Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 00:06

L’inconvénient (ou l’avantage ?) de vivre un petit peu loin du centre ville, et d’être plombé par deux minots encore jeunes, est que l’on ne peut que très rarement aller voir les films à leur sortie (encore heureux quand on peut aller les voir).


Quand on y va, tout le monde les a déjà vus, et on a l’impression de parler d’une vieillerie.

La dernière vieillerie que je suis donc allé voir est Burn After Reading des inénarrables frères Coen.


Quel est donc, se demande à juste titre le visiteur de ce blog, l’avantage d’aller voir un film après tout le monde ? Ben c’est que tout a déjà été dit. Plus besoin de raconter l’histoire, plus de crainte de révéler un détail qui tue le suspense. On raconte absolument ce qu’on veut !


Burn after reading n’est pas le meilleur film de ces deux guignols. Ca a été dit partout, c’est sans doute vrai. Mais fan de chichourle, qu’est-ce que je me suis marré ! Ca faisait longtemps que je n’avais pas pris de tels fou-rires au cinéma. Et ça fait un bien !


Qui d’autre qu’eux est capable de faire tourner trois stars comme les trois monstres Clooney, Pitt et Malkovich et de les faire passer pour de tels crétins ? Avec qui d’autre ces acteurs pourraient-ils tourner de tels rôles ? S’amuser autant ? Amuser autant le spectateur ?


Les scènes d’anthologie se succèdent, et après le tournant du film, grandiose (que je ne dévoilerai pas pour Le visiteur de ce blog qui n’a pas encore vu le film), c’est du grand guignol de haut vol en permanence.

Brad Pitt et Malkovich sont absolument incroyables, de crétinerie sportive, et de bêtise pompeuse, quant à Clooney, c’et simple, je trouve qu’à plusieurs reprises il fait penser à Cary Grant. Pas moins.


Vous remarquerez que je parle moins des rôles féminins. N’y voyez aucun machisme. C’est juste que les deux affreux Coen sont beaucoup plus gentils avec les femmes, qui du coup sont quand même moins drôles. Mais les actrices sont parfaites, ce qui n’est pas peu dire face aux numéros des trois acteurs principaux.


Il y a fort longtemps, le grand Desproges avait rossé d’importance un critique qui sous-estimait  le rôle des comiques, et parlait d’un réalisateur qui « n’avait d’autre ambition que celle de faire rire ». Le grand Pierre le fessait d’importance et affirmait qu’il n’y a pas de plus haute ambition que celle de faire rire.


L’imbécile (le critique) sévit peut-être encore. Il a surement tordu le nez au film des Coen. Malheureusement il n’y a plus de Desproges pour lui mettre le nez dedans.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Cinéma
commenter cet article
8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 21:21

Pour les amateurs de polar un peu hispanophiles, Barcelone est le berceau du « nouveau polar » espagnol, celui qui naît au moment même où Franco casse sa pipe. L’auteur emblématique de ce polar espagnol (et/ou catalan) est bien entendu Manuel Vazquez Montalban, papa de Pepe Carvalho, le privé de Barcelone qui n’aime rien tant que manger, et qui brûle les livres entre deux enquêtes dans les rues de sa ville bien-aimée.

Dans le même temps, un autre auteur explore les recoins sombres et l’histoire de Barcelone, Francisco Gonzalez Ledesma, qui continue heureusement à écrire, passant de fresques historiques noires et lyriques à des polars nonchalant avec son inspecteur Mendez, jusqu’à, dernièrement, un roman reprenant le mythe du vampire pour parler, une fois de plus, de ce qu’il aime, à savoir Barcelone.

Il y a un troisième larron, très connu des lecteurs de « blanche », moins des lecteurs de polars, et c’est bien dommage. Il s’agit d’Eduardo Mendoza, né en 1943, voyageur, érudit, un temps traducteur à l’ONU, connu pour un roman éblouissant sur l’exposition universelle de Barcelone de 1888, La ville des prodiges (La ciudad de los prodigios).

Mais c’est une autre partie de son œuvre que je voudrais mettre ici en avant …

Lors de sa venue à la librairie Ombres Blanches à l’occasion de L’artiste des dames, Eduardo Mendoza expliquait que c’est la lecture d’un fait divers des années 20 qui lui avait donné l’idée du personnage qu’il avait déjà mis en scène dans Le mystère de la crypte ensorcelée, et Le labyrinthe aux olives.  Vers 1920, pour espionner les anarchistes, la police avait coutume de sortir un pauvre type d’un asile d’aliénés, de l’envoyer assister aux réunions (qui fait attention à ce qu’il dit devant un pauvre fou ?), et de l’enfermer de nouveau quand elle n’avait plus besoin de lui. L’enquêteur le plus cintré du monde polar, qui en compte quand même quelques uns, était né.

Je n’ai plus d’images très précises, autres que celle d’un héros se baladant la plupart du temps sans chaussettes ou en robe de chambre, des deux premiers romans. Ce qui me reste par contre, c’est le souvenir d’une intense rigolade, qui me fit me précipiter sur le troisième quand il sortit en 2002. Revoilà donc notre « héros » (qui n’a pas de nom).

Il a croupi des années dans son asile, n'en était sorti que deux fois pour mener des enquêtes trop délicates pour être confiées à la police. Du jour au lendemain on le libère. Grâce royale ? Municipale ? Non l'asile doit être détruit pour laisser la place à une résidence de luxe et il faut d'abord en virer les pensionnaires.

Notre héros, un peu paumé, ne reconnaissant plus sa ville part, à la recherche de sa soeur, la pute la plus moche et la plus mal lunée de Barcelone. Surprise, elle est mariée ! Deuxième surprise elle l'accueille bien ! Troisième surprise, son beauf lui offre un boulot : coiffeur à la boutique "l'artiste des dames". Tout va bien pour lui, les affaires ont du mal à démarrer, mais il a peu de besoins, jusqu'au jour où une jeune femme, beaucoup plus belle et distinguée que celles qu'il « coiffe » habituellement, pousse la porte de sa boutique. Elle lui propose une affaire presque légale. Elle est trop belle, il ne peut résister, et c'est bien entendu le début d’emmerdes qui l'amèneront à côtoyer le gratin barcelonais, jusqu'au maire en personne, mais aussi à recevoir une bombe, se faire tirer dessus, aller en taule, sauter beaucoup de repas ...

Un exemple du style ? Voila la première description de son beauf : « Viriato frisait la cinquantaine, il était petit, replet, avec le crâne dégarni et les membres courts, légèrement bossu, et il avait dû loucher au temps où il possédait ses deux yeux. Pour le reste, il avait l'air d'un homme en bonne santé, présentant bien ... ».

Et ce n’est rien comparé aux descriptions de sa sœur.

Lors de sa venue à Ombres Blanches, l’auteur déclarait ceci : « J’ai imaginé ce personnage, fermé dans ce monde cohérent, bien organisé mais sans liberté qui tout d’un coup se trouve dans sa ville qu’il connaît, mais qu’il ne reconnaît pas, parce que tout à changé. C’était mon expérience. J’habitais à New York, j’étais parti en 73, je ne suis pas rentré à Barcelone jusqu’après la mort de Franco. J’ai alors trouvé une ville complètement changée, complètement affolée, que je ne comprenais pas. Même arrivant de New York, qui était apparemment la ville folle par excellence, je me trouvais dans une ville encore plus folle que New York. Alors j’ai voulu écrire cette histoire. »

Certes, ce roman (comme les deux précédents) est totalement déconseillé aux amateurs d'histoires logiques et vraisemblables. Comme les deux précédentes aventures de ce héros spécial, il suit une logique totalement décalée, celle du héros/narrateur.

Mendoza ne recule devant rien, se plonge avec délice dans la caricature et le grotesque, grossit le trait, en rajoute encore, et le lecteur se régale. Parmi les scènes d'anthologie, un hommage aux Marx Brothers et la fameuse scène de la cabine de bateau, et une scène d'échange de coups de feu qui renvoie Tarantino à la maternelle.

Comique de répétition, comique de situation, des descriptions à hurler de rire, mais derrière tout ça, mine de rien, une critique féroce du monde des affaires, de la politique, et de leurs liens mafieux. Seul regret, depuis 2002, ce brave homme a disparu. Reviendra-t-il un jour ?

L’artiste des dames  (La aventura del tocador de senoras, 2001) Seuil (2002). Traduit de l’espagnol par François Maspero.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
commenter cet article
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 23:09

Deux liens, et une petite info, rien que pour vous allécher.

Tout d’abord un bel hommage de Jérôme Leroy à Donald Westlake. C’est sur le site du causeur.

Ensuite, Télérama a demandé à un certain nombre d’auteurs d’écrire une nouvelle sur le passage de 2008 à 2009. Le dernier texte est celui de Pierre Bordage. Je vous laisse trouver les autres tous seuls. Comme des grands.

Pour vous allécher, ça y est, je l’ai, il est beau, il pèse lourd et promet de belles, très belles heures de lecture. Vous pourrez aussi l’avoir à partir du 14 janvier. Et je n’en parlerai pas avant. Pour l’instant je fais durer le plaisir, je le garde à côté de moi, au chaud, mais je sens que je vais bientôt craquer. De quoi s’agit-il ? De ça :


Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 23:33

Il y a fort longtemps, dans la lointaine vallée de Koom, les nains perfides tendirent une embuscades à de braves trolls. A moins que ce ne soit l’inverse. Toujours est-il que le sang coula en abondance. Depuis les relations entre les deux races ne sont pas au beau fixe, et tous les ans, à la date anniversaire, les tensions se cristallisent. A priori, le commissaire divisionnaire Vimaire du Guet d’Ankh-Morpok, n’en a pas grand-chose à faire. Mais, mais …. Mais il y a de plus en plus de nains et de trolls dans sa bonne ville. Et dernièrement des grags (un équivalent de prêtres ?) nains particulièrement à cheval sur les écritures et la pureté de la nanitude sont arrivés en ville et auraient tendance à échauffer les esprits. Alors, quand un grag est trouvé mort dans un sous-sol, le crâne apparemment défoncé par un gourdin troll, la situation devient explosive.


Mais il est bien entendu inacceptable pour Vimaire qu’une vieille bataille, des rancoeurs idiotes et quelques superstitions viennent mettre sa ville à feu et à sang. L’assassin sera découvert, arrêté, et traduit en justice. Quelle que soit sa race, sa taille et ses croyances.


Quelque part dans l’ombre, une entité rôde et attend son heure. Ailleurs la vérité attend d’être révélée …


Je vais essayer de ne pas répéter ici toutes les généralités sur le génie de Terry Pratchett que j’avais déjà énoncées il y a peu.


Dire que ce roman tombe à pic dans la triste actualité du Moyen-Orient est un peu facile. Malheureusement, il serait tombé à pic à peu près n’importe quand, tant la description que fait Terry Pratchett du mécanisme du fondamentalisme religieux, de son aliénation, de sa capacité à émettre des messages simplistes et rassurants … est décalée, originale, loufoque, et implacablement juste.


On rit un peu moins dans Jeu de nains que dans d’autres épisodes de la série. Mais on rit quand même, malgré la gravité du sujet traité. Parce que, comme toujours, même si le sujet est grave, Pratchett ne pontifie jamais, ne se prend jamais au sérieux, commence par réutiliser et créer de vrais personnages, aussi allumés soient-ils, et par raconter une histoire dense, prenante, à laquelle on croit, qui fait trembler, rire ou pleurer, même si elle se déroule dans un monde en apparence totalement louf.


Parce que c’est tellement facile de rire du ridicule d’une guerre entre nains et trolls. Tellement facile de rire de leurs prétextes théologico-métaphysico-supersticieux ridicules ! Pensez donc, pour les fondementistes nains, la vie hors d’une mine n’existe pas, la lumière du jour est impure, et les femmes aussi ! Ridicule !! Et la nanitude impose de vivre sous terre et de creuser des galeries, même en ville. Grotesque !!!


Non ? On n’a rien comme ça chez nous, rassurez-moi.

Et puis ce commissaire qui, bien qu’apparemment équilibré, a envie de casser du nain, juste parce que trois ou quatre allumés, parmi les plus radicaux, s’en sont pris à sa famille. C’est d’un drôle. Et cette incompréhension totale, ces préjugés entre vampires et loups-garous, entre nains et trolls, entre les humains et les autres. J’en ris.

Parce qu’on ne va pas pleurer quand même. Surtout pas avec Pratchett.


Terry Pratchett / Jeu de nains (Thud, 2005), L’Atalante/La dentelle du cygne (2008), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
commenter cet article
3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 23:35

Il y a en Angleterre deux grands spécialistes du polar procédural. John Harvey, père de Resnick à Nottingham, et Graham Hurley et son inspecteur Faraday de Portsmouth. Les quais de la blanche, réédité en poche chez folio, est un nouvel épisode des enquêtes de ce dernier.


L'inspecteur Faraday n'est pas à la fête. Il semblerait que sa ville de Portsmouth soit le théâtre d'une guerre de gangs pour le contrôle du trafic d'héroïne. Sa compagne et son fils, qui tournent une vidéo sur les ravages de cette drogue, se retrouvent impliqués dans la mort d'un junkie. Un de ses collègues est laissé pour mort par deux dealers. Pour compléter le tableau, il est recruté pour faire partie d'un groupe très restreint qui mène une guerre secrète, même au sein des forces de police, contre le parrain de la ville. Sur le terrain, c'est la blanche qui gagne.


Comme John Harvey, Graham Hurley sait tricoter une intrigue, dépeindre sa ville, s'approcher au plus près de ses personnages avec une empathie et une humanité qui font merveille. Comme lui il sait passer d'un personnage à l'autre, d'un bout d'histoire à l'autre pour rassembler le tout au final. Comme lui, il utilise le polar, dans sa forme procédurale, pour dépeindre une société en perdition et toute une époque (ici les manifestations qui accompagnèrent le début de l’engagement britannique en Irak). Comme lui, surtout, il sait nous intéresser à la vie de ses personnages, à leurs enquêtes bien sûr, mais également à leur vie privée à laquelle il donne une véritable importance et une véritable épaisseur.


La différence entre les deux c'est que là où John Harvey s'attache plus volontiers à des histoires intimes, Graham Hurley est plus "thriller", plus ample. C'est particulièrement le cas ici, où ses personnages sont pris dans une histoire qui les dépasse. On se croirait presque dans un roman d’espionnage.


Cela donne un roman ambitieux, passionnant, mais décourageant, tout au long de ses 600 pages. Au final, la seule lueur d’espoir vient de la « société civile », et pas de forces de police totalement désarmées, incapables d’arrêter un trafic, parce qu’incapables de faire baisser la demande. Décidément Hurley est un grand.


Graham Hurley / Les quais de la blanche (Cut to black, 2004), Folio/Policier (2008), traduit de l’anglais par Philippe Rouard.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
commenter cet article
3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 00:03

Ce fut vraiment un sale, très sale nouvelle. Il n’avait que 75 ans. Au vu de la quantité de romans qu’il a écrit, il aurait pu en avoir mille … Et ses lecteurs auraient voulu qu’il vive mille ans de plus. Parce qu’on a plus que jamais besoin de lui.

Impossible de résumer les bonheurs de lectures que je lui dois.

De la science fiction comme Trop humains, sa version de la fin du monde qui n’a, de mon point de vue, qu’une rivale, la version délirante de deux autres humoristes, j’ai nommé le génial De bons présages de Neil Gaiman et Terry Pratchett.

Du noir, très noir, comme Le couperet, cette implacable et inattaquable illustration du capitalisme, de la loi du plus fort, et de la ce vieil adage populaire que l’on nous ressert tant : la fin justifie les moyens. Noir aussi comme Kahawa, roman d’aventure et d’aventuriers, presque plus leonardiens que westlakiens, mais aussi, en toile de fond, dénonciation, à la Donald Westlake, c'est-à-dire sans avoir l’air d’y toucher, de la dictature d’Amin Dada.

C’est bien entendu l’écriture au rasoir de Richard Stark, et de son implacable Parker. Des romans d’action pure, sans un mot de trop, sans une phrase qui ne décrive une action, sans l’ombre d’une justification psychologique ou d’une émotion. Seulement de l’action, à l’efficacité totale, comme la prose.

Mais surtout, surtout, c’est l’auteur qui m’a fait éclater de rire si souvent.

Avec sa critique des média comme dans Moi Mentir. Avec sa variation absolument géniale sur le thème de l’homme invisible, dans Smoke, qui prend tout son sel quand on sait que le boulot de cet homme est de soulager ses semblables des biens qui les encombrent. Un roman hilarant, ponctué de scènes d’anthologie, dont celle, qui restera gravée dans mon souvenir, qui voit Freddie, le petit voleur devenu invisible, profiter de son avantage pour imposer des choix de programme télé assez … personnels, dans la salle commune d’un Bed and Breakfast.

Et il y a le génial Aztèques dansants qui, en plus de m’avoir fait plusieurs fois éclater de rire, offre de mon point de vue, la plus originale, la plus subjective, la plus délirante, mais aussi la plus juste des descriptions de New York que je n’ai jamais lue. Si vous avez ce bouquin sous la main relisez les deux premières pages, vous verrez si j’ai raison.

Et puis il y a le monument John Dortmunder. John et sa bande, que l’on a vu grandir, que l’on a appris à connaître, à aimer, à attendre … Un nouveau Dortmunder annoncé, c’était des jours de bonheur. Celui de savoir qu’on allait le retrouver, celui de voir enfin de livre, de le toucher, de lire le résumé, de le tenir, en réserve, aussi longtemps qu’on pouvait patienter. Et puis, enfin, de l’ouvrir, et de découvrir, émerveillé, ce que ce sacré Westlake allait bien pouvoir inventer cette fois comme défi irréalisable, comme casse génial, et comme grain de sable et coup du sort pour que, malgré tout son talent, John se retrouve encore et toujours couillonné.

C’était de la joie pure, de la jubilation, de l’excitation. C’était l’optimisme forcé et les voitures de médecin d’Andy, les habitués bourré du bar où la bande préparait ses casses, la force, pas toujours tranquille de Tiny, les itinéraires de délestage de Stan et de sa mère, c’était la morosité permanente de John, ses plans géniaux, sa mafre légendaire, son refus des gadgets modernes … C’était des personnages que l’on connaissait tellement bien que Westlake pouvait élaguer, épurer, certain que le lecteur comprendrait à demi-mot. Et quoi de plus gratifiant pour un lecteur que de sentir que l’auteur lui fait confiance ?

Je ne me risquerai pas à tenter un semblant de bibliographie. Elle serait beaucoup trop incomplète. Fouillez votre bibliothèque, allez chez votre libraire, dans votre bibliothèque préférée, piochez au hasard, ce sera bon.

Seule consolation, bien maigre, rivages a l’air de rééditer tous les anciens Westlake qui n’étaient plus trouvables que chez les bouquinistes ou dans les meilleures bibliothèques. Maigre consolation, vraiment, mais consolation quand même.

Je terminerai par ceci, qui conclut la débâcle des sentiers du désastre :

« Vous savez quoi, dit Dortmunder. Je commence à comprendre ce qu’il y a de pire dans tout ça.

Kelp semblait intéressé, mais inquiet.

- Il y a un truc pire qu’un autre ?

- Si on ne fait pas le casse ce soir, dit Dortmunder, vous savez ce qu’on aura fait pendant trois jours ? On aura travaillé ! »

Un dernier mot, quand même. Sur le site de Sarah Weinman, l’hommage à Donald Westlake s’étoffe d’heure en heure. C’est en anglais, et cela montre ce que diable d’homme représentait là-bas aussi.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article
1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 23:31
L'année ne pouvait plus mal commencer.

John Dortmunder et Parker, entre de si nombreux autres, sont orphelins. Et nous avec.

La nouvelle est confirmée sur le blog de Sarah Weinman.

Pour l'instant j'en reste sans voix.
Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 09:42

C’est la fin … de l’année. L’heure des bilans. Il y a quelques temps, un visiteur m’avait suggéré de tenter une compilation avec les 10 polars de l’année pour les visiteurs du blog.

 

Ouaille not.

 

J’attaque donc, avec ma propre liste, assez difficile à faire, qui m’a obligée à laisser pas mal de monde sur la touche, mais les lecteurs assidus savent déjà quels sont les romans qui m’ont marqué, et s’il fallait vraiment n’en garder que dix, les voilà :

 

Trois français qui illustrent, de mon point de vue, le travail remarquable de la série noire dans notre production nationale :

 

Antoine Chainas / Versus

Caryl Férey / Zulu

Patrick Pécherot / Tranchecaille

 

Deux irlandais, car j’avoue que j’aime beaucoup l’humour très noir de nos amis amateurs de Guiness :

 

Ken Bruen / Vixen

Adrian McKinty / Le fils de la mort

 

Avec un petit commentaire, je préfère mettre en avant la série R&B de Ken Bruen qui me semble injustement négligée par rapport au tout aussi excellent Jack Taylor …

 

Un italien :

 

Valerio Evangelisti / Nous ne sommes rien, soyons tout !

 

Un scandinave, norvégien en l’occurrence, qui est devenu un auteur incontournable :

 

Jo Nesbo / Le bonhomme de neige

 

Un américain, glorieux ancien toujours là :

 

James Lee Burke / Dernier tramway pour les Champs Elysées

 

Et pour compléter une brésilienne :

 

Patricia Melo / Monde perdu

 

Et un sud-africain, absolument incontournable :

 

Deon Meyer / Lemmer l'invisible

 

Allez, si j’ai le droit (et après tout, je fais ce que je veux) de pousser jusqu’à 20, j’ajouterais pour compléter cette liste :

 

Le mexicain Bernardo Fernandez (Une saison de scorpions) ; les anglais Charlie Williams (Des clopes et de la binouze) et John Harvey (D’ombre et de lumière) ; le sud africain Louis-Ferdinand Despreez (Le noir qui marche à pied) ; l’italien Giancarlo Carofiglio (Les yeux fermés) ; les américains William Tapply (Casco Bay), Thomas Cook (Les feuilles mortes), et Eric Miles Williamson (Noir béton) ; et les français Fred Vargas (Un lieu incertain) et Pascal Garnier (La théorie du panda).

 

Voilà, passez un excellent réveillon, démarrez l’année en beauté, et rendez-vous en 2009 qui sera, c’est certain, très riche en excellentes lectures.

 

PS. Comme pour les vœux, on va dire que j’attends vos dix meilleures lectures jusqu’à fin janvier, après je fais un bilan. Bises à tous.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 09:29

Yark yark ! Finalement, l’année 2008 se termine plutôt bien. Et voilà enfin une mauvaise action qui ne reste pas impunie !

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en septembre dernier Notre Bon Nicolas Premier allait recevoir, à New York, le prix de bienfaiteur de l’humanité de la fondation Elie Wiesel.

Ben ils ont été punis d’avoir récompensé un si triste sire, zont tout perdu ! Ces couillons avaient confié leur fric au grand Madoff (loué soit son nom). Zont plus rien ! Ce qui est bien triste, c’est que s’il n’y a plus de sous, ce cher George W. ne va pas pouvoir succéder à son papa, et à notre pitre national comme bienfaiteur du genre humain.

Décidément, ce Madoff me plait beaucoup, il a joué sur la cupidité et la stupidité (comme tout bon escroc qui se respecte), mais cette fois, il a piégé de gros poissons. Ce qui me le rend plutôt sympathique.

Merci à Eric qui m’a signalé cette info que j’avais laissé passer. Elle illumine une fin d’année plutôt sombre.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
commenter cet article
29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 11:14

Cela faisait un bon moment que j’avais Hortensias Blues de Hugo Buan sur ma table de chevet. Mais vous savez ce que c’est, il y a toujours 1000 bouquins à lire, des nouveautés qui pleuvent, alors, forcément, le roman inconnu d’un auteur inconnu passe souvent après. Mea Culpa.


Rennes n'avait jamais vu d'affaire de ce genre. Un cabinet médical, regroupant une quinzaine de toubibs de différentes spécialités est pris pour cible par un serial killer qui les descend les uns après les autres avant de leur planter un superbe hortensia bleu dans le fondement. Dire que le commissaire Lucien Workan, ancien rugbyman et flic peu orthodoxe pédale dans la choucroute est un doux euphémisme. Et ce n'est pas la pression exercée par des supérieurs qui n'apprécient guère ce qu'ils qualifient d'artifice floral, qui va l'aider. Mais Workan n'abandonnera pas et l'amateur de bouquets n'a qu'à bien se tenir.


Certes on n'a pas là le polar qui va marquer 2008. Mais par contre, on tient avec ce roman un bouquin qui fait passer un bon moment. On ne peut pas dire que l'on tremble pour les victimes, on se fout un peu de savoir combien de toubibs vont finir avec une décoration dans le fion. Mais Lucien Workan est sympathique, le rythme est enlevé, et Hugo Buan a un vrai talent pour les dialogues qui, la plupart du temps, font mouche.


On sourit souvent, on ne s’ennuie jamais et on passe un bon moment avec ce flic un rien allumé. Il a toute ma sympathie, en particulier quand il s’improvise, avec talent, grand pourfendeur des patrons de troquets qui exagèrent sur le prix du café. Parmi ses collègues, une fliquette d’origine maghrébine particulièrement mal embouchée est également très réussie, et souvent très drôle.


Reverra-t-on cette équipe de choc ? Mystère.


Hugo Buan / Hortensias Blues Pascal Galodé Editeurs (2008).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact