Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 21:28

En avant-garde du festival TPS, une première rencontre le mercredi 29 septembre à Saint-Orens.

Jan Thirion viendra vous rencontrer à partir de 18h30, dans la médiathèque, espace culturel Altigone. Il y parlera de Soupe Tonkinoise, mais pas seulement … Boissons et friandises fournies.

 

Le lendemain (jeudi 30) je serai à Ombres Blanches pour animer la rencontre avec Arni Thorarinsson, (l’autre islandais) à partir de 18h00.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 22:03

Une deuxième nouveauté en septembre à la série noire avec Declan Hughes et son Coup de sang qui vient confirmer la vitalité du polar irlandais.


HughesEd Loy a quitté Dublin à 18 ans. Il s’est installé et a fait sa vie à Los Angeles où il est devenu privé. Aujourd’hui, il est de retour en Irlande, pour enterrer sa mère. Il retrouve une ville qu’il ne connaît pas : le boom économique a tout changé, les grues sont partout, des fortunes inimaginables se sont construites en quelques années et tout le monde semble avoir oublié le passé. Par désœuvrement, il accepte de chercher le mari de Linda Dawson, une amie d’enfance. Une quête qui va l’amener à fouiller dans les coulisses de la nouvelle prospérité, et à exhumer un passé qui ne se laisse pas oublier si facilement.


Du classique, du solide, du sûr. Un privé, un point de départ archi connu (un privé part à la recherche du mari / de la femme disparu-e-), pour une intrigue solide, de beaux personnages, de l’émotion, de l’action, des coups de théâtre, des affreux convaincants, une belle écriture … cela serait déjà suffisant à faire de ce Coup de sang un bon polar dans la tradition.

 

Mais ce n’est pas tout. En prime il y a l’Irlande du boom. Celle décrite par Ken Bruen ou Hugo Hamilton. Celle qui se perd dans les mirages de la consommation à tout crin, dans le tourbillon de l’argent facile, et de l’argent roi. Celle qui ne veut pas voir qu’à côté du clinquant, il y a ceux qui sont restés en rade, et qui, par contraste et parce qu’ils sont plus seuls que jamais, sont dans une situation encore pire qu’avant.

 

« Après tout, il y avait de l’argent dans ces rues, et les personnes qui en avaient le portaient sur leur dos, autour de leurs poignets et de leur cou. Pourquoi pas dans la bouche aussi ? Quel est l’intérêt d’avoir de l’argent si personne ne savait que vous en aviez ? Pendant trop longtemps, les Irlandais avaient eu honte de leurs fonds de culotte troués. Plus personne n’avait le droit de penser ainsi, et même si cela impliquait un carnaval de vulgarité et d’avidité ostentatoire,  eh bien, n’avions nous pas attendu ce moment suffisamment longtemps ? […]

Dublin ressemblait maintenant à l’importe quelle autre ville. Je suppose que c’était le but : à un moment de notre histoire, nous avions essayé de défendre une identité irlandaise unique en nous isolant du monde extérieur. […]

Après avoir tenu à prouver que l’Irlande n’était pas une colonie appelée Grande-Bretagne de l’Ouest, nous étions désormais optimistes quand à notre recolonisation, résignés à notre destiné de 51° état des USA. »

 

Pour finir il y a la dimension politique du roman. Celle, dans la plus pure tradition du roman noir des origines qui parle de corruption, des liens entre crime et le monde politique. Un lien et une corruption inévitable dans un pays qui s’est enrichi si vite, et où la construction explose, tant bâtiment, pègre, politiques et pot de vin font bon ménage.

 

En résumé, un bon polar dans la tradition qui se révèle, en plus, un très bon roman noir.

 

D’accord avec Jeanjean de moisson noire, une fois de plus.

 

Declan Hughes / Coup de sang  (The wrong kind of blood, 2006), Série Noire (2010), traduit de l’anglais (Irlande) par Aurélie Tronchet.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars irlandais
commenter cet article
21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 23:28

Vous ne le savez peut-être pas, mais les éditions Gallmeister qui ont en très peu de temps trouvé les faveurs du public (et ce n’est que justice) lancent cette rentrée une collection de poche. C’est une excellente chose, leurs livres n’étant, jusqu’à présent, disponible qu’en grand (et très beau) format. Les amateurs de grands espaces, qui veulent quand même veiller à la santé de leur porte-monnaie vont maintenant pouvoir les acheter au prix du poche. Pour ma part, j’en profite pour vous « refiler » cette note, écrite sans doute pour bibliosurf, avant que je ne tienne ce blog. Rivière de sang de Jim Tenuto est annoncée en poche début octobre.

 

TenutoDahlgren Wallace a été joueur de football pro, puis Marine pendant la première guerre d'Irak. De retour au pays, il ne cherche qu’une chose : la tranquillité. C’est pourquoi il accepte immédiatement quand le richissime Fred Lather lui propose de s’occuper de la pêche dans les eaux du ranch qu’il vient d’acheter dans le Montana. Tout ce que Dahlgren a à faire c’est de servir de guide de pêche aux invités de Fred, tout aussi richissimes que lui.

 

Tout irait pour le mieux si Lather ne s’était pas mis tout le monde à dos dans le Montana : les autres éleveurs parce qu’il n’est pas du coin et s’est mis en tête d’élever des bisons ; les chasseurs et pêcheurs à qui il interdit l’accès à ses terres ; des protecteurs des animaux particulièrement violents ; une milice d’extrême droite parce qu’il ne veut pas leur céder des terres qu’ils convoitent. Quand un de ses invités se fait descendre pendant qu’il pêche, s’est la curée, et Wallace se retrouve au centre du tourbillon.

 

Il y a décidément, aux USA, à côté du polar urbain, un polar des grands espaces. Avec C. J. Box et son garde forestier qui commence à être reconnu, Steve Hamilton dans le Michigan découvert récemment, voici Jim Tenuto qui nous amène à la pêche à la truite dans le Montana (depuis, bien entendu, il y a aussi eu William Tapply et Craig Jonhson …).

 

Le personnage principal, même s’il est guide de pêche au lieu d’être privé, est un grand classique du genre : ancien soldat, dur à cuire pur et dur, qui encaisse, balance des vannes mêmes pendant qu’on le tabasse, et réserve quelques chiens de sa chienne à ceux qui lui marchent sur les pieds. L’intrigue est également assez classique. Ceci dit c’est bien fait, bien écrit, avec du rythme, de l’humour, et on n’est pas amateur de polar si on n’aime pas, de temps en temps, retrouver certains repères.

 

Ce qui est moins classique c’est le décor somptueux, le superbes pages sur la pêche, et la description grinçante et plutôt drôle que quelques allumés pas piqués des vers, qui ne dépareraient pas chez le grand Carl Hiaasen. Entre les milices d’extrême droite et les terroristes défenseurs des animaux, voilà quelques spécimens de la plus belle eau.

 

Un auteur à découvrir donc en poche dans quelques jours si vous l’aviez raté à sa première sortie. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, on apprend sur le site de son éditeur que l’écriture d’un second volume est en cours. De quoi nous consoler (un peu), de la disparition de Stoney Calhoun.

 

Jim Tenuto / Rivière de sang  (Blood atonement, 2005), Gallmeister (2006/2010), traduit de l’américain par Jacques Mailhos.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
commenter cet article
19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 22:28

Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que j’ai éprouvé à ouvrir Signé Mountain de Peter Corris. Parce que comme le suggère le titre fort littéraire de ma chronique, Peter Corris et son Cliff Hardy ont été parmi les premiers à l’accueillir dans le monde merveilleux du polar. Ni les meilleurs, ni les plus originaux, mais avec Hillerman, Ellroy, Montalban et un ou deux autres, un des premiers que j’ai lus et appréciés.

 

CorrisComme son auteur Cliff Hardy est australien, de Sydney. Il est privé, un vrai, un hard-boiled pur et dur, dans la grande tradition Bogart. Il picole, sait se battre, raconte à la première personne, a le sens de la formule, plait au femmes mais vit seul … Un vrai vous dis-je.

 

Tout commence quand un de ses amis, loueur de voitures, l’embauche pour démasquer l’équipe qui lui a déjà volé 4 voitures. Or parmi les voleurs déguisés et maquillés qui ont loué un véhicule sous un faux nom, Cliff reconnaît une de ses connaissances de bar : Bill Mountain, écrivain raté, alcoolique accompli, qui gagne (fort bien) sa vie en écrivant des merdes pour la télé. La suite ne sera qu’une longue poursuite, derrière un looser qui plonge toujours plus loin dans la folie.

 

Essayons d’être objectif … pas grand-chose d’original, rien de révolutionnaire dans ce roman. Le plus grand dépaysement vient du lieu, Sydney, où le privé est quand même plus rare qu’à Los Angeles, New York ou Paris. Sinon sur une intrigue somme toute assez classique, proche (pour le point de départ) de celle du dernier baiser de l’immense James Crumley (un privé court après un écrivain en panne d’inspiration), et une histoire qui fonctionne, avec un personnage comme les aiment les amateurs de polar, des rebondissements, de la castagne … et le plaisir de retrouver un personnage perdu de vue depuis longtemps, de se couler dans cette histoire comme dans des pantoufles certes un peu usées, mais ô combien confortables.

 

Parce qu’on ne peut pas ne lire que du David Peace, que du génial, que du qui secoue, et qu’un bon polar des familles, avec un privé dur à cuire dans la tradition, écrit par un bon écrivain qui maîtrise parfaitement son sujet, ça fait aussi du bien de temps en temps.

 

Allez, quelques réflexions de Cliff, qui font partie du charme de l’ensemble :

 

« On a échangé une poignée de main, si longue que j’ai bien cru qu’il voulait me léguer la sienne »

« avec des cheveux plus sel que poivre, et une calvitie si galopante que c’était à se demander si son dernier cheveu aurait le temps de blanchir avant de tomber. »

 

C’était donc ma madeleine à moi. Une de mes madeleines.

 

Peter Corris / Signé Mountain  (Deal me out, 1986), Rivages/Noir (2010), traduit de l’australien par Catherine Cheval.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars des antipodes
commenter cet article
18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 10:43

Un avis qui m’est arrivé sous forme de commentaire. Pour les adeptes de Facebook :


« Je souhaitais vous faire part de l'existence d'une expérience originale, un cadavre exquis à la sauce Facebook. Depuis le 20 août dernier, des auteurs de polar et de thriller se relayent pour écrire une histoire policière plutôt déjantée. L'idée de Maxime Gillio, instigateur du projet, était de mettre à profit les statuts du réseau social (420 signes maximum espaces compris) pour en faire une contrainte d'écriture.


Au total, plus de 80 auteurs (pour n'en citer que quelques uns parmi ceux présents sur votre blog : Paul Colize, Claude Mesplède, Hervé Sard, Benoît Séverac) vont se relayer pour savonner la planche du suivant.


L'Exquise Nouvelle se suit en live sur le groupe Facebook qui lui est dédié.


Une compilation des statuts déjà mis en ligne est consultable à cette adresse.


Je vous invite à découvrir l'ovni se développer au jour le jour. »

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 23:35

Mercredi, à 18h00, je rencontrai donc David Peace pour animer la rencontre à la Librairie Ombres Blanches.

 

Une rencontre que j’abordai un peu tendu. Tout d’abord parce que le personnage (vu de loin) et surtout ses écrits sont intimidants. Ensuite parce que, pour cause de nuisibles, je n’avais pas pu préparer la rencontre comme je l’aurais voulu, et qu’en particulier je n’avais pas eu le temps de lire Tokyo année zéro.

 

Partant du principe que, faute avouée est à moitié pardonnée, j’ai donc commencé par me présenter, et m’excuser pour la manque de préparation, et, tant que j’y étais, craché le morceau sur ma difficulté à lire ses premiers bouquins. Hop, ça passe ou ça casse. C’est passé, et très bien. Un peu inquiet dans un premier temps, il m’a demandé si j’avais lu le livre dont on allait parler. « Of course, sir » répondis-je dans mon meilleur grand breton. La glace était rompue, et le bonhomme au look intimidant et zen s’est révélé un homme extrêmement gentil, ouvert, souriant et heureux de parler de son bouquin avec quelqu’un qui l’avait aimé … Un vrai plaisir. Au passage, cela sous-entend que, parfois, certains intervieweurs n’ont pas lu les bouquins sur lesquels ils posent des questions. Mais je m’en doutais un peu …

 

Comme nous blablations gaiement en attendant que le public arrive, je lui fait part de mon admiration pour le démarrage du bouquin, et de l’envie qu’il donne de le lire à voix haute. Il me demande alors, presque timidement, s’il pouvait se livrer à cet exercice en début de rencontre. Mais bien sûr, et coup de bol, Pascal Dessaint était dans le coin, qui se chargea alors de lire la traduction. Une rencontre qui démarre sur les chapeaux de roues.

 

Pour le reste, et ce n’est pas une surprise quand on lit ses bouquins, l’homme est passionnant. Ce qui est peut-être plus inattendu est qu’il est chaleureux …

 

S’il a choisi de parler de Tokyo à cette époque très particulière c’est qu’il voulait être capable de comprendre la ville où il vivait, et où ses deux enfants ont vécu les premières années de leur vie. Et il pense que le Tokyo actuelle s’est forgée justement à ce moment là, au moment de l’occupation américaine qui a suivi la défaite de 45.

 

Le fait divers dont il est question dans Tokyo ville occupée est encore très connu des japonais. Plusieurs thèses se sont affrontées, les explications du crime ont divisé le pays, recoupant les clivages politiques (gauche/droite) et de nombreuses personnes (dont lui) pensent que l’homme qui est mort en prison accusé du meurtre n’était pas le coupable. Son ambition était donc d’écrire un roman qui puisse faire une synthèse de toutes les pistes, et de toutes les convictions.

 

Après avoir tenté de l’écrire avec deux narrateurs (deux policiers suivant les deux pistes principales), il s’est aperçu qu’il lui fallait beaucoup plus de points de vue. Ce qui l’a amené à écrire ce roman, avec sa structure très particulière : 12 voix, pour douze éclairages, « rassemblées » par un écrivain (sorte de treizième voix) qui les écoute toutes.

 

Une évidence s’est alors imposée à lui : la seule voix dont on puisse être certain est celle des victimes. Car la seule certitude que l’on a est qu’il y a eu 12 morts. Le romans devaient donc s’ouvrir sur leurs lamentations. Et se conclure sur celle des parents des morts. Il fallait ensuite des enquêteurs (policiers et journalistes), l’accusé, le coupable, avoir des narrateurs de gauche et de droite, nationalistes et communistes …

 

A propos de l’écriture, rythmée, scandée, il confirme ce dont on se doute à la lecture : Il écrit, puis lit à haute voix, corrige, relis à haute voix, encore, et encore, jusqu’à ce que le résultat, son rythme, sa musique lui convienne enfin.

 

Un dernier point … David Peace a souvent été comparé à James Ellroy, et son premier chapitre, donnant la parole aux morts et faisant preuve de beaucoup d’empathie avec les victimes m’avait fait penser à Robin Cook. Bingo. Parmi ses premières influences, des noms connus, Hammett, Ted Lewis et … Robin Cook pour l’empathie qu’il manifeste envers les victimes. Et, au moment où il commence à écrire, le choc de White Jazz d’Ellroy. Une vraie révolution. Et selon David Peace, il n’est jamais bon d’ignorer les révolutions … Egalement parmi les influences, Akutagawa, auteur de la nouvelle à l’origine de Rashomon. C’est la structure de ses contes qui l’a inspirée pour construire son dernier roman.

 

A l’arrivée, une rencontre d’un peu plus d’une heure, passionnante, suivie « hors micro » d’une longue discussion très agréable où nous avons pu parler de la vie au Japon et en Angleterre, du parti communiste japonais, de foot, et bien entendu, de livres.

 

PS. Bien entendu, il a dit encore beaucoup de choses passionnantes que je ne rapporte pas ici. Mais je n’ai eu ni le temps, ni la force, d’enregistrer et de retranscrire la rencontre.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
commenter cet article
16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 22:05

TPS 2010Je vous avertis, je vais un peu vous gaver avec TPS dans les jours à venir … Donc la deuxième édition de TPS approche à grands pas. Vous trouverez sur le blog de l’association les portraits des invités. Je vous ai déjà communiqué la liste des interventions en bibliothèque.

 

Sachez qu’il y aura des tables rondes :

 

Vendredi 8 à 17h, Fiction policière et réalité sociale avec José Carlos Somoza (Espagne) Mine G. Kirikkanat (Turquie), Nairi Nahapétian (Iran), Tito Topin (France), Massimo Carlotto (Italie), Carlos Salem (Argentine).

 

Samedi 9 à 14h, hommage à Jean Vautrin avec Jean Vautrin, Jacques Tardi et Claude Mesplède.

 

Samedi 9 à 17h, Histoire du roman policier italien, avec Loriano Macchiavelli, Gianrico Carofiglio, Diana Lama, Alessandro Perissinotto, Giampaolo Simi et Piergiorgio Di Cara (présence à confirmer).

 

Dimanche 10 à 11h, coup de projecteur sur la série noire avec Ingrid Astier, DOA, Marin Ledun et Dominique Manotti.

 

Dimanche 10 à 14h, hommage à Thierry Jonquet avec Hervé Delouche, Patrick Mosconi et Claude Mesplède.

 

Voilà, quelques autres nouvelles et liens …

 

Une nouvelle maison d’édition spécialisée dans le polar. Ils s’appellent Riffle Noir, et si vous voulez en savoir un peu plus vous pouvez aller sur leur blog.

 

Jean-Pierre Martin est de retour en cette rentrée. De retour, et de toute évidence en pleine forme !

 

Histoire de vous détendre un peu, vous pouvez aller écouter (si ce n’est déjà fait), le billet de François Morel ce matin.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
commenter cet article
15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 21:54

De retour de la rencontre avec David Peace, passionnante (je vous en reparler d’ici peu) une diversion fort bienvenue.

 

Les duettistes surdoués du polar reviennent. Après Ping-Pong et Tohu-Bohu, revoici pour notre plus grand plaisir Jean-Bernard Pouy et Marc Villard dans un mano-a-mano éblouissant de maîtrise et d’apparente facilité. Leur nouveau spectacle, cuvée 2010, s’appelle Zigzag.

 

Commençons par un averissement. Peut-être que, comme moi, vous avez l’intention de déguster ces nouvelles une à une, à l’occasion. Ben ça marche pas. Zigzag c’est comme les noix de cajou à l’apéro, ou le paquet d’amandes enrobées de chocolat. On croit qu’on va pouvoir n’en manger qu’une, et qu’on saura s’arrêter. Erreur, sans s’en rendre compte, tout le paquet y passe. Là c’est pareil. Sauf que ça fait pas grossir, ça rend heureux, et peut-être même un peu moins bête.

 

Pouy VillardLe principe est un peu différent du précédent. Cette fois chaque auteur a fait une liste de ses thèmes de prédilection (10 chacun), les a passé à l’autre, à sa charge d’écrire une nouvelle. Nous avons donc :

Le foot, Barbès, la vie de famille, les immigrés, les flics pourris, les tueurs à gage, le jazz, la drogue, les éducateurs, les Halles proposés par Marc Villard, à traiter donc Jean-Bernard Pouy.

Et le vélo, la Bretagne, le cinéma expérimental, les libertaires, les citations philosophiques, la vache, le rock and roll, la peinture, le train, la patate, proposés par Jean-Bernard Pouy à traiter par Marc Villard.

 

Résultat, 20 moments de bonheur. Villard reste Villard tout en jouant à être Pouy, Pouy fait semblant d’être Villard pour redevenir lui-même dans une ultime pirouette. Les thèmes se télescopent, se répondent, se mélangent.

 

Et oui, se mélangent parce que le lecteur attentif ne pourra pas ne pas remarquer que lorsqu’il traite de la vache ou de la patate (thématiques JBP) MV y met aussi une pincée de drogue (thématique MV), ou que lorsque JBP parle des Halles (thème MV), il y met aussi pas mal de peinture, et de libertaires (thèmes JBP) … Vous suivez ? Non ? c’est pas grave.

 

Faites-moi confiance, le spectacle est rodé, minuté. Ca part dans tous les sens, on en prend plein les neurones. On sourit beaucoup, on bade devant autant de maestria, et on se garde au coin de l’oreille quelques pépites pêchées ici ou là, comme la diatribe hallucinante et pourtant très logique d’un poivrot dans un commissariat (je vous laisse découvrir le poivrot et le commissariat) et quelques pirouettes finales éblouissantes.

 

Ceci dit, et comme je le disais dans ma chronique de leur précédent spectacle, si j’essayais d’être écrivain, j’aurai salement les crocs de voir ces deux affreux s’amuser à pondre avec autant de facilité apparente et de bonheur des nouvelles aussi épatantes juste pour rire …

 

Convaincus ?

 

Jean-Bernard Pouy et Marc Villard / Zigzag, Rivages/Noir (2010).

 

PS. Le titre est une private joke que seul les auteurs et moi pouvons comprendre. Et toc.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Nouvelles noires
commenter cet article
13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 22:34

A la rentrée de janvier, il y a eu Ingrid Astier ; pour celle de septembre, la nouvelle venue à la série noire s’appelle Elsa Marpeau. Comme sa tout juste aînée (du moins en publication) elle nous amène découvrir un recoin bien sombre et peu connu, de la capitale. Après la Seine et la brigade fluviale de Quai des enfers, voici l’hôpital Lariboisière, théâtre de son roman : Les yeux des morts.

 

marpeauFrank Delorme, 18 ans, toxicomane, est retrouvé dans un hall d’immeuble la gorge tranchée. Cela pourrait ressembler à une vengeance de dealer. Mais Gabriel Ilinski, technicien de scène de crime repère immédiatement de petits détails qui ne cadrent pas avec cette hypothèse, et convainc la commissaire en charge de l’affaire de le laisser, une fois de plus, mener sa propre enquête. Parce que Gabriel ne peut s’empêcher de se sentir responsable de ces morts qu’il voit tout les jours. Ces morts qui l’habitent et l’empêchent de trouver le repos. Il découvre que peu de temps avant sa mort Frank avait été admis aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Un monde à part et des êtres qui vivent dans une réalité que le reste de la ville et du pays ne veulent surtout pas connaître. Un monde que Gabriel va découvrir.

 

Il ne manque pas grand-chose à ce premier roman pour être une réussite totale. Débarrassons-nous donc tout de suite des quelques légères réticences. Elles tiennent essentiellement à un certain manque de tension. Si on est passionné par le contexte décrit, on ne tremble guère pour le personnage principal, sauf lors d’une ou deux scènes très réussies. On est même plus intéressé par la description des lieux (passionnante) que par la découverte du meurtrier. Peut-être parce que, contrairement aux recommandations de Tonton Alfred, le méchant ne fait pas aussi peur qu’il ne le devrait (c’est lui qui disait que pour qu’un film policier soit réussi il fallait que le méchant soit parfait).

 

Fin des restrictions. Tout le reste est passionnant. A commencer par l’écriture, sèche, précise, qui claque comme … comme du Dominique Manotti par exemple. Le lecteur est littéralement emporté dès le premier paragraphe par son rythme.

 

Puis il y a le personnage de Gabriel, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, têtu, sensible, agaçant, névrosé, généreux … humain en bref. Un personnage à la Robin Cook (le vrai, l’anglais, pas celui qui débite du thriller médical au km, même si on est … à l’hôpital). Alors certes, on n’est pas au niveau de Dora Suarez (par ailleurs cité en exergue), mais on retrouve cette empathie avec les morts, avec ceux qui ont souffert, ceux dont tous le monde se fout, qui sont oublié avant d’être froids.

 

Et pour finir, quelle superbe et saisissante description de ce monde des urgences ! On vit avec le personnel médical, on ressent viscéralement l’urgence, la concentration, la tension, le besoin de sauver des vie, et en même temps le désespoir de savoir qu’on en rejette une bonne partie dehors, où les « pansements » qu’on a posé ne vont pas tarder à craquer de nouveau. Ces urgences où, faute de pouvoir soigner les causes, on soigne les effets, encore et encore, comme on écoperait la mer avec une écumoire. Ces urgences, rendez-vous de toute la misère que nous ne voulons pas voir valent à elle seule la découverte de cet auteur.

 

L’avis de Jeanjean, un peu moins convaincu que moi (il faut bien qu’on ne soit pas complètement d’accord de temps en temps, bien que sur ce roman nos divergences soient minimes).

 

Et vous pouvez compléter avec une interview sur bibliosurf.

 

Elsa Marpeau / Les yeux des morts, série noire (2010).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
commenter cet article
12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 20:19

En attendant de reprendre le rythme (avec Les yeux des morts), une petite pause BD.

 

Pagan BDEncore un Rivages/Casterman/Noir, et encore une fois une réussite éclatante. Cette fois Didier Daeninckx et Mako se sont associés pour adapter Dernière station avant l’autoroute de Hugues Pagan.

 

Il est flic de nuit. Hanté par l’image d’une gamine morte. Il est seul, dans la vie comme au boulot. Sa descente aux enfer a déjà commencé. Elle se poursuit, cadavre après cadavre, clope après clope, verre après verre … Elle l’amènera au bord de la folie, au fond du trou, au comble de la solitude.

 

Je sais, ça ne sonne pas très gai. Ben ça ne l’ai pas. Comme le dit Jeanjean dans son papier, oubliez la quatrième de couverture, qui semble avoir été rédigée par quelqu’un qui n’a pas ouvert le bouquin. On se fout comme de l’an quarante de l’histoire du sénateur et d’une prétendue disquette.

 

Ce qui compte c’est de suivre le personnage pas à pas dans sa descente infernale. Et croyez-moi, on l’accompagne de près, de très près. On pense aux flics qui coulent de Marc Villard, ou aux loosers condamnés de Goodis. L’environnement est crade. La mort, la misère, les flics ripoux, les trafics d’influence, l’alcool. Souvent c’est la nuit, il pleut, c’est sombre  … et glauque.

 

Le découpage et l’adaptation sont suffisamment explicites pour que l’on suive l’histoire, suffisamment légers et elliptiques pour laisser toute sa place au dessinateur. Le dessin de Mako est superbe, ses gueules de flics au traits marqués, durs, inoubliables.

 

Les quelques rayons de soleil ne font que rendre plus sombre le désespoir de l’ensemble. Qui se conclue ainsi, au cas où vous auriez encore une envie de bluette :

« bienvenue dans le domaine des morts ».

 

A ne rater sous aucun prétexte, mais à lire un jour de soleil.

 

Hugues Pagan, Didier Daeninckx (adaptation), Mako (dessin) / Dernière station avant l’autoroute, Rivages/Casterman/Noir (2010).

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans BD
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact