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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 00:12

Je vous ai déjà parlé de la série consacrée au Mandarin Tân de Tan Van Tran Nhut (commencée à quatre mains avec sa sœur, et qu’elle continue seule). Bien que je ne sois pas, a priori, fana des polars historiques, j’adore ceux-là. J’étais donc tout content de trouver le huitième épisode, Les corbeaux de la mi-automne.

 

Tran NhutFête de la mi-automne dans la province, en général tranquille, du mandarin Tân. Une province qui perd toute quiétude quand un jeune garçon est retrouvé mort noyé, alors qu’un vandale s’attaque aux temples taoïstes et bouddhistes de la région, mettant en particulier à mal … leurs toilettes. Pour couronner le tout un intrigant, proche d’un conseiller de l’empereur qui n’inspire qu’à le détrôner, vient solliciter Tân pour retrouver un trésor chinois vieux de quelques siècles qui pourrait « acheter » l’aide des grands voisins pour battre le seigneur félon du sud qui, lui aussi, veut renverser l’empereur. Une façon pour les chinois de remettre un pied dans ce Vietnam dont ils ont été chassés …

 

En ce début de XVII° siècle la vie est décidément bien compliquée pour un représentant de l’empereur qui doit choisir entre deux maux.

 

Tout le charme et l’intérêt de la série dans cette huitième enquête du Mandarin Tân. Une belle intrigue, une reconstitution historique solidement documentée qui sait mettre en lumière les contradictions d’un pays en pleine mutation, de l’humour, une écriture originale et picaresque et une énergie communicative.

 

Bref on apprend en s’amusant selon la formule consacrée. En s’amusant et en prenant un énorme plaisir à sentir les odeurs de cuisine à déguster des plats inédits, à toucher les étoffes soyeuses. A sourire de la rapacité et de la suffisance (en grande partie justifiée) du Docteur Porc, à s’amuser d’une bagarre dans une échoppe (beau morceau d’anthologie), à s’émouvoir du désarroi d’une jeune femme abandonnée ou d’un jeune homme mal aimé …

 

Bref du Tran Nhut cousu main toujours aussi bien.

 

Tran Nhut / Les corbeaux de la mi-automne, Picquier (2011).

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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 20:26

Attention, gros choc de lecture ! De ceux qui vous cueillent à l’estomac alors que vous ne vous y attendiez pas. Et qui vous mettent directement au tapis. D’après la quatrième de couverture D’acier est le premier roman d’une jeune italienne de 25 ans Silvia Avallone. Je ne sais pas ce qu’elle nous réserve pour la suite, mais elle peut être fière de ce coup d’essai.

 

Avallone

La Toscane, les villas entourées de cyprès, le chianti, les plages, Florence, les merveilles de l’île d’Elbe … Mais pas ici.

 

Ici c’est Piombino, ses barres de logements délabrés, la Lucchini, l’aciérie qui domine le paysage et rythme la vie des habitants. Et la plage, au pied des barres, où Anna et Francesca,  bientôt 14 ans, lumineuses, inséparables, commencent à prendre conscience de leur beauté et du pouvoir qu’elle leur confère. Encore gamines elles jouent dans l’eau, déjà femmes elles allument les désirs des hommes qui viennent au bar de la plage, abrutis de fatigue après une journée à manipuler du métal en fusion. Anna et Francesca qui se sont juré de ne jamais se quitter. Et qui désirent par-dessus tout quitter ce monde sans avenir. En face, l’île d’Elbe, inaccessible, lieu de tous les rêves et tous les fantasmes …

 

Une gifle donc, quantités d’images et de sensations qui restent longtemps, des personnages inoubliables, un décor (véritable personnage du roman) qui est gravé sur notre rétine … Difficile de rendre en quelques mots la richesse de ce roman qui est tant de choses à la fois.

 

Un roman d’initiation pour commencer, avec Anna et Francesca cueillies au moment où leurs corps changent, ou leurs envies changent, où elles perdent leur enfance pour entrer dans l’âge adulte. Ca pourrait être cucul ou grivois ou sonner faux. C’est émouvant, émoustillant, agaçant, sensuel … c’est surtout extrêmement juste. On vit avec ces deux gamines, on partage leurs rêves, leur amitié, leurs chagrins, leur désespoir, leurs rires …

 

C’est un grand roman noir. Pas d’enquête ici, pas de privé, ni de flic … Juste une population, j’allais dire une classe ouvrière (on à encore le droit de dire classe et ouvrier ?) que l’on assassine à petit feu. Et dès le premier chapitre, on sait que ça finira mal, même si on ne sait, jusqu’au bout, qui en fera les frais. Une intrigue, une chronique plutôt, qui tend vers le drame inévitable.

 

Un grand roman noir, ou roman social si vous préférez. Chronique d’une classe ouvrière (puisque j’ai le droit j’en abuse) complètement déboussolée, ayant perdu sa culture politique et sa conscience de classe justement, bernée par les discours d’un Berlusconi, ayant perdu le sens de la solidarité pour se replier sur le mirage de la société de consommation à outrance, qui ne pense plus qu’à flamber dans une voiture neuve ou des fringues à la mode.

 

Un roman féministe qui met en lumière les violences faites aux femmes par ces hommes, maris, frères ou amants qui déversent sur elles leur frustration d’ouvriers brimés exacerbée par une télévision putassière. Et leurs incohérences … Eux qui courent les bars à striptease, recherchent la baise facile du samedi soir mais ne supportent pas que leurs filles ou leurs petites sœurs allument les copains.

 

Un roman de tous les sens, qui vous fait mal aux yeux avec la lumière blanche d’un midi méditerranéen, vous fait transpirer avec la chaleur écrasante d’une mi-journée, sentir sur la peau le sel qui tire quand l’eau de la baignade s’évapore au soleil et vous assourdit aux bruits des machines de la Lucchini.

 

La Lucchini justement, véritable personnage de ce roman sur le monde du travail enfin, héritier d’un Zola, où l’aciérie est une figure aussi importante que la loco de La bête humaine ou la mine de Germinal. Le lecteur sent la brulure de l’acier en fusion, ressent cet acier coulant dans les veines de la fabrique, monstre dévoreur d’homme, objet de répulsion mais aussi de vénération, objet de fascination, créature mythique en train de mourir autour duquel tourne tout le quartier.

 

Et pas d’angélisme ici. Les personnages sont victimes de leur milieu, de ce qu’on fait d’eux, mais ça ne les empêche pas d’être capables de se comporter comme parfaits salauds dès qu’un plus faible croise leur route. Aucun personnage blanc ou noir, ils sont tous tour à tour pourris, émouvants, stupides, étincelants, pathétiques et flamboyants.

 

Cette chronique est un peu décousue et ne rend pas comme je le voudrais l’impact du roman. J’espère simplement que cela sera suffisant pour vous convaincre. Alors, n’hésitez pas, plongez dans la fournaise de Piombino.

 

Silvia Avallone / D’acier (Acciaio, 2010), Liana Lévi (2011), traduit de l’italien par Françoise Brun.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 22:35

Il y a déjà un bon moment je vous parlais du Prix Violeta Negra qui sera remis lors du prochain festival Toulouse Polars du Sud. Parmi les six sélectionnés par Claude Mesplède et ma pomme, il en restait un que je n’avais pas lu : Personne n’aime les flics de Guillermo Orsi. C’est maintenant chose faite.

 

OrsiDécembre 2001, l'Argentine est en pleine crise, à la veille du départ précipité du président De La Rua qui n'en était pourtant qu'à la moitié de son mandat. Pablo Martelli, alias Gotan, est un ancien flic de la Police Fédérale, qui a démissionné dans des circonstances peu claires. Depuis il vend des articles de sanitaires.

 

Jusqu'à ce soir où, à minuit passé, un vieil ami lui demande de le rejoindre dans une petite ville balnéaire au sud de la province de Buenos Aires. Quand Gotan arrive, il est trop tard, l'ami est mort, ne reste plus que sa jeune, blonde et belle maîtresse, visiblement effrayée. Gotan a beau savoir que c'est une connerie, qu'il ne devrait jamais répondre au téléphone après minuit, et encore moins faire confiance aux belles et jeunes blondes, il part avec elle, même s'il sait pertinemment qu'il va au devant de très gros ennuis.

 

Il n'imagine pas à quel point … Et son passé va lui revenir en pleine poire dans un pays en plein chaos.

 

Un roman noir aux accents hard-boiled à la sauce argentine. Je ne saurais mieux résumer ce bouquin. On a la critique sociale propre au roman noir, la voix hard-boiled du narrateur qui a essayé, en vain, de tourner le dos à son passé, et qui use (mais n'abuse pas), du sens de la formule. Et la sauce argentine pour son côté surréaliste, bordélique où tout, absolument tout, est possible, où les références littéraires pleuvent, et où le passé plus ou moins récent (péronisme et dictature) pèse de tout son poids sur le présent.

 

Arrivé là deux possibilité : Soit vous vous perdez un poil dans les motivations et engagements politiques des uns et des autres et donc aussi un peu dans l’intrigue et ça vous embête. Ce qui peut se comprendre tant il est difficile, même pour un argentin qui se tient au courant, de s'y retrouver dans l'actualité politique de son pays et dans les coins et recoins du péronisme !

 

Soit vous vous perdez un poil dans les motivations et engagements politiques des uns et des autres et donc aussi un peu dans l’intrigue … Mais vous vous en fichez parce que vous êtes emporté par l'énergie de l'ensemble, la vitalité de la langue, et vous êtes effaré et enragé avec l’auteur par l'état d'un pays livré au chaos sciemment, par des manipulateurs qui s'enrichissent toujours plus quand la population sombre.

 

Vous devinerez que je fais partie de la seconde catégorie de lecteurs …

 

Guillermo Orsi / Personne n’aime les flics (Nadie ama a un policia, 2007), Denoël (2010), traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon.

 

PS. Et maintenant, petit concours de diagnostics en forme de sondage à qui donneriez-vous le prix Violeta Negra ? Je rappelle les candidats :

 

Personne n’aime les flics de Guillermo Orsi

Nager sans se mouiller de Carlos Salem

Patagonia Tchou Tchou de Raul Argemi

L’empereur des ténèbres de Ignacio del Valle

J’ai confiance en toi de Massimo Carlotto et Francisco Abate

L’empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 21:43

N’oublions pas que ce sont les vacances, et pendant les vacances, plus que jamais, on a le droit de se faire plaisir. Et comment se faire mieux plaisir qu’avec un Elmore Leonard qu’on avait gardé pour le déguster tranquillement ? Cette fois c’est La guerre du whisky que j’avais laissé de côté pendant l’année.

 

Leonard whiskyDébut des années trente, au fin fond du Kentucky les autorités ont une façon bien à elles de faire respecter la prohibition. Disons que quand ceux qui distillent acceptent d'abreuver régulièrement le shérif et ses nombreux adjoints, ils ferment les yeux. Jusqu'à ce qu'un représentant fédéral ripoux décide de trouver les 150 tonneaux de vieux whisky que le père de Sonny lui a légués. Or il se trouve que Sonny, revenu sur ses terres après quelques années d'armée, n'a aucunement l'intention de se laisser dépouiller, ni même de partager avec qui que ce soit. C'est donc la guerre …

 

Encore et toujours du Elmore Leonard pur grain. Dialogues ciselés, intrigue millimétrée, personnages immédiatement attachants, affreux très affreux et très bêtes, morale élastique. Et une écriture d'une simplicité et d'une limpidité qui rendent l'histoire absolument évidente.

 

Et puis Elmore Leonard a sa façon bien à lui de reprendre les clichés à son compte pour écrire des histoires qui n’appartiennent qu’à lui. Ici c’est bien sûr la prohibition qui a donné tant de films noirs et de romans de gangsters urbains qu’il transporte à la campagne avec tout le folklore (mitraillettes, voitures noires et pépées bien roulées incluses) pour en faire … du Elmore Leonard.

 

Bref une lecture jouissive avec en prime le plaisir de voir l’auteur reprendre et distordre les références mythiques parmi les plus ancrées du genre. Et quel lecteur de polar n’est pas amateur de références et de clichés ?

 

Elmore Leonard / La guerre du whisky (The moonshine war, 1969), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 18:52

Je crois l’avoir déjà écrit plusieurs fois … Je ne suis pas très fan de thrillers. Voilà. Malgré ça, de temps en temps, j’en essaie un, pour voir, histoire qu’on ne puisse pas m’accuser de sectarisme. Comme on pourrait aussi m’accuser de ne lire que les « grands » éditeurs, pendant les vacances j’ai fait un double mea culpa. J’ai lu un thriller, Le hameau des purs de Sonia Delzongle, publié chez un éditeur jusque là inconnu de ma pomme.

 

Delzongle1989, Audrey Grimaud, jeune journaliste ambitieuse, est dépêchée pour couvrir un fait divers macabre : toutes les maisons d'un hameau perdu dans la campagne, occupé par les adeptes d'une communauté ont brûlé. Mais ce n'est pas seulement pour le scoop qu'Audrey s'intéresse à cette affaire. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce hameau, chez ses grands-parents qui faisaient partie des Purs, ce groupe qui vit replié, austère, en refusant tout contact avec le monde moderne. Elle connaît peut-être certaines des victimes dont les corps carbonisés ont été retrouvés.

 

Et puis il y a l'Empailleur, ce tueur en série qui fait une victime tous les ans dans la région, et sème les cadavres empaillés … Le passé ne va pas tarder à rejoindre Audrey.

 

Qu’en pense-je ? Ben que ce n’est pas ce hameau qui va me faire changer d’avis sur les thrillers. Car il a tout les ingrédients qui marchent et qui moi m’agacent : un serial killer avec mise en scène bien macabre, une secte, un soupçon de visions et de mysticisme (chez d’autres c’est un poil d’ésotérisme) … Alors ce n'est pas trop mal fichu, c'est même par exemple meilleur que le Chuchoteur (je sais, c’est de l’acharnement sur ce pauvre chuchoteur).

 

Ce qui est bien c’est la description de la nature et de ce hameau hors du temps. C’est aussi une écriture maîtrisée et agréable. Et finalement, je suis allé au bout sans déplaisir. Mais sans passion et non sans quelques agacements.

 

Tout d’abord parce que je n’ai pas réussi à m'intéresser aux personnages, ni à avoir la trouille quand ils courent un danger. Je me fichais de ce qui leur arrivait, les morts ne me faisaient même pas mal, et la dernière scène de la seconde partie, quand l’héroïne va se mettre toute seule dans la mouise est vraiment téléphonée (à croire que l’héroïne, elle, n’a jamais lu de polar !).

 

Ensuite, mais là c’est très personnel et ce n’est pas une critique mais une constatation, parce que les Purs du bouquin me filent de l’urticaire. Rien que de s’appeler purs … ça me donne une furieuse envie de faire partie des impurs, ceux qui se mélangent, qui pètent à table, mangent impur, baisent impur et surtout, pensent impur.

 

Et puis il y a une certaine accumulation … Les purs, le serial killer, la folie, l’inceste … Et comme si ça ne suffisait pas, un petit coup d’enfants juifs pendant la guerre. L’ennui étant qu’aucune de ces thématiques n’est creusée, et qu’on finit par se demander ce que les uns et les autres font là.

 

Maintenant ceux qui veulent le lire doivent arrêter parce que je vais dévoiler un élément important du final.

 

 

 

 

 

Voilà, le final ne m’a pas convaincu. Parce que c’est trop facile de changer de point de vue comme ça, hop, sans préavis, sans explication. Ca permet de cacher sous le tapis toutes les petites incohérences de l’histoire, d’éviter les explications qui seraient peut-être un peu difficiles à fournir, et ça fait du coup de théâtre retentissant à peu de frais.

 

Puis surtout, on ne peut (ou du moins je n’ai pu) s’empêcher de penser à Lehane et à son génial Shutter Island. Et ça c’est dur parce que c’est écrasant. Parce que chez Lehane on tremble, on dévore, et on est complètement bouleversé par le final, au point de relire immédiatement pour voir où on aurait pu comprendre. Et le plus fort c’est qu’on retrouve alors une seconde cohérence au bouquin. Et là non. Les retournements sont absolument imprévisibles, même à posteriori, alors que la force de ce genre de construction de haute voltige est que le lecteur, a posteriori, s’aperçoive qu’il avait tous les éléments en main. Alors bien sûr l’auteur a tous les droits, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu facile.

 

Bref, je ne me suis pas ennuyé, mais je ne recommande pas. Mais comme je ne suis pas le seul lecteur du web, vous pouvez vous faire une idée, en allant chez l’ami Black Novel qui a aimé, ou Biblio Manu qui est plutôt de mon avis. Faites votre choix.

 

Sonia Delzongle / Le hameau des purs, Cogito (2011).

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 19:52

Après les pirates, les cowboys et les indiens. J’ai fait durer le plaisir et retardé de quelques semaines la lecture de la suite de Lonesome Dove le western de Larry McMurtry. Les vacances, la plage … Quoi de mieux pour attaquer ce pavé ?

 

McMurtry 2

La fin du premier épisode a vu les différents protagonistes un peu éparpillés : Lorena, beauté fatale de Lonesome Dove enlevée par un indien renégat ; Augustus McCrae l’ex Texas ranger sur leurs traces ; le shérif July Johnson, son beau-fils et son adjoint sur les traces de sa femme Elmira … Pendant ce temps, Woodrow Call (lui aussi ex Texas ranger) et ses cowboys continuent leur route vers le Montana, terre encore vierge, à la tête de trois mille têtes de bétail. Et les choses vont commencer à sérieusement se gâter …

 

Autant le premier épisode prenait le temps d'installer un rythme, une atmosphère, autant le second démarre sur les chapeaux de roues. Les rounds d'observation sont terminés et la castagne commence pour de bon. Alors attention, ça tombe dru. C'est qu'il est rude et sans pitié l'ouest de Larry McMurtry. Les indiens n'y sont pas gentils, les blancs non plus. Les uns sont la plupart du temps misérables et crèvent de faim, ce qui les rend d'autant plus teigneux quand ils ont une arme à la main. Les autres sont impitoyables, la loi du talion règne et la place des femmes n'est pas toujours enviable.

 

Ce sont pourtant bien elles les personnages forts et lucides du roman, face à des hommes qui fuient leurs responsabilités et leurs erreurs dans l'action, la guerre et la recherche, permanente, d'une nouvelle frontière. Une fuite en avant qui ne peut se terminer que par un drame. N’imaginez pas pour autant que la vie des femmes est faite de miel et de roses. Ce sont elles qui assument les tragédies, les morts, les vicissitudes du climat, et qui payent souvent de leur vie le moindre moment de faiblesse.

 

C’est un monde sans folklore, sans clichés, sans angélisme (c’est particulièrement flagrant dans la description des indiens ; pas de gentil indigène en communion avec la nature ici, la misère et les mauvais traitements rendent méchant ou apathique, et la victime n’attend qu’une occasion pour se transformer en bourreau), un monde à un tournant, celui qui voit arriver la fin des légendes et l’arrivée des gestionnaires, dans ouest plus proche de celui de Deadwood ou des Portes du paradis que de celui des John Wayne, James Stewart et Gary Cooper …

 

La force de McMurtry étant de montrer à la fois la grandeur et les limites de ces légendes (comme Augutus et Woodrow) et de laisser entrevoir les bienfaits et … les limites de l’arrivée des gestionnaires. Bref une magnifique réussite, qui fait souffler le vent des grands espaces, sentir le blizzard et la chaleur écrasante, ressentir le désarroi des hommes, la force des femmes et toute la grandeur d’un pays en pleine mutation.

 

Larry McMurtry / Lonesome Dove épisode II (Lonesome Dove, 1985), Gallmeister (2011), traduit de l’américain par Richard Crevier.

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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 20:58

Me revoilà donc comme promis avec quelques chroniques dans me bagages. Et comme c’est les vacances, une récréation avec ce roman de pirates écrit par le touche à tout de génie qu’est Valerio Evangelisti. Ouvrez Tortuga, hissez les voiles sentez les embruns … le sang et les tripes.

 

Tortuga1685, après le roi d'Angleterre, c'est au tour de Louis XIV de faire une trêve avec l'Espagne et de retirer du même coup son soutien aux pirates de l'île de Tortuga. C'est pourtant à ce moment là que Rogerio de Campos, ancien jésuite devenu marin, n'a d'autre choix que de s'embarquer avec le Chevalier de Grammont, un des pirates les plus craints des Caraïbes. D'abord réticent, il prend vite goût aux batailles, aux massacres et aux pillages, dans ce qui semble bien être le chant du cygne des frères de la Côte. A moins qu'il ne fasse semblant, pour essayer, par la ruse et la traîtrise, de s'emparer d'une belle esclave dont il est tombé amoureux.

 

Oubliez Errol Flynn et Tyrone Power. Les pirates d'Evangelisti, tout comme les cowboys de Deadwood sont sales, puants, amochés, cruels, racistes, sans pitié … L'or leur importe moins que le pillage, la richesse moins que l'abordage, et ils préfèrent l'odeur du sang à celle des roses. Mais ils ne manquent ni de bravoure, ni de panache et, finalement, sont moins hypocrites que tous ceux qui, à l'époque (et encore maintenant), tuent, pillent et torturent sous divers prétextes (religion, civilisation … démocratie ?). Non les pirates de Tortuga savent ce qu'ils veulent : s'emparer de ce qui leur fait envie en écharpant celui qui le possède.

 

Pas de gentil pirate au grand cœur donc. Pas même le personnage principal, qui au départ peut apparaître comme une victime, mais ceux qui connaissent le grand Valerio et son goût pour les héros troubles et ambigus, quand ils ne sont pas de purs salauds (pensez à Eymerich ou à Eddie Florio l’immonde de Nous ne sommes rien soyons tout !) ne seront pas surpris.

 

Résultat, un roman plein de bruit, de fureur et de larmes, de sang et de tripes, mais un roman qui, assurément, ne manque pas de souffle et qui remet en tête les romans de Salgari (Grammont n’est pas sans évoquer son Corsaire Noir) et les grands noms que l’on croise au fil des romans et des films comme Henry Morgan, l’Olonnais ou Michel le Basque.

 

Valerio Evangelisti / Tortuga (Tortuga, 2008), Rivages (2011), traduit de l’italien par Sophie Bajard.

 

A noter pour les toulousains que Valerio Evangelisti vient de confirmer sa présence lors du festival d’octobre, et qu’il pourra parler de pirates avec Paco Taibo qui vient de publier sa version de la suite des aventures de Sandokan … encore l’influence de Salgari.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 23:38

Tortuga

Votre serviteur va maintenant prendre quelques jours pour souffler. Je me retire donc avec une pile de bouquins, un portable pour écrire mais aucune connexion internet.

 

 

Pis comme je vais aller à la plage, je vais faire mentir tous les C… qui vous disent que, pour se détendre (mais pour se détendre seulement !) sur la plage, rien ne vaut un bon polar ! Mais que pour se détendre, le reste du temps on lit des livres sérieux, pas de blague !

 

Ben oui, parce que sur la plage je vais lire un roman de pirates, Tortuga de Valerio Evangelisti (j’ai attaqué je me régale), et un western,  Lonesome Dove volume 2, et … Et quelques polars qui trainaient sur ma table de nuit et que j’avais mis de côté pour quand j’aurais du temps, pis un peu de SF, pis … vous verrez.

 

Hasta luego compañeros.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 23:31

On connait depuis L’homme aux lèvres de saphir le talent d’Hervé Le Corre. Avec Les cœurs déchiquetés il avait confirmé qu’il est une voix qui compte dans le polar français. Ces derniers retranchements, recueil de nouvelles récemment publié, viennent prouver qu’il est aussi à l’aise dans le texte court que dans le roman.

 

Le Corre nouvellesUn recueil qui porte bien son titre. Mis à part une nouvelle en forme d’hommage au grand Raymond Chandler qui apporte un peu de fantaisie et de dépaysement, ce sont bien des êtres dans leurs derniers retranchements, au bord de la rupture que l’on trouve dans ces nouvelles.

 

Chômeurs longue durée, ouvriers sur le point d’être licenciés, employés sans avenir, ou retraités isolés dans un monde devenu barbare, tous ces êtres humains que nous croisons sans y prendre garde, à qui on ne donne jamais la parole sont au centre de nouvelles très sombres, souvent désespérées, toujours très tendres et touchantes.

 

En quelques pages Hervé Le Corre dit la souffrance, le manque d’avenir, les journées mornes quand elles ne sont pas désespérées. Il dit l’amour comme seul rempart contre la folie, comme seul rayon de soleil dans un univers totalement bouché. Il dit l’explosion quand ce dernier rempart est emporté, ne laissant plus, face à un monde déshumanisé, que la rage.

 

Il dit l’incompréhension face à un gamin qui grandit et qu’on ne comprend plus, mais aussi, malgré le malheur et le manque d’avenir, l’espoir que l’on a que ce soit un tout petit peu mieux pour lui.

 

Il dit l’arrogance des puissants, la connerie généralisée mais aussi la solidarité, la chaleur, éphémère, d’un malheur et d’une révolte partagés.

 

En bref, il dit très bien, magnifiquement bien, tout ce que l’on ressent quand on s’interroge sur notre monde, quand on se tient au courant autrement qu’au travers de l’abrutissement télévisuel ou de la propagande des grands medias.

 

Faudrait peut-être rendre sa lecture obligatoire pour tous les candidats pour 2012 … Du moins pour ceux qui sont encore récupérables.

 

Hervé Le Corre / derniers retranchements, Rivages Noir (2011).

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 23:42

Avec Fin du monde à Breslau, Marek Krajewski livre le troisième épisode des aventures de Eberhard Mock, flic à Breslau dans les années 20. Je vous avais déjà parlé du second épisode, La peste à Breslau, ce que j’en disais reste, à peu de choses prêt, vrai pour le troisième.

 

KrajewskiBreslau fin des années 20. Un illuminé russe prévoit la fin du monde pour bientôt, Eberhard Mock est devenu une star de la police locale mais son mariage avec une jeune beauté aristocrate bat sérieusement de l’aile. Alors que soupçons et vengeance ravagent le couple, un tueur en série commence à semer les cadavres aux quatre coins de la ville. Des morts que rien ne semble relier et qui narguent Mock et toutes les forces de police de la ville. Jusqu’à ce qu’Eberhard fasse le lien entre ces meurtres et l’histoire criminelle de Breslau, un lien qui vient renforcer les prêches catastrophistes du russe. C’est au moment où il commence à entrevoir une solution que son épouse disparait …

 

Comme pour l’ouvrage précédent, même s’il y a un tueur en série et un flic, ce n’est pas dans l’intrigue qu’il faut chercher l’intérêt de ce roman. Il est ailleurs.

 

Dans le personnage central pour commencer. Un flic tout en clair obscur, avec plus de zones d’ombre que de lumière, un flic ambigu, pas forcément sympathique, pas forcément défendable, plus que borderline, et auquel on s’intéresse pourtant, à défaut de s’y attacher.

 

Dans la description d’une époque dont Mock est finalement l’incarnation parfaite. Une époque de transgressions, de montée de haines et d’obscurantismes, une époque parfaitement dépeinte par ses atmosphères nocturnes, avec des tavernes enfumées, des zones de brouillard … tout en clair obscur, comme Mock.

 

L’ensemble est oppressant, mais en même temps plein d’une vitalité grouillante, plus malsaine que joyeuse, malgré les agapes, les beuveries, la sensualité … Une vitalité qui ressemble à ce que l’on voit quand on retourne un gros caillou ou qu’on fouille dans les feuilles mortes …

 

Ce n’est pas forcément agréable, ce n’est pas joyeux, mais c’est de plus en plus maîtrisé et de plus en plus impressionnant. A découvrir par une belle journée ensoleillée d’été.

 

Marek Krajewski / Fin du monde à Breslau (Koniek świata w Breslau, 2003), Série Noire (2011), traduit du polonais par Charles Zaremba.

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