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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:45

Je sais, ça ne sert pas à grand-chose, mais ça soulage. Quoi ? De signer une pétition.

 

Donc si, comme moi, vous voulez vous soulager, vous pouvez aller là pour faire part de votre inquiétude devant la dérive de France Inter sous la houlette des Dupond et Dupont, Castor et Pollux, ou plutôt Jacob et Delafont qui épurent à tour de bras.

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 17:15

Je continue à lire des nouvelles. Il ne s’agit pas, cette fois, d’un collectif, mais du recueil de textes de James Lee Burke publié chez Rivages : Jésus prend la mer.

 

Neuf nouvelles, sans Dave Robicheaux, mais avec la Louisiane et le Montana ; entre autres :

 

Burke NouvellesLumière d’hiver et Une saison de regret, les deux situées dans le Montana, tournent autour de la même idée, très robichienne (ça se dit robichienne ?) de ce qu’un homme peut accepter, et de ce face à quoi il se doit de se dresser, inébranlable, pour pouvoir garder l’estime de soi, indépendamment du danger couru. Une sorte de rempart contre la barbarie et l’arbitraire. Assorti d’une réflexion sur la propension à la violence (une thématique là encore très robichienne). Deux nouvelles à propos d’hommes solitaires, vivant en marge (géographiquement) de la société des hommes, près d’une nature fascinante, mais n’ayant pas pour autant renoncé à leur humanité, ni même à leur humanisme.

 

Le soir où Johnny Ace est mort est une histoire d’amour, d’amitié et de musique, se déroulant dans le sud profond au moment où naissait un musique appelée Rock & Roll … Loin d’une quelconque mythification de l’époque, c’est au contraire un récit rugueux, sans complaisance : « Quand on se mettait à dos les mauvaises personnes, on n’avait plus qu’à jouer de la guitare dans la rue, ou à se crever les yeux pour rejoindre les Five Blind Boys ».

 

Les six autres nouvelles : Les hommes de l’eau, Brume, Mauvaises intentions, Le drapeau brûlé, Comment Bugsy Siegel est devenu un ami à moi et, Jésus prend la mer pourraient presque être des chapitres d’un roman de la série Robicheaux.

 

On y trouve des gamins de milieux populaires qui tentent de survivre, dans des temps troublés, en conservant quelques valeurs fondamentales léguées par leurs pères ; des hommes marqués par la guerre (que ce soit la deuxième guerre mondiale ou le Vietnam) ; des victimes d’un passé lourd qui n’arrivent pas à se dépêtrer des chaînes de la drogue et de l’alcool … Tous ces personnages qu’il aime, qu’il sait si bien décrire, et que Dave croise au tournant d’une rue de New Iberia ou de la Nouvelle Orléans. En quelques pages, il leur donne vie, et nous fait partager leur existence, le temps d’une nouvelle.

 

Tranches d’existence plutôt que nouvelles « à chute », James Lee Burke y déploie son talent exceptionnel pour décrire les paysages et les hommes qu’il aime.

 

Jésus prend la mer, qui clôt le recueil, se situe après le passage de Katrina (dont l’effet dévastateur est aussi en toile de fond de Brume), se conclue ainsi : « Je n’ai qu’un regret. Personne ne s’est donné la peine de nous expliquer pourquoi on nous a laissé tomber. […] Mais avec des compagnons de voyage pareil – Jésus, Miles, et puis Tony qui nous attend quelque part sur le chemin -, je pars en paix avec le monde. »

 

Trouver cette paix, c’est tout ce que l’on souhaite aux personnages magnifiques de James Lee Burke.

Jeanjean de Moisson Noire a aimé lui aussi.


James Lee Burke / Jésus prend la mer (Jesus out to sea, 2007), Rivages (2010), Traduit de l’américain par Olivier Deparis.

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 18:09

François Morel l’a très bien dit, Maester l’a très bien dessiné, France Inter, la Voix de son Maître sera dès la rentrée un grosse radio de merde.

publavoixdesonmaitre

Ce dont ne se rendent pas compte ces sinistres individus, c’est que cela va leur faire perdre des auditeurs, sans leur en gagner un seul. A moins que ce ne soit voulu pour laisser, là aussi, la place au privé.

 

Pour ma part, et bien que cela ne serve à rien, je me suis juste un peu défoulé en envoyant à FI le petit mot suivant :

 

« Messieurs Hees et Val,

Ré écoutez le chronique de François Morel, il a tout dit. Pour le compte de votre petit Maître, vous êtes en train de vous approprier et de détruire une radio qui NOUS appartenait à tous.

J'ai aimé Synergie, j'ai aimé Font et Val, on dit que la vieillesse est un naufrage, je ne voulais pas croire que cela soit aussi vrai.

Messieurs, vous me faites vomir. »

 

Inutile de me l’écrire, je le sais, tout le monde ne vieillit pas comme ces deux sinistres. Heureusement. Heureusement il nous restent quelques exemples de femmes et d’hommes qui restent, jusqu’au bout, incorruptibles et fidèles à leurs idéaux. Je les salue tous bien bas. Et nous nous quitterons sur ces mots du poète …

 

Le cœur bien au chaud
Les yeux dans la bière
Chez la grosse Adrienne de Montalant
Avec l'ami Jojo
Et avec l'ami Pierre
On allait boire nos vingt ans
Jojo se prenait pour Voltaire
Et Pierre pour Casanova
Et moi, moi qui étais le plus fier
Moi, moi, je me prenais pour moi
Et quand vers minuit passaient les notaires
Qui sortaient de l'hôtel des "Trois Faisans"
On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
En leur chantant :

Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient...


Le cœur bien au chaud
Les yeux dans la bière
Chez la grosse Adrienne de Montalant
Avec l'ami Jojo
Et avec l'ami Pierre
On allait brûler nos vingt ans
Voltaire dansait comme un vicaire
Et Casanova n'osait pas
Et moi, moi qui restais le plus fier
Moi j'étais presque aussi saoul que moi
Et quand vers minuit passaient les notaires
Qui sortaient de l'hôtel des "Trois Faisans"
On leur montrait notre cul et nos bonnes manières
En leur chantant :

Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient...

Le cœur au repos
Les yeux bien sur Terre
Au bar de l'hôtel des "Trois Faisans"
Avec maître Jojo
Et avec maître Pierre
Entre notaires on passe le temps
Jojo parle de Voltaire
Et Pierre de Casanova
Et moi, moi qui suis resté l'plus fier
Moi, moi je parle encore de moi
Et c'est en sortant vers minuit, Monsieur le Commissaire
Que tous les soirs, de chez la Montalant
De jeunes peigne-culs nous montrent leur derrière
En nous chantant :

Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois, c'est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient...

 

Jacques Brel / Les bourgeois.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 17:12

Toujours à la rue … Mais on m’a fait passer ceci, excellent, et je m’en voudrais de ne pas vous en faire profiter …

Voilà une vidéo qui m’a bien fait rire, et qui devrait vous plaire, si vous comprenez l’espagnol, ou l’anglais pour la VO sous-titrée en anglais

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 21:47

« Un excellent roman donc, avec lequel Eric Halphen pourrait bien avoir coulé les fondations d’une série exceptionnelle : Comme ses grands prédécesseurs McBain ou Harvey il ne s’est pas limité à décrire une enquête mais réussit à nous passionner également à la vie de ses personnages. On attend avec impatience de savoir ce qu’il va advenir de Jonas Barth, Biztek et des autres. Alors, le début d’une belle série ? »

 

HalphenPour un fois, je vais faire de l’autosatisfaction, et de l’auto citation … Voilà donc ce que j’écrivais à propos de Maquillages, le précédent roman d’Eric Halphen.

 

Il se trouve que j’avais raison (d’un autre côté, je ne suis pas complètement couillon, quand j’ai eu tord, j’évite de le rappeler …), et La piste du temps en est la preuve.

 

Le corps sans vie de Marc Chaussoy a été retrouvé dans un terrain vague du côté de Neuilly. L’enquête sur sa mort revient à l’équipe du commandant Bizek, sous la responsabilité du juge Jonas Barth de Nanterre. Jonas a connu Chaussoy, il y a bien longtemps, quand ce dernier était la star de son club d’athlétisme. Il avait ensuite eu une carrière sportive prometteuse, interrompue brusquement. Depuis, personne ne semble savoir d’où il pouvait tirer l’argent qui lui assurait un train de vie fort élevé. Bizek et son équipe commencent alors une investigation qui va bientôt déranger des gens très haut placés, et Barth devra se replonger dans un passé douloureux …

 

Eric Halphen c’est un peu l’anglais du polar français. Car il y a bien une british touch dans sa façon de construire un polar procédural, tranquillement, sans grands chambardements, en donnant plus d’importance à la vie des personnages qu’à l’enquête en cours. A la manière d’un John Harvey ou d’un Graham Hurley (je ne serais d’ailleurs pas surpris qu’ils fassent partie des lectures de l’auteur).

 

Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce roman, est d’effleurer de loin certains sujets qui pourraient avoir été approfondis pour donner plus d’émotion (je pense en particulier à la jeunesse de Jonas Barth que l’on devine particulièrement douloureuse).

 

Sinon, c’est bien à John Harvey que l’on pense. Même façon d’entrecroiser les histoires, d’introduire de vrais personnages secondaires auxquels on s’attache l’espace de quelques pages, de décrire les travers de notre société au travers d’une intrigue policière, sans jamais tomber dans la thèse ou le pamphlet. Et surtout même attention portée aux personnages. La british touch, vraiment.

 

Avec la spécificité Eric Halphen, qui connaît trop bien les rouages de la justice, de la police, et de leurs liens avec le pouvoir politique et la presse pour nous laisser la moindre illusion sur la capacité de ses personnages à changer le cours de l’histoire …

 

Bref, une belle suite à Maquillages qui confirme tout le bien que j’avais pensé du premier roman d’une série que j’espère longue.

 

Eric Halphen / La piste du temps, Rivages/Thriller (2010).

 

PS. Je sais, je me répète, mais je risque d’être assez irrégulier ici d’ici la fin du mois de juin qui est un poil trop dense …

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 22:23

Avez-vous déjà imaginé le poulpe en Che Guevara au pays des rastas ? Certainement pas, c’est que vous n’avez pas l’imagination de Sébastien Gendron. Et pourtant, c’est bien ça qui va lui arriver dans Mort à Denise.

 

GendronOn commence à s’y faire, Gabriel vieillit, sa relation avec Chéryl bat de  l’aile (voire des deux ailes) et il n’est pas loin de la déprime, accoudé au comptoir de son restau préféré devant sa bière. Ce doit être pour ça qu’il accepte, en désespoir de cause, d’aller récupérer les millions d’un improbable roumain dans un paradis fiscal : Markinson Island. Pour ça aussi qu’il accepte d’y aller accompagné de Laura, jeune apprentie journaliste très BCBG (on dit encore BCBG ?) fort avenante mais passablement casse-bonbons.

 

Mais voilà que sur place, Madame la Présidente, Denise Goval, est en train d’instrumenter un groupe de rastas fumeurs de pétards (je sais, je me répète) vaguement rouscailleurs pour en faire de dangereux révolutionnaires et avoir un prétexte pour brader son île, en virer les habitants et y installer de luxueux complexes hôteliers. Elle veut de la révolution Denise ? Et bien Gabriel va exaucer ses vœux, au-delà de ses pires cauchemars.

 

Autant le dire tout de suite, le point de départ de ce poulpe révolutionnaire est un poil tiré par les cheveux. So what ? Ce n’est pas la première fois, et surtout, à partir du moment où la suite est cohérente, est-ce vraiment grave ? De même, je voyais mal jusque là Lecouvreur en meneur guévariste. Là aussi, pas grave.

 

Parce qu’ensuite l’histoire tient la route, les situations cocasses sont bien plantées, la relation entre Gabriel et Laura ne manque pas de piquant, et, je l’avoue, les coups de pied au cul distribués à la bande de nuisibles sont fort réjouissants.

 

Oui c’est un poulpe qui joue avec les limites du personnage et de la série. Et c’est tant mieux parce qu’il le fait avec allant, énergie et brio. Et puis, ce n’est pas tous les jours que Gabriel croise des personnages historiques. Mais je n’en dirai pas plus, je vous laisse la surprise …

 

Sébastien Gendron / Mort à Denise, Baleine/Poulpe (2010).

 

PS. Si je vous abandonne un peu ces jours-ci c’est que la fin du mois de juin est toujours assez surchargée pour le pater familias …

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:34

Je suis dans une période nouvelles. Ca tombe plutôt bien, j’avais sous la main cet extraordinaire recueil réédité en poche chez Rivages. Ca s’appelle Demain ce seront des hommes. Le principe en est simple, laissons la parole à John Harvey, le maître d’œuvre :

 

« Tout a commencé par une idée assez simple : celle d’un livre qui rassemblerait des nouvelles écrites par des auteurs de romans noirs et policiers pour l’œuvre desquels j’ai le plus de respect et d’admiration, et dont la lecture me procure le plus de plaisir. […]

Et puis spontanément un titre me vint à l’esprit : Men from boys ».

 

Voilà, malheureusement tous n’ont pas pu répondre, il reste quand même 17 nouvelles :

 

Marc Billingham / Le rituel du couteau (Dancing toward the blade) traduit par Virginie Buhl.Harvey nouvelles

Lawrence Block / Aveux (Points) traduit par Daniel Lemoine.

Andrew Coburn / La fille de son père (My father’s daughter) traduit par Gérard de Chergé.

Michael Connelly / Après minuit (After midnight) traduit par Mathilde Martin.

Jeffery Deaver / La leçon de poker (The poker lesson) traduit par Emmanuel Pailler.

John Harvey / Une chance (Chance) traduit par Jean-Paul Gratias.

Reginald Hill / Boy et le booker prize (The boy and man booker) traduit par Patricia Christian.

Bill James / Une sorte d’échange (Like an arrangement) traduit par Danièle et Pierre Bondil.

Dennis Lehane / Avant Gwen (Until Gwen) traduit par Isabelle Maillet.

Bill Moody / La résurrection de Bobo Jones (The resurrection of Bobo Jones) traduit par Jean-Paul Gratias.

George Pelecanos / Irlandais bidon (Plastic Paddy) traduit par Jean Esch.

Peter Robinson / Une ombre sur l’eau (Shadow on the water) traduit par Jeanne Guyon.

James Sallis / Concerto pour violence et orchestre (Concerto for violence and orchestra) traduit par Isabelle Maillet.

John Straley / La vie avant-guerre (Life before the war) traduit par Frédéric Grellier.

Brian Thompson / Drôles de types (Geezers) traduit par Dominique Wattwiller.

Don Winslow / Douggie doughnuts (Douggie doughnuts) traduit par Doug Headline.

Daniel Woodrell / Deux choses (Two things) traduit par Frank Reichert.

17 nouvelles donc, 17 façons très différentes de traiter la thématique, qui vont des relations père fils (voire père fille), au moment où on homme doit choisir entre différentes valeurs (en référence, ou en opposition à son père). Qu’est-ce qu’être un fils ? Un père ? Quand ouvre-t-on les yeux ? Quand abandonne-t-on … Autant de thématiques, d’écritures, de lieux, de milieux …

Et comme toujours, chacun aura ses préférées … Voici celles qui m’ont marqué.

Le rituel du couteau explore de belle façon, à la fois le passage à l’âge adulte et les ponts existant entre différentes cultures et différents pays.

La fille de son père, la plus longue nouvelle, construit une histoire intéressante sur l’absence du père, sur le vide, sans oublier soigner son intrigue.

La leçon de poker est sans le moindre doute l’histoire la mieux construite en termes de suspense et de coups de théâtre. Un vrai régal. Avec également le final absolument réjouissant de Boy et le booker prize, délicieuse de méchanceté et d’humour.

John Harvey et George Pelecanos sont sans doute ceux que l’on reconnaît le plus, ceux dont le style et les thématiques sont les plus proches, dans leurs deux nouvelles, de ce que l’on peut lire dans leurs romans. Sobriété, élégance, évidence de l’écriture, pour des histoires au raz du bitume, s’intéressant, et nous intéressant à des « gens ordinaires », que rien ne distingue de ceux que l’on croise tous les jours … Si ce n’est le talent de ces deux auteurs pour nous raconter leurs histoires.

La nouvelle de Bill James est acidulée, grinçante, drôle. Un vraie réussite à l’humour si caractéristique de son auteur.

La résurrection de Bobo Jones ne pourra que plaire aux amateurs de musique, et encore plus aux musiciens tant le jazz y est présent, central, véritable personnage principal de cette belle nouvelle.

Une ombre sur l’eau de Peter Robinson est une belle histoire d’enfance avec croque-mitaine, classique mais très réussie.

La nouvelle de Dennis Lehane est excellente, mais maintenant connue et archi-connue, déjà parue en recueil, en pièce de théâtre et en BD.

Les deux nouvelles qui concluent le recueil, de Don Winslow et Daniel Woodrell sont aussi réussies et convaincantes qu’on pouvait s’y attendre de la part de ces deux auteurs majeurs.

Voilà, comme quoi, pendant le foot, la lecture continue, et tant qu’à faire, pourquoi ne pas prendre ce recueil de nouvelles qui laisse le temps aux amateurs de ballon de regarder un match entre deux contes ?

Collectif / Demain ce seront des hommes (Men from boys, 2003), Rivages/Noir N° 778 (2010).

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 19:33

« Un des meilleurs thrillers irlandais de ces dernières années » lit-on en quatrième de couverture. Et donc j’ai hésité à l’ouvrir. Parce qu’en général j’aime beaucoup les polars qui nous arrivent d’Irlande, mais je ne suis pas fan de thrillers … Puis je me suis décidé, voici donc Trois accidents et un suicide, de Seamus Smyth.

 

smythGerd est une pourriture sans morale. Gerd tue des gens, sans haine ni passion, mais avec beaucoup de savoir faire. Il se débrouille toujours pour qu’on croit à un accident ou à un suicide. Gerd n’a jamais été soupçonné. Ce qui ne l’a pas empêché de ramasser une jolie fortune, tout en restant dans l’ombre de son ami Toner, gros caïd de Dublin. Mais cette fois, pour une histoire de femmes, Gerd s’est mis dans le pétrin et il va lui falloir éliminer un certain nombre d’enquiquineurs … Dernier détail, Gerd est le narrateur.

 

Cette fois la quatrième de couverture dit très certainement la vérité. C’est effectivement un thriller très efficace. Le narrateur est une pourriture comme on en voit peu, même dans le polar. Glacial, manipulateur, totalement amoral, uniquement préoccupé par ses besoin … et extrêmement intelligent. Ses combines sont impressionnantes.

 

Mais ce n’est pas pour autant qu’il m’a réconcilié avec les purs thrillers. J’ai passé un bon moment de lecture, mais je ne pense pas que je lirai d’autres titres de cet auteur. Parce que mise à part l’envie de tourner les pages pour savoir la suite, je ne retiens pas grand-chose de ce roman. Ni sur l’Irlande, ni sur Dublin, ni sur la nature humaine, ni sur les différents personnages dont le sort avait tendance à m’indifférer …

 

L’un des meilleurs peut-être (je suis très mal placé pour en juger), mais d’un genre auquel j’ai définitivement du mal à accrocher.

 

Seamus Smyth / Trois accidents et un suicide  (Quinn, 1999), Fayard/Noir (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Natalie Zimmermann.

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 21:33

La toute première impression, quand on rencontre Deon Meyer, est qu’on a affaire à deuxième ligne Springbok. Et dès qu’il sourit et commence à parler on se dit que ce deuxième ligne est aussi adorable qu’impressionnant. Au bout de quelques phrases, on sait qu’en plus il est aussi passionnant que ses bouquins.

 

Deon Meyer 01

 

D’emblée il tient à mettre les choses au point : Il n’est pas un écrivain, juste un raconteur d’histoires. Les écrivains sont les gens qui reçoivent des prix, lui, il insiste, ne fait que raconter des histoires. Inutile donc de lui demander s’il est le témoin ou le porte parole d’une époque ou d’un pays … Il raconte des histoires.

 

Mais, un fois qu’on a compris cela (et qui est un position commune à presque tous les auteurs anglo-saxons, totalement opposée à celle de beaucoup d’auteurs latins, qu’ils soient français, italiens ou hispaniques) on pose les bonnes questions et on arrive … au même résultat.

 

Donc Deon Meyer est un raconteur d’histoires, mais aussi, et peut-être surtout, un créateur de personnages. Et s’il nous torture, nous lecteurs, en n’écrivant pas de séries où l’on puisse, justement, suivre ces personnages, c’est qu’il les aime trop. Après ce qu’il leur fait subir dans ses livres, il ne trouverait pas correct de les refaire souffrir de nouveau dans le suivant. Alors il invente un nouveau personnage. Mais ses « vieux amis » sont là en guest stars, tout d’abord parce qu’il les connait bien et les a, sans effort, sous la main et sous la plume, et aussi pour les avoir à l’œil et s’assurer qu’il ne se mettront pas trop dans le pétrin (c’est qu’ils ont tous tendance à plonger dans les emmerdes dès qu’il cesse de les surveiller).

 

Thobela, le magnifique guerrier de L’âme du chasseur est un cas à part. Ce n’est pas sa faute s’il l’a lui a fait subir les pires avanies dans deux romans consécutifs, c’était une exigence de son éditeur anglais … Ce personnage, il l’a rencontré dans une aéroport, grand gaillard noir lisant les résultats du rugby à côté de lui. En discutant, il découvrit qu’il avait appris à jouer au rugby … en URSS, en formation pour la branche armée de l’ANC. L’histoire lui plut, il l’a tournée, retournée, jusqu’à créer Thobela.

 

A la question de la situation du polar dans son pays, voilà ce qu’il répond. Il n’y avait pas de polar en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Parce que tout roman critiquant le régime aurait été censuré, et parce qu’il était impossible de mettre en scène un flic, alors qu’il était au service d’un état qu’il a qualifié de Evil. Et aussi parce qu’on considérait que les « good persons » ne lisait pas ce genre de livres. Heureusement dit-il avec un grand sourire, il n’était pas « so good » et il a lu essentiellement du polar. Et c’est donc ce qu’il a ensuite écrit, sans même le savoir, jusqu’à ce qu’un critique écrive que son roman en était un (de polar), et un excellent en plus.

 

Et petit à petit, on en est venu au fond, même s’il se défend d’être un auteur à thèse. Oui le passé est très présent dans ses romans, oui les crimes du présent plongent leurs racines dans le passé ségrégationniste, parce que de tels traumatismes ne s’effacent d’un coup de baguette magique. Et effectivement, ce passé est moins important dans le dernier roman, 13 heures, parce que les jeunes générations l’oublient de plus en plus. Si les gens de son âge sont à jamais marqués par l’apartheid, c’est quelque chose d’incompréhensible pour ses enfants qui vont dans des écoles « mixtes » et ont des copains de toutes les ethnies et de toutes les couleurs de peau, sans même s’en rendre compte.

 

Pour rendre compte de la diversité de son pays, il est très heureux d’être écrivain, ce qui lui permet de se mettre dans la peau de personnages d’origines, d’idées et de motivations variées pour ne pas dire antagonistes et de tenter ainsi de comprendre les divers points de vue. Si en plus il arrive à rendre cette complexité (et c’est bien le cas), il est comblé.

 

Oui, son pays et sa ville sont très présents dans ses romans, mais ce n’est pas un intention. C’est juste que ses personnages, comme lui, comme tous les Sud-Africains (toutes races confondues) aiment profondément leur pays et en sont très fiers. Cet amour et cette fierté (malgré tous les problèmes qu’il ne minimise pas) sont naturellement là dans ses romans.

 

Pour en revenir à 13 heures, il nous a avoué avec un grand sourire que s’il avait fait de Benny le superviseur de jeunes flics c’est, d’une part, parce que c’est une réalité dans un pays où une poignée de flics expérimentés doit former toute une génération de jeunes sans expérience, et surtout qu’il savait qu’il allait détester ce boulot …

 

Il a ensuite remercié sa traductrice Estelle Roudet, présente dans la salle, pour l’excellence de son travail, qui l’a obligé, a-t-il dit, à apprendre l’afrikaner, le zoulou et le xhosa, pour pouvoir traduire ses bouquins.

 

En conclusion d’un peu plus d’une heure de rencontre, il nous a tous exhortés à venir dans son pays, à le visiter, insistant sur la fait qu’il écrit des romans policiers, que ses livres ne sont pas le miroir de la réalité du pays, mais un prisme déformant. Il nous a surtout demandé de ne pas trop croire la presse européenne qui transforme le meurtre « banal » d’un illuminé raciste mais totalement isolé dans le pays qui ne payait pas ses ouvriers en début de guerre raciale, mais n’écrit pas une ligne sur les soirées de fête qui ont suivi, dans Soweto, la victoire d’une équipe sud Africaine dans le Super 14 (c’est du rugby). Des soirées de fête qui ont vu les supporters blancs afrikaners faire la bringue, dans Soweto, avec les habitants du township le plus symbolique de l’ancien régime. Comme il le dit « Good news is no news ».

 

Voilà, vous aurez compris que ce fut une très belle rencontre, avec un écrivain (ou raconteur d’histoires) adorable et passionnant, et que je commence à regarder le prix des billets pour Le Cap …

 

Deon Meyer 02

 

Et merci au marathon des mots et à Pascal Dessaint de m’avoir permis de le rencontrer.

 

PS. A la question d’une auditrice de ce qu’il pensait d’un futur match très attendu à Toulouse, Deon Meyer a déclaré qu’il pensait qu’il était persuadé que l’équipe de France allait battre l’Afrique du Sud … En rugby, bien sûr !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Interviews et rencontres
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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 22:21

Comme promis, voici donc Surveille tes arrières ! le dernier John Dortmunder, de l’immense et regretté Donald Westlake. Mais était-il nécessaire de le préciser ?

 

WestlakeTout arrive … Arnie, l’insupportable receleur de John est revenu complètement métamorphosé d’un séjour aux Caraïbes. Un autre homme. Dans les limites du possible bien entendu. Disons qu’avec un peu d’entrainement et beaucoup de bonne volonté, on peut maintenant rester plus de dix minutes à côté de lui sans avoir envie de le jeter par la fenêtre.

 

Durant son séjour, Arnie a connu quelqu’un de plus insupportable que lui : Preston Fareweather, bloqué dans son Club Med parce qu’il fuit les avocats de ses ex qui se sont associées pour rafler son immense fortune. Alors Arnie a supporté les sarcasmes et la méchanceté de Preston et est revenu avec le mode d’emploi pour rentrer dans son appartement qui regorge de trésors. Un boulot facile pour John et sa bande.

 

Mais il n’y a jamais de boulot facile pour Dortmunder. Et pour commencer l’ O.J. Bar & Grill leur est interdit. Il semblerait que la mafia ait mis la main dessus. Il va donc falloir commencer par s’occuper de ça …

 

J’en entend déjà certains dire que c’est un petit Dortmunder, moins délirant, moins spectaculaire que certains. Et c’est vrai. Le cambriolage est simple. Mais, regardons-y de plus près …

 

Et d’un, les personnages, les situations, les dialogues m’ont fait plusieurs fois éclater de rire. Je sais, chez Westlake, c’est le minimum syndical, il est assuré, une fois de plus. Deux, l’écriture a cette fluidité, cette évidence qui pousse à croire que n’importe qui aurait pu écrire le roman, puisque « c’est si simple ». Mais ça aussi c’est attendu chez Westlake.

 

Mais surtout, cette intrigue faussement simple est un petit bijou  de précision. Regardez bien. Regardez bien tout ce qui est mis en place, depuis le tout début, les personnages a priori secondaires, les événements qui semblent tous décorrélés (et qui le sont), les petites péripéties sans lien avec l’intrigue principale … Et tout cela est nécessaire, indispensable, petits rouages qui viennent se mettre en place avec un doux bruit de mécanisme parfaitement ajusté pour la cata finale. Du grand art.

 

Ajoutons que l’on rit aussi beaucoup par anticipation : L’auteur donne toujours un petit temps d’avance au lecteur sur les personnages. Un lecteur qui jubile donc parce qu’il sait quelle tuile va retomber sur le nez de John, et qui éclate quand même de rire au moment où elle tombe. Parce qu’elle tombe juste un peu à côté, là où il ne l’attendait pas. Et ça aussi c’est du grand art.

 

Bref, à ne rater sous aucun prétexte.

 

Donald Westlake / Surveille tes arrières !  (Watch tour back, 2005), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Jean Esch.

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  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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