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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 22:01

Ça pue. La droite sent de plus en plus la merde, la mort, la pourriture.

Les lecteurs de polars ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Jérôme Leroy l’a écrit, Thierry di Rollo l’a écrit, Antoine Chainas l’a écrit …

La droite montre de plus en plus son vrai visage. En soutenant un meurtrier niçois, et en en profitant pour appeler, à mot même plus couverts, au meurtre des roms, ou en s’affichant ouvertement comme dans valeurs actuelles (qui n’a jamais mieux porté son nom).

Les valeurs de la droite me font vomir, elles me rappellent pourquoi, malgré toutes mes réticences, je finis toujours par aller voter socialo au second tour …

Mais ça aussi ça pourrait changer, si ceux qui se prétendent de gauche continue à aller sur le terrain de cette droite abjecte. Terrain sur lequel ils n’ont absolument rien à gagner, sinon le mépris grandissant d’une partie de leurs électeurs déjà pas franchement convaincus.

Jérôme Leroy, une fois de plus, le dit mieux que moi. Et là, le dénommé JC avait défouraillé avant moi, je suis d’accord avec tout ce qu’il écrit.

Ça pue vraiment.

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 22:45

Décidément, la rentrée nous gâte. Après une dernière nuit à Montréal remarquée Emily St. John Mandel revient avec un autre roman étrange et intrigant : On ne joue pas avec la mort.

Mandel

Anton, jeune new yorkais, est en voyage de noce dans un village italien avec Sophie, une violoniste virtuose au caractère instable. Contre toute attente, il décide de rester et de ne pas rentrer avec elle. Et attend. A New York, une agente du FBI enquête sur Anton, ses parents et sa cousine Aria. Pourquoi avant de partir Anton avait-il été mis au ban de son entreprise ? Dans quels trafics trempe Aria ? Qu’attend Anton dans l’ile d’Ischia ? Et quel est le rôle d’Elena, son ancienne secrétaire ? Autant de questions qui ne trouveront leur réponse que petit à petit.


J’ai relu ce que j’avais dit à propos de Dernière nuit à Montréal, et je pourrais en reprendre une bonne partie ici. Une fois de plus, de façon très fine et subtile l’auteur met en scène des personnages sans attaches, sans racines, capables de quitter un lieu du jour au lendemain pour s’installer ailleurs. Un ailleurs avec lequel ils ont de nouveau des liens assez lâches.


On pourrait même dire qu’ici, les racines sont plus des freins ou des poids qu’autre chose : Ils sont en particulier la malédiction d’Anton qui veut échapper à sa famille et à ses activités, et d’Elena qui veut absolument quitter son grand nord natal.


Intéressant de voir, en opposition à des auteurs de polar traditionnellement très attachés à un lieu, une ville, une terre (on ne compte plus les couples enquêteur/ville), où les personnages se définissent en grande partie par leur appartenance à des clans, des familles, des classes sociales ou des lieux d’histoire, comme Emily St. John Mandel écrit des polars flottants comme des ballons gonflés d’hélium, dérivant au gré des vents.


Mais je vais redescendre sur terre, pour vous dire qu’au-delà de ces considérations, il convient de souligner l’habileté de la construction, la maîtrise du suspense et de l’intrigue et la finesse dans la description des personnages. Souligner également comment l’écriture jamais appuyée est en accord avec le discours, même dans les moments les plus dramatiques, et il y en a.


Une vraie réussite, qui ne ravira certes pas les amateurs de thrillers pleins d’action, de baston, de sang et de larmes, mais qui séduira certainement tous ceux qui prendront la peine de rentrer dans son monde original et envoutant.


Emily St. John Mandel / On ne joue pas avec la mort (The singer’s gun, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé.

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20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 12:22

C’est un lecteur attentif qui m’a signalé la sortie du dernier roman d’Eduardo Mendoza, La grande embrouille, que j’avais complètement laissé passer. Une aventure de son détective – coiffeur – fou dans la Barcelone d’aujourd’hui, voilà qui s’impose après la lecture du roman d’Antoine Chainas.

Mendoza

Où l’on retrouve donc le détective sans nom, mais non sans particularités du Mystère de la crypte ensorcelée, du Labyrinthe aux olives et de L’artiste des dames.


Pour ceux qui ne le connaissent pas, je conseille d’aller voir le lien ci-dessus qui m’évite de me répéter … Notre narrateur est donc coiffeur, il fait chaud, très chaud l’été à Barcelone, les affaires de son salon ne sont pas brillantes, seul le bazar en face de chez lui, qui vend des machins en plastique à 2 euros semble marcher (et oui, en Espagne tout le monde le sait, c’est la crise).


C’est dans ces circonstances qu’il rencontre le Beau Romulo qu’il a connu quand il était logé à l’asile. Beau certes, mais aussi un peu con, spécialiste de plans foireux qui le ramènent systématiquement en prison. Ce qui n’empêche pas notre ami de l’admirer pour sa prestance et son esprit d’initiative, et d’accepter de se lancer à sa recherche quand une gamine vient, en pleur, lui dire qu’il a disparu.


C’est bien entendu le début d’une enquête riche en rebondissements qu’il va mener avec l’aide d’une statue vivante spécialisée dans une obscure reine portugaise, d’un africain albinos, d’une accordéoniste calamiteuse, ex agente du KGB et quelques autres comparses tout aussi cintrés que lui.


Amis trop cartésiens, amateurs d’intrigues où le moindre détail est pensé et ou les chaussetrappes sont millimétrées, passez votre chemin. Amateurs exclusifs d’écrits neurasthéniques autocentrés, pisse-froids, pisse-vinaigres, amateurs éclairés de grande littérature qui aborde de grands thèmes de façons sérieuse, forcément sérieuse, itou. Eduardo Mendoza s’amuse, délire sans barrières et sans censure grâce à son narrateur qui porte sur notre monde un regard qui, pour être décalé, fou et hilarant, n’en est pas moins incisif.


Alors certes, on peut trouver qu’il y a moins de rythme que dans les premiers, que le délire s’assagit un brin, que ceci et que cela, n’empêche au second chapitre j’avais déjà éclaté de rire et certaines scènes resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Ne serait-ce que pour ça, je conseille la lecture de La grande embrouille, qui peut se lire absolument indépendamment des autres volumes, mais qui vous donnera sans doute envie de les découvrir, si vous ne les connaissez pas déjà.


Eduardo Mendoza / La grande embrouille (El enredo de la bolsa y la vida, 2012), Seuil (2013), traduit de l’espagnol par François Maspero.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 22:29

On se demandait s’il avait définitivement cessé d’écrire pour se consacrer entièrement à la traduction. Ben non, il écrit toujours, et il n’a rien perdu de son originalité. Antoine Chainas nous revient enfin avec Pur.

Chainas

Quelque part du côté de Cannes ou Nice, dans un futur très proche … Les résidences fermées et sur sécurisées ont prospéré. Des consortiums européens et même mondiaux louent à prix d’or les villas et les services à des clients triés sur le volet. C’est d’ailleurs le boulot de Patrick : créer des questionnaires suffisamment efficaces et suffisamment faux-culs pour permettre aux résidents de ne choisir que des gens comme eux (pas question qu’un métèque, même riche, vienne s’installer dans ces petits paradis), sans pour autant pouvoir tomber sous le coup d’une quelconque loi sur la discrimination. Tout un art. Que maîtrise Patrick, jeune homme propre sur lui, en excellente santé, de plus en plus à l’aise financièrement. Il forme avec Sophia un couple de publicité : beaux, jeunes, heureux … Jusqu’à l’accident. Leur voiture fait une sortie de route, Sophia est tuée sur le coup.


Juste avant, sur l’aire d’autoroute, deux jeunes arabes les avaient un peu provoqués, puis rattrapés avec leur bolide. Patrick semble persuadé qu’ils sont responsables de l’accident. Dans un contexte de tensions grandissantes, où des groupuscules d’extrême droite tiennent le centre-ville, où un sniper a déjà tué quatre maghrébins sur l’autoroute, et où un maire joue pour sa réélection la carte de la peur et des troubles, l’affaire ne peut être qu’explosive.


Retour en fanfare pour Antoine Chainas. Tout au long du roman j’ai pensé à un film, La Zona, dont j’avais parlé ici. Le traitement est bien entendu différent, mais la thématique centrale est la même.


Comme souvent dans ses romans, Chainas fait juste un petit pas de plus. A partir de la situation dans sa région de la Côte d’Azur, il imagine juste ce que cela pourrait être dans quelques années, si les résidences devenaient juste un peu plus fermées, si les tensions étaient juste un peu plus marquées, si le discours dominant était juste un peu plus assumé. Autant dire que, s’il dépeint une situation imaginaire, c’est aussi un avenir très probable.


Il le fait à sa façon, très personnelle, en construisant un suspense très bien construit et extrêmement froid, glacial même, autour de personnages particulièrement déplaisants ! Comme toujours pas de cadeau, le seul qui soit à peu près honnête et pas complètement pourri est entré dans une spirale d’autodestruction (ceci dit, au sein de ce monde, les raisons de s’autodétruire ne manquent pas).


Comme toujours aussi, il adapte son style au discours : Dans un monde qui veut tout contrôler, éliminer celui qui est différent, tout surveiller, son style se fait froid, plus « classique » que, par exemple, l’ouverture de Versus … Cela rendra peut-être ce roman plus accessible que certains autres tout en étant, disais-je en parfaite adéquation avec le fond. Pour vous faire une idée, ouvrez le roman, la scène d’ouverture est magnifique et donne parfaitement le ton.


Le résultat fait froid dans le dos. La logique d’enfermement, de retrait du monde des résidences sécurisées est parfaitement décrite, ses effets délétères implacablement démontés par la narration. Là encore, il ne s’agit que de faire un pas de plus par rapport à notre société qui façonne, de plus en plus, des petits groupes « homogènes » qui se côtoient de moins en moins. Il décrit des logiques où ce cloisonnement est accentué, et surtout activement recherché. Et montre à quelle aliénation volontaire cela conduit. Entre autres thématiques, mais c’est là celle qui m’a le plus marqué.


Le grand retour donc d’Antoine Chainas, un des auteurs français les plus originaux et intéressants de ces dernières années, qui nous propose un futur possible, très possible, déjà fortement engagé. Il ne tient qu’au lecteur de lire, trembler et pourquoi pas tenter d’infléchir le cours des choses …


Antoine Chainas / Pur, Série Noirel (2013).

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 21:05

Je n’avais encore jamais lu de roman de Michel Embareck, bien que j’aie souvent vu passer des avis sur ses polars. Une lacune comblée avec la lecture d’Avis d’obsèques.

Embareck

Saproville-sur-mer, petite ville de province, sa presse locale à la botte de la mairie, ses notables, ses gendarmes, ses flics. Calme et un peu moisie tout au long de l’année. Mais ce matin, réveil brutal, le patron du canard régional est retrouvé abattu d’une balle dans la tête à l’entrée du jardin public des quartiers chics. L’occasion pour la justice et les flics de mettre leur nez dans un mini-empire de presse mégalomane au bord de la ruine. L’occasion aussi pour le patriarche de reprendre les choses en main. Dans le même temps, Victor Boudreaux, privé aux méthodes expéditives, enquête sur une affaire de vol d’objetS sacrés dans les églises du coin. Tout cela va remuer l’eau sale, et faire remonter la boue d’une histoire locale pas toujours aussi nette qu’il y semble.


Je suis partagé sur ce roman.


Sur l’écriture pour commencer. Force est de lui reconnaître une vraie verve, et une certaine énergie. Mais je ne peux m’empêcher de penser également à cette phrase du grand Elmore Leonard « Si ça a l’air écrit, je réécris ». Et j’avoue que face au recours systématique au dialogue qui tue à la « tonton flingueur », parfois je souris, d’autre fois je m’agace et je me dis que ça à l’air très écrit, très très écrit même …


Personnages … A part Boudreaux, intéressant et attachant dans sa démesure, pour les autres l’auteur est plus un caricaturiste qu’une peintre. Trois traits, pif paf, le bonhomme est croqué dans ses défauts ou ses manies. C’est efficace, souvent drôle et cruel, mais ça laisse quand même le lecteur assez loin par manque de chair et de profondeur. Sur un texte court c’est drôle, sur un roman, il me manque une dimension.


L’enquête avance de façon vive là aussi, et on la suit avec intérêt, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le lien entre les deux enquêtes était un peu artificiel, et surtout dû à l’envie de l’auteur de remettre en scène son personnage de Boudreaux.


Reste le fond, peut-être le plus intéressant du roman avec son autopsie des liens entre presse, monde économique et politique locale dans un monde en plein changement où tout ce qui peut être rentable est la proie de charognards internationaux, même les bons vieux journaux limités aux rubriques nécrologiques, concours de la plus grosse … tomate et louanges aux équipes dirigeantes en place. Cela et la mise à plat des petites et grosses saloperies de toute petite ville et de ses notables si respectables.


En résumé, malgré ses défauts (pas rédhibitoires), un polar qui se lit aisément, intéressant sans être le choc de la rentrée, et qui enchantera les amateurs de bons mots.


Michel Embareck / Avis d’obsèques, L’archipel (2013).

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 22:25

J’ai déjà dit ici tout le bien que j’avais pensé du premier roman traduit de l’italien Maurizio De Giovanni. Je pense tout autant de bien de la suite de la série, Le printemps du commissaire Ricciardi.

 

DeGiovanni

Naples, 1931. Carmela Calise, usurière et cartomancienne des quartiers populaires est retrouvée assassinée, battue à mort. C’est au commissaire Ricciardi qu’incombe l’enquête. Ricciardi, qui met tout le monde mal à l’aise. Pas ouvertement hostile au régime, toujours subtilement ironique et désobéissant, ce fils d’une grande famille a un don particulier qui l’aide parfois, mais surtout le motive toujours à boucler ses enquêtes : Il perçoit, partout, la souffrance des morts et leurs dernières pensées. Cette motivation alliée à une grande intelligence et sensibilité font de lui un enquêteur hors pair. Et il aura besoin de tout son talent pour démêler le vrai du faux dans une ville rendue folle par les premiers effluves du printemps qui réveillent des désirs et des envies refoulés pendant tout l’hiver.


Ce qui frappe à la lecture de ce deuxième opus des aventures de Ricciardi c’est la virtuosité avec laquelle l’auteur construit une histoire par petites touches impressionnistes. On passe sans cesse d’un personnage à l’autre, d’un lieu à l’autre, à un rythme absolument époustouflant. De Giovanni, comme les meilleurs jongleurs garde toutes ses histoires en mouvement, les fait voler, virevolter, passer devant, derrière, haut dans le ciel, au raz du sol, sans jamais donner l’impression de peiner, sans jamais rien laisser tomber, jusqu’au salut final. Impressionnant.


Bien entendu ce n’est pas tout. Les personnages sont magnifiques, Ricciardi coincé dans son rapport aux vivants par la douleur que lui communiquent les morts, son adjoint qui ne sait comment aider un chef dont il pressent le malheur, et toutes une galerie de femmes napolitaines, belles et rebelles, victimes d’une société qui les oppressent qui se battent tous les jours, souffrent, pleurent mais repartent …


Et pour finir, quel beau portrait d’une ville massacrée par une architecture politique délirante dans son fantasme de grandeur pompier, mais quand même vivante, frémissante, éclatante à l’arrivée du printemps. Une ville où le régime mussolinien se fait sentir, sans que jamais l’auteur ne force le trait. On sait que le fascisme c’est mal, pas la peine de le répéter. Il lui suffit ici d’en montrer au détour d’une phrase, d’un dialogue ou d’un silence les effets concrets et délétères sur la vie quotidienne de gens, des habitants de la ville, ceux qui n’approuvent pas ni ne profitent, mais ne combattent pas non plus, ceux si nombreux qui se contentent d’essayer de vivre en subissant.


Un roman subtil, émouvant, magnifiquement écrit et construit. Un des grands romans de cette rentrée.


Maurizio De Giovanni / Le printemps du commissaire Ricciardi (La condana del sangue, La primavera del commissario Ricciardi, 2008), Rivages/Noir (2013), traduit de l’italien par odile Rousseau.

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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 15:23

Une fois n’est pas coutume, je vais faire un peu d’autopromotion pour moi.

En attendant ma chronique sur le très beau second volume des aventures du commissaire Ricciardi de Maurizio De Giovanni (chronique à venir demain ou lundi), deux liens vers d’autres activités miennes …

J’ai mis là en ligne quelques photos de mes derniers voyages. N’ayez pas peur, j’ai trié ! Au menu, Rome, Lisbonne, Bilbao, l’Argentine et le tout dernier, le parc Kruger.

Et là se trouve le site de notre groupe de soul qui aura le plaisir et l’honneur de jouer le vendredi soir pour le festival Toulouse Polars du Sud. De nouveaux enregistrements sont en préparation, je vous en reparlerai, comme je vous reparlerai de TPS.

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 22:05

C’est la rentrée aussi chez Gallmeister. Avec une nouveauté, un nouvel auteur de nature writing. Génial. Je me suis donc précipité sur Animaux solitaires de Bruce Holbert que j’aurais vraiment voulu adorer. Mais non, à mon grand regret.

Holbert

Nous sommes dans les années trente, quelque part dans le nord-ouest des US. Russel Strawl qui a été policier pour le compte de l’armée est retraité dans son ranch, et il s’ennuie ferme. C’est pourquoi il accepte de reprendre du service quand un shérif vient lui demander de trouver un tueur qui sème des cadavres soigneusement mutilés. Une traque s’engage, mais Russel sait qu’il est à la fois chasseur et gibier. Gibier car son passé de violences au service de l’armée fait de lui un suspect potentiel. Gibier car, comme il le dit lui-même, quand on part à la chasse à l’ours, il faut parfois être prêt à ce que l’ours aussi soit en chasse.


Voilà, j’ai attaqué ce roman tout à fait disposé à être emballé. Et ça a failli être le cas. Mais dans l’ensemble je suis plutôt perplexe.


Tout d’abord parce que du début à la fin je n’ai pas réussi à comprendre les motivations et les ressorts des personnages. Je suis peut-être bouché, ou c’est voulu, mais je ne vois aucune cohérence dans leurs actions. Et j’avoue que les quelques pages concernant leurs philosophies de vie m’ont parues assez fumeuses.


Ensuite j’ai trouvé qu’il y avait un manque de lien entre les différentes scènes du roman. Ce qui est fort dommage car grand nombre d’entre elles sont impressionnantes (j’y reviendrai). Mais j’avoue avoir eu du mal à relier un morceau de bravoure à l’autre.


Pour finir, je sais que les auteurs américains sont les champions du dialogue à double sens, à sens caché, à ellipse … Mais là c’est trop, j’ai souvent été complètement largué au point de sauter certains échanges, ce qui est un comble, car, comme le disait le grand Elmore Leonard, on n’a jamais vu personne sauter les dialogues dans un roman.


Et je regrette car l’écriture a une grande force, certains personnages, à commencer par Strawl sont particulièrement marquants, et surtout il y a des scènes inoubliables. Comme celle où il lâche un taureau fou de rage dans le bureau de la police tribale, ou le lever de soleil contemplé depuis un banc en haut d’un arbre. Des scènes qui révèlent une puissance d’imagination et d’écriture remarquable. A se demander si l’auteur n’aurait pas mieux fait d’écrire un recueil de nouvelles.


Bref, je suis dépité d’être déçu, et très désireux de voir ce que vous en avez pensé, et de lire comment vous le défendez ou faites part d’une perplexité semblable à la mienne.


Bruce Holbert / Animaux solitaires (Lonesome animals, 2012), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 23:03

J’ai appris hier la triste nouvelle, Michel Gueorguieff, de l’association Soleil Noir à Montpellier, grand animateur et fondateur du festival de Frontignan vient de nous quitter.

Frontignan c’est l’un des festivals phares du polar en France, un de ceux qui ont inspiré Toulouse Polars du Sud. Grâce à Michel, j’ai eu la chance d’y écouter Dennis Lehane ou Valerio Evangelisti, de discuter avec Jack Lamar, Jérôme Leroy ou Jean-Hugues Oppel, de boire un coup avec les copains de la Noirode et ceux de 813. J’ai passé des journées inoubliables à Frontignan.

Malheureusement, je n’ai jamais trop eu le temps de discuter avec Michel. A Frontignan il courrait partout, bouchait les trous, comblait les fuites, relançait les uns et les autres. A Toulouse, c’est moi qui courrais partout. Et comme un con, je n’ai jamais pris, sauf à une ou deux occasions en terrain neutre, le temps de me poser un peu avec lui.

Maintenant c’est trop tard.

Me resteront toujours des souvenirs de rencontres, d’apéro sous les platanes, de brèves discussions sur tel ou tel auteur. Et cette photo, prise dans un de ses rares moments de détente entre Boris et François.

 

Michel

Ciao Michel.

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 09:46

Fin des vacances. C’est la rentrée, chez rivages aussi. Et d’emblée un choc avec ce premier roman magistral d’un anglais : Avec Né sous les coups de Martyn Waites ça commence très fort et très noir.

Waites

1984, quelque part dans le nord de l’Angleterre, les mineurs se mettent en grève pour combattre la fermeture de leur mine pourtant rentable, décidée par le gouvernement Thatcher. Tony Woodhouse, tout jeune homme, est le héros de la ville grâce au but qu’il a marqué contre Arsenal. Larkin est un jeune journaliste en colère, prêt à combattre par la plume au côté des mineurs, sa sœur Louise va tomber amoureuse de Tony. Tommy Jobson se taille une réputation de violence et de cruauté dans l’empire du caïd du coin.

Ils ne savent pas encore que Thatcher et ses alliés ont décidé d’écraser tous les mouvements populaires, dans le sang, les charges de police et une propagande massive. La solidarité ouvrière vit ses derniers instants, mais elle l’ignore encore.


Vingt ans plus tard, la ville est à moitié morte, les centres de réinsertion tentent de sauver quelques junkies et alcooliques. Tony boite et dirige un de ces centres, Tommy est le patron de la pègre locale, et Larkin revient, avec l’intention de dresser un bilan des années qui ont suivi la répression sanglante des grévistes. Le passé remonte, avec ses fantômes, et quelques vieux comptes vont devoir se payer.


Si j’en crois la quatrième de couverture, Né cous les coups est le premier roman de Martyn Waites. Il en est d’autant plus impressionnant. Pour un coup d’essai, c’est vraiment un coup de maître. Un très grand roman noir, dans le sens premier du terme, dans la lignée des deux romans de Stéphanie Benson sur la grève des mineurs de Liverpool (Brumes sur la Mersey et Sombre Liverpool).


Tout est magnifiquement maîtrisé et réussi dans ce roman.


La construction de l’intrigue, faite de va et vient entre « avant » et « maintenant », entre les années 80 du thatchérisme et le début des années 2000 de la désillusion complète est impeccable. L’auteur distille les faits et les indices, crée petit à petit une trame de suspense et de mystère là où l’on ne perçoit au début qu’une chronique, et les pièces du puzzle se mettent en place sans même qu’on se rende compte, jusqu’au dernier moment, qu’il y avait un puzzle. Très fort.


Les personnages sont de vrais personnages de roman noir. Fragiles, blessés, cassés, et pourtant toujours debout. Tous sont touchants à un moment ou un autre, tous sont agaçants ou même haïssables à un moment ou un autre. Tous ont été brisés par la politique libérale de la mère tape-dur. Même s’il les présente bien comme des victimes, l’auteur ne les exonère à aucun moment de leur responsabilité. Il montre juste ce qui les a amené où ils sont.


Là où l’auteur fait très fort, c’est de mettre en rapport, dans sa construction, la violence de la politique anglaise des années 80 et les conséquences désastreuses 20 ans plus tard. Il montre ce qui a été écrasé et ne sera jamais (du moins pour l’instant) reconstruit. Comment toute solidarité, toute idée de lutte, une certaine forme de dignité ont été détruits. Il montre les ravages sur les enfants de ceux qui ont vécu cela. Comment voir des parents démolis, voir un monde sans valeurs et sans espoir, sans appartenance à un groupe, un monde individualiste où on ne se bat plus que pour soi change la vie de ces mômes.


Un roman noir social impressionnant, et comme je l’ai lu dans un article, si avant vous n’aimiez déjà pas Maggie, après vous la haïrez encore davantage. Et vous saurez encore mieux pourquoi.


Martyn Waites / Né sous les coups (Born under punches, 2003), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’anglais par Alexis Nolent.

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