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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:33

Une grande nouvelle pour tous les amateurs de polar.

Claude Mesplède, auteur, entre autres, du monumental Dictionnaire des Littératures policières, ouvre calibre 47, son site web officiel. On y trouvera des coups de cœur, des portraits d’auteurs, des chroniques cinéma, une histoire du roman noir … et bien d’autres choses encore. Le site est en construction, il s’étoffe de jour en jour, mais il y a déjà pas mal de choses à lire, et ne doutons qu’il va devenir très rapidement LE site de référence pour tout amateur de polar.

Sinon, une annonce :

L’association Polars du Sud commence à bouger sérieusement. Tout d’abord, elle a un magnifique logo, allez-y voir. Ensuite elle lance son premier concours de nouvelles. Pour le règlement, c’est là.

Et une occasion de rigoler : Je vous ai déjà dit non qu’il est très fort ? Ben je confirme, Maester est très très fort.

Quant à moi, je m’envole pour quelques semaines, mais je devrais normalement trouver sur mon lieu de vacances des cyber machins où me connecter sur le blog.

Hasta pronto.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 21:28

Actu-du-noir et le polar européens soufflent le chaud et le froid. Après la canicule sicilienne d’un été ardent, voici l’Hiver arctique, cinquième épisode de la saga islandaise d’Arnaldur Indridason.


L’hiver est tombé sur Reykjavik, chacun se calfeutre chez lui. C’est peut-être pour cela que personne n’a rien vu quand Elias, 12 ans, a été tué d’un coup de couteau en bas de chez lui au moment où il rentrait de l’école. La maman du gamin est thaïlandaise, la presse évoque immédiatement la possibilité d’un crime raciste. Pour Erlendur et son équipe, aucune piste n’est privilégiée. Autour de la famille, personne ne comprend, Elias était un petit garçon adorable.


Si l’on prolonge le parallèle climatique avec Camilleri et son Montalbano, je dirais qu’Indridason s’en sort moins bien, au moins pour cet épisode. Je m’explique.


Pour la première fois, je trouve qu’il a du mal à écrire son personnage récurrent. Il se heurte au problème inévitable du genre : Comment en dire assez pour que le roman soit compréhensible pour quelqu’un qui n’a pas lu les épisodes précédents, et ne pas en dire trop pour ne pas agacer les habitués.


En général, les auteurs choisissent de privilégier les fidèles. Donald Westlake était passé maître dans l’art du sous-entendu et du clin d’œil au fan. Les scènes dans le O.J. Bar & Grill de la série Dortmunder en sont une des illustrations les plus parfaites, on comprend tout à demi mot. Andrea Camilleri pour en revenir à lui pratique aussi cet exercice avec brio : pas une explication superflue par exemple dans le dernier roman sur les relations entre Salvo et Livia.


C’est un choix risqué (l’auteur peut perdre un lecteur occasionnel s’il se sent trop « exclu ») mais extrêmement jouissif quand ça marche. Pour la première fois dans la série Erlendur, j’ai très nettement ressenti qu’Indridason faisait le choix inverse. On a donc droit, de nouveau, à de longues explications sur la disparition de son frère, sans que la compréhension de cet événement n’avance d’un poil. Idem sur ses relations avec ses enfants. C’est peut-être subjectif, mais j’ai trouvé que cela alourdissait considérablement la première partie du récit, et ça m’a agacé.


Ensuite, ça décolle, et on retrouve les qualités des épisodes précédents : une intrigue fouillée et méticuleuse qui évite le spectaculaire tout en ménageant quelques surprises ; des personnages, Erlendur en tête, que l’on a plaisir à retrouver ; et la peinture toute en petites touches de la société islandaise. La fin, cinglante et totalement … imprévisible, vient renforcer la noirceur du roman compense heureusement les lourdeurs du début.


Cette peinture qui s’enrichit de roman en roman met cette fois en lumière l’influence d’un climat rude sur l’isolement dans lequel vivent les islandais. Isolement du reste du monde, mais également isolement de chaque cellule familiale. Et comment cela conditionne les réactions, généreuse ou racistes suivant les individus, face à l’arrivée d’étrangers dans une population qui avait jusque là été coupée du monde.


On voit là, d’ailleurs, que c’est en parlant de cas bien particuliers comme celui de l’Islande que l’on touche à la nature humaine la plus universelle. Les réactions xénophobes islandaises ressemblent étrangement à ce que l’on peut voir et entendre un peu partout dans le monde.


Reste maintenant à voir comment Indridason va, à l’avenir, se tirer du piège Erlendur …

 

Arnaldur Indridason / Hiver arctique (Vetrardorgin, 2005), Métailié (2009), traduit de l'islandais par Eric Boury



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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 21:14

Je n’avais pas particulièrement accroché au premier roman d’Alicia Giménez Bartlett, Rites de mort, juste aimé sans plus, donc je n’ai pas lu les suivants. Jusqu’au dernier, Un bateau plein de riz qui vient de sortir, toujours chez rivages. Et je crois que je vais maintenant la suivre attentivement.


Le corps d’un clodo a été retrouvé dans un parc de Barcelone. L’homme a été abattu d’une balle, avant d’être tabassé dans un simulacre d’agression par des skins. Une enquête pour Petra Delicado et son adjoint Fermin Garzon qui commence par la difficile identification de la victime. Pas de piste, pas de mobile … Quand un deuxième clochard est abattu, la presse s’empresse d’accuser la police de ne pas se préoccuper du sort des plus malheureux. Ce qui ajoute de la pression, mais n’aide en rien. Pour arranger le tout, ni Petra ni Fermin ne sont pas très sereins dans leur vie privée …


Etrange. Il m’arrive parfois de ne pas accrocher à un roman alors qu’a priori, tous les ingrédients de la recette me plaisent, et de me retrouver désolé de ne pas aimer ce qui devrait m’emballer. Là c’est un peu l’inverse. Je vois dans ce roman des « défauts » qui devraient me lasser, et je me suis régalé :

L’intrigue est bien menée, sans à coups et sans invraisemblances, mais ne fait pas vraiment tourner les pages toutes seules.


Plusieurs thèmes potentiellement très forts, comme la situation des SDF et des sans-papiers, l’agitation des groupuscule d’extrême droite, ou le trafic très juteux autour des associations caritatives sont à peine effleurés, laissant inexploités des possibilités d’écrire un roman rageur, noir et vengeur ... 


Finalement, contrairement à ce qu’on trouve dans la majorité des romans noirs qui me plaisent, ce qui est au centre de ce roman, c’est la vie, plus privée que professionnelle, des deux protagonistes principaux.

Et pourtant je ne me suis pas ennuyé une seconde. En premier lieu parce que c’est bien écrit, avec un grand sens de la répartie et une excellente maîtrise du comique de situation (on sourit souvent, on rit plusieurs fois).


Ensuite, parce que les personnages ont une vraie personnalité, une vraie profondeur et qu’on s’y attache. On s’y attache tellement qu’on a vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir, indépendamment de leur enquête. C’est à travers eux, leurs réactions et leur regard qu’Alicia Giménez Bartlett livre sa vision de Barcelone et de l’évolution de la société espagnole.


Au final, un grand plaisir de lecture, partagé par Jeanjean.


Alicia Giménez Bartlett / Un bateau plein de riz (Un barco cargado de arroz, 2004), Rivages noir (2009), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg.

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 23:12

Je me suis un peu énervé ce matin dans ma voiture en écoutant Marin Karmitz justifier son virement de casaque, pour aller bâfrer à la soupe sarkosienne en acceptant d’être nommé délégué général du Conseil pour la création artistique présidée par … l’inévitable Président.

Je sais, ce n’est pas très grave, et ce n’en est qu’un de plus qui renie tout ce à quoi il disait croire pour un peu de pouvoir / strass / fric, barrez la mention inutile, s’il y en a. Ce n’est pas grave mais quand même.

Ce qui est agaçant c’est la justification de ce nouveau traître qui vient en queue d’une liste qui s’allonge, s’allonge ...

M Karmitz fait appel au bon sens commun et à la tolérance pour nous dire que, enfin voyons, marre de ces clivages stériles, toute action en faveur de la culture est bonne à prendre. Et bien non.

Notre Président, et son gouvernement cassent l’éducation nationale, la santé publique, la recherche publique, le droit du travail, la liberté d’expression … ont instauré un ministère de l’épuration et de la déportation, entre autres choses. En participant à ce Conseil, M Karmitz dit que ça ne le dérange pas de travailler avec ce président là. De deux choses l’une, soit M Karmitz est d’accord avec ce que fait ce gouvernement, soit il fait semblant de croire que l’on peut totalement séparer la culture de tout le reste. Dans le premier cas c’est un traître de plus qui est prêt à se vendre pour avoir accès à la gamelle, dans le second c’est un fieffé imbécile. Je ne sais pas pourquoi, la seconde hypothèse me semble peu vraisemblable. Dans tous les cas, il apporte une caution « de gauche » au pire gouvernement de droite que l’on n’ait jamais eu.

Mais il y a autre chose qui m’a encore plus agacé. Pour justifier son revirement, M Karmitz a cité ce qu’il présente comme un précédent : De Gaulle et son ministre de la culture, un certain Malraux, nommant Lean Vilar (un communiste) à un poste important, sans provoquer de polémiques.

Comme je persiste à croire que M Karmitz n’est pas un imbécile, je pense qu’il nous prend pour des cons. Parce qu’il sait très bien que sur bien des points, gaullistes et communistes étaient très proches. Outre qu’ils avaient combattus ensemble, ce qui n’est pas rien, ils avaient des valeurs communes au-delà de ce qui les séparaient. Des idées proches sur service public, sur la grandeur de la nation … Or M Sarkozy n’a aucune valeur commune avec la gauche, et de plus, a montré un mépris total pour la culture et plus généralement pour tout ce qui ne rapporte pas immédiatement des thunes ! Et tout cela M Karmitz le sait. Donc il nous prend pour des cons.

Je crois que finalement, c’est ça qui me gène le plus. Ca et la conclusion que ne manqueront pas d’en tirer certains, à savoir tous pourris, personne ne croit vraiment aux valeurs qu’il fait semblant de défendre, et tout n’est qu’opportunisme … Donc moi aussi je m’assied sur tout, et je ne mense qu’à ma pomme.

Résumons, M Karmitz est un traître qui n’assume même pas et nous prend pour des billes.

Promis juré, si le Président me propose de siéger dans une commission pour la promotion du roman noir en France je lui réponds de se la tailler en pointe ! J’en fais le serment, ici même.

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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 23:04

Oups …

J’avais oublié. Et vous aussi sans doute, parce que personne ne m’a relancé.

Mais oublié quoi ? Oublié de faire la synthèse de vos contributions au bilan polar 2008. La voilà :

Les dix romans les plus cités sont donc …

Versus d’Antoine Chainas

Zulu de Caryl Férey

Dernier tramway pour les Champs Elysées de James Lee Burke

 Tranchecaille de Patrick Pécherot

Les feuilles mortes de Thomas H. Cook

Nous en sommes rien, soyons tout ! de Valerio Evangelisti

L’homme du lac d’Arnaldur Indridason

Le bonhomme de neige de Jo Nesbo

D’ombre et de lumière de John Harvey

Vixen de Ken Bruen.

Pour être complet, il faut également signaler qu’Antoine Chainas, Caryl Férey, Jo Nesbo, et surtout le très prolifique Ken Bruen ont été également cités pour d’autres romans (pas tous sortis en 2008 d’ailleurs).

Elle me plait bien cette synthèse.
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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 21:53

Une brève histoire du roman noir, par Jean-Bernard Pouy. Tout est dit.


En quelques chapitres et d’une plume alerte, Jean-Bernard Pouy nous dit pourquoi il aime le roman noir, et nous raconte ses auteurs préférés. Accessoirement, il dresse une brève histoire et géographie du genre. Bien plus qu’un cours magistral, ou qu’une conférence universitaire, on a là une véritable déclaration d’amour.


Car JB Pouy aime le roman noir. Il aime les œuvres et les auteurs. Et il le dit avec le style, l’humour et la vivacité qu’on lui connaît. Le début de ce petit essai est d’ailleurs explicite, il s’agit d’un avis absolument pas objectif (mais quoi de plus ennuyeux que l’objectivité), et surtout de l’avis très personnel de quelqu’un qui parle de ce qu’il aime.


«Si je tente cette brève histoire du roman noir, c’est essentiellement parce que j’en écris, et que je ressens, partialement, la force et la « justesse » de ce genre littéraire flou, à géométrie variable, et sujet à maintes explicitations, explications et définitions ».


Certes le spécialiste n’apprendra peut-être pas grand-chose, même s’il peut découvrir, ici ou là, un bijou bien caché qui lui avait échappé. Mais quel plaisir de lire, aussi bien exprimé, ce qu’on pense de tel ou tel auteur. Quel plaisir de voir une passion partagée. D’autant plus que JB Pouy sait parfaitement qu’on instruit mieux en amusant, ce qui veut dire que l’on ne risque pas de s’ennuyer. A titre d’exemple, voici les remerciements :


« Je remercie tout particulièrement Claude Mesplède et sa bande […] et puis tous les autres, généralement des amis, des confrères (y compris Albert Wikipédia), que j’ai pompés en toute impunité. Mais les amateurs de roman noir sont une grande famille »


Quant à ceux qui voudraient découvrir cette littérature, ils ont là un point de départ parfait, qui leur permettra d’explorer de belles pistes de lecture, et de se faire leur propre goût.


Convaincus ?


Tient, s’il en était besoin, une preuve que c’est un bon bouquin, c’est qu’en exergue d’un de ses chapitres il y a la phrase que vous voyez ci-dessus, qui ouvre Le dernier baiser de Crumley. C’est dire si l’homme a bon goût !


Inutile de dire que je préfère 1000 fois ce petit livre plein de vigueur, d’humour et de passion au Guide assez plat (et dans lequel, en plus, je ne me retrouve pas) d’Hélène Amalric.


Jean-Bernard Pouy / Une brève histoire du roman noir L’œil neuf (2009).

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 21:33

Cela faisait un petit moment que je n’avais pas lu de romans d’Andrea Camilleri, je ne sais pour quelle mauvaise raison. Cela faisait aussi pas mal de temps que je ne m’étais pas autant marré en lisant un roman ! Voilà donc Un été ardent. Rigolade assurée.


Il fait chaud à Vigata, très chaud, beaucoup trop chaud. Salvo Montalbano n’a presque plus d’appétit. Juste pour quelques plats froids arrosés d’un blanc très très frais. Livia, son amie génoise est venue le rejoindre, accompagnée d’un couple d’amis qui ont loué une villa à proximité. Et voilà que, dans le sous-sol jusque là caché de la maison, Montalbano trouve un cadavre dans un malle ! (Je sais, le coup du sous-sol caché est difficile à comprendre, mais il faut lire le bouquin, ou être sicilien pour savoir, faites-moi confiance). Le début d’une dispute de plus, et d’une enquête d’autant plus éprouvante qu’il continue à faire beaucoup trop chaud.


Eclats de rire garantis quasiment à tous les chapitres. La plupart du temps à cause (ou plutôt grâce à) des dialogues absolument fantastiques. Mais aussi à chaque intervention de l’inénarrable Catarella, ou à chaque mouvement d’humeur de notre commissaire préféré.


Il n’y a pas à dire, Andrea Camilleri a le sens de la formule. Juste un exemple. Je dois avoir gardé un esprit potache, parce qu’il m’a fait pouffer !


« Il arriva au commissariat la chemise trempée de sueur, et le caleçon qui ne faisait qu’un avec les poils de cul tellement ils étaient collés. »

L’intrigue est assez mince, mais on s’en fout !


Et sous le rire, se cache (à peine) le tableau accablant d’une société sicilienne totalement bouffée par la corruption, les liens entre politiques, mafieux et hommes d’affaire. Une société où la justice est totalement impuissante face aux gros, tellement impuissante qu’elle s’autocensure sans même chercher à combattre. Ne société où la vie d’un travailleur sans papier vaut beaucoup moins cher que la réputation d’une crapule de la haute. Ce n’est pas ici, mon bon monsieur, qu’on verrait ça !


Finalement, il vaut mieux en rire. Un grand Camilleri.


Vous pouvez prolonger cette lecture avec celle d’une interview de l’auteur par son traducteur, sur le site de Serge Quadruppani.


Andrea Camilleri / Un été ardent (La vampa d’agostc, 2006), Fleuve noir (2009), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 15:33

Lors de sa sortie en grand format, en 2007, j’étais passé à côté de Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous de Laurie Lynn Drummond. Les critiques étaient excellentes, tout le monde en disait du bien, mais je n’avais pas eu l’occasion de le lire. Je me rattrape aujourd’hui avec sa sortie en poche.

Katherine, Liz, Mona, Cathy, Sarah. Cinq femmes flics en tenue à Baton Rouge. Dix histoires qui disent le stress, l’horreur, l’adrénaline, le contact avec la mort, l’alcool pour faire passer, les difficultés, voire l’impossibilité  à vivre une vie de famille quand on rentre à la maison … Dix histoires rudes, au raz du bitume, les pieds et les mains dans la fange.


Laurie Liz Drummond a été flic, à Baton Rouge. Elle sait de quoi elle parle, elle a très probablement vécu ce qu’elle décrit.


Ici, pas de super flic, pas d’enquête poussées, pas de traque, pas de jeu subtil et pervers entre un tueur et son poursuivant, pas de profilers. Rien que la découverte du cadavre, le choc, encore et toujours, la trouille sur une scène de crime, l’inattention fatale lors d’un contrôle anodin, l’adrénaline, l’excitation … et la bavure. Le quotidien d’un flic de terrain, confronté quotidiennement à la misère, au mépris et à la paperasse. Rien de glamour donc, rien que le boulot de ceux (et ici celles), qui pataugent quotidiennement dans tout ce que nos sociétés modernes, en apparence civilisées, mais toujours aussi violentes, ne veulent pas voir.


Pas d’analyse sociologique, pas de tentative d’excuser les uns, de montrer les autres du doigt, juste un constat sans fard, la description la plus objective possible d’un boulot pas tout à fait comme les autres. Avec ses risques, ses joies (il y en a), ses fiertés, ses doutes et ses dérives. Mais là encore, Laurie Lynn Drummond n’explique pas, n’excuse pas. Elle décrit. Des faits, des émotions ressenties, rien d’autre. Des faits et des émotions que le lecteur prend en pleine poire. Parce que l’écriture est parfaitement adaptée, sans pathos, sans cris, sans effets spectaculaires, sans larmes … En pleine poire donc.


Ajoutez à cela la particularité d’être une femme dans un métier qui reste, encore, plutôt masculin, et face à une violence qui frappe majoritairement des femmes … On en ressort poisseux, secoué, et touché.


Dans ses remerciements, l’auteur dit avoir mis douze ans à écrire ce livre. Cela valait la peine d’attendre. Elle ne sera peut-être l’auteur que d’un bouquin, un bouquin très personnel, très proche de son vécu. Si elle en publie un autre, on le lira attentivement. Mais même si elle en reste là, sa contribution à la littérature noire aura déjà été primordiale.


Laurie Lynn Drummond / Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous (Anything you say can and will be used against you, 2004), Rivages/Noir (2009), traduit de l’américain par Isabelle Reinharez.

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 14:21

Les excellentes éditions Métailié fêtent leurs trente ans d’existence. Il y aura des rencontres, des animations, et bien d’autres choses zencore. Il y a déjà un blog, qui propose, d’entrée, rien moins qu’un article de Serge Quadruppani sur les auteurs de roman noir de la maison, et un texte de Luis Sepulveda. A lire séance tenante, et à suivre attentivement.


Pour les parisiens (les chanceux), cette info :

Dennis Lehane sera dans vos murs, ce sera là :

Librairie Compagnie

58, rue des Écoles 75005 Paris
Le mardi 10 février à 18 h
 
J’ai déjà dit deux fois ici qu’il fallait aller sur le blog de Maester. Je le répète une dernière fois, après c’est fini. Il a encore frappé, c’est là.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 22:57

Un des commentaires à mon billet sur le dernier roman de Dennis Lehane insistait sur le travail de la traductrice, en disant que l’on ne parlait pas suffisamment de ces passeurs de textes. Il m’a donné l’idée et l’envie d’échanger quelques propos avec un de ces traducteurs.

Mon choix s’est assez naturellement porté sur Emmanuel Pailler, avec lequel je suis en contact épisodique au travers de mon blog et du sien. Il a très aimablement répondu à mes questions.

 

Jean-Marc Laherrère : Bonjour. Pour commencer, pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenu traducteur, quels auteurs vous avez traduits, et pourquoi avoir fait le choix de traduire plutôt des auteurs de polar ?

 

Emmanuel Pailler : Je suis venu à la traduction par goût (depuis les versions latines de ma jeunesse…) et un peu par hasard. Angliciste de formation, puis prof, j’avais traduit plusieurs ouvrages « en amateur » pour divers éditeurs. J’ai appris l’existence d’un DESS de traduction littéraire à Paris au moment même où l’enseignement commençait à m’ennuyer puissamment.

Parmi les auteurs marquants que j’ai traduits, je peux citer Lovecraft, Stuart Kaminsky, Richard Stark alias feu Donald Westlake, James Carlos Blake

Quant à ma relative spécialisation polars, c’est à la fois un hasard (une rencontre avec Rivages Noir dès mes débuts) et un goût : j’aimais déjà la genre, mes parents avaient beaucoup de Série Noire chez eux, j’ai lu mon premier J.H. Chase à douze ans. Rétrospectivement, j’étais peut-être un peu jeune…

 

Jean-Marc Laherrère : En général, les auteurs ont toujours un ou des écrivain(s), qui leur ont donné envie d’écrire. Y a-t-il pour vous des écrivains, ou des traducteurs, qui vous ont donné envie de traduire ?

 

Emmanuel Pailler : Comme je le disais, le goût de la version m’est venu en transpirant sur les phrases plus ou moins compliquées des auteurs latins – avec la fierté un peu enfantine d’avoir trouvé une tournure de phrase élégante et idiomatique pour transcrire la pensée « filante » de Sénèque ou les grandes périodes de Cicéron. Beaucoup plus tard, les cours de traduction théâtrale de Jean-Pierre Richard (qui a notamment travaillé sur Shakespeare) m’ont ouvert les yeux sur des aspects du texte parfois négligés, comme le rythme et l’oralité.

 

Jean-Marc Laherrère : Echangez-vous beaucoup avec l’auteur que vous traduisez ?

 

Emmanuel Pailler : Malheureusement non. Il est rare que je dispose de leurs coordonnées. Une exception : Peter Craig, dont j’ai traduit le « Bloodfather » (à paraître chez Rivages), qui a répondu fort aimablement à toutes mes questions par e-mail.

 

Jean-Marc Laherrère : Faut-il apprécier un auteur pour le traduire ?

 

Emmanuel Pailler : La question piège ! Je vais être d’une franchise brutale : non. Sinon, on ne mangerait pas. Ceci étant, certains traducteurs ont plus de chance que d’autres et, au moins en « fiction », travaillent sur des textes qui leur plaisent le plus souvent. J’appartiens à cette catégorie.

 

Jean-Marc Laherrère : Quelle traduction vous a procuré le plus de plaisir ? Posé le plus de difficultés ?

 

Emmanuel Pailler : La traduction d’un recueil de nouvelles de et « autour de » H.P. Lovecraft, avant que je devienne traducteur professionnel. Une autre manière d’aborder ce monde hallucinant que j’avais étudié pour ma maîtrise.

En polar, je pense à Kaminsky, drôle, fluide et agréable. Ou encore Stark, efficace et sans bavures. De manière générale, les bons textes sont les plus plaisants – voire les plus faciles – à traduire. L’auteur porte le traducteur. On n’est plus un rewriter besogneux, on devient un instrument à l’unisson. (Si, si).

Les traductions difficiles, dans mon expérience, sont au contraire le produit de textes bâclés et industriels qu’il faut impérativement réécrire – ou au contraire, des écrits ampoulés de gens qui se pensent écrivains ou poètes et nous infligent des pages entières de descriptions à deux sous. Cas fréquent en heroic fantasy. En anglais, langue souple, ce salmigondis peut à la rigueur faire illusion ; en français, tout est à reprendre…

 

Jean-Marc Laherrère : D’après ce que je comprends de l’anglais (peu …) c’est une langue beaucoup plus libre que le français, et les auteurs anglophones inventent facilement de nouveaux mots. Comment traduisez-vous dans ce cas ?

 

Emmanuel Pailler : Je ne suis pas sûr que les auteurs anglophones soient férus de néologismes. En revanche, la syntaxe anglaise est plus, disons plastique que la française, et offre des facilités dont nous ne disposons pas. De même, l’anglais est bien plus décomplexé que nous par rapport aux répétitions. Dans ce cas, il faut mettre les mains dans le cambouis : trouver par exemple un moyen d’éviter le « qui quoi que qui », chercher le synonyme, restructurer un paragraphe…le tout sans trahir le rythme de l’auteur. C’est un métier de contorsionniste, pratiqué dans le corset de la langue française.

 

Jean-Marc Laherrère : Est-ce vous qui choisissez les auteurs que vous traduisez ou l’éditeur qui vous les propose ? Vous est-il arrivé de proposer un auteur inconnu en France que vous auriez découvert ?

 

Emmanuel Pailler : C’est généralement l’éditeur qui propose. Oui, j’ai proposé plusieurs auteurs en traduction. Par exemple Paul Beatty (The White Boy Shuffle), un auteur Noir américain au style « beat » radical, à la fois humoristique et désespéré ; ou encore Mark Gatiss (The Vesuvius Club), avec son héros Lucifer Box, un James Bond victorien très décadent. Mais les éditeurs ont des plannings surchargés. Un jour ?

 

Jean-Marc Laherrère : J’ai l’impression que les traducteurs, comme les auteurs, sont spécialisés par genre (polar, SF, fantasy, blanche …). Est-ce parce qu’ils sont liés à une maison d’édition ? Une question de goût ? Ou chaque genre a-t-il sa langue spécifique qui demande une « spécialisation » du traducteur ?

 

Emmanuel Pailler : La spécialisation est tout de même relative. Beaucoup de collègues travaillent aussi en « non fiction », souvent à des fins alimentaires. En ce qui me concerne, c’est à la fois une question de goût et de maison d’édition, en effet. Je ne suis pas sûr qu’un genre ait une langue spécifique, car il existe de nombreux sous-genres ; pour prendre l’exemple du polar, le whodunit d’Agatha Christie n’a rien à voir avec la culture des gangs latinos de Los Angeles… La traduction est une adaptation perpétuelle, quelle que soit l’éventuelle spécialisation.

 

Jean-Marc Laherrère : A propos de culture de gang latinos … Comme en français, le polar, qu’il soit britannique ou américain, et plus spécifiquement le roman noir, décrit tous les milieux de la société, et utilise donc tous les niveaux de langage. Comment traduisez-vous ces différents niveaux, ses différentes cultures ? Cherchez-vous des équivalents existants en France, ou préférez-vous parfois inventer un langage peut-être plus proche du rythme original ? (Je pense, entre autres, à votre exemple des gangs latinos de LA qui doivent utiliser un anglais mélangé à de l’espagnol). ?

 

Emmanuel Pailler : Excellente question ! Hum…Il faut - en théorie - procéder à une transposition culturelle. Dans le cas précis des gang latinos (le Bloodfather de Peter Craig), c’est, paradoxalement, plus facile : l’espagnol peut se mêler au français comme il se mêle à l’anglais. Cela dit, votre question ouvre une plaie saignante dans le monde de la traduction (si  si) : celle de l’altérité. Certaines différences nous échappent, certaines altérités nous restent…étrangères. Comment « traduire » l’accent écossais du Fife, omniprésent chez Irvine Welsh par exemple ? Certains ont tenté de transposer ce régionalisme, en faisant parler le ch’ti à des mineurs du Yorkshire (par exemple). À titre personnel, cela ne me convainc guère : si l’on suit ce principe, pourquoi mes jeunes gangstas d’origine salvadorienne ne s’exprimeraient-ils pas comme des « cailleras » du 9.3 ? Ceci étant, la traduction reste une discipline pragmatique, et tant que cela fonctionne, pourquoi pas. La démarche est tout de même très, très risquée. C’est pour cela que je préfère généralement adopter profil bas sur le plan du lexique, rester dans un périmètre relativement circonscrit – en plus, rien ne se démode plus vite que l’argot à la mode – et transcrire l’altérité de mes personnages par d’autres effets de traduction : comme vous l’avez indiqué, le rythme, principalement, la manière de « poser » les phrases. Pour reprendre l’exemple des latinos : même s’ils ne peuvent s’exprimer comme un djeunz-du-9.3., rien n’interdit de leur faire adopter un parler haché, un « flow » (flux) bien différent de celui d’un flic (lequel ne s’exprimera pas non plus comme un banquier ou un adolescent).

Votre question est fascinante parce qu’elle pose tout le problème du décalage : il existe toujours en traduction, on perd toujours quelque chose (je ne sais plus qui a dit « la traduction, c’est l’art de la perte »), mais il existe bien sûr une différence entre une infime déclivité et un abîme béant…Plus prosaïquement, je viens de m’attaquer à un roman situé en Nouvelle Angleterre, avec des accents qui, ô horreur pour un Américain, trahissent la classe sociale ! Non seulement ces gens ont l’accent du Massachusetts, mais ce n’est pas le même : le flic local ne déforme pas les mots comme le patricien WASP de Boston ! Comment faire ? J’y retourne…

 

Jean-Marc Laherrère : Quels sont les auteurs que vous aimeriez traduire, et les romans que vous regrettez de ne pas avoir traduits ?

 

Emmanuel Pailler : Outre Beatty et Gatiss dont j’ai déjà parlé, je pense à Clare Allan - auteur d’un surprenant roman sur l’univers psychiatrique : le Kafka britannique ? J’aimerais aussi (re)traduire les grands textes de Lovecraft  - malheureusement, ils sont sortis chez Bouquins dans une nouvelle édition, et les retraductions sont bonnes ; je pense aussi à certains auteurs du courant réaliste américain comme Howells ou Charles Chesnutt. Et j’aimerais beaucoup travailler sur un texte de théâtre, en collaboration avec le metteur en scène et les acteurs. Sur quelqu’un comme Marlowe par exemple, que l’on  redécouvre.

Au chapitre des regrets, je répondrai qu’ils ne servent à rien…mais je regrette tout de même de n’avoir pas pu traduire « Filth » d’Irvine Welsh. Ou « A History of Love » de Nicole Krauss. Ou « The Electric Michelangelo » de Sarah Hall. Ou « Aztèques dansants » de Westlake…ou…ou… voilà pourquoi il ne faut pas avoir de regrets.

 

 

Jean-Marc Laherrère : Avez-vous des romans en cours de traduction ?

 

Emmanuel Pailler : Oui. Je viens de commencer « Red Grass River » de Carlos Blake.

 

Jean-Marc Laherrère : La dernière question, à la fois bateau et piège ; traduire ne vous donne-t-il pas envie d’écrire vos propres histoires ?

 

Emmanuel Pailler : Si. D’ailleurs c’est fait (et en train de se faire). Si vous connaissez d’ailleurs un éditeur de S.F qui apprécie les anticipations à tendance cyberpunk…

 

Voilà, merci à Emmanuel Pailler, et si un éditeur de SF qui aime les anticipations à tendance cyberpunk passe par ici …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
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