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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 22:31

Un petit nouveau dans le monde des blogs noirs. Enfin, nouveau blog, mais Yan n’est pas un inconnu ici. Membre de l’association 813 il a fait partie de la grande équipe qui a rédigé les fiches du numéro spécial TOP 100.

 

De plus Yan est un voisin audois et on s’est déjà rencontrés pendant la grande fête de TPS …

 

Bref il s’est lancé, son blog s’appelle encoredunoir, et il annonce d’entrée la couleur avec des papiers sur Don Winslow, Kem Nunn et Tim Dorsey. Que du pur et dur, que du bon.

 

Je suis certain qu’on aura souvent l’occasion de croiser nos avis, sur le net et en vrai. Bienvenue et longue vie à encore du noir.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 19:59

John Le Carré est grand. Ce n’est certes pas un scoop. Mais cela se confirme régulièrement. Et c’est une fois de plus le cas avec ce dernier roman, Un traître à notre goût. Ce jeune homme de 80 ans, maître incontesté du roman de la guerre froide, nous régale une fois encore.

 

Le CarréRien ne prédisposait Perry, professeur à Oxford et sportif accompli et son amie Gail, avocate londonienne à côtoyer le monde des espions. Jusqu'au jour où, lors d'un séjour paradisiaque sur l'île caribéenne d'Antigua, Perry joue au tennis avec Dima.

 

Son adversaire est un milliardaire russe exubérant, bardé de bijoux et de tatouages … la caricature du mafieux russe. Ils ne savent pas, alors que le match se termine, que Dima va les choisir comme émissaires pour passer un marché avec les services secrets britanniques : La nationalité anglaise, les meilleurs collèges pour ses enfants et une protection de toute sa famille contre des révélations sur les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia russe et les réseaux de corruption dans toutes l'Europe. Perry et Gail acceptent, sans mesurer le danger, ni les conséquences sur leur vie et leurs illusions.

 

John Le Carré est grand disais-je donc, enfonçant allègrement une porte grande ouverte.

 

Dans son collimateur cette fois les circuits de blanchiment de l'argent de la mafia, la corruption des élites européennes et en particulier celle de tout le système financier, jusqu'au cœur même de la City de Londres jusqu’au cœur politique des démocraties qui dominent le monde.

 

On pourrait avec un tel sujet, écrire des essais ennuyeux et compliqués, des pamphlets énervés, des articles indignés. John Le Carré livre un roman passionnant, à la construction impeccable et implacable, aux dialogues étincelants, qui nous mène par le bout du nez des Caraïbes à Londres en passant par les prisons russes et les grands hôtels suisses.

 

Dans la première partie, la construction est époustouflante, jonglant avec une virtuosité et une fluidité confondantes entre l’interrogatoire de Perry et Gail (de retour à Londres après leur premier contact avec Dima) et le récit, au présent de leur aventure sur l’île. La seconde partie, au récit plus linéaire, nous enfonce dans les arcanes des luttes entre les dinosaures, qui croient encore en certaines valeurs, et la puissance, le rouleau compresseur, de l’argent et de la dictature de la finance. Jusqu’à l’issue … Incertaine jusqu’au bout.

Un chef d'œuvre de découpage et de précision au service d’un discours humaniste mais sans illusion.

 

Et c’est pourquoi John le Carré est grand.

 

John Le Carré / Un traître à notre goût (Our kind of traitor, 2010), seuil (2011), traduit de l’anglais par Isabelle Perrin.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 22:38

Un peu débordé ces jours ci … Et je ne sais pas trop quand ça va s’arranger. Pour vous faire patienter voici quelques liens :

 

Tout d’abord vers le site dédié à Thierry Jonquet.

 

Ensuite, il ne vous aura pas échappé que la semaine prochaine sort le nouveau Fred Vargas. Et, pour une fois, la presse parle d’un polar, c’est dans l’Express, dans Télérama, et ce sera sans doute partout d’ici peu.

Suis-je en train de me plaindre qu’on en parle trop ? Surement pas. J’adore les romans de Fred Vargas. Tous ou presque. J’aime son écriture, son univers, ses personnages, sa poésie, ses histoires. Et pour une fois qu’un auteur que j’aime a du succès, je serais bien couillon de m’en plaindre. De plus j’ai un immense respect pour elle, et, entre autres, pour son combat épuisant dans l’affaire Battisti. Donc Fred Vargas va encore faire un carton, et c’est tant mieux.

 

Pour finir, un petit avertissement aux guignols qui osent essayer de nous faire croire qu’on peut être patron du FMI et de gauche.

« Et nous ? Nous sommes peut être un peu naïfs, mais nous ne sommes pas idiots. Jusqu’à présent, nous nous sommes tenus tranquilles dans les ateliers. Mais cela va changer. Nous nous réunirons dans les cours d’usine, nous et tous ceux qui y travaillent, nous élirons des comités d’entreprise. Et si les fabriques doivent être fermées, nous exproprierons les propriétaires et nous nous chargerons du fonctionnement. Nous organiserons la production beaucoup mieux et beaucoup plus sûrement que les capitalistes. De toute façon, ils ne sont qu’un poids pour les entreprises.

La victoire politique est un leurre et une illusion si elle n’est pas suivie d’une victoire de l’économie, de la victoire dans les usines. »

Solidaridad obrera / John Stephen Brademas, Espagne, 1936. Tiré de :

Hans Magnus Enzenberger  / Un bref été de l’anarchie, La vie et la mort de Buenaventura Durruti (Der kurze sommer der anarchi, 1972), Gallimard (1975), traduit de l’allemand par Lily Jumel.

Devoir pour tous les candidats se présentant comme de gauche en 2012 : Commenter la dernière phrase.
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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 22:56

Après Cocktail molotov, Jean-Paul Nozière poursuit sa peinture de la France des petites villes et des campagnes frappée de plein fouet par la crise économique avec Dernier tour de manège.

 

NoziereQuelque part dans l’est de la France, une petite ville et une campagne en pleine crise (je sais je l’ai déjà dit). Un taré s’amuse à éventrer des juments dans les prés. La gendarmerie … s’en désintéresse. Après tout ce ne sont que des bestiaux. Jusqu’au jour où la belle et pulpeuse Louise et son amant, Sakun dit le Viet, ancien mercenaire reconverti dans la récupération musclée des impayés, tombent sur une jeune femme attachée et bâillonnée dans une ferme éloignée. Un inconnu cagoulé l’a laissée dans cet état toute la nuit avant de trucider sa jument.

 

La gendarmerie se voit alors obligée de prendre l’affaire au sérieux, et Louise et Sakun, soupçonnés, se sentent obligés d’enquêter de leur côté pour se disculper. Ils vont découvrir que les trois vallées sont un véritable repère d’allumés, mystiques en peau de lapin, crédules de tous poils, faux voyants américains … et que si la plupart sont totalement inoffensifs, il traine aussi quelques véritables fous dangereux.

 

J’avais beaucoup aimé Cocktail molotov. On retrouve ici bon nombre de ses thématiques : à commencer par l’impact de la crise et de la pauvreté grandissante dans les provinces dont on ne parle jamais : ni banlieues médiatisées, ni grandes villes à la misère visible. Dans ces coins décrits par l’auteur la misère est cachée, honteuse, le désespoir n’en est que plus grand.

 

De retour aussi le thème de la folie et des personnages au bord de la rupture. Et l’on retrouve, comme dans le roman précédent, des figures originales, hors norme, insolites et attachantes.

 

Il m’a cependant semblé que l’intrigue est moins réussie. Les motivations du  croquemitaine ne sont pas toujours claires, la cohérence (à l’intérieur de sa folie bien entendu) de ses actions pas toujours évidente …

 

Ceci dit, même en tenant compte de cette faiblesse, grâce aux qualités cités plus haut, l’ensemble est fort recommandable et ce défaut est heureusement rattrapé par un final saisissant et une belle conclusion.

 

Et puis, j’ai bien aimé cette forme d’hommage à Tonton Alfred. Phrase énigmatique qui ne trouvera son explication que si vous lisez le roman … A moins que je ne me sois complètement planté sur une des sources d’inspiration de l’auteur, ce qui n’est pas à exclure.

 

Jean-Paul Nozière / Dernier tour de manège, Rivages/Noir (2011).

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 22:23

Après Un hiver de glace, un grand classique (surtout du cinéma) adapté en BD par Christian de Metter : Scarface, originalement écrit par Armitage Trail.


Scarface BDJe vais commencer par un aveu. Honte à moi, je ne savais pas que Scarface était un livre avant d’être un film. Je n’en connaissais que l’adaptation (géniale) d’Howard Hawks et son remake de Brian de Palma avec le magistral Al Pacino.

Donc contrairement à ce que j’ai fait subir à l’adaptation du roman de Woodrell, je ne ferai pas ici de comparaison avec le roman. Et j’avoue que mon souvenir du chef d’œuvre de Hawks est trop lointain et brumeux pour que je fasse le parallèle entre la BD et le film.


L’histoire est classique, ou plus exactement, est devenu un classique : ascension et chute d’un truand dans le Chicago de la prohibition. Avec son lot de règlements de compte, guerres pour la conquête de territoires, corruption, trahisons … Du classique donc, de l’indémodable, facilement transposable à aujourd’hui ou demain, en changeant le trafic d’alcool par le trafic de drogue.


Classique, indémodable et très efficace quand c’est bien mené. Et c’est superbement mené ici. Récit très bien adapté avec en particulier une efficacité impressionnante des planches « d’action », sans un mot, où le dessin et la dynamique de la mise en page racontent l’histoire sans l’aide de la moindre bulle. Choix parfait de tons pastels plutôt froids (essentiellement autour d’un vert plus ou moins sombre) qui mettent d’autant en avant la violence des exécutions et son lot de sang qui tranche.


Bref, c’est prenant, très beau et ça donne envie de revoir le premier film. Ceux qui veulent se faire une idée du rendu peuvent aller là.


Armitage Trail, Christian de Metter (adaptation et dessin) / Scarface, Rivages/Casterman/Noir (2011).

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 23:24

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de BD de la collection Rivages/Casterman. Et coup de chance, en voilà deux qui me tombent sous les yeux, dont l’adaptation par Romain Renard de Un hiver de glace de Daniel Woodrell.

Woodrell-BD.jpg

Les Ozarks, un coin perdu des US, un climat rude, des montagnes sévères, des gens rugueux … Jessup Dolly est attendu au tribunal dans une semaine. Or Jessup a disparu, et il a mis sa maison en caution pour quitter la prison. Ce qui veut dire que s’il ne se présente pas, Ree 17 ans, ses deux petits frères et leur mère qui a sombré dans la folie se retrouveront à la rue. Alors Ree n’a pas le choix, il faut qu’elle parte à la recherche de son père, avec l’aide de Gail, l’amie de toujours. Une tâche d’autant plus difficile que dans les Ozarks on n’aime pas trop ceux qui posent des questions …


Si je n’avais pas lu le roman de Woodrellj’aurais été totalement conquis par cette BD. Parce que Romain Renard a très bien adapté l’histoire. Parce qu’il a su rendre la rudesse, l’austérité et la violence de cette terre et de ses habitants. Parce que certaines planches sont superbes. Parce que la folie de la mère est émouvante.


Alors pourquoi cette restriction ? Il reste une chose que je n’ai pas retrouvée dans l’adaptation. C’est la tendresse de Woodrell pour certains de ses personnage, leur chaleur, leur humanité, les « rayons de soleil » qu’apportent les deux filles. Le roman original est dur, âpre. Mais il a aussi des moments de grâce, essentiellement lors des scènes entre les deux amies, ou entre Ree et ses frères. Et mis à part à la toute fin, ces moments de grâce ont disparu de l’adaptation. La rendant encore plus sombre que l’original.


Alors, même si la BD est très réussie, je préfère le roman. Il faut dire aussi que je suis difficile parce que Woodrellfait partie de mes auteurs fétiches.


Ceci dit, si le récent film (que je n’ai pas vu) et cette BD peuvent amener enfin à Daniel Woodrell le public qu’il mérite, qu’ils soient loués tous les deux !


Daniel Woodrell, Romain Renard (adaptation et dessin) / Un hiver de glace, Rivages/Casterman/Noir (2011).

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 23:16

Ils reviennent ! Qui ? Patrick Kenzie et Angela Gennaro pardi. Nos deux privés préférés, que l’on croyait à jamais perdus pour le polar. Dennis Lehane les a repris dans Moonlight Mile. Un vrai bonheur. Je sais, des esprits chagrins ne manqueront pas de dire que ce n’est pas le meilleur Lehane, et ils auront raison, ce n’est pas le meilleur. Moins dense et effrayant que Ténèbres prenez-moi la main ou Gone, baby gone. N’empêche que c’est quand même un bon cru. Et qu’un bon cru de Lehane vaut pas mal d’autres choses que l’on peut lire. Et puis c’est tellement bon de les retrouver !

 

LehaneIl y a treize ans, Patrick Kenzie et Angela Gennaro retrouvaient Amanda McCready, gamine de quatre ans enlevée à sa mère. Une mère indigne, qui ne s’occupait jamais d’elle. C’était Gone, baby gone. Elle avait été enlevée par des flics qui avaient décidé de court-circuiter la justice et les services sociaux pour confier les enfants qu’ils considéraient (souvent à juste titre) comme maltraités à des couples qui s’en occuperaient correctement. Patrick et Angela avaient donc retrouvé Amanda, et l’avait rendue à sa mère indigne, inconsciente, indéfendable …

 

Aujourd’hui Angela fait des études, Patrick travaille au coup par coup, sous payé, pour une grosse agence d’enquêtes privées au service des plus riches. Ils ont une fille de quatre ans … Ils tirent le diable par la queue et Patrick n’aime ni son travail, ni les gens à qui il profite.

 

C’est sans doute pour cela que, lorsque la tante d’Amanda vient leur dire que la jeune fille qui a aujourd’hui 17 ans a une nouvelle fois disparu, Patrick accepte de la chercher de nouveau. Au risque de perdre toute possibilité d’emploi fixe, au risque de mettre sa famille en danger.

 

Ils reviennent donc pour notre plus grand bonheur. Quel plaisir de les retrouver, de voir comment ils ont vieilli (et nous avec) de retrouver leurs dialogues inimitables, leur humour, leur amour et leur rage toujours intacte. Car s’ils ont pris quelques années, s’ils sont moins casse-cou (ayant beaucoup plus à perdre), si les courbatures font mal plus longtemps, on les aime toujours autant. Quel plaisir de revoir l’abominable Bubba, sur qui les années ne semblent pas avoir de prise.

 

Quel plaisir de voir que Dennis Lehane n’a rien perdu de son talent de dialoguiste. Les répliques claquent, les personnages ont le sens de la formule, et certaines scènes de dialogue, comme celle entre Patrick et trois adolescentes typiques ayant plus de dollars dans leur compte en banque que de mots à leur disposition vaut son pesant de cacahouètes.

 

Quel plaisir aussi de voir que l’auteur n’a rien perdu non plus de son indignation face aux injustices, toujours plus flagrantes, toujours plus rageantes. Car comme toujours, en toile de fond d’une histoire haletante, il dresse le portrait de sa ville et de ses habitants. De gens paumés, laminés par la crise économique, complètement désemparés quand le sacro-saint profit, l’évangile des gagnants, le Dieu marché auxquels ils avaient cru, qu’on leur avait vendu s’est écroulé et les a laissé sans rien.

 

Ce désarroi, cette panique, ce désespoir baignent le roman, mais ne le dominent pas. Car Patrick et Angela, comme leur auteur, restent fidèles à certaines valeurs et ne sont pas prêts à faire n’importe quoi pour s’en sortir.

 

« Mes joies l’emportent sur mes peines » déclare Patrick à la fin du roman. Cela vaut aussi pour le lecteur.

 

Dennis Lehane / Moonlight Mile (Moonlight Mile, 2010), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 19:26

A l’occasion de cette petite chronique je m’aperçois avec stupéfaction que je ne vous ai encore jamais causé de Jean-Claude Dunyach. Cet auteur SF, grand copain d’Ayerdhal avec qui il écrivit, il y a maintenant quelques années, Etoiles Mourantes, un chef-d’œuvre justement couvert de prix, est un des meilleurs nouvelliste de notre beau pays, tous genres confondus. C’est pourquoi je ne rate aucun des recueils que l’Atalante publie parcimonieusement mais régulièrement. Le dernier en date s’appelle Les harmoniques célestes.

 

DunyachLes harmoniques célestes nous projette dans un futur plus ou moins lointain, avec un médecin ayant inventé un appareil génial … Mais qu’il a détruit et dont il ne veut absolument plus entendre parler. Il a tenté de disparaître, a changé de nom, mais bien entendu, Elle l’a retrouvé et veut qu’il remonte son appareil.

 

La fin des cerisiers n’est pas de la SF, juste une histoire de choc de cultures, d’incompréhension, de malentendu … Entre une équipe hollywoodienne et des japonais traditionalistes au début des années 70.

 

Les cœurs silencieux est une nouvelle déchirante sur l’empathie, la paix et la mort.

 

Repli sur soie (non il n’y a pas de faute) une jolie variation sur le thème des univers parallèles, la beauté des mathématiques et, finalement, le sens de la vie.

 

Aime ton ennemi, n’a rien de christique … J’y verrai bien un clin d’œil à Moebius et son histoire excellente L’homme est-il bon. Il vous faudra lire pour comprendre.

 

Visiteur secret, la dernière nouvelle est, entre autres, une belle histoire d’amour.

 

Comme toujours chez Dunyach la langue est belle, les mots justes, les images superbes. Les fins sont souvent ouvertes, assez définies pour ne pas être frustrantes (ni donner l’impression que l’auteur ne savait finalement pas où il allait), suffisamment floues pour laisser au lecteur une belle marge d’interprétation et la possibilité de compléter l’histoire à sa guise.

 

Il se dégage de l’ensemble une impression de mélancolie douce, de sourire et de larmes. Ce sentiment que les lusophones appellent saudade, qui passe si bien dans leurs différentes musiques, et pour lequel nous n’avons pas de traduction exacte.

 

Jean-Claude Dunyach / Les harmoniques célestes, L’Atalante/La dentelle du cygne (2011).

 

PS. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore cet auteur, les sept recueils parus chez l'Atalante sont excellents.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 22:56

Vous avez sans doute déjà lu des avis très positifs sur le dernier Thomas H. Cook, Les leçons du mal : Bibliomanu a aimé, Claude également, Cynic 63 aussi … Et bien d’autres. Voici ma contribution.

 

CookNous sommes en 1954. Jack Branch, comme son père, est professeur dans le lycée public de Lakeland dans le sud des US. Dernier rejeton d'une grande famille de planteurs, il voit son métier comme un sacerdoce, un devoir de classe pour cet aristocrate du sud de partager avec les petits blancs sans instruction l'immense culture qu'il a reçu en héritage (à défaut de partager une fortune qui va, petite à petit, en déclinant).

 

Pygmalion du delta du Mississippi, il va lier une étrange relation avec un de ses élèves. Lui l'héritier du quartier des Plantations va tenter d'élever Eddie, petit blanc du quartier misérable des Ponts, fils d'un assassin, au dessus de la condition qui semble lui être promise. Il le pousse à enquêter sur son père, mort en prison des années auparavant après avoir tuée une étudiante prometteuse, sans se douter qu’il va ainsi ouvrir la boite de Pandore …

 

Un Thomas Cook dans la grande tradition serais-je tenté de dire. Ce qui est un gage de qualité, de grande qualité même. C’est que l’on retrouve ici toutes ses thématiques : une société très hiérarchisée et traditionaliste, les relations père / fils, la force du doute et du soupçon, et le poids du passé.

 

La construction virtuose passe en permanence du présent (d'où le narrateur se souvient de cette année 54) au passé sans jamais perdre le lecteur. Le rythme lent correspond bien à cette société du Sud qui semble figée à jamais. La description de cette société de classe, pour ne pas dire de caste est à la fois impitoyable dans sa lucidité et d’une grande finesse dans son écriture. L’auteur ne juge jamais, il ne fait aucun commentaire, ne charge aucun personnage. Il se « contente » de décrire, d’adopter un point de vue … Sa qualité de conteur, la justesse des descriptions des rapports entre les personnages fait le reste.

 

La brusque accélération des derniers chapitres, au découpage cinématographique époustouflant de maestria n'en a que plus d'impact.

 

Encore une très belle réussite de cet auteur au ton unique.

 

Thomas Cook / Les leçons du mal (Master of the Delta, 2008), seuil (2011), traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 23:29

Ca y est, le tome 2 est là. Le tome 2 de quoi ? De Blast, la BD monumentale de Larcenet. Après Grasse carcasse, voici donc Blast II, L’apocalypse selon Saint Jacky.

 

Larcenet Blast 2Je pourrais reprendre ici mot pour mot (ou presque) ma chronique consacrée au premier tome pour redire mon admiration devant ce chef d’œuvre. Le tome deux est aussi réussi que le premier, il le prolonge, le complète en parfaite cohérence, sans jamais donne l’impression de pondre des pages pour pondre des pages.

 

La garde à vue de Polza se poursuit, les flics n’en savent toujours pas beaucoup plus même si le récit, peu à peu, comble certains trous de leur enquête. Le lecteur apprend quelques bribes du passé de cet homme étonnant, monstrueux, tellement différent, tellement autre et pourtant tellement humain et proche de nous à sa façon.

 

Une fois de plus les planches sont absolument somptueuses, aussi belles quand elle montrent un paysage industriel dévasté, qu’un ciel d’orage ou le vol d’un hibou.

 

Dans ce volume les rapports de Polza avec les hommes commencent à être plus violents, plus conflictuels. Il côtoie parfois des monstres et le propos devient de plus en plus noir, sombre (même si cela paraissait difficile à la lecture du premier tome).

 

J’en ai bien entendu profité pour relire Grasse carcasse avant d’enchaîner. Résultat 400 pages sublimes, qui vous prennent aux tripes, vous secouent et vous emmènent très loin. Avant de conclure momentanément sur une planche magnifique, quasiment noire, silencieuse et imposante … la face en clair obscur d’un éléphant.

 

Je n’ai aucune idée de là où Polza et Larcenet veulent m’amener, je sais seulement que je ne manquerais la suite du voyage pour rien au monde.

 

Manu Larcenet / Blast, TI, L’apocalypse selon Saint Jacky, Dargaud (2011).

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