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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 21:26

Voilà, j’étais donc englué dans la lecture de La nuit de Frédéric Jaccaud, sorti à la série noire. Je ne sais pas si c’est un polar, ce n’est certainement pas ce que le public qualifie de « thriller » même si c’est ce qu’il y a écrit en quatrième de couverture. Ce qui est certain par contre, c’est que c’est totalement cohérent avec les choix d’Aurélien Masson depuis qu’il est à la tête de cette maison. Une maison qui, avec les Chainas, Stokoe et maintenant Jaccaud nous a offert ce que le « polar » offre de plus original et de plus crépusculaire ces dernières années … A défaut d’être le plus aimable et le plus accessible …

 

Jaccaud

Tromso, quelque part très au nord de l’Europe. L’hiver, propice à toutes les déprimes. Le froid, la nuit perpétuelle, un monde futur (proche) au bord de l’abîme (sans qu’on sache trop quel abîme). Des destins vont se croiser dans ce monde où les animaux de compagnie ont remplacé les enfants, et au moment où ces animaux, justement, semblent mourir en proportion inquiétante.


Karl, vétérinaire urgentiste dépressif, alcoolique et auteur d’un ouvrage désespéré qu’il n’a jamais fait lire à personne ; Maze et Dix, deux gros bras d’une entreprise qui traquent ceux qu’on leur dit de traquer ; Cherry, pute africaine ; Aleksy, ado attardé, informaticien génial qui s’amuse à semer le chaos informatique et à voir les effets sur la vraie vie ; Lucie, militante de la protection des animaux … Et bien d’autres. En quelques jours ils vont se croiser, se télescoper, jusqu’à l’apocalypse.


J’ai écrit dans mon billet précédent que je ne savais pas quoi en penser. C’est toujours en partie vrai. En général, quand je n’avance pas dans la lecture d’un bouquin, quand je ne suis pas impatient de l’ouvrir de nouveau, quand je n’arrive pas à en lire plus de 30 à 40 pages en suivant, c’est mauvais signe. Et souvent je ne vais pas au bout.


Mais pas là. Tous les symptômes étaient là, mais je n’ai jamais cessé d’être étonné, et surtout curieux de voir où voulait aller l’auteur. Le morcellement de la lecture est favorisé par la suite de chapitres très courts, et par la succession rapide des points de vues. Etonnamment, même si on ne peut pas dire que l’auteur recherche l’empathie du lecteur, on veut savoir comment ça va mal finir (car il n’y a aucun doute, ça va mal finir). Et encore plus étonnamment, malgré la noirceur du propos, la cruauté de certaines scènes, il y a aussi un certain humour. Humour noir, mais humour.


A mon goût, il manque dans toute la première partie de ce puzzle une tension dramatique et narrative qui par contre nous tombe dessus sans préavis dans la sixième et avant dernière partie, sobrement nommé « extermination ». Là tout se noue, tout s’accélère et on est, enfin, happé par le récit.


Ce qui ne veut pas dire qu’on s’ennuie avant. Mais on n’est pas impatient. J’imagine que c’est voulu, que la structure éclatée et en apparence peu connectée, sans fil conducteur, est là en écho à un monde où les liens entre les gens ont presque entièrement disparus, mais où leurs faits et gestes ont quand même des interactions qui deviendront évidentes (et catastrophiques) dans la sixième partie. Tout semble donc maîtrisé, très réfléchi, extrêmement intéressant, pas forcément très facile à lire.


Ajoutons qu’on est noyé sous les thématiques (manipulation de l’information, fin du monde, bêtise d’une écologie sans réflexion, drame de la solitude, dérive sécuritaire …), mais que la qualité d’écriture de chaque chapitre et la puissance d’évocation des fragments fait qu’on s’accroche, et qu’on prend plaisir à la lecture par petits bouts.


Un livre étonnant, exigeant, intrigant, passionnant, à lire quand on est en forme.


Frédéric Jaccaud / La nuit, Série Noire (2013).

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 23:02

Gérard Filoche Président ! Et France Culture obligatoire !

 

Je suis arrivé au boulot de très bonne humeur ce matin. Pourquoi ? Parce que dans ma voiture, comme tous les matins, j’étais sur France Culture (oui, je suis un affreux intello qui écoute France Culture le matin entre 7 et 9).

 

Et à côté de quelques idiots utiles dont j’ai déjà oublié le nom qui blablataient « et la dette gnagnagna, et il ne faut pas faire fuir la richesse, gnagnagna …. Et il ne faut pas parler systématiquement mal de riches, les pauvres, personne les aime gnagnagna … », Gérard Filoche a dit, avec ces mots-là :

 

« On ne devient jamais riche en travaillant, je ne connais personne qui soit devenu riche en travaillant, on devient riche en exploitant le travail des autres ! » Et d’en remettre un couche « en travaillant on peut bien vivre, s’acheter une bicoque en fin de vie, mais pour devenir riche il faut exploiter le travail des autres. »

 

Gérard, dans mes bras. Il faudrait te repasser en boucle partout, pendant quelques semaines. Je sais, c’est d’une rare évidence ce qu’il dit, mais on l’entend tellement peu, tellement peu …

 

Quand même, une question me taraude, que fait ce gars-là au PS ? Comment peut-il cohabiter avec des Cahuzac, DSK, Royal ? Du coup je suis allé faire un tour sur son blog. Ben j’ai toujours pas compris.

 

Tant pis, ça fait partie des innombrables choses que je ne comprendrai jamais. Comme la mode des pantalons qui laissent voir le calbut, le succès des émissions de téléréalité, celui de Millenium, les gens qui préfèrent manger un sandwich mou et rond avec des restes de viande hachés et de la sauce sucrée accompagné d’un coca plutôt qu’un bon sandwich aux rillettes avec un demi ou un ballon de rouge … ou les raisons qui ont pu pousser plus de 50 % des français à voter Sarko … Pas grave.

 

Sinon, promis, demain je vous cause du bouquin dans lequel je suis englué en ce moment. Bouquin totalement hors classification, qui arrive à être très intrigant, et en même temps qui ne pousse pas à la lecture boulimique, et dont je ne sais toujours pas quoi penser alors que j’arrive à quelques pages de la fin.

On peut jouer : de quel bouquin s’agit-il (il vient de sortir) ?

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 22:26

Ce soir j’ai une pensée pour Sam Millar qui ne doit pas pleurer.

 

Une autre pour Stéphanie Benson et son extraordinaire diptyque : Synchronicité.

 

Et pour tous les autres qui ont sabré le champagne, ou bu une ou plusieurs bonnes pintes.

 

Santé !

 

« Car aucune femme sur la planète
N´ s´ra jamais plus con que son frère
Ni plus fière, ni plus malhonnête
A part peut-être Madame Thatcher 
»

Renaud

 

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 23:32

3e édition de Vaison la Nouvelle invite le Polar du 13 au 21 avril 2013 à Vaison-la-Romaine (84).

 

Rencontres autour des littératures policières.

 

Conférences-Dédicaces-Ateliers d'écriture-jeux-films.

 

Auteurs invités :

 

Danielle THIÉRY, Pierre BONDIL, Pascal DESSAINT, Hervé LE CORRE,  Marin LEDUN, Marcus MALTE, Roger MARTIN, Claude MESPLÈDE,  Jean-Hugues OPPEL, Jean-Bernard POUY, Marc VILLARD

 

Avec autour d'eux :

 

Les Éditions BALEINE (Gwenaëlle DENOYERS),Associations LA NOIR'RÔDE et 813.

 

Dimanche 21 avril à la Ferme des Arts (tous les auteurs présents).

 

Du 13 au 20 avril au Village Vacances Touristra de Vaison-la-Romaine.

 

Programme disponible sur www.vaisonpolar.blogspot.fr 

 

AFFICHE-2013-Internet

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 22:29

Certes, le dernier Dennis Lehane Moonlight Mile n’était pas un de ses meilleurs, et certainement pas du niveau de Ténèbres, prenez-moi la main ou Gone, baby Gone (mais quand même mieux que tous les millenium du monde, ou que n’importe quel serial killer de supermarché ou que … bref) … Du coup, on en a entendu dire, d’un air faussement navré, qu’il était en perte de vitesse, qu’il n’avait plus d’inspiration ... Pan sur le bec ! Dennis Lehane est un géant, il le prouve une fois de plus avec Ils vivent la nuit.

 

Lehane

1926, Boston. Vous vous souvenez sans doute de la grève des flics de 1919. Celle qui se termina en chaos total. Alors vous avez en tête la famille Coughlin, dont le père est un des flics en vue de la ville. On avait suivi Danny, l’un des fils. En 26, il a du souci à se faire avec un autre fils,  son plus jeune, Joe, qui est passé en face, chez les vendeurs de gnole.


Nous sommes en pleine prohibition, l’âge d’or des truands, et Joe travaille pour l’un d’eux. Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’Emma Gloud, maîtresse d’un des caïds de la ville. Son destin est tracé. Il fera de la prison, sortira lieutenant de la mafia italienne et continuera sa route, jusqu’à la Floride et Cuba. Une route faite de trahisons, d’amours, d’amitiés, de luttes. Une route qui épousera l’Histoire américaine au travers de l’Histoire du crime.


Ce qui frappe dans un premier temps c’est le talent d’accroche de Dennis Lehane : Dès la première phrase on est immergé dans le bouquin, et on ne le lâche plus, pendant plus de cinq cent pages (que j’ai dévorées en deux jours, au détriment de la famille, du sommeil et grâce il faut l’avouer à un week-end particulièrement pluvieux). On connaissait déjà son talent à créer des personnages auxquels on s’attache, à leur donner consistance, à faire claquer les dialogues et à tendre son récit. Et bien il n’a rien perdu de ce talent, bien au contraire.


Dennis Lehane est donc un grand conteur. Qui revient ici aux sources du genre : la grande époque de la prohibition, les gangsters en chaussures bicolores, les Thompson sous le bras, la mafia, Lucky Luciano, règlements de compte, flics pourris, livraisons d’alcool, speakeasy … Bref les origines, les images, les lieux, les situations que tout amateur de polar connaît par cœur. Avec, également une construction on ne peut plus classique : ascension et décadence d’un truand.


Et malgré cela, il arrive à nous embarquer dans son histoire, à nous passionner, et même à nous surprendre. Par le souffle qui anime son récit, par la familiarité immédiate avec les personnages, par la limpidité de son écriture et de sa construction qui, comme chez les meilleurs Elmore Leonard, donne l’impression que ce doit être facile d’écrire comme ça, puisque c’est si facile et évident à lire. Impression ô combien trompeuse !


Là encore, chapeau l’artiste.


Pour finir, on peut venir me raconter que Dennis Lehane a écrit, « par hasard » aujourd’hui, une histoire vieille de plus de 80 ans, sur une époque où le monde vit une crise majeure et où les ouvriers sont jetés à la rue. On peut venir me dire que je vois des intentions là où il n’y en a pas quand il fait dire à Joe Coughlin au moment où il est en prison :


« Un usurier casse la jambe d’un type qui n’a pas remboursé ses dettes, un banquier en expulse un autre de chez lui pour la même raison, mais pour toi c’est pas pareil – comme si le banquier se contentait de faire son boulot alors que l’usurier est un criminel. Moi je préfère l’usurier : lui, au moins, il assume ce qu’il est. Quant au banquier, je pense sincèrement qu’il devrait se trouver à ma place. »


On peut me dire tout ça, mais je ne suis pas obligé d’être d’accord.


Je ne pense pas que le choix de traiter du maccarthisme et de la paranoïa dans le magistral Shutter Island, juste au moment de la mise en place du « Patriot Act » était innocent, je ne pense pas davantage que le choix de la période et du point de vue adoptés ici, justement aujourd’hui, le soit. C’est parfois en nous parlant du passé que les grands romanciers nous parlent le mieux du présent, et de ses risques. Et Dennis Lehane est assurément un grand romancier.


Dennis Lehane / Ils vivent la nuit (Live by night, 2012), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:01

Ca faisait un moment que je n’avais pas pris un coup de sang. Mais là j’avoue que le cas Cahuzac (sans jeu de mot facile hein ?) me pompe l’air. Le pouvoir corrompt, c’est pas nouveau. Il semblerait qu’il y ait certains postes où on met systématiquement des gens plus sensibles à la corruption que les autres …

 

Eric Woerth, Christine Lagarde, Jérôme Cahuzac … Trois ministres, trois affaires judiciaires, trois guignols qui osent prendre des responsabilité politiques qui devraient nécessiter la plus grande probité alors qu’ils sont maqués jusqu’au cou avec ce que le monde des affaires fait de plus pourri.

 

Prenons le petit Jérôme. Il a été au cabinet d’un ministre de la santé dans un gouvernement PS, puis a monté une boite qui travaille pour les labos pharmaceutiques. Il était cardiologue de formation, dans le public, et a fini par créer une clinique de chirurgie esthétique … Rien que ce parcours aurait dû mettre la puce à l’oreille de ses camarades socialos : Cet homme-là est plus motivé par l’appât du gain que par le bien public. Il préfère lifter les mémères en gagnant des fortunes que sauver des vies en gagnant très très bien sa vie.

 

Tout est dit non, fraude ou pas fraude, il a des liens avec l’industrie pharmaceutique (qui dans tout état raisonnable devrait être publique et nationalisée car on ne fait pas d’argent sur le dos des malades si on n’est pas un charognard de la pire espèce), il est médecin (donc normalement engagé à servir l’humanité) et il préfère faire du fric, il n’a rien à faire à un poste au service de l’état, et encore moins dans un gouvernement qui se dit de gauche (pouf pouf).

 

Détendons nous un instant avec Maester.

 

Et hop, grâce au maître, le lien est fait avec Eric Woerth, qui a été si je ne m’abuse a été ministre du budget, comme son copain Jérôme. Avant, il s’occupait d’optimisation fiscale chez Arthur Andersen (encore de grands humanistes). Donc le ministre chargé de faire rentrer les sous avait peu de temps auparavant aidé les plus riches à payer le moins d’impôts possible. Et ça ne choque personne ? D’autant qu’il avait déjà fait preuve d’une honnêteté sans faille en passant de l’Agence du développement de Oise à un cabinet de consultant … Qui avait pendant son mandat eu de nombreux contrats avec … Agence du développement de l’Oise ! Et on attend l’affaire Bettencourt pour s’interroger sur l’honnêteté du gus et sur son dévouement à la chose publique ?

 

Une autre très préoccupée du bien commun : Christine Lagarde, montée très haut dans la hiérarchie d’un des plus grands groupe d’avocats d’affaire, américain. Encore un poste où on œuvre pour le bien commun certes, mais uniquement le bien commun des plus riches, au détriment de tous les autres. Et c’est encore une fois quelqu’un avec ce passé que l’on met à un poste de service de l’état et du peuple. Et patatras, là aussi, une affaire où elle est soupçonnée d’avoir aidé Bernard Tapie (tient encore un ami de l’humanité souffrante) à voler de l’argent à l’état (c’est à dire nous).

 

Dans ces trois cas, symptomatiques, le problème des affaires en cours n’est finalement que secondaire, voire anecdotique tant il n’est qu’une petite excroissance sur un parcours d’individus uniquement préoccupés par le fric. L’anormalité flagrante, c’est de mettre des requins pareils à un poste où ils sont sensés être au service du pays (et donc du peuple), alors que seul leur intérêt particulier les motive.

 

CQFD. Donc non, ils ne sont pas tous pourris, mais ceux qui ne le sont pas devraient faire un peu plus le ménage et faire un peu attention dans le choix de leurs amis.

 

Sinon j’ai quelques propositions de postes, pour être certains que le bien public sera défendu : Serge Dassault au ministère de la défense, Jacques Servier à la santé, Martin Bouygues à l’aménagement du territoire, Vincent Bolloré à l’agriculture, Loïk Lefloch-Prigent au ministère de l’énergie … A vous, je suis certain que vous en trouverez d’autres …

 

Voilà, c’était le coup de sang du jeudi. Pour me faire pardonner, demain ou après-demain je vous parle du magistral roman de Dennis Lehane.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 21:50

Si vous êtes un habitué de ce lieu, vous avez déjà entendu parler de Sonchaï Jitpleecheep, le flic de Bangkok imaginé par l’anglais John Burdett. Et vous savez que je suis fan. Il revient dans Le pic du vautour, et c’est toujours aussi bon.

 

Burdett

Sonchaï continue à marcher sur une corde raide : difficile de conserver détachement bouddhiste et probité quand on est flic dans une des villes les plus corrompues de la planète. Encore plus difficile quand on a pour chef le colonel Vikorn, pourri jusqu’à la moelle, chef du 8° district, un des hommes les plus puissants de la ville, en guerre perpétuelle contre le Général Vinna, son grand rival militaire.


C’était déjà dur. Cela devient une véritable gageure quand Vikorn décide de briguer le poste de gouverneur et, sous l’impulsion de conseillers américains, place la lutte contre le trafic d’organes au centre de sa campagne. Voici donc Sonchaï en guerre contre les trafiquants, dont deux sœurs chinoises diaboliques. C’est à ce moment que dans le lotissement très sélect du Pic du vautour apparaissent trois cadavres dépecés de façon particulièrement experte …


Corruption, trafic d’organe, meurtre, dépeçage … le roman devrait être éprouvant, démoralisant, désespérant, voire dégoutant. La magie du couple Sonchaï / Burdett fait qu’une fois de plus, sans rien édulcorer, sans minimiser l’horreur et le sordide, on ressort de là avec la pêche. C’est proprement incompréhensible, c’est totalement ahurissant. Quand on pense un peu ce qu’on vient de lire, on se dit qu’on devrait être horrifié. Et de fait on est souvent scandalisé … mais avec le sourire.


Peut-être aussi cela marche-t-il parce que l’auteur est très équitable dans la distribution des coups de griffes (voire des coups de pied au fondement), loi du marché toute puissant, européens qui croient tout savoir, rivalités, conflits et incompréhensions entre chinois continentaux et de Hong-Kong, corruption thaïlandaise, morgue américaine … ne poussez pas, il y en a pour tout le monde.


Et puis il faut dire que le mélange d’humour très british et regard thaï sur le monde fait merveille. Ajoutez à cela, une énergie et, malgré toutes les difficultés, un plaisir de vivre communicatif et vous avez un livre qui vous laisse une impression de bonheur. Vraiment une réussite, une fois de plus, et un mélange absolument unique.


John Burdett / Le pic du vautour (Vulture Peak, 2011), Presses de la cité (2013), traduit de l’anglais par Thierry Piélat.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 10:47

Après le pessimisme de David Vann, cela fait du bien de reprendre un peu confiance dans l’être humain. Et pour ça c’est bien d’avoir des copains. Surtout des copains qui vous passent des bouquins que vous n’auriez jamais ouverts sans eux. C’est ce qui vient de se passer avec Les ignorants d’Etienne Davodeau.

Davodeau

« Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée, il ne sait pas grand-chose du monde du vin.

Richard Leroy est vigneron, il n’a quasiment jamais lu de bande dessinée. »


Tout est dit dans la quatrième de couverture. Etienne va passer un an chez Richard et participer à un an de travail de la vigne et du vin. En parallèle il initie son ami à la BD. Et dessine. Le résultat de ce travail, mis à part les bouteilles que malheureusement je n’ai pas gouttées c’est cette BD, Les ignorants.


C’est certain je n’aurais jamais acheté, ou même emprunté cette BD si elle ne m’avait pas été conseillée. Et j’aurais eu tort. Je l’ai trouvé passionnante. Pour deux raisons très simples : j’aime la BD et le processus de création qui l’entoure m’intéresse, et j’aime le vin et le processus bla bla bla …


A partir de là je crois que tout est dit. Si vous aimez la BD (et même plus généralement la littérature) et le vin, cet ouvrage est pour vous.


Bien entendu, derrière cette boutade il y a bien plus. A commencer par les deux personnages, l’auteur et le vigneron, qui existent charnellement dans le dessin et le textes. Ensuite on sent le travail, le vent, la pluie, mais aussi les discussions sur le choix d’une couleur pour une planche, les visites aux autres vignerons et aux autres auteurs …


Et puis il y a l’humour, la légèreté et ce bonheur de voir deux artistes qui font leur métier avec tout le sérieux du monde … mais ne se prennent pas trop au sérieux eux-mêmes. Le perfectionnisme, une certaine forme d’intransigeance fort bienvenue en ce monde où on essaie de nous dire que tout se vaut, que tout est relatif, et en même temps une grande ouverture, une humanité et une humilité, et le sens de l’humour.


Bref, même si le dessin n’est pas de ceux qui vous accrochent immédiatement, dès qu’on ouvre le bouquin on ne peut plus le lâcher. On finit avec envie de découvrir des auteurs qu’on ne connait pas, et de boire les bouteilles de Richard Leroy … Et on retrouve confiance en l’être humain, du moins en certains êtres humains.


Etienne Davodeau / Les ignorants, Futuropolis (2011). 

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 12:42

David Vann est loin d’être un inconnu pour les amateurs de littérature, et pas seulement policière. Cette découverte des excellentes éditions Gallmeister a fait parler de lui dès son premier roman Sukkwan Island puis de nouveau avec Désolation. Par un de ces mystères de rendez-vous ratés, de bon moment qu’on laisse passer, je n’ai lu ni l’un ni l’autre. Je me rattrape donc avec Impurs, sa troisième œuvre traduite.


Vann

Quelque part en Californie, sous le soleil écrasant de l’été, Galen, adolescent attardé de 22 ans vit avec sa maman, le prototype de la mère étouffante. Ils ont plus ou moins capté la fortune de la grand-mère qui souffre de pertes de mémoire et tout pourrait stagner ainsi, ad vitam aeternam, sans les visites d’Helen, la tante, et de Jennifer, la cousine. Les deux sœurs se haïssent, et Jennifer s’amuse à allumer de façon outrancière un Galen paumé entre ses hormones et des prétentions à la transcendance. Tout ça ne peut que très mal finir …


Je ne dirais pas que j’ai aimé ce roman. Par contre j’ai été sacrément impressionné. David Vann décrit comme personne la cellule familiale comme lieu d’enfermement et d’aliénation. Il rend perceptible dans ses moindres détails la montée de la folie, la relation amour/haine, la névrose du fils, les rancœurs entre les sœurs, le désarroi de la grand-mère qui perd ses repères un à un, les non-dits de l’histoire familiale qui entretiennent la haine …


Au plus de cela il nous fait ressentir la chaleur, le soleil, la terre, le bruit de la rivière …


Tout cela est très impressionnant. Ensuite tout est question de goût et de centre d’intérêt. Les thématiques abordées ne sont pas de celles qui me passionnent. Traitées avec moins de talent et de maestria, je n’aurais sans doute pas terminé le bouquin. David Vann les élève à un niveau qui fait qu’on lit, fasciné et curieux de savoir, non pas si ça va mal finir, mais comment ça va mal finir.


Impressionnant donc, mais de là à dire que je lirai le prochain ou que j’ai envie de lire les premiers, il y a un pas que je ne suis pas certain de franchir …


David Vann / Impurs (Durt, 2012), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Laura Derajinski. 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 22:41

Ils font des choses bien chez In8. Après la collection polaroïd où je viens de lire le texte de Marin Ledun, voici la collection « Quelqu’un m’a dit … ». Le principe, reprendre une phrase qui est passée à la postérité, de préférence criée par le peuple. Puis demander à un écrivain d’illustrer à sa façon, format court. Dégage ! Ont crié les tunisiens à Ben Ali. C’est ici Marc Villard qui reprend le slogan à son compte.

 

Villard

Ca a fini par arriver, Marine Le Pen est présidente. Sale temps pour les étrangers, les syndicalistes, les gauchistes … et les poètes. Pour survivre, Théo vingt ans accepte d’écrire un poème pour le ministère de la culture. Mais difficile de plaire, quand tant de sujets sont interdits. Car vous savez ce que c’est, ce n’est pas la Présidente, mais « dans l’entourage de la Présidente Le Pen je dois admettre que cet amalgame pose problème. Attention, je ne parle pas de la présidente elle-même qui est très ouverte aux idées nouvelles mais il s’agit plutôt de son euh … »


Voilà, vous avez le ton. A force de se lancer des défis avec son compère Jean-Bernard Pouy, voici donc que Marc Villard se lance dans le domaine de son ami, et écrit une novella de social fiction, politique, sans flic pourri, sans jazz, sans drogue … Mais avec le style Marc Villard, sa maestria dans le maniement de mots, et son humour.


Et il faut en avoir pour imaginer François Bayrou en résistant du fond de son Béarn ! C’est drôle, méchant comme il faut, sans pitié pour la médiocrité et les compromissions des uns et des autres … Bref, on se fait bien plaisir avec cette longue nouvelle.


Marc Villard / Dégage !, In8 (2013). 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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