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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 22:33

Les habitués le savent déjà, je ne suis pas littéraire mais scientifique, de formation et de métier. Tous les jours il m’arrive de regretter que certains de mes collègues scientifiques et ingénieurs (pas tous, car contrairement aux poncifs, beaucoup lisent) n’aient pas un peu plus de curiosité littéraire et humaniste.

Mais quand je traine dans le monde du polar, et encore plus quand j’écoute autour de moi ou que je lis la presse, je m’effare du manque de culture scientifique et technique de la population, et de la quantité et l’énormité de conneries que je peux entendre ou lire.

Le dernier exemple en date est toulousain, il émane d’un journal qui, certes, n’est pas un fleuron de la presse mondiale mais quand même …

Il y a donc cet article dans La Dépêche : « La chaire Sirius défendra notre vie privée ».

Je lis des propos attribués à un certain Lucien Rapp, avocat de formation si j’ai bien compris, qui va présider cette chaire : « Quand on utilise son GPS, c’est de l’espace, quand on réalise des transactions sur son mobile, c’est encore de l’espace, tout comme lorsqu’on regarde un match retransmis par satellite. ». Première connerie. Le GPS, c’est l’espace, vrai. Les matchs retransmis par satellite, aussi. Les transactions sur son mobile, faux. Merde c’est la peine que dans les polars on localise un gus grâce à son portable qui se connecte à des antennes relais partout dans la ville, qu’il y ait des recherches pour savoir si vivre à côté de ces antennes risquent de vous griller le cerveau … pas besoin quand même d’avoir fait 10 ans d’études scientifiques pour savoir ça. Mais bon passons, le meilleur est à venir.

« Grâce à des images satellitaires d’une résolution de 50 à 60 cm, on peut reconnaître des visages, lire des plaques de voitures, et quelle législation dans ce domaine ? » Ca par contre c’est très con. Soit monsieur Rapp et le journaliste ne savent pas ce que veut dire « une résolution de 50 à 60 cm », et ils feraient mieux de ne pas en parler, soit ils savent et leur cerveau a déjà été grillé par les antennes de relais téléphonique …

Qu’est-ce que veut dire une résolution de 50 cm ? Cela veut dire que le plus petit objet qu’on peut voir est un carré de 50x50 cm (pour simplifier). Donc une personne de taille moyenne, allongée sur la plage et vue d’en haut (du satellite donc) est représentée par 3 à 4 gros carrés. Un peu juste pour reconnaître un visage (à moins d’avoir une vraiment très grosse tête, peut-être comme monsieur Rapp ?), dur aussi de lire une plaque d’immatriculation (ou alors une très très grosse voiture ?).

De deux choses l’une donc : soit le gus en charge de la chaire n’y connait strictement rien, et c’est grave pour ses étudiants et pour les lois qu’ils vont pondre plus tard, soit le journaliste n’a rien compris, et rien vérifié, et c’est grave pour l’état de la presse.

Et cela illustre bien l’état d’inculture scientifique et technique dans un monde où une bonne partie des grandes questions qui se posent ont à voir avec la science et la technologie (réchauffement climatique, décroissance, énergies vertes, énergie nucléaire, nanotechnologies, espace, informatique ...)

Voilà, lisez toujours des polars, mais intéressez-vous aussi un peu à la science, vous verrez, c’est passionnant.

PS. Pour reconnaitre les visages et lire les plaques d’immatriculation, il y a les caméras dans les rues, les magasins, les péages d’autoroute … Lisez Lumière de fin d’Henry Porter.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 23:02

Avec Casher nostra, Karim Madani poursuit les chroniques d’Arkestra entamées avec Le jour du fléau.

 

Madani

Nous revoici donc à Arkestra, dans le quartier juif d’Hannoukka. Max Goldenberg se débat avec ses problèmes d’argent : il est coursier, il se gèle sur son scooter pour un salaire de misère, sa mère est atteinte d’Alzheimer et les services sociaux menacent de la placer dans un mouroir. Solution qui ne déplairait pas à Sarah sa fiancée. Hors de question pour Max. Quand au détour d’une visite chez le toubib il entrevoit la possibilité de mettre la main sur un stock d’herbe de qualité supérieure. Voilà qui donne des idées. Mais ne s’improvise pas dealer qui veut, surtout quand le marché est déjà tenu par les caïds, et que les flics ont l’œil. Mais Max n’a pas le choix …


Je vais tout de suite me débarrasser d’une toute petite réserve : J’ai eu l’impression, par moment, que l’auteur se faisait un peu plaisir et se regardait écrire … Comme s’il se laissait emporter par le plaisir des énumérations, par le flot de mots, de leur sonorités. Parfois ça marche, d’autre fois ça tombe un peu à côté, à mon goût.


Mais c’est minime, et cela n’enlève rien à la force et surtout à l’émotion de ce roman. Un roman qui arrive à faire remonter des lectures et des images. J’ai pensé aux romans de Charyn avec cette mafia juive urbaine, même si ici la mafia est un élément du passé, une sorte de décor sépia qui s’efface peu à peu. J’ai aussi vu des images de Sin City (la BD plus que le film), toutes en noir et blanc, traits rageurs et pas de gris. Mais ces références (que j’invente peut-être) sont fondues dans l’écriture, n’écrasent jamais son roman et sont comme autant de fils qui servent à la construction de son propre univers.


Un univers gris, urbain, dans lequel il fait évoluer des personnages très forts, et pour lesquels on sent qu’il a beaucoup de tendresse. Il me semble (mais là encore je peux me tromper), que l’auteur c’est un peu  apaisé : Là où Le jour du fléau n’est que rage et destruction (voire autodestruction), il est dans Casher Nostra (un peu) plus calme, on le sent plus proche de ses personnages. Même Alex, le vigile bas de front arrive à nous émouvoir.


Mais c’est surtout Max, sa mère et le magnifique personnage à peine entraperçu de l’artiste des rues qui marquent. Max le perdant, Max qui se les gèlent, Max qui veut une autre vie, mais Max qui ne peut abandonner les siens. Il est beau ce Max, il est humain, il est couillon par moment, mais qu’est-ce qu’il est attachant. Et quel couple il forme avec sa mère de plus en plus perdue dans les brumes de la maladie !


Tout cela est déjà fort beau. L’auteur le magnifie au travers d’un personnage à peine entraperçu, Skit, peintre des rues d’Hanoukka, virevoltante silhouette qui offre au roman un final magnifique. On en pleurerait presque.


Karim Madani / Casher Nostra, Seuil (2013). 

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3 novembre 2013 7 03 /11 /novembre /2013 16:37

Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçu, mais je suis un inconditionnel de Ken Bruen et de Jack Taylor. Il paraît qu’il y en a des moins réussis que d’autres. Peut-être. Moi je les adore tous. Et cela vaut pour le dernier : Sur ta tombe.

Bruen

La crise et l’hiver frappent l’Irlande. Dans un climat de débandade, le père Malachy, le fléau de Jack Taylor est tabassé à mort et se retrouve dans le coma à l’hôpital. Voilà qui ne plait guère à notre Jack : c’est lui qui doit régler son compte au curé acariâtre, c’est son affreux à lui, pas question que d’autres le lui piquent. Dans le même temps il est contacté par un autre prêtre, genre opus dei, costar sur mesure et dents blanches, pour retrouver un frère qui s’est fait la malle avec la caisse. Pour arranger le tout une bande de malfaisants semble l’avoir pris pour cible, et il est amoureux !


Qu’est-ce qu’ils ont ces irlandais ? Qu’est qui leur donne ce ton, cette façon d’arriver à nous faire sourire et espérer en la vie et en l’être humain au moment même où ils nous racontent les pires horreurs, où ils nous dépeignent les situations les plus déprimantes ? C’est le Jameson ? La Guinness ?


Parce qu’une fois de plus l’Irlande de Jack va mal, très mal : une église qui ne se remet pas en cause après les multiples scandales qui la touchent (allant de la découverte des conditions atroces dans orphelinats cathos aux différentes affaires de pédophilie) ; un boom économique passé qui n’a laissé que des ruines et la présence étouffante du clinquant du plus mauvais goût ; une population qui retrouve la pauvreté, avec les frustrations et les haines qui accompagnent la chute ; une high classe toujours aussi arrogante … Et ce pauvre Jack, qui boit et fume de nouveau, est amoureux sans vouloir croire à la possibilité du bonheur (il faut dire qu’il a de quoi être sceptique), qui clopine d’une jambe, entend mal des deux oreilles, et va même perdre quelques doigts …


Et pourtant, un geste un peu humain ou le sourire d’une serveuse et le voilà qui remonte la pente. Et puis il faut dire qu’il n’est pas geignard le Jack, c’est plutôt le genre à frapper en premier, à râler, à rager, et à rendre coup pour coup. Comme il le dit lui-même : « Je ne connais rien de plus jouissif que de faire chier une banque ». Et quand il s’agit de faire chier les cons, il a de la ressource notre Jack.

C’est sans doute pour tout ça que je l’adore, que j’ai adoré cet épisode (un très bon de mon point de vue), et qu’il me tarde déjà le prochain.


Ken Bruen / Sur ta tombe (Headstone, 2011), Fayard (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux.

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 16:28

Je n’avais pas été totalement convaincu par le premier roman de Gioacchoino Criaco traduit chez Métailié. Mais j’y avais aimé suffisamment de choses pour tenter le second. Bonne pioche. J’ai dévoré American taste, impossible à lâcher dès la première page.

 

Criaco

Mister B., ancien héros du Vietnam, Andreï, ex tueur russe, Kismi Urruela, ancien de l’ETA, Hakim, trafiquant druze et Pierre Bondel, trafiquant français, petit fils de chef de clan calabrais se sont rencontrés à Fleury-Mérogis. Aujourd’hui ils s’apprêtent à s’enfuir, une évasion rocambolesque financée par don Gino, le grand-père de Pierre. Une fois dehors, ils n’ont qu’une envie, se venger de Bobby Biren, ancien Marine, à la tête d’un empire de produits de luxe, empire qui sert de façade à un réseau de trafic de drogue international. Car s’ils se trouvent en prison, c’est à cause de Bobby. Une guerre sans merci se prépare.


On a déjà lu des histoires d’évasion et de vengeance, elles sont vieilles comme le Comte de Montecristo. Cela n’empêche pas de prendre plaisir à celle-ci, menée à cent à l’heure, écrite direct à l’os avec une économie de moyen réjouissante.


De la campagne calabraise (toujours aussi belle sous la plume de Criaco) à New York en passant par la Crête ou Milan, l’auteur nous amène à toute vitesse et en profite pour tricoter un empire de chantage, industrie de luxe et trafic de drogue qui a toute les allures de la vérité. Les personnages sont tous bigger than life, les affreux sont de vrais affreux, les scènes de castagne sont jouissives, et on n’en apprécie que davantage les très belles pages décrivant un repos bien mérité dans un village méditerranéen oublié de tous.


Un vrai régal qui se déguste très noir et très serré.


Gioacchino Criaco / American taste (American taste, 2011), Métailié (2013), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 08:33

L’actualité polar est riche, très riche. Après Asphalte qui nous a fait découvrir un nouvel auteur brésilien, voici l’argentin Miguel Angel Molfino et ses Monstres à l’état pur chez Ombres Noires.

Molfino.png

Province du Chaco, au nord de l’Argentine, loin très loin de Buenos Aires. Paysage plat, chaleur écrasante. Estero del Muerto est un village oublié de tous. Il n’y existe un semblant de vie que pendant les quelques jours où le train vient chercher la récolte de coton. Et il ne s’y passe rien. Jusqu’à ce jour où deux inconnus arrivent à la ferme des Hordt, famille de paysans qui survivent difficilement et les abattent sans raison apparente. Seul Miro, le fils de la famille survit, juste parce qu’ils ne l’ont pas vu. Paniqué, il enterre ses parents avec l’aide de l’ouvrier agricole et s’enfuit. Il est alors pris en stop par Hansen, un trafiquant d’armes qui va lui révéler sa nature profonde …


Etrange roman et très belle découverte des jeunes éditions Ombres Noires.


N’attendez pas une intrigue léchée, une histoire à rebondissement. Miguel Angel Molfino nous propose ici deux choses : le portrait d’une partie de l’Argentine oubliée de tous, et celui des monstres qu’elle engendre.


Le premier chapitre, description d’Estero del Muerto est d’une beauté envoutante. Il donne le ton. On découvre ensuite ses habitants, et l’on se croirait dans un roman de Caldwell. Des personnages durs, tout en angles, sans la moindre joie de vivre, uniquement portés par le travail et la souffrance.


Région perdue, isolée et étouffante, habitants secs comme des ceps de vigne … la fabrique à monstres est prête. Et il y en a quelques uns. A commencer par une équipe de flics ignobles, sales, puants, pourris, violents, dégénérés jusqu’à la moelle et rendus intouchables par leur fonction. Mais également les quelques riches propriétaires terriens, imbuvables, pleins de morgue, et finalement ceux que l’on va suivre, Hansen et le petit Milo qui va se former peu à peu, et découvrir le plaisir de tuer en toute impunité.


Certes, ce n’est pas un roman aimable, non on ne saura pas vraiment qui a tué les parents de Milo ni pourquoi, mais on reste marqué par ce roman étonnant, à l’écriture superbe, et certaines scènes resteront gravées dans vos mémoires.


Miguel Angel Molfino / Monstres à l’état pur (Montruos perfectos, 2010), Ombres Noires (2013), traduit de l’espagnol (Argentine) par Christilla Vasserot.

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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 18:11

 

Je l’avais raté à sa sortie, et pourtant j’avais adoré Tribulations d’un précaire. A l’occasion de la sortie de son numéro 100, Liana Lévi réédite dans la collection piccolo Un petit boulot de Iain Levison. Un vrai régal, et l’occasion pour ceux qui l’avaient raté comme moi de se rattraper.

 

 

Levinson

Une petite ville américaine, dans un coin où il fait froid l’hiver. Une usine, l’unique de la ville qui ferme. Et toute la ville plonge. Jake le narrateur était responsable d’un quai de chargement. Il n’est plus rien. Sa copine est partie, il croule sous les dettes et a vendu tout ce qui était vendable. Comble, il doit presque 4000 dollars à Ken Gardocki, le bookmaker de la ville. Que faire quand on a tout perdu ? Accepter l’offre de Ken qui lui propose d’effacer sa dette et de rajouter un bonus s’il descend sa femme. Jake accepte, et se met au boulot, avec la conscience professionnelle qui a toujours été la sienne.


On ne peut s’empêcher de penser au Couperet du grand Donald Westlake. Même cause : perte de travail pour cause de compression et de recherche de rentabilité toujours plus grande, mêmes effets, le narrateur se met à tuer. Ensuite les buts recherchés sont différents, même si la justification reste semblable : puisque des gens que je n’ai jamais vu ont le droit de détruire ma vie, de façon absolument légale, qu’est-ce qui me retient de détruire moi aussi d’autres vies ?


Arrivé là on pourrait penser que, forcément, Iain Levison pâtit de la comparaison. Et bien non ! Son roman est un vrai petit bijou d’humour noir, bâti sur une rage et une révolte qui font du bien à lire. On sait que le système capitaliste dans la version la plus libérale, celle qui nous est imposée aujourd’hui, celle que tout le monde (télé, radios, politiques et commentateurs économiques achetés ou imbéciles …) présente comme aussi inévitable que le temps ou la gravité est une construction humaine indéfendable, celle qui fait passer le profit d’une infime minorité devant le bien commun, est une véritable saloperie absurde. On le sait, mais ça fait du bien de le lire, écrit, et fort bien écrit, noir sur blanc.


Finalement, tout ce que veut le narrateur c’est un boulot. Il aime travailler et travailler consciencieusement. Et c’est toute la force amorale du roman de montrer que, entre venir faire chier deux pauvres types qui essaient de faire leur boulot dans un magasin merdique, juste parce qu’on en a le pouvoir, ou relancer un pauvre gars qui ne peut plus payer ses dettes … Et tuer son prochain sur contrat, il n’y a finalement pas une très grande différence. Montrer qu’une fois qu’on a accepté de ne pas se poser la question de la finalité de son boulot, une barrière est franchie, et que les suivantes ne sont pas si hautes.


Tout ça avec une vivacité, un humour noir et une truculence absolument réjouissants. Un vrai petit bijou que je suis bien content de découvrir, même à retardement.


Iain Levison / Un petit boulot (Since the layoffs, 2002), Liana Lévi / Piccolo (2013), traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle.

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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 14:31

J’ai beaucoup aimé les deux premiers romans de Stuart Neville traduits en français. Les fantômes de Belfast nous ont révélé un bel écrivain, Collusion confirmait et mettait en avant le personnage de Jack Lennon. C’est lui qui est au centre de Ames volées, nouveau grand roman de l’auteur.

 

Neville

Galya est une jeune ukrainienne qui pensait venir en Irlande pour travailler dans une famille russe et apprendre l’anglais aux enfants. Elle se retrouve séquestrée dans une ferme qui produit des champignons, puis vendue à un réseau de prostitution appartenant à deux frères lituaniens. Quand l’un tente de la violer, elle le tue et réussit à échapper à la bande qui se lance à sa poursuite. Elle appelle à l’aide un homme bon, qui lui avait laissé ses coordonnées, sans se douter qu’elle tombe de Charybde en Scylla. Jack Lennon, flic rencontré dans Collusion se retrouve en charge de l’enquête sur le meurtre du truand. C’est alors une course à trois, entre le sinistre bienfaiteur, le gang lituanien et ses soutiens dans la pègre locale et la police qui démarre.


Waouw ! Accrochez les ceintures, ça secoue ! Ca secoue d’emblée, et loin de se calmer le rythme s’accélère tout du long. Ames sensibles et cœurs fragiles s’abstenir. Du rythme, une maîtrise impressionnante du tempo et du découpage du récit au service d’un suspense implacable.


Après deux romans très politiques, Stuart Neville se fait plaisir, et nous fait plaisir avec un (presque) pur thriller. Je sais que je n’aime pas ça normalement, mais quand c’est écrit avec un tel talent, il est impossible de le lâcher une fois la première page tournée.


Presque pur thriller parce que la patte Neville est là et bien là. Avec la légère touche de surnaturel, dosée avec maestria, juste ce qu’il faut pour épicer le récit sans jamais tomber dans la facilité de s’en servir pour se sortir d’une impasse narrative. Comme chez John Connolly, un autre irlandais maître du genre (d’ailleurs un des personnages s’appelle Connolly, ce n’est sans doute pas un hasard).


Le personnage de Jack entre ici dans la bande des grands personnages de polars dont on attendra avec impatience les prochaines aventures. Il a un petit côté Harry Hole avec ses fantômes, ses faiblesses dont il n’est guère fier mais dont il n’arrive pas à se débarrasser, ses conflits avec la hiérarchie, son côté franc-tireur et en même temps sa haine de la compromission et de la corruption.


Autour de lui les affreux sont particulièrement soignés. Flics ripoux, truands sans morale, psychopathe pas piqué des hannetons et en lisière de l’histoire, entre-aperçu comme une ombre, un croquemitaine, menace pesant sur la suite …


Et puis en toile de fond Belfast, ville encore meurtrie, ville qui, pour les étrangers qui y vivent depuis peu suinte encore la haine, ville où, comme le dit Jack, il n’y avait pas jusque là de tueurs en série tant il était facile de tuer de façon « légitime ».


Bref, si vous ne craignez pas trop les polars qui secouent, ne ratez surtout pas celui-ci.


Stuart Neville / Ames volées (Stolen souls, 2011), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 19:27

Le lecteur de polar est un animal d’habitudes. Il aime, régulièrement, retrouver des personnages familiers. Montalbano, Harry Hole … ou, comme c’est le cas ici Varg Veum, le privé de Bergen créé par Gunnar Staalesen. Que revoici dans Comme un miroir.

Staalesen

Varg Veum est contacté par une avocate, Berit Breheim. Cela fait des semaines qu’elle n’a plus de nouvelles de sa sœur et de son beau-frère. La dernière fois qu’elle les a vus, elle a sorti ce dernier de prison. Il s’y retrouvait pour ivresse et agression sur les policiers qui étaient venus le calmer à la demande des voisins. Retrouver des gens disparus, c’est ce que Varg fait le mieux, avec une autre chose : déterrer le passé. Or une affaire revient tout le temps sur le devant de la scène : trente ans auparavant, la mère des deux femmes est morte noyée avec son amant, un saxophoniste local, juste après avoir quitté leur père. La fatalité d’acharne-t-elle sur les femmes de la famille Breheim ?


Depuis des années Varg Veum fait un peu partie de ma bande polar. Le copain du nord pluvieux, plutôt sympa, pas tête brûlée comme Harry, pas complètement dépressif comme Erlendur ou Wallander, un de ceux qu’on a plaisir à retrouver le temps d’une histoire. Et ça marche une fois de plus.


Je ne dirais pas que ce volume est le meilleur de la série, j’en ai préféré d’autres, comme le précédent L’écriture sur le mur ou Anges déchus, mais c’est un bon cru, classique, qui offre ce qu’on vient chercher dans ces histoires : Un privé qu’on a appris à aimer, des personnages secondaires saisis dans toute leur humanité, une ville très proche de la nature, souvent pluvieuse, parfois magnifique (c’est du moins ainsi que je l’imagine), et des histoires sensibles où l’empathie de Varg et de son créateur font merveille.


Comme toujours le passé et la nostalgie ont leur place au côté d’une histoire actuelle qui aborde, par la bande, les trafics de déchets (du nord vers le sud) et les nouveaux négriers de l’immigration clandestine (du sud vers le nord). Et c’est aussi cela la patte Staalesen : cette façon de traiter de grands sujets de façon sensible, par petites touches, toujours avec une teinte sépia.


Ceux qui aiment seront heureux de retrouver Varg Veum, ceux qui trouvent que cela ne va pas assez vite, que c’est trop « nordique » peuvent passer leur chemin.


Gunnar Staalesen / Comme dans un miroir (Som i et speil, 2002), Folio/Policier (2013), traduit du norvégien par Alex Fouillet.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars scandinaves
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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 19:26

Allez savoir pourquoi je n’aime pas qu’on me prenne pour un con. Je dois être exagérément susceptible. Alors quand au pied d’une de mes modestes notes je lis des commentaires de haute volée comme ceux-ci :

« Histoire impressionnante! J'ai hâte de l'avoir entre les mains :) Excellente lecture à tous! »

« C'est le genre de livre qu'on ne peut s'empêcher de dévorer d'un coup! »

Je clique à tout hasard sur le lien qui va avec. Et quand je tombe sur un site qui vend quelque chose, je me dis que le peigne-cul qui a posté sa petite crotte essaie juste de contourner mon refus de la pub, pour en caler quand même en cachette, comme un sournois qu’il est.

Et ça m’irrite profondément. Donc ça part rangé à sa place, à la poubelle. Amis publicitaires, je maintiens ce blog gratuitement, je refuse de toucher de l’argent pour le faire, je le fais par passion, par envie, de façon totalement désintéressée (désintéressé au sens pas intéressé par la seule chose qui vous intéresse vous, le fric).

Mais attention désintéressé et passionné ne veut pas forcément dire naïf et couillon. Je travaille pour rien mais il est hors de question que je travaille pour vous. Donc allez poser votre crotte ailleurs. Merci.

A titre d’exemple, les deux superbes phrases ci-dessus ont été postées par un gus, ou un robot qui fait la pub pour une librairie numérique que je ne citerai même pas ; mais j’ai déjà eu pour des pastilles qui font grandir (non pas le cerveau, la biroute), des pompes à chaleur, des aspirateurs …

A tous, allez déposer ailleurs !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 22:01

Vous vous sentez une âme de James Ellroy, d’Andrea Camilleri ou d’Agatha Christie … Vous voulez juste vous faire plaisir, vous désirez vous débarrasser d’un conjoint le temps d’un week-end, vous voulez devenir aussi célèbre que Caryl Férey et Fred Vargas, vous cherchez un prétexte culturel pour aller vous cacher dans le Périgord pour manger et boire tranquille, vous comptez sur les conseils d’un pro pour trouver une idée pour trucider votre mari/femme/chat/voisin/chef/beau-père/cousin … sans vous faire prendre.

Ou pour toute autre bonne ou mauvaise raison, vous pouvez aller passer deux jours en bonne compagnie lors d’un week-end atelier d’écriture polar organisé par Christophe Dupuis (grand connaisseur du polar, formateur, libraire etc …) et Louis Sanders, auteur de l’écurie Rivages.

Pour tous les renseignements, c’est là.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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