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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 13:08

Un peu de SF pour terminer l’année en beauté. Ca change, ça repose du polar et je renoue avec d’anciennes amours … Quand je veux me faire une pause SF, c’est facile, je vais voir l’incontournable Kathy chez Bédéciné et je lui demande de me conseiller un roman. Cette fois, ce fut La fille automate premier roman d’un américain, Paolo Bacigalupi. Une fois de plus bonne pioche.

 

bacigalupi

Un futur plus ou moins lointain (mais pas trop) à Bangkok. Après la période d’expansion est venue une récession mondiale : plus d’hydrocarbure, des taxes carbone exorbitantes, un climat déréglé, la montée des eaux … mais surtout l’agriculture mondiale aux mains des affameurs, les AgriGen, U-Tex, SoyPro et quelques autres ont mis la main sur la patrimoine génétique végétal, et ont commencé à affamer les populations. Jusqu’à la riposte venue avec des pestes et prédateurs de récoltes eux-aussi génétiquement modifiés. Depuis les virus et épidémie ravagent la Terre et chacun s’est replié sur lui-même.


Grâce à sa résistance de la première heure et une politique protectionniste le Royaume de Thaïlande s’en tire mieux que d’autres, et garde précieusement son trésor national, une banque de vieilles semences ultra protégée. Mais certains commencent à oublier, et Bangkok devient le terrain d’affrontement entre le Ministère de l’Environnement et le Commerce, sur fond de corruption et de trafic d’influences. Dans ce jeu mortel, Emiko, sublime jeune femme, créature artificielle créée au Japon et abandonnée là par son Maître, Jaidee le Tigre incorruptible de l’Environnement, Anderson, un américain aux buts secrets, un vieux réfugié chinois et quelques autres …


Juste un avertissement pour commencer. La fille automate est un roman dense et riche. Donc il faut avoir un minimum de disponibilité pour le démarrer. La récompense est à la hauteur du petit effort consenti. Parce que le roman est passionnant.


Paolo Bacigalupi danse sur la corde raide sans jamais tomber. Il parvient à en dire assez sur les causes de la catastrophe en cours, sans jamais tout dire, il réussit à décrire par petites touches les solutions imaginées pour remédier à la perte de source énergétique et à la pénurie alimentaire sans jamais tout décrire et tout révéler. Un exercice de haute voltige qui attise la curiosité du lecteur, fait marcher son imagination tout en lui donnant assez d’éléments pour ne pas le laisser frustré. Du grand art.


Du grand art (quoique plus classique) dans la construction du roman qui passe d’un personnage à l’autre sans jamais perdre le lecteur mais en lui offrant ainsi la diversité des points de vue. Du grand art enfin dans la construction des personnages, tous formidablement humains, complexes, capables du meilleur comme du pire. Jamais l’auteur ne prend parti pour l’un ou pour l’autre, tous ont leurs raisons, plus ou moins avouables, mais parfaitement logiques, cohérentes et compréhensibles.


Avec, bien entendu, une mention spéciale pour Emiko, créature étrange, artificielle mais tellement humaine, hurlant la frustration de ses conditionnements, pleurant ses espoirs d’humanité complète. Un personnage d’Emiko qui transforme ce qui aurait pu être « seulement » un excellent roman d’anticipation politique et écologique déjà passionnant en un formidable roman plein de chair, de sang et de larmes.


Paolo Bacigalupi / La fille automate (The windup girl, 2009), Au diable Vauvert (2012), traduit de l’américain par Sara Doke. 

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 23:17

Comme prévu, on n’est pas encore morts, tout va mal mais la cave est pleine (prête pour les fêtes) et voilà l’heure des traditionnels bilans. En me retournant, je m’aperçois que si l’année 2012 a été riches en excellents romans, j’en retiens quand même un peu moins que d’habitude, surtout chez les français. Alors quoi, fléchissement après une année 2011 exceptionnelle ? Résultat de la gueule de bois post éviction du nain hystérique de l’Elysée ? Ou lassitude du chroniqueur ? Je vous laisse juges, c’est parti.


Chez les français donc, quelques confirmations sans surprise :


Christian Roux et son Homme à la bombe, Caryl Férey et son Argentine de Mapuche, Serge Quadruppani qui amène Simona à Paris dans Madame Courage, Marin Ledun revient vers le techno-thriller légèrement futuriste avec Dans le ventre des mères, et Marcus Malte toujours aussi bon, toujours aussi émouvant quelle que soit la longueur du récit, cette année ce fut court, dans Canisses.


La révélation de l’année pour moi ce fut ce polar polaire (hihi) d’Olivier Turc avec son Dernier lapon qui prouve que Caryl Férey n’est pas le seul à bien voyager. Je prends les paris, on va retrouver ce lapon dans quelques prix … A cette liste il convient d’ajouter un délicieux roman d’aventures mâtiné de noir, Sur un lit de fleurs blanches de Patricia Parry, et la touche d’humour absurde et réjouissant nous vient, une fois de plus de Belgique avec La petite fêlée aux allumettes de la grande Nadine Monfils.


Finissons avec un jeune auteur prometteur qui, s’il n’est pas encore à la hauteur d’un Caryl Férey, fait déjà preuve d’ambition et d’une bonne maîtrise : Aurélien Molas et ses Fantômes du Delta promettent de futures très belles réussites.


Chez les zétrangers par contre, une fois de plus je vais être bien embarrassé … Parce qu’il y a eu beaucoup de bons, de très bons romans.


En Europe, quelques confirmations italiennes avec le traditionnel Montalbano d’Andrea Camilleri, cette année il s’appelle Le champ du potier, et la confirmation du talent de Grazia Verazani et son A tous et à personne, auxquels il faut ajouter le récent recueil Les juges, signé Camilleri, Lucarelli et De Cataldo et surtout, en roman historiques, Les traitres, grand roman historique de Giancarlo De Cataldo.


En Espagne 2012 fut l’année de la découverte de Victor del Arbol et de sa Tristesse du samouraï et la confirmation du talent d’Ignacio del Valle avec Les démons de Berlin.


L’Irlande en pleine crise reste une valeur sure et son maître de file Ken Bruen a été très présent, en qualité et en quantité : pas moins de trois romans traduits en 2012, un polar bien nerveux et impeccable Tower, et les suites de ses deux sagas, celle de Jack Taylor avec Le démon, et les géniaux R&B avec Munitions. Quand au petit nouveau, Stuart Neville qui a gagné dès son premier roman le prix 813, il revient avec la suite Collusion, qui confirme qu’il faudra compter avec lui désormais.


Les britanniques … j’avais l’impression trompeuse qu’il n’y avait rien eu de marquant cette année, et puis j’ai regardé mes notes, et si, ils sont toujours là et bien là. Avec le méchamment jubilatoire Lettres de Carthage de Bill James, avec une fausse parodie et vrai roman d’espionnage, La maison des tocards de Mick Herron, avec La cabane des pendus, solide polar de Gordon Ferris, sans oublier le nouveau personnage de l’inoxydable Ian Rankin dans Plaintes ni le bac d’eau glacé de La belle vie de Matthew Stokoe.


A l’est, rien de nouveau, Marek Krajewski poursuit ses chroniques de Breslau avec La mort à Breslau et le vétéran Petros Markaris donne la voix aux grecs pris dans la tourmente (ça nous change des infos à la con sur le double ou triple A) avec un polar que toutes les têtes de nœuds de la banque machin et de l’union bidule devraient lire : Liquidations à la grecque.


Chez les scandinaves, en attendant le prochain Nesbo, c’est en Islande que j’ai trouvé mon bonheur. Stefan Mani revient, moins impressionnant quand même dans Noir karma que dans Noir océan, Arnaldur Indridason est toujours là avec La muraille de lave … Mais c’est le dernier Arni Thorarinsson, L’ange du matin qui prend la crise à bras le corps qui m’a le plus intéressé.


En Afrique, j’ai découvert Roger Smith et son Blondie et la mort, sanglant, efficace, mais pas quand même à la hauteur de son compatriote le grand Deon Meyer qui fait fort une fois de plus avec A la trace.


En Amérique latine, les jeunes poussent, poussent … et souvent ça saigne. En Argentine avec Chamamé de Leonardo Oyola, De loin on dirait des mouches de Kike Ferrari et au Mexique avec Hielo negro de Bef. Mais les anciens sont toujours là, et c’est avec beaucoup de plaisir qu’on a retrouvé Lascano d’Ernesto Mallo dans Un voyou argentin. Reste le Pape, le Patriarche, le Maître … Paco Ignacio Taibo II qui nous a offert deux romans cette année ! Le retour inespéré d’Hector dans Défunts disparus et la très taiboesque suite des aventures de Sandokan de Le retour des tigres de Malaisie.


Finissons avec le gros morceau, les ricains. On nous annonce régulièrement que, ça y est, le polar n’est plus américain, qu’il est mondial (ça c’est vrai), et qu’il n’y a plus rien d’intéressant chez les yankis (ça c’est une grosse connerie). Donc cette année encore, de gros morceaux viennent de là-bas. Avec les grands classiques comme le retour en force de Carl Hiaasen et de Skink dans Presse People, Cool le dernier Don Winslow, Swan Peak du toujours excellent James Lee Burke, Enfants de poussière, le maintenant traditionnel Craig Johnson, Au lieu dit Noir-Etang du subtil Thomas Cook et une voix d’outre tombe avec Le perroquet de Richard Stark et Mémoire morte de Donald Westlake.


Côté confirmations, on a Le monde à l’endroit de Ron Rash, un roman atypique, toujours à la frontière du roman d’aventure et du roman historique avec Red Grass River de James Carlos Blake, le thriller à testostérone impeccable de Stephen Hunter, Le sniper, et le déroutant Le zéro de Jess Walter.


Chez les petits nouveaux on a découvert l’excellent Pike de Benjamin Whitmer, Profession balance de Christopher Goffard et Sur les nerfs de Larry Fondation.


Auxquels j’ajouterais, pour moi, la découverte de Glen Swarthout avec Le tireur et les superbes reprises de Jim Thompson de cette fin d’année chez Rivages et de Ross McDonald chez Gallmeister. Oui, décidément, le polar américain est moribond …


Comme vous voyez, beaucoup de bonnes choses une fois de plus, et comme toujours j’ai beaucoup de mal à choisir. Comme j’ai vu ici et là les gens faire de gros efforts pour n’en garder que 12 pour 2012 (vivement 2050 !) je vais essayer …

Roulement de tambour RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR …………. Les douze nominés sont :


TrucFereyMalte CanissesMallo


Olivier Turc / Le dernier lapon

Caryl Férey / Mapuche

Marcus Malte / Canisses

Ernesto Mallo / Un voyou argentin


blakeBurkeBruenMarkaris


James Carlos Blake / Red Grass River

James Lee Burke / Swan Peak

Ken Bruen / Munitions

Patros Markaris / Liquidations à la grecque


RashCamilleriMeyerthorarinsson


Ron Rash / le monde à l’endroit

Andrea Camilleri / Le champ du potier

Deon Meyer / A la trace

Arni Thorarinsson / l’ange du matin


Mais que cela ne vous dispense pas de lire les autres !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 19:14

Voilà de quoi occuper vos vacances si vous avez de l’imagination, l’envie d’écrire et la fibre noire. Deux concours de nouvelles pour deux festivals.

Le premier est organisé par le festival de Vaison la nouvelle à l’occasion de son festival de printemps qui sera, entre autres, consacré cette année à l’œuvre du grand Burnett. Le thème du concours s’impose de lui-même « Quand la ville dort ». Les renseignements sur leur site.

Le second est celui de Toulouse Polars du Sud. Pour l’édition 2013 le thème du concours Thierry Jonquet sera « Troisième degré ». Règlement complet ici.

Bonne chance.

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 21:35

Carl Hiaasen fait partie de mes auteurs fétiches. Bizarrement il n’a pas trouvé en France d’éditeur qui le traduise régulièrement (mais il me semble qu’il garde son traducteur). Et malheureusement j’avais vraiment trouvé Fatal Song faiblard. Croco deal, le suivant, m’avait paru amorcer une remontée, que confirme (à mon humble avis) son dernier Presse people.

hiaasen

Prenez :


 - Une chanteuse sans talent, sans voix et sans cervelle mais pas sans atouts physiques qui ingurgite tout ce qui peut lui tomber sous la main et saute sur tout ce qui bouge.

 - Un manager et des attachées de presse prêts à tout pour favoriser le comeback de la dite chanteuse.

 - Une actrice sans boulot engagée pour « doubler » la chanteuse quand elle est trop stone pour se montrer en public.

 - Un paparazzi gros, sale, sans scrupule mais très têtu et décidé à photographier la chanteuse.

 - Une pincée de promoteurs et investisseurs véreux.

 - Un tueur à la tronche détruite avec un rotofil greffé à la place de la main.

 - Un ancien gouverneur qui a pété les plombs et vit dans les marais en châtiant les affreux qui détruise la Floride.

- Quelques basketteurs camés, tueurs en goguette et acteurs foireux …


Agitez très fort et servez brulant sous le soleil de Floride.


Comme je le dis en introduction, il me semble que Presse People confirme, peu à peu, le grand retour de Carl Hiaasen. On n’est pas encore au niveau de Jackpot ou Miami Park, mais on s’en rapproche.

Peut-être parce que Hiaasen se fait plaisir (et nous fait plaisir) et faisant ressortir Skink l’ex gouverneur frapadingue des marais, et réutilise Chimio le tueur freak de Cousu main. Sans doute aussi parce qu’en Chéryl, la « chanteuse » il a trouvé un personnage qui lui permet de lâcher la vapeur (elle n’est vraiment pas piquée des vers, et son entourage est pire).


Et puis le show biz bling bling et la presse poubelle, ajoutés aux habituels pourris et corrompus de Floride c’est du pain béni pour lui.


Donc on se régale et on se surprend à penser que, mis à part le très joli personnage de l’actrice doublure, les plus sympathiques là-dedans finissent par être les plus frappés et les plus abimés, à savoir bien entendu l’inénarrable Skink, mais plus étonnamment Chimio et même au final ce pauvre paparazzi qui finalement est plus digne que pas mal de personnages en apparence respectables.


Bref une vraie friandise ou les méchants meurent dans d’atroces souffrances, et ça aussi c’est bien.


Carl Hiaasen / Presse people (Star island, 2010), Editions des deux terres (2012), traduit de l’américain par Yves Sarda. 

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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 22:17

Suite donc des rééditions des romans de Jim Thompson, avec L’assassin qui est en moi, que j’avais lu il y a fort longtemps, et que j’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver.

thompson assassin

Lou Ford est un gars simple de Central City, petite ville texane. Tout le monde l’aime bien en ville, ce qui facilite son boulot d’adjoint du shérif. S’ils savaient, les habitants de Central City. S’ils savaient ce que Lou cache en lui, ils l’aimeraient sans doute moins. Car sous le vernis de brave gars qui n’a pas inventé l’eau tiède se cache un tueur qui tente désespérément d’échapper à sa vraie nature. Et qui y arrive, jusqu’à l’arrivée en ville d’une nouvelle prostituée qui va jouer le rôle de détonateur, et les cadavres vont s’accumuler.


Celui-là je l’avais donc lu, mais il y a très très longtemps, à l’époque où je découvrais le polar en écumant les bibliothèques. N’empêche quel saut d’eau froide. Un polar glaçant qui nous colle dans la tête de Lou. Glaçant et parfaitement construit, les révélations et images du passé venant toujours à point nommé.


Glaçant aussi car, si le narrateur est un fou pas furieux du tout (il exerce même la plupart du temps une parfaite maîtrise sur lui-même), la petite ville autour de lui n’est pas mal non plus. Hypocrisie, non dits, poids du qu’en dira t’on, meurtres connus de tous mais niés car ils remettraient en cause les équilibres de la ville … Un vrai panier de crabes dans lequel Lou, personnage finalement plutôt intelligent et cultivé est contraint de passer pour un plouc inculte pour éviter d’attirer l’attention.


Intéressant aussi de voir comment avec un personnage central assez proche de celui de 1275 âmes Jim Thompson écrit un roman complètement différent.


Bref, encore un grand roman, mené par un maître de l’ellipse, et l’occasion pour tous de découvrir ou redécouvrir un des précurseurs du genre.


Jim Thompson / L’assassin qui est en moi (The killer inside me, 1952), Rivages/noir (2012), traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 23:07

Je viens de me faire traiter (très gentiment) d’intellectuel bourgeois par le père Leroy. D’ailleurs j’assume, quitte à prendre lourd … Ben l’intellectuel bourgeois, comme tout le monde, a droit lui aussi a sa petite régression, à son moment de retour en arrière, à son quart d’heure de détente. Surtout quand il a la chance d’avoir des minots qui grandissent en lisant. Gaby vient donc de découvrir (j’y suis pour quelque chose) un des bouquins qui, il y a une vingtaine d’année, m’avait enchanté, à savoir Légende de David Gemmell. Je m’en souviens encore, quatre cent pages de castagne, pour une version médiévale de Fort Alamo qui tient en haleine du début à la fin. Du coup, je lui ai aussi acheté Druss la légende … et je lui ai piqué.

 

gemmell druss

Druss est un jeune bucheron pas forcément très fin ni très malin, mal à l’aise avec les autres, coléreux et très costaud. Il ne trouve la paix qu’auprès de sa jeune épouse Rowena. Pas de quoi écrire une histoire … Jusqu’à ce qu’une bande de pillards débarque, massacre son village, trucide son père et enlève Rowena en faisant une seule erreur : laisser Druss en vie. Son père mourant a juste le temps de lui révéler la cache où il trouvera Snaga, la hache de son grand-père, tueur de sinistre mémoire. Avec l’aide d’une sorte de justicier, Druss va partir à la poursuite des ravisseurs, et commencer à forger sa légende.


Attention, c’est de la fantasy style poil aux pattes. Beaucoup de castagne, pas beaucoup de personnages féminins (sauf comme moteur des aventures), glorification du courage, de la résistance à la douleur, de la fidélité, humour de vestiaire de rugby … Même s’il a ses zones d’ombres (toutes petites) Druss est le héros dans toute sa splendeur, plus John Wayne que Harvey Keitel ou Christopher Walken. Donc prière de poser la partie du cerveau trop sujette aux pinaillages avant d’ouvrir le bouquin.


Mais, mais … Quel putain de talent de conteur ! Scrogneugneu, je me suis fait attraper comme il y a vingt ans ! Une fois le bouquin ouvert, impossible de le lâcher, je l’ai lu en deux soirées. Pour le pur plaisir de l’histoire, comme un môme, les yeux écarquillé attendant le prochain exploit de l’insubmersible Druss. Il était une fois … et c’est parti.


Pour ceux qui ne connaîtraient pas, je conseille quand même de commencer par Légende, premier roman de David Gemmell qui raconte la fin de Druss. Parce ce que quand un grand conteur s’empare d’une histoire style Fort Alamo, ça déménage.


Ici, étrangement, j’ai trouvé une forte influence de la série d’Elric de Moorcock (autre grand souvenir de lectures anciennes), dans la construction qui ressemble à une suite d’histoires sommairement reliées par un mince fil conducteur, et surtout avec Snaga, arme maudite, pendant de Stormbringer d’Elric, avec Druss qui, comme Elric, doit combattre parfois son penchant à la violence … Avec la différence que Gemmell, plus gentil ou plus hollywoodien, (ou moins subtil ?) retombe toujours du côté « du bien » là où Elric est beaucoup plus sombre.


Bref, si vous avez envie d’une bonne récréation et que vous avez un peu de temps devant vous, essayez David Gemmell … d’ailleurs, pour les vacances à venir, j’ai déjà acheté à mon fils la trilogie Waylander, et je sens que je vais la lui emprunter, j’ai besoin de vacances.


David Gemmell / Druss la légende(The first chronicles of Druss the legend, 1994), Bragelonne (2002), traduit de l’anglais par Alain Névant.

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 08:44

Si vous êtes un tant soit peu amateur de polars italiens, vous connaissez les noms de Andrea Camilleri, Carlo Lucarelli et Giancarlo de Cataldo. Et si vous vous apercevez qu’un recueil de textes de ces trois auteurs, traduits par Serge Quadruppani est sorti quelque part, vous vous précipiterez sans doute. Et vous aurez raison ! Le recueil s’appelle Les juges, trois histoires italiennes. Il tient toutes ses promesses.


jugesLe juge Surra (Il giudice Surra, 2011) se déroule en Sicile, à la fin du XIX° siècle. Un nouveau juge débarque de Turin et se heurte, sans même s’en rendre compte à la mafia naissante. Une apparente naïveté, prise pour du courage par les habitants de la ville, lui permet de faire fi de menaces qu’il semble ne même pas percevoir. Cet épisode est bien entendu signé du maître de Vigata, Andrea Camilleri, dont le style haut en couleur et l’humour font merveille dans une telle histoire. Il s’amuse, amuse le lecteur, et avec une maîtrise et une habileté confondante le laisse sur sa faim : Bien malin qui saura dire avec certitude si ce fameux juge Surra fut naïf et aveugle ou extrêmement courageux et malin. Et si la meilleure manière de mettre la mafia en déroute était de faire comme si son pouvoir n’existait pas …


Bologne, années de plomb. La gamine (La bambina, 2011) est une juge crée par Carlo Lucarelli. Pourquoi faire accompagner cette toute jeune juge, en charge d’enquêtes peu sensibles sur des malversations financières de second ordre, par un carabinier ? Simple mesure de précaution dans une Italie en pleine tension sociale. Jusqu’à ce qu’elle se fasse tirer dessus, et que Ferro, le flic de 56 ans qui était sensé la protéger s’aperçoive que ce sont des gens de chez lui qui ont tenté de l’assassiner. Une narration impeccable qui sait laisser une place à l’émotion dans un texte politique.


Le triple rêve du procureur (Il triplo sogno del procuratore, 2011) se déroule de nos jours, dans une petite ville. Sous la plume de Giancarlo de Cataldo, un procureur incorruptible aligne défaite sur défaite face à l’homme fort de la ville. Charmeur, énergique, charismatique le maire est aussi menteur, voleur, affairiste … et adoré par ses concitoyens. Toute ressemblance avec quelque homme politique italien que ce soit est sans aucun doute le fait du pur hasard … Un confrontation de cauchemar, parfaitement amenée par un prologue magnifique qui se conclue ainsi : « Pendant un instant, la pensée traversa l’esprit du maître que la démocratie pouvait être une très mauvaise idée. » Beau récit sur l’impuissance de la justice face au pouvoir de l’argent. Et c’est un juge qui le dit !


Excellente idée que ce recueil. Un vrai plaisir. Parfois les recueils de nouvelles allongent un peu la sauce et mélangent des textes de qualité inégales pour faire nombre (ce qui oblige le chroniqueur à écrire hypocritement que, forcément, chacun a ses chouchous, alors qu’il trouve certains textes à chier). Ici que du bon, que des pointures, et trois textes jubilatoires. Chacun dans son style, chacun à son époque, chacun son lieu et sa thématique, mais les trois superbes.

La cohérence venant, outre du talent des auteurs, de la description de l’affrontement du pouvoir judiciaire et de pouvoir politique (ou économique ou mafieux, ce qui revient trop souvent au même …).


Andrea Camilleri, Carlo Lucarelli et Giancarlo de Cataldo / les juges, trois histoires italiennes Fleuve Noir (2012), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 12:12

Pour les amateurs de thrillers français, Bernard Minier est visiblement le nom de l’auteur qui monte, qui monte. Son premier roman, Glacé avait fait parler de lui, et je n’avais lu que du bien du suivant Le cercle. Malgré mon peu de goût pour les thrillers, j’ai décidé de ne pas être sectaire et d’essayer.

 

Minier

Marsac, la Cambridge du sud-ouest, pas loin de Toulouse. Cette petite ville tranquille est un des centres universitaires les plus recherchés de France, surtout pour son lycée et ses prépa littéraires prestigieuses. Quand une prof de français est retrouvée, assassinée chez elle dans des conditions particulièrement spectaculaires et cruelles, cela fait désordre. Le commandant Martin Servaz, de Toulouse, est appelé au secours par Marianne son ancien amour de jeunesse : Hugo, son fils, élève en prépa lettres, a été arrêté. Il était sur les lieux du crime à l’arrivée des gendarmes, prostré, visiblement sous l’emprise de drogues. Marianne est certaine de l’innocence de son fils que tout accuse et demande à Martin de tout faire pour le sauver de la prison. C’est alors que refait surface l’ombre d’un tueur en série que Servaz a déjà affronté et qui s’est évadé depuis deux ans … Le passé récent, et un passé plus ancien vont alors s’inviter dans une enquête à hauts risques.


Ben je crains de persister dans mon manque d’appétence pour le thriller …


Je n’ai rien à reprocher à celui-ci, et je veux bien croire qu’il fasse partie du haut de gamme du genre. L’intrigue est soignée, on tourne les pages, on veut savoir la suite, il y a du suspense. Contrat rempli donc.


Mais il n’y a rien à faire, je n’arrive pas à me passionner pour la vie (ou la mort) des personnages. Donc je ne tremble pas. Et s’il n’y a pas de « thrill » il n’y a plus de thriller. Comme le suspense marche on va au bout pour savoir le fin mot de l’histoire (même si j’avais deviné avant la fin, et en particulier avant les flics), avec curiosité mais sans passion ni crainte. Et du coup, le roman refermé, plus rien.


Qu’est-ce qui fait que je me passionne pour la vie de Jack Taylor, de Charles Resnick, de Charlie Parker de Giorgia Cantini ou de Mario Conde, et que je me fous de celle de Martin Servaz ? A cette question je suis bien incapable de répondre. C’est le mystère de l’étrange résonnance entre un auteur, ses personnages, et un lecteur.


Toujours est-il que, ce que les éditeurs français classent sous le terme de thriller m’est parfois agréable sans plus (comme ici), souvent absolument insupportable (fouillez dans les archives vous trouverez un ou deux exemples).


Bernard Minier / Le cercle XO Editions (2012).

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 07:38

Si vous êtes habitué(e) de ce lieu, vous avez déjà entendu parler des Wu Ming. Qu’ils écrivent en groupe comme pour le somptueux Manituana, ou séparément avec New Thing et Mort aux humains, leurs romans sont toujours inattendus et passionnants. Le dernier en date, L’étoile du matin, est signé Wu Ming 4.

 

 

WuMing4

Oxford, 1919. Quatre hommes essaient de se réhabituer à la vie normale après des années de guerre. J.R.R. Tolkien, Robert Graves (grand poète et spécialiste de mythologie) et C.S. Lewis qui n’a pas encore écrit les Chroniques de Narnia, tentent en vain d’oublier les tranchées où ils ont perdu amis et famille. Sur le campus d’Oxford ils vont rencontrer T.E. Lawrence, que la presse américaine est en train de transformer en Lawrence d’Arabie. En quelques mois, Graves, futur spécialiste des mythes antiques, Tolkien et Lewis, futur créateurs d’histoires qui marqueront le siècle, et Lawrence qui préfigure les mythes Hollywoodiens vont se croiser, s’apprécier ou se haïr, et tenter, chacun à sa façon, de soigner les blessures et d’oublier la culpabilité d’avoir survécu quand tant d’autres sont morts.


J’attendais beaucoup de ce roman, trop peut-être. Et cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord j’ai été fasciné et passionné par les trois romans du collectif que j’ai pu lire. Ensuite, pour un amateur de littérature et de cinéma, l’idée de faire se rencontrer ces quatre légendes est forcément très excitante. Pour finir, les critiques ici et là sont très élogieuses. Au final, je m’attendais à être plus enthousiaste, même si le roman est très intéressant. Tentative d’explication.


Pour commencer, j’ai trouvé que la narration manquait de tension. Jusqu’à très tard dans le roman on s’intéresse certes aux destins croisés des quatre personnages, mais on voit mal ce qui les rassemble réellement (à part le lieu géographique) et surtout on voit mal comment leurs existences vont se nouer et s’imbriquer. Ce nœud, le mystère des uns que les autres vont tenter d’éclaircir n’apparaît que très tardivement. Du coup pendant presque les trois quarts du roman les quatre récits sont intéressants, très intéressants même, mais on ne voit pas pourquoi l’auteur a voulu les mêler, au risque d’être trop court sur chacun d’eux.


D’où, ensuite, la frustration. Les retours dans le passé, et en particulier sur la guerre de Lawrence sont absolument passionnants … mais il y en a trop peu, on en voudrait beaucoup plus ! De même si on voit très bien l’œuvre de Tolkien en devenir (là aussi c’est passionnant), et le rôle de la littérature et de la création d’univers et de langue dans le processus de retour à une certaine normalité, on ne voit rien de tel pour Lewis …


Frustration donc, parce que c’est bon, mais trop peu. Mais si on avait eu tout ce qu’on attend pour chaque personnage, le roman aurait atteint les 1000 pages … Ceci dit, si on est frustré, c’est que par ailleurs, c’est quand même bon, voire très bon. C’est pour ça que, a posteriori je dis que j’en  attendais peut-être trop.


Certaines scènes sur la passé dans les tranchées ou sur la guerre de Lawrence sont saisissantes. Les pages de réflexion sur la création littéraire en général, et la création d’un univers qui a marqué des générations de lecteurs et a en quelque sorte créé la fantazy (à savoir l’incontournable monde de Tolkien) sont passionnantes. Et le dernier quart est exceptionnel, qui dénoue certains fils, décrits dans des scènes d’anthologie l’origine des blessures de Lawrence ou le vrai début de la création de Tolkien. Des pages magnifiques, et des images inoubliables.


Un roman très intéressant, passionnant même, malgré ses défauts, et malgré le goût de pas assez qu’il laisse au final.


Wu Ming 4 / L’étoile du matin (Stella del matino, 2008), Métailié (2012), traduit de l’italien par Leila Pailhès.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 21:47

Le travail de réédition effectué par les éditions Rivages est une vraie bénédiction pour les amateurs. Ceux qui avaient lu les textes dans leurs premières éditions peuvent découvrir des traductions plus fidèles, compléter leurs collections ou découvrir des romans à côté desquels ils étaient passés. Les nouveaux venus dans le monde du polar peuvent facilement découvrir les grands auteurs. Après le boulot réalisé sur les séries Dortmunder/Parker de Westlake/Stark, voici un bijou noir d’un des plus grands maîtres du genre, L’échappée de Jim Thompson, un vrai bonheur d’autant plus que je ne connaissais pas ce roman.

thompson

A peine sorti de prison, Doc McCoy et sa femme Carol préparent, avec un troisième complice, le braquage d’une banque qui leur permettra de se retirer, riches. Le coup se déroule comme prévu, mais c’est ensuite que les ennuis commencent. Et si Doc a toujours l’air d’un gentleman souriant et sympathique, s’y fier serait une grave erreur. Doc est un truand, un vrai, prêt à écarter par tous les moyens quiconque se met en travers de son chemin. Ce qui a commencé comme un holdup parfaitement programmé tourne au jeu de massacre.

Les amateurs de Jim Thompson se doutent bien que la cavale de Doc et Carol ne va pas être pavée de roses, et que le récit risque fort de ne pas prêter à rire … C’est que le grand Jim n’était pas connu pour son optimisme et qu’il ne se faisait aucune illusion sur la nature humaine.


Cela se vérifie une fois de plus dans ce récit impeccable, millimétré et glaçant. Le personnage de Doc est particulièrement marquant. Sous des dehors bonhomme et une allure de gentleman flegmatique se cache un tueur sans pitié, une vraie machine qui pourrait préfigurer Parker de Richard Stark. Comme lui il ne tue pas par plaisir, mais n’hésite jamais à le faire si tuer est la solution la plus simple.


Mais là où Stark/Westlake s’amuse à accumuler les obstacles pour avoir à inventer des solutions plus ingénieuses les unes que les autres, chez Thompson les obstacles sont prétextes à révéler chaque fois un peu plus la part de folie et de noirceur de l’âme de ses personnages.


Et je ne vous parle même pas du final, absolument hallucinant. Vraiment un grand roman à (re)découvrir.


Jim Thompson / L’échappée (The Getaway, 1958), Rivages/noir (2012), traduit de l’américain par Pierre Bondil.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands classiques
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