Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 22:45

L’interview d’Emmanuel Pailler ayant été lu avec intérêt, il a semblé naturel de poursuivre l’expérience, et de donner la parole à une autre traducteur. Le nom de Serge Quadruppani, traducteur remarqué d’Andrea Camilleri a été spontanément cité par certains lecteurs, et c’est aussi vers lui que je comptais me tourner. C’est chose faite :

 

Jean-Marc Laherrère : Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenu traducteur, et pourquoi avoir fait le choix de traduire plutôt des auteurs de polar ? Vous êtes traducteur et auteur. Etes-vous un auteur qui a décidé de traduire, ou un traducteur qui un jour a sauté le pas et décidé d’écrire ?

 

Serge Quadruppani : J’ai toujours voulu écrire (« bon qu’à ça », comme disait Becket - sans vouloir me parer des plumes du paon). J’ai d’abord traduit pour faire bouillir la marmite, de l’anglais. Puis j’ai rencontré l’Italie et une Italienne et j’ai appris la langue, et découvert une littérature. Maintenant, je ne traduis plus que les livres que j’ai choisis, ce qui est un très grand privilège.

 

Jean-Marc Laherrère : Est-ce que le fait d’être auteur vous aide, ou au contraire vous gène ? Arrivez-vous facilement à faire taire l’inventeur d’histoire quand vous traduisez ? N’avez-vous pas envie de « corriger » ce qui ne vous va pas dans l’œuvre originale ?

 

Serge Quadruppani : Le fait d’être auteur m’aide, car il y a une part de créativité indispensable dans l’acte de traduire et en même temps, je suis très attentif à rendre la voix de l’auteur, à respecter son écriture, à la faire passer du mieux possible, j’essaie d’être aussi fidèle que possible, même dans ce que je considère chez l’auteur comme des lourdeurs ou des baisses de style ou de rythme. Mais la confrontation intime avec la langue et la technique d’auteurs divers m’aide à réfléchir sur ma propre écriture  : parfois, voyant tel ou tel passage, je pense « tiens, je n’aurais pas coupé là »  ou bien  : « tiens, j’aurais changé de point de vue », mais je m’applique  à rendre scrupuleusement les choix de l’auteur. Comme directeur de collection, je dois dire que, si je peux admettre qu’un traducteur fasse des faux sens, je ne supporte pas les traducteurs qui se permettent de corriger un auteur. Par exemple, récemment, j’ai dû intervenir sur une traduction où l’auteur avait fait un paragraphe d’une seule phrase et où le traducteur s’était permis de découper le paragraphe en une dizaine de phrases. Le fantasme du « bon français », idiotie scolaire qui m’insupporte, avait encore frappé.

 

Jean-Marc Laherrère : Y a-t-il pour vous des écrivains, ou des traducteurs, qui vous ont donné envie de traduire ?

 

Serge Quadruppani : Tous les écrivains que j’ai aimés m’ont donné envie d’écrire. Un traducteur, Jean-Pierre Carasso, m’a appris le métier en anglais. Puis j’ai volé de mes propres ailes. Le milieu des traducteurs, avec ses congrès et ses rites et ses prix m’est assez étranger. Je n’ai rien contre, d’ailleurs (ni rien pour  : il m’est complètement indifférent, sauf quand je vois les prix donnés à certaines nullités - là je ris).

 

Jean-Marc Laherrère : Echangez-vous beaucoup avec l’auteur que vous traduisez ?

 

Serge Quadruppani : Traduisant des auteurs vivants, j’ai noué des liens avec eux, une bonne partie sont devenus de bons copains ou carrément des amis. S’agissant d’auteurs comme Camilleri, chez qui le vocabulaire est parfois assez ardu, il m’arrive de leur demander des éclaircissements. On reconnaît un traducteur débutant à ce qu’il n’ose pas dire  : « là, je comprends pas ». Et alors, il essaie de deviner et à tous les coups, il se plante.

 

Jean-Marc Laherrère : Faut-il apprécier un auteur pour le traduire ?

 

Serge Quadruppani : On est obligé d’aimer, d’une manière ou d’une autre, ce qu’on traduit, sinon, on traduit mal. Même dans la pire traduction alimentaire, il vaut mieux essayer de trouver un intérêt ou un autre à traduire au mieux, sinon ça se sent que le traducteur s’emmerde. Mais depuis une dizaine d’années, comme je vous l’ai dit, je ne traduis plus que ce que j’aime.

 

Jean-Marc Laherrère : Quelle traduction vous a procuré le plus de plaisir ? Posé le plus de difficultés ?

 

Serge Quadruppani : Camilleri m’a posé le plus de difficultés. Pour le reste, on ne peut pas me demander ce que j’ai le plus aimé. C’est comme de demander quelle fut votre maîtresse préférée - ou votre rejeton favori. Je les aime tous.

 

Jean-Marc Laherrère : En tant que traducteur, vous êtes surtout connu pour le travail que vous avez effectué sur l’œuvre d’Andrea Camilleri, et pour les choix que vous avez dû faire pour traduire les dialogues en sicilien. Pouvez-vous, pour les lecteurs qui ne sont pas familiers de votre travail, résumer les difficultés spécifiques propre à la traduction de l’italien, ou plutôt, si j’ai bien compris, des différents italiens. Le sicilien présente-t-il des difficultés particulières ? Pourriez vous revenir sur les choix que vous avez fait pour rendre la saveur de la langue d’Andrea Camilleri ?

 

Serge Quadruppani : Désolé, là je craque  : j’ai trop souvent répondu à cette question, je vous invite à lire mon texte « L’angoisse du traducteur devant une page d’Andrea Camilleri » sur quadruppani.samizdat.net. N’hésitez pas à faire du copié-collé  ! (Plutôt que de faire un copié-collé partiel, je vous renvoie au texte original, il a l’avantage d’être complet et très clair).

 

Jean-Marc Laherrère : Vous êtes à la fois directeur de collection (suite italienne chez Métailié), et traducteur. Comment choisissez-vous les auteurs que vous traduisez vous-même, et ceux que vous confiez à des collègues ?

Serge Quadruppani : Sur quadruppani.samizdat.net, vous pouvez lire « La bibliothèque italienne chez Métailié, un point de vue sur la littérature et sur l’Italie ». N’hésitez pas à faire du copié-collé  ! (Plutôt que de faire un copié-collé partiel, je vous renvoie au texte original, il a l’avantage d’être complet et très clair).

 

Jean-Marc Laherrère : Vous est-il arrivé de renoncer à traduire (ou à faire traduire) un auteur que vous appréciez en italien parce que vous pensez qu’il ne passera pas en français ? (Trop référencé, langue trop particulière …)

 

Serge Quadruppani : Non, jamais. Et je rirais au nez d’un traducteur qui me dirait que quoi que ce soit est intraduisible. Tout est intraduisible et rien ne l’est  : une fois qu’on a dit ça, on se met au boulot et c’est ce boulot qui nous permet à tous d’accéder à la littérature mondiale.

 

Jean-Marc Laherrère : Quels sont les auteurs que vous aimeriez traduire, et les romans que vous regrettez de ne pas avoir traduits ?

 

Serge Quadruppani : Je regrette beaucoup de ne pas avoir traduit certains Camilleri qui ont été mal traduits par une autre personne. D’autres livres, comme Gomorra, de Roberto Saviano, m’ont échappé comme directeur de collection, mais ils ont été bien traduits et bien défendus, c’est ce qui compte. Quant aux auteurs que j’aimerais traduire, je les fais acheter par Anne-Marie Métailié, quand les agents ne viennent pas tout foutre en l’air avec leurs exigences ridicules et préjudiciables d’abord aux auteurs (qui se retrouvent publiés dans de grosses maisons capables de payer des avances astronomiques mais peu désireuses de se démener pour faire connaître un auteur qu’elles veulent juste sur leur catalogue pour des raisons de prestige, les maisons en question étant trop occupées à vendre à tout prix le best-seller programmé par elles - qui parfois, souvent, heureusement, ne se vend pas si bien que ça).

 

Jean-Marc Laherrère : Avez-vous des romans en cours de traduction ? Pour les mois à venir, de nouvelles découvertes de votre collection ? Un nouveau roman ?

 

Serge Quadruppani : Bien sûr, depuis une dizaine d’années, j’ai constamment une traduction sur le feu, même si parfois je m’accorde un mois ou deux pour écrire. Je suis en train de traduire un chef d’œuvre de Lucarelli  : L’ottava vibrazione. Un roman historique, un polar, un roman-fleuve sur les langues italiennes et sur le colonialisme italien en Erythrée. Une œuvre majeure.

 

Jean-Marc Laherrère : Merci. En marge de cette interview, une question que j’ai très envie de poser au directeur de collection : Va-t-on avoir de nouveaux Wu Ming prochainement ?

 

Serge Quadruppani : En octobre sort le dernier chef d'oeuvre collectif de Wu Ming, Manituana, une histoire de la guerre d'indépendance des Etats-Unis vue du côté des Iroquois qui cherchent l'appui du roi d'Angleterre parce qu'il vaut mieux « avoir un souverain à mille milles plutôt que mille souverains à un mille ». Avec le récit, qui occupe le centre du livre d'une ambassade iroquoise en Angleterre et pour le reste, des batailles, des chefs indiens et des femmes aux pouvoirs magiques. Le tout basé sur une doc immense. Un chef d'oeuvre, je vous dis. Les Italiens en ont fait un best-seller.

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
commenter cet article
9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 22:01

Avec Citoyens Clandestins, monumental thriller d’espionnage, DOA avait fait une entrée fracassante à la série noire. Il revient avec Le serpent aux mille coupures, sec comme un coup de trique, 200 pages d’adrénaline.


Moissac, près de Toulouse, verger du sud-ouest, pays où il fait bon vivre. Pas pour tout le monde. Pas quand on est le Nègre, l’Etranger qui, marié à une fille du pays, a osé reprendre une exploitation, et travailler, ici, comme s’il était du coin ! Alors de courageux vengeurs se sont levés pour tout faire pour que le macaque parte avec sa femme (la salope) et leur fille.


Ce soir là, dans le froid, c’est Baptiste Latapie qui s’y colle, et sabote quelques rangs de chasselas. Mauvaise pioche. Il tombe sur une rencontre étrange, entre trois patibulaires qui causent étranger, et un motard, blessé, qui les abat tous les trois avant de prendre la fuite. Le début d’un carnage qui va secouer la torpeur de ce coin de campagne.


Pas un mot de trop, un style sec et un rythme d’enfer, des chapitres courts qui passent d’un personnage à l’autre jusqu’au feu d’artifice final. Il suffit d’ouvrir le roman, ensuite les pages tournent toutes seules.


Pas beaucoup de gentils, de bons sentiments, ou de bonne conscience ici. DOA est méchant, c’est pour ça que les lecteurs de polar l’aiment. Il sait, mine de rien, braquer le projecteur sur les zones pas forcément reluisantes de notre beau pays, même, et surtout, quand elles se cachent derrière la raison d’état, une carte postale idyllique, ou une bonne conscience facile. Il le fait sans aucune pitié pour le lecteur. Ni pour certains personnages qui en prennent plein les dents. Et le lecteur ne peut s’empêcher de penser qu’ils l’ont quand même bien cherché !


Mais DOA est un faux méchant, c’est aussi pour ça que les lecteurs adorent ses livres . Il aime ses fragiles qui savent, au moment le plus inattendu, retrouver courage, force et fierté ; ceux qui persistent, envers et contre toute forme de connerie, ceux qui font ce qu’ils ont à faire, sans se soucier de l’opinion. Et bien entendu ses chevaliers, sans peur à défaut d’être sans reproche, un peu fajardiens par certains côtés.


Du pur plaisir, ristretto, comme on l’aime.


Avis donc, DOA revient, il revient aussi sur la toile, sur son site qu’il avait délaissé pendant quelques mois.


DOA  / Le serpent aux mille coupure, Série Noire (2009).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article
7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 19:12

Ca devait bien arriver un jour. Pour la première fois, je suis déçu par un roman d’Elmore Leonard. Explication.


1944. Walter Schoen, boucher de Detroit, est le sosie d’Himmler. Il est d’origine allemande et nazillon. Pour compléter le tableau, il faut préciser qu’il est coincé, obtus, et ennuyeux au-delà de toute expression. En cette fin de guerre, il veut absolument faire quelque chose pour le Führer ! A Detroit il y a aussi deux soldats allemands évadés d’un camp de l’Oklahoma, une fausse comtesse ukrainienne sensée être une espionne, son inquiétant amant/serviteur, quelques nazis, et Honey, l’ex de Walter, qui l’a quitté quand elle s’est rendu compte qu’il était aussi barbant que cinglé … Et maintenant, il y a Carl Webster, le Kid de l’Oklahoma, marshal des USA, qui vient récupérer les deux évadés, et tenter de résister aux avances, pour le moins directes, d’Honey qui sait ce qu’elle veut.


A priori, tout est là ou presque à commencer par les deux ingrédients essentiels de tout roman « leonardien » : une belle collection de cinglés et des dialogues qui font mouche.


Mais je ne sais pourquoi, cette fois, je n’y crois pas. Elmore Leonard se tient souvent à une distance ironique de ses personnages, cette fois, à mon goût, il est allé un poil trop loin, du coup je suis moi aussi resté à distance. Je n’arrive pas à m’intéresser vraiment à ce qui arrive aux personnages. Et je n’arrive pas à être convaincus par certains ressorts de l’intrigue et par les motivations et les comportements des personnages qui ont, c’est encore un point de vue subjectif, des réactions que je ne comprends pas d’après ce que je sais d’eux.


Restent quand même un final magnifique, un vrai suspense sur la question essentielle : Carl restera-t-il fidèle à sa femme ou cédera-t-il à la très troublante Honey ? Restent également, comme je le disais plus haut, quelques cinglés de haut vol et des dialogues au cordeau.


Donc je ne me suis pas ennuyé, mais j’ai été déçu. C’est que j’attends plus d’un roman de Leonard … Alors vivement le prochain.


Elmore Leonard / Hitler’s Day (Up in Honey’s room, 2007), Rivages Thriller (2009), traduit de l’américain par Pierre Bondil et Johanne Le Ray.
Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article
5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 21:22

Pas mal d’infos en vrac …

J’ai rajouté, dans la liste des sites à visiter,

L’incontournable Calibre 47 de Claude Mesplède,

Le blog de potins et de coups de gueules (très souvent drôles) de Tata rapporteuse, pour s’amuser avec le petit monde du polar.

Le blog de Toulouse Polars du Sud (TPS), et celui de son webmaster, l’auteur Benoît Séverac.

Pour les toulousains maintenant, après la rencontre de samedi 14 à la librairie de la Renaissance animée par l’association TPS, deux rencontres avec des auteurs de polar, mais pas pour des polars :

Mercredi 18 mars à 18h00 Paco Ignacio Taibo II vient parler de sa monumentale biographie de Pancho Villa (dont, malgré mes promesses de gascon, je ne vous ai guère reparlé, mea culpa) à la médiathèque José Cabanis.

Samedi 21 mars à 16h30, c’est Luis Sepulveda qui sera là pour parler de son dernier recueil de nouvelles La lampe d’Aladino à la librairie Ombres Blanches.

A propos de Luis Sepulveda (quel sens de la transition !), il publie sur le site des 30 ans de Métailié un texte court excellent, dans l’esprit du premier texte de son recueil Le neveu d’Amérique. Ca s’appelle « attaque à main bénite », c’est un régal.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
4 mars 2009 3 04 /03 /mars /2009 21:09

Rivages poursuit, peu à peu, la réédition des romans de la série Martin Beck, de M. Sjöwall et P. Wahlöö, les deux précurseurs du polar scandinave. Ce qui permet à ceux, nombreux, qui ne les avaient jamais lus faute de les trouver, de combler cette lacune. Ce que je fais chaque fois que je trouve le temps (c'est-à-dire trop rarement). Mais j’ai une excuse, si j’en crois ce papier confondant.


L’homme qui partit en fumée présente la particularité d’extraire leur personnage principal de son environnement, autant géographique qu’humain.


Martin Beck profite de ses vacances en famille depuis moins de 24h00 quand il est rappelé d’urgence par son supérieur à Stockholm. Le ministère des affaires étrangères veut absolument Beck pour mener une enquête délicate. Le journaliste Alf Matsson a disparu à Budapest deux jours après son arrivée dans la ville où il devait faire un reportage. Depuis deux semaines, plus de nouvelles. Son journal, un torchon à scandales, menace de lancer une campagne comme il sait les faire si personne de s’occupe de l’affaire. Pour l’harmonie des relations entre les deux pays, le ministère préfère que cela fasse le moins de vagues possible. Il ne reste plus à Martin Beck qu’à partir enquêter officieusement, dans un pays dont il ne parle pas la langue, et sans l’appui de la police locale qui n’a pas été contactée … Une sinécure.


Cet épisode permet aux auteurs d’élargir la perspective et de décrire Budapest du point de vue du « touriste » qui s’émerveille, mais ne comprend pas forcément le fonctionnement de la société. En creux, comme dans les autres romans de la série, on assiste, dès ce milieu des années 60, à la mise à mal de ce qui était présenté comme le paradis social scandinave. Le tout avec une rigueur d’intrigue et une absence d’esbroufe dignes du maître du genre, j’ai nommé l’incontournable Ed McBain. Plus que recommandable donc, indispensable pour qui s’intéresse au polar en général, et au polar scandinave en particulier.


Un petit mot pour expliquer le mystère de la traduction. Au moment de la sortie des romans de M. Sjöwall et P. Wahlöö il n’y avait pas d’engouement particulier pour le roman policier scandinave, c’est le moins que l’on puisse dire. Les romans de la série Martin Beck ont donc été traduits … A partir de la traduction anglaise. Qui est donc revue, pour les rééditions de rivages, à partir des textes d’origine.

M. Sjöwall et P. Wahlöö / L’homme qui partit en fumée (Mannen some gick upp i rök, 1966), Rivages Noir (2008), traduit à partir de l’anglais par Michel Deutsch, revu à partir du suédois par Philippe Bouquet Julien Guérif.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands classiques
commenter cet article
3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 23:00

J’avais bien aimé, mais avec des réserves, le précédent roman de Jeanne Desaubry, Le passé attendra. Il me semble qu’avec Dunes froides, elle passe un cap.


L’hiver, habituellement, cette petite station balnéaire du nord est déserte. Cet hiver là, une maison blottie dans les dunes est habitée par Victor, la soixantaine, et Martha, beaucoup plus jeune, fragile et lumineuse. Ils sont observés à leur insu par un troisième personnage, fasciné par Martha. La découverte d’un cadavre pêché en mer à proximité de la côte va faire voler en éclat l’équilibre précaire de ce trio en marge.


Jeanne Desaubry réussit parfaitement cette chronique d’une folie annoncée, tout en petites touches. Elle délaisse le roman policier classique qu’elle avait abordé dans Le passé attendra pour nous concocter un noir bien noir et vénéneux, une histoire d’amour condamnée dès le début, une histoire qui reste en permanence au bord de la folie, avant d’y plonger finalement. L’écriture et la construction sont parfaitement adaptées au récit, l’alternance des points de vue apporte, petit à petit, les différentes pièces du puzzle, jusqu’au final qui se révèle aussi sombre que l’on pouvait s’y attendre.


Une très belle réussite que cette histoire qui, par sa thématique, et son traitement, l’éloigne du procédural classique pour la rapprocher d’un univers plus proche de celui d’un Marcus Malte. On fait pire comme référence …


Jeanne Desaubry / Dunes froides, Krakoen (2009).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 22:36

Trêve de digressions, et retour au polar avec Citizen Vince, premier roman très prometteur d’un jeune auteur américain, Jess Walter.


Vince Camden n’est pas quelqu’un qui s’intéresse de très près à la politique. Il se lève vers deux heures du matin, va jouer au poker, vend un peu de drogue et quelques fausses cartes de crédit, puis va bosser, de 4h30 à midi, dans une boulangerie. Immuablement depuis qu’il vit à Spokane, petite ville du nord-ouest des USA.


Il faut dire qu’en cette année 80, à huit jours de l’élection entre Jimmy Carter et Ronald Reagan, c’est la première fois de sa vie que Vince peut voter : Avant, il a toujours été en prison ou privé de ses droits. Coup du sort, juste au moment où il s’intéresse à ce qui se passe dans le pays, un de ses associés dans l’arnaque aux cartes de crédit est abattu. Vince voit alors son passé lui revenir à la figure, et va devoir faire des choix.


Dès ce premier roman, subtilement noir, Jess Walter s’affirme comme un auteur à suivre. Ni héros invincible, ni anti-héros pitoyable, Vince est un personnage magnifiquement décrit auquel on croit immédiatement. Le lecteur partage ses doutes, ses envies, et sa découverte faite avec un enthousiasme rafraîchissant, de sa citoyenneté. L’auteur à parfaitement saisi ce moment où un homme s’aperçoit qu’il ne vit pas que pour lui mais qu’il fait partie d’une société, et qu’il en découle des droits, mais également des devoirs.


Il peut sembler au lecteur de polar français, habituellement plutôt politisé, que les questions que se pose Vince sont dignes d’un gamin ou d’un adolescent. Son cas est pourtant très certainement représentatif d’une bonne partie de la population américaine ; il suffit pour s’en convaincre de voir le taux d’abstention lors des élections dans ce pays. Et il serait bien présomptueux de penser qu’un tel personnage ne pourrait pas exister en France …


La réflexion de l’auteur, sa façon de relier l’envie de voter avec le fait d’avoir été privé de ce droit jusque là, et d’en faire la métaphore du changement qu’est en train d’opérer le personnage, passant d’une identité de truand individualiste à celle d’un homme qui va prendre une place plus conventionnelle et plus civique (au sens premier du terme) est fine et convaincante.


Sans oublier, et c’est bien ce que l’on attend en premier lieu d’un polar, que c’est bien écrit et superbement construit, avec une progression et un suspense parfaitement maîtrisés qui, peu à peu, font remonter le passé qui explique le présent et mène à un final incertain jusqu’à la toute dernière page.


Sans aucun doute, un auteur à suivre.


Jess Walter / Citizen Vince (Citizen Vince, 2005), Rivages Thriller (2009), traduit de l’américain par Julien Guérif.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article
2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 21:12

Le retour sur les chapeaux de roues …

Quelques rendez-vous polar et perso :

Pour les toulousains, la toute jeune association Toulouse Polars du Sud (TPS) n’attend pas son premier festival d’octobre 2009 pour promouvoir notre littérature préférée. Dès samedi 14, elle organise une rencontre, à la librairie de la Renaissance avec deux jeunes auteurs, Maurice Zytnicki et Philippe Motta. Tous les détails sont là.

Pour les lyonnais, les déjà célèbres (et à juste titre) Quais du polars vous invitent à une rencontre avec trois auteurs majeurs : Jason Starr, Iain Levison et Eric Miles Williamson. Les détails sont là.

Un peu d’auto-pub pour finir. Pour les toulousains qui voudraient, pour changer, m’entendre au lieu de me lire, nous serons jeudi 12 à partir de 21h30 en concert aux Marins d’Eau Douce. On peut y manger (à partir de 20h00, et il vaut mieux réserver au 05.61.73.16.15), ou venir boire un coup en nous écoutant exécuter (dans tous les sens du terme) des thèmes de Miles Davis, Carlos Jobim, Herbie Hancock … et autres.


 

PS. L'affiche a été réalisée par notre batteur qui a plus d'une corde à son arc.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère
commenter cet article
1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 21:43
Et me revoilà sous le ciel gris et hivernal.



En attendant demain, et les billets en retard sur Jess Walter, Jeanne Desaubry et un classique de Sjöwall et Wahlöö, deux petites photos, prises avec un bête numérique de poche, en attendant de faire révéler mes bonnes vieilles diapos.



Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère
commenter cet article
27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:16

Avec Bandits, Rivages continue à rééditer les romans d'Elmore Leonard des années 80, et c'est un vrai bonheur.


A sa sortie de prison, Jack Delaney change de métier (il écumait les chambres d'hôtel) pour bosser avec son beau-frère comme … croque-mort. Un boulot comme un autre. Ou presque. Il a juste un petit problème quand il faut aller chercher les clients à l'hôpital des lépreux de la Nouvelle-Orléans. Mais là, la cliente est spéciale. Elle est vivante, nicaraguayenne et accompagnée par une sœur belle comme un cœur.


Les ennuis ne tardent pas à tomber sur Jack, mais pas que des ennuis. La « morte » est recherchée par un colonel des contras qui veut lui faire la peau, et qui est aussi là pour récupérer du fric pour continuer à alimenter ceux que le président Reagan, son ami, appelle les combattants de la liberté. Aider une sœur au grand cœur à sauver une jeune fille en détresse, être, pour une fois, dans le camp des gentils, c'est bien, si en plus il y a deux millions de dollars à récupérer, c'est mieux.


On a beau connaître l’artiste, on ne peut manquer d'être émerveillé, à chaque lecture, par son sens du rythme, de l'histoire, et surtout, des dialogues.

Et dans Bandits, il se surpasse. Un conseil à n'importe quel auteur en herbe, s'il veut voir ce qu'est un bon dialogue : ouvrir ce roman à n'importe quelle page et lire, le sourire aux lèvres. Quand à faire aussi bien, là, c'est une autre paire de manches ! Pas étonnant que les romans de Leonard aient autant été adapté au cinéma.


Donc, encore un grand Leonard, 350 pages de pur plaisir. Et, mine de rien, une réflexion sur ce qu'est l'engagement et, à l’inverse, la vacuité d'une vie centrée uniquement sur soi … Mais rassurez-vous, jamais pontifiant, jamais lourd, toujours aérien. Les dialogues, les dialogues vous dis-je.


Elmore Leonard / Bandits (Bandits, 1987), Rivages Noir (2008), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact