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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 22:11

Revoilà Ingrid Astier apparue à la série noire il y a quelques années avec Quai des enfers. Revoilà la Seine, Paris. C’est dans Angle mort, et je reste sur la même impression que dans le premier roman. Exactement la même.

 

Astier

On retrouve les flics de Quai des enfers. Côté pile. Et côté face c’est Diego, un braqueur, un fantôme. Jamais attrapé, jamais entrevu par les flics. Diego qui file sans laisser de traces, qui tue sans état d’âme, mais qui a un point d’ancrage, la famille. Son frère et complice Archi, et sa sœur, Adriana, la mésange, trapéziste virtuose au cirque Médrano. Jusqu’au jour où un casse particulièrement violent réalisé avec un caïd d’Aubervilliers met les flics, tous les flics, sur ses traces.


Je pourrais reprendre quasiment mot pour mot ce que j’avais écrit sur Quai des enfers. J’ai retrouvé les qualités et les défauts du premier. Pour prendre une analogie musicale, j’ai eu en lisant Angle mort la même impression que parfois en jouant dans un groupe. Tout le monde semble en place, personne ne fait de fève, et pourtant, pour une raison très difficile à pointer du doigt, ça n’avance pas, ça ne groove pas, on a l’impression de nager tout habillé !


Là c’est pareil. De très belles pages, de bonnes idées et … ça n’avance pas. Et du coup ma lecture a traîné.


Les seules choses que je sais identifier sont, une fois de plus, les mêmes que dans le premier roman. Impossible de m’attacher à un personnage, sauf à Adriana, la seule qui me touche. Et les dialogues me gênent. Je ne les « entend » pas, ils me semblent trop « écrits ».


Entendons nous bien, je sais que tout écrivain travaille son écriture. Je sais aussi que si certaines donnent une impression de facilité et de naturel (comme celles de maîtres comme McBain, Leonard ou Westlake) d’autres revendiquent ouvertement leur étrangeté en quelque sorte (l’ouverture de Versus en est pour moi un exemple éclatant). Mais elles sont portées par une énergie qui fait tout passer. Là j’ai l’impression de voir, de sentir le travail d’écriture, la volonté de faire de belles phrases, de faire claquer les dialogues … mais ça se voit trop et je ne marche pas.


A noter quand même un belle fin, attendue, inévitable, incontournable … Mais réussie. Et oui, quand on va ainsi vers un final quasi obligatoire, il ne reste que deux solutions. Soit on le rate et le lecteur hurle au cliché, soit on le réussit et le lecteur est enchanté parce que parfois on aime avoir ce que l’on attendait. Ici il est beau et réussi. Bravo.


Au résumé, comme pour le premier, un roman ambitieux, de très belles pages, en particulier sur le cirque, mais un ensemble pas totalement convainquant. Et j’attends le prochain … Mais je peux aussi me tromper. J’imagine que si la série noire soutient ce livre et cet auteur, c’est qu’il doit avoir des qualités à côté desquelles je suis passé, mais que certains d’entre vous auront vues … A vous donc.


Ingrid Astier / Angle mort, Série Noire (2013).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 22:32

Je ne vous abandonne pas, c’est juste que je rame un peu dans le bouquin que je lis actuellement. Deux raisons à cela : La première c’est que je suis un poil débordé (comme toujours), la seconde étant qu’au milieu de très belles pages j’y trouve des longueurs et que je n’arrive pas à m’enthousiasmer. On en recause d’ici peu.

En attendant je vais faire une chose absolument interdite, que les argentins appellent « voto cantado », le vote chanté, à savoir annoncer Urbi et Orbi pour qui on va voter. Ici il s’agit du premier tour des Trophées 813.

Principe : choisir 5 romans français et 5 étrangers parus en 2012. Avec une condition : que leur auteur n’ait encore jamais eu le prix. Pour moi cela donne :

Français :

Olivier Truc / Le dernier lapon

Marcus Malte / Canisses

Christian Roux / L’homme à la bombe

Serge Quadruppani / Madame courage

Patricia Parry / Sur un lit de fleurs blanches

Dans un avenir proche le petit nouveau Aurélien Molas se retrouvera dans le coin, avec Jérémie Guez qu’il m’a aussi fallu laisser de côté. Et j’ajoute un crève-cœur, avoir laissé en route La petite fêlée aux allumettes de Nadine Monfils. Une des raisons est que cette sympathique et vénérable association qu’est 813 semble avoir du mal à choisir des auteurs ayant le malheur d’être drôles. Ainsi Camilleri n’a jamais eu le prix ! Et sauf erreur de ma part aucun Dortmunder ne l’a jamais eu, ni Hiaasen, ni Dorsey etc … Ce qui nous amène au vote pour les zétrangers :

Ernesto Mallo / Un voyou argentin

James Carlos Blake / Red Grass River

Deon Meyer / A la trace

Petros Markaris / Liquidations à la grecque

Arni Thorarinsson / L’ange du matin

Là les crève-cœurs sont plus nombreux : Don Winslow, Ron Rash, Thomas Cook, Craig Johnson, Ken Bruen …

On verra dans quelques semaines ce qu’a donné ce premier tour. Je vous tiens au courant.

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 23:00

Il y a tellement de bons auteurs, d’excellents auteurs même, qui publient régulièrement qu’il devient difficile de trouver le temps pour en découvrir de nouveaux ! J’ai quand même fait un effort. Il faut dire qu’en ce mois de janvier, ici et là, on voit citer ce A qui se fier ? d’un certain Peter Spiegelman (a priori aucun lien avec Art). J’ai donc essayé, je ne suis pas déçu.

 

Spiegelman

Carr, ex agent de la CIA, ex employé d’une société de sécurité privée est entré dans la bande de Declan, spécialisée dans les vols et arnaques qui s’en prennent à l’argent sale. Pas d’idéologie là-dedans, juste la logique : Si vous volez de l’argent acquis illégalement le propriétaire ne portera pas plainte et vous n’aurez pas les polices du monde entier aux fesses. Une seule obligation, être très, très discrets, car les propriétaires volés ont en général des moyens de rétorsion dissuasifs.


Seulement voilà, le dernier coup a mal tourné, Declan s’est fait tuer avec un complice, et Carr se retrouve à la tête d’une bande qui ne le respecte guère au moment où ils tentent leur chef d’œuvre : Délester Curtis Prager, ex banquier de fonds poubelles, reconverti au blanchiment d’argent sale de quelques dizaines de millions de dollars. Difficile quand on ne sait pas à qui on peut faire confiance dans sa propre équipe. Mais Carr est coincé de toute parts, il doit continuer …


On pourrait résumer mon avis en quelques mots : Un excellent divertissement. Voilà. Je développe un peu ?


Contrairement à ce qui est écrit en quatrième de couverture, rien à voir avec Westlake et Dormunder. Ni avec Parker d’ailleurs. D’abord John et Parker sont uniques.


Par contre vous trouverez ici tout ce que vous attendez quand vous ouvrez ce genre de bouquin : Une intrigue absolument millimétrée et très intelligemment menée : l’auteur dose parfaitement ce qu’il dit et ce qu’il cache, de telle sorte que le lecteur devine certains aspects de l’arnaque (ce qui lui donne l’impression d’être très intelligent) et se fait complètement bluffer par d’autres (ce qui est fort plaisant). Donc l’auteur sait surprendre tout en faisant plaisir à l’ego, sans être jamais putassier. Une très belle maîtrise de la narration donc.


Comme toujours quand c’est réussi, il arrive aussi à passer par les passages obligés : description des différents protagonistes, tension, préparation, casse, grain de sable, catastrophe, résolution … de façon suffisamment « classique » pour que le lecteur retrouve ce qu’il est venu chercher, avec suffisamment d’invention pour que ce ne soit pas seulement une pale copie.


Bref, pas le roman qui va révolutionner le genre, mais la lecture parfaite si vous cherchez « juste » à passer un excellent moment de détente intelligente.


Peter Spiegelman / A qui se fier ? (Thick as thieves, 2011), Seuil/Policiers (2013), traduit de l’américain par Jean Esch.

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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 23:02

Je vous ai déjà parlé des merveilles à venir chez Rivages, je complète un peu …

Dès février l’abominable ex gauchiste de Massimo Carlotto, « héros » de Arrivederci Amore revient chez Métailié. Il est toujours aussi infect, et c’est un grand Carlotto, ce qui n’est pas peu dire.

Toujours chez Métailié, vous n’en avez sans doute jamais entendu parler, mais arrive la traduction d’un roman de Cristina Fallaras. Je n’en sais que deux choses. En 2011 tous nos invités latinos, Paco Taibo II en tête en parlaient avec émotion, et elle a eu le prix Hammett.

A la série noire de très gros morceaux sont annoncés : Un nouveau Dominique Manotti, le nouveau Jo Nesbo et, paraît-il quelques petits nouveaux qui devraient faire date. A venir aussi que je suivrai avec attention, même si je n’ai pas toujours été complètement convaincu par leurs premiers bouquins le nouveau Ingrid Astier et le nouveau Elsa Marpeau.

Voilà, on ne va pas s’ennuyer d’ici juin. Et il se murmure que le nouveau Antoine Chainas serait pour l’automne …

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 21:50

Tim Dorsey a ses fans, au rang desquels l’ami Yan. De mon côté, suivant les romans, je suis partagé. J’avais eu un peu de mal avec Florida Roadkill, beaucoup aimé Cadillac Beach, et adoré Triggerfish Twist. Orange Crush que j’avais raté à sa sortie en grand format et que Rivages ressort en poche est, pour moi, un très grand cru.

 

Dorsey

Marlon Conrad est l’homme politique floridien classique. Beau gosse, complètement con, républicain, démago, corrompu, à la botte des lobbyistes qui le gavent de pots de vins. Il est sur le point d’être réélu gouverneur quand une tuile lui tombe sur le coin de la tête. Il a « juste » oublié le service national. Qu’à cela ne tienne, sur la suggestion d’un communiquant inspiré il s’engage volontairement pour quelques semaines (et quelques photos et vidéos) dans une compagnie bien planquée à proximité. Or la compagnie est mobilisée et Marlon se retrouve à maintenir la paix au Kosovo. Il en revient complètement changé et commence alors une campagne centrée sur les pauvres, les exclus, envoyant balader républicains, donateurs et lobbyistes de tous poils. Ce qui ne leur plait pas, mais alors pas du tout. Au point de mettre sa vie en danger.


Voilà un Tim Dorsey qui, autant que je puisse en juger est un peu atypique. Parce que s’il garde le costume de clown, l’auteur y révèle un peu de ce qui se cache derrière. Je m’explique.


Le ton est celui que l’on connaît. Même si l’inénarrable Serge y est en retrait (avec quand même une belle surprise quand on le voit débarquer), on rigole beaucoup. La description au mélange vitriol - poil à gratter de la Floride et de ses mœurs politiques est pour le moins savoureuse. A titre d’exemple, juste une petite description :


« Todd incarnait exactement ce dont Tallahassee était le plus friand : il était jeune, joli garçon, ambitieux et complètement con ».


La construction est également très Dorseynienne : Au début on ne voit pas du tout où on va, mais on rigole tellement qu’on s’en fiche, puis, peu à peu, on arrive tant bien que mal là où ce diable de Dorsey avait prévu de nous amener.


Ce qui est atypique c’est justement là où il nous amène. Certes, le lecteur un minimum attentif peut deviner, à la lecture des ouvrages précédents, que Tim adore la Floride, même s’il en dit pis que pendre. C’est en général Serge avec son érudition qui est son porte-parole. Et au vu des victimes dudit Serge, on se doutait bien qu’il n’aime ni les promoteurs véreux, ni les politiciens corrompus, ni les lobbyistes de tous poils.


La différence est qu’ici, pour la première fois, il nous présente aussi l’autre côté de la médaille, les gens dignes, humbles, ceux qu’il aime et respecte, ceux que Marlon Conrad, au final, a décidé de représenter et de défendre. Et ça c’est une nouveauté dans le fond, et dans la forme tant certains passages en arrivent à être émouvants. Pas longtemps, certes, très rapidement Tim Dorsey remet le nez du clown, balance une énormité ou décrit une péripétie cataclysmique.


Mais trop tard, on a vu, directement l’âme sensible et émouvante qui se cache sous le masque … Et c’est très bien ainsi et ajoute une profondeur au roman. D’autant plus qu’il ne cède jamais au pathos ni à la bonne conscience larmoyante, mais ça, ses lecteurs s’en doutaient.


Ajoutez comme bonus que ce brave Marlon Conrad fait immanquablement penser au gouverneur devenu un rien cinglé de Carl Hiaasen. De là à tirer comme conclusion qu’on ne peut pas être honnête et homme politique en Floride sans péter un câble …


Tim Dorsey / Orange Crush (Orange Crush, 2001), Rivages/Noir (2013), traduit de l’américain par Jean Pécheux.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:35

La première grosse claque de 2013 est américaine et publiée à la série noire. C’est un recueil de nouvelles d’un jeune auteur complètement inconnu ici. Même si vous croyez que vous n’aimez pas ce format croyez-moi, faites une exception, lisez Chiennes de vies de Frank Bill.

 

 

Bill

L’Indiana, pour ceux qui comme moi ne sont pas forcément très fort en géographie US, c’est vers le milieu, mais plutôt à l’est des US, le nord de l’état touchant les grands lacs. Voilà. Sinon c’est rural, très rural, et si on en croit Frank Bill pauvre, très pauvre.


- Un grand-père n’hésite pas à vendre ses fils aux flics et sa petite fille à un gang rival pour payer sa gnole et sa dope.


- Un autre s’engage dans une vendetta sanglante contre un gang rival pour venger les violences faites à sa petite fille.


- Un flic décide de venger sa femme et sa fille tuées par un junkie en manque.


- Un gang ultra violent d’origine salvadorienne commence à s’implanter dans le commerce local de meth.


- Des anciens combattants du Vietnam, et plus tard d’Afghanistan pètent complètement les plombs.


- Un homme se rend, rongé par la culpabilité d’avoir aidé sa femme atteinte d’un cancer incurable à mourir …


- Et quelques autres.


Première grosse claque donc, de celles qui vous laissent KO, les yeux embués, les oreilles qui sifflent … Nouvelle après nouvelle, sa secoue très fort. Il y a un an à peu près la série noire nous balançait dans la figure le baquet d’eau glacé de La belle vie de Matthew Stokoe, cette année c’est le paquet de braises brulantes de Chiennes de vies. Dans un tout autre style, mais ça secoue aussi.


Pourtant elles sont courtes ces nouvelles, pas de serial killer machiavélique, pas de profileur, pas de secrets des templiers, ni de la concierge du beau-frère de Jésus, et personne ne résout le théorème de Fermat (j’arrête, c’est gratuitement méchant).


Non, dans ses nouvelles il n’y a qu’une humanité rugueuse rendue méchante, salement méchante par la pauvreté et la misère culturelle et morale. Une humanité qui s’est repliée, au mieux, sur des valeurs de clan (je protège ma famille, mon gang) au pire sur la seule satisfaction individuelle et immédiate. Ce qui fait que le monde extérieur ne se juge qu’avec un seul critère : l’autre est-il plus ou moins fort que moi, est-ce lui qui va me manger (voler, violer, battre …) ou est-ce moi ?


La grande force de ces récits est de faire passer cela sans le moindre pathos, sans jamais émettre un jugement, par la seule force de l’écriture. Et quelle force ! Peu d’auteurs savent en quelques mots faire vivre un personnage, et en particulier un personnage de brute. Deux phrases et on voit ces hommes, durs comme la pierre, aux mains calleuses, visages creusés de rides, vêtements crades, bouillonnant de colère, prêts à exploser à tout moment. Ils sont absolument effrayants, la violence qu’ils font subir aux femmes et enfants qu’ils croisent insupportable … Et pourtant, par moment, au détour d’une phrase, on arrive presque à les comprendre. Pas les aimer, pas leur pardonner, juste les comprendre.


Je sais que certains n’aiment pas le format des nouvelles. Si cela peut vous convaincre, sachez seulement que ce recueil est « construit ». Que certains personnages se retrouvent d’un texte à l’autre, et que, même si on n’a pas ici un roman en continuité, l’ensemble forme un tableau totalement cohérent. Le portrait d’une zone violente, abandonnée, régie par la loi du talion et l’appât du gain.


Je ne sais pas si l’auteur a publié autre chose chez lui, je sais par contre que Chiennes de vies est un véritable coup de maître qui le hisse, sur ce recueil, au niveau des grands écrivains de l’Amérique rurale, de Chris Offut à Daniel Woodrell en passant par Ron Rash ou du regretté Larry Brown. Et je pèse mes mots (si vous n’avez rien lu des quatre auteurs suscités, direction la bibliothèque la plus proche. TOUT DE SUITE !).


Frank Bill / Chiennes de vies (Crimes in southern Indiana, 2011), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Nouvelles noires
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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 22:55

Rivages démarre l’année avec du sérieux. Avec Ravages, Anne Rambach s’attaque à un des plus grands scandales industriel et sanitaire du XX siècle, celui de l’amiante. Attachez vos ceintures, ça va pas rigoler.

 

Rambach

Diane Harpmann et Elas Délos sont journalistes, elles sont amies, et ne font pas dans le grand journalisme d’investigation si dans la presse d’opinion. Pourtant le jour où Dominique André, grand ami d’Elsa connu pour ses enquêtes dévastatrices se suicide, leur vie bascule. Car Elsa sait que Dominique se sentait menacé, et qu’il n’était pas du genre à lâcher un travail en cours. Avec l’aide de son éditeur elles décident donc de poursuivre sa dernière enquête portant sur le scandale de l’amiante.


Je ne vais pas essayer de vous faire croire que c’est le roman de l’année. Il a, à mon goût, trop de petits défauts littéraires. Par contre il illustre parfaitement ce que peut être le roman noir tel qu’on l’aime quand il décide de se retrousser les manches : un fantastique outil à mettre en lumière les scandales et les horreurs de notre belle société en apparence si policée.


Autant commencer par ce qui cloche, ou ce qui manque pour que ce roman soit une pleine réussite (à mon avis, très subjectif bien entendu). Pour commencer, j’ai une allergie certaine aux super héros. Or cette Diane, superbe, grande et championne d’aïkido, soi-disant fragile, mais pas trop quand même … Ca pourrait passer sans l’épisode un poil mystique de ses capacité extrasensorielles … Là ça m’a agacé. Entendons-nous bien, j’aime bien une touche de fantastique comme chez Connolly, quand c’est assumé et que ça n’a aucune influence l’intrigue. Ici je n’ai vu aucune distance, et ça aide un peu facilement Diane à se sortir d’une grosse difficulté.


Bien. Ensuite j’avoue ne pas avoir très bien vu ce que l’histoire annexe des démêlées de la juge avec la camorra venait faire là. Pour finir, sans que je sache mettre le doigt dessus, parfois chez moi les clichés marchent, d’autre fois ils m’agacent un peu. Donc le cliché du personnage qui se traine un lourd passé fonctionne à fond chez moi chez Jack Taylor par exemple, et là, pas trop. Je vois bien que c’est sensé donner une épaisseur à Diane et Elsa, et provoquer une empathie chez le lecteur. Et flop. En fait, je m’en fous de ses états d’âme. Pourquoi ? Mystère et boule de gomme.


C’était un peu long, je sais, et je ne voudrais surtout pas que cela dissuade les futurs lecteurs, mais je ne pouvais pas non plus dire maintenant tout le bien que je pense du reste en cachant ces défauts …

Tout d’abord, malgré tout, le récit tient la route, les scènes d’action et de suspense sont maîtrisées, l’intrigue est bien menée. D’un point de vue strictement stylistique, c’est dans les descriptions de lieux et d’atmosphères que l’auteur me semble le plus à l’aise.


Ensuite et surtout, le roman est une véritable œuvre de salubrité publique. Grace à sa structure narrative et à l’imagination de l’auteur il arrive à faire ce qu’aucun article n’avais réussi à ce jour : me faire lire quelques centaines de pages sur le scandale de l’amiante en France, sur le rôle des politiques, des industriels, des lobbyistes …


Certes il y a de longs exposés, mais ils arrivent naturellement car, au début du roman, les enquêtrices n’en savent pas plus que le lecteur. Et c’est là l’habileté de l’auteur qui arrive à « recaser » tout ce qu’elle a sans doute appris en préparant son bouquin, sans jamais lasser. Le résultat est beaucoup plus effrayant que le pire, le plus trash, le plus gore des thrillers à base de serial killer cannibale, nécrophile amateur de chair fraiche ! Promis juré.


Et contrairement aux thrillers suscités, il fait réfléchir. Comment est-ce que cela est possible ? (quoique comment, le livre l’explique). Pourquoi nous, eux, moi avons laissé passer tout ça alors que toutes les informations étaient disponibles ? Plus angoissant encore, sur quel sujet est-on en ce moment en train de nous enfumer avec la même facilité et le même cynisme ? Parce qu’il faudrait être bien naïf pour penser que seuls les industriels de l’amiante furent des pourris sans scrupules.


Bref, si Ravages n’est pas, à mon avis, un très grand roman (avis ouvert à discussion), c’est par contre un roman indispensable (et ça, c’est non discutable).


Anne Rambach / Ravages, Rivages/Thriller (2013).


Et comme la triste réalité rejoint souvent la fiction, cette nouvelle entendue sur France Inter ce matin … Les lobbys n’ont pas fini de faire des Ravages. Affaire à suivre.

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:30

La toute jeune maison Ombres Noires ne fait pas dans la facilité. Pour son troisième titre (qui a été fort aimablement offert aux membres de 813), elle choisit de traduire un auteur allemand, pas franchement la nationalité la plus représentée chez nous … J’aurais aimé être enthousiaste, mais je dois avouer que La vérité sur Frankie de Tina Uebel ne m’a pas entièrement convaincu.

 

Uebel

Christoph, Judith et Emma sont étudiants à Hambourg. On pourrait les qualifier d’étudiants « mous ». Ils suivent des études, vont boire un verre de temps en temps, font la fête normalement, ne s’intéressent vraiment à rien en particulier, même pas à leurs études. Ils passent le temps. Jusqu’à ce qu’ils rencontrent Frankie, de dix ans leur ainé. Au bout de quelques temps, Frankie révèle à Christoph qu’il travaille dans les services secrets, et qu’il pourrait avoir besoin de son aide. Peu à peu, les trois jeunes gens vont se laisser entraîner dans une histoire inquiétante et disparaitre de la surface de la terre …


Impression mitigée pour ce roman. Certes il y a de bons côtés. Pour commencer le suspense créé par la structure narrative : le roman est une succession de transcriptions d’interviews des trois étudiants et, si on devine vite où est l’arnaque, on est quand même curieux de savoir jusqu’où cela va aller.


Intéressant également cette façon de mettre en scène la vacuité de nombreuses existences, la perte de valeurs et de culture politique, le manque d’attachement à quoique ce soit qui ne soit matériel, qui laisse la porte ouverte à tous les débordements, à toutes les manipulations et aux engagements les plus imbéciles.


Tout cela est plutôt bien. Le problème réside en partie dans la forme. Pour commencer l’auteur n’a pas réussi à me faire croire un seul instant à l’histoire (même s’il parait qu’elle est tirée d’un fait réel). Mais surtout le procédé, très répétitif (succession de transcriptions) s’il réussit à créer un suspense finit quand même par être lourd et ennuyeux vu qu’il ne se passe rien, ou pas grand-chose tout au long des quelques 400 pages.


Donc j’ai voulu finir, mais je dois avouer que j’ai un peu joué à saut mouton par-dessus quelques paragraphes, voire chapitres. Ce qui n’est pas bon signe. Mais peut-être suis-je passé à côté de quelque chose et je suis curieux de lire vos avis.


Tina Uebel / La vérité sur Frankie (Die wahrheit über Frankie, 2008), Ombres Noires (2013), traduit de l’allemand par Stéphanie Lux.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 16:19

Décidément le catalogue des éditions Asphalte est ambitieux, exigeant et éclectique … et en même temps cohérent. Cette fois Asphalte est allé nous dénicher une chronique de Lima par un nouvel auteur péruvien, Martín Mucha. Cela s’appelle Tes yeux dans une ville grise.

mucha

Résumer ce roman (ou cette chronique) est à la fois difficile et facile. Difficile car il n’y a guère de progression. Facile si l’on accepte de faire très court : Jeremias a grandi dans les quartiers pauvres de Lima, séparés des zones riches par un grand mur. Aujourd’hui, toujours pauvre, il a quand même réussi à aller à l’université. Tous les jours il traverse la ville en bus, et observe …

Normalement je n’aime pas trop ce genre de bouquins. Succession de tranches de vie sans lien apparent les unes avec les autres, succession de petits riens, pas de fil narratif, encore moins de tension …


Et pourtant là ça marche. Mystère de l’écriture ? De la construction ? Il est vrai que l’épilogue, a posteriori, redonne une véritable signification à ce qui se déroule sous nos yeux pendant tout le bouquin. Il est vrai également qu’à l’arrivée on s’aperçoit qu’on a un tableau d’ensemble d’une ville (Lima) et de sa société.


Une société et des individus qui semblent étonnamment dépourvus de repères, de valeurs, une génération tellement différente de celle des années 70 qui, partout en Amérique Latine se battait, armes à la main, contre les régimes militaires soutenus par l’ogre yanqui. Mais les années 90 sont passées par là, avec leur mirage de la consommation pour tous et leur entreprise de lavage de cerveau médiatique …


Cela donne un grand vide en même temps qu’une grande frustration et un désespoir qui ne sait pas vraiment comment s’exprimer et s’incarner. Et du coup une forme de violence difficile, voire impossible à combattre.


A la réflexion, un petit roman qui en dit plus qu’il n’y parait. 


Martín Mucha / Tes yeux dans une ville grise (Tus ojos en una ciudad gris, 2011), Asphalte (2013), traduit de l’espagnol (Pérou) par Antonia Garcia Castro.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 22:51

Quelques nouvelles pour les amateurs de polar.

France 3 se lance dans une nouvelle série de documentaires : Territoires Polars et commence par Midi-Pyrénées. Samedi prochain (le 19 janvier) à 15h30 et lundi 22 à 8h50 vous pourrez donc arpenter les routes en compagnie de Benoit Séverac. Vous y croiserez des gens connus (du moins connus de ceux qui trainent régulièrement ici) comme Pascal Dessaint, Mouloud Akkouche ou l’incontournable Claude Mesplède. Et si vous êtes sages (et surtout nombreux à regarder), la série continuera et vous pourrez retrouver Hervé le Corre en Aquitaine, Philippe Huet en Normandie …

Une autre excellente nouvelle en ces temps pluvieux. Je viens de recevoir le programme de chez Rivages pour mars-avril. On y retrouve, justement Pascal Dessaint qui, visiblement reste en collection blanche (comme pour Les derniers jours d’un homme qui ressort en poche chez Rivages/Noir), et côté américain trois pointures : Un recueil de nouvelle du trop discret et trop méconnu Daniel Woodrell, un nouveau Parker sous la plume de Richard Stark et … roulements de tambour …….. le dernier Dennis Lehane qui, à la suite d’Un pays à l’aube, s’attaque à la prohibition.

A noter en poche la réédition de l’excellent Les bâtisseur de l’empire de Thomas Kelly (il devient quoi d’ailleurs Thomas Kelly ?).

Bref, on va pas s’ennuyer en ce début d’année.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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