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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 22:42

« Ce premier roman de Dave Zeltserman est une plongée dans un enfer digne de Jim Thompson » lit-on en quatrième de couverture. Autant les parrainages de Don Winslow et James Ellroy n’écrasaient pas le dernier Nick Stone, autant là, l’éditeur fournit à Crimes sans importance de Dave Zeltserman un costume qui se révèle un poil grand …

 

zeltsermanJoe Denton sort de taule. Ancien flic d’une petite ville du Vermont il est tombé pour incendie volontaire et tentative de meurtre sur la personne du procureur local. A l’époque, il faisait partie d’une bande de flics ripoux, shérif en tête, tous plus ou moins au service de Manny, le parrain local. Aujourd’hui donc, Joe sort.

 

Pendant les sept ans qu’il a passé à l’ombre sa femme et ses filles sont allées s’installer ailleurs, ses parents ne sont jamais venus le voir, et on ne peut pas dire que les habitants de sa ville voient d’un très bon œil sa libération. La réinsertion s’annonce donc difficile. D’autant plus que Manny est sur le point de mourir d’un cancer et pourrait bien être tenté de parler, révélant ainsi un certain nombre de turpitudes qui vaudraient à Joe un retour définitif en prison.

 

Dès le premier jour le shérif le met face à un choix : s’il veut rester libre il doit faire taire Manny définitivement ou abattre le procureur qui veut absolument se venger de ce qu’il a subi sept ans auparavant. C’est une lente descente en enfer qui commence pour Joe.

 

Un costard un peu grand donc … Car si ce roman se lit sans déplaisir, et s’inspire effectivement (consciemment ou non) des écrits les plus noirs du grand Jim, on est quand même assez loin du compte.

 

On retrouve bien certaines thématiques de Mr Zéro, ou de Le démon dans ma peau, voire la description d’une petite ville aux mains de forces de l’ordre complètement pourries de 1275 âmes. On retrouve aussi une de ces intrigues dont il avait le secret, où l’on sait dès le premier chapitre que tout ne peut que mal finir, l’intérêt étant de savoir quand et comment. Dave Zeltserman assure le boulot, on lit avec plaisir, les péripéties s’enchaînent bien. Et on refermerait le bouquin plutôt content s’il n’y avait pas la référence écrasante.

 

Parce que c’est là que le bat blesse. Chez Thompson le lecteur est horrifié, secoué, retourné … Il ressent compassion, dégoût, mépris, tendresse, pitié … pour les personnages. Là rien, ou pas grand-chose. L’auteur lui-même semble ne pas vraiment savoir ce qu’il pense de son narrateur. En ce qui me concerne il m’a surtout prodigieusement agacé avec son ton geignard et ses trop (beaucoup trop) nombreuses auto justifications. Le pauvre ne voulait pas faire le mal mais il a cédé et est sincèrement désolé, ce qui ne l’empêche pas de continuer à semer la désolation autour de lui, mais toujours « sans faire exprès ». Le pire est qu’on se fiche un peu de ce qui arrive à ses victimes, et qu’on est plutôt content de le voir crouler sous les ennuis. Ce qui affaiblit la portée du roman, même si, je le répète, l’auteur, malgré quelques longueurs, sait attraper son lecteur et le mener au bout du roman.

 

Bref, un polar honnête, qu’on peut prendre plaisir à lire, à condition d’oublier momentanément le « modèle ».

 

Dave Zeltserman / Crimes sans importances (Small crimes, 2008), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’américain par Gérard de Chergé.

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 08:56

Voici donc le second roman de l’anglais Nick Stone traduit à la série noire. Voodoo land nous ramène une vingtaine d’années avant Tonton Clarinette, à une époque où Max Mingus était encore flic à …

 

Stone

Miami, début des années 80. L'arrivée massive de la cocaïne a transformé une paisible ville de retraités en une des villes les plus violentes des USA. L'occasion pour certains flics de se sentir investis d'une mission. C'est le cas de Eldon Burns, chef de la Miami Task Force, l'unité d'élite de la police locale. Pour lui tout est bon pour éradiquer le crime … et plaire aux politiques. Preuves trafiquées, tabassages, exécutions sommaires, corruption, pactes avec certains truands … Eldon veut à tout prix devenir Le Flic de la ville.

 

Sous ses ordres, Max Mingus, ancien boxeur, flic borderline typique et Joe Liston, son coéquipier, qui accepte de moins en moins certains débordements. Quand ils se retrouvent à enquêter sur le meurtre d'un haïtien ils ne se doutent pas qu'ils vont se trouver au centre d'une affaire qui va les déborder complètement et que leur vie et leur santé mentale vont être en danger.

 

A propos de Tonton Clarinette j’écrivais ceci : « Voilà ce que j’appellerais un bon polar, solide, sérieux, bien fichu, bien meilleur qu’un simple thriller, car en plus d’être bien construit avec tous les ingrédients du thriller, il nous plonge dans un monde que nous ne connaissons pas, mais sans cette étincelle, ce … truc, très difficile à définir, qui fait que des romans comme Versus ou La griffe du chien sont d’une autre nature, d’un autre niveau. » (désolé de me citer  …). Avec Voodoo Land Nick Stone saute le pas et écrit un roman hors norme, extraordinaire, dans le sens premier du mot.

 

Tonton Clarinette nous plongeait au cœur de la violence et de la corruption en Haïti, Voodoo Land  s'attaque à la communauté haïtienne (qu'il connaît bien) à Miami. Au travers de ses branches criminelles. Et ça secoue salement ! Avec une intrigue millimétrée, une écriture survoltée, l'analyse de l'immigration cubaine et haïtienne à Miami, des allusions au soutien américain à la dictature haïtienne, il livre là un très grand roman, d'une ampleur et d'une richesse étonnantes.

 

Nick Stone se paye le luxe d’attaquer avec une scène hallucinante, et réussit à ne jamais laisser retomber le soufflé jusqu’à l’apocalypse finale. Un véritable tour de force.

 

Et ce n’est pas le seul. Ses références sont, excusez du peu, La griffe du chien de Don Winslow (remercié à la fin de l'ouvrage) et James Ellroy (cité également au détour d'une phrase). Si le lien avec Winslow est ténu, le roman traite du trafic de drogue et du soutien politique des USA aux pires dictatures des années 80, c’est surtout du côté d’Ellroy et de ses personnages qu’il faut chercher une influence. Eldon Burns est le digne pendant de Dudley Smith, pourri jusqu’à la moelle, impitoyable et mortel, et Max Mingus est un héros typiquement ellroyen, flic pas vraiment net, au bord de la folie et de la pourriture, sauvé par l’amour rédempteur d’une femme.

 

La grosse difficulté quand on est jugé à l’aune de tels monstres, c’est qu’on risque de souffrir de la comparaison. Il n’en est rien. Voodoo Land tient le choc et classe Nick Stone parmi les très grands.

 

Nick Stone / Voodoo land (King of swords, 2007), Série Noire (2011), traduit de l’anglais par Samuel Todd.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 09:28

Je ne vous ai pas abandonnés ! C’est ma ligne télécom qui m’a lâché. Service perturbé pour les prochains jours .. En attendant de causer de l’extraordinaire Voodoo land de Nick Stone, un petit apéro :

 

Villard BD messeUn très beau livre édité par une maison dont je n’avais jamais entendu parler : les éditions matière, qui au vu de La messe est dite, nouvelle de Marc Villard illustrée par Eugénie Lavenant portent bien leur nom tant l’objet que l’on a entre les mains est fait d’une vraie belle matière de papier.

 

Dans la famille Falcone on est tueur de père en fils. Il est d’ailleurs proche le moment où Paolo, le père, va passer la main, en douceur, à Romain, le fils. Il a déjà commencé à l’initier au métier, tout en l’encourageant à poursuivre des études de commerce en parallèle. Seulement voilà, avec les études, le fils conteste, réfléchit, et décide, contre l’avis du père, qu’il y a plus lucratif dans le monde du crime que le métier de tueur. Il oublie que chez les Falcone on ne rigole pas avec les traditions, Romain sera tueur ou ne sera pas.

 

On le voit, on est ici en plein dans l’imaginaire de Marc Villard. Pas de surprise donc, si ce n’est celle que réserve la chute ... Une autre de ses marques de fabrique. Reste-t-il parmi les amateurs de polar une seule personne qui ne sache que Marc Villard est l’un des plus grands spécialistes de la nouvelle ? Non. Donc c’est une fois de plus un vrai plaisir.

 

Mais cette fois, ce plaisir ne vient pas seul. Au plaisir des mots vient d’ajouter celui des images. Des images souvent décalées qui, dans un noir et blanc très contrasté (pas de gris ici) viennent ajouter un contrechant, illustrer à contrecourant, jouer dans un silence.

 

Texte et dessins se complètent, se répondent et se retrouvent comme une chanteuse de jazz et le pianiste qui l’accompagne.

 

Encore quelque chose qui fait penser à l’univers de Marc Villard

 

Marc Villard et Eugénie Lavenant / La messe est dite, Editions Matière (2011).

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 07:31

Attention douche écossaise. Après le chaleureux Indien blanc de Craig Johnson, on enchaîne sans transition sur une belle douche froide, voire glacée : Préparer l’enfer de Thierry Di Rollo qui signe là son premier polar (il est par contre bien connu des amateurs de SF).

 

Di Rollo

Dimanche 15 avril, l’après-midi, dans quelques années … La France attend le résultat du second tour des présidentielles. Un résultat qui sera sans surprise, c’est la très médiatique Saulnier, candidate du Franc qui va gagner contre le candidat social-démocrate.

 

Mornau le sait bien qui vient de se faire arrêter. Depuis plus de dix ans il travaille à cela, sous la houlette de Brunard, tête pensante du parti. Ils ont tout fait pour faire monter la peur, manipuler les média, justifier le grignotage lent mais permanent des libertés, instaurer une société sous surveillance … Mornau vient de tuer une dernière fois, et il s’est laissé arrêter. Il raconte tout à un petit inspecteur qui ne pourra plus rien arrêter.

 

Avertissement donc, Thierry Di Rollo n’est pas agréable. Certes il ne prétend pas prédire notre avenir, mais il nous met sérieusement en garde contre un des avenirs possibles. Pas agréable donc, déjà parce qu’il nous prédit un deuxième mandat du Petit, président de droite qui drague ouvertement sur les terres du Franc (anciennement le Sursaut), ce qui n’est pas drôle. Pas agréable parce qu’il montre comment une alternance avec un PS du futur (ou équivalent) ne fait que rendre le résultat final plus inéluctable. D’ailleurs il nous avertit dès le titre Préparer l’enfer, on ne saurait être plus explicite.

 

Cet enfer n’est pas chaud et rouge, il est gris et froid. Ecriture sèche, récit resserré, descente sans fin vers cet enfer programmé. En s’appuyant suffisamment sur notre présent pour que sa « démonstration » soit très désagréablement plausible. L’auteur analyse parfaitement la mise en place insidieuse d’une société sous surveillance, ou les libertés sont grignotées, peu à peu, chaque fois qu’un événement judicieusement mis en lumière vient jouer sur les peurs collectives.

 

Le résultat est glaçant, cohérent, crédible et donc effrayant. Le lecteur le reçoit en pleine figure, comme un seau d’eau glacée. Cela n’a rien d’agréable … Mais ça réveille. C’était sans doute un des buts de l’auteur. Il est parfaitement atteint.

 

Thierry Di Rollo / Préparer l’enfer, Série Noire (2011).

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 00:58

C’est avec une certaine appréhension que j’ai ouvert ce troisième volume des aventures de Walt Longmire de Craig Johnson. En effet, contrairement aux deux premiers, L’indien blanc ne se déroule pas dans le Wyoming sauvage, mais dans une grande ville. L’auteur n’allait-il pas y perdre son latin ? Son ton ? Son enchantement ? Des craintes qui se sont révélées totalement injustifiées.

 

JohnsonWalt Longmire, shérif dans le Wyoming, décide d’accompagner son ami Henry Standing Bear à Philadelphie où il présente une série de ses photos sur la Nation Cheyenne. L’occasion pour lui de voir sa fille Cady, avocate dans une grand cabinet, et de faire connaissance avec son ami Devon, avocat comme elle. Malheureusement, le soir de son arrivée, Cady est agressée et se retrouve dans le coma. Walt acquiert très rapidement la certitude que Devon est mêlé à l’agression. Il a peu de temps pour s’en assurer. Moins de 48 heures plus tard le jeune avocat est tué. Impliqué malgré lui, Walt décide alors d’enquêter dans la grande ville.

 

Donc tout va bien, Craig Johnson est aussi à l’aise à la ville quand dans les immensités du Nord-Ouest sauvage. Il faut dire que s’il est actuellement propriétaire d’un ranch situé à quelques kilomètres d’une métropole de 25 habitants, il fut, en son temps, flic à New York ! Donc le bonhomme a plus d’une corde à son arc, et plus d’une expérience dans sa besace.

 

Résultat, l’écriture est aussi belle et convaincante quand il décrit un environnement urbain que dans ses tableaux des montagnes sauvages, les personnages sont plus attachants que jamais, l’émotion est palpable et son humour n’a pas changé. Le roman permet d’approfondir les relations entre Walt et sa fille, et d’apprendre à connaître une peu mieux La Terreur, Vic, adjointe de Walt, et de faire connaissance avec sa famille, tous (ou presque) flics à Philadelphie.

 

Bref, le lecteur se régale et en redemande. C’est quand le prochain ?

 

Craig Johnson / L’indien blanc (Kindness goes unpunished, 2007), Gallmeister (2011), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 22:04

Enfin une bonne nouvelle …

 

Je sais que Nestor Kirchner et sa veuve Cristina ne font pas l’unanimité en Argentine et encore moins dans le monde. Ils ont peut-être fait des erreurs, ils ont peut-être même comme disent certains profité de leur position pour se remplir les poches.

 

Je n’en sait rien, la politique argentine est pour moi quelque chose de totalement incompréhensible.

 

Mais.

 

Mais une chose que personne ne pourra leur enlever et qui restera à jamais dans leur balance positive, c’est qu’ils ont annulé l’ignoble amnistie votée par cette pourriture totale que fut Carlos Menem.

 

Et maintenant, les uns après les autres, les fumiers survivants de la junte de Videla sont condamnés, en général à perpétuité. Ce qui est la moindre des choses pour des gens responsables de la mort de la bagatelle de 30 000 personnes.

 

Les dernières bonnes nouvelles en date sont là.

 

Pour revenir au polar, demain ou dimanche je vous cause du dernier Craig Johnson.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 21:37

Vous avez peut-être remarqué, au fil des commentaires, la signature d’un certain Holden.

 

L’individu, non content de commenter mes bafouilles tient également un blog. Un de plus me direz-vous.

 

Un de plus certes, mais que je vous encourage à aller visiter. Il s’appelle Unwalkers et vous y trouverez, dans les articles récents, trois interviews d’auteurs dont on cause en ce moment. A savoir Joseph Incardona, Barouk Salamé et Thierry Di Rollo (dont je vous cause très bientôt). Et si vous fouillez un peu vous en trouverez aussi une de Marin Ledun.

 

Bonne lecture.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 22:18

 

Il y a deux ans un auteur mystérieux faisait sensation avec un étonnant thriller métaphysique. C’était Le testament syriaque de Barouk Salamé. Difficile de se douter, en refermant le roman, que l’on en retrouverait les protagonistes deux ans plus tard. Et c’est pourtant chose faite avec cet Arabian thriller.

 

SalaméL’ex commissaire Sarfaty, grand connaisseur de l’islam, et Benazir Gurazi, ex colonel des services secrets pakistanais qui s’étaient rencontrés lors de l’affaire du Testament syriaque sont partis pour leur lune de miel à Venise. Une lune de miel qui tourne court quand une artiste pakistanaise, proche amie de Benazir, est enlevée à quelques jours de la présentation de sa dernière œuvre, très critiquée par les intégristes islamistes.

 

Dans le même temps, un mercenaire fanatique veut venger les victimes du 11 septembre et faire sauter la Grande Mosquée de la Mecque pour déstabiliser le pouvoir saoudien … Deux affaires en apparence déconnectées qui vont se rejoindre.

 

En voilà une excellente suite qui garde intactes la surprise et la richesse du précédent roman tout en évitant ses maladresses. J’ai donc beaucoup aimé mais … mais il y a une chose qui m’a agacé. Je préfère donc m’en débarrasser tout de suite.

 

Je veux bien croire que l’auteur connaisse très bien l’islam et son histoire. Par contre il est un peu approximatif pour tout se qui concerne la technologie spatiale. Or il en use et abuse par moment. Les personnages se guident sur le GPS d’un objet caché, ils disposent à leur guise de satellites pouvant fournir des images de tout et n’importe quoi à n’importe quel moment, ils suivent même des voitures par satellite …

 

Tout cela fait partie des fantasmes d’une société qui veut croire que, si l’on est fichés et fliqués c’est à cause d’une science et d’une technologie compliquées, inaccessibles et incompréhensibles, maîtrisées par les « maîtres » du pays. Et bien non, on est fliqués et fichés quand on utilise sa carte bleue, son téléphone portable, qu’on rentre son profil sur facebook, qu’on est filmé dans la rue. Comme je ne veux pas vous saouler, je reporte en fin de chronique mes petites explications pour ceux que ça intéresse …

 

Donc à part ce détail, on ne peut que chanter les louanges de ce nouvel ouvrage. Après Le testament syriaque, Barouk Salamé double la mise et réussit une nouvelle fois à marier érudition, analyse fine des textes et de l’histoire des religions et exigences d’un thriller. Il alterne brillamment les « exposés » sur l’histoire de l’islam et de ses différentes interprétations, jamais lourds, et les scènes d’actions les plus explosives. Le tout sans jamais donner à son lecteur l’impression que le rythme s’écroule tant ses digressions sont passionnantes.

 

Son intrigue, complexe, passe sans jamais paraître artificielle de Paris à Venise, en passant par Ryad ou La Mecque. Les personnages existent vraiment. L’idée des fous furieux pour faire sauter La grande Mosquée est tordue mais plausible. La description des différents lieux et de leurs habitants donne l’impression qu’on y est. Le roman est rythmé, la narration passe de façon fluide et efficace d’un point de vue à l’autre …

 

Au final, l’intérêt du lecteur ne faiblit jamais tout au long des 550 pages et on a l’impression d’être un peu moins bête en refermant le bouquin. Bref, une réussite.

 

Barouk Salamé / Arabian thriller, Rivages/Thriller (2011).

 

PS. Petites notions de technologie spatiale donc.

 

1. Au risque de me répéter, un GPS (celui que vous avez peut-être dans votre voiture) est un récepteur qui reçoit les signaux envoyés par des satellites et calcule ainsi sa position. Mais il n’émet rien. On ne peut donc pas se guider sur un GPS.

 

2. On ne peut pas suivre quelqu’un avec un satellite. Les lois de la nature sont têtues. Un satellite tourne autour de la Terre. Tout le temps. Comme la lune. Donc si on veut suivre quelqu’un qui se trouve, par exemple, à Ryad, il faut attendre que le satellite passe au dessus de Ryad. Et espérer qu’à ce moment là il n’y aura pas de nuages (ce qui est probable à Ryad, plus aléatoire à Londres ou Galway), et qu’il fera jour.

 

Et il passe au mieux toutes les 100 minutes (à la louche). S’il a été mis sur une orbite qui passe et repasse toujours au dessus de Ryad. Mais alors, avec ce satellite on ne verra jamais Pékin, ni Caracas.

 

Sinon, on a un satellite qui passe un peu partout ; dans ce cas il ne repasse au dessus de Ryad que tous les deux ou trois jours. Le méchants a donc tout le temps de faire se saloperies en cachette.

 

Seuls les satellite dits géostationnaires restent tout le temps au dessus du même point car ils sont sur une orbite qui tourne … A la vitesse de rotation de la Terre. Le problème est qu’il faut alors les mettre sur l’orbite géocentrique qui se trouve au dessus de l’Equateur, à 36 000 km. Et de si loin, on ne voit que des objets de plusieurs centaines de mètres. Le méchant passe donc totalement inaperçu.

 

3. La France ne dispose pas de tant de satellites d’observation que ça. Difficile (et même plutôt rigolo) d’imaginer que, même avec l’appui d’un conseiller direct du Président, deux gugusses comme nos deux héros puissent avoir, comme ça, toutes les ressources d’un de ces satellites pour eux tous seuls. Encore plus rigolo si on imagine que, pour voir ce qu’il veulent voir, ils faut avoir la main sur un satellite militaire …

 

Tout ça pour dire que la technologie spatiale comme Deus ex machina c’est peut-être sexy, mais c’est pas du tout, mais alors pas du tout crédible.

 

Tient, comme je suis gentil, et que je m’agace parfois de lire de trop grosses incongruités, je m’engage solennellement à offrir gracieusement mon aide à tout auteur de polar qui voudrait mettre un poil de spatial dans ses intrigues.

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 22:41

J’ai toujours sur ma table de nuit un ou deux recueils de nouvelles. Et de temps en temps hop, une petite nouvelle bien noire entre deux gros romans. Mon dernier recueil en date : Les hommes en noir, recueil collectif dont le maître d’œuvre est Frédéric Prilleux.

 

Hommes en noirL’idée de départ est simple : Le foot ! Mais comme nous sommes ici en présence d’auteurs de nouvelles noires, le foot côté sombre. Et qui pourrait, mieux que l’homme en noir, le symboliser ?

 

Résultat, 17 auteurs ont eu la lourde tâche d’écrire 17 nouvelles, centrées sur l’arbitre, et illustrant chacune une des 17 règles du fouteballe.

 

Une question s’impose : faut-il aimer le fouteballe pour apprécier ce recueil ? Réponse : Non. Ce n’est absolument pas obligatoire. Je me fout du foot. Cela fait plus de 20 ans que je n’ai pas regardé un match en entier (non, même pas la finale de 98). Pour tout dire mon dernier souvenir remonte à la demi finale de Séville, ce qui ne me rajeunit pas. Mais j’ai beaucoup aimé le recueil.

 

Faut dire qu’il y a du beau monde :

 

Marc Villard égal à lui-même, met en scène un tueur à gage, et il le fait très bien, avec le sens de la chute qui le caractérise.

 

Jérôme Leroy, égal à lui-même aussi, nous fait très plaisir (enfin me fait très plaisir) en imaginant une façon originale de nous débarrasser de … Mais vous verrez.

 

Michel Pelé (sic !) nous livre une petite politique fiction désagréablement probable.

 

Olivier Thiébaut imagine une façon originale de gagner les matchs.

 

Caryl Férey qui, c’est bien connu, préfère le rugby, propose une explication un peu iconoclaste des bons résultats passés de l’équipe de France.

 

Marcus Malte, égal à lui-même lui aussi, nous livre une très jolie nouvelle noire et nostalgique.

 

Et il y aussi : Jean-Hugues Oppel, Thierry Gatinet, Denis Flageul, Jean-Luc Manet, Thierry Crifo, François Thomazeau, Pierre Cherruau, Annelise Roux, Jean-Marie Villemot, Jean-Noël Levavasseur et Dominique Sylvain.

 

Des noms connus et moins connus, mais tous ont joué le jeu et toutes les nouvelles sont bonnes. Chacun ensuite aura ses préférées …

 

Comment ? Non je ne me suis pas trompé. Pas de texte de Jean-Bernard Pouy ! Faut dire qu’il n’est pas un grand amateur de fouteballe, son truc à lui, c’est le vélo.

 

Colllectif / Les hommes en noir, Les contre-bandiers (2011).

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 22:38

Les guides polars sont toujours reçus par l’amateur avec un mélange de joie, d’enthousiasme et de déception (sauf le numéro spécial 813 qui est parfait hihi …).

 

Celui édité récemment par les librairies Decitre ne fait pas exception à la règle. Ce qui compte ensuite c’est de savoir s’il y a plus d’enthousiasme ou plus de déception !

 

Foin de suspense, il y a plus d’enthousiasme.

 

Mais comme toujours je vais commencer par ce qui me chagrine.

 

En premier lieu les notes sont très très courtes … En particulier la partie « avis » est plus que réduite. Mais c’est la loi du genre.

 

Ensuite, je ne suis pas convaincu par les classements : Whodunit, Hard Boiled, roman noir, suspense … Je ne saurais pas classer mes lectures suivant ces étiquettes. Et franchement Padura, Mankell, Montalban, Nesbo en Whodunit , Dortmunder en roman noir, et DOA à côté de Coben en Suspense … Je ne suis pas convaincu.

 

Pour finir avec ce qui me chagrine … comme toujours dans ce genre d’exercice les manquants : Manotti, Oppel, Dessaint , Ledesma, Cook, Crumley, McBain, Winwlow, Woodrell, Willocks  … Alors qu’on y trouve Chattam, Coben, Carrisi …

 

Mais bon, c’est là aussi la loi du genre, et je sais que ce guide n’est pas écrit pour les amateurs forcenés (et parfois, je le reconnais, un poil sectaire …).

 

Alors qu’est-ce qui me plait.

 

Ben pour commencer il est beau ce guide. J’aime beaucoup la couverture et la mise en page.

 

Et puis il y a ceux qui sont là, y compris quelques uns qui sont une excellente surprise. Parce que trouver Pouy, Taibo II, Montalban, Camilleri, Lehane, Thompson, Manchette c’est le minimum syndical. Mais voir figurer Asimov, Abbey, Beinhart, Chainas, Crews, DOA, Grubb, Mani, Meyer, Nesbo ou O Connell c’est pas gagné d’avance et ça fait bien plaisir.

 

Et en marge des fiches, j’ai beaucoup apprécié les suggestions de lecture figurant au bas de chaque note. C’est là qu’on retrouve souvent les manquants que je cite plus haut qui se retrouvent repêchés. Et c’est là qu’on trouve aussi quelques perles, avec des noms qui ne reviennent pas souvent ou qui ne sont pas forcément associé au genre comme Lucarelli, Sherman Alexie, Behm, Egolf, Mosley, Banks, Vian, Steinbeck, Ebershon, Somoza ou Paasilinna …

 

Bref, le spécialiste n’apprendra certes pas grand-chose, mais ce n’est pas à lui que ce guide s’adresse. Par contre il propose de bonnes pistes de lectures, et même quelques surprises au lecteur attentif qui s’attardera sur les conseils de bas de page.

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