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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 21:51

Suso de Toro est un auteur espagnol très discret. Du moins en France où Ambulance vient de sortir chez Rivages. Seul un autre titre Land Rover avait été traduit auparavant.

DeToro

Le polar nous a habitué à croiser la route de paumés, de perdants parfois pathétiques, parfois flamboyants. Petete et Gringalet sont de la famille des pathétiques. Le jour même où ils sortent de prison ils attaquent une station service avec un flingue non chargé mais tuent le gardien d’un coup de barre de fer. Pas très malin. Manque de chance, au même moment, une bombe explose dans une banque de la ville. Tous les accès sont bloqués par les flics, et Petete c’est fait une entorse. Les voilà coincés dans Saint-Jacques de Compostelle grouillante de flics. Sans amis, sans argent et sans  endroit où se réfugier. La suite était « courue d’avance ».


« C’était couru d’avance », c’est le titre de trois des sept chapitres du roman. Et c’est vrai que les deux zigotos sont tellement pitoyables, bas de front et, pour couronner le tout, malchanceux, que la fin était inévitable …


Une dérive au gré de la douleur de la cheville de Petete, de ses choix tous plus catastrophiques les uns que les autres. Au gré de ses monologues aigris et geignards. Au gré aussi de la traque menée par un flic asthmatique, ripoux et méchant comme une teigne. Presque aussi bête que méchant d’ailleurs. Le lecteur oscille entre un léger sourire (jaune, mais sourire) devant l’avalanche d’emmerde et la stupidité des réflexions de Petete, et une pitié tintée de dégoût, ou pour le moins de mépris.


Ils sont tous affreux, sales et méchants, il pleut sur Saint Jacques, les témoins sont mesquins … Bref il n’y a rien ni personne à sauver, sauf un brave corniaud. Une vraie pépite noire au goût bien acidulé.


Suso De Toro / Ambulance (Ambulancia, 2002), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’espagnol par George Tyras. 

 

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 22:08

De Victor Gischler j’avais lu, il y a bien longtemps, Poésie à bout portant qui m’avait laissé le souvenir d’un roman bien déjanté, partant dans tous les sens, mais en même temps maîtrisé. C’est pourquoi je me réjouissais de lire Coyote Crossing. J’avais raison, c’est réjouissant.

Gischler

L’Oklahoma, c’est calme. Coyote Crossing, c’est calme pour l’Oklahoma. Vous imaginez aisément que Toby Sawyer, adjoint à mi-temps du shérif de Coyote Crossing n’est ni un Sherlock Holmes ni un inspecteur Harry en puissance. Jusqu’à cette nuit qui commence mal : Alors que son chef lui confie une tâche qui semble à sa portée : surveiller le corps d’un bad boy local qui vient de se faire descendre, Toby ne peut s’empêcher de s’absenter quelques minutes, le temps d’aller conter fleurette, et plus si affinité, à sa maîtresse. Quand il revient, horreur, le cadavre a disparu. Toby se dit que la nuit commence bien mal, il n’imagine pas à quel point ! Moins d’une heure plus tard sa femme l’a quitté lui laissant son bébé sur les bras, il a tué un collègue en lui tranchant le cou avec un hache, et les emmerdes ne font que commencer.


Yeeeeeeeeeeeeepeeeeeeeeeeeeeeeeee !


C’est ça qu’on se dit tout au long de ce roman qui file la patate. On y croise une mémé qui ressemble à Ma Dalton, des gros bras bas de front, une mexicaine au vocabulaire fleuri, des pourris complètement pourris, un bébé craquant, le ciel étoilé de l’Oklahoma, et des bastons, des bagarres, des échanges de coups de feu, de la castagne, des gnons, des poursuites en voiture, des baffes, des balles … Et même, donc, une hache.


Une énergie absolument réjouissante, du culot, et, mine de rien, un sacré savoir-faire parce qu’il en faut pour tenir les rênes d’une histoire qui s’emballe autant sans verser dans le grand n’importe-quoi. Car, et c’est là qu’il est fort, Victor Gischler garde la maîtrise, reste cohérent et tient son histoire d’un bout à l’autre. En nous offrant au passage de beaux portraits de paumés et de loosers comme on les aime dans le polar.


Alors certes, ce n’est pas le grand roman bouleversant de l’année qui va changer votre vie, mais …


Yeeeeeeeeeeeeepeeeeeeeeeeeeeeeeee !


Victor Gischler / Coyote Crossing (The deputy, 2010), Denoel/Sueurs Froides (2013), traduit de l’américain par Frédéric Brument.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 23:09

Pour des générations de cinéphiles, Délivrance c’est le film inoubliable de John Boorman. Et ce n’est qu’en 2013, grâce au travail des éditions Gallmeister que je découvre que c’est à l’origine un roman de James Dickey. Shame on me !

 

Dickey

Est-il nécessaire de résumer l’intrigue ? Rapidos alors. Quelque part dans une petite ville des US, quatre copains partent pour descendre une rivière dans les montagnes. Ce sera la dernière fois, la vallée sera bientôt noyée sous les eaux d’un barrage. Dès l’arrivée, le contact avec les locaux est inquiétant. Mais la rivière est belle, le soleil et l’eau sont au rendez-vous … Jusqu’à ce que les choses se gâtent et que la balade virile entre copains tourne au drame et à la lutte pour la survie.


J’avoue avoir ouvert ce roman avec un mélange d’impatience et de crainte. Impatience de voir d’où était tiré ce film qui nous a tant marqué, crainte que le résultat soit décevant. Autour de moi, et de vous sans doute aussi, tout le monde a vu le film. J’imagine que tous ceux qui passent par ici l’ont vu également. Mais au cas où, lecteur de passage, sache que dans n’importe quelle conversation autour d’un roman, d’une BD, d’un film ou de quoique ce soit qui se déroule dans une campagne américaine reculée et hostile, on finit toujours par entendre la phrase : « on se croirait dans Délivrance ». C’est inévitable, obligatoire, incontournable.


Voilà pourquoi j’étais inquiet et impatient. Maintenant que j’ai refermé le bouquin, je suis rassuré. Nous sommes dans une de ces rares, très rares occasions où le roman et le film qui en est tiré sont deux monuments.


Ce que le roman apporte par rapport au film, c’est essentiellement la description des sensations : la douleur d’un corps soumis à rude épreuve, le sommeil, la fatigue, la faim, la panique dans l’eau, les muscles qui se tétanisent lors de l’ascension de la falaise … A part cela les deux sont très proches, et pourtant cela vaut la peine de lire Délivrance, même si on a vu le film mainte fois.


Etonnant cette force du roman qui arrive à nous passionner, à nous faire frémir, à transmettre une tension alors même qu’on sait exactement ce qui va se passer, quand et comment. Etonnante force évocatrice, bien à la manière des auteurs de chez Gallmeister, qui sait si bien rendre la beauté fascinante mais en même temps terrifiante de la nature américaine.


Le récit s’enrichit d’une réflexion sur le vide des vies contemporaine, mais également sur l’illusion d’un possible retour à la nature. Certes la vie quotidienne est bien vide et fade dans cette petite ville des US, mais la nature n’est pas spécialement bienveillante, et les hommes qui y vivent plutôt hostiles, c’est le moins qu’on puisse dire.


A lire donc, avant de se revoir le film.


James Dickey / Délivrance (Délivrance, 1970), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Jacques Mailhos.


PS. A noter également chez Gallmeister le roman d’où a été tiré Rambo. Je le garde pour les vacances.

 

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 22:37

Comme tous ceux qui tiennent un blog (du moins je suppose), je regarde régulièrement mes statistiques. Histoire de savoir si ça vaut le coup que je continue à publier mes petites chroniques.

Et là, ce week-end, je m’aperçois que plein de gens sont allés lire un vieux machin, et que ça me fait très très plaisir. Car ce vieux machin c’est mon papier sur le chef d’œuvre de Don Winslow, La griffe du chien.

Alors bien entendu je suis ravi, d’autant plus que je me suis donné comme objectif déclaré, non pas de devenir le maître du monde, mais de semer dans tous les blogs littéraires des commentaires incitant à le lire, jusqu’à ce que TOUT LE MONDE AIT LU LA GRIFFE DU CHIEN !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ravi mais aussi étonné. Pourquoi ce regain d’intérêt soudain ? C’est quoi l’actualité autour de La griffe du chien ? Si quelqu’un sait, la réponse m’intéresse.

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 22:48

Attention, week-end chargé en vue pour les toulousains.

 

Le marathon des mots est de retour à Toulouse. Avec pour les amateurs de polar des lectures de Simenon, de Pascal Dessaint et un gros plan sur les gens de Buenos Aires, avec pour les amateurs de polar, les venues de Pablo de Santis, Ernesto Mallo et Carlos Salem. Egalement à signaler une lecture de Mapuche de Caryl Férey et de textes d’Enrique Medina.

 

Bref, impossible de vous dire tout ce qu’il y aura ici, vous trouverez le programme complet sur le site du festival.

 

Pour ma part, je vais essayer d’aller voir un maximum de choses, et je serai aux manettes le vendredi soir à 22H30, salle du Sénéchal pour présenter une lecture des Chiens de la nuit d’Enrique Medina par Eric Lareine. Ainsi que le samedi à 15h00 à Ombres Blanches pour animer une rencontre avec Ernesto Mallo.

 

On se croisera peut-être …

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 11:22

Sauf erreur de ma part, on a découvert en France Maurizio de Giovanni avec le premier roman d’une série se déroulant à Naples à l’époque fasciste. Et j’espère bien avoir un de ces jours des nouvelles du commissaire Ricciardi. En attendant, on peut patienter avec un autre roman, contemporain celui-là, La méthode du crocodile.

 

Giovanni

Naples. Un jeune dealer est abattu d’une balle dans la nuque. Pour la police, pas de doute, le meurtre est lié à la camorra. Seul l’inspecteur Lojacono, sicilien exilé à Naples suite à l’accusation mensongère d’un mafieux, n’est pas convaincu. Pour lui certains détails ne cadrent pas. Quand une jeune fille de bonne famille, sans lien apparent avec la première victime est abattue de la même façon, la presse s’affole, la police se retrouve sous pression, et Lojacomo se voit conforté dans son idée. Comme sur place on a trouvé des mouchoirs imbibés de liquide lacrymal, les journalistes tiennent leur scoop, le tueur devient Le crocodile.


Ce roman n’a pas la complexité, l’originalité et la profondeur de L’hiver du commissaire Ricciardi qui nous avait fait connaître l’auteur. Mais ce n’est pas une raison pour le bouder. Car s’il est moins riche, il reste un excellent divertissement, une intéressante variante du thème rabattu maintes fois du serial killer.


Tout d’abord parce que l’intrigue est tirée au cordeau, avec ce qu’il faut de tension et de relâchement, avec une maîtrise du rythme parfaite, jusqu’à l’emballement final, et surtout avec une façon très intéressante de frôler le cliché pour s’en écarter au dernier moment (lisez, vous comprendrez).


Ensuite parce que les personnages sont intéressants, avec ce qu’il faut de failles et de douleurs anciennes, et ce qu’il faut de force et d’obstination pour aller au bout de leur destin.


Et pour finir, comme dans le roman précédent, pour la vision d’une ville de Naples qu’il offre. Une ville loin des clichés, sans soleil, sans joie de vivre, où il est très facile de passer inaperçu et de ne parler à personne, où la camorra est certes présente partout, mais pas pour autant coupable de tous les crimes de la ville. Une ville grise, qui tourne le dos à la mer et se replie sur elle-même … c’est sûr, c’est pas avec ça qu’il va être embauché par l’office du tourisme …


En résumé, un excellent divertissement haut de gamme.


Maurizio de Giovanni / La méthode du crocodile (il metodo del coccodrillo, 2012), Fleuve noir (2013), traduit de l’italien par Jean-Luc Defromont.

 

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 23:12

Boulevard de Bill Guttenttag. Voilà un roman qui risque malheureusement de passer inaperçu sur les tables des libraires, si tant est qu’il se retrouve sur quelques tables … Auteur inconnu, sujet a priori pas rigolo, rigolo. Et je ne jette certainement pas la pierre aux libraires, comment s’y retrouver dans la montagne de nouveautés ? Et pourtant, il mérite sa place, bien en évidence, au milieu, à la place de certaines couillonnades qui y trônent.

Guttentag

Hollywood, cité des anges, et des rêves. Pas pour tous. Pour les ados qui vivent dans le rue et se prostituent pour se payer leur dose, ou simplement pour avoir de quoi manger et un endroit où dormir c’est plutôt le cauchemar. Tous fuient quelque chose, une famille qui ne les comprend pas, un père ou un beau-père violent, voire pire … Pour Casey, Dragon, Tulip, Paul, Rancher, Timmy et les autres la vie est dure, les adultes des prédateurs en puissance et ils ne trouvent chaleur et réconfort qu’en se serrant les coudes. La vie n’est pas plus facile pour Jimmy, flic dans le quartier, à la recherche de son fils qui se drogue et c’est réfugié dans un squat. Pour tous elle va devenir un enfer quand un proche du Maire se fait poignarder d’une trentaine de coups de couteau dans le quartier.


Je sais ce que certains pourront reprocher au bouquin : son relatif happy end. Très cinématographique en plus. Alors certes, l’auteur travaille dans et autour de l’industrie du cinéma, et il a peut-être voulu, consciemment ou non, adoucir un peu son propos avec cette fin. Et finalement j’avoue que l’amateur de noir pur et dur que je suis s’en accommode très bien. Après tout, un peu de douceur et d’espoir dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal.


Et puis ce serait dommage de passer à côté de ce magnifique roman qui prend aux tripes, et en même temps arrive à faire chaud au cœur par moments.


Parce que sans pathos, et sans grands effets sirupeux cherchant à vous tirer les larmes l’auteur décrit avec beaucoup de justesse, d’empathie et de tendresse ce monde de gamins paumés. Parce dans la nuit sombre, très sombre des horreurs que leur font subir les adultes, leur solidarité amène un rayon d’optimisme. Parce qu’il prend le contrepied d’un roman comme La belle vie et montre que l’on peut rester humain et attentif aux autres même quand on vit des horreurs.


Parce que le personnage du flic, fatigué, écœuré, démoralisé et qui continue quand même sonne juste. Parce que ce n’est pas un super héros et qu’il ne peut, malheureusement, que s’avouer vaincu face à certaines forces.


Parce que la construction est impeccable, et que sous les dehors d’une chronique sans grande tension narrative, peu à peu le fil se tend, le suspense monte, et le rythme s’accélère.


Finalement, tout bêtement, parce que ce bouquin et ses personnages m’ont touché. Profondément. Donc vous qui passez par ici, allez voir vos libraires et bibliothécaires préférés, et demandez-leur Boulevard de Bill Guttentag, insistez, commandez-le au besoin. Si vous êtes déçus, vous avez le droit de m’engueuler, j’assume.


Bill Guttentag / Boulevard (Boulevard, 2009), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Christophe Mercier.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 23:33

Je parlais il y a peu de ces personnages récurrents que l’on a plaisir à retrouver régulièrement. Dave Robicheaux en fait indéniablement partie. C’est pourquoi tout nouveau roman de l’immense James Lee Burke est attendu avec impatience. Le dernier s’appelle L’arc-en-ciel de verre.

LeeBurke

Dave et son ami Clete Purcell sont de retour du Montana . A New Iberia la vie reprend son cours. Un cours agité. Dave enquête sur des meurtres de jeunes femmes. Des femmes souvent paumées, se prostituant parfois pour payer leurs doses, des femmes toujours pauvres. Des mortes qui n’intéressent guère les autorités. Clete décide de l’aider, et ils commencent à tourner autour de Herman Stanga, maquereau, dealer, pourris jusqu’à la moelle. Le problème est que Clete ne contrôle pas toujours, et c’est peu de la dire, et il abime sérieusement Stanga qui porte plainte. Les choses se corsent quand le dealer est retrouvé assassiné chez lui. Côté familial, Dave a du mal avec sa fille Alafair qui est tombé amoureuse du fils d’une des grandes familles de Louisiane. Une famille qui a bâti sa fortune sur le sang et les larmes des esclaves, puis des ouvriers pauvres. Le genre de famille contre laquelle Dave est en guerre depuis toujours.


Quand on lit un nouveau James Lee Burke, on se dit de temps en temps qu’on devrait s’embêter. Toujours les descriptions de la nature, toujours les emportements de Clete et de Dave, toujours les doutes de Robicheaux, son envie d’alcool, sa guerre incessante contre les grandes familles corrompues … Et bien entendu, on ne s’ennuie jamais. Au contraire on en redemande.


Parce que les descriptions du bayou sont toujours aussi belles. Parce que l’indignation, la rage de Robicheaux, que l’on sent très proche de son créateur, sont contagieuses. Parce que le personnage évolue d’un roman à l’autre et que l’auteur est maître en l’art de rendre perceptibles ces changements. Parce qu’il n’a pas son pareil pour nous faire sentir l’odeur de la pluie, entendre le bruit des sauts de poissons. Parce que c’est un conteur hors pair.


En bref, parce que James Lee Burke est un immense écrivain, doublé d’un humaniste qui n’abandonne jamais, qui ne renie jamais ses idées, ses origines. Vivement le prochain.


James Lee Burke / L’arc en ciel de verre (The glass rainbow, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Christophe Mercier.

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 22:43

A Cuba on connaît bien entendu Leonardo Padura (d’ailleurs qu’est-ce qu’il devient Padura ? Et Mario Conde ?). On connaît moins Lorenzo Lunar. Il a pourtant gagné dans son pays le prix de l’écrivain cubain le plus lu, après Daniel Chavarria (et qu’est-ce qu’il devient Chavarria ?) et, justement Leonardo Padura. La vie est un tango est l’occasion, de le découvrir en France. Une excellente occasion.

 

 

Lunar

Leo Martin est flic, responsable du quartier le plus populaire de la ville de Santa Clara (célèbre pour un des hauts faits d’armes du Che, mais c’est une autre histoire). Un quartier qui vit au rythme des coupures d’électricité et des arrivées aléatoires de marchandises diverses. Un quartier comme tant d’autres où les flics font semblant de ne pas voir qu’il y a de la prostitution et mille petits trafics qui permettent de contourner la pénurie. Impossible par contre de fermer les yeux sur le meurtre de Maikel Diaz Martinez. Quand son chef tente de lui faire croire que l’assassinat est motivé par un trafic de lunettes de soleil, même en temps de pénurie, Leo a du mal à le croire et commence à penser qu’on lui cache quelque chose.


Amateurs d’intrigues avec fausses pistes, ou de thrillers frénétiques, ce roman n’est pas pour vous. La vie est un tango pourrait s’appeler Chroniques d’El Condado, le quartier de Santa Clara où se déroule l’histoire. L’auteur en postface écrit qu’il lui suffit d’écouter les conversations autour de lui pour avoir toute la matière nécessaire à l’écriture.


Il est trop modeste. C’est bien d’avoir de la matière autour de soi. Encore faut-il savoir la façonner, l’agencer, donner corps et chair aux personnages, faire un écrin aux dialogues entendus, structurer le récit … Et faire d’une matière informe un roman qui se tient et enchante le lecteur. En bref, il faut mettre cette matière entre les mains d’un vrai écrivain.


Au travers de son histoire, Lorenzo Lunar nous fait connaître, aimer, désirer et haïr ses personnages. Il nous fait ressentir la lassitude, la force de l’amitié, la dureté de la vie, les trafics petits et grands, le bruit, la musique, les odeurs …


Il nous fait aussi toucher du doigt l’absurdité et la presque touchante ingénuité d’un système : S’il faut que la police cache absolument le délit central, ce n’est pas parce que des policiers, ou des politiques sont corrompus (comme ce serait le cas à Paris, Naples, New-York ou Mexico). Non, c’est parce que ce type de crime (vous verrez bien lequel), ne peut pas exister dans un Cuba révolutionnaire et socialiste, parce que ce serait admettre un échec. On touche à une telle absurdité qu’on ne sait s’il faut en rire ou en pleurer.


A côté de ça, il est étonnant de voir comme les mécanismes humains sont les mêmes, quel que soit le système. Ici, pour s’acheter une respectabilité, on rentre au comité de la révolution, ou on prend sa carte, ailleurs on va à l’église ou on participe aux bonnes œuvres …


Bref, pour toutes ces bonnes raisons, n’hésitez pas, découvrez le Santa Clara de Lorenzo Lunar.


Lorenzo Lunar / La vie est un tango (La vida es un tango, 2005), Asphalte (2013), traduit de l’espagnol (Cuba) par Morgane Le Roy.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 22:48

Depuis son tout premier roman traduit en France, je suis un inconditionnel de Deon Meyer. Certains de ses livres sont de pures merveilles de divertissement, comme 13 heures, d’autres ont en plus une profondeur et une qualité d’analyse et de description de la société sud-africaine qui le haussent au niveau des plus grands. Tous, toujours, m’ont fait passer d’excellents moments de lecture. C’est une fois de plus le cas avec 7 jours.

Meyer

Panique chez les flics du Cap. Quelqu’un les menace par mail des pires représailles s’ils n’arrêtent pas de protéger le meurtrier d’une jeune avocate, Hanneke Sloet. Le problème est que la police ne protège personne et a plus ou moins abandonné l’affaire, faute de trouver la moindre piste à laquelle se raccrocher. Ce ne serait pas trop grave si l’allumé ne menaçait pas de tirer sur un policier par jour de retard pris par la traque du meurtrier. Et surtout s’il ne commençait pas à mettre ses menaces à exécution. C’est là que la panique gagne.


Alors que la recherche du tireur commence, Benny Griessel est chargé de reprendre l’enquête sur la mort d’Hanneke depuis le début. Pauvre Benny, empêtré dans sa lutte contre l’alcoolisme, son divorce, le désert de sa vie privée et ses doutes grandissant sur sa capacité à mener quoi que ce soit à bien. Pauvre Benny incapable de se dépatouiller dans la jungle des réseaux sociaux, des avocats d’affaire et de leurs montages sophistiqués … Et en train de tomber amoureux de la belle chanteuse rencontrée lors d’une précédente enquête.


Deon Meyer n’a pas un seul héros récurrent, mais quelques personnages que l’on retrouve, d’un roman à l’autre. Cette fois c’est Benny Griessel, dans la continuité de 13 heures, qui a le rôle principal. Un personnage qui prend peu à peu de l’épaisseur, et qui apprend à travailler avec ses nouveaux collègues. Un personnage de roman noir pur et dur, en plein doute, paumé dans sa vie, paumé dans un métier auquel il a l’impression de ne plus rien comprendre. Et autour de lui, comme chez les plus grands du roman procédural, une galerie de personnages secondaires se met en place, tranquillement mais très efficacement.


Rien que pour ça, et pour la maîtrise parfaite du tempo et du suspense de Deon Meyer, 7 jours vaut le déplacement.


Cerise sur le gâteau, 7 jours n’est pas seulement un excellent divertissement, parfaitement écrit et construit. C’est aussi le portrait d’un pays en permanente évolution, un pays contrasté, où on trouve pêle-mêle des gens débarrassés de l’héritage de l’apartheid, des gens qui se souviennent et ressentent honte ou envie de revanche, mais aussi quelques ilots d’un racisme primaire et viscéral qui semble venir d’une époque révolue.


Un pays où certains des anciens combattants ont su très bien tirer leur épingle du jeu, et abuser de leurs nouveaux privilèges, un pays de frustrations, de corruption et de violence. Mais également un pays qui donne enfin leur chance à des pans entiers de la population, un pays où les institutions fonctionnent, tant bien que mal, mais fonctionnent. Au final, un pays dont l’auteur est fier, à juste titre et qu’il défend très bien, sans aveuglement, mais avec enthousiasme, empathie et talent.


Deon Meyer / 7 jours (Seven days, 2012), Seuil/Policiers (2013), traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet.

 

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