Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 22:50

Les auteurs de polars brésiliens sont rares chez nous. Raison de plus pour applaudir à la traduction d’un nouveau venu, découvert par les éditions Asphalte. Mais attention, le Brésil de Belém d’Edyr Augusto est loin de la fête, de la caipirinha et du carnaval. Il est noir, corrompu et sauvage.

 

Augusto

Belém, grande ville du nord-est du pays, en bordure de la forêt équatoriale. Gilberto Castro est l’incarnation du nouveau flic. Diplômé, comptant plus sur sa capacité à réfléchir que sur celle à distribuer les coups, il devrait être une des vitrines de la police locale. Malheureusement, Gilberto aime trop la bière et ses frasques commencent à faire tache. Quand il est appelé au domicile de Johnny, coiffeur de la jet set locale trouvé mort chez lui, il suspecte quelque chose de louche et décide de pousser son enquête, malgré les apparences : Johnny serait mort d’un arrêt cardiaque suite à une overdose de cocaïne. Lors de sa fouille de l’appartement, il trouve des photos et vidéos pédophiles. Son enquête est vite freinée : la victime frayait avec une bande qui réunit tous les notables de la ville. Des notables qui n’ont aucun intérêt à ce que certaines choses soient rendues publiques.


Passons rapidement sur deux regrets : Le premier tient à une certaine surabondance de grand guignol dans la deuxième partie du bouquin. Du bien sanglant, bien gore qui n’apporte pas grand-chose (à mon humble avis). Le second est un manque : On pourrait presque être n’importe où au Brésil, on ne sent pas la moiteur, la chaleur, ni surtout l’importance de la proximité de la forêt et des fleuves.


Ceci mis à part, on a là une très belle découvert, bien sombre, bien noire.


L’auteur maîtrise fort bien le principe de Tonton Hitchcok : Il fait cavaler ses personnages après un quelque chose, la fameux MacGuffin de grand Alfred, sans jamais vraiment dire ce que c’est, et sans que l’objet en question ait, au final, la moindre importance. Ce qui compte c’est la course (ou plutôt ici l’hécatombe) pour l’obtenir. La difficulté dans ce genre de scénario étant de s’en tenir à ce principe et de ne pas tenter, pour récupérer une fausse crédibilité, de terminer sur une révélation fracassante … qui frise souvent le ridicule. Vous verrez comme Edyr Augusto termine son roman de façon magistrale.

Le récit alterne de façon complètement maîtrisée entre le personnage principal, Gilberto Castro, et les différents protagonistes dont il prend le temps de dresser le portrait et de conter l’histoire. Là aussi le puzzle pourrait se révéler casse-gueule, il est parfaitement construit, et permet de brosser le portrait sans concession de la société de Belém.


Avec des pauvres qui n’ont que leur corps à vendre (que ce soit en se prostituant, en jouant au foot ou en se rêvant reine du carnaval, ce qui revient souvent à la première solution). Avec une classe de riches parvenus particulièrement odieuse et futile : drogue, alcool, fêtes à la plage, grosse bagnoles, fringues … non, pas de livres, pas de culture, rien que le fric et la superficialité et l’assurance de pouvoir disposer des pauvres à leur convenance.


Et quand entre les deux un Gilberto Castro essaie de rétablir une certaine justice (au moins en termes de loi), il se fait broyer. Vous me direz, rien de nouveau sous le soleil brésilien. Certes, mais cela fait du bien de le rappeler de temps à autre. Surtout quand c’est fait d’aussi belle manière.


Edyr Augusto / Belém (Os éguas, 1998), Asphalte (2013), traduit du brésilien par Diniz Galhos.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
commenter cet article
16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 22:32

J’avais vu passer les critiques à propos de Il faut tuer Lewis Winter de Malcolm Mackay, mais je n’avais pas trouvé le temps de le lire. J’ai cette fois décidé de découvrir ce nouvel auteur écossais avec la suite : Comment tirer sa révérence.

 

Mackay

A Glasgow, Frank Macleod est une légende. Tueur au service de la bande de Peter Jamieson il est le plus ancien en exercice, le pro le plus efficace et le plus reconnu, que personne n’a encore pu surprendre et contre qui la police n’a jamais rien trouvé. Mais Frank vieillit, inexorablement. Et au retour d’une opération de la hanche, pour la première fois, il se fait surprendre par le jeunot qu’il devait abattre. Contre toutes les règles du milieu, Peter envoie Calum MacLean lui sauver la mise en catastrophe. Reste ensuite la question la plus embêtante : comment un tueur comme Frank, qui sait tant de choses sur l’organisation de Jamieson peut-il prendre sa retraite ? En a-t-il envie ? Et comment s’assurer qu’il ne parlera jamais ?


Un bouquin impressionnant pour lequel j’ai du mal à m’enthousiasmer. J’explique.


Objectivement, c’est un très bon roman, pas étonnant qu’il ait gagné, si j’en crois son éditeur, le prix du meilleur polar de l’année chez lui, en Ecosse.


Les personnages des deux tueurs, Frank et Calum sont intéressants, comme est très intéressante cette façon de les décrire comme des hommes « ordinaires », ayant un boulot, presque comme un autre, sans émettre le moindre jugement de valeur, en laissant juste le lecteur sursauter de temps en temps quand il s’aperçoit qu’il se prend à oublier, justement, en quoi consiste ce boulot. Très habilement et intelligemment fait !


La description du milieu est aussi impressionnante, d’une sécheresse totale, à l’opposé du glamour et du mythe, extrêmement froide et sans le moindre jugement moral. Vraiment là encore une réussite.


La progression de l’intrigue ne ravira certes pas les amateurs de coups de théâtre et d’action à tout va. Un boulot vous disais-je, les personnages vont au boulot, sans plus de passion, mais sans plus de dégout non plus que le poinçonneur des Lilas. Mais si elle n’est pas trépidante, l’intrigue est d’une totale cohérence, et elle nous mène sans le moindre faux pas vers la fin inéluctable.


Alors pourquoi ne pas être enthousiaste ? Je ne sais pas trop. Trop froid peut-être, des vies trop ternes (et oui, ici les truands ont des vies très ternes), pas de passion, très peu de suspense finalement, pas d’émotion. Je sais que c’est voulu, mais du coup je suis resté en dehors.


Jusqu’au dernier chapitre. Qui m’a pour le coup remué et bluffé. Il est pourtant tout en retenue, comme le reste du roman, mais il m’a vraiment touché. Mais je ne vous dirai pas pourquoi pour vous laisser le découvrir. Et vous reviendrez me dire si vous y avez, vous aussi, été sensibles.


Malcolm Mackay / Comment tirer sa révérence (How a gunman says goodbye, 2012), Liana Lévi (2013), traduit de l’anglais (Ecosse) par Fanchita Gonzalez Battle.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 19:13

C’est fini. Fin de la cinquième édition de TPS. Et grosse fatigue …

Comme toujours, quelques regrets et beaucoup de plaisir.

Les regrets tiennent essentiellement aux annulations de dernière minute, avec une hécatombe méditerranéenne : Carlo Lucarelli, Grazia Verazani et Petros Markaris bloqués pour diverses raisons au dernier moment. Snif, je me faisais un plaisir de les rencontrer.

Regret aussi de cavaler tellement et de ne pas avoir plus de temps pour assister à toutes les tables rondes, pour discuter avec les copains, pour prendre quelques minutes avec un auteur …

Et puis il y a le plaisir et les grands moments.

Plaisir de retrouver la bande des animateurs de tables rondes, Yan le pourfendeur de daube (et grand connaisseur de James Grady), Corinne et Jack de la Noirôde, Hervé not’ bon président de 813, et Jean-Paul l’autre local de l’étape. Tout au long de la préparation, pendant le festival, ce fut un plaisir de travailler avec des gens qui viennent se faire plaisir, n’emmerdent pas le monde, n’ont pas d’ego surdimensionné à mettre en avant, des gens qui cherchent à faire plaisir à laissant à tel ou tel l’auteur qu’il rêve d’interviewer … c’est rare, ça arrive mais c’est rare de bosser de façon aussi facile et fluide, et ça fait du bien !

Plaisir de retrouver les copains de 813 que je n’arrive à voir qu’une fois par an …

Plaisir de découverte. J’ai particulièrement apprécié de pouvoir discuter un moment avec Jérémie Guez et Michael Mention, deux jeunes auteurs que je n’avais pas encore eu l’occasion de rencontrer. Plaisir d’échanger quelques mots avec Jake Lamar ou James Grady, de trinquer avec Olivier Truc et l’incontournable Jean-Hugues Oppel.

Et puis bien entendu, il y avait les rencontres. Qui ont été très très politiques !

Parmi celles auxquelles j’ai assisté, deux échappaient à la rage devant ce qui se passe actuellement : Celle qui réunissait Olivier Truc, Elsa Marpeau et Michael Mention sous le thème de « écrire l’ailleurs », plus centrée, comme son nom l’indique, sur le déplacement géographique, a montré que les trois auteurs, malgré des univers et des écritures très différents, ont en commun le talent et l’humour. Une rencontre, et c’est rare, où le froid lapon a côtoyé le chaud et humide des tropiques, en passant par le froid humide anglais … Et qui nous a donné l’occasion d’apprendre Le dernier lapon et Sale temps pour le pays auront des suites.

Et celle qui tournait autour de la manipulation et des romans d’espionnages, où Tina Uebel a réussi, grâce à sa fougue et son enthousiasme, à exister face aux deux pros de la table ronde que sont Patrick Raynal (qui en plus avait avec son espion du pape et sa parodie une mine d’or d’anecdotes) et James Grady, très gentleman.

Ca a par contre été très politique avec nos invités américains, lors de deux tables rondes. La première réunissait Larry Fondation et Jake Lamar, elle devait parler de la ville … On y a parlé de la ville, de l’écriture, mais surtout de la situation américaine, du racisme en France et aux US, bref de politique, et on a remis ça avec les mêmes plus James Grady pour une table ronde « Regards sur l’Amérique », où le très flegmatique James a qualifié les Tea Party de Talibans américains, où ils ont évoqué le désastre initié par la politique de Reagan (et qui continue), la ségrégation sociale mais aussi ethnique au sein d’une ville comme Los Angeles, les espoirs déçus par l’élection d’Obama … Bref un regard pas franchement objectif, et c’est pour ça qu’il était bon !

On se doutait bien que la table ronde animée par Carlos Salem, réunissant Willy Uribe, Carlos Zanon, Victor del Arbol, Antoño Lozano et, last but not least, l’incandescence Cristina Fallaras serait animée … Elle le fut. Carlos s’y est révélé un parfait maître de cérémonie, et les échanges ont été … vifs. Si l’on y a parlé littérature, le propos est quand même souvent revenu vers la situation catastrophique de l’Espagne, sur les responsabilités de cette catastrophe, les choses ont été dites fort clairement, très fort et très clairement même ! Vous l’aurez compris, le politiquement correct, le langage policé de tous les chroniqueurs qui tournent autour du pot pour nous dire que « c’est plus compliqué que ça » ou « on ne peut pas laisser dire que … » n’était pas de mise. Les chats ont été appelés des chats, les enfoirés qui accaparent les richesses et mettent des centaines de millier de gens à la rue des enfoirés (et même plus, mais l’espagnol est supérieur au français quand il s’agit de dire ce qu’on pense d’un fils de pute). Il y a eu de l’émotion, du bruit, de la rage, des rires. Une vraie table ronde, juste un poil fatigante à traduire à la volée ! Et on s’est ensuite tous retrouvés autour d’un punch à chanter El pueblo unido et Comandante che Guevara. Ce qui là aussi a le mérite de la clarté.

Dimanche matin émeute devant l’auditorium pour la rencontre avec Luis Sepulveda. Devant une salle pleine à craquer, pendant plus d’une heure il a confirmé à tous qu’il est un conteur hors pair, capable de tenir l’auditoire dans sa main, de faire rire, d’émouvoir, d’indigner, un vrai bonheur. Il nous a parlé de son grand-père anarchiste, du l’homme qui avait inspiré Le vieux qui lisait des romans d’amour, il nous a dit pourquoi il se sent si bien parmi les auteurs latino-américains de roman noir, comment et pourquoi il a écrit pour la jeunesse, comment Paco Taibo lui prêta son privé le temps d’un chapitre. Il a parlé du Chili d’hier et d’aujourd’hui, d’amis argentins, équatoriens, péruviens … Il a parlé des luttes passées, présentes et à venir, de celles à mener en Espagne où il habite en ce moment … On serait bien resté beaucoup, beaucoup plus longtemps.

Et j’ai raté, malheureusement, les rencontres avec Gilles Bornais et Jérémie Guez, et surtout celle sur polar et monde du travail …

Bref, je ne sais pas s’il y a eu plus ou moins de monde que les autres années, dans les rencontres auxquelles j’ai assisté j’ai vu des auteurs et des lecteurs heureux, j’ai fini sur les genoux, et je veux dire un grand merci à tous ceux qui se sont démenés avant, pendant et après, pour préparer, organiser, réserver, accompagner, conduire, nourrir, fournir les livres, les renseignements, bouger tables et chaises, s’occuper de la sono, gérer les imprévus … Et à tous ceux qui sont venus nous voir, justifiant ainsi tout le travail effectué.

PS. J’ai été très fainéant, je n’ai pas pris mon appareil photo, donc pas de photo à vous proposer …

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 23:43

On ne peut malheureusement (ou heureusement) pas tout lire, et j’étais passé à côté des dernières productions de chez Ombres Noires. Mais j’ai commencé à me rattraper avec Utopia de l’égyptien Ahmed Khaled Towfik.

 

towfik

Nous sommes encore dans un futur proche (décidément !), en Egypte cette fois. Depuis la fin du pétrole et l’avènement du pyrol, dans cette partie du monde, les différences entre riches et pauvres se sont encore creusées. Les plus riches vivent à Utopia, cité totalement fermée gardée par d’anciens Marines. Au dehors l’état a abdiqué toute autorité et tout devoir. Le reste de la population vit, survit plus exactement dans un immense bidonville. Dedans, les ados s’ennuient. Rien n’est interdit, à 16 ans ils ont connu toutes les transgressions possibles. Sauf une. La chasse.


Il s’agit de sortir en cachette, d’aller Dehors, et d’essayer de ramener à l’intérieur une proie, un Autre. Si ce n’est pas possible, on peut le tuer et en ramener un morceau, comme preuve de son exploit. C’est ce que s’apprête à faire le narrateur, accompagné de sa copine du moment. Mais dès le début, les choses dérapent, ils sont reconnus comme des habitants d’Utopia et de chasseurs deviennent proies. Dans l’immense décharge à ciel ouvert la chasse commence.


Il semblerait que partout la multiplication des lotissements fermés et sécurisés fasse réagir les artistes. Comme le cinéaste mexicain de La zona, comme le français Antoine Chainas dans Pur, et comme ici en Egypte. Partout le constat semble le même : les inégalités grandissent, et les plus riches veulent de plus en plus se protéger des conséquences de cet état de fait dont ils sont entièrement responsables en se retranchant derrière des murs de plus en plus élevés.


Les traitements sont différents. Celui d’Ahmed Khaled Towfik est particulièrement effrayant. Dans la justesse des descriptions de deux mondes. L’un ou des jeunes de 16 ans vivent une vie complètement vidée de son sens par la possibilité d’avoir tout ce qu’ils veulent, un monde totalement coupé du reste, où rien n’est interdit, sauf porter atteinte à la propriété d’autrui. L’autre régi par la loi de la jungle, la loi du plus fort, la haine impuissante contre Utopia, et la survie individuelle sans la moindre solidarité. Les deux mondes étant pareillement acculturés, l’un parce que la culture ne s’achète et ne se vend pas, l’autre parce qu’on y est uniquement préoccupé par le prochain repas.


Dans ce double enfer, l’auteur nous invite à une sorte de Chasse du comte Zaroff, chasse où chacun est tour à tour chasseur et gibier. De ce basculement, de ce renversement de rôles n’attendez aucune issue heureuse. Pas d’empathie ici, pas de compréhension possible entre deux mondes qui sont maintenant trop séparés et se haïssent trop. Personne n’apprendra rien et nous ne trouverez aucune morale.


Lecteur, toi qui entre en Utopia, abandonne tout espoir !


Ahmed Khaled Towfik / Utopia (Utopia, 2009), Ombres Noires (2013), traduit de l’arabe par Richard Jacquemond.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars africains
commenter cet article
8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 20:58

Je vais faire ici quelque chose que je n’avais jamais fait jusqu’à présent : me moquer un peu des gens qui m’écrivent sans avoir la moindre idée de ce que je publie sur mon blog. D’habitude, au mieux je réponds gentiment que la personne s’est trompée d’adresse, au pire je balance à la poubelle sans plus de réaction. Mais là, c’est trop beau, il faut que vous en profitiez. J’ai donc reçu ceci :

« Bonjour,

Je suis Hermine, la Community Manager de WeLoveWords.

Nous avons récemment pris connaissance de votre site et sommes heureux d'avoir fait cette belle découverte.

Nous organisons en ce moment un concours d'écriture de feuilletons de polar sentimental en partenariat avec les éditions Harlequin qui pourrait peut-être intéresser votre lectorat friand du genre. Nous serions ravis que vous puissiez en parler sur votre site à travers un article qui serait bien sûr relayé sur nos réseaux sociaux.

Intitulé " donnez du cœur à l'intrigue", il met au défi les auteurs d'écrire un polar où romantisme et frissons se côtoieront. Avec ce "nouveau genre", l'issue d'un roman Harlequin ne serait, pour une fois, pas forcément heureuse.

Si cela vous intéresse, nous pouvons vous adresser plus d'informations dans un second mail. En attendant, vous pouvez consulter la page de notre concours http://welovewords.com/contests/donnez-du-coeur-a-lintrigue sur laquelle sa description ainsi que les contraintes d'écriture à respecter sont explicités.

Un grand merci d'avance pour votre réponse,

Bien à vous,

Hermine »

Voici donc ma réponse :

« Chère Hermine, je ne sais pas ce que vous entendez par « nous avons récemment pris connaissance de votre site », mais je suis néanmoins très heureux que vous que vous soyez « heureux d’avoir fait cette belle découverte ».

Cependant je cultive quelques doutes sur la réalité de la découverte, ou sur la lecture que vous avez pu faire de mes modestes notes.

Je serais curieux de savoir parmi mes dernières notes, celles qui vous laissent penser que mon lectorat serait friand d’une histoire que vous qualifiez de « polar sentimental ». L’autre chair parle certes d’amour, mais surtout de sexe, si Antoine Chainas a bien écrit une Histoire d’amour radioactive son dernier roman Pur est beaucoup moins fleur bleue, à moins que ce ne soit la fidélité de Bob Lee Swagger à son épouse qui vous ait séduite ?

Je crains par ailleurs de ne pas savoir déceler la romance et le romantisme d’un Frank Bill et de ses Chiennes de vie, ou celui du personnage, certes de belle prestance, mais d’une moralité contestable de Massimo Carlotto dans A la fin d’un jour ennuyeux.

Ceci dit, je peux me tromper, et votre sensibilité exacerbée par la fréquentation des plumes de la collection Harlequin a peut-être su voir le cœur d’artichaut sous la rude écorce de votre modeste serviteur.

Malgré tout, et comme c’est demandé très gentiment, je me fais l’écho de votre concours.

Bien à vous.

Jean-Marc

PS. Ne vous sentez pas obligée, comme vous le promettez, de relayer sur vos réseaux sociaux. »

Mes chers lecteurs friands de polars sentimentaux, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 22:42

La rentrée série noire est une rentrée Antoine Chainas. Il y a Pur, son nouveau roman, mais aussi L’autre chair de Michael Olson qu’il a traduit de l’américain.

Olson

Nous sommes aux US, dans un futur fort proche (est-ce d’ailleurs un futur ?). James Pryce est hacker. Il travaille pour Red Rook, une agence de sécurité qui elle-même a pour clients le FBI, la CIA … et les gens assez riches pour se payer ses services. Cette fois ce sont deux jumeaux, Blythe et Blake Randall qui font appel à Red Rook : Ils veulent retrouver leur demi-frère, Billy, artiste du web qui a mis en scène son faux suicide dans une vidéo à la fin de laquelle il menace Blake des pires représailles. Il faut dire que les relations entre les deux frères ne sont pas cordiales, et qu’il y a beaucoup d’argent en jeu.


James commence une traque qui l’amène à aller sur le terrain de Billy, NOD, un jeu en réseau où, sous couvert d’anonymat chacun se laisse aller à ses pires fantasmes. Une traque compliquée car que ce soit sur la toile, ou dans la réalité, tous, proie et clients, ont des secrets à cacher. Il se trouve alors pris dans un autre jeu, vieux comme le monde, celui du pouvoir, du sexe et de l’argent.


J’ai tardé à ouvrir ce pavé. J’avais peur de me retrouver dans un roman pour fana du binaire, une de ces histoires de hackers qui perdent leur réalité physique pour devenir une suite de 0 et de 1, un machin un poil ésotérique à la sauce informatique où l’on ne comprend pas la moitié de ce qui est raconté.


Ben j’avais tort. Certes une partie du roman se déroule dans un monde virtuel, mais l’auteur n’use pas d’un jargon obscur et sait éviter les parties qui auraient pu se révéler trop techniques pour se concentrer sur … Sur ce qui compte : l’histoire et les personnages.


Ecueil évité donc. J’ai quand même un petit reproche à lui faire : le démarrage est fort, très fort, un gros dernier tiers du roman, quand tout se précipite m’a scotché, mais au milieu, j’ai trouvé qu’il y avait un petit coup de mou. Au fil de la lecture, j’ai été, enthousiaste, un peu déçu, puis de nouveau enthousiaste. Ceci dit, tout musicien vous dira qu’il faut soigner l’intro et la conclusion d’un morceau … Donc dans l’ensemble c’est très bien.


Et on comprend aisément ce qui a attiré Antoine Chainas et lui a donné envie de traduire ce roman : le prologue (que je vous laisse découvrir) est tout à fait chainassien (si on peut dire ça), toute la thématique du rapport au corps qui court tout le long du texte aussi. Etonnant d’ailleurs, et c’est une des grandes réussites du roman, comme le corps a une importance primordiale dans un roman se situant en partie dans une réalité virtuelle !


Les quelques méthodes de hacker dit social présentées sont très bien décrites, et très intéressantes : derrière la technique, on se retrouve finalement des méthodes d’escroc. Voici comment se décrit le narrateur, « je suis un de ces reptiles immobiles qui, selon la technique éprouvée se sert de la confiance d’autrui pour confondre nos ennemis », car comme il le dit aussi « Pourquoi passer des semaines à décoder un mot de passe quand presque n’importe qui vous le dira si vous posez la question de manière adéquate ? ».


Finalement, on se retrouve, certes dans un roman sur les mondes virtuels, mais surtout dans un roman sur la manipulation, les luttes de pouvoir, et au cœur de ces luttes, le sexe et l’argent. Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’arène dans laquelle se joue la bataille, le look des gladiateurs et la façon de raconter l’histoire. Et, mis à part le petit fléchissement évoqué plus haut, cette histoire est fort bien racontée, passionnante même, et l’arène suffisamment nouvelle pour ajouter un piquant supplémentaire.


Convaincus ?


Michael Olson / L’autre chair (Strange flesh, 2012), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Antoine Chainas.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article
6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 21:29

TPS-2013-Affiche

 

Ca y est, on approche, la prochaine édition de Toulouse Polars du Sud  c’est le week-end prochain, avec un avant goût dès le milieu de semaine.

Tout le programme sur le site.

Pour ceux qui ne pourraient pas se déplacer à la Renaissance le week-end prochain, de nombreuses rencontres sont organisées dans toute la région dans la semaine. Je serai en particulier avec l’ami Carlos Salem jeudi à 20h30 à la médiathèque de Labège. Toutes les rencontres hors les murs sont là.

Et pour le programme du week-end, ben c’est là.

A noter Luis Sepulveda invité d’honneur, et quelques chouchous d’actu du noir parmi les invités : Olivier Truc, James Grady, Petros Markaris, Cristina Fallaras, Victor del Arbol, Marin Ledun, Carlo Lucarelli et Grazia Verazani … sans compter les incontournables, Carlos Salem donc, Jean-Hugues Oppel ou les toulousains de service !

A bientôt j’espère.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 21:34

La sortie de l’excellent Liquidations à la grecque était accompagnée d’une non moins excellente nouvelle : c’était le premier d’une trilogie consacrée à la crise en Grèce. Dont voici le deuxième volume, Le justicier d’Athènes, signé du toujours jeune Petros Markaris.

 

Markaris

La crise bat son plein à Athènes. Les manifestations se suivent et se ressemblent, le peuple meurt de faim, et le commissaire Charitos est le seul policier à ne rien faire : alors que tous sont pris par les manifs, même les assassins ont arrêté de bosser, pas la moindre affaire en cours. Jusqu'à ce qu’un corps soit retrouvé dans un site archéologique, empoisonné à la cigüe. Il s’avère qu’il s’agit d’un riche chirurgien, spécialiste de l’évasion fiscale, qui avait reçu, cinq jours auparavant l’ordre de payer à l’état ce qu’il lui devait sous peine d’être abattu.


Très rapidement le « Percepteur National » exécute un autre fraudeur, puis se félicite d’avoir réussi à faire rentrer 800 000 euros dans les caisses de l’état. Il n’en faut pas plus pour en faire un héros national, faire paniquer les politiques, et mettre le pauvre Charitos dans une sacré mouise, obligé d’arrêter un assassin que beaucoup voudraient comme ministre !


Je vais sans doute me répéter … Avec ce second volume de la crise Petros Markaris confirme : l’écriture et la construction ne sont pas d’une originalité folle, c’est du solide classique, c’est tout à fait dans la lignée des enquêteurs méditerranéens, comme Carvalho ou Montalbano, et c’est bon !


C’est bon parce qu’il arrive à s’attaquer à la situation grecque en en faisant ressentir la violence et la douleur, avec en particulier une ouverture qui fait vraiment mal aux tripes. Et c’est bon parce qu’il le fait en gardant un humour (grinçant mais un humour), et une énergie qui empêchent de désespérer complètement et de tomber dans la neurasthénie.


C’est bon aussi, ce justicier qui dézingue tous ces pourris. Je sais, je sais, on ne peut pas se réjouir d’un meurtre. Du moins pas en vrai. Je sais c’est mal. Mais là, c’est juste un exutoire, c’est pour de faux, et c’est bon ! Disons que ça met de meilleure humeur (même si c’est peut-être moins crédible) que de lire des récits de lynchages de roms …


Mention spéciale aussi aux apparitions télé des ministres interviewés. Ca sent le vécu, ils sont bien infects, lâches, menteurs comme on les connaît, et comme on les imagine en Grèce. Et c’est très drôle. Comme les roumégages (cherchez un peu, vous comprendrez) de Charitos et les proverbes de sa femme.

Et puis il y a les odeurs, les saveurs, les embouteillages d’Athènes, les démêlées avec sa famille, et le rappel, pas si inutile, de ce que certains ont sacrifié il n’y a pas si longtemps pour virer les militaires …


Alors voilà, faites-vous du bien le temps d’un roman, lisez Petros Markaris.


Deux petites infos pour finir : sur une thématique un peu semblable, il y a une vieille série noire qui fait du bien, ça s’appelait Tuez un salaud, et c’était signé Colonnel Durruti (tout un programme), je ne sais pas si on le trouve facilement.


Et Petros Markaris va être en France ces jours ci, entre autres à Toulouse pour Toulouse Polars du Sud du 11 au 13 octobre.


Petros Markaris / Le justicier d’Athènes (Pereosi, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit du grec par Michel Volkovitch.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Europe de l'Est
commenter cet article
1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 21:25

Je ne connaissais pas Jacques-Olivier Bosco, mais j’ai vu fleurir sur les blogs des avis très positifs, enthousiastes même sur son dernier roman Loupo. Donc j’ai essayé.

Bosco

Loupo, Kangou et Le Chat se sont connus à l’assistance publique. Le Chat a trouvé un boulot qui lui donne accès à des infos intéressantes. Il les refile à ses amis qui réalisent les braquages. Pour l’instant tout roule. Jusqu’à ce bureau de poste où Loupo tire sur un môme qu’il n’avait pas vu. A partir de là, de braqueurs ils deviennent meurtriers et la course poursuite se déclenche, avec les flics, mais également les bandes qui, les croyant affaiblis décident de s’emparer de leur territoire. Une course poursuite forcément sanglante, et qui ne pourra que mal finir.


J’ai essayé, je vois les quelques défauts, des qualités, mais au final, ce n’est pas mon truc …


Autant se débarrasser des défauts tout de suite … l’auteur nous met dans la peau de son personnage Loupo. Mais à mon goût, il y laisse trop de Jacques-Olivier Bosco et ne fait peut-être pas assez confiance à son lecteur. Je m’explique. Au détour d’une phrase, d’une réflexion, Loupo jeune homme sans éducation, qu’on ne voit jamais s’intéresser au monde a des réflexions politiques (au sens réel du terme) avec lesquelles je suis au demeurant d’accord, mais qui ne cadrent pas avec le personnage. Je sais c’est un détail, mais c’est parfois le genre de détails qui me font un peu décrocher. De même l’explication du « traumatisme » originel à la fin du bouquin m’a parue artificielle, comme si l’auteur n’avait pas trouvé comment la caser avant. Encore un détail me direz-vous, que je n’aurais certainement pas remarqué si j’avais été emballé par le reste.


Le reste ce sont les qualités du roman, mais qui malheureusement font aussi que je n’ai pas été emballé.


Ca va vite, très vite, avec une vraie énergie. Et j’aime cette énergie, mais pas forcément son rythme. J’ai lu quelque part que l’auteur voulait mettre en scène la jeunesse, au travers d’un style très rapide qui rappelle le jeu vidéo. C’est certainement réussi. Il se trouve que rien ne m’emmerde plus que le jeu vidéo, et que la rapidité (l’hystérie si on est méchant) d’un certain cinéma actuel qui veut, justement, faire comme le jeu vidéo m’insupporte. Donc c’est voulu, c’est réussi, mais je n’aime pas.

L’écriture très travaillée regarde (me semble-t-il) du côté du rap et du slam. Et c’est réussi. Manque de chance, j’ai eu beau essayer, je n’aime ni le rap, ni le slam. Donc là encore gagné, mais c’est moi qui ne suis pas le bon lecteur pour ça. Côté style, comme je l’ai dit il y a peu, je m’aperçois que de plus en plus je me sens « leonardien » quand il disait : « La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris ».


Pour finir le personnage central du braqueur ne m’intéresse que très rarement. Il faut qu’il sonne vrai comme chez Bunker ou Benotman (je sais ce n’est pas un hasard), drôle ou implacable comme chez Westlake ou Stark (je sais c’est le même). Si je réfléchis (ça m’arrive, rarement mais ça m’arrive) plus peut-être qu’avec d’autres thématiques, il faut que je sois emporté par l’écriture. Et là, plus pour des raisons de goût personnel que de qualité de l’auteur, je ne marche pas.


Pour résumer, un roman avec de vraies qualités, mais qui ne me touchent pas, ce qui fait que j’ai été sans doute exagérément sensible à ses défauts …


Jacques-Olivier Bosco / Loupo, Jigal (2013).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article
28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 12:07

Après son premier roman très remarqué, Victor del Arbol revient avec La maison des chagrins. Moins historique (quoique …), mais toujours aussi dense.

Del Arbol

Eduardo est un homme détruit. Peintre de renom, il a tout perdu quand un chauffard a percuté sa voiture, tuant sa femme et sa fille. Après des semaines à l’hôpital, il a retrouvé l’homme et l’a tué. Ce qui lui a valu quatorze ans de prison. Il survit maintenant, entre l’alcool, les médicaments que lui prescrit sa psychiatre, et quelques peintures de commande. Jusqu’au jour où la galeriste qui le maintient vaguement à flot lui transmet une étrange demande : Une femme, violoniste célèbre, veut qu’il peigne le portrait de l’homme qui a tué son fils dans un accident de voiture. Sans trop savoir pourquoi Eduardo accepte et ouvre la boite de Pandore. L’ouragan de haine et de vengeance qui s’en échappe emportera tout sur son passage.


Victor del Arbol confirme avec ce roman les belles qualités de son roman précédent. Sans révolutionner le genre il livre un solide roman noir. Un roman très dense, long sans jamais tirer à la ligne, pas le genre qui se lit par petits bouts en étant interrompu tout le temps, ou en pensant à autre chose, mais le petit effort consenti est amplement récompensé.


Une fois de plus, tous ses personnages sont lacérés par la vie et prêt à basculer dans la folie ou l’horreur, quand ce n’est pas déjà fait. Si le contexte historique est un peu moins présent que dans la Tristesse du samouraï, il est quand même là, en toile de fond, et ce sont bien les violences de l’histoire (de la guerre d’Algérie à la seconde guerre mondiale, en passant par les dictatures sud américaines) qui, dans bien des cas, ont fait des personnages ce qu’ils sont.


Au delà de ce contexte, la construction est remarquable. Une spirale de haine et de vengeance, un tourbillon que le lecteur découvre peu à peu, un labyrinthe qui ramène finalement tout le monde au point de départ. La construction est vraiment étonnante, virtuose, et réserve au lecteur quelques coups de théâtre que je me garderai bien de révéler.


Un auteur à suivre décidément, que les lecteurs toulousains pourront venir rencontrer dans les jours qui viennent (je vous en reparle, promis).


Victor del Arbol / La maison des chagrins (Respirar por la herida, 2013), Actes Noirs (2013), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact