retard (de ma faute), voici donc le premier de 2009. Pour Cauchemar américain, comme son compatriote Adrian McKinty, Ken Bruen délocalise un héros irlandais et l’envoie aux US.


Stephen doit quitter Galway : un coup qui a mal tourné, son ami de toujours Tommy touché puis achevé par Stapleton, tueur de l’IRA qui n’a pas voulu décrocher. Stephen a réussi à échapper au tueur et décide, avec son amie Siobhan, de partir pour les US.


A Tucson Dade laisse derrière lui une traînée de cadavres. A New York, Sherry est aussi mortelle qu’irrésistible (et cinglée). Le jeu de casse pipe peut commencer, il ira crescendo jusqu’à la rencontre finale qui ne peut que mal se terminer.


Voici donc Bruen américain, bien sombre, plus proche de Jack Taylor que de R&B. Comme chez Jack Taylor, il n’est pas tendre avec ses personnages, les enfonçant à chaque fois qu’on a l’impression qu’ils vont, peut-être, pouvoir s’en sortir. Le style est toujours aussi impeccable. On a toujours droit aux références musicales (un peu moins aux citations de ses auteurs préférés, quoique …).


La nouveauté, c’est le regard décalé d’un irlandais sur les US, et une collection de cinglés psychopathes assez hallucinante. Dans Blitz ou Vixen de la série R&B, Ken Bruen nous avait montré qu’il savait parfaitement camper des fous furieux, hommes ou femmes. Il réédite ici, avec un brio certain. Dade et Sherry peuvent rentrer, la tête haute, dans le panthéon des tueurs les plus allumés du polar international, aux côtés des incontournables héros de Tim Dorsey.


Le seul petit reproche que l’on pourrait faire à Ken Bruen est de mettre le lecteur le cul entre deux chaises : On hésite entre trembler souffrir et compatir, et éclater de rire (même si c’est un rire un peu nerveux). Comme si, question style en ambiance, l’auteur n’avais pas su décider entre nous plonger dans le noir le plus profond (style Jack Taylor), ou tout désamorcer par le rire (comme dans R&B).


Ce qui est certain c’est que, comme d’habitude, on ne s’ennuie pas une seconde, et qu’on s’attache à ces foutus loosers irlandais auxquels Ken Bruen donne vie. En attendant le suivant.


Ken Bruen / Cauchemar américain, (American skin, 2008) Série Noire (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Thierry Marignac.

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 15:32

L’idée d’un TOP 100 des polars a été soumise aux adhérents de la vénérable association 813. Un certain nombre d’entre eux ont répondu présent. Après dépouillement des résultats, on arrive à un TOP un peu plus de 100 que voici :

 

32 Voix :

 

1. Jean-Patrick MANCHETTE

2. Donald WESTLAKE

 

31 Voix :

 

3. Michael CONNELLY

4. Dennis LEHANE

 

30 Voix :

 

5. Didier  DAENINCKX

6. James ELLROY

 

29 Voix :

 

7. Raymond CHANDLER

8. Dashiell HAMMETT

9. Jim THOMPSON

 

28 Voix :

 

10. David Goodis

 

27 Voix :

 

11. Robin Cook

12. Chester Himes

 

26 Voix :

 

13. William Irish

14. George Simenon

 

25 Voix :

 

15. Fredric  BROWN

16. James Lee  BURKE

17. Thierry JONQUET

 

24 Voix :

 

18. Léo Malet

19. Ed McBain

 

23 Voix :

 

20. Jean Amila (alias Jean Meckert)

 

22 Voix :

 

21. William R BURNETT

22. Agatha CHRISTIE

23. Gaston LEROUX

24. Henning Mankell

25. Giorgio Scerbanenco

 

21 Voix :

 

26. BOILEAU-NARCEJAC

27. Maurice Leblanc

28. Horace MacCOY

29. Maj Sjöwall et Per Wahlöö

30. Fred Vargas

 

20 Voix :

 

31. Marc BEHM

32. Artur CONNAN DOYLE

33. Jean-Claude IZZO

34. Herbert LIEBERMAN

35. Jean-Bernard Pouy

36. Charles WILLIAMS

 

19 Voix :

 

37. James Hadley CHASE

38. Pierre Siniac

39. Manuel Vazquez Montalban

 

18 Voix :

 

40. Andrea CAMILLERI

41. James CRUMLEY

42. Frédéric Dard

43. Tony HILLERMAN

44. Pierre Magnan

45. Pierre VERY

 

17 Voix :

 

46. Robert BLOCH

47. Patricia HIGHSMITH

48. Arnaldur Indridason

49. Sébastien Japrisot

 

16 Voix :

 

50. James CAIN

51. John Dickson Carr (alias C. Dickson)

52. Umberto ECO

53. Elmore LEONARD

54. Dominique Manotti

55. Bill PRONZINI

56. Stanislas André STEEMAN

 

15 Voix :

 

57. Tonino BENAQUISTA

58. Lawrence BLOCK

59. Jean-Hugue Oppel

60. Daniel Pennac

61. Ellery Queen

62. Ruth RENDELL

 

14 Voix :

 

63. Pascal DESSAINT

64. Mo HAYDER

65. John Le Carré

66. Deon Meyer

67. George P. PELECANOS

68. Arturo Perez Reverte

69. Ian Rankin

 

13 Voix :

 

70. Ned CRABB

71. Frédéric Fajardie

72. Thomas HARRIS

73. Joe R.LANSDALE

74. Jonathan LATIMER

75. Edgar Allan POE

76. Paco Ignacio Taibo II

 

12 Voix :

 

77. GJ ARNAUD

78. Ken BRUEN

79. Jerome Charyn

80. George CHESBRO

81. Harry CREWS

82. Francisco Gonzalez Ledesma

83. Hervé JAOUEN

84. Yasmina Khadra

85. Hervé Le Corre

86. Michel LEBRUN

87. Jean VAUTRIN

 

11 Voix :

 

88. Charlotte ARMSTRONG

89. Emile GABORIAU

90. Joseph HANSEN

91. John HARVEY

92. Carl HIAASEN

93. Marcus Malte

94. Leonardo Padura

95. Dominique SYLVAIN

 

10 Voix :

 

96. Joseph BIALOT

97. Caleb CARR

98. Maurice G DANTEC

99. Rolo DIEZ

100. Howard FAST

101. Caryl Férey

102. Philippe Kerr

103. Patrick PECHEROT

104. Patrick Quentin (alias J. Stagge)

105. Don Tracy

106. Willen Van de Wettering

107. Robert VAN GULIK

108. Jack VANCE

Le nombre de romans cités est très variable puisqu’il va de 1 (pour Ned Crabb et Caleb Carr) à 21 pour Donald Westlake.


Sans grande surprise, pour certains auteurs comme Robin Cook (J’étais Dora Suarez), Jim Thompson (1275 âmes), Herbert Lieberman (Necropolis), Gaston Leroux (le mystère de la chambre jaune), Umberto Eco (Le nom de la rose), ou Hervé le Corre (L’homme aux lèvres de saphir) un titre s’impose naturellement.


Pour d’autres comme Jean-Patrick Manchette, Donald Westlake, Paco Ignacio Tabo II, Pierre Siniac, Pascal Dessaint, Harry Crews ou Henning Mankell, chacun a son chouchou.


Deux auteurs ont été plébiscités pour l’ensemble d’une de leur série : George Simenon pour les Maigret, et Ed McBain pour la chronique du 87° District.


Enfin, il faut signaler qu’un bon millier d’auteurs ont été cités ! Pour ceux qui douteraient de la richesse du genre …

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 22:28

Et voici le deuxième texte de la collection L’atineur, de l’éditeur L’atinoir. Il s’agit d’Exilio de Sara Sonthonnax.


Ils sont deux parmi tant d’autres, Pablo et Miguel, en route vers la France en ce mois de janvier 1939. Ils sont en déroute, avec l’armée républicaine. Ils croisent les derniers vestiges de la guerre. Ils ont froid. Ils ne savent pas encore que la France va les parquer dans des camps de la façon la plus ignominieuse.


Quelle claque ! Pourtant, les premières lignes m’ont fait craindre un texte qui sacrifie au style, au plaisir des mots, au détriment du sens. Crainte très vite envolée. Le rythme fait sens, les mots envoûtent, font ressentir le froid, l’horreur, le désespoir, la honte …


Une vraie surprise que ce texte qui m’a fait penser à deux autres récits de guerre, à pas n’importe lesquels : L’implacable recueil Nouvelles de la zone interdite de Daniel Zimmermann pour la façon de raconter l’horreur, et le magnifique roman de Julio Llamazares, Lune de loups, pour sa façon de dire le désespoir des vaincus de cette guerre qui n’a pas fini de marquer les mémoires.


Deux références écrasantes, dont ce texte court est le digne héritier. Un texte sombre, âpre, puissant, qui prend aux tripes et serre la gorge. Un texte ambitieux et risqué tant cette guerre d’Espagne reste un moment à part dans l’imaginaire de tous ceux qui se revendiquent de gauche. Un texte digne de tous ceux qui ont tout donné pour leur idéal. Un texte à lire.


Sara Sonthonnax  / Exilio, L’atinoir/L’atineur (2008).

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 22:23

La collection L’atineur, de l’éditeur L’atinoir (dont je vais reparler) a publié en 2008 deux petits textes à côté desquels j’étais complètement passé. Petits par la taille (entre 60 et 70 pages), mais grands par la qualité.


Le premier Je paie pas le loyer, je fais grève ! est la traduction d’un essai de l’omniprésent Paco Ignacio Taibo II :


En 1922 à Mexico, les locataires, exaspérés par le prix des loyers et l’état lamentable des appartements, décident de se regrouper pour faire valoir leurs droits. Avec l’aide de quelques militants du tout petit parti communiste mexicain, ils se syndiquent et démarrent une grève des loyers. Etonnés de ne jamais avoir rien lu sur cet épisode de lutte, l’inoxydable Paco Ignacio Taibo II a enquêté et écrit ce court texte qui relate, à sa façon inimitable, ces quelques semaines de bagarre.


Difficile de trouver un texte qui tombe plus à pic ! En quelques pages, Taibo II illustre par l’exemple historique quelques vérités premières qu’il est bon de rappeler en ces temps agités :


Ceux qui ont l’argent ne le lâchent JAMAIS, il faut le leur prendre.

Ceux qui ont le fric ont TOUJOURS le gouvernement, et donc l’armée, la police, et la plupart des media avec eux.

Conséquence : Ceux qui n’ont rien ne peuvent récupérer leur dû que par la lutte qui passe, cela va sans dire, par un rapport de force. Rapport de force dans lequel … c’est le plus costaud qui gagne.

Pour être les plus costauds, il faut que toute la population se sente concernée (les syndicats de locataires n’ont réussi à arracher des concessions qu’au moment où ils étaient soutenus par les organisations ouvrières).

Pour gagner, il faut être prêt à tout, et surtout à ce que les gens « raisonnables » présentent comme irresponsable ou impossible.


Mais ce n’est pas tout, car, malheureusement, après des succès retentissants, le mouvement finit par être vaincu. On apprend alors que :


Ceux qui ont l’argent veulent TOUJOURS récupérer le peu qu’ils ont dû lâcher, ils n’oublient JAMAIS.

Dès que le mouvement se divise, ou qu’il est récupéré par des ambitions politiques, c’est foutu.

Dès que l’on se replie sur des revendications « raisonnables » on a perdu.


Entre autres enseignements utiles de ce petit bouquin … A lire, à méditer, à rapprocher de l’excellente pièce de Dario Fo, Faut pas payer ! puis à mettre en pratique, en essayant d’apprendre les leçons du passé.


Paco Ignacio Taibo II  / Je paie pas le loyer, je fais grève !, (Inquilinos del DF, a colgar la rojinegra, 2007) L’atinoir/L’atineur (2008), traduit de l’espagnol (Mexique) par Jacques Aubergy.

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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 22:27

Les habits noirs, qui font beaucoup pour le polar, ont commencé à numériser, et à mettre à notre disposition des émissions radio enregistrées par Christine Ferniot dans les années 80. Pour les écouter c’est là.


L’association Toulouse Polars du Sud fait appel à vous. Pour aider à l’accueil des auteurs lors du festival qui aura lieu du 9 au 11 octobre, ou tout simplement pour adhérer à l’association.


A la suite de ma chronique précédente, je tiens à vous rassurer complètement sur mon anticléricalisme primaire. Je vous renvoie donc, une fois de plus, au cas où vous l’auriez raté la première fois, vers l’excellent texte de Sepulveda, Attaque à main bénite. A propos de Sepulveda, sa venue ce samedi à Ombres Blanches est annulée. Snif.


Dans le même ordre d’idée, Maester a encore fait fort, à propos de la position fort éclairée de l’église sur l’affaire de la fillette violée au Brésil. Et rebelote sur la dernière déclaration du pape. Décidément, si on ajoute son évêque négationniste, en ce moment l’église nous gâte.

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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 23:02

N’ayez crainte, je ne me suis pas converti, et je ne suis pas tombé dans la soupe davincicodesque. Je vais pourtant dire du bien d’un thriller religieux ! Le testament syriaque, d’un auteur dont je n’avais, jusque là, jamais entendu parler, Barouk Salamé.


Paul Mesure est un journaliste parisien indépendant et fauché. Fauché, mais qui entrevoit la possibilité de faire fortune quand il récupère par hasard, lors d’un voyage à Tombouctou, un vieux manuscrit dont il espère bien tirer un bon prix. Sauf que ce manuscrit pourrait être une vraie bombe, et que les morts s’accumulent autour de lui. Aidée de son amie Sonia, il tente de tirer son épingle du jeux, mais va devoir accepter l’aide du commissaire Serge Sarfaty, érudit, spécialiste des religions, philosophe et poète. Autour d’eux, les services secrets pakistanais et américains mènent le bal …


Passionnant mais quel dommage. C’est ma première impression. Barouk Salamé tenait là un grand, grand bouquin. Il a seulement écrit un roman passionnant. La faute essentiellement à l’écriture, qui n’évite pas certaines maladresses, développe trop les pensées des personnages, leurs raisonnements, explicite trop leurs raisons. Si Barouk Salamé avait fait un peu plus confiance au lecteur, si quelqu’un avait corrigé ses maladresses qui ralentissent le récit, et alourdissent le style, il aurait écrit un grand roman noir.


Les personnages sont intéressants ; la construction est impeccable dans ses allers-retours, ses passages d’un personnage à l’autre et sa façon de construire le puzzle ; les scènes d’action sont parfaitement réussies.


Mais surtout, même pour un mécréant comme moi, le contenu est passionnant. Loin de surfer sur la mode nunuche des thrillers ésotérico-mistico-café du commerce, l’auteur livre un pavé (plus de 500 pages) ambitieux et complexe qui arrive à être passionnant d’érudition sans jamais donner l’impression de donner un cours. Un pavé qui ne se limite pas à une analyse religieuse et historique des fondements des trois religions du Livre, mais qui explore très finement leurs implications politiques et sociologiques, hier et surtout aujourd’hui. Un pavé qui ne fait pas l’impasse sur la réelle violence des islamistes, mais bouscule allègrement les clichés, et s’en prend surtout à un mal de plus en plus répandu : l’ignorance doublée d’inculture.


Sans jamais oublier qu’on est dans une fiction, et même dans un thriller, et qu’il faut donc donner envie au lecteur de tourner les pages. A ce titre, ce petit clin d’œil rend hommage à un maître du noir et revendique ouvertement son appartenance au genre : « A présent il s’appelait Denis Lehane … »

Passionnant donc, même si on a le sentiment d’être passé très près de beaucoup mieux.


Barouk Salamé  / Le testament syriaque, Rivages/Thriller (2009).

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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 20:49

Je pourrai, pour parler de 186 marches vers les nuages, le dernier roman de Joseph Bialot, me contenter de vous renvoyer au papier de Moisson Noire. Mais ce serait faire preuve d’une flemme bien coupable.


1946, Berlin. Bert Waldeck est un survivant. Il a passé 11 ans dans les pires camps nazis. Pourtant Bert n’est ni juif, ni tzigane, ni homosexuel, ni même communiste. Cet ancien flic a juste eu le tort de ne pas taire ce qu’il pensait du régime nazi. Il a vu et vécu l’indicible, et il a survécu, mais dans quel état. Il recommence à s’intéresser à la vie quand un officier américain le recrute pour retrouver un SS, ancien ami d’enfance de Bert qu’il a croisé à deux reprises dans les camps. Au bout de quelques jours, Waldeck se rend compte qu’il est manipulé. Il décide alors d’enquêter pour son propre compte, quitte à devoir revivre les pires moments de sa vie.


Comme souvent dans le roman noir, l’enquête n’est que le prétexte, l’important est ailleurs. Ici, dans l’évocation des pires moments de l’histoire européenne. Joseph Bialot, qui fut lui-même déporté (lire C’est en hiver que les jours rallongent), choisit ici de prendre pour porte-parole un allemand en désaccord avec le régime. Cela donne un point de vue original, mélange de culpabilité d’être allemand et de perte d’illusions et de souffrance d’avoir été une des victimes.


Le récit se fait au travers de rapides aller-retour entre 1946 et le passé récent (de1933 à 1945) et décrit la montée de la haine, de la perte de valeurs et de culture, la main mise sur la pays d’une poignée de fanatiques associés aux pires crapules du pays. Et puis l’horreur, la déshumanisation tout autant que de destruction physique mise en œuvre dans les camps, et les rares étincelles de résistance, d’intelligence qui, miraculeusement, arrivent à survivre.


C’est également le portrait de Berlin, grande capitale européenne réduite à un champ de ruines où errent des survivants complètement perdus. C’est enfin la description du cynisme des grands qui, sous couvert de réalisme politique, se partagent le cadavre encore chaud et sont près à blanchir les pires criminels s’ils peuvent leur être utiles. Tout cela au nom d’une guerre froide qui s’annonce déjà.


On pourrait s’enfoncer dans le pathos, dans la diatribe, ce n’est jamais le cas. L’émotion, la colère, la rage, l’incompréhension sont là, parfaitement exprimées, mais avec pudeur. Un grand roman noir, magnifiquement écrit. Un roman pour ne pas oublier, mais également un roman pour alerter. Car ce n’est qu’en sachant de quoi l’homme est capable, individuellement et collectivement, que l’on peut espérer éviter que le pire se reproduise.


Ceux qui veulent en savoir plus sur l’auteur peuvent aller lire la transcription de la rencontre entre Joseph Bialot et ses lecteurs sur le site de Bibliosurf.


Joseph Bialot  / 186 marches vers les nuages, Métailié/Noir (2009).
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 22:48

J’avais promis quelques photos de Patagonie, et plus précisément, de la côte de la province de Chubut. Chose promise, chose due. Voilà donc.


Commençons par un petit clin d’œil aux admirateurs d’un grand, très grand auteur anglais, le maître de la fantazy fantaisiste, le génial scénariste de Sandman, l’auteur de Neverwhere, Anansi Boys, American gods … et n’oublions pas De bons présages avec Terry Pratchett, j’ai nommé, bien entendu, Neil Gaiman.


Le culte de Gaiman a-t-il atteint la lointaine Patagonie ? Une secte d’admirateurs s’est-elle installée aux confins du monde ? Que nenni. Toute la région de la Peninsula Valdez a été colonisée en premier lieu par des gallois. D’où les villes de Trelew (« ville de Lewis » en gallois), de Rawson, Puerto Madryn, et le village de Gaiman, où les écoles sont bilingues, espagnol / gallois. Où des gallois vont en voyage d’étude pour retrouver leur langue telle qu’elle était parlée avant … Où l’on trouve des « casas de té » où on peut prendre une spécialité unique dans le pays le « té gales ». Ne m’en demandez pas d’avantage, j’ai goutté le cordero patagonico asado avec du rouge, pas le té gales.


Venons-en maintenant à une des curiosités de la région, la réserve de Punta Tombo, à 120 km de Trelew. Des centaines, des milliers de pingouins. On marche au milieu des nids, on est entourés, envahis de pingouins. Ils se foutent complètement de notre présence, ils vaquent, se nettoient, se baignent, mangent, élèvent leur petits, pingouines à qui mieux mieux, sans se soucier le moins du monde des grands machins qui déambulent. C’est magique.


Et comme la nature n’est pas avare, on croise également un chimango (petit rapace de la taille d’une buse), une Martineta (sorte de perdrix à houppette) ..... et bien entendu, les inévitables guanacos, ces lamas patagons.


                   


Avec une différence notable par rapport à ce que l’on peut observer en France. Ces animaux n’ayant pas l’habitude d’être chassés, on peut les approcher de beaucoup, beaucoup plus près.




Maintenant, au lit. Dès que j’ai le temps, je m’occupes de scanner des photos d’otaries, d’éléphants de mer, et de … cormorans.


J’en profite pour faire une petite pause, on se retrouve dimanche soir. Je vous causerai du dernier roman noir, très noir, de Joseph Bialot.

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 22:47

Pour les hispanophones essentiellement, un site très prometteur vient de s’ouvrir. Il s’appelle Diez Negritos, et rassemble … dix auteurs, certains connus, d’autres moins (du moins pour nous) : Paco Ignacio Taibo II, Antonio Lozano, Carlos Salem, Eduardo Monteverde, Juan Hernandez Luna, Leonardo Oyola, Lorenzo Lunar, Nahum Montt, Rebeca Murga et Sébastien Rutés.


Entre autres, vous avez à la rubrique Taibo, le premier chapitre de son nouveau roman qui, si j’ai bien compris, devrait être traduit chez Métailié. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une suite à Sandokan ! Qui sera, comme le dit le maître, plus anti impérialiste que jamais. Dire que j’en salive d’avance est un doux euphémisme.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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