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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 00:26

Continuons dans les lendemains d’apocalypse avec encore un conseil de la grande Cathie de Toulouse : Cygnis de Vincent Gessler.

 

« Le deuil s’enracine sur cette terre où nous marchons, toujours en rond. Il y a quelque chose d’irréductible dans la déchirure de la perte, dans l’amour blessé qui ne veut plus se découvrir. Une amertume qui en appelle aux larmes, aux mots muets, aux mots hurlés.  […]

La mémoire s’estompe, les vies passent, les noms se perdent dans l’oubli : On invente des histoires.

Un homme devient un héros.

Les paroles crépitent au coin du feu, les noms changent, comme les mots. De bouche à bouche, de murmure à murmure, l’histoire se transforme en légende.

Le héros devient titan.

Les contes se déclinent et s’écoutent en silence. Il ne reste des origines qu’un squelette blanchi par les mots.

Un rêve.

Une histoire. »

 

Voilà, c’est l’ouverture, vous êtes dans le bain :

 

gesslerLe monde d'après la catastrophe. Les hommes ont fini par s'entretuer. Ils ont quand même survécu, en communautés, dans des ilots isolés, entourés d'immenses forêts. Syn ne fait partie d'aucun groupe, c'est un trappeur. Accompagné de son loup à moitié synthétique il chasse. Des animaux pour leur peau, mais aussi des diasols, ces machines androïdes qu'il tue et à qui il prend ensuite la petite boite noire qu'il trouve dans leur crane et le précieux fil métallique qui vaut bien plus cher que toutes les fourrures du monde. Cette fois, à son arrivée dans la ville de Méandre, la guerre est proche, contre les troglodytes voisins. Mais Syn a déjà tué à la guerre et ne compte pas participer à celle-là. Il voudrait même l'éviter.

 

Tout près, juste sous la surface, l'épouvantail rôde et attend son heure …

 

Superbe roman, tout en poésie, qui arrive à nous faire ressentir en profondeur l'humanité de ce solitaire magnifique. Des descriptions de toute beauté, des décors que l'on découvre au fil du texte et qui prennent chair, odeur, sons … C'est avant tout cela que Cygnis.

 

C'est aussi un très belle histoire, contée au coin du feu, que l'on suit avec passion. C'est, comme toute la SF post-apocalyptique, une mise en garde, comme un avertissement qui arriverait déjà trop tard.

 

Il y a de l’action, du suspense, de l’amour, de grands sentiments, des coups de théâtre. C'est tendre et âpre à la fois, lumineux et sombre, optimiste et sans illusion … Intensément humain. Un très beau premier roman (si j’ai bien compris) et assurément un auteur à suivre.

 

Vincent Gessler / Cygnis, L’Atalante/La dentelle du cygne (2010).

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 23:16

… Mais non, pas moi, c’est Robert Neville qui le dit.

 

Vieux motard que jamais comme on dit sur la route. J’en avais entendu parler, on me l’avait conseillé, on m’avait même ordonné de le lire, et je ne l’avais pas encore fait … Et on avait raison. IL FAUT LIRE Je suis une légende de Richard Matheson !

 

Robert Neville est le dernier homme sur Terre. Une épidémie a ravagé notre planète, transformant ses Mathesonhabitants en vampires assoiffés de sang. Dans la journée, Neville renforce les défenses de sa maison, veille sur ses provisions, tente de les débusquer pour les tuer d’un pieu dans le cœur. La nuit, il se calfeutre chez lui en essayant de ne pas les entendre qui hurlent derrière ses murs. En essayant de trouver un sens à sa survie. En essayant d’oublier qu’il a eu une femme et une petite fille …

 

Quelle claque ! Description saisissante d’un monde détruit, où le dernier survivant lutte autant contre ses peurs, ses hantises et ses propres démons que contre les hordes qui l’attendent au dehors. Pris en tenaille entre l’horreur extérieure et la folie qui le ronge il est en permanence sur le fil du rasoir.

 

Présenté comme ça, on pourrait penser que le roman est répétitif. Dans ce monde où rien ne peut plus changer, où les jours ne varient que par leur météo, et les nuits sont désespérément semblables, on devrait se lasser. Que nenni. L’auteur maîtrise parfaitement sa progression narrative, arrive à installer un suspense, et le lecteur, captivé, ne peut plus lâcher le bouquin.

 

Quand à la fin …

 

Il y a des romans qui suscitent une grande attente, beaucoup d’espoirs, dont on se demande avec impatience et anxiété comment l’auteur va pouvoir tenir, comment il va réussir une fin à la hauteur de ce qui précède … Et qui finalement retombent un poil (ou même parfois beaucoup) à la fin.

 

Et puis il y a ceux qui, dans la dernière page, en plus, vous assènent le coup de grâce qui vous emporte, vous bluffe ou vous met KO. Je suis une légende fait partie de cette catégorie, et je ne pense pas être encore remis de la fin. Si je m’en remets un jour …

 

Richard Matheson / Je suis une légende  (I am legend, 1954), Folio/SF N°53 (2009), Traduit de l’américain par Nathalie Serval (nouvelle traduction).

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 23:12

De temps en temps, quoi de mieux pour se mettre de bonne humeur qu’un vieux Leonard ou McBain qu’on avait sous le coude. Coup de bol, j’avais Paiement cash d’Elmore Leonard qui trainait par là …

 

Leonard CashMitchell a tout pour être heureux. Ancien ouvrier, il a gagné pas mal d’argent grâce à un brevet et a pu monter sa propre usine de production de pièces pour l’automobile (nous sommes à Detroit). Après 22 ans de mariage, il aime encore sa femme. Mais, mais … Mitchell a une affaire avec une gamine qui a l’âge de sa fille. Et trois truands, beaucoup moins intelligents qu’ils ne le pensent, croient tenir là le pigeon idéal à plumer. Ils décident donc de le faire chanter. Mauvaise pioche. Mitchell n’est pas du tout du style à se laisser faire. Mais il va devoir se méfier, parce que si les trois affreux sont bêtes, ils sont aussi méchants …

 

Du pur Elmore Leonard. Plaisir assuré, histoire aux petits oignons, dialogues parfaits, écriture fluide … 300 pages de pur plaisir, sans se faire mal au crâne, sans que jamais la tension ou l’intérêt ne baisse d’un cran. Ca paraît tellement facile d’écrire un polar quand on lit Elmore Leonard … A se demander pourquoi les autres auteurs ne font pas comme lui. Et comment on peut trouver sur le marché autant de machins mal écrits, mal construits, prétentieux, indigestes …

 

Faut croire que ce n’est pas si facile que ça … Donc voilà, si vous voulez vous faire plaisir en lisant un bon roman, c’est facile : vous allez dans la librairie/bibliothèque la plus proche de chez vous, vous allez à « polar », lettre « L », « Leonard », vous fermez les yeux, vous piochez au hasard. Merci à Rivages de remettre de tels bijoux dans les rayons.

 

Elmore Leonard / Paiement cash  (52 Pick up, 1974), Rivages/Noir N°785 (2010), Traduit de l’américain par Fabienne Duvigneau et Philippe Sabathé.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 23:22

 

La collection Noire d’histoire des éditions TME nous a déjà offert l’excellent Rendez-vous au 10 avril de Benoit Séverac. Jan Thirion contourne légèrement la ligne éditoriale (qui s’intéresse à des romans noirs historiques mettant en avant des régions de France) en nous proposant sa Soupe tonkinoise qui se passe dans une partie du monde qui fut, un temps, annexée par notre beau pays.

 

Hanoï 1910. La vie est belle pour le colons français, moins pour les indigènes … Depuis quelques mois les Thirioncorps décapités de jeunes femmes, souvent des prostituées, sont retrouvés le matin dans la rue. Les autorités françaises s’en foutent. Des morts sans importance. Par contre, quand le lieutenant Lamourette n’apparaît pas à la fête d’anniversaire de son supérieur, le colonel Manchecol, et que chez lui on trouve ses boys blessés ou tués, la grande muette s’inquiète. Et charge l’ex gendarme Hélie Auguste Thirion de retrouver le beau militaire, mais surtout, sans faire de vagues. Bien entendu, des vagues, il va y en avoir, et des grosses.

 

Commençons par le style et le parti pris de l’auteur. Comme dans ses romans précédents, il installe dès l’abord une distance entre le lecteur et les personnages. Impossible de s’identifier à cet enquêteur, impossible de l’aimer ou de le détester, de le mépriser ou de le plaindre. C’est voulu, Jan Thirion ne veut pas d’empathie (du moins s’il n’a pas changé de point de vue depuis la dernière fois où nous avions échangé sur le sujet). On aime, ou pas, mais on ne peut que reconnaître que ce choix est assumé, et parfaitement cohérent tout le long de son œuvre.

 

L’intrigue, comme toujours chez Jan Thirion, est bien menée. Et sur le fond, cette Soupe tonkinoise est une bien belle reconstitution historique. Peu à peu la cruauté, l’arbitraire, l’absurdité, l’injustice de ce régime colonial sont révélés, sans jugement, juste en exposant des faits, en racontant des histoires. Et le lecteur effaré (effaré quand il ne savait trop rien de cette colonisation lointaine, comme moi), découvre les petites et grandes horreurs quotidiennes que devaient subir les habitants.

 

Jan Thirion / Soupe tonkinoise, TME (2010).

 

PS. Si Jan passe par ici, il pourra peut-être nous dire si le patronyme de son héros est un hommage à un lointain parent …

 

PPS. Il est passé et m’a répondu ceci : « quand au personnage, il est inspiré de mon grand-père, d'où le patronyme conservé »

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 23:42

L’été … Permet aussi de revenir à un genre que j’ai beaucoup lu à une époque, et que j’ai abandonné, par manque de temps, et pour cause d’avalanche de polars. A savoir la SF. Donc d’ici début septembre vous aurez aussi droit à quelques chroniques SF, en commençant par cet excellentissime bouquin conseillé par l’inégalable Cathie - les toulousains savent de qui je cause - : Eifelheim, de Michael Flynn.

 

Flynn1348, Oberhochwald, forêt noire. Le père Dietrich est un érudit, qui a croisé les esprits les plus affutés de l'époque à Paris. Suite à des événements sanglants qu'il essaie d'oublier, il est venu s'enterrer comme curé de ce petit village oublié. Au cœur de l'été, un cataclysme semble s'abattre sur le village. Quelques jours plus tard une évidence s'impose à tous : des démons se sont installés dans la forêt qui borde le village. Des sortes de sauterelles géantes. Dietrich pense que ce sont quand même des âmes qu'il faut sauver. Eux, peu à peu, décryptent l'allemand et prétendent venir des étoiles …

 

Aujourd'hui (ou peut-être demain), Tom, historien, ne comprend pas pourquoi, de jour au lendemain, le village d'Eifelheim a été déserté pour être à jamais considéré comme un lieu maudit. Sa compagne, physicienne de haute volée, est sur le point de mettre la doigt sur une théorie qui expliquerait la variation de la vitesse de la lumière, unifierait toutes les forces, et rendrait toute sa complexité à notre univers. Le hasard, leur cohabitation … cela va permettre l'incroyable découverte.

 

Cinq cent pages d'intelligence, d'érudition, d'improbable rendu possible … et d'émotion.

 

Des discussions théologiques du Moyen-âge à des considérations sur la physique théorique la plus avancée, en passant sur des analyses historiques brillantes. Et tout ça sans jamais donner de leçon ou perdre le lecteur. Cela paraît impossible, et pourtant Michael Flynn l'a réussi dans ce roman magistral. On en ressort bluffé, soufflé, avec l'impression d'être moins bête.

 

Moins bête parce qu’on a appris des choses en physique, en histoire, et surtout, pour ma part, parce que ce roman change complètement la vision que je pouvais avoir du Moyen-âge. Une époque que l’on pense (du moins quand on s’y intéresse peu), obscurantiste, étouffée par la chape de plomb de la religion toute puissante … Et que l’on découvre dans ce roman beaucoup plus ouverte.

 

Ce qui devrait être évident si on prend la peine de réfléchir deux secondes. Jusqu’en 1492 et la reconquête, l’Andalousie, pour ne prendre que cet exemple, fut un lieu unique d’échange, de réflexion, où les trois religions cohabitaient. On découvre ici l’ampleur, la profondeur des débats qui agitaient le monde chrétien, la curiosité de ses érudits, leur ouverture d’esprit même, une fois l’existence d’un Dieu, là-haut, mais tout là-haut, très très haut, laissant toute liberté pour discuter des « principes naturels ».

 

Mais ce n’est pas tout (sinon, on serait face à un essai, brillant peut-être, mais simplement brillant). Ce n’est pas tout parce qu’il y a l’histoire, les personnages, une façon magistrale de nous faire vibrer pour ces grandes sauterelles ou pour les doutes de ce curé comme on aimerait en voir un peu plus de nos jours. Il y a le talent de Flynn nous faire comprendre ces hommes du Moyen-âge avec lesquels nous avons, finalement, moins de références culturelles communes qu’avec les « démons ».

 

Et puis il y a l’émotion, l'horreur des pages sur la peste, le sentiment de perte, les prémisses d’une compréhension et même d’une amitié … Un très grand roman.

 

Michael Flynn / Eifelheim  (Eifelheim, 2006), Robert Laffont / Ailleurs et Demain (2008), Traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque.

 

PS. Je sais, la couverture est hideuse, mais ça vaut la peine de passer outre.

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 15:35

L’été permet blablabla … Je l’ai déjà dit. J’avais laissé passé ce James Lee Burke de la série Billy Bob Holland. Bitterroot est le troisième volume de cette autre série du papa de Robicheau.

 

Billy Bob Holland est texan, ancien Ranger maintenant avocat. Il se rend chez son ami Doc Voss, ancien soldat Burke Bitterrootd'une unité d'élite au Vietnam, qui s'est retiré dans le Montana. Au programme, air pur, parties de pêche, un ciel à nul autre pareil … Sauf quand quelques motards violent la fille de Doc et que débarque dans la région un cow-boy de rodéo psychopathe qui rend Billy Bob responsable de la mort de sa sœur. Ajoutez à cela une compagnie minière qui empoisonne les rivières et une milice d'extrême droite particulièrement allumée et vous obtiendrez un séjour qui ne laisse que peu de temps pour la farniente …

 

Billy Bob Holland est le jumeau de Dave Robicheaux qui permet à James Lee Burke de quitter la Louisiane. Après le Texas, nous voici donc dans le Montana (où l'auteur vit une partie de l'année si je ne m’abuse).

 

Première constatation, James Lee Burke est aussi doué pour décrire les rivières, les ciels et la pureté de l'air du Montana que les bayous de Louisiane. Comme Dave, Billy Bob est un homme hanté par son passé, sujet à des sautes de violence dévastatrices. Ensuite, comme toujours, James Lee Burke a le chic pour créer des affreux très convaincants, donc très effrayants. C’est encore le cas ici. On croise également un personnage d’écrivain de polar flamboyant, qui n’est sans rappeler par certains côtés le regretté Crumley, et/ou son personnage inoubliable de Abraham Trahearne du Dernier baiser.

 

J’ai juste une petite restriction. Je préfère la série Robicheaux. Peut-être parce qu'on ne connaît pas encore autant Billy Bob, peut-être parce que Burke sait moins bien, ici, ancrer son action dans le passé du pays comme il le fait si bien en Louisiane …

 

Mais c’est juste une question de goût personnel. A vous de vous faire votre opinion.

 

James Lee Burke / Bitterroot  (Bitterroot, 2001), Rivages/Noir N°770 (2010), Traduit de l’américain par Patricia Christian.

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 21:51

Il y a quelques années (5 pour être précis), avec Transparences, Ayerdhal, auteur emblématique de la SF française, faisait une entrée fracassante dans le monde du polar. Il revient aujourd’hui avec Résurgences, la suite :

 

AyerdhalAnn X, la tueuse implacable de Transparences est morte. Du moins aux yeux du monde. Stephen, qui l'a longtemps traquée puis est tombé amoureux d'elle sait qu'elle est encore vivante, même si elle ne tue plus, ou presque. Pour la CIA, la DST, le Mossad et autres, elle n'est plus. Mais il en est un qui la traque. Marks, tireur d'élite aussi exceptionnel qu'Ann, ombre, légende dont on parle sans savoir s'il existe vraiment. Il doit exister, puisqu'il fait un carton sur Ann, en 2007, à Lyon. Mais Ann a la vie dure, et voilà de nouveau tous les services secrets sur les dents, alors que Stephen le canadien d'interpol est enlevé par la DST pour le forcer à découvrir qui est Marks, et qui est cette jeune femme qu'il a laissée pour morte …

 

Commençons par un avertissement en forme de critique … Inutile d’acheter Résurgences si vous n’avez pas lu le précédent. Vous n’y comprendriez rien, mais alors rien de rien. L’ennui est que même quand on a lu Transparences, pour peu que la lecture date de la parution du premier (5 ans donc) et qu’on ait un peu oublié qui sont les protagonistes, on rame dur pour démarrer. L’idéal serait donc de relire le premier avant d’attaquer ce nouveau roman.

 

Passé cet obstacle, on rentre dans le vif du sujet, la mécanique se met en place, les engrenages (toujours complexes chez Ayerdhal) s'enclenchent, les roues se mettent à tourner … et le lecteur est embarqué sans retour en arrière possible.

 

Et nous sommes toujours chez Ayerdhal. Ce qui veut dire des femmes fortes, très fortes, des scènes d’action particulièrement réussies servies par un style aussi fluide et efficace que ses tueurs, une histoire complexe et passionnante, et bien entendu, plus que jamais une réflexion politique et un contexte social très présents.

 

Ici l'accent est mis sur les mouvements de sans papiers, de SDF, tous ces gens très pratiques quand il faut faire du chiffre, faire peur au chômeur ou au travailleur précaire bien de chez nous. Tous ces gens dont on parle un peu l’hiver, quand le froid en tue un ou deux, et qu’on oublie aussitôt que le soleil reparaît et que les salaires de cadres ou les nouveaux régimes pour la plage passent en première page. Tous ces gens qui permettent aux uns de jouer les matamores, aux autres de se parer de vertu et de charité. Les variables d’ajustement de notre société pour faire simple. Grâce à Ayerdhal, ils ont enfin la parole.

 

Du pur Ayerdhal donc, passionnant, à condition d’accepter le petit effort de démarrage.

 

Ayerdhal / Résurgences, Au diable Vauvert (2010).

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 21:45

Je continue donc mes lectures zen retard, avec ce nouveau volume d’une série que j’aime bien, à savoir les aventures de Célestin Louise, flic qui se retrouve poilu dans les tranchées. Après 1914 sur le front, 1915 à l’arrière, 1916 dans un hôpital, voici 1917, l’année des mutineries, avec Les traitres de Thierry Bourcy donc. Autant le dire tout de suite, j’ai été un peu déçu par cet épisode, voilà pourquoi.

 

bourcy traitres1917, l'année des grandes offensives de Nivelle. Célestin Louise est de retour sur le front. Un des poilus de sa compagnie a pour habitude, malgré l'interdiction, d'aller pêcher dans un petit lac qui sépare les tranchées françaises et allemandes. Jusqu'à ce matin où il remonte le cadavre d'un poilu, tué à l'arme blanche. La hiérarchie met immédiatement cette mort sur le coup de la malchance, et de la rencontre avec une patrouille ennemie. Mais le général Vigneron, qui si l’on en croit la rumeur, tremperait dans le contre espionnage, exige que Célestin enquête sur cette mort. Le jeune flic va rapidement se rendre compte qu'il dérange et qu'il se cache peut-être derrière cette mort une grosse affaire de traîtrise.

 

Un peu déçu donc par ce nouveau volume des aventures de Célestin. Le ton est résolument rocambolesque, avec de multiples péripéties qui éloignent l'enquêteur du front et le mettent dans des situations dignes des feuilletons populaires. A mon goût, en jouant cette carte, l'auteur s'est un peu coupé de l'émotion qui prévalait dans les premiers volumes.

 

A partir de là deux possibilité. Soit le lecteur adhère, joue le jeu accepte le changement et le parti pris, et se régale avec ce roman plutôt vif au charme un peu suranné ; soit il reste un peu extérieur (comme moi) et lit tout cela de loin.

 

Pour ma part, si je ne me suis pas ennuyé (parce que le savoir faire de Thierry Bourcy vous oblige quand même à tourner les pages), je regrette que, traitant cette fatidique année 1917, l'auteur n'ait pas plutôt centré son roman sur les grands mouvements de mutinerie et la répression sanglante qui suivit.

 

Un peu déçu donc, mais curieux quand même de voir comment Thierry Bourcy va conclure sa série.

 

Thierry Bourcy / Les traîtres, Folio Policier (2010).

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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 22:17

C’est un ami qui me l’a signalé (d’ailleurs, Hervé, si tu passes par ici, sois-en remercié), la revue de cinéma Positif consacre la moitié de son numéro de l’été aux films de cape et épée. Or, les habitués de ce blog le savent, j’aime bien les vieux films de cape et épées, et mes mômes aussi.

 

positif capeCeci dit, attention, le dossier est bien à l’attention des parents et pas des enfants. On est dans Positif quand même ! Un dossier très complet donc qui va de notre Jean Marais national aux exploits de Errol Flynn ou Tyrone Power en passant par les films de sabre japonais, les envolées acrobatiques des chinois et jusqu’aux tous derniers sortis, à savoir les pirates des caraïbes ou le tout dernier Tavernier.

 

Alors certes il y a quelques articles un peu … cérébraux, pas inintéressants, mais qui vous demanderont un minimum de concentration pour comprendre la dimension politique des films hollywoodiens ou l’analyse de la place du corps dans les duels à travers les âges et les pays …

 

Mais aussi, dans une optique très tavernienne (c’est Tavernier qui dit que pour faire parler les grands réalisateurs américains, il faut leur poser les questions sur leur façon de travailler, et non sur leurs intentions ou le message qu’ils veulent faire passer), des interviews de maîtres d’armes ayant travaillé sur les films d’hier et d’aujourd’hui, ici (trois français) et ailleurs (un chinois).

 

Et puis des articles pour faire rêver, et donner envie d’enrichir sa collection de DvD, sur Erroll Flynn, Stewart Granger, Tyrone Power ou un grand article sur l’incontournable Zorro.

 

Et puis plein de photos, qui ont permis aux petits (et aux grands) de reconnaître Johnny Depp en Jack Sparrow, Robert Taylor en Invanhoé, Errol Flynn dans Robin des Bois, Guy Williams dans la série Zorro, Jean Marais dans Le capitan …

 

Résultat immédiat, on a revu l’extraordinaire Scaramouche de George Sydney, et je me suis fait une petite liste de DvD à chercher …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Cinéma
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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 22:06

Au risque de me répéter, les vacances d’été permettent de ressortir de l’oubli des romans qu’on a eu l’intention de lire, mais qu’on a un peu mis de côté et qui se sont ensuite retrouvés enfouis sous l’avalanche des nouveautés. Ce fut le cas de ce roman de Gianni Pirozzi, Le quartier de la fabrique. Vive les vacances !

 

PirozziAugusto Rinetti est perdu. Il a de plus en plus de mal à voir son jeune fils, confié à la garde de sa mère, sa dernière histoire d'amour s'est achevée, mal, et rien ne le retient à Montpellier où il travaille dans un foyer d'accueil. C'est pourquoi, encore choqué par ce qu'il avait vu à Sarajevo, il accepte la proposition d'un ancien réfugié italien de convoyer des armes aux rebelles kosovars. Alors que l'OTAN intensifie ses frappes sur la Serbie, avec pour seul résultat de justifier les exactions des milices diverses et variées sur les civils, Rinetti et trois compagnons improbables partent, au volant de deux vieux camions, livrer un chargement d'armes aux combattants de la minorité albanaise. Très rapidement, le périple devient compliqué, et les autre hommes doivent se battre avec leurs propres démons, et affronter des doutes de plus en plus marqués sur la légitimité de leur mission.

 

Un road movie, ou plutôt un road roman, sorte de Salaire de la peur sordide où les frontières entre le bien et le mal, le légitime et le dégueulasse vont peu à peu se diluer. Dans ce voyage au bout de l'horreur les victimes auront vite fait de se transformer en bourreaux, et les sauveteurs perdront, au minimum leurs illusions, quand se n'est pas leur vie.

 

Comme ses personnages Gianni Pirozzi refuse le manichéisme et la simplification, et décrit le bourbier des Balkans dans toute sa complexité et toute son horreur. N'attendez donc pas de happy end, il ne peut pas y en avoir. Passées les premières pages parfois un poil confuses, le lecteur est pris dans le maelstrom, en apnée, jusqu'au final sans concession.

 

A lire quand le soleil brille, et qu’on peut, une fois le bouquin refermé, aller boire l’apéro avec les copains, ou jouer sur la plage avec ses mômes …

 

Gianni Pirozzi / Le quartier de la fabrique, Rivages/Noir (2009).

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