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25 juillet 2010 7 25 /07 /juillet /2010 18:40

Une curiosité chez Asphalte : la traduction d’un roman de 1965 qui, si l’on en croit la quatrième de couverture, est devenu un classique des classiques dans son pays d’origine, l’Australie. La préface, fort intéressante, le replace dans son contexte : premier roman écrit par un aborigène, à une époque où ils n’étaient pas considérés comme des citoyens à part entière, et n’avaient pas, entre autres, le droit de vote. Mais vous allez le voir, Chat sauvage en chute libre de Mudrooroo n’est pas seulement un document historique, c’est une œuvre littéraire, un roman noir qui a sa place dans la bibliothèque de tout amateur du genre.

 

Le narrateur est métis, moitié aborigène, il a à peine 18 ans, et sort de prison sans la moindre illusion sur ce qui Mudroodool'attend au dehors. Au mieux quelques jours de liberté, sans but, sans possibilité, sans avenir, avant de retourner derrière les barreaux. Nous le suivons dans son errance, vers un final inéluctable.

 

Court roman, sec, presque décharné, sans plus d'effets de style que le narrateur n'a d'avenir. A l'image de la situation des aborigènes dans cette Australie des années 60 qui ne leur donne comme possibilité que de crever à petit feu dans les réserves, ou d'oublier leur culture et de tenter d'assimiler celle des blancs. Des blancs qui ne les acceptent de toute façon pas, quels que soient leurs efforts.

 

Certes, on peut lui trouver un goût de déjà lu, ce récit d’une chute annoncé, avec les stations obligatoires d’un chemin de croix. On l’a lu par ailleurs, sous la plume d’auteurs décrivant les marges de l’Amérique. Mais il faut se souvenir que ce texte date de 1965 et qu’il est de ce fait, non pas le nième rejeton d’une école littéraire, mais un de ses précurseurs. Précurseur d’autant plus intéressant qu’il nous vient d’un pays dont on connaît peu, ici, la littérature.

 

A lire donc, pour ses qualités, par curiosité, pour l’amour du noir, et aussi, paradoxalement, pour un final qui a une arrière goût de rédemption.

 

Mudrooroo / Chat sauvage en chute libre (Wild cat falling, 1965), Asphalte (2010), Traduit de l’australien par Christian Séruzier.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars des antipodes
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:39

L’été, saison calme pour l’édition, polar compris, l’occasion, enfin, de rattraper le retard accumulé tout au long de l’année, et aussi de changer un peu de style. Cela faisait un moment que j’avais sur ma pile ce roman de Joseph Bialot, réédition (retravaillée si l’on en croit la préface) de deux romans introuvables. Il s’appelle A la vie ! et rassemble donc en un ouvrage les précédents Le semeur d’étincelles et La gare sans nom. Je n’avais pas lu les précédentes éditions, je ne saurais donc dire ce qui a été changé, par contre, je ne peux que vous encourager, très très vivement à lire celui-ci.

 

BialotLe 28 mai 1871, Benoît Mongeon échappe par miracle au massacre des communards par les versaillais. De 1913 à 1948 lui, sa famille, ses amis, vivront toutes les luttes de la première moitié du XX° siècle. Pour la paix aux côtés de Jaurès, dans les tranchées, formation du Parti Communiste français, défense de Sacco et Vanzetti, brigades internationales, front populaire, deuxième guerre mondiale, résistances, camps … Tous ne seront pas du bon côté, mais tous vivront intensément. Ils participeront aux drames, mais aussi à l'incroyable vie culturelle d'un Paris qui fut, un temps, le centre du monde. A la vie.

 

J’avais oublié, depuis le temps que je n’en lisais plus, combien les sagas familiales, quand elles sont bien écrites, peuvent se révéler addictives. Maintenant, je sais, de nouveau. Pendant trois à quatre jours j’ai été complètement accro à la famille Mongeon. Impossible de les lâcher, dès que j’avais une minute de libre, entre deux plongeons, deux parties de foot ou châteaux de sable, presque entre deux verres d’apéro, hop, je me replongeais, même pour un seul paragraphe dans le bouquin. Et impossible d’aller se coucher avant d’avoir les yeux qui se ferment tous seuls et le cerveau qui déclare forfait. Accro, complètement accro.

 

Il faut dire qu’il est fort Joseph Bialot, très fort. Certes il a du matériau, et du matériau souvent vécu de première main cet homme qui a traversé, sans rien perdre de son humanité, ce que notre XX° siècle a produit de plus laid, de plus inhumain. Encore faut-il savoir le raconter. Et il sait le faire pour paraphraser un célèbre duo de pitres.

 

Ce n’est un scoop pour aucun de ses lecteurs habituels, l’auteur est un immense raconteur d’histoires. De pleins d’histoires, qui nous font vivre de façon passionnante, la Grande Histoire. Joseph Bialot maîtrise parfaitement son art et sait comme personne mêler destins individuels et histoire collective. Mais aussi, quels individus ! Des personnages plus vrais, plus grands, plus émouvants, plus attachants, plus tout ! On vibre, on s'indigne, on pleure, on chante, on trinque avec eux. Grâce à eux on vit les grands moment du XX ° siècles, les espoirs déçus, les aveuglements généreux, les erreurs tragiques, les actes de courage insensés, les pires saloperies, les mesquineries, les vengeances brutales …

 

Quelle Histoire, et quelles histoires !

 

Joseph Bialot / A la vie !, La manufacture des livres (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 09:45

Je vous l’avais laissé entendre, c’est maintenant chose sure, voilà ce qu’on lit sur le site de Dennis Lehane :

 

« Dennis Lehane will release his newest Patrick and Angie novel, Moonlight Mile, this November. »


Ce qui en patois d’ici dit, approximativement, que le prochain Patrick Kenzie et Angela Genaro, qui s’appelle Moonlight Mile en VO, sera publié aux US en novembre. Je suppose donc que François Guérif et le traducteur l’ont déjà dans les mains depuis un moment, et qu’il paraîtra chez Rivages en 2011.

 

Elle est pas bonne la nouvelle ?

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 23:03

Je l’avais sous le coude mais j’hésitais à l’ouvrir. Parce que c’est le dernier, parce que les différents blogs, ici et là, semblaient tous unanimes pour dire que c’était loin d’être le meilleur, parce que j’avais peur d’être déçu … Mais avec le temps des vacances, je ne pouvais plus reculer, j’ai donc lu le dernier Stoney,  Dark Tiger, testament de William G. Tapply.

 

Stoney Calhoun a trouvé un équilibre entre sa mémoire défaillante, son amour pour Kate et son travail de tapplyguide de pêche. Un équilibre qui va voler en éclat quand ses anciens employeurs qui, eux, n'ont pas perdu la mémoire, trouvent le moyen de l'obliger à reprendre du service. Il va devoir découvrir qui a tué un agent du gouvernement travaillant sous couverture dans un luxueux hôtel pour amateurs de pêche à la frontière canadienne.

C’est donc le dernier Stoney Calhoun. Son auteur mort, nous n'en saurons pas davantage sur son passé. Il fut donc une sorte de super espion (on s’en doutait un peu). Mais on ne saura jamais comment il a réellement perdu la mémoire, et ce qu’il a vraiment fait dans sa vie d’avant. Stoney nous quitte, avec sa part de mystère.

 

Je suis bien obligé d’être d’accord avec les commentaires lus ici ou là, ce n’est pas le meilleur Stoney. D’un autre côté, je ne vois pas très bien quel lecteur, ayant été accroché par les deux premiers, pourrait résister à la tentation de lire celui-ci. Et le lire avec plaisir.

 

Certes l'enquête est peut-être encore plus secondaire que dans les deux premiers. Mais ce n'est pas bien grave. Il n'y a bien que Tapply qui puisse me faire lire des pages et de pages sur la pêche alors que je n'ai jamais pensé attraper le moindre poisson de ma vie. Il n'y a que lui qui peut me faire penser, l'espace de quelques pages, que l'on peut avoir plaisir à attendre, sous la pluie, qu'un bouchon s'enfonce ! La magie opère, une fois de plus. Stoney est toujours aussi attachant, Ralph aussi,  et la nature du Maine toujours aussi belle. Que demander de plus ?

 

Adieu Tapply, adieu Stoney, on ne saura jamais qui tu étais vraiment, ni si tu trouveras un jour la paix, avec Kate, au fond de tes bois … Libre à chaque lecteur de continuer, à son gré, ton aventure.

 

William G. Tapply / Dark tiger  (Dark Tiger, 2009), Gallmeister (2010), Traduit de l’américain par François Happe.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 14:20

Le seuil a depuis quelques temps un très joli site pour sa collection Points. Celle-là même qui réédite Deon Meyer, Leonardo Padura, George Pelecanos, Pete Dexter et quelques autres pas bons en poche.

 

Et sur ce site, vous pouvez découvrir ces jours-ci une courte mais intéressante interview vidéo de Deon Meyer, auteur dont j’ai un peu parlé par ici …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:55

Valentin Saint-Cyr, métis, ancien flic, bras droit de Tom Anderson, le patron de Storyville, quartier chaud de la Nouvelle Orléans était le personnage central de Courir après le Diable, le précédent roman de David Fulmer. On le retrouve, quelques mois plus tard, dans Jass.

 

FulmerValentin a un peu perdu de sa superbe. Et s'il arrive toujours à faire régner l'ordre dans ce quartier où une nouvelle musique, le jazz, en en train de changer la donne, il semble avoir perdu tout allant. Il va pourtant avoir besoin de toutes ses ressources pour trouver qui s'acharne à tuer les musiciens noirs d'un des premiers orchestres de jazz, dissout depuis maintenant deux ans. D'autant plus que la police lui interdit d'enquêter, et que même Anderson, le Roi de Storyville, veut qu'il lâche l'affaire. C'est mal connaître Valentin. Plus on le presse d'abandonner, plus il a envie de savoir, à ses risques et périls.

 

Il y a certes des morts et une enquête, mais ce n'est certainement pas ça le plus important, et ce roman est à déconseiller aux amateurs de thrillers et de romans trépidants. Ici tout est dans les descriptions de ce moment historique où une musique qui nous parait aujourd'hui vieille et "consensuelle" (à savoir le jazz style Nouvelle-Orléans) était une véritable révolution, vue comme une musique du Diable, porteuse de tous les maux et de tous les dangers. Une époque où la ségrégation envers les noirs, mais aussi envers les nouveaux arrivants (et en particulier les italiens) était naturelle, où les voitures étaient rares, où les jeunes hommes de bonne famille, encore d'origine française, se devaient d'entretenir une maîtresse métisse (mais pas trop noire quand même …).

 

Si cela vous tente, si vous aimez cette musique, si les reconstitutions historiques avec musique et costumes vous plaisent, ce bouquin est pour vous. Vous en apprécierez aussi les personnages et l’enquête qui, si elle prend le temps de la flânerie n’en est pas moins rigoureuse. Pour lecteur pas pressés …

 

David Fulmer / Jass  (Jass, 2005), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Frédéric Grellier.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:50

De retour, en forme, avec un carton plein de fiches et d'infos.

 

Dès ce soir.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 19:25

Vous avez peut-être remarqué que le rythme de publication a été un peu ralenti ces derniers jours. Disons pour résumer que le mois de juin a été dense et pas toujours très drôle.

 

Grosse fatigue, moins envie de lire, pas trop de temps pour écrire …

 

Le blog se met en vacances pour trois semaines.

 

Et promis, je reviens en pleine bourre. A très bientôt donc.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 22:06

Décidément, si le poulpe n’est pas en grande forme, les auteurs qui l’ont repris, eux, pètent le feu. C’est encore le cas avec ce Sarko et Vanzetti, sous la plume inspirée de Serguei Dounovetz.

 

DounovetzLa chanson est maintenant connu, le poulpe ne se contente plus de cracher du noir, il en broie. Chéryl lui fait la gueule, la France est gouvernée par qui on sait … Bref la déprime. Jusqu’à ce qu’il lise dans le journal qu’un dénommé Vanzetti, syndicaliste anarchiste du nord qui lui a tout appris quand il était encore un pulpito, est accusé du meurtre d’un vigile. L’homme a été égorgé dans l’usine d’armement pour laquelle il travaillait, la nuit, devant un coffre-fort béant. Comme depuis quelques semaines, les grévistes bloquent la boite pour que leur patron ne puisse pas tout envoyer en Chine, l’occasion n’est que trop belle de tout mettre sur le dos d’un des revendicateurs les plus virulents. C’est, bien évidement, compter sans Gabriel qui va, à l’occasion, découvrir de nouvelles bières, et retrouver un peu de son allant d’antan.

 

Un poulpe écrit par Serguei Dounovetz ça semble tellement évident qu’on se demande comment cela ne s’est pas fait avant. On dirait que le personnage a été créé pour lui. Et donc ça marche du feu de Dieu.

 

Intrigue solide, dialogues qui claquent, jolies filles, bastons, coups de gueule et coups de boule, gouaille … Tout y est, pour le plus grand plaisir d’un lecteur qui jubile. Les sales cons en prennent pour leur grade, sans pour autant que l’auteur tombe dans l’angélisme ou le manichéisme (en gros, les enfoirés de patrons racistes sont de vrais enfoirés, mais en face les choses sont plus nuancées, et pas toujours roses, rouges ou noires …).

 

Et je vous laisse la surprise du feu d’artifice final …

 

Serguei Dounovetz / Sarko et Vanzetti, Baleine/Poulpe (2010).

 

PS. J’ai longtemps hésité à garder ce titre de corps de garde. J’ai fini par craquer, pensant qu’il n’était pas pire que certains originaux. Je vous prie d’excuser cette facilité passagère, je suis un peu fatigué … Promis, je ne le ferai plus …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:49

Le Petit Poucet, Peau d’âne, Le chat botté, Blanche neige, l’Ogre, La belle au bois dormant, Hansel et Gretel … Vous connaissez tout ça, bien entendu. Du moins, vous croyez le connaître … Et comme vous êtes des gens cultivés, intelligents, au courant, vous savez bien ce qu’il y a derrière. La psychanalyse des contes de fées et tout le tintouin. Enfin, disons que vous croyez que vous savez.

 

AubertParce que Le souffle de l’ogre de Brigitte Aubert va faire voler en éclat vos certitudes et vos cauchemars pastels. Dans un grand éclaboussement de sang, de tripe, d’horreur … et de rire.

 

Le petit Poucet est Sept, septième d’une fratrie qui n’a été élevée que dans le but de vendre les enfants en pièces détachées. Sept a échappé à son père, grâce aux conseils de Un, sourd, muet, aveugle, contrefait, mais pas idiot. Sept et Un ont un but, le port, pour échapper à cette contrée ravagée par la guerre, livrée aux soudards sanguinaires et à la folie destructrice du Seigneur. Un Seigneur dont la fille, Blanche, se cache dans une cabane de nains, pour échapper à la vengeance de la Reine, aussi sanguinaire que son époux. Il croiseront aussi un Infante vêtue d’une Peau d’âne qui s’est échappée du lit de son père, un ogre serial killer pédophile, un jeune escroc félin, souple et meurtrier comme un chat, et quelques autres personnages que vous reconnaîtrez …

 

Un petit conseil, oubliez le Prince (charmant comme il se doit) réveillant la Belle après avoir combattu le dragon, oubliez les nains sifflotant … Ici on n’est pas chez Disney. Cherchez plutôt du côté de Jérôme Bosch. Bosch et son Enfer, sa cruauté. Ici la guerre est sale, très sale, la folie atroce, la misère transforme les hommes (et les enfants) en bêtes. Ici pas de gentils. Les gentils ne survivraient pas deux minutes. Ici pour survivre il faut être dur comme le roc.

 

Et pourtant. Et pourtant, une certaine fraternité va naître entre les fuyards, l’idée que l’on ne peut s’en sortir qu’ensemble, et que si l’homme est capable des pires atrocités, on ne perd pas non plus forcément chaque fois qu’on décide de lui faire confiance.

 

Et surtout, il y a la jubilation, immense, à découvrir, à la fois horrifié (sincèrement horrifié) et amusé, comment Brigitte Aubert va détourner le conte en « se contentant » d’expliciter ce que les contes ne font que suggérer. On sent qu’au-delà de l’horreur, réelle, du récit, l’auteur s’est beaucoup amusée à mettre en scène ce grand guignol, et elle a parfaitement su faire passer dans son texte à la fois l’amusement et l’horreur.

A lire, pour rire d’horreur. Ames trop sensibles s’abstenir …

 

Brigitte Aubert / Le souffle de l’ogre, Fayard/Noir (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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