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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 17:33

J’avais écrit fin mars, que le premier Adrian McKinty, à savoir A l’automne je serai peut-être mort, allait passer sur le dessus de la pile … Il y est resté un moment mais ça y est, je l’ai lu.

Michael Forsythe, à peine vingt ans, est obligé de quitter Belfast et de travailler pour la pègre irlandaise à New York. Son intelligence, son entraînement dû à un passage houleux dans l'armée anglaise, et son sang froid le font rapidement remarquer. Un peu trop remarquer, même par la maîtresse du boss. C'est comme ça qu'il va se retrouver dans une prison atroce, au fin fond du Mexique. Une prison dont il ne reviendra qu'avec une idée en tête : se venger.

Voici donc la première apparition de Michael Forsythe que l'on retrouvera dans Le fils de la mort. Dès ce premier volume, le personnage est en place : intelligent, intellectuel même, grande gueule, indiscipliné, plein de ressources, et surtout, décidé à survivre, à tout prix. Et comme McKinty prend un malin plaisir à le plonger dans les situations les plus glauques, c'est forcément très sombre. Je ne sais pas comment fait l’auteur pour rendre plausible une telle accumulation de péripéties qui, racontées par un autre, frôleraient le ridicule, mais il est un fait qu'il arrive à rendre crédible des situations les plus rocambolesques.

Cela tient sans doute à son écriture et à son personnage, à la fois cynique, romanesque, poétique, drôle, et parfois lyrique. Pour résumer, irlandais ! Du moins irlandais comme McKinty, Bruen ou Bateman nous font imaginer les irlandais. A posteriori donc, voici une confirmation : Dès son premier roman Adrian McKinty s’affirme comme un grand du roman noir irlandais, qui compte pourtant quelques pointures. Il présente l’originalité de garder son caractère national, tout en faisant voyager ses personnages d’un côté à l’autre de l’Atlantique.

J’ai appris récemment qu’il vit maintenant en Australie. Alors bientôt un irlandais chez les kangourous ?

Adrian McKinty / A l’automne, je serai peut-être mort (Dead I well may be, 2003), Folio policier (2008). Traduction de l’anglais (Irlande) par Isabelle Arteaga.

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 09:47

Encore pour les kids.

Une autre série marche très fort, celle de Kate McMullan s’intitulant L’Ecole des massacreurs de dragons. Le mieux est de commencer par le premier volume de la série, Le nouvel élève (The new kid at school), qui a l’avantage, prévisible, de présenter la majorité des personnages que les lecteurs croiseront ensuite.

A savoir : Wiglaf, petit dernier d’une famille de paysans se nourrissant essentiellement de choux, sous toutes ses formes ; gentil garçon un peu poète et sensible, donc inutile chez lui. Se fiant à une affiche ventant les trésors ramenés par les élèves de la nouvelle EMD (Ecole des Massacreurs de Dragons), ses parents l’inscrivent manu militari dans cette grande école ô combien prometteuse. Premier problème, le pauvre Wiglaf pleure à la seule idée d’écraser une mouche. Deuxième problème, l’affiche est un rien mensongère, et jusque là, à part les frais d’inscription, le directeur n’a pas engrangé grand-chose …

Les autres protagonistes seront donc : Angus, grand tueur de dragons dont la phrase préférée est « j’ai p-p-p-peur ! », Eric, qui est en fait Erica, admiratrice fervente de Sir Lancelot, Zelnoc, magicien le plus calamiteux de la fantazy, Daisy, cochon de Wiglaf, qui grâce à Zelnoc parle en latin de cuisine … Plus les profs et bien entendu, quelques dragons.

Les histoires sont suffisamment bien construites pour accrocher sérieusement les enfants, qui, sensibles au suspense, tremblent pour Wiglaf, Eric et Angus. Mais l’humour est également suffisamment présent pour qu’ils ne soient pas trop tendus. Preuve que ça marche fort, ensuite, ils jouent à Wiglaf et Eric, combattent les dragons, fantômes et autres affreux, et surtout, s’éclatent à parler en latin de cuisine, à savoir : « Salutum chezum vousum, ceum billletum estum finitum ».

C’est couillon, mais ça les fait rire. Annoncé à partir de 8 ans, mais ça marche dès 5/6 ans si ce sont les parents qui lisent.

Kate McMullan (auteur) Bill Basso (illustrations) / L’école des massacreurs de dragons Folio cadet. Traduction de l’américain par Vanessa Rubio.

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 18:59

Il y a presque un an, des copains à qui je faisais part de mon enthousiasme pour Haruki Murakami en général, et Kafka sur le rivage en particulier m’ont offert Chroniques de l’oiseau à ressort. Il était sur ma table de nuit, mais avait été recouvert par des piles de polars. Et j’hésitais à me lancer dans ce pavé de 850 pages. Grâce aux vacances, plus calmes en termes de sorties, j’ai enfin pu le lire. Si vous passez par ici, Hervé et Isa, merci.

Toru Okada était secrétaire dans un cabinet juridique, jusqu’à sa démission, donnée sans raison bien précise. Depuis il est homme au foyer, s’occupe de la maison et prépare le repas en attendant sa femme Kumiko. Jusqu’au jour où leur chat, disparaît. A partir de là sa vie déraille. Il reçoit des coups de fils érotiques d’une inconnue, rencontre une voyante coiffée d’un chapeau rouge, fait la connaissance d’une adolescente spécialiste de perruques ... et Kumiko disparaît à son tour, sans laisser de traces. Et ce n’est que le début d’une étrange aventure qui le verra affronter ses cauchemars, et ceux des autres, au fond d’un puits.

Ceux qui connaissent déjà Haruki Murakami savent bien qu’il est absolument impossible de résumer ses romans. Celui-ci ne fait pas exception à la règle. Ils savent également qu’ils sont tellement riches, complexes, peu explicites et qu’on passe forcément à côté de beaucoup de choses, chacun y piochant ce qu’il peut, ou ce qu’il veut. Une fois de plus, celui-ci ne fait pas exception. Parmi les multiple thématiques abordées dans cet ouvrage, on peut citer, en vrac, une réflexion sur le monde du travail et la vie quotidienne au Japon, le traumatisme de la guerre en Chine, et de la débâcle de 1945, la culpabilité, la manipulation politique et individuelle, l’importance du rêve, la difficulté d’assumer ce que l’on est ...

Autant de thèmes, et bien d’autres, qui passent, comme un rêve éveillé dans ce roman envoûtant de plus de 800 pages qui réussit l’exploit, malgré ses digressions et ses récits en apparence sans liens les uns avec les autres, de repêcher le lecteur juste quand il a l’impression d’être complètement perdu.

L’auteur nous perd, nous hypnotise, nous présente l’un après l’autre une multitude de personnages pas toujours liés les uns aux autres, avant de nous récupérer, in extremis, et de donner, dans une final extrêmement prenant, une cohérence à l’ensemble.

Chroniques de l’oiseau à ressort est un roman qui peut passer en quelques pages de la violence la plus noire à la poésie la plus lumineuse, de l’horreur à l’humour, de tragique au comique, toujours en finesse, sans la moindre lourdeur. Un roman à la fois poétique, réaliste, fantastique, historique, onirique ... Un roman que l’on referme comme on sort d’un rêve, enchanté au sens premier du terme, encore un peu paumé, avec l’impression d’avoir saisi quelque chose d’important, même si on ne comprend pas tous les détails.

Vraiment du grand art, qui demande juste un peu de temps et de persévérance. Mais j’ai quand même une légère préférence pour Kafka sur le rivage ...

Haruki Murakami / Chroniques de l’oiseau à ressort  (Nejimaki-dori kuronikuru, 1994), Points Seuil (2001). Traduction du japonais par Corinne Atlan avec Karine (ou Catherine ?) Chesneau.

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 22:10

Etant en train de terminer un énorme pavé dont je parlerai demain (suspense), une petite pause douceur pour inaugurer une nouvelle catégorie : lectures per le bambini ! D’où me vient donc cet italien plus qu’approximatif ? C’est juste que je vais commencer par une petite perle italienne, qui a enchanté Gabriel 7 ans, et a même intéressé, sans autant de passion mais quand même, sa soeur Ana de 5 ans.

Les deux premiers volumes de Tous Pirates viennent d’être traduits en français. Dans le plus pur style des grands feuilletonistes, tel notre Dumas national, ou le grand Salgari pour les italiens (référence obligatoire au vu de la thématique des pirates), le troisième volume est déjà annoncé à la fin du second, et j’ai même vu, sur le site de l’auteur, qu’il y en a déjà un quatrième en Italie.

Venons en au fait.

Mongard est un barbier français, provençal, qui après avoir bourlingué dans le nouveau monde, aimerait bien rentrer au pays. Timmy Kid est, comme son nom l’indique, un gamin qui a une envie, et un besoin pressants de quitter les Caraïbes. Ils embarquent donc sur le premier navire en route vers l’Europe, sans savoir qu’ils commencent ainsi une fabuleuse carrière de pirates.

Des colosses tatoués, un gamin malin, un capitaine qui aime lire, deux spadassins (un espagnol et un portugais), un étrange guerrier venu d’orient, un cuistot bougon, un quartier maître qui jure comme un vrai marin, des indiens, une belle jeune fille, des pirates, des navires anglais, français, espagnols ... Touillez le tout, jetez le en pleine mer, agitez au moyen d’une bonne tempête. Ajoutez des épices, des odeurs, un bouillon de tortue, des fruits exotiques et servez à une population bigarrée, venue des quatre coins du monde.

Résultat sans surprise, le minot ouvre grand les yeux, les oreilles, et même la bouche, au risque d’y laisser entrer quelques mouches. Mais attention, avertissez-le avant, vous ne pourrez pas tout lire d’un coup, il faudra attendre demain pour la suite. Et il y a un second tome. Et à la fin du second, la découverte d’une carte au trésor, donc une suite.

Un récit d’aventure « à l’ancienne », c’est à dire qui prend son temps, définit les personnages peu à peu, les fait se découvrir et se dévoiler, et n’hésite pas à consacrer des chapitres entier à la description de la navigation, de la beauté d’une île, de l’enchantement d’un marché ou à d’une leçon d’escrime sous la lune. Qui ne se sent pas obligé d’accumuler les péripéties, les coups de théâtres, et les hurlements hystériques. Un roman d’aventure comme on les aime, qui nous ramène en enfance, et qu’on prend donc un très grand plaisir à lire à ses pitchouns. Qui, s’en rendant compte, demandent immédiatement la suite.

Après ça, dans quelques années, il suffira de continuer avec Le corsaire noir d’Emilio Salgari, et peut-être un jour, si nous avons la chance, la traduction et/ou réédition, enfin, de sa série consacré à Sandokan, le Tigre de Malaisie.  Ou de passer au grand Alexandre. Lectures qui amènent ensuite naturellement à Paco Taibo II. Et oui, je prépare le terrain.

Sebastiano Riuz Mignone (auteur) Manuele Fior (illustrations) / Navire en vue (Tous pirates Vol1.) et A la poursuite du cracheur de feu (Tous pirates Vol2.)  (Contro tutte le bandiere et Affondate la Cacafuego !, 2007), Nathan jeunesse (2006). Traduction de l’italien par Fabienne-Andrea Costa.

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 21:55

Et voilà, enfin, je m’attaque au pavé Millenium. J’avais laissé passer le train du premier volume, puis débordé, du second. Ensuite trop tard pour se lacer dans un monstre de 2000 pages ! Mais bon, comme on me l’a offert, et que tous les copains qui savent que j’aime le polar me regardent avec des yeux ronds quand je dis que je ne l’ai pas lu, j’ai profité du calme estival pour me lancer.

Comme tout le monde en a parlé mille fois, je m’évite le boulot de résumer l’intrigue. Et avant de démarrer j’ajoute une petite précision. Heureusement que l’excellente Corinne de La Noir Rôde m’avait averti : Il ne se passe rien pendant les 200 premières pages, après on est pris. Sinon, je crois bien que j’aurais abandonné avant la page 100.

Ceci précisé, ne faisons pas durer le suspense. Oui c’est un bon polar, non je ne suis pas Milleniumaniaque, loin de là.

Bons points : Quand il se décide à démarrer, en fait environ après la moitié du bouquin, Stieg Larsson accroche bien le lecteur, qui a envie d’aller au bout ... la prose, bien que parfois un peu lourde, est dans l’ensemble fluide, et en bon journaliste, Stieg Larsson sait parfaitement exposer les résultats d’une recherche, avec efficacité, sans lasser et faisant bien avancer son histoire. Résultat, une intrigue très bien construite et bien exposée, ce qui n’est déjà pas mal pour un polar.

Autre bon point, le personnage de Lisbeth Salander qui apporte un peu de folie et d’imprévu au roman qui sinon serait plutôt plan plan.

Dernier bon point, de façon pas forcément facile à analyser, on referme le bouquin pas trop mécontent, et plutôt disposé à lire le suivant. Sans doute parce que grâce à une intrigue soignée on ne s’est finalement pas ennuyé, et qu’on a passé un moment agréable, sans trop se torturer la tête.

Mais, mais ...

C’est quand même long. Il en faut du temps pour que ça démarre. Et il y en a des paragraphes inutiles qui décrivent les documents étudiés, la biographie de personnages secondaires (qui au final n’a aucune importance pour l’intrigue et qu’on ne verra plus), l’arbre généalogique de la famille Vanger ...

Et c’est quand même mou. A part Lisbeth, pas grand monde de passionné, et de passionnant là-dedans. Et surtout pas ce bon Mikael, raisonnable à en être fade, et qui, de façon absolument incompréhensible finit par coucher avec toutes les femmes qu’il croise. Que Marlowe, incarné par Bogart les tombe toutes dans le Grand sommeil, ça se comprend. Mais là ! A croire que le mâle suédois est soit un infâme salopar qui ne prend son pied qu’en battant et violant, soit un ectoplasme avec le sex-appeal d’une méduse déshydratée.

Ma chronique pourrait s’arrêter là, sur un constat mitigé, et une formule réductrice : un bon polar pour la plage (Formule qu’en fait je déteste, bien entendu).

Mais Millenium pose quand même une question : Pourquoi un tel succès pour un roman agréable mais somme toute assez tiède ? Voici peut-être quelques éléments d’explication :

A la base, comme écrit plus haut, c’est bien raconté.

Mais surtout, c’est très rassurant. Les méchants sont punis, le gentil intègre gagne, les méchants capitalistes ne sont pas méchants parce qu’ils sont capitalistes et que le système le leur permet et les y pousse, mais parce qu’ils sont méchants. D’ailleurs, grâce aux gentils capitalistes, ils sont punis. La société suédoise n’est pas parfaite, mais les hommes qui maltraitent les femmes sont tous punis, et à part les journalistes économiques (sauf ce bon vieux Mikael) personne n’est mis sur la sellette. Et imaginer que dans nos sociétés, seuls les journalistes économiques (et encore suédois) sont des salauds ou des incapables, c’est quand même rassurant.

Même Lisbeth est rassurante. J’explique. Quand Nick Stefanos, Harry Hole, Jack Taylor ou Matt Scudder se prennent une cuite, le lecteur la ressent dans ses tripes, dans sa tête, il est malade avec eux, a envie d’un verre avec eux, craint le prochain verre et ses conséquences avec eux. Quand Lisbeth prend une cuite, elle dit « j’ai la gueule de bois ». Point final. Indolore pour le lecteur.

Et puis, chez Larsson, le mal est lui aussi rassurant, et presque indolore : Quand Nazutti de Chainas affronte le mal, et est contaminé par lui, le lecteur ressent une partie de ses émotions. Quand Patrick Kenzie affronte les pédophiles dans Gone, baby Gone de Dennis Lehane, on tremble de peur et de rage avec lui. Quand Mikael affronte le méchant (qui est quand même un serial killer des plus infects), ou rencontre sa plus ancienne victime, on compatit, un peu, beaucoup, mais ça ne fait pas mal !

Quand on s’attaque à un mal de cette ampleur chez Lehane, Connolly, Chainas, Férey, Ellroy ... ça laisse des traces. Des traces aux les personnages, définitivement marqués, mais également au lecteur, sonné, écoeuré, secoué, effrayé, qui met du temps à récupérer. Là rien. Mikael a juste quelques doutes sur la conduite à tenir, puis il rentre chez lui, régler sa petite vendetta et boire le champagne avec ses potes. Et le lecteur se réjouit avec lui, pas plus perturbé que ça. Même pas mal.

Plus j’y pense, plus je vois ce que ce roman a de rassurant, au risque, pour l’amateur de noir bien noir, de laisser une impression d’incohérence diffuse qui est révélée quand on se met à y réfléchir sérieusement.

J’arrête donc les frais et je résume : Agréable sans plus. Finalement, pour pousser un peu le bouchon, c’est de l’eau tiède. C’est très bien l’eau tiède, j’adore ça, quand je me douche. Et pourquoi pas quand je lis, de temps en temps. Mais en littérature, en général, je préfère l’eau glacée, bouillante, trouble, démontée, voire épicée. D’ici peu, le volume 2 ...

Dernier point. Je ne voudrais pas que quelqu’un lisant ce post se méprenne. Malgré les apparences, je ne trouve pas anormal ou indigne d’aimer ce roman (de quel droit d’ailleurs, pourrais-je porter un tel jugement ?). Au contraire, malgré ses défauts, j’ai finalement passé un bon moment. Ce qui m’interpelle c’est son succès, et l’enthousiasme qu’il déclenche. Enthousiasme que je ne partage pas.

Stieg Larsson / Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Millenium I)  (Män som batar kvinnor, 2005), Actes Sud/Actes noirs (2006). Traduction du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain.

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27 juillet 2008 7 27 /07 /juillet /2008 23:43

Si je dis Ian Rankin, vous direz sans aucun doute : Rebus, son flic fétiche d’Edimbourg. Moi aussi d’ailleurs. Et voilà que je découvre, bien tard, qu’il écrit également des thrillers. Dont Traques que voici.

Gordon Reeve est un ancien des SAS qui a quitté l’armée et est devenu organisateur de week-ends de survie sur une île écossaise. Il mène une vie aussi rangée qu’il peut avec sa femme et son fils. Jusqu’au jour où il est contacté par la police de San Diego : Son frère Jim, journaliste a été retrouvé mort dans sa voiture. Suicide. Gordon part pour organiser les funérailles, mais sur place de nombreux détails clochent. En quelques jours il apprend que son frère enquêtait sur une énorme entreprise chimique, croise un ami de Jim qui est persuadé qu’il a été assassiné, et s’aperçoit qu’il est suivi. Mais surtout, du coin de l’oeil, il aperçoit un fantôme, un homme des SAS qu’il croyait mort lors de sa dernière mission, en Argentine, pendant la guerre des Malouines. Gordon Reeve revient alors sur ses terres, pour préparer la contre-attaque et affronter son passé.

Du pur plaisir, plus de 400 pages qui tournent toutes seules, jusqu’à l’ultime et inévitable confrontation. Comme toujours dans ce genre de roman, le prétexte à la traque et au suspense est assez secondaire, et n’a pas forcément besoin d’être totalement crédible. Même s’il n’est pas difficile de croire qu’une entreprise énorme, dont les intérêts sont liés aux plus importants lobbys industriels, soit prête à tuer pour empêcher des secrets gênants d’être révélés au public. Quand aux secrets en question, comme dans tout bon Hitchcock, on y croit ou pas, mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important c’est le rythme, le suspense, la qualité d’écriture, l’excitation de la lecture. Avec ici, parfaitement maîtrisés par un Ian Rankin qui, à mon avis, se fait bien plaisir, deux suspenses parallèles, sur l’histoire présente, et le passé traumatisant de Gordon Reeve. Tout cela est d’un grand classicisme, mais quand c’est réussi, ça marche à tous les coups. Et là, c’est parfaitement réussi. Du pur plaisir donc.

Ian Rankin / Traques  (Blood hunt, 1995), Editions du Masque (2007). Traduction de l’anglais (Ecosse) par Daniel Lemoine.

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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 22:27

Un designer qui monte qui monte, dont le Tout Londres commence à parler, ça n’a pas envie de se laisser emmerder par un petit bonhomme terne et ennuyeux. Alors quand, un matin aux aurores, Mister Kitchen vient lui prendre la tête sous prétexte de lui acheter sa bagnole, notre designer pète un peu les plombs, et transperce le dit Kitchen avec une de ses créations. Seulement voilà, un emmerdeur mort reste un emmerdeur, dont il faut se débarrasser. Et quand une journée commence mal, il y a peu de chances qu’elle se termine bien. Les choses vont même aller de mal en pis pour notre pauvre artiste, qui va tenter de compenser en s’enfilant dans le gosier et dans le nez toutes sortes de produits, ce qui ne va pas améliorer son calme et sa lucidité. Une vraie journée de merde !

Vous connaissez peut-être ce numéro de cirque qui consiste à faire monter le plus de monde possible sur un vélo ? Ou cette scène d’un film des Marx Brothers où ils entassent le plus de monde possible (là encore) dans une cabine de bateau ? Et bien Charles Higson a certainement fait le pari d’empiler le plus d’emmerdements possibles, de plus en plus graves, sur la tête de son personnage. Il y réussi d’ailleurs avec brio, au point que son héros, loin d’être a priori sympathique, c’est peu de le dire, finit presque par nous faire de la peine !

C’est drôle, fort enlevé, sans pitié sur la société anglaise, de bas en haut, des prolos abrutis de bière, aux aristos pleins de morgue, en passant par les arrivistes et parvenus. Les diatribes du « héros », dans leur méchanceté et leur cynisme, sont un excellent exemple de démontage implacable de tout ce que notre bonne conscience nous amène à faire, à dire ou à penser, juste pour avoir l’impression que l’on fait partie des « gentils ». Lui est un sale con, riche, et fier de l’être.

A mon goût, c’est quand même un peu long, et frôle le répétitif sur la fin. Et au final, laisse le sentiment d’une certaine vacuité, ou vanité (vanité de vain, pas de vaniteux). Mais cela reste un bon divertissement.

Charles Higson / L'encombrant Mister Kitchen (Getting rid of mister Kitchen, 1996), Editions du Rocher/Thriller (2008). Traduction de l’anglais par Guy Abadia.

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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 08:54

Fabrice Bourland était à Frontignan, j’avais apprécié son intervention qui m’a donné envie de découvrir ses bouquins. Voici donc Le fantôme de Baker Street.

Londres 1932. La mythique adresse du 221 Baker Street n'existait que dans l'imagination de Sir Arthur Conan Doyle, jusqu'à ce que les autorités londoniennes, décidant de prolonger la rue, ne la créent réellement. Quelques temps plus tard, les habitants de la maison concernée sont réveillés toutes les nuits par d'étranges bruits au premier étage, supposé habité dans la fiction, par le plus célèbre détective du monde. Dans le même temps, des crimes atroces sont commis un peu partout dans Londres. Contactés par la veuve de Conan Doyle qui sent que des drames se préparent, deux détectives, Andrew Singleton et James Trelawney découvrent, à leur grande stupeur, que le fantôme de Sherlock Holmes semble bien s'être réincarné au 221. Mais si une telle créature livresque en est venue à prendre vie, ses congénères moins fréquentables, de Dorian Gray à Dracula ne pourraient-ils en faire autant ?

Fin, subtil, cultivé … Et très fidèle, stylistiquement, aux originaux. Ce sont là les premières réflexions qui viennent à l'esprit quand on lit Le fantôme de Baker street de Fabrice Bourland. Dans un mode d'expression différent, on peut penser à la ligue des gentlemen extraordinaires du génial scénariste anglais Alan Moore. Il manque juste à ce roman un peu de chair, un peu plus de consistance aux personnages, pour que l'on puisse trembler pour eux, rire avec eux, s'émouvoir avec eux.

On est admiratif mais extérieur, intéressé mais un peu froid. Peut-être un roman aussi riche de références aurait-il mérité d'être un peu plus étoffé, pour creuser les émotions des personnages, ralentir leur quête de la vérité, approfondir les ambiances. Bien donc, mais aurait pu être mieux.

Fabrice Bourland / Le fantôme de Baker street , 10x18/grands détectives (2008).

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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 22:34

Ils sont trois, complètement allumés, complètement déjantés, en tournée triomphale à travers la France. Ils ce sont : Zak, Wingo et Klakos, le NFFF (No Future For Fuck), groupe punk de Montluçon qui remplace la musicalité par le volume sonore, la connaissance de l’harmonie par l’énergie, le sens du rythme par la rage. Heureusement ils ont une maman poule, en la personne de Gisèle, leur roadie, dix ans plus vieille qu’eux (ce qui lui vaut le doux surnom de Mamie), quelques kilos de plus que les trois réunis, plus de muscles qu’ils n’en auront jamais. Lesbienne. Le soir d’un concert grandiose à Saint Nazaire, Gisèle s’aperçoit que leur organisateur les a doublé. Une preuve de plus que la société est pourrie. Une de trop. Zak va péter les plombs, et partir, pour le rock, pour les punk. Feuque et No Future.

Du pur Jean-Bernard Pouy. Imaginez ce que cet individu, capable d’écrire sur les états d’âmes d’un banc de touche pendant un match, ou de broder sur l’histoire des pêches dans la région de Moissac peut faire avec un groupe punk allumé ! Vous n’imaginez pas ? Vous avez raison. Vous n’y arriverez pas. Car il n’y a qu’un seul Pouy. Malheureusement ou heureusement, je vous laisse juge, mais ne le laissez pas passer.

Quelques extraits pour la route ?

« ... Giscard, crevard !

Et ton crâne de têtard

A Montbéliard ou Hénin-Liétard

ON s’en tamponne le coquillard

Nous on préfère la Valstar

ROUGE ! »

Oui je sais, moi aussi je soupçonne le Pouy de s’être fait plaisir ! Ainsi qu’avec ces tables de la loi du roadie :

« si c’est liquide, bois ; si c’est sec, fume ; si ça bouge, baise ; et si ça bouge pas, fous-le dans le camion. »

Jean-Bernard Pouy / Feuque , Mare nostrum/polar rock (2008).

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 19:38

Après De soie et de sang, revoilà l’inspecteur Chen de Shanghai, de retour dans La danseuse de Mao, sous la plume de Xiaolong Qiu.

L’inspecteur principal Chen a l’habitude des enquêtes … délicates. Mais cette fois, la requête directe d’un ministre est carrément explosive. Il s’agit de rentrer dans les bonnes grâces de Jiao, une jeune fille secrétaire qui, du jour au lendemain, c’est retrouvée propriétaire d’un grand appartement et mène grand train. Or cette belle jeune femme n’a pas de protecteur riche, et elle est la petite fille d’une ancienne maîtresse de Mao. La sécurité intérieure soupçonne qu’elle est en possession de documents compromettants pour le Grand Homme, et qu’elle s’apprête à les vendre. Même si la Chine est en train de prendre le virage du capitalisme, il est hors de question, pour le Parti qui reste aux commandes, que n’importe quel document soit publié. La difficulté est double pour le pauvre Chen : Il ne sait pas ce qu’il cherche, mais c’est forcément brulant, pour tout le monde, y compris pour le policier qui le découvrira …

Xiaolong Qiu continue sa double chronique : D’un côté celle de la mémoire de la Révolution culturelle, de ses ravages, que les nouveaux dirigeants, les nouveaux riches, les messieurs Gros-Sous, et la jeunesse branchée de Shanghai veulent oublier. De l’autre, celle de l’évolution vertigineuse de la Chine en général, et de Shanghai en particulier, où des fortunes colossales sont en train de se forger, alors que la majorité des gens s’enfonce peu à peu dans la misère. Une Chine nouvelle qui découvre des inégalités sociales faramineuses, qui lui font parfois regretter l’égalitarisme et la sécurité économique du temps … de Mao.

ll continue également à parsemer ses romans de poèmes (ici, souvent, de la main même du Grand Timonier), et surtout de description de plats plus étranges les uns que les autres.

Ce dernier opus, toujours intéressant, est tout de même moins réussi que les autres : L’intrigue servant de prétexte est vraiment très relâchée (mais c’est souvent le cas), et surtout un peu tirée par les cheveux. Le moteur de l’intrigue ne convainc pas vraiment, et sa résolution tient plus du miracle à la limite de l’escroquerie que de l’enquête policière. Comme si Xiaolong Qiu perdait peu à peu l’envie d’écrire des romans policiers, pour se concentrer sur sa chronique de Shanghai. De mon point de vue, il y perd une certaine cohérence narrative. C’est dommage.

Xiaolong Qiu / La danseuse de Mao  (The Mao case, 2007), Editions Liana Lévi (2008). Traduction de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle.

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