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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 23:03

Flipo 

Voilà un « petit polar » dont on cause dans les blogs. Un polar dont on parlera vraisemblablement peu dans la presse, mais qui pourrait bien faire son bonhomme de chemin grâce au bouche à oreille. Et c’est tout ce que je lui souhaite. Voici donc La commissaire n’aime pas les vers (les verts ? les verres ?) de Georges Flipo.

C’est pas le moment de venir emmerder la commissaire Viviane Lancier. On lui a collé un adjoint, certes beau et charmant, mais jeune, naïf et parfois gaffeur. Elle n’arrive pas à perdre ces satanés 5 ou 6 kilos. Elle vit seule et son salaud d’ex continue à lui pourrir la vie. Donc faut par chercher Viviane Lancier. Alors quand les services de com. du ministère montent en épingle une vague affaire ayant trait à un poème de Baudelaire et lui forcent la main, son humeur devient massacrante. Parce qu’en plus la commissaire n’aime pas les vers. Et encore moins ceux qui les commentent.

Si vous cherchez le roman profond de l’année, celui qui va mettre à nu les horreurs de notre société, qui va vous donner matière à réflexion (déprimante si possible) pour six mois, passez votre chemin.

Mais comme il faut aussi parfois s’amuser, vous avez peut-être envie de passer un moment divertissant, drôle, en lisant une histoire bien troussée, en rencontrant des personnages hauts en couleur, le tout agrémenté d’une plume vive et alerte. Dans ce cas, ce roman est pour vous. Un roman qui n’a d’autre prétention que celle de nous faire (sou)rire. Mais comme disait le grand Pierre, elle est immense, la prétention de faire rire.

Mission accomplie donc. Et même un tout petit peu plus, l’auteur brossant en quelques coups de griffe le tableau lucide (et gentiment méchant) du fonctionnement de notre société hautement médiatisée. Et une petite touche de noirceur vient pimenter le final. Donc mission plus qu’accomplie.

Georges Flipo / La commissaire n’aime point les vers, La table ronde (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 22:51

Voilà une lecture qui vient à point, après la déception des Visages. A point parce ce que tout ce qui m’a déçu dans le roman de Kellerman est, de mon point de vue totalement partial, exceptionnellement réussi ici. Il s’agit du dernier Gianrico Carofiglio, intitulé Les raisons du doute.

Guido Guerrieri est sur le point de replonger dans sa déprime. Sa copine le quitte pour un an (un très bon carofiglioposte à New York), il a plus de quarante ans, toujours pas d’enfant, et il lui semble qu’il commence à arriver au moment où il ne supportera plus son boulot d’avocat pénaliste. Ce ne sont pas les dispositions idéales pour prendre en main la défense de Fabio « Ray-Ban », arrêté à la frontière avec plus de quarante kilos de cocaïne cachés dans sa voiture.

D’autant plus que Guido connaît Fabio. Dans les années 70, il faisait partie d’un groupe de néo fascistes qui terrorisaient Bari. Ils avaient même tabassé Guido … Mais quand c’est l’éblouissante femme de Fabio qui vient le lui demander, Guido accepte, une fois de plus, un procès en apparence perdu d’avance.

Pourquoi suis-je tellement touché par Guido Guerrieri et tellement indifférent au destin d’Ethan Muller ? Après tout, ma vie est aussi éloignée de celle d’un avocat pénaliste de Bari que de celle d’un propriétaire de galerie d’art de New York.

Il y a sans doute la question des références culturelles. Celles de Kellerman ne me parlent pas. Carofiglio cite, pour conclure son roman, la réplique finale de Casablanca. Ca oui, ça me parle. Ensuite il y a l’humanité des personnages, transmises par l’écriture. Les deux doutent, dépriment, mais Ethan est froid, désabusé, hautainement détaché, chaleureux comme une endive ; Guido est capable de passer une nuit à boire des bières et à jouer aux cartes avec de petits truands, juste pour le plaisir de la chaleur humaine. Il y a la capacité de chaque auteur à transmettre une émotion, une sensation : quand Ethan aime, déteste, a peur, je ne partage rien. Quand Guido tremble, je tremble, quand il tombe amoureux, moi aussi, et quand il pense à Fernande …

Mais arrêtons là, et revenons en au roman, et à son titre, Les raisons du doute. Un doute qui, une fois de plus se trouve au centre d’un roman de Carofiglio. Par la voix de son personnage, c’est bien le combat du doute contre la certitude aveugle que mène l’auteur. Toujours de façon aussi limpide, fine et intelligente.

Outre le doute, et, comme dans les romans précédents, la description sans pitié (mais non sans humanité) du système judiciaire italien, l’auteur explique via son personnage son amour de la littérature, son besoin viscéral de conter des histoires. Voilà ce que dit Guido lors de sa plaidoirie :

«Un philosophe a dit que les faits, les actions en soi, n’ont aucun sens. Seul le texte du récit des événements et des actions accomplies dans le monde peut en avoir un. 

Nous autres inventons des histoires, et pas seulement dans les procès, pour donner un sens à des faits qui n’en ont aucun en soi. Pour tenter de mettre de l’ordre dans le chaos. Les histoires, à y bien réfléchir, sont tout ce que nous possédons. »

Cela est bel et bon, mais ne suffirait pas à faire un bon roman. Ce roman est grand, parce que l’écriture est limpide, parce que l’humour fait mouche, et parce que la construction est irréprochable et le suspense insoutenable. Impossible de refermer le bouquin avant la fin dès qu’on a entamé la description du procès final. Et ce procès, plus on en approche, plus on frémit. J’ai dû plusieurs fois me forcer à refermer le bouquin à la fin d’un chapitre pour faire durer le plaisir et ne pas aller trop vite.

Ce roman est aussi intéressant parce que son propos va à l’encontre de ce que l’on lit habituellement. Comme dans Témoin involontaire (le premier de la série), il ne s’agit pas ici de trouver un coupable, mais de sauver un homme que tout accuse. De remplacer la certitude et l’évidence par … le doute (le revoilà).

Et puis il y a Guido. Impossible de ne pas aimer ce faux dilettante, ce déprimé ironique capable de faire le coup de poing et de rassurer une petite fille dans son cauchemar. Un homme dont la dernière phrase est celle-ci : « Louis, je pense que c’est le début d’une belle amitié ». La citation de Casablanca n’est bien évidemment pas là  par hasard. Elle vient conclure une histoire qui est, entre autres choses, un beau clin d’œil à ce film mythique. Mais je vous laisse lire le roman pour le découvrir.

Ce n’est qu’un petit (ou grand) plaisir de plus. Tout le roman est un vrai bonheur.

Gianrico Carofiglio / Les raisons du doute  (Ragionevoli dubbi, 2006), Seuil/Policiers (2010), Traduit de l’italien par Nathalie Bauer.

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 21:54

Après un roman un lent et lourd, il fallait un coup de fouet, du fin mais corsé, sec mais long en bouche ... Coup de chance, j’avais le dernier Marc Villard sous la main, Sharon Tate ne verra pas Altamont. Bonne pioche.

 

villardFin 1969, trois événements défraient la chronique. Le 2 juillet, Brian Jones est découvert mort dans sa piscine. Le 9 août, Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski est assassinée chez eux par Charles Manson et quelques uns de ses adeptes. Le 5 décembre, pendant le concert des Stones à Altamont (Californie), une jeune noir est tué par des Hell’s Angels qui assurent le service d’ordre.

 

Marc Villard transforme ces trois faits divers en littérature. Il brode, invente la chair autour de ce squelette, mêle personnages fictifs et personnages réels. Bref, il réécrit l’Histoire en écrivant une histoire.

 

Du pur bonheur. Même si j’étais un peu jeune à l’époque (je peux le dire, je suis né en 65) pour me souvenir de ces trois événements marquants, ils sont pour tout amateur de cinéma et de musique, et/ou de culture américaine (ça va souvent ensemble) des points de référence mythiques. Les retrouver dans un roman, mis en scène, et mis en cohérence peut se révéler passionnant.

 

Encore faut-il que ce soit bien fait. Et c’est là que la patte Marc Villard intervient. Parce qu’il a su trouver les personnages supplémentaires, l’habillage nécessaire pour les mettre en cohérence et bâtir une vrai fiction.

 

Et surtout, mais c’est une lapalissade de le dire, parce qu’il y a l’écriture Marc Villard. Elle claque, percute, toutes les phrases font mouche. Pas un mot de trop, du rythme, du punch, de l’humour. Bref un vrai régal.

 

Petit plus non négligeable, les photos d’époque, fort bien choisies et fort bien venues, décuplent le plaisir de retrouver ces trois faits divers marquants.

 

Est-ce vraiment une surprise, l’ami Jeanjean aime aussi.

Marc Villard / Sharon Tate ne verra pas Altamont, Biro éditeur (2010).

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 21:49

Ca faisait un moment que je ne vous en avais pas parlé, et en plus il a déménagé. Mais il est toujours génial. Qui ? Maester.

Son nouveau blog c’est là.

J’y aime tout, sans la moindre restriction. Mais si vous ne devez aller voir que deux dessins, choisissez celui-ci, et celui-là.

 

Pour compléter le dessin du Maître, et pour ceux qui lisent l’espagnol Raul Argemi, auteur argentin, a aussi un avis sur la jolie lettre de notre Benoit préféré. Un avis que je partage assez …

 

Pour finir de rigoler, je vous conseille d’aller sur le site de France Inter pour écouter, ou réécouter la chronique de François Morel. Comme d’habitude, c’est grandiose.

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 23:02

J’ai attaqué Les visages, pavé de Jesse Kellerman publié chez Sonatine avec des sentiments contradictoires. D’un côté, impatient et content, parce que la rumeur autour de ce roman est plutôt bonne, et parce que chez Sonatine j’ai aimé Seul le silence et surtout La religion, le chef d’œuvre de Tim Willocks. D’un autre réticent parce que la quatrième de couverture cite un compliment de Harlan Coben (ouaif) et surtout l’annonce au niveau de Mystic River. A la lecture, malheureusement, il s’avère qu’on est loin, très loin, du roman de Lehane.

Ethan Muller, dernier rejeton d’une des plus grosses fortunes de New York est propriétaire d’une galerie kellermand’art moderne. Un jour il met la main sur une série de dessins exceptionnels. Exceptionnels par leur qualité, mais également par l’ampleur inimaginable de l’ensemble de l’œuvre qui croupissait dans des dizaines de cartons. L’auteur, inconnu de tous, a disparu. Quant Ethan commence à révéler l’œuvre au public il reçoit un coup de fil qui va faire basculer sa vie. Sur l’un des dessins, un flic à la retraite a reconnu les portraits de gamins tués des années auparavant, par un tueur en série qui n’a jamais été identifié …

J’avoue qu’il y a des choses que je ne comprends pas. Certes l’auteur sait raconter une histoire. Il est très bon pour les dialogues (comme la plupart des auteurs américains d’ailleurs). Mais c’est bien tout.

Je veux bien croire que la description du milieu de l’art new yorkais, avec toute la futilité et l’exhibition de fric qui va avec, soit fidèle. C’est peut-être pour ça qu’il a plu aux critiques du New York Times. Personnellement, pas de bol, c’est un milieu qui ne m’intéresse pas.

Là où je ne comprends plus rien c’est que, si l’on en croit l’éditeur, ce roman a été élu meilleur thriller de l’année par le New York Times, et par The Guardian ! Meilleur thriller un truc aussi mou, où il y a autant de longueurs ? Où il ne se passe quasiment rien ? Où on subit les états d’âme d’un pauvre enfants de riches (de très riches même) qui ne sait pas quoi faire de sa vie parce que son papa ne l’aime pas ? Il doit y avoir un truc qui m’a échappé …

Je ne suis pas fan de thriller, mais tant qu’à en lire, autant lire du Stephen Hunter ou du John Connolly. Ou les premiers Tim Willocks, ou … Je ne sais pas moi, c’est pas un machin que je lis, mais je suis certains qu’il y en a des dizaines meilleurs que ça !

Ensuite on nous assène la qualité d’écriture. Certes ce n’est pas mal écrit, mais ça ne raconte rien. Le Guardian le trouve obsédant. Ben pour vous dire, au moment où je termine cette chronique je suis presque obligé de relire le début pour me souvenir de quoi il cause. M’a pas obsédé bien longtemps.

Bref, si vous avez aimé, j’aimerais bien que vous m’expliquiez ce que j’ai raté. Si en général vous avez les mêmes goûts que moi, vous pouvez éviter.

Jesse Kellerman / Les visages  (The genius, 2008), Sonatine (2010), Traduit de l’américain par Julie Siboni.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 21:11

Le roadmovie, ou plutôt ici le roadbook est bien entendu une spécialité américaine. Cela n’empêche pas les petits français de s’y essayer. Et même de s’y essayer avec talent et succès. Ce qui donne, par exemple, Scarelife de Max Obione.

ObioneMosley J. Varell végète auprès de son épouse aigrie dans le Montana. Il a passé 10 ans en prison, accusé de meurtres (qu’il a commis) et survit en écrivant des scénarii pour des séries télé imbéciles. Il a également en train un projet qui lui tient à cœur : le scénario d’un film sur la vie de David Goodis. Jusqu’à ce qu’une lettre de son père, le monstre de son enfance, le tire de sa tanière et le lance sur les routes, direction la Louisiane. Sur ses traces le Nain, ancien flic qui l’avait fait arrêter et qui est persuadé qu’il a beaucoup plus de morts sur la conscience. Et sur sa route, effectivement, les cadavres ne tardent pas à fleurir.

Comme je l’écris en introduction, Max Obione est bien un écrivain français. Pourtant son roman est un roadbook 100 % américain. Et il marche. Au rythme de Mosley et des morts qu’il sème sur la route. Sans le moindre état d’âme. Il faut dire qu’en général, ils l’ont bien cherché.

Un roman qui se déguste sourire aux lèvres, comme un hommage aux grands espaces, à une foule de films et de bouquins qui nous ont tous fait rêver (même si, à part la référence ouverte à Goodis et le nom du héros, je n’ai reconnu aucune citation directe). Tous les cinglés qu’on s’attend à croiser dans ce genre d’exercice sont au rendez-vous. Un plaisir.

 

Si vous aimez le bon cinéma et les bons bouquins américains, si vous aimez David Goodis, vous aimerez Scarelife. Avec en prime une jolie conclusion en forme de clin d’œil.

Max Obione / Scarelife, Krakoen (2010).

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 22:46

Il m’est difficile de dire exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de La guerre des vanités de Marin Ledun sans en dévoiler, en grande partie, l’intrigue. Je vais donc user d’un artifice assez peu esthétique, mais efficace. Au moment critique, j’ai laissé un grand espace. Ceux qui veulent garder le mystère pourront s’arrêter là.

ledunTournon au bord du Rhône, régulièrement balayée par le mistral. En vingt-quatre heures, cinq adolescents se suicident, et dans certains cas, filment la scène. Difficile pour les flics locaux d’enquêter, tout le monde se connaît dans cette ville repliée sur elle-même. C’est ainsi qu’Alexandre Korvine, lieutenant de police de Valence débarque avec ses gros sabots. En trois jours, à un rythme d’enfer, sans quasiment dormir, il mène une enquête qui va faire exploser la quiétude de la ville endormie et mettre à jour les vilains secrets que tout le monde a intérêt à garder bien cachés.

Un défaut et beaucoup de très bon dans ce premier roman de Marin Ledun publié à la série noire. Le défaut est d’ailleurs lié aux bons points. Que voici.

Pour commencer, le rythme est impressionnant, servi par une écriture parfaitement en phase qui plonge le lecteur dans l’état de stupeur, d’épuisement et d’apnée de l’enquêteur. On halète à la lecture, on sent la fatigue, le stress, l’urgence. Un rythme qui, dans un crescendo parfaitement maîtrisé qui ne cède jamais au grand guignol ni à la facilité et fait monter le suspense.

Et en toile de fond la radiographie au scalpel d’une petite ville de province, avec ses non-dits, ses lâchetés, son conformisme … Et conséquence, son vide, et l’ennui, terrible.

Au centre, l’incompréhension totale entre des ados perdus, sans réels centre d’intérêt, sans vraies envies, et on pourrait presque dire sans valeurs, alors même qu’ils ont dans les mains des moyens d’expression quasi illimités, et leurs parents qui ne semblent guère exister autrement que par leur travail, pas franchement passionnant.

Et pourtant, reste quand même une sensation d’inachevé, et c’est là que s’arrêtent ceux qui ne veulent pas en savoir trop ….

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Inachevé donc. L’auteur fait si bien monter la sauce, qu’on se demande bien comment il va s’en sortir sans sombrer dans le ridicule ou le fantastique. Et au final, on a un peu l’impression d’être devant un soufflet qui retombe en sortant du four. Parce que, et c’est tout à son honneur, Marin Ledun ne sort aucun lapin du chapeau. Pas de grand coupable, pas de complot, pas de révélation magistrale. Juste l’ennui, l’incompréhension, la peur de faire parler, la peur du regard des autres. Rien que de la mesquinerie, de la petitesse.

Tout autre conclusion aurait parue ridicule. Alors pourquoi ce « manque ». C’est qu’à la vue de l’explication, j’ai un peu de mal à comprendre l’ampleur des dégâts. Les réactions dramatiques, le nombre de morts me semble disproportionnés. Marin Ledun n’a pas totalement réussi à me convaincre que de si petites causes puissent entraîner de si grosses catastrophes.

Mais je suis peut-être passé à côté, et cela n’enlève rien aux réelles qualités de ce roman. Juste l’impression d’être passé à côté de quelque chose de beaucoup plus fort.

Marin Ledun / La guerre des vanités, Série Noire (2010).

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 17:20

La semaine prochaine, pour les amateurs de belles revues sur notre littérature préférée, sortira en librairie le n° 13 de la revue Temps Noir.

Avec au sommaire un dossier Manchette et la BD, comprenant un entretien avec son fils et Max Cabanes, et une série de chroniques BD dudit Manchette.

Un article sur les premiers français publiés en série noire.

Une pièce inédite de Jean Meckert (alias Jean Amila) et un dossier sur la correspondance de Pierre Véry avec ses éditeurs.

Un entretien avec Jean-Claude Zylberstein, le patron de la collection Grands Détectives chez 10x18.

Trois regards sur la film criminel, dont celui de François Guérif.

Un papier et un entretien avec Soji Shimada à propos, entre autres, de Tokyo Zodiac Murders.

Un entretien avec Thierry Jonquet datant de 2007.

Dashiell Hammett par Nathalie Beunat, et pour finir, un petit tour du monde du polar 2009 par votre serviteur.

En bref, presque 300 pages sur notre littérature préférée !

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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 09:17

Comme promis (avec un peu de retard pour cause de problème sur ma ligne téléphonique), voici mon coup de cœur du moment, Les derniers jours d’un homme de Pascal Dessaint.

dessaintQuelque part dans le nord de la France. L’usine, aujourd’hui fermée. La cité ouvrière. La route qui la sépare du reste du monde. Dans cette cité, Judith, 18 ans, élevée par son oncle cherche à savoir ce qui c’est passé une douzaine d’années auparavant. Ce qui a entraîné la mort de son père, Clément. Douze ans auparavant, Clément, veuf depuis peu, a quitté l’usine encore en activité pour travailler comme élagueur. Il commence à prendre conscience du danger sanitaire qu’elle leur fait tous courir au moment où les bruits de fermeture définitive se font insistants. Ces voix alternées vont se rejoindre, pour résoudre le mystère et exposer au grand jour un scandale social, écologique et sanitaire qui n’est autre que celui de Métaleurope.

A force de parler de Dessaint le toulousain on avait fini par oublier qu’il vient du nord, et qu’il a passé son enfance dans une famille ouvrière comme celles qu’il nous décrit ici. Déjà dans Cruelles natures, il faisait une incursion noire dans sa région natale. Il y revient maintenant pour écrire ce roman que, très certainement, il portait en lui depuis bien longtemps.

Qu’est-ce qui a rendu son écriture possible et/ou indispensable ? Une maturité acquise ? Une maîtrise de son écriture ? La prise de distance suffisante ? La nécessité de témoigner, de donner la parole à ceux qui ne l’ont jamais ? Une douleur personnelle ? Sans doute un peu de tout cela.

Toujours est-il qu’il a écrit là son Grand Roman. Un vrai roman noir, héritier de Zola comme de Hammett, un des rares en France à donner la parole à la classe ouvrière. Et à le faire avec émotion, vérité, mais sans angélisme ni manichéisme. Tous les personnages du roman sont des victimes. Victimes d’un système prêt à empoisonner ses enfants (ou plus exactement, les enfants des autres), pour générer toujours plus de profits. Mais on peut être une victime et un salaud. On peut être victime et dans une certaine mesure complice du bourreau. Alors, comme dans tous les groupes humains, chez ces victimes il y a des cons, des dignes, des courageux, des enfoirés, des lâches et des personnes admirables. Ils sont tous complexes, humains, vrais.

Dans ce roman il y a de l’émotion sans pathos, de l’émotion non pas pour remplacer le raisonnement comme sur TF1, mais au contraire de l’émotion qui donne à réfléchir. La gorge serrée qui force à se poser des questions. Il y a de la colère et de l’indignation aussi, mais sans jamais tomber dans le trac simpliste.

La construction à deux voix qui, petit à petit, fait monter le suspense est absolument limpide. Les deux voix sonnent juste. Celle de l’ouvrier de 40 ans, et celles de la jeune fille de 18 ans. Pas une fausse note. Parce que l’écriture est totalement maîtrisée, d’une simplicité et d’une évidence qui sont l’apanage de ceux qui ont parfaitement trouvé leur voix et n’ont plus besoin de rechercher l’effet.

Tout cela est bien entendu le fruit du travail, mais aussi celui de la maturation, de la fermentation. Comme l’a révélé la rencontre de samedi avec ses lecteurs à Ombres Blanches, il y a dans ce roman des phrases qu’il a entendues chez lui, des personnes qu’il a rencontrées, des moments qu’il a vécus. C’est pour cela que cela sonne si vrai, que cela touche autant. Sans pour autant jamais donner l’impression qu’il se raconte.

Voilà, maintenant lâchez votre ordinateur, allez vous procurer ce roman, et lisez-le. Vous le refermerez révolté, bouleversé et pourtant, paradoxalement, apaisé.

Si je vous ai trompé, vous aurez le droit de venir vous plaindre.

Pascal Dessaint / Les derniers jours d’un homme, Rivages (2010).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 21:06

Avant de revenir sur le magnifique roman de Pascal Dessaint (je sais je l’ai déjà dit, mais j’insiste), une petite gâterie que je me suis faite lors du vol de retour Buenos Aires / Madrid. Que lire quand on est mal assis, dans un environnement bruyant, fatigué … Il faut du bon, qui coule de source, qui permet de s’évader. Exemple :

« Chacun aime passer son samedi à sa manière.

Meyer et Hawes allèrent à un récital de poésie, Carella reçut un coup sur la tête et Bert Kling se fit corriger.

C’était un agréable samedi. »

McBain 4Et oui, vous aurez forcément reconnu les personnages, la plume et l’humour du monumental Ed McBain et de ses incontournables flics du 87° district.

Un vrai plaisir, un bonbon acidulé, un blanc bien frais, un rouge gouleyant avec meurtre et péripéties. Bref de quoi faire passer en un clin d’œil, sourire aux lèvres ce qui aurait pu être un abominable et interminable pensum.

Rien de bien particulier dans ces deux titres (Mort d’un tatoué et En pièces détachées). On retrouve des personnages qui sont devenus de vrais amis, l’humour, le sens du dialogue, les interrogatoires d’école, la fluidité du style, la construction impeccable, la description de New York, en toutes saisons, dans toutes ses composantes sociales … Bref deux 87° districts « classiques », et à ce titre, deux romans indispensables dans la bibliothèque de tout amateur de polar.

Deux romans que l’on referme sourire aux lèvres, en se disant que ça parait si évident, à la lecture, d’être écrivain ! Deux romans que devraient lire tous ceux qui envisagent, un jour, d’écrire des polars mettant en scène des flics … Quitte à en être découragé à jamais.

Comment ? de quoi ils causent ?

Dans le premier Steve Carella et ses collègues doivent trouver qui a bien pu éparpiller à la chevrotine un couple en apparence modèle. Dans le second, plus ludique, ceux du 87° participent à une course au trésor pour retrouver les huit pièces d’un puzzle qui indique où se trouve le magot volé dans une banque. Un course au trésor avec élimination directe et définitive des perdants, bien entendu.

C’est millimétré, c’est évident, c’est un régal.

Ed MacBain / Mort d’un tatoué  (Shotgun, 1969), Traduit de l’américain par Alain Chataignier. En pièces détachées (Jigsaw, 1970), Traduit de l’américain par Anne-Judith Descombey. Dans l’Omnibus n°4.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands classiques
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