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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 16:42

J’ai été un peu absent ces jours-ci, en vadrouille et occupé à mille choses loin des bouquins. Mais me revoilà, avec une tâche difficile. Car il est difficile de parler de ce livre, Un nageur en plein ciel de Lorent Idir. Difficile tant il est différent, inclassable et même parfois d’un abord déroutant. Je vais essayer quand même.

 

IdirIl y a Amar, dix ans. Amar qui travaille parfois sur les chantiers avec son père, harki, qui fait payer aux siens son impossibilité à se sentir intégrer en France. Amar voit sa mère se faire frapper, ses sœurs subir l'innommable. Alors Amar se révolte, avec ses maigres forces. Et il grandit, vaille que vaille, à l'ombre de ce père gigantesque, admiré et haï. Un père qui retourne vers les siens sa haine de lui, la violence et le mépris qu’il subit au dehors. Parce que chez lui, et chez lui uniquement, il est le Maître.

 

Et puis, trente ans plus tard, il y a Lorent le neveu d’Amar. On retrouve au chevet de Noria, sa mère, la sœur ainé d'Amar, mourante. L’occasion de se souvenir, et de voir son oncle. Et de compatir ensemble à la souffrance de Noria. Noria à qui ils doivent tant tous les deux.

 

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un polar, pas même un roman noir. Pas sûr que ce soit seulement un roman … Plutôt une chronique, des moments de vie plus qu’un récit structuré. Il faut faire l'effort de rentrer dans le rythme haché et déstructuré de la narration pour, finalement, se laisser submerger par l'émotion et l'horreur.

 

Et l’auteur ne nous facilite pas la tâche. Au moment où le lecteur s’attache à Amar, commence à la sentir, à comprendre où il va, il change de ton, de style, de narrateur pour passer à Lorent. Et le « travail » est à refaire. Pour une autre émotion cette fois, plus proche de la tristesse, de la nostalgie, loin de la rage et de l’horreur que l’on vit avec Amar.

 

Les deux moments du livre se répondent, sans réelle progression narrative mais avec un véritable écho. Ils demandent un véritable effort de lecture, au début. La récompense est une émotion forte, et le plaisir d’être entré dans cet univers singulier, d’avoir savouré une écriture autre.

 

Lorent Idir / Un nageur en plein ciel, Rivages/Noir (2010).

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 23:59

Quand j’ai vu arriver un nouveau roman de Mark Haskell Smith je me suis réjoui. Parce que je m’étais déjà régalé avec A bras raccourci et Delicious. J’avais raison, son dernier, Salty, est fait du même métal.

 

Haskell SmithTurk n’est pas un intello. Ni un aventurier. C’est juste une rock star, bassiste DU groupe de hard rock. Turk est aussi richissime. Son psy l’ayant convaincu qu’il souffrait d’une addiction au sexe, il a accepté de faire une cure, et de se marier avec Sheila, ex top modèle, qui elle se trouvait en cure pour arrêter la coke. Résultat, après un an de monogamie, Turk se retrouve à suer sur une plage de Thaïlande, écrasé par la chaleur et ses kilos de lard, en attente de sa salvation, à savoir la prochaine bière glacée.

 

Sheila de son côté est parti faire une excursion à dos d’éléphant. Elle est comme ça Sheila, où qu’elle soit, il faut qu’elle fasse des trucs. Sauf que celui-là tourne mal et qu’elle se fait enlever par des pirates qui réclament une rançon.

 

D’insupportables complications en perspectives, d’autant plus que Turk va croiser un agent plus ou moins secret et complètement parano, un mercenaire australien passablement défraichi, et des hordes de fans aux seins nus qui ne demandent qu’à le faire retomber dans son addiction. Et tout ça alors que pour être heureux Turk n’a besoin que de deux choses : une bière glacée et une basse branchée à un ampli énorme …

 

Après la Californie (A bras raccourcis) et Hawaï (Délicious), Mark Haskell Smith nous amène donc en Thaïlande. Je ne vous raconterai pas qu’on a là le chef d’œuvre de l’année, ni même la révélation du semestre. Par contre, je vous garantis une lecture des plus plaisantes.

 

Avec un face à face réjouissant entre quelques touristes américains (très américains) et les locaux. Un face à face parfois sanglant, toujours truculent, souvent drôle, mais qui sait aussi être méchamment acéré (essentiellement pour ses compatriotes). Un face à face qui en dit long sur l’Amérique et son mode de vie, ses média, son showbiz, ses névroses, ses psychoses post 11 septembre …

 

Les péripéties s’enchaînent, les affreux en prennent pour le grade (le sort qu’il leur réserve fait penser au grand Carl Hiaasen), c’est extrêmement sensuel (l’auteur écrit très bien sur la table et le lit) et on finit par se prendre d’affection pour ce gros bébé de Turk et ses accompagnateurs. Un vrai bon moment de lecture.

 

Mark Haskell Smith / Salty  (Salty, 2007), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Julien Guérif.

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 21:26

Comme je le dis ci-dessous, tout le monde va être servi. Avec L’évangile du billet vert de Larry Beinhart ce sont les évangélistes qui sont dans la ligne de mire. Et c’est bon !

 

Carl Venderveer est privé dans une ville moyenne du Sud-Ouest des US. Carl est aussi un « reborn »,beinhart ancien flic alcoolo et drogué sauvé par Jésus, et l’église évangéliste (et télévangéliste) du très médiatique pasteur Paul Plowright. Pour lui, la vie n’est plus qu’une succession de certitudes. Jusqu’au jour où son ami Manny Goldfarb, avocat, lui demande de travailler avec lui à la défense d’un jeune homme américain d’origine iranienne accusé d’avoir tué un professeur de philosophie athée dont il suivait les cours. Malgré la pression de sa femme et de toute sa communauté, Carl accepte le boulot, sans savoir que son enquête va faire voler son univers en éclats.

 

Premier coup d’éclat de Larry Beinhart, nous faire apprécier, peu à peu, un héros qu’on n’inviterait pas spontanément à boire l’apéro chez soi. Voilà comment Carl se définit au début du roman :

« Manny, mes dimanches sont à Dieu, mes samedis à ma femme, et cinq jours par semaine, je trime pour le billet vert. »

 

Finalement un membre très représentatif de sa communauté. Une communauté que l’auteur décortique impitoyablement. Son analyse du fonctionnement des églises protestantes, grand soutien de l’ex président Bush est impitoyable. Sa description des croyants, pauvres gens souvent perdus, manipulés jusqu’au fanatisme est effrayante. Le pasteur et ses sbires, formés au marketing exploitent ce fanatisme, cette envie de se replier, entre gens bien, blonds, sains, croyants. De pouvoir vivre coupés du monde, avec leur propre ville, son église, sa fac, ses magasins, sa télé. Le monde extérieur n’étant plus qu’un territoire ennemi vers lequel on n’envoie que des soldats.

 

Autant dire que l’avenir qu’ils nous préparent si nous n’arrivons pas à remettre la raison au centre des débats fait froid dans le dos.

 

Mais n’allez cependant pas croire que le roman n’est qu’un pamphlet anti-religieux. Larry Beinhart est un écrivain, un vrai, formé qui plus est à l’école américaine qui sait construire des personnages, faire progresser une intrigue, « obliger » le lecteur à tourner les pages. Cela peut parfois donner des romans malins mais creux, mais quand c’est mis au service d’un vrai discours, cela ne fait que renforcer son impact. Comme ici.

On suit donc l’enquête avec autant de passion que d’effarement, on ressent le doute qui s’installe peu à peu dans la tête de ce pauvre Carl qui perd ses certitudes une à une et se retrouve de plus en plus seul.

 

Bref, comme avec Le bibliothécaire (je n’ai pas Reality Show) Larry Beinhart écrit un roman indispensable, passionnant et effarant.

 

Larry Beinhart / L’évangile du billet vert  (Salvation boulevard, 2008), Série noire (2010), Traduit de l’américain par Samuel Todd.

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 09:47

Cinq pleines minutes de bonheur sur FIP ce matin.

 

Aux infos, j’apprend que le numéro 2 du Vatican a encore fait sous lui. Ce Mon-saigneur Jenecékoi a déclaré en substance que les affaires de pédophilie qui secouaient l’église (sans jeu de mot) ces derniers temps n’avaient rien, mais absolument rien à voir avec le célibat des prêtres. Mais que par contre il était bien connu que l’homosexualité menait tout droit à la pédophilie. C’est comme ça que je l’aime moi le Vatican, bien à droite, bien Opus Dei, capable d’élire Pape un ancien des jeunesses hitlériennes, et de proférer ce genre d’énormités.

 

Et juste après, pour que mon bonheur soit complet, qu’est-ce qu’ils nous passent FIP : Oye Como Va de grand Carlos ! Un bon début de journée.

 

J’en profite pour vous renvoyer vers deux méchants qui, comme moi, adorent le Vatican : Maester et , et Jean-Pierre Martin.

 

Et avec mon sens de la transition aigu, je vous annonce pour ce soir un papier sur l’excellentissime dernier polar de Larry Beinhart, L’évangile du billet vert, où ce sont les évangélistes qui morflent.

 

PS. Entendons nous bien, je n’ai rien, mais alors rien du tout contre les catholiques « de base », que chacun croit ce qu’il veut, et foute la paix aux voisins, c’est juste leur hiérarchie toujours aussi progressiste, aussi bien dans ses prises de position sociales que politiques que j’adore !

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 21:57

Le jury de lecteurs du prix du Roman Noir BibliObs-Nouvel Obs (dont je faisais partie) a rendu son verdict :

Pour le meilleur roman noir français, il y a eu une quasi unanimité et ce sont Les cœurs déchiquetés d’Hervé Le Corre qui gagnent.

 

Pour le prix du roman étrangers, pour lequel malheureusement seuls des romans américains avaient été sélectionnés, la lutte fut rude jusqu’au bout entre Little Bird de Craig Johnson et Souvenez-vous de moi de Richard Price. Sur le fil, c’est Little Bird qui a gagné.

Suis-je content ? oui, c’étaient mes deux favoris.

 

Pour compléter le tableau, sachez que c’est Anaisthésia d’Antoine Chainas qui a gagné le prix des lecteurs du festival des Quais du Polar (infos transmises sur la liste 813 mais que je n’arrive pas à confirmer …).

 

Elle est pas belle la vie ?

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 23:29

Ken Bruen est prolifique, et c’est tant mieux parce que j’ai aimé tous ses bouquins (du moins, tous ceux que j’ai lu jusqu’à présent). Voici donc, Brooklyn Requiem qui n’est ni un Jack Taylor, ni un R&B. Mais pas de doute, c’est bien un Ken Bruen.

 

BruenMatt O’Shea est garda (tout le monde ici sait bien entendu ce que c’est*). Il rêve d’être flic en Amérique. Coup de bol, à l’occasion d’un échange « culturel », 20 irlandais sont choisis pour aller passer quelques temps chez les flics ricains. Et Matt fait partie du nombre. Hasard ? Pas tout à fait. Disons que Matt sait parfaitement utiliser les informations qu’il recueille lors de ses enquêtes. Surtout les informations sur les hommes au pouvoir.

 

Le voilà donc au NYPD, partenaire de Kurt, flic mal luné et violent. Et alors ? Et alors le séduisant Matt a un petit secret. De temps en temps il étrangle une jeune femme, avec une chapelet. Autre chose, Matt est froid comme la glace, très intelligent, et son intelligence est toute au service d’une seule cause, lui-même. Quand il rencontre la très belle sœur légèrement attardée de Kurt …

 

La noirceur de la série Jack Taylor, des flics aussi doux que Robert et Brant, un monstre et l’écriture de Ken Bruen. Le mélange ne peut être que détonnant. Il l’est.

 

Je vais tout de suite vous lister les reproches qui ne manqueront pas d’être fait à ce roman. La minceur de son intrigue, l’impression que, s’il le voulait bien, il pourrait sans doute écrire une roman encore plus grand. Et c’est vite lu, trop vite.

 

A cette dernière critique il est facile de répondre : Vaut-il mieux prendre son pied deux heures ou s’emmerder six comme on le fait souvent avec les thrillers tout venant ? Pour ma part, je préfère la première solution.

 

Ken Bruen rate-t-il, une fois de plus, son GRAND ROMAN ? Peut-être mais je ne suis pas certain qu’il ait envie de l’écrire. Ni même que ce soit dans son caractère, ou qu’il ne risque pas d’y perdre son écriture. Il écrit, magnifiquement, des romans courts, secs, très sombres et très humains.

 

A moi ça me suffit. Et quelle écriture, j’ai relu plusieurs paragraphes, plusieurs phrases, juste pour le plaisir du rythme, de la formule qui fait mouche. Bref, deux heures de pied. A déconseiller quand même à ceux qui n’ont pas le moral, c’est très très sombre.

 

Pour les autres, on a en plus le plaisir de croiser une vieille connaissance :

« Quelques jours avant le départ, j’ai rencontré par hasard un type complètement destroyed qui avait bossé avec mon père. Détective privé, alcoolo et minable, il avait arrêté de boire pendant quelques années avant de reprendre la bouteille avec une frénésie qu’elle lui avait bien rendue.

On aurait dit un macchab’ passé au micro-ondes. »

 

Allez encore un petit extrait pour la route, et je vous laisse vous précipiter chez votre dealer de bouquins habituel pour acquérir ce petit diamant noir :

« T’es un produit de la nouvelle Irlande, tu le sais, au moins ?

Percevant que ce n’était pas très flatteur, j’ai demandé :

-Ah ouais, et c’est quoi ça ?

Il a vidé sa pinte, fait signe qu’on lui remette ça et précisé :

- Arrogance, aplomb et compétence zéro. »

 

Ken Bruen / Brooklyn Requiem  (Once were cops, 2008), Fayard/Noir (2010), Traduit de l’anglais (Irlande) par Catherine Cheval et Marie Ploux.

 

(*) D’accord, pour ceux qui ne savent pas, un garda est un flic en Irlande, mais devoirs de vacances, lisez des Jack Taylor.

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 21:06

Qu’est-ce qui fait que, sur une trame archi usée, un auteur arrive à vous passionner alors qu’à côté vingt tâcherons vous feront mourir d’ennui ? Mystère et boule de gomme. Toujours est-il que sur le thème tarte à la crème du gentil qui voit son passé (et un méchant) venir foutre en l’air une vie rangée, Je suis le dernier juif debout de Michael Simon fait partie des quelques élus (sans jeu de mot) qui sortent du lot.

 

Dan Reles est flic à la brigade criminelle d’Austin, Texas. Sa vie est déjà passablement compliquée mais il Simonarrive à (presque) tout contrôler : Sa femme est alcoolique, son gamin de cinq ans est perturbé par les sautes d’humeur de sa mère. Au boulot, pas facile pour un juif de la région de New York d’être le chef d’une bande de bons texans blancs et baraqués.

 

Mais quand son père, Ben Reles, chauffeur et homme de main de la mafia juive de la côte est, débarque chez lui avec Irina, une prostituée russe, cette vie devient en enfer. Parce que Ben est poursuivi par Sam Zelig, parrain de cette mafia, totalement cinglé qui veut récupérer Irina. A tout prix. Même s’il doit pour cela mettre Austin à feu et à sang.

 

Disons que quand j’écrivais un gentil à la vie rangée j’exagérais un peu. Ce pauvre Dan a déjà quelques problèmes, mais rien en regard de ce qui va ensuite lui tomber sur le coin du nez. Car voilà du polar qui déménage ! Tonton Alfred disait que pour réussir un film policier il fallait réussir le méchant. Mission accomplie pour Michael Simon, son méchant est vraiment effrayant. Donc le bouquin fonctionne à fond, le lecteur tourne les pages, effrayé, effaré … enchanté.

 

Mais ce n’est pas tout. Ce qui fait de ce roman autre chose qu’un thriller de plus ce sont les personnages, tous les personnages. Le père, Ben, petit truand qui gagne peu à peu de l’épaisseur jusqu’à atteindre la stature d’un véritable héros, les collègues de Dan Reles, avec le lot habituel, très bien décrit, de mecs biens et d’infâmes salopars racistes … Et puis Dan lui-même, version Michael Simon du « tough guy », dur en apparence, fragile par en dessous, qui n’en finit pas de solder son enfance et essaie, tant bien que mal, de construire la famille qu’il n’a jamais eu. Avec en prime, une belle relation père/fils. Bref, une très jolie découverte.

 

Encore deux petites choses : Au-delà des analyses plus ou moins fines et plus ou moins pertinentes, il est un fait qui ne trompe pas : J’espère bien retrouver Dan Reles prochainement.

 

Et pour finir, si quelqu’un peut me renseigner … Je me demande si l’auteur à quelque chose à voir avec Roger Simon, auteur de polar également publié chez rivages, et grand ami de Paco Ignacio Taibo II.

 

Michael Simon / Je suis le dernier juif debout  (The last Jew standing, 2007), Rivages/Thriller (2010), Traduit de l’américain par Stéphane Michaka.

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 22:50

Depuis la découverte du comté (imaginaire) d’Absaroka et la rencontre avec son attachant nounours de shérif Walt Longmire, j’attendais la suite avec impatience. La voici avec Le camp des morts, sous la plume (d’aigle ?) de Craig Johnson.


JohnsonUn soir le corps de Mari Baroja est découvert, sans vie, dans la chambre qu’elle occupe dans la maison de retraite de Durant, Wyoming. Une mort sans histoire. Qui devrait être sans histoire. Mais son voisin de chambre, Lucian, l’ancien shérif, demande à Walt Longmire de faire pratiquer une autopsie. Comme Walt ne peut rien refuser à son mentor, il accepte, sans savoir qu’il vient de mettre les pieds dans une sale affaire vieille d’un demi siècle. Dehors, la tempête fait rage, la neige s’accumule, Noël approche. Un Noël qui s’annonce agité.


Revoici donc Walt Longmire, Vic son adjointe, Henry Standing Bear son ami indien et barman, et les paysages grandioses du Wyoming. Il va sans dire que je suis enchanté de les retrouver.


Un deuxième volume tout aussi réussi que le premier, qui met au centre de l’intrigue, après les indiens des réserves Crow et Cheyenne, un autre peuple étrange … les Basques, installés depuis longtemps dans ces régions peu peuplées. Des basques venus faire les bergers et qui ont amené avec eux leur langue, leur religion, leurs curés et leurs traditions, et ont transplanté le tout si loin de leur terre natale.


Tout cela est décrit avec l’humanité, le sens de l’intrigue, les dialogues impeccables, et l’humour de Craig Johnson. Et puis il y a la nature. La nature toute puissante dans ce coin fort peu peuplé des US. D’autant plus puissante que cet épisode se déroule en hiver, et que l’auteur s’y entend à rendre le froid, la neige, les bourrasques … Je sais que ce n’est pas pratique, mais il est bon de prévoir les moufles pour tourner certaines pages.


Bref, on n’est pas déçu, on retrouve intact le plaisir éprouvé à la lecture de Little Bird, on se régale, et on attend le troisième.


Craig Johnson / Le camp des morts  (Death without company, 2008), Gallmeister (2010), Traduit de l’américain par Sophie Aslanides.


PS. Craig Johnson sera aux quais du Polar à Lyon, il est déjà en France. Si vous avez l’occasion d’aller le voir, ne le ratez pas, il est passionnant et adorable. Pour plus de renseignements, c’est là.

 

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 23:55

Un festival donc,  à Cambrai, à la médiathèque, du 20 au 24 avril. Pour le programme complet, c’est facile, il suffit d’aller là.


Plus près de chez moi, vous vous doutez bien qu’on bosse depuis un moment déjà sur la deuxième édition du festival de Toulouse. Les choses commencent à se préciser. Et Joe Pinelli nous a fait cadeau d’une affiche de toute beauté. Que vous pouvez voir là. Allez-y voir régulièrement, vous y verrez, peu à peu, les fiches de nos invités.


Et puis c’est quand même Pâques. Que le génial Maëster fête à sa façon. Qui ne plaira pas à tout le monde. Mais qui me fait bien rire.

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2 avril 2010 5 02 /04 /avril /2010 21:38

maniPour épater vos copains, voici un cocktail totalement inédit. Il s’appelle Noir Océan, il a été créé par un jeune islandais étonnant dont on n’a pas fini d’entendre parler : Stefán Máni.


Ingrédients :


Saeli : Jeune père de famille, énormes dettes de jeu. Seul moyen de rembourser et de mettre sa famille à l’abri : se charger de rapporter de sa future escale au Surinam un paquet de drogue. Sinon le Démon, terreur de la pègre islandaise s’occupera de sa femme et de son jeune fils.


Jon Karl, dit le Démon : truand craint pour sa violence et sa brutalité dans tout le pays. Il est la cible d’une autre terreur qui semble pour l’instant avoir le dessus.


Président Jon : alcoolique, raciste, néo-nazi.


Asi, cuistot, Johann le Géant et Runar le mécano. Convaincus (avec Saeli) par Président Jon que la seule façon de ne pas laisser les « youpins » les mettre au chômage après une dernière traversée est de se mutiner et de prendre la bateau en otage en plein océan.


Guðmundur Berndsen : Commandant. Il sait que c’est sa dernière traversée et que l’équipage va être licencié. Il a présenté sa démission. Il se demande comment il va ensuite vivre avec sa femme qui, depuis la perte de leur fille neuf ans auparavant, sombre toujours plus profond dans la déprime et la douleur.


Jónas Bjarni Jónasson : Commandant en second. Il a tué et enterré sa femme qui le trompait quelques heures avant d’embarquer.


Le soutier : Mécano sale, drogué et inquiétant. Il vénère Cthulhu.


Mettez les ingrédients dans un immense shaker. Par exemple le Per se, cargo vieillissant, des milliers de tonnes d’acier en route vers le Surinam pour faire le plein de bauxite.


Secouez vigoureusement grâce à la mère des tempêtes. Chauffez à blanc à la folie des hommes. Puis frappez, en refroidissant violemment. Servez très noir.


Voilà. Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur les polars islandais. Oubliez Indridason et son Erlendur bougon, oubliez la lenteur, la déprimer douce amère. Avec Stefán Máni on est dans le registre de la grande claque dans la figure, du coup de poing au plexus.


Après une ouverture chorale qui lui permet de nous présenter les différents protagonistes d’une façon particulièrement habile et maîtrisée, le lecteur se doute bien que la suite va être violente. Mais on se demande aussi comment il va écrire le Nième huis clos sans tomber dans le déjà vu.


Et il y arrive.


Grâce à sa maîtrise d’une construction subtile, un montage complexe mais totalement maîtrisé qui mêle les points de vue et les temps de l’action (on retourne souvent en arrière en changeant de point de vue). Un peu à la façon 21 grammes ou Babel pour ceux qui les ont vu (j’ai bien dit un peu).


Grâce à la maîtrise totale de la violence enfermée dans ce chaudron, une violence qui ne peut que mener au drame, mais qui ne tombe jamais dans le grand guignol ou le voyeurisme.


Et grâce, et c’est là qu’il fait fort, à l’intervention d’une violence venue de l’extérieur. Car l’auteur ne s’interdit rien, et s’arroge le droit de faire intervenir l’extérieur dans un huis clos, sans pourtant jamais remettre en question le fait que ce soit, justement, une histoire entre ces 9 personnages et pas un de plus. Je sais, je ne suis pas très clair, mais lisez, vous verrez que j’ai raison !


Cette violence extérieure, ce sont des hommes, ombres venues augmenter le chaos qui disparaissent immédiatement. Mais c’est surtout la violence de la nature. Et en premier lieu celle de la tempête que le lecteur ressent dans ses tripes (je vous déconseille de faire un repas trop riche avant d’entamer cette lecture). On tangue, on sent l’odeur de mazout, on entend le fracas des machines titanesques et le hurlement de la tempête …


Et une fin à la fois prévisible et totalement surprenante.


Bref, un sacré cocktail, à consommer sans modération.


Stefán Máni / Noir océan  (Skipid, 2006), Série Noire (2010), Traduit de l’islandais par Eric Boury.


PS. Je ne suis pas certain d’avoir toujours été clair … Je vais achever de vous perdre en citant une phrase des remerciements qui commence de façon très convenue par « L’auteur tient à exprimer ses remerciements aux personnes suivantes : » gnagnagnagna « Mes amis, ces chers Sartre, Lovercraft et Morrison reçoivent une amicale accolade ». Intrigués ? Alors, il faut le lire.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars scandinaves
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