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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 14:45

EllroyC’est l’histoire d’un braquage.

C’est l’histoire d’un lot d’émeraudes.

C’est l’histoire d’un gamin qui cherche sa mère.

C’est une histoire de rédemption.

C’est une histoire de mafia.

C’est une histoire de manipulations.

C’est l’histoire d’une vengeance.

C’est une histoire d’amour.

C’est une histoire de corruption et de magouilles.

C’est l’histoire d’une Rouge.

C’est une histoire de flics ripoux, de privés, de barbouzes et de truands.

C’est une histoire de folie.

C’est l’histoire de l’Amérique, d’Haïti et de la République Dominicaine entre 1968 et 1972.

C’est une histoire de sexe, de film porno et de meurtres.

C’est une histoire de femmes fortes et d’hommes qui doutent.

C’est une histoire de transe, de vaudou et de drogues.

C’est l’histoire de la fin du règne de Hoover, patron du FBI.

C’est l’histoire de l’élection de Nixon et de son premier mandat.

C’est tout ça, et c’est beaucoup plus que ça.

Le prologue, qui décrit le braquage, vaut à lui seul l’achat du bouquin. Les 840 pages qui suivent sont à l’avenant. Un conseil : évitez d’attaquer ce pavé si vous n’avez pas un minimum de temps à lui consacrer, au moins au début : Ca commence fort, il y a beaucoup de personnages, c’est dense, et il faut un peu s’accrocher au début. Après, on est emporté par le flot furieux.

 

Difficile d’écrire un papier structuré sur ce monument.

Stylistiquement et rythmiquement c’est impressionnant. Ellroy réussit, littéralement, à « manipuler » votre rythme respiratoire. J’ai eu une sensation d’essoufflement, j’ai eu l’impression d’étouffer, de suffoquer comme le personnage, j’ai eu le sentiment d’urgence qui pousse à lire, de plus en plus vite, à trébucher sur les mots, au diapason avec un personnage qui court contre le temps et la mort. Il « manipule » aussi votre cerveau, vous met, littéralement encore, à l’intérieur de la tête de ses personnages, vous fait suivre leur raisonnement, dans sa logique mais aussi dans ses sauts brusques, dans ses intuitions brutales.

Stylistiquement encore il épouse les délires verbaux de racistes effroyables, pour passer ensuite à l’argot de truands boirs, passe de la sécheresse d’un télex entre barbouzes à un article de journal, puis à la subjectivité d’un journal intime … Et tous sonnent vrais.

Impressionnant. Je ne lis pas Ellroy dans le texte, mais il faut souligner la qualité du travail de Jean-Paul Gratias son traducteur.

Et quels personnages ! Avec, en particulier, trois femmes extraordinaires (je vous les laisse découvrir) et toute la galerie ellroyienne, du flic ripoux et brutal aux privés fouille-merde spécialisés dans les divorces et autres coucheries, des tueurs sans pitié (dont un certain Jean-Philippe Mesplède) aux abrutis haineux d’extrême droite … Tous ces personnages auxquels il sait si bien donner chair et consistance. Pas de chevalier blanc, bien entendu, seulement quelques vrais pourris, et des « gris », avec leurs forces, leurs faiblesses, leur lot de saloperies, et la possibilité, toujours offerte de changer … souvent à cause d’une femme.

Et quelle maestria dans la maîtrise d’une intrigue d’une grande complexité, qui disparaît, semble oubliée, pour ressurgir au moment où on ne l’attend plus, et finir par donner un ensemble totalement cohérent, malgré les mille tours et détours de l’histoire.

Enfin, quel tableau de l’Amérique de ces années 68 / 72 ! Politique intérieure, politique extérieure, mafia, crime, mouvements sociaux, soutien aux pires dictatures dans les caraïbes, écrasement des mouvements pour les droits civiques, évolution lente des mentalités … Tout, tout est dit, et de quelle manière. Point besoin, après ça, d’aller consulter les livres d’histoire.

Un dernier point. Je sais bien qu’il ne faut pas essayer de faire dire aux romans et aux romanciers ce qu’on a envie d’entendre. Et je sais également qu’Ellroy a commencé à travailler sur sa trilogie il y a bien longtemps. N’empêche, cette phrase, que j’ai déjà citée hier :

« Les raids anti-Rouges. Les libertés individuelles suspendues, abrogées, écrasées, prohibées, supprimées. Les droits du Premier  amendement conchiés. Rafles politiquement motivées, emprisonnements sous de faux prétextes, expulsions selon le bon vouloir des autorités. Simultanément, résurgence des groupes anti-immigrants et du Klan. John Edgar Hoover mesura la force de la peur et l’exploita. »

résonne étrangement aujourd’hui non ?

On peut imaginer que ce n’est pas voulu …Quoique j’ai un peu de mal à imaginer qu’un écrivain aussi éblouissant dans sa maîtrise de la langue et de la construction, puisse écrire, sans se rendre compte des étranges parallèles avec l’époque actuelle, une phrase qui semble coller aussi parfaitement à l’Amérique post 11 septembre.

James Ellroy / Underworld USA  (Blood’s a rover, 2009), Rivages/Thriller (2009), Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias.

PS. Je ne l’ai pas écrit, mais vous aurez compris qu’il faut lire Underworld USA

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 21:24

Exceptionnellement, je vais écrire deux billets sur un roman. Il se trouve aussi que c’est un roman exceptionnel. Il s’agit vous l’aurez deviné de Underworld USA de James Ellroy, l’événement de ce début d’année.

Un premier billet donc, pour planter le décor, suite demain, où je rentrerai dans le vif du sujet.

Avant toute chose, un petit résumé de mes « relations mouvementées » avec cet auteur, ou plutôt avec ses livres. Je suis tombé dans le polar avec Rivages, et deux auteurs, très différents, mais très talentueux Tony Hillerman et sa série navajo, et James Ellroy et Brown’s Requiem. Vous imaginez bien le choc. Choc qui ne s’est pas démenti avec la trilogie Lloyd Hopkins, et les premiers du Quatuor de LA.

Puis vint White Jazz, son parti pris stylistique, son écriture très scandée … J’ai eu beaucoup de mal à le terminer, en ai gardé une assez mauvaise impression. Et donc, honte à moi, je n’ai lu ni American tabloid, ni American Death Trip. Et là, je prends Underworld USA de plein fouet, après quelques années de sevrage ! C’est la gifle, l’ouragan dévastateur. Je n’ai pas encore terminé (mais presque), mais je sais une chose, je vais lire les deux premiers, dès que je trouve un peu de temps. Comme l’a fait avec une conscience professionnelle digne d’éloges l’ami Jeanjean.

Revenons à mon titre un rien provocateur. Ellroy facho, réac, raciste, misogyne, homophobe, crypto-facho … Le pauvre s’est vu affublé de tous les noms d’oiseaux. Je dis le pauvre, mais il y a bien contribué. Parce qu’en plus d’être un immense écrivain, c’est un vrai cabot, un showman et un provocateur né. Alors il en rajoute, fait son numéro de gros con réac dès qu’un journaliste pointe son nez. Et comme le journaliste en question, souvent (ou au moins parfois), ne lit pas ses bouquins, il en reste au personnage du clown, et voilà Ellroy étiqueté.

Pourtant … Pourtant. Ses flics sont réacs, racistes, phallocrates, homophobes … Ils sont surtout créés par un écrivain immensément talentueux, qui leur donne une vie, une réalité hors norme. Mais cela veut-il dire qu’il partage leurs valeurs ? Le raccourci est un peu rapide. Dès Brown’s Requiem, on a un personnage d’extrême droite qui n’est pas spécialement décrit comme un « héros ». Bien au contraire. La description de la corruption et de la violence de la police dans le quatuor de LA est sans pitié. Alors Ellroy facho ?

Les journalistes américains ont découvert avec stupéfaction à la sortie du dernier bouquin que le bonhomme était, peut-être, un peu plus complexe qu’ils ne le pensaient. J’en avais déjà parlé il y a quelques temps, à la suite d’un papier de Sarah Weinman. Je cite de nouveau :

« And here's the biggest revelation of all: prepare to forget everything you think you know about James Ellroy's politics. Those ugly facets of the macho persona he writes so well -- the racism, misogyny and homophobia -- might well have led you to believe Ellroy is so right-wing he makes George W. Bush look like a pinko. And that's apparently what he wants us to think; he wilfully plays up to that reputation, describing his own views on his Facebook page as "reactionary". But if a novel can give an insight into a writer's true nature, then BLOOD'S A ROVER belies that public image. In these pages, Ellroy mercilessly examines the cost of fascism to man and society. ».

Sans en dire d’avantage sur le roman (j’y reviens demain), je peux vous dire que ceux qui prennent encore Ellroy pour un affreux d’extrême droite machiste vont avoir un choc ! Sachez seulement que le personnage central de ce dernier roman est une femme,  juive et communiste !

Et voici ce qu’on peut lire : « Les raids anti-Rouges. Les libertés individuelles suspendues, abrogées, écrasées, prohibées, supprimées. Les droits du Premier  amendement conchiés. Rafles politiquement motivées, emprisonnements sous de faux prétextes, expulsions selon le bon vouloir des autorités. Simultanément, résurgence des groupes anti-immigrants et du Klan. John Edgar Hoover mesura la force de la peur et l’exploita. »

Alors, Ellroy Coco ? Ce serait aussi stupide, bien entendu, que d’avoir prétendu, avant, qu’il était facho. Ellroy immense écrivain ? Sans le moindre doute. A demain.

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 23:25

Pour patienter, deux liens intéressants :

Sur le blog des éditions Métailié un texte de Giancarlo De Cataldo.

Sur le site de Télérama une nouvelle de DOA qui vous souhaite la bonne année … à sa façon.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 21:43

Le numéro TOP 100 de la revue 813 sera beau. Je le sais, j’en ai lu les deux tiers. En plus d’être beau, il m’a « obligé » pendant ces vacances, à relire un roman qui m’avait marqué à l’époque, à savoir Lune d’écarlate de l’argentin Rolo Diez.

Revenons un instant sur l’auteur et son œuvre. Rolo Diez est donc argentin, et militait activement dans des groupes d’extrême gauche en 1976 quand la sinistre bande de l’affreux Videla prend le pouvoir en Argentine. En résulte une guerre sale sanglante qui fera environ (environ car on n’a aucun chiffre précis), 30 000 victimes, tués et disparus, sans compter des milliers de torturés, des gamins volés à leurs familles etc …

Ernesto Mallo le raconte dans le très beau L’aiguille dans la botte de foin.

Pour sauver sa peau, Rolo Diez émigra en Europe avant de s’installer au Mexique. On trouve dans son œuvre deux romans argentins, qui racontent eux aussi la période de la répression de la junte, Vladimir Illitch contre les uniformes, et Le pas du tigre ; romans durs, sans concessions, mais romans qui savent aussi décrire la solidarité, la lutte, et qu’éclaire un humour absurde. Puis des romans mexicains. Et parmi ces romans mexicains, en général sombres mais non dépourvus d’humour, il y a Lune d’écarlate.

Depuis sa naissance Scarlett sait qu’elle sera princesse. Sa mère n’a certes pas pu l’envoyer dans une école Diezprivée prestigieuse de Mexico, mais elle a tout fait pour lui donner l’éducation qui fera d’elle la nouvelle Grace Kelly. Scarlett, comme sa mère, lit Life  et autres magasines consacrés aux princes, actrices et autres mannequins. Mais Scarlett a beau être belle, élégante, raffinée, éblouissante … à vingt-cinq ans elle travaille dans une agence de voyage. Et elle a beau ne pas dédaigner se servir de sa plastique parfaite, aucune de ses conquêtes, poète toujours à la porte du succès, patron de son agence, député ou même son ex mari avocat, ne la sort du bas de la classe moyenne mexicaine.

Julio César est un petit truand, tour à tour voleur, clodo sous les ponts, indic, vendeur d’objet de pacotilles, tueur … Il passe d’un gourbi à une prison, pour finir enrôlé par une sorte de milice plus ou moins officielle où il va pouvoir laisser libre cours à sa rage et à sa frustration.

Rien ne semble prédestiner Scarlett et Julio à se rencontrer, et pourtant …

Rolo Diez écrit là son roman le plus désespéré. Contrairement à ce que l’on trouve dans ses autres polars, ici, point d’échappée, point de salut, tout est foutu.

Car, en ce début des années 90, c’est la victoire sans appel du libéralisme et de la société de consommation épaulée par des média sans âme ni morale. Pas de solidarité, aucune dynamique de groupe, uniquement des gens hypnotisés par le luxe tapageur vendu par les magasines et convaincus qu’en ce bas monde, c’est chacun pour soi, tout se vende, tout s’achète. On n’existe que par ce que l’on possède. Même l’amour, ou plutôt le sexe, n’est vu que comme une monnaie d’échange, un moyen d’arriver ou de soumettre.

Les personnages sont au mieux pathétiques, comme la pauvre Scarlett, souvent effrayants dans leur égoïsme et leur aveuglement comme sa mère Concepcion, prête à tout écraser, à tout sacrifier pour modeler la vie de sa fille comme elle l’entend, ou comme Julio Cesar qui n’a aucun repère moral. Certains comme la vieille clocharde Œil du Diable sont carrément hallucinants (le chapitre qui décrit sa cohabitation avec Julio est particulièrement … éprouvant). Tous sont d’un vide effarant.

Le seul personnage échappant à cette logique est totalement secondaire, et mourra oublié de tous dans une guerre lointaine.

Un roman désespérant, et malheureusement visionnaire qui mérite bien de figurer dans ce TOP 100. En espérant qu’il soit réédité un jour.

Rolo Diez / Lune d’écarlate  (Luna des escarlata, 1994), Gallimard/La Noire (1998), Traduit de l’espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco.

PS. Si vous n’avez pas de mes nouvelles dans les prochains jours, ce n’est pas que je vous oublie, mais je suis plongé dans le pavé de Maître Ellroy.

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 17:57

Et hop, j’attaque l’année … Et en attendant le monstre dont tout le monde va parler (à juste titre), voilà une petite mise en bouche, courte, noire et sans sucre, pour paraphraser Emmanuelle Urien.

 

DemureCela faisait un bon moment que ce petit recueil s’était perdu sur ma table de chevet. Exactement le genre de bouquin qu’on se dit qu’on doit lire, qu’on range bien dans un coin, et qu’on oublie. Et là, comme je ne voulais pas attaquer le monument Ellroy tout de suite, j’ai ressorti La culotte de la mort de Jean-Paul Demure. De cet auteur j’avais beaucoup aimé Noir rivage, et surtout l’extraordinaire Fin de chasse. Je ne me doutais pas qu’il avait un tel talent de nouvelliste.

 

La culotte de la mort est composé de 16 nouvelles, très courtes (certaines n’excèdent pas 4 pages). Autant le dire tout de suite, ce recueil est absolument magnifique, un véritable collier de diamants noirs qui tous brillent d’une lumière fascinante et vénéneuse.

 

Toutes les nouvelles démontrent un sens de la construction, du rythme et de la chute consommé. Certaines (peu) sont drôles, d’autres étonnantes, ou glaçantes. Elles mettent en scène l’impossibilité à communiquer, la curiosité morbide, le chagrin ou la bêtise crasse alliée à une bonne dose de méchanceté.

 

Les chutes, toutes les chutes, sont absolument éblouissantes. Elles vous laissent sonné, stupéfait, écœuré … Mais elles ne vous laissent jamais indifférents.

 

Comme dans les deux romans précédents, Jean-Paul Demure se montre ici aussi à l’aise pour décrire les habitants coincés d’un immeuble que les rougeauds partis pour la chasse. On assiste au fil des pages au monologue d’un humour noir délicieux d’un homme coincé dans un ascenseur en panne avec une jeune femme qui panique, à une partie de chasse particulière, à une vengeance éprouvante, à la chronique d’un lynchage annoncé, à la vie et la mort d’un ex de 68 qui n’a pas renoncé à ses idéaux etc …

 

Vraiment, si vous aimez les nouvelles, ne ratez pas ce recueil de très haute volée.

 

D’ici peu je vous parlerai d’un bouquin très noir que j’ai relu dans le cadre du numéro spécial TOP 100 de la revue 813, un roman de l’argentin Rolo Diez qui, hasard des lectures et relectures, devrait, si j’en crois l’ami Jeanjean, publier un nouveau roman chez Rivages cette année.

 

Jean-Paul Demure / La culotte de la mort, Rivages/Noir (2008).

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 16:03

C’est le dernier billet de l’année, pour vous souhaiter à tous une excellente année 2010. Une année où l’on peut souhaiter :

  • Plein d’excellents romans noirs pour les lecteurs.
  • Plein d’excellents lecteurs pour les auteurs, éditeurs et libraires.
  • Bonheur, amours, santé et cave pleine à tout le monde.

Mais aussi :

  • La disparition de la bourse, des traders et des fonds de pension.
  • La chute des émissions de CO2.
  • La nationalisation de tous les services publics (électricité, gaz, eau, santé, éducation, communication …).
  • La juste répartition des profits, obtenue grâce à l’autogestion des moyens de production et de distribution.
  • La suppression de toute forme de publicité.
  • La santé, l’éducation et la culture pour tous.
  • La suppression des émissions de téléréalité.
  • L’instauration d’un minimum d’un week-end sans télé par mois, pour laisser du temps pour lire, rêver, aimer, discuter, aller au cinéma, au spectacle, se promener, regarder les plantes pousser …
  • L’égalité homme/femme au boulot et à la maison.
  • L’école dans la joie pour les maîtres et les élèves.
  • Etc … J’en oublie forcément.

Je vous laisse, bises et à l’année prochaine.

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 15:52

Le dernier de l’année :

Pour commencer les classiques chercheurs zigounettes et pilou-pilou, avec

un mignon « le plus gros zizi male au cinema francais »,

une orthographe approximative « femmeenrutes » (sic),

un classique « tout histoire vraie des soeurs religieuse qui baisent »

un coloré  « pute bleue »

un à la fois géographique et énigmatique « figueras porn »

et un pas drôle du tout « image pornographique enfantin »

Et puis il y a le reste :

Les questions fondamentales « qui a inventer les volumes de l'eau » (sic)

Les questions angoissées : « suis-je un bon français »

Les recherches vouées à l’échec « vaincre l'alcoolisme avec la magie blanche » (je ne l’invente pas celle-là !)

L’élève glandu qui cherche son devoir tout fait, à moins que ce ne soit un auteur en panne d’inspiration « recit fantastique a faire peur de 6 pages qui est deja écrit »

 Et pour finir de façon poétique cette année 2009, celle-ci. J’avoue que bien que j’en comprenne parfaitement l’énoncé, je ne vois pas en quoi elle peut constituer une recherche Gougueuelle « ne pas chier par terre ».

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 00:15

Vous n’y échapperez pas, moi aussi je vais faire mon bilan 2009. Mon problème, ici comme au restaurant ou dans la cave des copains, c’est que j’ai beaucoup de mal à choisir ! En sortir 20, ça passe, 10, c’est dur, moins, c’est impossible ! Alors comment faire ? Comme je suis chez moi, je ne vais pas choisir, et je vais tricher en faisant un bilan complet.

Une très belle année, aussi bien pour les sorties des grosses pointures, que pour les confirmations et les excellentes surprises.

Côté grosses pointures, on a été servis :

Un pays à l’aube de Dennis Lehane,

Un jour en mai de George Pelecanos,

Traquer les ombres, le départ d’une nouvelle série de John Harvey,

L’emblème du croisé de James Lee Bruke,

A bout de course de Richard Stark,

Un roman de quartier de Francisco Gonzalez Ledesma

Chemin de croix de Ken Bruen

Et deux Andrea Camilleri ; Un été ardent et Le tailleur gris !

Rien que ça, et que voulez-vous sortir de là ?

Côté confirmation, dans lesquelles je mets pêle-mêle les auteurs qui commencent à faire parler d’eux, et les auteurs qui écrivent depuis un bon bout de temps mais qui n’ont pas encore le succès qu’ils méritent, et les auteurs que j’ai découvert tardivement on a :

La coulée de feu de Valerio Evangelisti

Lune captive dans un œil mort de Pascal Garnier

186 vers les nuages de Joseph Bialot

Le serpent aux mille coupures de DOA

Le passé est une terre étrangère de Giancarlo Carofiglio

Anesthêsia d’Antoine Chainas

Iode de Juan Hernandez Luna

Les cœurs déchiquetés d’Hervé Le Corre

En harmonie de Jérôme Leroy

Bangkok psycho de John Burdett

Cocktail molotov de Jean-Paul Nozière

Retour de flammes d’Adrian McKinty

Père de sang de Peter Craig

Le jour viendra de Fabienne Ferrère

Mad dogs de James Grady

Dans les limbes de Jack O’Connell

Kadogos de Christian Roux

Souvenez-vous de moi de Richard Price

L’hiver de Frankie Machine de Don Winslow

Et enfin les révélations, que ce soit leur premier roman (traduit ou publié), ou le premier que je découvrais, ou leur premier abouti …

Peindre en noir de Russell James

Citizen Vince de Jess Walter

Quand je serai roi d’Enrique Serna

Le testament syriaque de Barouk Salamé

Rendez-vous au dix avril de Benoit Séverac

La loi de l’ouest de Sébastien Rutés

Aller simple de Carlos Salem

Quand tout se fait la malle de Mike Hodges

Little Bird de Craig Johnson

Poussière tu seras de Sam Millar

Le cœur des paumés de Gene Kerrigan

La vieille dame qui ne voulait pas mourir avant de l’avoir fait de Margot Marguerite

Comme dans un rêve de Leif Persson

L’aiguille dans la botte de foin d’Ernesto Mallo

Dernières nouvelles de Noela Duarte de Fajardo, Ovejero et Sarabia

La peste à Breslau de Marek Krajewski

Et s’il faut vraiment n’en garder que 10, cela me fend le cœur mais voilà ce que je mettrais en avant :

Dennis Lehane, Carlos Salem, Ernesto Mallo, Hervé Le Corre, Craig Johnson, John Burdett, Jack O’Connell, Christian Roux, Benoit Séverac et Francisco Gonzalez Ledesma.

Et si j’ai droit à 10 de plus, et après j’arrête :

George Pelecanos, Ken Bruen, Pascal Garnier, Antoine Chainas, Andrea Camilleri, James Lee Burke, Sébastien Rutés, John Harvey et James Grady.

Sans oublier tout de même que, hors polar, on a eu cette année deux romans historiques d’exception écrits par des auteurs de polar, à savoir La religion de Tim Willocks et Manituana des Wu Ming, un grand roman de SF avec Il est parmi nous de Norman Spinrad, de quoi se bidonner intelligemment avec D’amour et de sang frais de Christopher Moore et deux Terry Pratchett (L’hiverrier et Monnayé) et une très bonne fantazy de Pierre Pevel, L’alchimiste des ombres.

Et également une excellente année BD avec le Sandokan d’Hugo Pratt, un nouveau Enki Bilal avec Animal’z, trois adaptations réussies dans la collections Rivages/Casterman, à savoir Trouille de Marc Behm, Coronado de Dennis Lehane et Brouillard sur le pont de Bihac de Jean-Hugues Oppel, et tout dernièrement, La vierge froide et autres racontars, délicieuse adaptation des nouvelles de Jørn Riel et surtout le monumental Blast de Manu Larcenet.

Voilà, c’était un peu long, mais il faut dire que l’année a été excellente. Et je ne parle que de ce que j’ai lu. Voyons ce que 2010 nous prépare …

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 23:26

C’est en parcourant les rayons d’une librairie que j’ai repéré ce bouquin. Comment ? Un polar péruvien ? Je ne vais pas manquer ça. Puis, le temps passait, et je ne trouvais jamais le moment de lire Avril rouge de Santiago Roncagliolo. Heureusement, dans le calme qui précède la tempête de janvier, j’ai enfin trouvé le temps. Bien m’en a pris.


Felix Chacaltana Saldívar est le substitut du procureur d’Ayacucho au Pérou. Son grand plaisir et sa fierté : Roncagliolorédiger clairement et proprement les rapports qui lui incombent. Et des notes de services pour demander une nouvelle machine à écrire, ou informer les autorités d’un disfonctionnement dans la communication inter-services.


Mais ce jour là, il a beau être tout à fait satisfait de sa prose, il reste troublé. C’est qu’il n’a pas l’habitude, dans ses fonctions, d’être confronté à un cadavre démembré et partiellement rôti. L’affaire est d’autant plus mal venue que la semaine sainte approche à grands pas, avec ses hordes de touristes venus du monde entier, et qu’il n’y a pas si longtemps Ayacucho était le théâtre des affrontements les plus violents entre l’armée et le Sentier Lumineux.


Quand d’autres cadavres apparaissent, Felix tente de prendre les choses en main. Mais d’une part il n’a jamais mené une enquête, d’autre part ni la police ni l’armée (toute puissante dans ce coin) ne semblent pressées de faire la lumière sur ces morts. Alors ? Retour du Sentier ? Œuvre d’un fou ? Felix va, peu à peu, s’apercevoir qu’en revenant à Ayacucho, il est revenu en Enfer.


Un grand roman, tout simplement. On commence par sourire, malgré les découvertes macabres. C’est qu’il est tellement ridicule Felix, raide comme un piquet, enfermé dans ses règlements et ses rapports, voulant toujours tout faire dans le règles, les rappelant à des personnes qui ont droit de vie et de mort sur lui, de façon totalement inconsciente, parce qu’il ne lui viendrait pas à l’idée qu’un représentant de l’état puisse ne pas agir conformément aux lois. Content dès qu’on respecte les règles.

 

Puis le sourire se crispe. Parce ce que Felix est rigide, maladivement honnête, mais pas idiot. Alors petit à petit il comprend, voit la réalité et se fissure. Au moment où le lecteur commence à passer de la moquerie à un mélange de respect et de pitié, son monde s’écroule, mais en même temps lui montre que, lui aussi, pourrait enfreindre les règles. Et Felix, finalement, n’est pas un enfant de cœur, et au moment où on pourrait l’aimer il commence à faire peur …

 

Parallèlement c’est toute l’horreur de l’affrontement entre une des guérilla les plus violentes des années 90 et une armée qui a tous les pouvoirs et arrête, torture, viole et tue en toute impunité qui apparaît, en même temps que Felix se rapproche de la vérité. Quant aux victimes, paysans pauvres et incultes, parlant à peine espagnol, ils sont de toute façon condamnés, considérés comme des terroristes par les militaires et comme des traites par les guérilleros.

 

Autant dire qu’à la fin de ce roman éprouvant, on ne sourit plus du tout …

 

L’écriture est à la hauteur du propos. Capable d’alterner entre le ridicule d’un rapport ampoulé, le flot délirant d’une folie grandissante, ou la narration classique. Une bien belle découverte, qui donne envie de chercher si cet auteur a d’autres romans de cet acabit traduits en français.

 

Santiago Roncagliolo / Avril rouge (Abril rojo, 2006), Points/Policier (2009), traduit de l’espagnol (Pérou) par Gabriel Iaculli.

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 21:40

C’est très certainement la dernière grosse gifle de l’année (c’est vrai qu’il reste peu de temps). C’est aussi la BD qui m’a le plus remué depuis … Maus.

Manu Larcenet avait déjà fait fort avec son Combat Ordinaire, chronique d’une vie qui touchait droit au cœur et aux tripes. Ce n’est rien par rapport à ce premier volume de Blast, son nouveau projet, qui le voit passer encore un cran.

Larcenet BlastPolza Mancini, 38 ans, obèse. Il a été arrêté, pour ce qu’il a fait à Carole. Les deux flics ont l’air de savoir, mais ils veulent comprendre. Et pour cela, il va falloir qu’ils acceptent le rythme de Polza. Qui va leur raconter son histoire, depuis le début, quand à la mort de son père, il décide de partir, de vivre seul, clochard dans la forêt …

Blast est une énorme gifle. Chaque planche, chaque case touche direct au tripes. Un noir et blanc, ou plutôt un gris magistral, qui vous laisse en arrêt devant de nombreuses planches. L’histoire ? Du noir pur. Si le polar est le roman de la rupture, aucune BD n’est plus polar que celle là. On sent le déchirement de Polza, on suffoque avec lui, on transpire avec lui, et surtout, on sombre avec lui.

Les flics, en face, sont totalement débordés par cette masse pensante, qui les dégoute, les effraie sans doute un peu, et les met (et nous avec) face à leurs contradictions, à leur regard sur les humains, face même à ce qui fait notre humanité.

Les dialogues sont aussi puissants que les dessins, ce qui n’est pas peu dire. Tout fait mouche. Un gros plan impressionnant sur les yeux de Polza, ses visions, une double planche éblouissante de beauté sur l’envol d’un héron. La mise case montre le personnage tour à tour emplissant totalement le cadre, au risque de le faire exploser, ou au contraire tout petit, écrasé à son tour par la forêt ou par ses visions.

Tout est magistral, époustouflant dans cette BD qui se conclue, provisoirement (car on ne fait que commencer l’histoire de Polza) sur cette phrase, jetée aux deux flics : « La vérité est plus facile à dire qu’à entendre ».

Pour vous faire une petite idée, vous pouvez aller voir la bande annonce sur le site de Manu Larcenet. Et s’il y a une BD à acheter cette année, pas de doute, c’est celle-là.

Manu Larcenet / Blast, TI, Grasse carcasse, Dargaud (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans BD
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  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
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