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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 19:30

Cela fait un bout de temps que je ne vous avais pas parlé de lectures pour les minots. Ca avait commencé avec Le seigneur des anneaux, on a ensuite continué avec des classiques et des moins classiques.

 

Comme annoncé dans ce dernier billet, depuis on a lu ensemble Les contes du chats perché, un certain nombre de Roald Dahl, dont ses deux livres de mémoires (sur son enfance et sur sa participation à la deuxième guerre mondiale), Tom Sawyer et Huckleberry Fynn (qui nous a donné l’occasion de parler de l’esclavage, du racisme …), le très beau Moonfleet qui a permis de mettre le doigt sur les libertés que peut prendre un réalisateur quand il tourne un film d’après un roman (dans ce cas le roman ET le film sont magnifiques), Croc Blanc, beaucoup plus complexe et philosophique que dans mon souvenir de môme qui n’avait retenu que la partie aventure du roman …

hiaasen-minots.jpeg

Et pour finir, un roman d’aujourd’hui, avec lequel on s’est, une fois de plus, tous régalés, moi autant qu’eux : Panthère de Carl Hiaasen. Un peu compliqué pour des enfants de 7 et 9 ans (parce que les personnages sont adultes ou grands adolescents, avec le langage que cela suppose), mais très bien à leur lire, parce que pour jeunes comme pour moins jeunes, Carl Hiaasen reste Carl Hiaasen.

 

C'est-à-dire qu’il y a de sacrés énergumènes (dont un personnage de Mal de chien), que les salauds sont très méchants, très nuisibles, mais heureusement très bêtes et qu’à l’arrivée ils en prennent plein le museau, avec l’inventivité que l’on connaît (et qui a enchanté le jeune public !), parce qu’il y a du suspense, parce que la morale plus que la loi est respectée (en gros, pour châtier les salauds, les « gentils » se permettent quelques légères infractions à une loi trop rigide, style coller un emmerdeur à poil contre un arbre ou voler les tuyaux d’une bande de pollueurs). Parce qu’on y voit des animaux sauvages ce qui plait toujours à cet âge.

 

Résultat, ils en redemandent (et il y en a d’autres) et ils demandent déjà quand ils pourront lire mes Hiaasen à moi (un peu plus tard), et quand ils pourront lire Le gang de la clé à molette (parce qu’un des personnages de Panthère a Hayduke pour modèle, c’est dire !).

 

Conclusion : on s’est bien marré, et ils ont encore plus envie de lire. Bingo !

 

Pour continuer, on a le choix entre Kim de Kipling, démarrer l’interminable série des Enfants de la terre de Jean Auel, et La conspiration Merlin de Diana Wynne Jones … Suite au prochain épisode.

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 21:04

Mea culpa, mea très grande culpa ! Cela fait un petit moment que je tourne autour des romans de Dominique Sylvain (qui en a quelques uns à son actif), que j’en entends dire (et j’en lis) du bien un peu partout, que nous échangeons via une liste ou l’autre, ici ou là … et je n’avais encore rien lu d’elle, si ce n’est une nouvelle (très bien d’ailleurs) parue dans une collection trop tôt disparue dirigée par Claude Mesplède chez Autrement. Et bien s’est fini tout ça, j’ai lu son dernier Guerre sale, et c’est sur, je ne raterai pas les prochains (et je vais tâcher d’en récupérer quelques anciens).

 

SylvainFlorian Vidal, bras droit de Richard Gratien, avocat, un des hommes les plus influents de la Françafrique est retrouvé mort dans une piscine. Il a subi le supplice du pneu enflammé. L’équipe de la criminelle de Sacha Duguin sait, dès le départ, que l’enquête sera sensible, difficile, et qu’ON leur mettra des bâtons dans les roues. Autre difficulté, ils vont avoir dans les pattes l’ancienne commissaire Lola Jost dont un adjoint d’origine africaine avait été tué de la même façon cinq ans auparavant. Un meurtre jamais élucidé qui avait précipité son départ à la retraite. Lola Jost et son amie Ingrid Diesel qui n’ont rien perdu de leur qualités d’enquêtrices, n’aiment guère Duguin et ont une liberté d’action qui décuple leurs capacité de « nuisance ». Autant dire que Duguin va devoir marcher sur une corde raide …

 

Tous les ingrédients sont réunis :

 

Une toile de fond noire à souhait, riche en possibilités et peu explorée par les polardeux français. Quel cadre plus favorable que la Françafrique avec ce que cela comporte de compromissions, corruption, (rétro)commissions (pour reprendre des mots en ion qu’Ingrid affectionne particulièrement !). Une toile de fond que Dominique Sylvain a le talent et l’intelligence de laisser à sa place … de toile de fond, évitant ainsi de sacrifier le reste et d’écrire un pamphlet. Le reste ce sont :

 

Des personnages incarnés, charnels, auxquels on croit immédiatement, auxquels on s’attache, ou auxquels on a envie de filer des claques. Ils sont vrais, complexes, jamais entièrement blancs ou noirs (sans jeu de mot idiot) avec leurs côtés sombres, leur grandeur, leurs lâchetés, leur méchanceté et leur générosité, bref, des vrais humains.

 

Des dialogues qui sonnent vrai, pimentés juste ce qu’il faut des délicieux anglicismes d’Ingrid, et des non moins délicieuses discussions sur les bizarreries de notre langue entre les deux amies.

 

Une belle description du décor, Paris sous la pluie, le restau accueillant et ses plats qui mettent l’eau à la bouche …

 

Ne restait plus qu’à réussir la cuisson. Elle est parfaite. Suspense savamment distillé, changements de rythme, accélération sur le final. On est accroché dès le début et on suit jusqu’à la fin, sans que l’attention se relâche un seul instant. Et pour finir, la petite touche de la chef, l’épice finale, qui conclue le roman de façon magistrale lui donnant une saveur ... Une saveur que je vous laisse découvrir.

 

Chapeau bas. Pour en savoir plus, Bernard Strainchamps a interviewé Dominique Sylvain sur Bibliosurf.

Dominique Sylvain / Guerre sale, Viviane Hamy (2011).

 

 

PS. Pour la musique c’est facile, comme dans Les Harmoniques la bande son est fournie par le roman.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 23:32

« Ma mère m’a donné ce cadeau et cette malédiction : l’obsession ».

 

Vous n’avez certainement pas oublié que d’ici maintenant 10 jours j’aurai l’honneur et le privilège d’animer une rencontre avec James Ellroy himself. Honneur certes, mais un peu flippant, l’animal étant capable du meilleur comme du pire, selon la préparation de l’intervieweur. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai donc commencé à réviser avec Ma part d’ombre que je n’avais pas lu à l’époque de sa sortie. Histoire de me mettre en jambes avant d’attaquer La malédiction Hilliker.

 

Ellroy OmbreA l’époque j’avais plus ou moins lu les comptes-rendus dans la presse qui parlaient de son enquête sur la mort de sa mère, assassinée à L.A. quand il avait dix ans. Le moins que l’on puisse dire est que c’est un brin réducteur.

 

Quatre parties dans ce roman/témoignage.

 

La première reprend la chronologie de l’enquête originale, de la découverte du corps au moment où l’affaire est classée, au milieu de tant d’autres non élucidées. Le petit James Ellroy n’y est qu’un témoin parmi tant d’autres. Un témoin qui pleure peu, et se trouve assez content d’aller vivre définitivement avec son père.

 

La deuxième est totalement autobiographique, racontée à la première personne. Sans aucune pudeur et sans la moindre complaisance elle retrace la descente aux enfers de l’auteur, de la découverte du corps jusqu’à la publication de son premier roman. Fantasmes, obsession (on y reviendra), alcool, drogue, provocations … Tout est mis à plat, impitoyablement.

 

La troisième présente la carrière de Bill Stoner,  le flic qui l’aidera à reprendre l’enquête. Le lecteur assiste à une accumulation de meurtres, de viols, de violences faites aux femmes et aux enfants. Une accumulation lancinante, obsédante.

 

Enfin la quatrième partie raconte, de nouveau à la première personne, l’enquête menée trente ans après les faits par James Ellroy et Bill Stoner pour retrouver l’assassin de Geneva Hilliker, devenue Jean Ellroy. L’enquête sur le meurtre qui se transforme, petit à petit, en une quête sur la vie de sa mère que l’auteur découvre enfin, plus de trente ans après sa mort.

 

A la lecture de ce pavé, et en attendant de voir ce que donne La malédiction Hilliker, une question taraude le lecteur. Pourquoi cette autofiction (puisque c’est comme ça que ça s’appelle maintenant non ?) est-elle passionnante alors que celles de nos jeunes (et moins jeunes) auteurs français sont aussi chiantes ? Voici quelques pistes de réponses :


1. James Ellroy a une putain (désolé, c’est lui qui m’a contaminé) d’écriture ! Ca commence par là. Une écriture en parfait accord avec cette fameuse obsession léguée par sa mère. Une écriture lancinante, répétitive … obsédante. On y rentre ou pas, mais si on est happé il est très difficile d’en sortir.


2. James Ellroy s’est lancé dans l’exercice alors qu’il avait déjà une œuvre impressionnante derrière lui. Du coup le lecteur a envie de savoir quel type de vie a pu mener un bonhomme qui écrit de tels romans, envie aussi de savoir ce qui se cache derrière la bête de scène qui fait son show (outrancier) dès qu’on le titille un poil. Et tout est dit dans le bouquin sur ses obsessions (encore), sur son besoin maladif d’exister (mieux vaut être haïs qu’ignoré), sur l’origine de ses provocations, mais aussi, entre les lignes, sur ses opinions plus sincères. Au passage, les indignés professionnels qui clament à tout va que beurk Ellroy est un vilain raciste, misogyne, machiste, homophobe, antisémite … devrait peut-être lire ses bouquins ou parler de sujets qu’ils maîtrisent mieux.


3. Même s’il parle de lui et de sa mère, Ellroy élargit le champ et nous livre une véritable description de Los Angeles et de son évolution au cours du XX° siècle, une peinture de sa police, des média, des relations hommes-femmes, des névroses de ses concitoyens … Donc le propos est beaucoup plus riche qu’on ne pourrait le croire au départ.


Voilà, je fais une pause de quelques jours pour éviter l’overdose, et je me plonge dans La malédiction Hilliker.


James Ellroy / Ma part d’ombre (My dark places, 1996), RN (1997), traduit de l’américain par Freddy Michalski.

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 22:43

Je crois l’avoir déjà écrit, nous avons longtemps considéré que nous avions la droite la plus bête du monde.

 

Puis vint le 11 mars 2004, et l’attentat du métro de Madrid, 200 morts, près de 1500 blessés. Le sinistre Aznar, envers en contre tous tente de convaincre les espagnols que l’ETA est derrière les attentats (si c’est l’ETA, sa politique de droite dure qui est légitimée, si ce sont les islamistes, c’est sa politique de soutien à l’invasion de l’Irak par la famille Bush qui en prend pour son grade). Manipulation des media, aveuglement, stupidité … La droite espagnole se révèle d’une bêtise crasse, perd les élections qui suivent juste derrière, et ravit à la droite française son titre si convoité.

 

Mais ça y est, on a repris la coupe.

 

Le 9 janvier le ministre du strass et des paillettes, qui aurait certainement mieux fait de rester à la villa Médicis affirmait, avec un sens du timing historique qui a dû faire se retourner son tonton dans sa tombe que, non, la Tunisie n’était pas une dictature.

 

Le 11 janvier, jalouse de s’être fait voler la vedette, notre ministre des affaires étrangères, qui n’a pas oublié qu’elle a été ministre des bidasses et des cognes propose à Ben Ali de l’aider à faire rentrer la racaille dans le rang.

 

Vendredi, le peuple tunisien leur met à tous un gros nez rouge et fout le non-dictateur à la porte, première étape indispensable pour reprendre son destin en main. Vexés d’être passés pour les derniers des cons, les ministres du gouvernement français décident de ne pas accueillir notre ex-grand-ami.

 

Accessoirement, et en attente d’une contre attaque, pourquoi pas italienne (qui fait le forcing en ce moment), la droite française redevient la plus bête du monde.

 

On est les champions, on est les champions, on est, on est, on est les champions !

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 21:04

Après les deux animations de début janvier, et avant de me plonger dans la préparation de celle avec Monsieur Ellroy, je me suis pris une peu de vacances au soleil. Et ce sans bouger de chez moi. Comment ? C’est tout simple, il suffit de lire le Camilleri de l’année. La cuvée 2011 s’appelle La piste de sable.

 

CamilleriUn matin, au lever, Salvo Montalbano trouve sur la plage devant chez lui le cadavre d’un cheval. L’animal a été battu à mort et a réussi à s’échapper avant de venir mourir sous ses fenêtres. Le temps d’appeler ses hommes et de faire les premières constatations, la carcasse a disparu. L’après-midi la belle et troublante Rachele vient porter plainte : on a volé son pur-sang. Affaire simple en apparence. Mais les choses se compliquent quand d’étranges voleurs mettent la maison de Salvo sans dessus dessous. Sans compter la très belle et très troublante Rachele qui … trouble beaucoup notre commissaire. Bref des pelletées d’ennuis en perspective.

 

Voici donc le Montalbano de l’année. Qui devrait être remboursé par la sécurité sociale tant il fait du bien. On rit sans arrière pensée pendant quelques heures. On oublie les soucis, l’hiver, la neige, les fâcheux … Dialogues, situations, pur burlesque, tous les types d’humour sont utilisés, tout fait mouche. Rien de nouveau par rapport au précédent opus, Montalbano est toujours aussi mauvais coucheur, d’aussi mauvaise foi ; Catarella toujours … Catarella ; on a droit à quelques scènes d’anthologie, à des dialogues à recopier dans un carnet …

 

Et au passage, mine de rien, que tout cela est juste. La peur de vieillir, la morgue des puissants, les petites lâchetés, les grandes faiblesses, le plaisir d’un bon repas …

 

Encore une excellente année donc pour le château Montalbano, produit par Andrea Camilleri, un nectar aux mille parfums qui met en joie !

 

Andrea Camilleri / La piste de sable (La pista di sabia, 2007), Fleuve Noir (2011), traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

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14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 19:50

Beaucoup, beaucoup de monde à la Renaissance pour accueillir comme il le mérite Marcus Malte qui venait causer de son dernier roman.

Marcus Petit

Première constatation et premier étonnement (peut-être) pour ceux qui ne le connaissaient pas et qui n’avaient lu de lui que des romans comme Carnage Constellation, La part des chiens ou Garden of Love, il a beaucoup d’humour … On a beaucoup rit pendant la rencontre.

 

On pouvait s’en douter, on le sait maintenant, la motivation première de Marcus Malte est d’écrire des phrases qui chantent. De même qu’une musique nous touche, il cherche à écrire des suites de mots qui aient le rythme, la sonorité qu’il recherche. En priorité. Bien entendu, il faut aussi que cela ait du sens, et raconte une histoire.

 

Marcus Petit bisUne histoire qui commence toujours par une première phrase, sans qu’il sache à ce moment là ce qui va suivre. Il avoue être le premier surpris par ses histoires. Et parfois même bien embêté par ce qu’il vient d’écrire qui lui complique la vie. Mais il se refuse toujours à revenir en arrière pour effacer un événement, un rebondissement, l’arrivée d’un personnage qui lui complique la tâche. Il revient par contre, souvent, et beaucoup, sur l’écriture pour la polir, la travailler.

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, particulièrement à la lecture des harmoniques, il n’écoute pas de musique en écrivant.

 

A une question de Claude Mesplède, Marcus Malte a répondu qu’il ne se considère pas comme un écrivain engagé. Il a des engagements, des convictions, des colères, elles passent parfois dans ses bouquins, mais jamais parce que c’était son intention. Chaque fois qu’il a voulu écrire sur un sujet particulier en se disant : « il faut que j’écrive là-dessus », ça n’a pas marché.

 

Mais parfois, comme dans Les harmoniques, cela vient dans le cours du récit. Et il peut alors exprimer sa colère, sa tristesse, son incompréhension face à ce que les hommes sont capables de faire subir à leurs voisins.

 

On a aussi parlé de Mister et Bob, les deux seuls personnages (si je ne m’abuse) qui apparaissent dans plusieurs bouquins (Le doigt d’Horace, Le lac des singes et Les harmoniques). Il les aime bien, mais ne veut pas non plus en être prisonnier. Donc ils reviendront peut-être. Ou pas. Ils lui permettent, de par leur relation, leurs dialogues, d’introduire de l’humour dans ses romans.

 

Il nous a parlé de ses influences littéraires. Il en reconnaît deux, essentielles : Jean Giono et Cormac McCarthy. Deux écrivains qui l’ont marqué. Mais il y en a beaucoup d’autres aussi, dont nous n’avons pas parlé.

 

Et tout le reste … Impossible à retranscrire, qui passe par les gestes, les sourires, les rires, les échanges avec le public nombreux. Pour tout ça, il vous faudra essayer d’aller le rencontrer …

 

PS. En réponse aux questions de Jeanjean : Non Vera Nad n’est pas un anagramme, et s’il y a une référence à J’étais Dora Suarez de Robin Cook elle est complètement inconsciente car, s’il a lu et aimé le roman, il ne l’avait pas en tête au moment de l’écriture des Harmoniques et a paru surpris de la comparaison.

 

PPS. Merci Laurence pour les photos.

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 21:10

On m'a signalé un nouveau blog, consacré à Jean-François Vilar. Vous pouvez y aller flaner.

 

Les quais du polar 2011 se précisent, vous pouvez déjà trouver sur le site la liste des invités, ainsi que celle des polars sélectionnés pour le prix de cette année.

 

En parlant de prix … TPS lance aussi son prix Violeta Negra, qui sera décerné en octobre prochain pendant le salon. Le prix s’attachera à récompenser un polar écrit dans une langue du sud (notion certes assez vague) et publier dans l’année précédent le festival. Je suis heureux de vous présenter la liste des ouvrages retenus :

 

Nager sans se mouiller de Carlos Salem (Argentine/Espagne)

Personne n’aime les flics de Guillermo Orsi (Argentine)

Patagonia Tchou Tchou de Raul Argemi (Argentine/Espagne)

Empereurs de ténèbres d’Ignacio del Valle (Espagne)

J’ai confiance en toi de Masssimo Carlotto et Francisco Abate (Italie)

L’empoisonneuse d’Istanbul de Petros Markaris (Grèce)


A la vue de cette liste mes lecteurs les plus attentifs sentiront poindre un doute : aurais-je d’une manière ou d’une autre trempé dans cette affaire … Ben oui, avec le Parrain en personne (comprenez Claude Mesplède).

 

J’enchaîne en souplesse sur les liens suivants :

 

J’ai découvert sur le blog de Raul Argemi une nouvelle revue en ligne pour les hispanophones. Ca s’appelle sigueleyendo.

 

J’y ai déjà pioché quelques papiers forts instructifs. Comme celui-ci de l’argentin Guillermo Orsi.

 

Ou cet hommage de  Raul Argemi à une grande dame, inconnue ici, mais qui a bercé des générations de gamins en Argentine (au point que TOUTES les tortues argentines, sans exception, s’appellent Manuelita), Maria Elena Walsh, décédée lundi.

Demain je vous raconterai Marcus Malte

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:38

La série des rencontres de janvier a fort bien commencé. Avec Leonardo Padura hier soir. Tout d’abord un mea culpa. J’avais pris avec moi un petit enregistreur mp3. Et puis j’ai retrouvé Padura dans un café 10 minutes avant la rencontre, on est arrivé juste à l’heure, il y a eu l’installation, la salle (pourtant assez grande) d’Ombres Blanches archi bondée (pour ne pas dire complètement surchargée), deux ou trois personnes que je connaissais dans la salle … On a attaqué et l’enregistreur est resté dans ma poche. Donc, comme d’habitude, vous devrez vous contenter d’un petit compte rendu.

 

Première impression, si Leonardo Padura passe vers chez vous, allez le voir, sans faute. Comme tous ses amis hispaniques, comme Paco Ignacio Taibo, Carlos Salem, José Manuel Fajardo, Francisco Gonzalez Ledesma, Raul Argemi, José Carlos Somoza, Luis Sepulveda … Tous, sans exception, sont des conteurs exceptionnels. Si vous avez la chance d’avoir un bon traducteur sous la main (et là, elle était excellente, puisqu’il s’agissait de sa traductrice Elena Zayas), c’est le bonheur assuré.

 

Il nous a parlé, bien entendu, de politique et de littérature.

 

Politique pour évoquer cette histoire qu’il raconte. Evoquer la guerre d’Espagne, évoquer le stalinisme, évoquer le personnage de Trotski, évoquer le poids et la puissance, inimaginables aujourd’hui, de la propagande soviétique relayée par tous les parti communistes, évoquer la situation cubaine au travers du personnage d’Ivan. Ivan qui comme lui fait partie de ce qu’il appelle la génération cachée.

 

La génération qui a grandi dans le processus révolutionnaire, a profité des avancées de la révolution (en étant en particulier la première génération à aller massivement à l’université), a cru dans cette révolution, a activement participé en allant couper la canne à sucre et planter le tabac … Pour se retrouver à quarante ans avec rien dans les mains. Parce que la situation économique n’a pas évolué, et surtout parce que le pouvoir est resté dans les mains de la génération précédente, celle qui avait fait la révolution. Une génération aussi à qui on a dit ce qu’il fallait lire, quelle musique écouter, comment s’habiller, et qui a accepté tout cela, de plus ou moins bon gré, parce que c’était en vue d’un avenir radieux qui n’est pas venu. Une génération sans visage. Celle de Mario Conde, celle d’Ivan.

 

Et pourtant, comme il le dit dans le court entretien publié par Bernard Strainchamps sur bibliosurf, s’il y a une chose dont Leonardo Padura est certain, c’est que la seule solution proposée actuellement, à savoir le capitalisme, ne marche pas. Il a commenté de nouveau cette phrase d’un immigré roumain dans le film Les lundis au soleil, à savoir que son arrivée dans un pays démocratique lui avait appris deux choses : que tout le bien qu’on lui avait dit du communisme était faux, mais que tout le mal qu’on lui avait dit du capitalisme était vrai.

 

Finalement, le plus grand reproche qu’il fait à Staline (au travers de ses personnages) c’est d’avoir été le meilleur propagandiste des anti communistes et d’avoir perverti une magnifique utopie, au point de la rendre inacceptable pour des millions de gens, de son vivant, et bien longtemps après sa mort.

 

Il a conclue en réaffirmant sa conviction que ni la capitalisme, ni le communisme tel qu’il a été pratiqué en Union Soviétique ne sont la solution pour notre avenir. Que certain pensent que nous serons mieux une fois morts, dans les différents paradis proposés, que c’est très bien pour eux, mais qu’il préfèrerait qu’on essaie aussi d’améliorer les choses ici, sur terre.

 

Et puis on a parlé de littérature. De la marge de manœuvre d’un écrivain quand il s’attaque à un tel sujet. De la limite entre fiction et réalité. Comment traiter le personnage de Trotski dont les faits et gestes sont connus jour après jour. Comment choisir un point de départ (en l’occurrence 1929, année où s’arrête son autobiographie). Quels faits, quel éclairage il a choisi pour ce personnage. Comment également Ramon Mercader, sur lequel très peu de choses ont été écrites, lui a donné (avec Ivan) l’espace pour l’imagination. Mais comment cette imagination doit aussi tenir compte de tous les événements d’époque et être vraisemblable. Comment par exemple on sait que Ramon était à Barcelone en 36, on sait ce qu’il se passait alors à Barcelone, et cela doit être exact. Reste à inventer dans quelles rues il marchait, à quelles réunions il a participé, avec qui il a parlé …

 

On a aussi parlé du rythme, du tempo, de l’effet littéraire créé par le ralentissement qu’il introduit à l’approche du moment culminant, l’assassinat de Trotski. Comment cet effet est rendu nécessaire par la difficulté qu’il y a à « tenir » le lecteur alors qu’il sait déjà qui a été tué, par qui, et quel jour ! Comment cet effet fonctionne de façon magistrale créant un suspense là où il ne devrait pas y en avoir. Au point que certains lecteurs lui ont demandé pourquoi il n’avait pas sauvé Trotski au dernier moment.

 

Et puis, comme avec tout conteur qui se respecte, il a tout le reste, le ton, la voix, l’humour (on rit souvent en écoutant Padura), les anecdotes qui viennent pimenter le récit (on a entre autres appris, gestes à l’appui, comment fabriquer un pantalon Pattes d’Eph à partir d’un pantalon serré …). Autant de choses qu’il serait vain de vouloir faire passer dans un compte-rendu, et même dans une retranscription.

 

Demain (ou après-demain) je vous cause de Marcus Malte. C’était très différent, mais très bien aussi.

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 23:59

Comme je le disais donc dans mon précédent papier, j’ai découvert en lisant les magnifiques harmoniques de Marcus Malte que Bob et Mister existaient déjà, dans Le doigt d’Horace et Le lac des singes. Or, je me souvenais que ce dernier trainait quelque part dans mes piles …

 

Malte-singes.gifC’est l’été. Mister, grand pianiste noir est au chômage, le Dauphin Vert (le club où il joue habituellement) étant fermé. C’est pourquoi il accepte de quitter Paris pour aller jouer tous les soirs au bar jazz du casino d’Evian. Sans se douter une seconde qu’il puisse y avoir, dans cette ville endormie, un tueur en série qui fait des cartons sur les gros gagnants de la roulette. Sans se douter surtout qu’il va se retrouver embringué dans cette histoire.

 

Il est particulièrement intéressant de lire ce roman pour se faire une petite idée de l’évolution du talent de Marcus Malte. Tout est déjà là dans ce roman qui date de 1997 : personnages étonnants et subtilement décalés, construction virtuose, écriture poétique, émotion, humour … Déjà un excellent roman.

 

Excellente partition, subtile interprétation … jouée sur un bon piano droit. Un très bon roman. Mais pour Les harmoniques, Marcus Malte s’est payé un Steinway, et l’interprète est au sommet de son art. Tout sonne plus riche, plus rond, plus complet. En bref plus beau, sans qu’il soit possible de mettre précisément le doigt sur ce qui fait la différence …

 

Les accord se sont enrichis, le toucher est encore plus fin, l’instrument rend la moindre nuance, fait passer la plus petite intention. Marcus Malte, l’excellente pianiste de bar du Lac des singes est passé, sans rien perdre de son humanité, bien au contraire, au statut de grand concertiste.

 

Marcus Malte / Le lac des singes, Folio policier (2009).

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:08

Attention chef-d’œuvre. Ni plus, ni moins. Tout est sonne juste dans Les harmoniques de Marcus Malte. De la première à dernière réplique. Jusqu’au titre.

 

malteVera est morte, assassinée, brulée vive. Elle qui avait survécu au massacre de Vukovar, qui était venu chercher la paix et la sécurité à Paris. Très rapidement la police a arrêté deux petits dealers qui ont avoué. Affaire de drogue, la victime était une immigrée … affaire close. Pas pour Mister, grand gaillard noir que Vera venait écouter deux fois par semaine au Dauphin Vert où son trio joue du jazz tous les soirs. Mister convainc son ami, chauffeur de taxi et philosophe, de l’aider à chercher la vérité. Car il en est persuadé, ce n’est pas une histoire de drogue.

 

Quel roman, mais quel roman ! envoutant, enthousiasmant dès le premier chapitre. Un chapitre « pour rien », juste un dialogue magnifique qui, en quelques répliques, dessine les deux personnages principaux et leur relation, le tout sur fond de ballade jazz somptueuse. Du grand art. Et tout est à l’avenant. Le jazz baigne ces pages, donne le tempo, chante, swingue derrière les mots. Toutes les phrases sont belles, les personnages extraordinaires. Et l’horreur, l’indignation sont tapies, au détour d’une page, où d’un coup, la prose se fait plus dense, accusatrice.

 

On sourit souvent, l’humour est présent, dans les dialogues, dans les situations cocasse, dans la description d’un homme-pomme-de-terre (une variante de l’homme à la tête de chou ?) … On tremble parfois, on est ému, très souvent, jusqu’aux larmes parfois.

 

Et si je dis en ouverture que même le titre sonne juste, c’est que, comme les harmoniques, ces notes que le pianiste ne joue pas, mais que l’on entend quand même quand l’accord principal s’éteint lentement, on referme le roman comme dans un songe, et longtemps, très longtemps, il résonne, comme les magnifiques harmoniques des accords de Mister.

 

Conséquences directes de ma lecture : j’ai cherché partout une version de Wallflower de Gerry Mulligan qui illustre magnifiquement le premier chapitre. Et je me suis précipité vers la pile des romans qui attendaient, patiemment, que je m’intéresse à eux pour en extraire Le lac des singes pour trouver une précédente apparition de Mister.

 

« Ils laissèrent défiler l’album de Mulligan dans son intégralité sans prononcer une parole. Rien à redire là-dessus. Ils croisèrent durant ce temps deux voitures et un chien errant aux allures de chacal. On se dirigeait doucement vers les cinq heures et la nuit commençait à ôter ses dessous noirs. Le baryton exhala un dernier souffle. Suivit un silence rauque, suave, que Mister apprécia à sa juste valeur. »

 

Tout est à l’avenant, je pourrais recopier ici tout le roman. Il vaut mieux que vous vous le procuriez …

 

Marcus Malte / Les harmoniques, Série Noire (2011).

 

 

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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