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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 20:03

On ne peut nier qu’Aurélien Masson imprime sa marque à la série noire, et lui donne une tonalité particulièrement sombre. Après les polars politiques glaçants et dérangeants de Di Rollo et Leroy, voici un roman noir d’une beauté vénéneuse, dans la lignée Chainas. C’est Le jour du fléau, premier roman à paraître à la série noire de Karim Madani.

 

MadaniPaco Rivera, flic de la brigade des mineurs d’Arkestra est à la dérive. Depuis que Katia, l’indic dont il était amoureux a été massacrée par des trafiquants colombiens il tient grâce au mélange Jack Daniels – sirop pour la toux. Il voit une possibilité de rédemption quand on lui confie, avec sa partenaire, l’enquête sur la disparition de Pauline, jeune fille de 16 ans dont les parents n’ont plus de nouvelles.

 

En fait de rédemption, c’est une descente définitive en enfer, dans un monde de dealers, camés, trafiquants, prédateurs sexuels et flics pourris jusqu’à la moelle.

Karim Madani revendique explicitement dans le texte l’influence de Sin City et du Gotham des Batmans les plus sombres. On pense aussi aux villes et aux héros d’Antoine Chainas (en particulier à Paul Nazutti, lui aussi flic dans une brigade des mineurs) au flic de Bad Lieutenant ou aux pires moments des Harry Hole, Harry Bosch et autres quatuor de Los Angeles. Vous voilà avertis.

 

Une fois ces références posées on peut, soit être en présence d’une pâle recopie, d’un imitateur qui exploite un filon qui lui semble prometteur, soit avoir un vrai roman écrit par un écrivain qui sait reprendre les dites références à son compte. Avec Le jour du fléau, on est dans ce second cas de figure.

 

Karim Madani s’approprie les mythes et les clichés, les fait siens, les coule dans son monde et dans son écriture. Son Arkestra imaginaire devient sa ville, miroirs de toutes les villes, de tous les quartiers à la dérive, de tous les quartiers que l’a police assainie pour y implanter Starbucks cafés et bars à sushi, cachant chaque fois la misère, la crasse et la violence un peu plus loin.

 

Comme ses prédécesseurs Paco Rivera est attachant et dérangeant, dérangeant parce qu’attachant, parce qu’on ne le comprend que trop, parce qu’on finit par accepter sa loi du talion, parce qu’on comprend trop sa violence et sa rage kamikaze dans un monde où l’argent met certains au dessus des lois et hors de portée de la plus élémentaire justice.

 

Comme beaucoup de romans de la série noire façon Aurélien Masson, celui-ci n’est ni agréable ni rassurant, mais il possède une beauté ténébreuse et une réelle puissance d’évocation. A lire, un jour de soleil …

 

Karim Madani / Le jour du fléau, Série Noire (2011).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 15:50

Une fois n’est pas coutume, et comme on approche de la saison des cadeaux, voilà une idée de très beau livre. Les voies perdues, textes de Pascal Dessaint et photos de Philippe Matsas.

 

Dessaint photos

Depuis peu, Pascal Dessaint le toulousain revient sur les lieux de son enfance et de sa jeunesse, le Nord. Cela a commencé avec Cruelles Natures, et surtout avec le très beau Les derniers jours d’un homme.

 

Cette fois il y est retourné avec un photographe, Philippe Matsas, dont j’avoue que je ne connaissais pas du tout le travail. Ils se sont penchés sur les friches industrielles, et, comme le titre l’indique, les voies de chemins de fer désaffectées.

 

Ce sont donc des fantômes d’ouvrier, des lieux hantés qu’ils nous invitent à découvrir. Au travers des très courts textes de Pascal et surtout des photos superbes. Ce n’est pas faire injure aux textes qui savent se faire discrets que dire que ce sont les photos qui marquent.

 

Un noir et blanc superbement traité, faisant la part belle aux contrastes entre un fond et un paysage sombres et des parties métalliques qui brillent au soleil, et le choix étonnant du panoramique horizontal pour illustrer la fuite des voies de chemin de fer (qu’on attendrait plutôt en format vertical).

 

Les hommes, si présents dans les romans de Pascal Dessaint, ne sont plus là. Ou sous la forme de simples silhouettes en contre-jour, évoqués dans les textes comme les fantômes d’un passé industriel, d’une fierté de travailleurs, et de souvenirs d’enfance dans un paysage peu à peu envahit par une végétation qui reprend ses droits.

 

Le résultat est nostalgique, triste sans être désespéré … très beau. Un bouquin à découvrir, parcourir et offrir.

 

Pascal Dessaint (textes) et Philippe Matsas (photos) / Les voies perdues, Après la lune (2011).

 

PS. Vous pouvez vous faire une petite idée de ces photos en allant là ou encore là.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Beaux Livres
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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 23:20

Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais sachez que ce week-end je me suis retrouvé bloqué plus de huit heures dans un avion. J’avais donc prévu une lecture distrayante, pas trop compliquée, compatible avec un éclairage moyen, un siège étroit et la fatigue d’un vol de nuit. Ce fut Cadillac Beach de Tim Dorsey. Bonne pioche.

 

DorseySerge Storms, vous le connaissez forcément déjà. Il est floridien jusqu’au bout des ongles. Il adore la Floride, son histoire, ses histoires. C’est ce qui lui donne l’idée de monter, avec son pote Lenny, une agence de voyage un peu spéciale. Ils entendent faire découvrir aux touristes des sites incroyables et oubliés : le lieu de tournage de Flipper le dauphin, la chambre d’hôtel où sont descendus les Beattles … l’ennui c’est que Serge et Lenny aussi sont incroyables.

 

Lenny parce qu’il est tout le temps perdu dans les vapeurs de chanvre, Serge parce qu’il ne prend plus les cachets qui le maintiennent, tant bien que mal, à un rythme compatible avec celui de ses contemporains. Serge a aussi l’originale habitude de descendre de façon très imaginative les malotrus qui lui manquent de respect où ne font pas preuve d’un minimum de savoir vivre … Si vous rajoutez au programme des réjouissances un sac de diamants perdus depuis plus de 35 ans, vous obtenez un cocktail fort explosif.

 

Même si c’est un poil moins délirant que Triggerfish twist on a ici un Tim Dorsey dans la grande tradition : imagination débordante, intrigue qui part dans tous les sens, dialogues hilarants pour une histoire unique.

 

Alors certes Serge est un tout petit peu moins méchant que dans le précédent (moins de massacres hauts en couleur) mais de nouveau, au mauvais goût affiché par les hordes qui envahissent la Floride, Tim Dorsey répond avec une énergie, une gouaille et une liberté explosives. Et le lecteur explose, littéralement, de rire.

 

Tim Dorsey / Cadillac Beach (Cadillac Beach, 2003), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Jean Pêcheux.

 

Vous pouvez compléter chez Yan, grand fan de Serge et de Dorsey.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 23:03

C’est reparti. Quoi ? TPS, on prépare 2012. Et la première chose à faire c’est de lancer le concours de nouvelles Thierry Jonquet.

 

Le thème de cette année : « Carton Rouge ». Copie à rendre entre le 10 mars et le 1 juin 2012.

 

Le règlement complet et le formulaire d’inscription sont là.

 

A vous de jouer.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 15:09

Comme je le disais dans ma chronique sur Les chiens enterrés ne mordent pas, je préfère Gunnar Staalesen dans le registre intime. L’ami cynic prévoyais que L’écriture sur le mur allait me plaire, il avait raison.

 

Staalesen ecritureQuand Varg Veum arrive à son bureau de Bergen, une femme, la quarantaine, l’attend. Un cas classique, : sa fille, 16 ans, a disparu depuis quelques jours et après avoir attendu et fait le tour des amies, elle commence à s’inquiéter. La routine pour Veum, cet ancien travailleur social devenu privé. Une routine et une enquête qui, malheureusement va, petit à petit, faire ressortir de vilains secrets de famille, révélateurs de disfonctionnements graves de la société. Et comme toujours, ce sont les plus faibles et les plus fragiles qui trinquent.

 

Un Varg Veum très classique donc, dans la plus pure tradition. L’auteur n’est jamais meilleur que lorsqu’il se penche sur les souffrances intimes au cœur des familles. Et si ce genre de roman peut, chez d’autres, devenir nombriliste, voyeur, racoleur ou tout simplement ennuyeux, Gunnar Staalesen (comme Thomas Cook aux US) par la grâce de son écriture, livre des romans pudiques, vrais, émouvants et subtils, sans pour autant sacrifier le suspense et l’efficacité.

 

Et tout comme Cook également, c’est en décrivant les dysfonctionnements des familles et l’éternel et toujours renouvelé conflit parents / adolescents qu’il autopsie la société norvégienne, ses failles, les pertes de repères d’une jeunesse perdue qui n’a plus comme valeurs que l’argent et ce qu’il permet d’acheter, et la détresse de parents qui n’ont pas pu, ou pas su, donner ces repères. Tout cela en finesse, sans jamais faire de prêche, juste en racontant (très bien) une histoire.

 

Un grand cru de la saga Varg Veum.

 

Gunnar Staalesen / L’écriture sur le mur (Scriften på veggen, 1993), Gaia (2011), traduit du norvégien par Alexis Fouillet.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars scandinaves
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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 14:13

Attention, lecture dangereuse ! Une fois de plus José Carlos Somoza va changer votre façon de voir le monde. Après la philosophie grecque, la poésie, la physique quantique ou la peinture c’est le théâtre que vous ne pourrez plus jamais regarder en toute quiétude. La faute en revient entièrement à L’appât.

 

Somoza

Madrid quelque part dans le futur. Les techniques scientifiques d’investigation policière ont montré leurs limites, les délinquants trouvant sur internet tous les outils pour les contourner. Mais il existe une arme ultime, connue uniquement d’un petit nombre de personnes. Les scientifiques ont montré que tous les êtres humains sont définis par leur « psynome » qui définit leurs désirs de même que le génome définit notre code génétique. Et ils ont pu les classer en un certain nombre de catégories.

 

Plus fort, ils ont trouvé, en lisant attentivement les pièces de Shakespeare comment amener chacun (suivant son psynome) à des sommets de plaisir tels que la cible devient entièrement dépendante, folle ou tout simplement morte. En grand secret, des appâts sont entrainés qui savent les gestes et les attitudes qui tuent de plaisir. Ils sont formés pour traquer les délinquants, et en particulier les psychopathes.

 

Diana Blanco est un de ces appâts, l’un des meilleurs, et elle est sur la piste du Spectateur, tueur en série qui a déjà fait une vingtaine de victimes autour de Madrid. Elle espère qu’il va la prendre, sans se douter qu’elle est un arme mortelle. Quand sa petite sœur Vera est enlevée par le monstre, la chasse devient une course contre la montre. Le Spectateur chasse Diana, Diana chasse le Spectateur … Qui est la proie, qui est le chasseur ?

 

Attention donc José Carlos Somoza a décodé le psynome de ses lecteurs et la lecture de L’appât induit des conduites totalement addictives. Quand vous le commencez impossible de la lâcher. Vous allez être menés par le bout du nez du début à la fin. Prévoyez donc un week-end pluvieux, pas trop de mouvement autour de vous, choisissez deux ou trois bons fauteuils / canapés / lits et c’est parti.

 

Comme toujours chez lui, l’idée de départ est à la fois complètement nouvelle et éblouissante de simplicité. On retrouve, un peu, celle de La dame n°13 où la poésie pouvait devenir une arme mortelle. Ici c’est le théâtre et le mimes qui peuvent faire de vous un esclave. Comme toujours, Somoza a le chic pour pousser son idée de départ dans ses derniers retranchements. Assorti à son sens du suspens, hérité de feuilletonistes (il aime conclure ses chapitres sur une situation qui rend le lecteur particulièrement fébrile) cela donne une fois de plus un roman inclassable, totalement original et absolument passionnant.

 

Qui de plus donne envie lire, relire, voir et revoir Shakespeare, et amène à réfléchir sur un monde où l’on peut se croire de plus en plus conditionné, programmé, manipulé, mais aussi sur la culpabilité, la duplicité, la sincérité …

 

Mais ça c’est après avoir refermé le livre. Parce que tant que la dernière page n’est pas tournée on n’a qu’une envie, continuer, continuer, continuer, continuer, continuer cont ………………. AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGHHHHHHHHH !

 

José Carlos Somoza / L’appât (El cebo, 2010), Actes Sud (2011), traduit l’espagnol par Marianne Millon.

 

Pour ceux qui lisent l’espagnol, vous pouvez aller sur le site de l’auteur, où vous trouverez pas mal de matériel ayant servi à l’écriture de l’appât.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 20:00

Le facteur sonne toujours deux fois, façon islandaise. Ca s’appelle Bettý et c’est signé Arnaldur Indridason.

 

Indridason BettyDès le départ on sait que ça se termine mal (le narrateur est en prison). Dès le départ, avec Le facteur sonne toujours deux fois en exergue, on sait de quoi il s’agit. Le couple, l’amant, le mari mourra. Dès le départ il y a une femme fatale, Bettý. A partir de ce point de départ très classique, connu de tous les amateurs de polars, Indridason tricote son histoire à sa façon, et vous réserve quelques belles surprises.


Je trouve Christine Ferniot  bien dure qui sous-titre son papier : « Circulez, y a rien à lire … »


Certes ce court roman n’a pas la densité et la puissance émotionnelle des meilleurs romans de la série Erlendur. On n’y retrouve pas non plus la description d’un pays, l’Islande, que le lecteur a petit à petit appris à connaître.


On est ici, clairement, dans l’exercice de style. Ceci dit, si on considère que c’est l’épreuve des figures imposées, Indridason n’est pas loin de mériter un 10.


Il sait innover dans les limites imposées et nous surprendre alors qu’on croit tout savoir à l’avance. Les personnages sont attendus … jusqu’à un retournement de situation assez bluffant, qui m’a amené à revenir en arrière sur plusieurs pages pour voir si j’étais passé à côté de quelque chose ou si l’auteur avait un peu triché. Retour en arrière qui débouche sur la conclusion que l’auteur a fait très fort !


Donc un gros plaisir de lecture, sans complication mais avec une certaine admiration pour le tour de force … Vous ne comprenez pas vraiment ce que je veux dire ? Une solution, lisez le roman, tout deviendra clair.


Arnaldur Indridason / Bettý (Bettý, 2003), Métailié (2011), traduit de l’islandais par Patrick Guelpa.


PS. C’est Yann qui a trouvé le meilleur titre de chronique, qu’il soit maudit.

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 18:19

Personne ne pourra reprocher à Sébastien Rutés de se répéter. Après un polar historique et un western français, il publie aujourd’hui Mélancolie des corbeaux, une fable animalière.

 

Rutes

Sur sa branche dans le Parc Montsouris Karka le corbeau médite sur la vie. Il fut un temps où il volait au dessus des forêts alpines. Il fit même partie du conseil des animaux de Paris. Puis il est tombé en disgrâce jusqu’à ce jour où Krarok, grand corbeau et maître du conseil le tire de sa solitude et fait de nouveau appel à ses services : Quatre lions, échappés d’on ne sait où, sèment la terreur dans les bois alentour. Il faut rapidement comprendre ce qu’il s’est passé avant que les humains affolés ne lancent une guerre aveugle contre tous les animaux de la capitale.

 

A chaque roman, Sébastien Rutés adapte son écriture au sujet traité. Elle se fait cette fois très classique, châtiée même, pour épouser les réflexions philosophique de Karka son narrateur. Le rythme est lent, l’enquête est prétexte à une réflexion sur l’antagonisme entre instinct et réflexion, entre l’animal et l’humain, doublée d’une réflexion politique sur l’utilisation de la peur comme outil de manipulation.

 

Les amateurs d’action et d’intrigue palpitante en seront pour leurs frais et trouveront sans aucun doute ce roman trop lent. Les autres apprécieront la beauté d’une langue qui sait se faire envoutante, l’angle inédit sous lequel Paris est vue et décrite (la ville étant d’ailleurs le point commun entre les trois romans de l’auteur) et l’originalité du propos.

 

Sébastien Rutés / Mélancolie des corbeaux, Actes Sud (2011).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 23:26

Un Ian Rankin qui fait référence en quatrième de couverture à Westlake et Ocean Eleven, avouez que c’est tentant. Même si ces références paraissent moyennement pertinentes à la lecture, Portes ouvertes reste une lecture plus que recommandable.

 

RankinEdimbourg, ville tranquille. Trop tranquille pour Mike, proche de la quarantaine qui, après avoir fait fortune dans l’informatique commence à s’ennuyer. C’est pourquoi il accepte l’idée, a priori absurde, de voler des toiles de maîtres dans les entrepôts des musées de la ville. C’est Robert Gissing, professeur d’art proche de la retraite qui a eu l’idée, soi-disant pour « libérer » des œuvres d’art que personne ne voit. Le troisième larron, le moins enthousiaste, est Allan, cadre d’une banque qui voudrait acquérir ainsi des œuvres que ses clients se payent mais qui lui restent inaccessibles. Seulement, on ne s’improvise pas cambrioleur. Et l’idée d’associer un des caïds de la ville n’est peut-être pas ce que les trois lascars ont fait de plus malins …


Un Rankin sans Rebus donc mais non sans le talent. Même si, une fois de plus, les références de la quatrième de couverture se révèlent plus commerciales que pertinentes.


Tout en respectant tous les codes du genre (préparation, casse, puis catastrophes en chaîne …) Rankin nous amuse, nous divertit et arrive à nous surprendre.

Contrairement à d’autres romans (ou film) de casse, ce n’est pas le super coup qui est au centre du roman (comme dans Ocean Eleven justement), mais la série de grains de sable qui va gripper la machine ensuite. Pour autant, nous ne sommes pas non plus dans le registre burlesque d’un Dortmunder mais dans un genre beaucoup moins drôle et plus sanglant.


Une fois débarrassé de ces comparaisons, Portes ouvertes se révèle habile, bien écrit, prenant et parfois surprenant. Donc, sans révolutionner le genre, un excellent moment de détente.


Ian Rankin / Portes ouvertes (Doors open, 2008), Le Masque (2011), traduit de l’anglais (Ecosse) par Stéphane Carn.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 20:51

Deadwood de Pete Dexter, Lonesome Dove de Larry McMurtry, les rééditions d’Elmore Leonard … Il semblerait que les éditeurs français se soient décidés à nous faire découvrir un genre assez proche du polar : le western. Une nouvelle pierre incontournable est apportée à cet édifice avec la réédition chez rivages noir de Warlock de Oakley Hall.


HallWarlock, petite ville proche de la frontière mexicaine. En cette fin de XIX° siècle la ville est livrée aux exactions des cowboys de McQuown. Les shérifs ne durent guère. Soit ils fuient, soit ils se font descendre. Exaspérés, les citoyens « respectables » décident de se grouper en comité et de se cotiser pour embaucher un pistolero connu pour faire respecter l’ordre. Ce sera Clay Blaisedell, qui a déjà fait le ménage dans une ville proche. En même temps, dans la mine d’argent voisine, la tension monte entre des mineurs qui voudraient s’organiser pour faire respecter un minimum de droits et l’administrateur de la compagnie qui ne veut rien lâcher et les traite comme du bétail.


Roman choral, roman complet, roman grandiose, western en même temps que roman noir social, chronique de la fin d’un mythe et d’une époque, roman de transition, roman d’apprentissage, et bien d’autres choses encore.


Une histoire superbement racontée, avec des péripéties, des duels au petit matin, des chevauchées, un héros plus grand que nature mais en même temps fragile, tous les personnages que l’on attend quand on aime les westerns (le juge alcoolique, le marshal champion pour dégainer, la jeune ingénue dont il tombe amoureux, le joueur, l’ancienne prostituée, les affreux …).


Un hommage au classiquissime Règlement de compte à OK Corral, mais en étant beaucoup plus riche et beaucoup plus complexe et complet.


La description des conflits sociaux, comme un avant goût des grands romans noirs de la période des années vingt-trente, le début des syndicats américains, et en parallèle le début des milices de briseurs de grève (et de grévistes) comme le seront les Pinkerton.


J’y reviens, des personnages inoubliables, tous inoubliables. Morgan le joueur, Clay le héros, Kate l’ex prostituée, Miss Jennie, terrifiante dans son rôle d’ingénue dévastatrice, le vieux et abominable Dad McQuown sont des archétypes maintes fois vus et revus (en particulier au cinéma) mais en même temps de vrais personnages complètement incarnés, complexes, humains. Ils illustrent bien la force incroyable du cliché quand un auteur talentueux sait se l’approprier.


Le récit de multiples luttes : entre les cow-boys et les citadins ; entre la loi de la jungle de l’ouest des débuts et l’ordre et la loi imposés par la « civilisation » ; entre le héros mythique, la figure hors norme et la force du nombre et l’organisation des gens « normaux » (et on rejoint là les thématiques de L’homme qui tua Liberty Valence) ; entre donc aussi les mineurs et le propriétaire (lutte des classes donc) …


Des scènes d’anthologie comme les nombreux duels, la bataille de Acme Corral, les scènes de foule (et en particulier les tentatives de lynchage), les scènes avec le général dégénéré, quelques assemblées de mineurs, et le final, magistral.


Il y a tout cela, et bien plus encore, dans Warlock.


« Le rôle de la fiction n’est pas d’exposer les faits, mais la vérité » lit-on à la fin du prologue. Et tout amateur de western sait déjà que : « Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. » Avec Warlock, Oakley Hall écrit la légende de l’ouest, qui devient vérité.


Oakley Hall / Warlock (Warlock, 1958), Rivages/Noir (2010), traduit de l’américain par David Boratav.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Western et aventure
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