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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 23:34

En général j’essaie d’éviter d’aller voir Kti Martin à Bédéciné. Pourquoi ? Parce qu’elle est de trop bon conseil et que je repars avec des piles de bouquins dans mon sac à dos alors que j’en ai déjà d’autres piles qui attendent à la maison … Mais bon, régulièrement je craque. Et c’est comme ça que j’ai découvert The city & The city de China Mieville, incroyable polar-SF.

 

Mieville

Quelque part en Europe, deux villes qui n’en forment qu’une : Beszel et Ul Qoma. Deux villes imbriquées mais totalement séparées, deux villes qui partagent des rues, des parcs, mais dont les habitants ne peuvent même pas se regarder … C’est à Beszel que l’inspecteur Borlù enquête sur la mort d’une jeune femme inconnue découverte dans un terrain vague. Rapidement il s’avère que la morte était archéologue et qu’elle vivait à Ul Qoma. Donc il y aurait eu Rupture, et ce serait donc aux mystérieux et tout puissants agents de la Rupture de régler cette affaire, eux qui interviennent dès qu’un citoyen d’une des villes ne respecte pas la stricte séparation. Mais rien n’est aussi « simple » et Borlù va se trouver pris dans un jeu de pouvoir et d’influence qui le dépasse complètement et va mettre à mal ses certitudes … et celles du lecteur.


J’ai entendu un fois Francis Mizio dire que si un auteur de polar se devait d’être un coureur de demi-fond de l’imagination, les auteurs de SF eux étaient des marathoniens. Difficile de trouver une meilleure illustration de cette boutade.


Ce n’est pas tout d’avoir cette intuition d’une ville coupée en deux mais « tramée ». Encore faut-il avoir la cohérence, la puissance d’imagination et l’intelligence pour mener l’idée dans ses derniers retranchements. Et c’est ce que fait China Mieville ici.


A partir d’une idée qui peut s’inspirer de villes réelles comme Berlin ou Jérusalem, mais aussi de découpages moins physiques, plus sociologiques, comme celui mis en scène par Neil Gaiman dans Neverwhere (au fait il faut absolument lire Neverwhere de Neil Gaiman), l’auteur invente un système absurde, ahurissant, et exploite son idée jusque dans ses ultimes conséquences, géographiques, sociales, politiques, psychologiques … Et tout ça dans un polar à l’intrigue impeccable.


Là où il fait encore plus fort, c’est que cette ville est inscrite dans notre monde, que dans ses deux parties on reconnait des bouts de choses existantes, qu’il a réussi à tramer son imaginaire et notre monde, de façon si inextricable qu’il devient impossible de démêler invention et réalité.


Là où il fait encore plus fort c’est que, à la réflexion, je suis bien en peine de dire ce qu’il y a de SF ou de fantastique dans ce roman … l’ensemble créé est sans conteste imaginaire, mais quasiment aucun de ses composantes ne l’est, ou presque. Et les ressorts finaux de l’intrigue sont très terre à terre malgré un environnement étonnant.


Je ne sais pas si je suis clair … ce que je peux dire c’est que c’est fin, c’est intelligent, c’est superbement construit … Et en plus de se révéler un marathonien, il sait sprinter sur les derniers chapitres pour un final bluffant. ET que les personnages et les descriptions sont superbes, et qu’il y a du suspense et des coups de théâtre …


Bref, lisez-le, et merci Kti …


China Mieville / The city & The city (The city & The city, 2009), Pocket/Thriller (2013), traduit de l’anglais par Nathalie Mège. 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 23:11

Quand c’est demandé de façon ouverte et sympathique, et que c’est pour une bonne cause, ça ne me dérange pas de faire la pub. Voici donc :

 

AFFICHE-CONCOURS-320

 

Dans le cadre de la 4ème édition de Vaison la Nouvelle invite le Polar (12-18 avril 2014), notre concours de nouvelles débute dans quelques heures.

10 ° CONCOURS DE NOUVELLES : 1er Décembre 2013 – 31 Janvier 2014.

Dotation totale (chèques et séjours) : 800 €

Cette année le thème choisi est à la fois un clin d'œil à Jean-Bernard POUY, que nous avons reçu en 2013 et grand amateur de trains, et un hommage au metteur en scène, réalisateur, scénariste et acteur Patrice Chéreau. Le thème sera ainsi le titre éponyme de son film sorti sur les écrans en 1998:

 

« Ceux qui m'aiment prendront le train ».

 

De Patricia Highsmith à Tonino Benacquista, les trains ont souvent servi de décor au genre policier. Un thème ouvert donc et, comme diraient Raynal, Pennac et ... Pouy, qui ne vous rendra pas "La Vie duraille" (on ne pouvait pas ne pas caser ce titre). 

 

Tous les renseignements sur www.vaisonpolar.blogspot.fr 

 

A vous.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 15:52

Un texte de Jean-Bernard Pouy, ça ne se refuse pas. Jamais. Ce Calibre 16 mm est donc le bienvenu.

Pouy16

Vincent Cortal est retraité de l’éducation nationale, veuf, et père d’un fils qu’il ne voit jamais. Pas de quoi écrire un roman. Ben si. Car un jour Vincent Cortal hérite d’une très ancienne connaissance, du temps de sa jeunesse cinéphile, quand il écumait les séances de projection de cinéma expérimental dans les années 60-70. Rien de palpitant, sauf que la personne qui lui fait ce cadeau est morte victime d’un tabassage, et qu’il se trouve à son tour dans la ligne de mire d’une équipe de gros bras. Tout ça pour une collection de films underground qui n’ont été vus que par une poignée de fans ?


Débarrassons-nous tout de suite d’une considération bassement terre à terre, mais qui ne peut manquer de venir sur le tapis : 11 euros pour 60 pages, même si l’objet est beau et la prose pouytesque à la hauteur, je comprends que cela en rebute certains. Mais je ne connais pas les contraintes de la très modeste (en taille) maison In8, et j’imagine qu’ils n’ont pas le choix.


Ceci dit, c’est du pur JB Pouy, et donc du pur plaisir. On se régale dès les premières lignes et tout au long des soixante et quelques pages (ce qui finalement ramène le prix du mot juste au bon endroit à un tarif bien plus intéressant que la plupart des thrillers formatés de plus de 500 pages … mais c’est un autre débat).


Du pur Pouy, cela veut dire qu’on se prend en pleine poire une érudition et une culture impressionnantes, mais que ce n’est jamais chiant ni pédant, mais au contraire toujours joyeux et enthousiaste. Cela veut dire aussi que l’intrigue est habilement troussée. Et cela veut surtout dire que l’écriture mêle de façon inextricable et absolument réjouissante les niveaux de langage, du plus poétique au plus trivial, le tout dans la même phrase. Comme elle mêle la culture la plus élitiste et la plus populaire dans le même paragraphe.


Exemples :


« Cela dit, elle ressemblait autant à Angelina Joly que moi à Brav typ ».


« C’était maintenant certain, je n’étais pas fait pour la campagne, pour la province, ou pour, comme on dit maintenant pour ne pas vexer la plouquerie dominante, les « régions ». […]

Ici, dans la campagne montargoise, il y avait un silence si épais qu’il m’empêchait de dormir. J’entendais tout, même le blaireau qui, en pleine nuit, pétait dans la forêt. »


Comme le coup d’œil et de griffe et l’analyse de nos sociétés et de nos comportements sont aussi justes et acérés que l’écriture, c’est un vrai régal. A déguster, lire et relire (tient, du coup, si vous relisez, ça fait pas loin de 130 pages …)


Jean-Bernard Pouy / Calibre 16 mm, In8/Polaroid (2013).

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 22:09

De Leif GW Persson j’avais lu, il y a déjà quelques temps Comme dans un rêve qui reprenait l’enquête sur l’assassinat d’Olof Palme. Puis j’ai laissé passer les suivants. Rivages ressort un roman bien plus ancien de l’auteur, Les piliers de la société écrit en 1982.

 

Persson

Lars Martin Johansson, flic venu du grand nord du pays, est nommé à la tête de la Brigade Criminelle. Très rapidement il se trouve pris dans une affaire très médiatisée, et fort embarrassante pour la police : Oncle Nisse, un vieux pochard connu des services a été ramassé, une fois de plus, fin saoul et mis au frais dans une cellule. A son arrivée il était sale, inconscient, mais ceci mis à part « en bon état ». Quelques heures plus tard, le responsable des rondes le trouve toujours inconscient, mais affublé d’hématomes violents, signe d’un tabassage en règle, alors qu’il est seul dans sa cellule. La presse s’empare du scandale, qui s’aggrave quand Nisse meurt à l’hôpital. Et c’est Lars Martin qui va devoir mener l’enquête pour savoir si, oui, ou non, il y a eu violences policières.


Je ne vais pas tourner autour du pot, je me suis un peu ennuyé. Le procédural scandinave, j’aime bien (chez Mankell, chez Indridason ou chez Sjöwall et Wahlöö), mais sur plus de quatre cent pages d’une enquêté qui aboutit à la conclusion que certains flics sont plus que limite et qu’ils s’en tirent quand même c’est un peu long …


Si l’on en croit le roman, dans les années 80, le quotidien d’un flic consistait à arrêter des ivrognes et des cambrioleurs qui faisaient assaut de bêtise. Et la société était suffisamment saine pour se scandaliser qu’une bande de gros bras profitent de leur position de flic pour maltraiter en toute impunité les poivrots, prostituées et toute autre personne en position de faiblesse. Et tout cela est fort bien rendu, l’enquête est précise et détaillée, les personnages bien définis, l’écriture ne manque pas d’un humour, certes léger et froid, mais bien présent, la peinture de la société suédoise intéressante … Bref, sur la forme, rien à dire, c’est du beau boulot.


C’est juste que, même si je ne suis pas, et vous le savez, un fan inconditionnel des thrillers sous acide qui enfilent les scènes gores et de castagne, et les rebondissements toutes les pages … Ben un peu de vie, d’action et de couleur n’aurait pas fait de mal là-dedans et j’ai eu de gros coups de mou pendant la lecture.


Donc Persson quand il reprend le dossier Palme dans Comme un rêve, c’est bien ; là, c’est bien fait, mais j’ai pas mal ramé.


Leif GW Persson / Les piliers de la société (Samhällsbärarna, 1982), Rivages/Thriller (2013), traduit du suédois par Catherine Renaud.

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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 22:29

En remontant le temps sur le blog je me suis aperçu avec horreur que je n’avais jamais parlé de BlackSad des deux espagnols Canales et Guarnido ! Pourtant qu’est-ce que j’aime cette série, une des rares que je guette impatiemment. Et enfin le tome 5 est sorti, toujours aussi beau, il s’appelle Amarillo.

 

Y-a-t-il ici des gens qui ne connaissent pas BlackSad ? Cela me paraît improbable. Au cas où, sachez que le matou (car c’est un matou) est un privé à la Bogart, dans le plus pur style des hardboiled de la grande époque. Il évolue dans un monde animalier et dans les US de l’époque du McCarthysme, du racisme affiché, en bref, dans les années 50 américaines.

blacksad couv


Comme toujours, encore plus que d’habitude même, ce n’est pas vraiment l’intrigue qui est le point fort de cet épisode. L’histoire est un poil légère et essentiellement prétexte à un road comic dans le sud des US.


Non, une fois de plus les trois points forts de cet épisode sont :


Le rendu d’une époque et d’un lieu, cette fois les années cinquante dans le sud des US, dans un monde d’artistes plus ou moins ratés et frustrés, et parmi des saltimbanques qui peinent à survivre.


Les personnages, absolument extraordinaire, avec bien entendu notre matou préféré et son acolyte, la fouine journaliste, ici moins présente que dans les épisodes précédents. C’est fou comme ils ont réussi en quelques coups de crayons (ô combien talentueux) à saisir l’essence même du privé tel que l’aiment les amateurs de romans et de films noirs. Et sous les traits d’un chat.

blacksad 1


Mais aussi avec comme chaque fois d’extraordinaires galeries de personnages secondaires, des femmes fatales et souvent félines, ou cet agent/avocat véreux criant de vérité sous les traits d’une hyène.


Et puis bien entendu le dessin somptueux, une fois de plus au rendez-vous. On ne se lasse pas de feuilleter l’album, et on revient immanquablement aux précédents.

blacksad 2


Bref, une nouvelle réussite pour le BlackSad 5, il ne nous reste plus qu’à prendre notre mal en patience en attente du 6 !


Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido / Blacksad / Amarillo, Dargaud (2013), traduit de l’espagnol par Anne-Marie Ruiz.

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 09:01

Après une longue période de silence (en France), j’avais été enchanté de retrouver Adrian McKinty avec un nouveau personnage dans Une terre si froide. Et je suis très content de revoir Sean Duffy, flic catholique de Belfast dans Dans la rue j’entends les sirènes.

 

McKinty-2.jpg

Sean Duffy est donc flic, à Belfast, dans les mois qui suivent la mort de Bobby Sand. Une vie pas facile donc … Même s’il est inspecteur à la criminelle, il est souvent réquisitionné avec ses collègues pour sécuriser un lieu après un attentat de l’IRA ou encadrer une manifestation des fous furieux protestants. D’autant plus que les militaires sont rappelés pour aller aux Malouines … Voilà qui lui laisse peu de temps et de ressources pour enquêter sur cet étrange tronc tatoué retrouvé dans une valise. Les premières constatations montrent que l’homme est américain, qu’il a été empoisonné avec un poison rare, découpé, puis congelé avant d’être trouvé par la police. Compliqué, mais Sean est têtu, et ne laisse jamais tomber.


Qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ? Qu’est qui leur donne ce ton, cette façon d’arriver à nous faire sourire et espérer en la vie et en l’être humain au moment même où ils nous racontent … Merde, j’ai déjà écrit ça dans mon papier sur le dernier Ken Bruen ! Faut dire que vu d’ici il y a bien une école irlandaise (que j’aimerais voir aussi reconnue que l’école scandinave !).


Parce qu’ici, des horreurs, il y en a. Entre un pays en guerre, les attentats et les meurtres de l’IRA, la torture et les atrocités perpétrées par l’occupant anglais, les haines entre communautés, le chômage, la misère rampante, la connerie, le racisme et le sectarisme que suscitent le manque de travail et d’espoir … Et tout ça vu par un flic, forcément au contact de ce que l’humanité peut produire de pire. Normalement, il devrait y avoir de quoi se tirer une balle.


Et pourtant, on sourit, et pourtant il y a de l’énergie, de la vie. Mais qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ?

Et puis il y a du style, de la puissance narrative, de la musique, de l’humanité. On a envie de foutre des baffes aux cons avec Sean, de boire une bière avec lui, d’aller ramasser des coquillages en regardant, au loin, la côté écossaise … Bref, toute l’humanité dans sa petitesse et sa grandeur est dans ces pages. Ajoutez une intrigue fort bien menée, des personnages qu’on a l’impression de connaître tout de suite et comme moi vous direz :


Vive les écrivains irlandais ! Vive Adrian McKinty ! Vive Sean Duffy !


Adrian McKinty / Dans la rue j’entends les sirènes (I hear the sirens in the street, 2013), Stock/La cosmopolite Noire (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par eric Moreau.

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 19:35

Un inédit de Harry Crews c’est forcément une excellente nouvelle. Si cet auteur n’est pas présent sur le blog, c’est qu’il y a bien longtemps que je l’ai lu, et j’en garde un souvenir marquant. Autant dire que la parution de Nu dans le jardin d’Eden chez Sonatine est un événement.

crews

Garden Hills, en Floride n’était rien. Puis Jack O’Boylan est arrivé, a payé une fortune au père de Fat Man, le seul habitant qui ait senti le bon coup, puis a commencé à exploiter une mine de phosphate. Garden Hills c’est alors trouvé noyé sous le travail, le monde, l’argent et la poussière. Puis la mine s’est épuisée, Jack est parti, avec lui l’argent et le monde. Seuls sont restés Fat Man et sa fortune, une douzaine de familles et la poussière. C’est dans ce monde de désolation que survivent donc Fat Man, près de trois cent kilos, Jester, tout petit homme « parfait », jockey raté qui est à son service, et quelques autres. Dolly, ex miss Phosphate de retour New York va bouleverser ce petit monde avec son ambition de ramener, à tout prix, l’argent et le monde à Garden Hills.


Même si je vais un peu chipoter, s’il y a une seule chose à dire sur ce roman, la voici : Merci Sonatine et merci Patrick Raynal pour cette traduction. Maintenant on peut chipoter.


Je préfère d’autres romans d’Harry Crews. Voilà, c’est dit. Je préfère Car, Body, Le chanteur de gospel ou La foire aux serpents. Et pourtant tout ce qu’on trouve dans ces quatre romans qui sont mes préférés de l’auteur (avec sa bio extraordinaire, Des mules et des hommes) est aussi présent ici, dans Nu dans le jardin d’Eden.


A commencer par ses personnages à la limite des Freaks. Des paumés, ratés, distordus, faisant subir toutes les avanies possibles à leurs corps. Des gens pauvres, qui n’ont que ce corps et qui, en l’exhibant d’une façon ou d’une autre, vont tenter d’accéder à la richesse. Bien avant la télé « réalité », l’auteur a une façon unique de mettre en scène et en public ces corps torturés, ces performances absurdes. Et de décrire la fascination morbide que tout cela exerce sur le public, sur nous tous.


Comme dans les autres romans, ces histoires ont pour toile de fond le sud étouffant de petits blancs incultes et complètement perdus, vivant dans un pays que l’on a peine à identifier aux grands Etats-Unis d’Amérique. Tout cela est fort bien. Et assorti d’une construction originale (pour l’auteur) qui l’amène à se pencher sur les parcours incroyables de tous ses personnages. On retrouve également son écriture, à la fois âpre, rude et poétique.


Alors pourquoi je chipote ? Parce que j’ai mauvais fond et que je préfère quand il est un peu plus méchant, un peu plus teigne avec ses personnages. Quand le fil du récit est un peu plus tendu. Aussi sans doute parce que j’attendais beaucoup de ce miracle : Un Harry Crews inédit !


Ceci dit, la scène finale est absolument hallucinante, dans la droite ligne de ces quatre romans que j’adore, et mes toutes petites restrictions, toutes relatives, n’empêche qu’il faut le lire ; et qu’il faut en profiter pour relire ou découvrir Harry Crews ; et que j’attends avec impatience les nouvelles trouvailles de Patrick Raynal et Sonatine car j’ai cru comprendre qu’il y aurait d’autres inédits traduits …


Harry Crews / Nu dans le jardin d’Eden (Naked in garden hills, 1969), Sonatine (2013), traduit de l’américain par Patrick Raynal.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 19:55

Je suis allé au ciné ! Un miracle. Une fenêtre de tir inattendue, les deux gamins invités en même temps un samedi soir. Du coup, tant pis pour le France - All Blacks, on est allé au ciné. Et comme il y avait un nouveau film des frères Coen, le choix du film à voir a été rapide.

 

Inside Llewyn Davis, vous l’avez sans doute lu à droite et à gauche est donc l’histoire des tribulations, non pas d’un chinois en Chine, mais chanteur de folk en Amérique, essentiellement à New York, mais pas que.

 

Deux petits points pour commencer. Le premier, ce film entre dans la catégorie des Coen tranquilles et mélancoliques. C'est-à-dire plus proche de A serious man ou The barber que de Burn after reading ou The big Lebowski. Le second, pas besoin d’être un amateur de folk pour apprécier. Je ne suis vraiment pas fan, ni de Bob Dylan ni de Joan Baez, c’est même une musique qui m’ennuie au bout d’un temps assez court. Mais j’ai adoré.

 

Sur ce point d’ailleurs ils font très forts. Ceux comme moi qui sont un peu réfractaires à la folk vont bien se marrer à voir le défilé de groupes que je qualifierai de pittoresques pour rester gentil. J’imagine que les amateurs vont voir ça avec un œil plus indulgent et une certaine nostalgie. N’empêche, on comprend en regardant ça, que l’arrivée des Beatles et des Stones ait fait l’effet d’une bombe … mais je ne suis pas gentil avec la folk.

 

Au-delà de la partie musicale, une fois de plus, les frères Coen filment admirablement : photo somptueuse, grain d’époque, images, cadrages, lumière, tout est magnifique, regardez seulement cette photo :

inside-llewyn-davis 02

Une fois de plus ils nous offrent des acteurs incroyables, avec un premier rôle magnifique, et une galerie de seconds rôles et d’acteurs de passage absolument inouïe. Entre les différents chanteurs qui défilent dans le bar ou dans les studios d’enregistrement, le couple formé par le manager du héros et sa secrétaire (encore une scène d’anthologie), les invités du couple d’universitaires qui logent parfois Llewyn … Sans compter l’apparition géniale d’un de leurs acteurs fétiches, le grandiose John Goodman, on a de quoi se régaler pendant tout le film, et se régaler encore en en parlant interminablement ensuite.

John-Goodman

Et je ne voudrais pas vous quitter sans une mention spéciale au chat qui joue remarquablement, et qui est superbement, et surtout très justement filmé.

inside-llewyn-davis 01

Bref, si vous avez une soirée libre, n’hésitez pas, allez voir Inside Llewyn Davis.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Cinéma
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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 22:34

En deux romans traduits en France, Stefán Máni s’est affirmé comme l’auteur islandais pas comme les autres. Pas de personnage récurrent, pas de mélancolie, une énergie qui décoiffe, des intrigues qui vont à fond. Présages, son troisième, confirme cette place à part. Accrochez vos ceintures.

Mani

Hrafn est un tout jeune colosse quand le bateau de pêche à bord duquel il aide son père mécano et le patron Pétur coule. Le capitaine périt dans le naufrage et le jeune Harfn et son père survivent par miracle. Deux ans plus tard, de nouveau par miracle, le jeune homme échappe à l’avalanche qui détruit une partie de son village. Ses parents, son frère et sa sœur meurent dans la catastrophe. Il commence alors une liaison avec Maria, la fille de Pétur, jeune fille suicidaire qui le laisse au bout de quelques mois pour Simon, un dealer de Reykjavik venu se terrer dans leur village perdu pour échapper à l’attention de la police. Des années plus tard, Harfn est policier à la criminelle de la capitale quand son chemin croise de nouveau celui du truand. Une lutte s’engage qui ne pourra s’achever que par la mort de l’un des deux.


Première constatation à la lecture de ce roman de Stefán Máni, l’islandais qui décoiffe n’a rien perdu de sa capacité à décrire une nature déchaînée. Que ce soit un naufrage, ou une tempête hallucinante, ça déménage. Quelle puissance d’évocation ! On en grelote, on est secoué, on se les gèle, on est assourdi par la fureur du vent, on se rapproche instinctivement du feu. Ne serait-ce que pour cela, lisez-le !


Cette violence de la nature chez Máni, entraine une violence des hommes. Si chez Indridason ou Thorarinson les personnages dépriment ou cultivent un certain humour flegmatique, ici ils enragent et pètent les plombs. Et ça aussi il le décrit toujours aussi bien. Au froid environnant, ils réagissent par le feu.


Une nouveauté dans ce troisième roman est que sans rien perdre de cette rage et de la puissance de son écriture, l’auteur semble gagner un tout petit peu en … En quoi ? J’hésite à écrire sérénité tant ce mot semble incompatible avec l’auteur et pourtant, c’est bien cela que l’on ressent, un peu, au final. On le sent plus indulgent pour ses personnages, pour leurs travers et leur rage, plus « gentil ». Disons qu’en plus de nous secouer, il nous émeut. Il gagne en profondeur.


Bref, ne ratez surtout pas Présages, une autre vision de l’Islande.


Stefán Máni / Présages (Feigd, 2011), Série Noire (2013), traduit de l’islandais par Eric Boury.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars scandinaves
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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 17:08

Cela faisait un moment qu’on n’avait pas de nouvelles de Raúl Argemí. Rien depuis l’excellent Patagonia Tchou-Tchou. Rivages a eu la bonne idée de traduire un roman plus ancien Ton dernier nom de guerre, que voici.

 

Argemi

Manuel Carraspique est journaliste, et au chômage. A la suite d’un accident de voiture quelque part en Patagonie, du côté de la Cordillère, il se retrouve immobilisé à l’hôpital. A côté de lui, un grand brûlé, couvert de bandages. Il s’agirait d’un certain Marquez, indien Mapuche qui, pris d’une fureur mystique aurait tué sa femme et son enfant avant de s’immoler. Mais les policiers semblent penser que quelqu’un d’autre se cache sous cette identité et Manuel voit la possibilité d’un scoop qui relancera sa carrière moribonde. Il commence à recueillir les étranges histoires de Marquez, des histoires qui peu à peu s’assemblent en un sinistre puzzle.


Comme l’écrit l’ami Yan, il faut un tout petit peu de patience pour accepter de rentrer dans une construction en apparence complètement incohérente. Le journaliste est abruti par les médicaments, et le grand brûlé raconte des histoires qui semblent, du moins au début, totalement décorrélées les unes des autres. Mais c’est justement là un des intérêts du roman, ce qui en fait son piquant, ce jeu de construction, d’autant plus amusant que les pièces semblent provenir de puzzles différents. Rassurez-vous, à la fin, tout rentre dans l’ordre. Et l’auteur a la sagesse de resserrer son récit (150 pages) et de ne pas tirer à la ligne.


Alors certes, j’avais entrevu la solution. Ou plutôt disons que la conclusion était une des solutions que j’avais entrevues. Mais est-ce vraiment important ?


Car au-delà du plaisir de l’intrigue, Raúl Argemí revient, sans jamais être lourd, sur la période de guerre sale menée par les militaires de la junte entre 1976 et leur chute, en 1983. L’originalité, par rapport à d’autres romans de l’auteur, est de nous mettre plutôt dans la peau de personnages de tortionnaires, et non de victimes ou de résistants. Et sa force est d’avoir construit cette pourriture qui se révèle peu à peu, très convaincante, et donne de la force au récit.


L’autre force est de nous sortir de Buenos Aires, comme il l’avait fait dans le roman précédent, et de nous décrire cette Argentine du grand sud, si différente de la vie trépidante et très européanisée de la capitale.


Un plaisir de lecture, autant sur la forme que sur le fond.


Raúl Argemí / Ton dernier nom de guerre (Penúltimo nombre de guerra, 2004), Rivages/Noir (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco-Rahal.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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