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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 23:26

On le sait John Rebus est à la retraite après une sortie en beauté. Mais pas Ian Rankin qui revient avec un nouveau personnage, peut-être appelé à une nouvelle série ? C’est tout le bien qu’on souhaite à Malcom Fox, héros de Plaintes.

Rankin

Malcom Fox, comme Rebus est flic à Edimbourg. Mais là s’arrête la comparaison. Si Rebus est rock, mauvais coucheur, bagarreur et picoleur, Fox est d’un calme olympien, il a arrêté de boire, et travaille au Service des Affaires et Plaintes internes, ceux qui enquêtent sur leurs collègues. Les deux ont quand même un point commun, ils ne lâchent pas facilement le morceau. Malcom est chargé d’enquêter sur un collègue, Jamie Breck, qui consulterait régulièrement des sites pédophiles. Enquête délicate, d’autant plus délicate que le beau-frère de Fox est tabassé à mort et que c’est Breck qui est en charge de l’enquête. Quand on sait que le beau-frère en question tapait sur la sœur de Fox, et qu’il le savait, on sent que la chose tend à devenir inextricable. Si en plus de grosses sommes d’argent se mêlent de l’affaire …


Ian Rankin change donc de héros, mais pas de ton, et surtout ne perd rien de son talent et de sa colère. Et décidément, après Thorarinsson et Bruen, avec Markaris à venir, ce sont bien les auteurs de polar qui se coltinent les effets de la crise dans leurs pays. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire au début, c’est bien de cela qu’il s’agit.


Mais à la façon Rankin. C’est à dire avec une intrigue millimétrée, des dialogues qui claquent, des personnages de chair, de sang et d’émotion, et surtout, une rage au ventre intacte, la même qui animait ce bon vieux John.


A l’arrivée, dans un premier temps, un réel bonheur de lecture pour tout amateur de polar qui aime les coups de théâtre, les retournements de situation, le frisson du suspense. Des personnages qu’on attend avec impatience de retrouver, et les mains dans  cambouis pour décrire les tenants et aboutissants de la crise en Ecosse, sans jamais verser dans le cours magistral. Que demander de plus ?


Ian Rankin / Plaintes (The complains, 2009), Le Masque (2012), traduit de l’anglais (Ecosse) par Philippe Loubat-Delranc. 

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 23:55

Je l’avais annoncé là, je me suis tellement régalé à lire L’étrange vie de Nobody Owens de l’immense Neil Gaiman à mes enfants que je vais vous en faire un compte rendu complet. Il faut dire aussi que je suis un inconditionnel de cet auteur, que je trouve aussi génial dans ses romans que dans ses scenarii de BD.

 

gaimanowens

Nobody Owens (qui ne s’appelle pas encore comme ça) est un bébé se déplaçant à peine à quatre pattes quand Le Jack, le plus terrible tueur de Londres, massacre sa famille avec son grand couteau. Le hasard ? la chance ? le destin ? font que le bambin se réfugie dans le cimetière voisin où M et Mme Owens, morts depuis bien longtemps, voudraient bien le recueillir. Seulement voilà, dans ce cimetière, l’un des plus anciens de Londres, tout le monde n’est pas de cet avis … Jusqu’à ce qu’une dame vêtue de gris montée sur un grand cheval blanc, que tous connaissent bien vienne dire « Les morts doivent être charitables », ce qui clôt le débat. Le bébé, qui s’appellera Nobody Owens, sera élevé par les morts du cimetière, aidés par Silas, un géant très tranquille qui semble naviguer à son aise entre les deux mondes, celui des morts et celui des vivants. Jusqu’à ce que Nobody grandisse et puisse sortir, affronter le meurtrier de sa famille qui le cherche toujours.


Génial, tout simplement génial. Une histoire superbe, des moments d’émotion intense, de l’humour, du suspense, beaucoup de poésie, d’intelligence, d’inventivité … Bref du grand Neil Gaiman.


On retrouve des pages magnifiques, on retrouve sa façon unique de prendre à son compte les mythes qu’ils soient anciens, très anciens (comme les Dieux de American Gods) ou plus récents comme ceux créé par les premiers géants de la littérature fantastique (vampires, loups-garous, fantômes etc …). Tout cela en les intégrant parfaitement dans un monde actuel.


On retrouve ses méchants inquiétants, entraperçus comme des ombres, et pourtant si réels. Les Jack de ce roman font penser à certains affreux de Sandman, ou à ceux d’un autre chef-d’œuvre, Neverwhere. On retrouve son intelligence dans sa description des rapports entre les gens, qu’ils soient jeunes, vieux, ou morts depuis longtemps. On retrouve son humour (avec ici une mention spéciale aux épitaphes des tombes du cimetière de Nobody …).


Bref un régal de bout en bout, aussi bien pour mes deux minots qui ont adoré, que pour moi. A lire à voix haute, à voix basse, pour soi, pour les autres et à tout âge.


Neil Gaiman / L’étrange vie de Nobody Owens (The graveyard book, 2008), J’ai Lu2012 (2012), traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 19:50

J’ai découvert Brigitte Aubert il y a peu, avec le monstrueux et réjouissant Le souffle de l’ogre. Puis j’ai lu quelques uns de ses romans pour préparer sa venue à TPS en 2011. Comme j’ai apprécié, j’essaie maintenant de suivre ses nouveautés. La dernière en date : La ville des serpents d’eau.

AubertUne petite ville des US, proche de la frontière canadienne, à la veille de la période de Noël. Il y a une quinzaine d’années, cinq fillettes ont été enlevées. Les corps de quatre d’entre elles ont été retrouvés, dans les lacs du coin, le dernier n’a jamais réapparu. Et voilà que fait surface une gamine maigre, salle et muette, semblant sortie de nulle part. Elle est prise en charge (si on peut dire) par Black Dog un SDF noir, immense et légèrement demeuré. Chose qui ne semble étonner personne, sauf Limonta, ex flic newyorkais, viré après une très grosse bavure due à sa consommation excessive d’alcool. Limonta traine sa déprime dans sa ville d’origine mais va trouver là l’occasion de se rendre utile, une dernière fois, avec l’aide d’un ex rappeur  revenu, lui aussi, croupir dans sa ville natale.

Je ne vais pas vous raconter d’histoires, on n’a pas là le chef-d’œuvre de l’année qui va révolutionner le genre ou vous hanter pendant des mois. Mais je l’ai lu en une journée, impatient de le retrouver chaque fois que je le laissais pour retourner à la « vie normale ». Ce qui est un signe infaillible que l’on a là un polar impeccable, parfaitement construit, avec ce qu’il faut d’épaisseur des personnages, de suspense, de coups de théâtres, de surprises, de fausses pistes …

Bref, exactement ce qu’il faut de temps en temps quand on veut passer un bon moment de lecture sans forcément trop se prendre le chou. Et c’est déjà beaucoup …

Brigitte Aubert / La ville des serpents d’eau, Seuil/Policiers (2012).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 22:22

Et de trois. Après une période de disette, voici donc le troisième Ken Bruen coup sur coup. Cette fois il s’est associé à R .F. Coleman (que je ne connaissais absolument pas) pour écrire à quatre mains et à toute allure ce Tower.

Bruen Coleman

New York, deux mômes, amis pour la vie, Nick l’irlandais et Todd le juif. Deux gamins qui, en grandissant font de plus en plus de conneries et finissent par entrer dans la bande de Boyle, truand qui a la main mise sur le quartier. Mais que devient l’amitié au temps des premiers amours, de la violence et des coups fourrés ?


Ne cherchez pas ici un grand message sociologique, ou économique ou philosophique … Non les deux auteurs se sont de toute évidence amusés à écrire un polar nerveux, resserré, jubilatoire, noir, « classique » dans le meilleur sens du terme (comme le grand Clint peut faire du cinéma « classique ») et bougrement efficace.


On prend plaisir à chaque page, à chaque ligne, les différents chapitres apportent leur lot d’horreurs et de surprise, l’écriture à quatre mains est d’une cohérence totale. Bref, c’est le pied le temps que ça dure (pas longtemps car c’est serré et court). Un vrai régal noir.


Ken Bruen et R.F. Coleman / Tower (Tower, 2009), Rivages/Noir (2012), traduit de l’anglais (irlando américain) par Pierre Bondil. 

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 22:39

Un polar portugais, chouette ! C’est que je n’en ai pas dans mon tour du monde. Autant dire que j’étais enchanté d’attaquer Le bon hiver de João Tordo, d’autant plus que j’avais lu de bonnes critiques ici et là. Malheureusement, déception.

Tordo

Le narrateur est un jeune auteur portugais, ayant publié trois livres qui n’ont eu aucun écho. Invité surprise à un colloque à Budapest il accepte pour gagner quelques sous et tenter de secouer sa déprime. Là il se lie avec un italien exubérant qui le convainc de se joindre à une bande de parasites chez un producteur de cinéma dans le sud de l’Italie. Dans le décor surréaliste d’une villa isolée dans les bois, ils se retrouvent à boire et fumer jusqu’à l’arrivée, en pleine nuit, de leur amphitryon. Qui est retrouvé mort, assassiné le matin suivant. Commence alors un huis clos sous la menace d’un colosse catalan bien décidé à venger la mort de son ami assassiné.


Pas mal de lecteurs ont aimé ce roman, il doit donc avoir quelques qualités … Pour ma part je me suis un peu ennuyé et surtout je n’ai pas du tout vu ce que voulais raconter l’auteur.


Ennuyé parce qu’on doit se cogner quelques longueurs sur les état d’âmes, pas forcément passionnants d’un narrateur geignard, dépressif et pas franchement courageux. Longueurs d’une intrigue qui ne se noue qu’environ à la moitié du roman. Et longueurs parce qu’ensuite ce qui devrait être un huis clos inquiétant et oppressant ne m’a ni inquiété ni oppressé une seule seconde.


Et puis je n’ai vraiment pas vu l’intérêt de passer par Budapest pour arriver dans cette villa. Et tout le début censé présenter les personnages, et en particulier le narrateur n’apporte pas grand-chose. Et à la fin on ne finit pas vraiment de savoir ce qui s’est vraiment passé cette nuit là (un peu facile quand on écrit un polar). Bref, c’est comme si l’auteur avait eu plein d’intentions, pleins d’idées, et qu’il n’en avait mené aucune à terme. Un peu comme son narrateur.


Ce n’est pas catastrophique, sinon on lâcherait le bouquin avant, et ce flou et cette « mollesse » sont  sans doute voulus, mais ça m’a ennuyé.


Si quelqu’un veut défendre ce roman, les commentaires lui sont ouverts, je suis curieux de comprendre à côté de quoi je suis passé.


João Tordo / Le bon hiver(O bom inverno, 2010), Actes Sud (2012), traduit du portugais par Dominique Nédellec.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 22:29

Comme annoncé il y a peu, un bonheur (et un Ken Bruen) n’arrive jamais seul, et alors que la série noire publie, enfin, la suite des aventures de Robert et Brant, Jack Taylor est passé chez Fayard, avec Le démon.

 

Bruen TaylorCa y est, Jack quitte l’Irlande et Galway. Comme tant d’irlandais avant lui il part pour les USA. Ou plutôt, il voudrait partir. Car il ne passe pas le poste de police de l’aéroport qui lui refuse son visa et le revoilà chez lui. De quoi replonger durablement dans le Jameson, la Guinness et les tranquillisants. D’autant plus que, alors que les affaires reprennent, il semble avoir attiré l’attention d’un étrange personnage, séducteur, riche, beau gosse et … effrayant et semblant tout puissant. Et tous ceux qui veulent aider Jack meurent très vite, dans des conditions atroces.


Revoilà donc Jack Taylor, le privé qui pourrait n’être qu’un cliché : déprimé, alcoolique, accro aux médocs, mais capable d’être méchant comme une teigne. Une vraie collection de poncifs … et pourtant, un vrai personnage, une humanité à fleur de peau, un des antihéros de polar qu’on a le plus de plaisir à retrouver. Comme quoi, c’est bien les clichés quand on sait les manipuler, et Ken Bruen est un maître en la matière.


Et qui mieux que ce vieux Jack pourrait rendre compte de la catastrophe irlandaise, de l’effondrement après la bulle, du retour à une sorte de point de départ après avoir cru, un instant, qu’il était si facile de devenir riche. Qui mieux que Jack, nostalgique des pubs enfumés où l’on sait encore servir une Guinness, pourrait raconter la désillusion, la galère, et les contradictions d’une société irlandaise qui est entrée d’un coup dans une sorte de mirage économique et de modernité, mais qui continue quand même à suivre les processions religieuses ?


Qui ? Personne.


Un véritable plaisir de suivre cette histoire, davantage chronique qu’enquête (peut-on enquêter sur le Diable ?), de visiter les auteurs et les chanteurs préférés de Jack (et donc de son créateur), de le suivre de pub en pub, de sentir sa hargne, sa mauvaise humeur permanente, d’écouter ses réparties cinglantes, de suivre ses passes d’arme avec les curés, les flics, les voyous …


Un Jack Taylor teinté de fantastique pour un Ken Bruen au mieux de sa forme.


Ken Bruen / Le démon (The devil, 2010), Fayard/Noir (2012), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie Ploux et Catherine Cheval.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 20:01

Je ne suis pas les sorties des romans de Iain Banks en grand format, mais chaque fois que je tombe sur un volume de la série de la Culture en poche, je me précipite. Le dernier publié s’appelle Trames.

Banks

En introduction, pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est ce cycle, vous pouvez aller voir une de mes chroniques passées , ou bien, vous achetez ou empruntez Trames et vous aurez, à la fin,  un article complet et passionnant de l’auteur lui-même.


Sursamen est un monde étrange, un monde gigogne, immense sphère creuse contenant plusieurs mondes concentriques, construite des éternités avant la Culture et maintenant peuplée par différentes espèces. Les 8° et 9° niveaux sont occupés par des civilisations humaines peu développées (elles en seraient à un équivalent du début de la révolution industrielle) en guerre permanente. Alors que le Roi Haust semble sur le point de gagner la bataille décisive, il est assassiné par son bras droit, sous les yeux de son fils aîné qui, caché, a assisté à toute la scène. Ce dernier n’a plus qu’une solution pour sauver sa peau, rejoindre la surface et essayer de retrouver sa sœur partie il y a quelques années rejoindre le monde extérieur et la Culture. Pendant ce temps, une espèce plus évoluée tire les ficelles et, sous les chutes d’eau majestueuses du 9° niveau, d’étranges artefacts sont en train d’être exhumés …


Toute la puissance de l’imagination de ce créateur d’univers qu’est Iain Banks dans ces quelques 800 pages. On ne peut qu’être complètement bluffé par la diversité des êtres vivants, des cultures, des mondes, naturels et artificiels qu’il est capable d’inventer. Bluffé par la richesse des descriptions, et par la cohérence de ce qu’il imagine. Et encore plus bluffé de s’apercevoir, à l’arrivée, que toutes ces inventions ô combien exotiques, voire aliènes, parlent finalement de nous et de nos propres problématiques.


Ingérence ou non dans une autre culture (un autre pays), relativisme des cultures ou non, du bon usage (ou non) du pouvoir … Autant de thématiques traitées, sans jamais ennuyer, sans jamais oublier de créer de vrais personnages, sans jamais oublier de raconter une histoire magnifique et prenante.


Iain Banks est un géant, et le cycle de la Culture restera sans aucun doute l’un des chefs-d’œuvre de la SF, et de la littérature tout court.


Iain Banks / Trames (Matter, 2008), Livre de poche (2012), traduit de l’anglais (Ecosse) par Patrick Dusoulier.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 00:20

Patricia Melo est un auteur qui aime surprendre. On l’avait découverte avec le très éprouvant O Matador, elle nous avait fait rire avec Eloge du mensonge, avant de nous replonger dans l’enfer urbain de … Enfer et de nous lancer dans un road movie aux trousses de Maiquel, le héros de son premier roman, dans Monde perdu. Elle revient, encore avec un anti-héros, dans Le voleur de cadavres.


MeloLe narrateur est fade. Il a quitté une boite de télémarketing à São Paolo, pour venir s’enterrer dans une petite ville du Pantanal (si comme moi vous ne savez pas où c’est, merci ouikipédia). Il y mène une vie terne qui lui convient parfaitement jusqu’au jour où, alors qu’il est en train de pêcher, il voit un avion de tourisme s’écraser devant lui. A bord, un pilote qui meurt dans ses bras, et un sac à dos avec un joli paquet de cocaïne. Quand il décide de ne rien dire à la police et de garder le paquet, sa vie bascule, pour le meilleur, et surtout pour le pire.


Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le meilleur Patricia Melo. A mon humble avis, il n’a pas la puissance et la noirceur de ses romans urbains. Même si j’ai pris plaisir à le lire, je l’ai refermé en me demandant un peu ce qu’elle voulait raconter. Une variation autour d’une histoire classique de trio amoureux ? La chronique de la vie dans une petite ville perdue ? Le glissement progressif d’un homme ordinaire vers la criminalité et la culpabilité ? La description d’un lieu qui semble assez unique ? Un peu tout ça peut-être, mais rien ou presque n’est vraiment mené à son terme.


Certes le paragraphe ci-dessus est sévère, trop sans doute. Parce qu’au final on suit avec intérêt le glissement du narrateur vers une certaine déchéance, on suit sa culpabilité de bonhomme ordinaire pris dans une spirale qui l’entraîne, peu à peu, vers une « perversion » qu’il n’aurait jamais pensé toucher du doigt. L’écriture, très à plat, très neutre accentue l’impression de pourriture généralisée et coller parfaitement à ce narrateur terne.


Alors pourquoi cette impression de déception ? Sans doute parce que Patricia Melo nous avait habitué à beaucoup plus fort. Parce qu’il me semble que les étendues sauvages, plusieurs fois qualifiées de véritable Paradis mais que l’auteur ne décrit jamais vraiment auraient pu être un élément essentiel du récit. Parce que certains éléments de l’histoire (comme le trio amoureux qu’on sent porteur de drame) ne sont pas vraiment utilisés …


En bref, un bon polar si l’on veut une histoire « classique » transposée dans un lieu inhabituel, mais une légère déception pour les amateurs de Patricia Melo qui nous avait habitué à mieux. Mais peut-être, du coup, étais-je trop exigent …


Patricia Melo / Le voleur de cadavres (Ladrão de cadáveres, 2010), Actes Sud (2012), traduit du portugais (Brésil) par Sébastien Roy.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 22:32

Nous voici arrivés au Tome 3 de Blast du génial Manu Larcenet. Après Grasse carcasse, et L’apocalypse selon Saint Jacky, voici La tête la première.


Blast IIINous retrouvons la masse imposante de Polza, toujours en garde à vue chez les flics. Des flics qui commencent à perdre patience, Polza leur parlant de tout, de sa vie, sans jamais aborder le thème qui les intéresse : Comment a-t-il trucidé Carole ? Une future victime qui fait, enfin, son apparition dans le récit de Polza, confronté de nouveau à sa folie et à la violence des hommes.


S’il faut vraiment chercher la petite bête, je dirais que ce troisième volume est un tout petit peu moins intense que les deux premiers. Juste un tout petit peu. Mais c’est pas grave …


On retrouve le dessin noir et blanc, tout en nuance de gris, magnifique, le silence, le calme et, de temps en temps, les explosions de couleur, de violence qui n’en sont que plus marquantes.


On retrouve l’empathie de Larcenet, son traitement subtil et très émouvant de la folie, de la différence, de la douleur … Et puis on sent que l’histoire arrive à un tournant, avec la victime annoncée qui fait son apparition et amorce le suspense qui grandira sans aucun doute dans les albums à venir.


Indispensable, comme les deux premiers. Il ne reste plus qu’à attendre, avec impatience la suite de cette série hors norme, comme son protagoniste principal.


Si vous voulez vous faire une idée de l’objet, vous pouvez aller feuilleter, virtuellement, les premières pages sur le site de l’éditeur.


Manu Larcenet / Blast, TIII, La tête la première, Dargaud (2012).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans BD
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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 17:52

Ca commençait à faire longtemps qu’on n’avait pas eu un bon R&B à se mettre sous la dent. Et le voilà enfin, joli cadeau offert par Ken Bruen et la série noire. Celui-ci s’appelle Munitions, et c’est toujours aussi bon. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul on a deux autres Ken Bruen ce mois ci, un Jack Taylor chez Fayard et un roman à quatre mains chez Rivages, à suivre ici même bien entendu.


BruenL’inévitable et pourtant impensable vient d’arriver : Brant s’est fait tirer dessus. Il s’en est tiré mais il semble que le commanditaire ne compte pas en rester là (ce qui aurait tendance à arranger pas ma de monde dans son commissariat). Parallèlement Liz Falls se retrouve à patrouiller pour arrêter de jeunes cons qui pratiquent le nouveau jeu à la mode : gifler quelqu’un au hasard dans la rue et photographier sa tronche ahurie pour faire circuler les photos sur le net. Quand Angie, la cinglée de Vixen refait surface les choses prennent vraiment un mauvais tour …


Je sais, c’est court et c’est lu en moins de deux heures. Je sais, l’intrigue est mince. Je sais tout ça. Mais qu’est-ce que c’est bon nom de Dieu !

 

C’est court parce que Ken Bruen est capable de faire exister un personnage en quelques lignes. C’est court parce que les dialogues sont d’un tranchant absolu. C’est court parce qu’il n’explique pas ce que font ses personnages, il le montre. C’est court parce qu’il écrit avec une économie et une efficacité rares … Du coup c’est bon, très bon.


C’est sanglant, cinglant, méchant, drôle, et ce qui pourrait n’être qu’un jeu de casse pipe un peu vain prend toute son épaisseur quand on s’aperçoit, presque surpris qu’on est aussi ému. Et que ça dit des choses sur l’arrogance des puissants et la dégradation de la société anglaise. Et le pire c’est qu’on apprécie de plus en plus cet espèce d’animal qu’est Brant, roc immuable de méchanceté, de mauvaise foi, d’irrespect … Mais en même temps bonhomme définitivement cohérent et fidèle à ses principes (des principes discutables certes, mais des principes quand même).


Allez, un petit extrait pour la route :


« De retour au poste de police, Roberts lui dit d’aller chercher deux thés à la cantine et de les apporter dans son bureau. Elle eu envie de protester, de répondre qu’elle était policière, qu’aller chercher du thé ne faisait pas partie de ses attributions, mais il lui sembla que ce n’était pas le moment.

- Comment le voulez-vous, monsieur ? lui demanda-t-elle sur un ton sarcastique.

Il ne se démonta pas.

- Vite. »


Ken Bruen / Munitions (Ammunition, 2007), Série Noire (2012), traduit de l’anglais (Irlande) par Daniel Lemoine. 

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