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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 22:01

Les éditions Belfond ont eu l’excellente idée de rééditer les aventures du commissaire Léon de la fantasque Nadine Monfils. Je l’avais croisée il y a quelques années à Frontignan, et l’avais trouvée drôle et chaleureuse en débat. Je m’étais donc promis de lire ses bouquins, et puis, l’oubli, l’avalanche de titres, la routine … Je ne l’ai finalement découvert qu’avec Les vacances d’un serial killer, qui m’a enchanté. C’est pourquoi je suis si content d’avoir l’occasion de découvrir ses romans plus anciens avec ce premier titre : Madame Edouard.

 

Monfils Edouard

Le commissaire Léon, de Montmartre se traine quelques handicaps pour faire une brillante carrière : A plus de quarante ans il vit chez sa mère, se passe les nerfs en tricotant, est affublé d’un chien très fainéant répondant au doux nom de Babelutte qui a les pattes arrière plus longues que les pattes avant et d’une secrétaire nymphomane collectionneuse de boucles d’oreilles pour le moins originales. Malgré tout, il est plutôt efficace. Et il va en avoir bien besoin pour découvrir qui sème les cadavres de jeunes femmes dans les différents cimetières de la capitale. Des cadavres auxquels il manque un bras, et toujours sommairement enterrés à côté de tombes de grands peintres …

 

Dès qu’un auteur fait preuve d’un peu d’imagination et crée des personnages un poil originaux on a droit à la tarte à la crème des personnages « hauts en couleur ». En l’occurrence, ici, l’expression est particulièrement adaptée. Un commissaire qui tricote pour se passer les nerfs, une secrétaire botoxée de partout qui porte de vrais aquariums avec poissons à chaque oreille, des clients de bar que ne renierait pas Westlake pour son O.J. Bar … Et bien d’autres.

 

Le plus beau est qu’elle les aime ces personnages, et nous aussi (nous aussi on les aime). Aucune méchanceté, aucune condescendance, on sent que l’auteur adore toute cette humanité extravagante, parfois souffrante, parfois emmerdante, parfois même limite dangereuse. Un vrai régal, d’autant plus que de façon étonnante dans ce beau bazar l’intrigue tient la route.

 

Ajoutez le plaisir anticipé de lire la suite, le volume regroupant deux romans et vous crierez avec moi : « Vive Léon ! Vive Nadine ! »

 

Nadine Monfils / Madame Edouard, Belfond (2012).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Bénélux
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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 19:07

C’est les vacances. Même si je suis toujours au boulot, à partir du 1 juillet je me considère comme en lectures d’été. Et c’est l’été que, profitant d’une brève accalmie dans les sorties polar, je fais quelques incursions dans les rééditions, la blanche et la SF. En plus, là j’ai encore la tête sous l’eau et j’avais besoin d’un bouquin qui donne un avant-goût de la plage : pas trop déprimant, pas trop « réflexionnant », avec les pages qui tournent toutes seules. J’ai suivi les conseils de ma libraire SF préférée, hop Entité 0247 de Patrick Lee.


Lee 0247Cela fait juste un an que Travis Chase, ex flic ripoux, est sorti de taule (c’est un bon départ ça, de la SF mais avec un personnage typiquement polar …). Il a décidé de fêter sa libération en partant, seul, quelques jours en Alaska. Pour réfléchir à son avenir. Pour la réflexion, c’est raté. Car le troisième jour il tombe sur un 747 crashé. A son bord tout le monde a été assassiné d’une balle dans la tête. Y compris un passager de marque, la Première Dame elle-même. Qui a eu le temps de laisser un appel au secours en forme de marche à suivre. Travis Chase vient de mettre le doigt dans un piège fatal, un piège qui va remettre en question tout ce qu’il croit savoir sur lui, et sur le monde.


J’anticipe tous les reproches qui ont été et vont être faits à ce bouquin :


  • Il est bourrin : Oui.
  • La fin est au mieux tirée par les cheveux, au pire je m’enfoutiste : Oui.
  • Il fait pas réfléchir : Oui.

Mais.


  • Il est bourrin et ça fait du bien de temps en temps.
  • Il fait pas réfléchir et ça fait du bien de temps en temps.


Et surtout, l’auteur a une écriture sèche et fluide qui vous emballe aussi sec, et un sens de la construction qui fait qu’on ne peut s’arrêter nulle part. Essayez, si vous mordez à l’hameçon il n’y a plus une seule fin de paragraphe, encore moins de chapitre où stopper la lecture, les personnages sont en permanence sur le point de tomber dans le gouffre ou dans la fosse aux serpents, de se prendre une balle, un coup de couteau …


Certains y verront une surenchère (et ils auront raison), mais j’ai marché, couru même, et je me suis retrouvé bouche bée comme quand j’ai découvert Indiana Jones à sa sortie (et oui, je suis assez vieux pour avoir découvert Indy à sa sortie).


Bref de l’adrénaline et de la castagne pures, avec un assaisonnement SF qui fonctionne. Et comme l’auteur a inventé un « bidule » (je vous laisse le découvrir) qui permet autant d’épisodes indépendants qu’il veut, ben j’ai le second en réserve pour quand j’aurai un coup de mou …


Patrick Lee / L’entité 0247 (The breach, 2010), L’Atalante/ la dentelle du cygne (2012), traduit l’américain par Patrick Couton.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 23:17

La mort à Breslau est le quatrième volume des aventures de Eberhard Mock flic de Breslau créé par le polonais Marek Krajewski. Après La fin du monde à Breslau, nous voici au début des années 30, au moment où le mouvement nazi monte en puissance et fait  peu à peu sentir son pouvoir de nuisance.


KrajewskiPrintemps 1933 à Breslau. Les nazis mettent la main sur la ville mais se heurtent toujours à la police locale, tenue de main de fer par Eberhard Mock, l’homme de l’ombre qui a des dossiers sur tous les personnages influents de la ville. C’est dans ces circonstances que Marietta von der Malten, jeune fille d’un aristocrate de Breslau est trouvée éventrée dans un wagon venant de Berlin. Dans son ventre, des scorpions noirs …


Pressé par tous de trouver un coupable, Mock livre un vieux juif fou qui fera un bouc émissaire idéal. Le baron von der Malten, pas convaincu, fait alors venir de Berlin un jeune flic talentueux pour qu’il reprenne l’enquête avec Mock. Une enquête qui va se perdre dans la nuit des temps.


Si j’en crois ce que j’ai lu à droite et à gauche sur les blogs, La mort à Breslau ne va pas être le succès polar de l’année. Je serai peut-être le seul, mais moi j’ai bien aimé.


Je trouve même que de titre en titre Marek Krajewski s’améliore, s’affine, se bonifie. Le premier m’avait complètement largué, perdu dans un fouillis informe, aux côtés d’un « héros » auquel je ne comprenais rien. Peu à peu Eberhard Mock émerge, personnage trouble, ambigu, brillant et impitoyable à la morale élastique qui sait toujours se ménager une porte de sortie. Mis à part son refus d’obéir aux nazis jugés trop incultes, il ne recule devant rien, capable de passer sans le moindre état d’âme d’un protecteur à l’autre. Comme il le dit, l’important est de trouver, pour chaque personne influente, l’étau dans lequel il pourra lui serrer le crane (orientation sexuelle, origine raciale, obédience politique ou philosophique, addiction … tout est bon).


Une fois de plus les amateurs d’intrigues en seront pour leurs frais. Il y a certes une enquête, des flics, un coupable découvert mais l’intérêt principal du roman n’est pas là. Outre le personnage de Mock, il est dans le rendu d’une atmosphère pesante, malsaine, où la propagande nazie est de plus en plus présente, où les persécutions contre les juifs, les malades, les francs-maçons … se dessinent. Une époque glauque parfaitement décrite, en accord avec le personnage principal.


Pas exactement ce qu’on pourrait définir comme « un bon thriller pour la plage » mais un excellent roman noir, dans le sens premier du terme, qui explore une époque et un lieu inhabituels, d’une façon fort originale à défaut d’être aimable.


Marek Krajewski / La mort à Breslau (Śmierć w Breslau, 2011), Série noire (2012), traduit du polonais par Charles Zaremba.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars Europe de l'Est
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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 19:38

Une vraie midinette !

 

Pourtant c’est pas mon trait de caractère le plus marqué, néanmoins cette fin de semaine j’ai été une vraie groupie.

 

Deux fois en deux jours je me suis approché rougissant et balbutiant d’une star pour lui dire des machins aussi originaux que « j’aime beaucoup ce que vous faites ! ».

 

Jeudi soir, j’étais bloqué à la maison, impossible d’aller voir l’immense Tim Willocks chez Gibert. Mais grâce à des complicités dans la place, j’ai su où il trainait en fin d’après-midi et j’ai tapé l’incruste.

Willocks

Ce qui m’a permis d’échanger quelques mots avec lui, de lui dire « J’aime beaucoup blablabla … » et de me promettre d’approfondir la rencontre en octobre lors de TPS. Juste le temps aussi de m’apercevoir que le géant intimidant autant par son physique que par la puissance et la violence de son écriture est un bonhomme adorable, souriant, abordable qui parle d’une voix douce et calme … Vivement TPS.

 

Deuxième occasion, je suis intervenu sur une lecture lors du Marathon des mots, ce qui m’a permis de côtoyer tout ce beau monde. L’acteur qui lisait le texte de Camilleri que je présentais pour commencer. Il s’appelle Stanley Weber, et à ma grande honte je ne le connais pas du tout, mais il a eu l’air de plaire beaucoup à toutes les dames de l’assistance.

 

Par contre ensuite, au pot organisé en fin de soirée, j’ai pu refaire ma mijaurée et déclarer cette fois à Ariane Ascaride que « j’aime beaucoup … ». Elle aussi, bien que beaucoup moins imposante physiquement de le grand Tim, s’est révélée d’une grande simplicité, et a supporté mes platitudes avec le sourire.

 

ariane-ascaride

 

Bref, un vrai week-end de fan.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 15:40

Petra et Fermin passent en grand format ! C’est chez Rivages/Thriller que paraît la nouvelle aventure des deux enquêteurs d’Alicia Giménez Bartlett, Le silence des cloîtres. Espérons que cela leur portera chance, même si ce n’est pas mon préféré dans la série.


Gimenez BartlettSi vous êtes un habitué des aventures des duettistes Petra Delicado et Ferlin Garzon, vous savez qu’à la fin du précédent ouvrage, Un vide à la place du cœur, les deux se mariaient. Les voilà donc de nouveau obligés de concilier vie de famille et horaires de flics. La quadrature du cercle. D’autant plus qu’ils se font refiler une enquête fortement médiatique : Dans une chapelle dépendant d’un couvent de bonnes sœurs un moine a été proprement estourbi d’un bon coup sur le crane, et la momie d’un saint quelconque qu’il était en train de rafistoler a été volée. L’œuvre d’un cinglé ? D’un fanatique religieux ? Une vengeance qui vient de loin, du temps de la guerre civile ? Rien de tout cela ne convainc Petra qui a bien trop les pieds sur terre. Mais la pression médiatique est telle qu’elle est obligée de suivre toutes les pistes, et même de travailler avec un profiler. Un profiler à Barcelone, quelle drôle d’idée !


Lors d’une rencontre avec l’immense James Crumley je l’ai entendu dire que s’il ne créait que des familles abominables prêtes à s’entredéchirer à la moindre occasion c’est que les familles heureuses n’étaient pas très intéressantes pour un écrivain de polar.


C’est peut-être pour ça que Le silence des cloîtres n’est pas mon préféré dans la série. Petra et Fermin sont heureux en mariage ! Du coup c’est moins drôle que quand ils pestaient, râlaient, déprimaient … Plaisanterie mise à part, j’ai trouvé quelques longueurs dans cet épisode, aussi bien dans la menée de l’enquête que dans les scènes familiales.


Malgré ces longueurs, le charme opère une fois de plus. Grâce aux dialogues toujours savoureux entre les différents flics, grâce à la mauvaise humeur de Petra, car tout n’est quand même pas rose dans son mariage, et elle n’a pas gagné de patience, grâce aux situations rocambolesques dans lesquelles les deux enquêteurs vont se trouver, confrontés à un monde d’un autre âge, celui des couvents.


Le charme et l’intérêt de la peinture d’une Espagne qui, malgré sa modernité, n’en finit pas de solder son passé, et reste marquée par le poids de l’Eglise. C’est d’ailleurs le choc entre une culture et des coutumes qui refusent de bouger, et une société moderne, avec presse à sensation et psychologues médiatiques qui sert de toile de fond au roman et en fait l’intérêt.


Pas le meilleur de la série donc, mais intéressant et on se surprend très souvent à sourire.


Alicia Giménez Bartlett / Le silence des cloîtres  (El silencio de los claustros, 2009), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars espagnols
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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 23:10

Cela fait belle lurette que les amateurs de polars savent que Temps Noir n’est pas semestriel. Le numéro 14 était sorti en fin … 2010.

 

Cela fait aussi belle lurette que les mêmes amateurs savent que c’est sans conteste possible la revue la plus documentée et la plus savante sur le polar. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si son éditeur Joseph K. est aussi celui du monumental Dictionnaire des Littératures Policières de Claude Mesplède.

 

Tout cela pour dire qu’en général on attend beaucoup entre deux numéro, on en vient à désespérer que le nouveau sorte, on doute même qu’il sorte un jour … Puis ce jour vient et on est comblé au-delà de toutes les attentes.

 

A condition, bien entendu d’aimer les sujets fouillés et de ne pas en attendre un suivi à la culotte de l’actualité.

 

Bref, le numéro 15 est en librairie le 28 juin. Plus de 300 pages pour :

 

Un dossier David Peace, avec analyse, entretien, traduction d’un entretien entre David Peace et James Ellroy, un article sur David Peace et le cinéma et quatre textes inédits.

 

Un article sur les liens, pas immédiatement évidents, entre Adamsberg et Maigret.

 

Une étude historique sur les publications polar collabo entre 42 et 44.

 

Plus de 150 pages consacrées à Meckert / Amila, avec de nombreux textes inédits (lettres, nouvelles et un roman inachevé).

 

Mais ce n’est pas tout, car un large volet est consacré au cinéma avec :

 

Un entretien avec Olivier Assayas à propos de Carlos.

 

Deux entretiens avec le directeur de la cinémathèque française à propos du cinéma de Melville et du polar hollywoodien des années 2000.

 

En résumé, pas vraiment le genre revue que l’on feuillette en pointillé dans les toilettes (lesquelles revues sont au demeurant fort respectables et fort utiles), pas vraiment non plus le bidule léger que l’on roule dans le sac à main quand on part faire les soldes. Mais une revue quasi incontournable pour qui veut assoir, compléter et enrichir sa culture polar.

 

A dans *** mois pour le numéro 16 !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 23:45

Quelques nouveaux liens avant les vacances.

 

Tout d’abord Toulouse Polars du Sud (TPS pour les intimes) a ouvert son nouveau site. Avec entre autres le programme de la prochaine édition. C’est là.

 

Un nouveau blog consacré au polar, il s’appelle Sang d’encre, il est fort beau et il semble démarrer fort, bienvenue au club !

 

Et pour les toulousains n’oubliez pas cette fin de semaine, le marathon des mots, énormément de spectacles autour de la littérature, dont quelques uns autour du polar.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 22:35

Si l’on doit absolument faire des classements, je dirais que José Manuel Fajardo est un auteur de littérature dite blanche (comme dans Mon nom est Jamaïca) qui flirte parfois avec le noir (voir Dernières nouvelles de Noela Duarte) et qui a plein de copains dans la bande de la Semana Negra de Gijon des auteurs de polar hispanophones. Le dernier roman publié chez Métailié n’est pas tout récent (il date de 1996). Un récit historique court mais d’une très grande efficacité, sous forme de Lettre du bout du monde.


FajardoDomingo Pérez est tonnelier. Il fait partie des quelques hommes laissés sur l’île d’Hispaniola par Christophe Colomb qui a promis de revenir, le temps de faire un aller retour jusqu’en Espagne. Laissé dans ce monde inconnu entouré de compagnons pris de la fièvre de l’or, il écrit à son frère. Des lettres qui seront retrouvée au second voyage de Cristobal, alors que tous les premiers colons ont péri …


Moins de 150 pages qui démarrent comme un récit de voyage classique, vire à « Aguirre ou la colère de Dieu », avec forêt angoissante, attente moite et peur des indiens avant de … mais je n’en dirai pas plus pour préserver la fin.


Fort bien construit, très bien écrit dans une langue qui sonne « d’époque », sachant malgré un faux rythme lent préserver coups de théâtres et surprises jusqu’au final, Lettre du bout du monde se révèle un petit roman historique érudit, un conte philosophique, un balade poétique et légèrement érotique, une belle déconstruction de l’histoire avec de jolies surprises …


Bref une véritable friandise avec de vrais morceaux consistants fort agréable à déguster.


José Manuel Fajardo / Lettre du bout du monde (Carta del fin del mundo, 1996), Métailié (2012), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 10:26

Asphalte continue son tour du monde Noir. Et fait escale à Barcelone.


Une ville que connaissent bien les amateurs de polars. Barcelone ayant été le berceau du renouveau du roman noir espagnol, avec ses deux monstres sacrés, Manuel Vazquez Montalban et Francisco Gonzalez Ledesma, mais aussi moins connu des amateurs de polars, Eduardo Mendoza et son enquêteur sorti de l’asile par les forces de police le temps de ses enquêtes.


Barcelone

C’est aussi de Barcelone que vient l’une des stars actuelles du polar espagnol Alicia Gimenez Bartlett.


L’amateur est donc en terrain connu. Ce qui n’empêche pas d’avoir quelques surprises et quelques belles découvertes au gré de ces 14 nouvelles.


Comme toujours dans ce genre d’exercices, on n’aime pas tout mais je ressortirais du lot :


Pour les connus, la très instructive et très belle Loi de fuite d’Andreu Martin, lui aussi un des grands du polar Barcelonais qui nous replonge aux moments les plus sombres du franquisme.


Pour les découvertes, je me suis régalé avec l’humour macabre et culinaire de David Barba dans Sweet croquette, un vrai moment d’humour noir délicieux.


Beaucoup aimé aussi la méchanceté et l’efficacité narrative de Quartiers chics de Jordi Sierra i Fabra qui met en scène d’immondes profiteurs et … des exploités qui ne se résignent pas à leur rôle de victimes. Vraiment réjouissant, mais ça doit être mon côté méchant.


J’ai bien aimé le fantastique dans Le client a toujours raison d’Imma Monso qui apporte une touche différente.

Intéressante et originale la variation autour du thème du privé de Cristina Fallaras dans Histoire d’une cicatrice.


Décrocher la lune de Valérie Miles met en scène une femme qui aurait pu sortir d’un des grands romans de Francisco Gonzalez Ledesma : victime de ceux qui ont l’argent, mais forte et capable de se venger, en attendant le temps qu’il faut.


Deux surprises en fin, deux auteurs latino-américains que je n’attendais pas forcément dans ce recueil (quoique).

Le péruvien Santiago Roncagliolo auquel on doit le très fort Avril rouge signe Le prédateur, une nouvelle en apparence très classique mais qui amène le lecteur là où il ne l’attend pas.


Et l’argentin Raul Argemi, bien connu des lecteurs de ce blog fait preuve d’une connaissance approfondie de sa ville d’adoption et de ses lieux de débauche dans Le charme subtil des femmes chinoises. Il nous entraîne dans une balade qui va des bars de nuits aux campements de SDF qu’il semble connaître aussi bien que sa Patagonie chérie.


Quand au parrain, Francisco Gonzalez Ledesma, il est là juste le temps d’un petit coucou, trois petites pages pour « cautionner » l’entreprise ? Certes, c’est un peu décevant, mais c’est aussi un joli geste.


Collectif / Barcelone Noir (Barcelona Noir, 2011), Asphalte (2012), traduit de l’espagnol (castillan et catalan) par Olivier Hamilton et de l’anglais par Marthe Picard.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Nouvelles noires
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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 22:26

Son premier roman Surhumain avait fait du bruit sur les blogs. Je l’avais raté. Je découvre donc Thierry Brun avec son ouvrage suivant La ligne de tir, un thriller plein d’adrénaline.

 

BrunA Nancy le commissaire Fratier est aux abois. Ripoux parmi les ripoux il est sur le point d’être mis en examen. Shadi Atassi, le Syrien, nouveau caïd de la ville, s’est associé avec un autre flic et lui a fait perdre ses sources de revenu. Et Loriane Ornec, ex flic infiltrée passée du côté des truands pourrait être entendue par la justice et le charger salement. Alors il lance ses chiens pour descendre les témoins gênants.

 

Malheureusement la jeune femme a disparu. Et sur le ripoux et le nouveau caïd plane l’ombre de son dernier amant connu,  Patrick Jade, un mercenaire, tueur sans pitié qui avait décimé le gang des précédents maîtres de la ville. Une course poursuite s’engage qui ne pourra se terminer que dans le sang.

 

« Roman de la nuit et de la corruption, la ligne de tir, mécanique implacable, nous entraîne imperceptiblement d’un univers à un autre, du roman noir au thriller … » peut-on lire à la quatrième de couverture.

 

Voilà qui va me permettre de souligner les qualités et les limites de ce polar.

 

« Roman de la nuit » pourquoi pas, « mécanique implacable » certainement, « thriller » aussi. « Roman de la corruption », « roman noir » certainement pas. Pourquoi ?

 

Parce qu’il ne suffit pas de mettre en scène des flics ripoux pour écrire un roman de la corruption. Et qu’un roman est un roman noir s’il a un contenu social ou historique, s’il témoigne d’une réalité sociale et/ou historique. Or il ne suffit pas de mettre en scène des ripoux et des tueurs, de ne peupler son roman que de personnages à la moralité douteuse pour écrire un roman noir ou un roman sur la corruption.

 

La ligne de tir, à mon humble avis, n’est absolument pas ancré dans une réalité sociale. On n’apprend rien sur Nancy, rien sur les réseaux d’influence en Afrique où ont traîné certains personnages (contrairement par exemple aux fantômes du Delta), rien non plus sur les mécanismes de la corruption ou sur son effet sur la vie des gens « normaux », comme dans Le jour du fléau ou Défunts disparus …sans parler de La griffe du chien

 

Ce n’est ni un reproche,ni un jugement de valeur, seulement une constatation. Ca n’en fait pas un roman pire ou meilleur, c’est juste que j’aime bien ne pas être trompé sur la nature de la « marchandise ».

 

La ligne de tir me fait davantage penser aux BD de Frank Miller, de la série Sin city : Des personnages complètement pourris, une violence très schématisée, un trait, ou plutôt un style, tout en noir et blanc (sans gris donc), et une efficacité redoutable. Je suppose que c’est l’effet recherché, et ça marche. On lit d’une traite, les scènes d’action en particulier sont très réussies. Et on se fiche un peu de savoir qui va rester sur le carreau.

 

Donc si vous cherchez un bon thriller nerveux, sans temps mort, sans délayage pour atteindre les fatidiques 500 pages et avec de la castagne et une belle progression vers l’apocalypse finale, ce roman est pour vous. Si vous n’aimez pas le genre, passez votre chemin.

 

Thierry Brun / La ligne de tir, Le passage/Polar (2012).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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