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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 11:34

Vous connaissez tous, bien entendu, les délicieux racontars de Jørn Riel. Mads Madsen, William le Noir, Lasselille, Herbert et Le Comte sont quelque part dans votre caboche, en train de boire un canon aux côtés d’Harry Bosch, Sughrue, D’Artagnan, Aureliano Buendia, Dalva, Pepe Carvalho, Mario Conde, Nick Stefanos, Angela Genaro et bien d’autres …

RielDu moins j’espère. Si par le plus grand des hasards, vous ne les connaissiez pas, je vous fais, là, gratuitement, le plus beau des cadeaux de Noël : ruez–vous dans une librairie ouverte, et achetez tous les bouquins de Jørn Riel qui s’intitulent Blablabla et autres racontars. Vous me remercierez.

Tous ceux, nombreux, qui connaissent, ont bien entendu imaginé cette bande d’énergumènes. Ils vont pouvoir maintenant vérifier si  La vierge froide et autres racontars adaptée par Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle correspond à leurs attentes. Pour ma part j’ai été comblé.

J’ai retrouvé intacts le plaisir de lecture, l’impression de dépaysement rafraîchissant (sans jeu de mots), la poésie des nouvelles. J’ai retrouvé ce mélange unique de légèreté joyeuse associée à un fond qui peut être très sombre et extrêmement dur. J’ai retrouvé cette jubilation qu’il y a à écouter des cinglés expliquer avec beaucoup d’humanité, de naturel et de tendresse comment et pourquoi ils ont dézingué un casse-bonbons.

Et Hervé Tanquerelle leur a dessiné des trognes absolument géniales. Alors certes, le découpage, la mise en page ne révolutionnent pas la BD. Mais les récits de Riel ne révolutionnent pas non plus la littérature. Mais quel plaisir ! Un plaisir d’autant plus fort que je ne pensais pas le retrouver, maintenant que l’affreux Riel a osé mettre fin à ses racontars en fermant les concessions de chasse de la côte est du Groenland !

Quoique je me sois laissé dire qu’on vient de traduire le tout dernier volume …

Bref, ne ratez pas cette BD. Il est encore temps de vous faire un très joli cadeau.

Jørn Riel, Gwen de Bonneval (adaptation) et Hervé Tanquerelle (dessin) / La vierge froide et autres racontars, Sarbacane (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans BD
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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 12:02

Chose promise, chose due, voilà, avec un certain retard, Souvenez-vous de moi de Richard Price.

 

PriceNew York. Eric Cash avait des ambitions artistiques. En attendant qu’elles se concrétisent, il gère un restaurant dans le Lower East Side. Ce soir là il part faire une virée avec deux compagnons de beuverie, acteurs frustrés eux aussi.

Little Dab et Tristan végètent dans leur cité, en bordure du Lower East Side. Aucun avenir, aucun espoir, sinon celui de gagner rapidement de l’argent en dépouillant quelqu’un et en se lançant dans le trafic de drogue. Ce soir là, ils partent en chasse.

 

Matty Clark est flic, dans le Lower East Side. Le soir il arrondit ses fins de mois en assurant la sécurité d’un bar. Il a complètement perdu le contact avec son ex et ses deux fils. Il est cinq heures, il rentre chez lui, quand il est appelé : Un jeune homme, blanc, qui rentrait après une soirée trop arrosée a été abattu par un jeune, noir ou latino, qui a pris la fuite avec son complice …

 

Je ne suis pas le premier, loin de là, à dire du bien de ce dernier roman de Richard Price. J’ai lu, ça et là de nombreuses références à Pelecanos. Pour ma part, c’est plutôt à Ed McBain qu’il m’a fait penser. Essentiellement par sa façon de manier les dialogues, et plus particulièrement les interrogatoires. Mais trêve de comparaison, revenons à nos moutons.

 

Richard Price s’intéresse aux gens ordinaires : flics de quartier, gérant et serveurs de restau, gamins des cités, immigrés asiatiques surexploités … Il leur donne la parole à tous. C’est au travers de ses dialogues extraordinaires qu’on les découvre, les uns et les autres, et que l’intrigue avance. Des dialogues qui plongent le lecteur dans leur quotidien, lui fait partager leurs problèmes, leurs espoirs, leurs peines … Et surtout la difficulté qu’ils ont à communiquer.

 

Car c’est le tour de force de ce roman d’avancer à coups de dialogues pour mettre, finalement, en avant l’incapacité à communiquer de différents groupes qui se côtoient sans se comprendre. C’est à travers les dialogues que l’on perçoit ces différents groupes, qu’on sent à quel point chacun est renfermé sur lui-même. C’est à travers ces dialogues que les différents personnages se parlent tant, pour se comprendre si peu. Même (et surtout ?) à l’intérieur d’une même famille.

 

Le constat de Richard Price est rude, on parle de plus en plus de communication, les media sont partout, tout le monde sait tout sur tous, et on ne s’est jamais aussi mal compris et connus.

 

A lire et à méditer.

 

A signaler enfin : Le roman démarre de façon magistrale en suivant une ronde de quatre flics de la brigade « Qualité de vie » ! Dès ce premier chapitre, tout est dit, et de quelle façon.

 

Richard Price / Souvenez-vous de moi (Lush life, 2008), Presses de la cité (2009), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

 

PS. J’ai cherché un moment pourquoi le titre anglais, Lush Life me disait quelque chose. C’est une composition de Billy Strayhorn (bras droit d'Ellington)  jouée, entre autres, par l'incontournable John Coltrane a enregistré une version.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars américains
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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 01:23

Désolé pour ceux qui attendent avec impatience la note sur l’excellent Richard Price, que je lis avec un retard certain, mais le blog se met en pause, juste quelques jours.

Je reviens bien vite pour les dernières chroniques de l’année, et pour la liste rituelle des bonnes lectures de 2009.

A très bientôt.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 15:23

Pour le défi polars cinq continents je comptais parler un auteur un peu oublié, qui m’avais enchanté quand je l’avais découvert, à savoir Arthur Upfield, créateur, avec son privé métis, du polar ethnique, grand inspirateur de Tony Hillerman. Et puis, finalement, plusieurs participants en ont causé, et je vais donc revenir sur un polar néo-zélandais passé injustement inaperçu lors de sa sortie il y a maintenant trois ans.

 

« C'est au cours de la même semaine que nos poules furent volées et que Daphné Moran eut la gorge Morriesontranchée. » Beau début non ? C’est ainsi que commence L’épouvantail de Ronald Hugh Morrieson.

 

Ned Poindexter est ado à Klynham, petite bourgade rurale en Nouvelle-Zélande. Sa famille n’est pas franchement un modèle, entre un oncle qui s’évertue à ne jamais rien faire, un frère spécialiste de billard, et un père qui tente de faire des affaires dans la brocante au volant d’une épave. Heureusement il y a Prudence, sa sœur aînée, la plus jolie fille de la ville, et son pote Les Wilson avec qui il fait les 400 coups. La vie s’écoule, avec ses hauts et ses bas, mais une ombre plane sur Klynham depuis que Salter, magicien itinérant, épouvantail immense et famélique au regard inquiétant est arrivé en ville …

 

La postface de Jean-paul Gratias nous apprend que l’auteur a très peu écrit, et que ses romans, s’ils ont connu un vrai succès en Australie, n’ont été découvert en Nouvelle-Zélande qu’après sa mort. Grâce à Rivages, nous découvrons ce premier roman étonnant.

 

La trame policière est assez ténue, le drame et sa résolution intervenant tard dans le déroulement du roman. Cela n’empêche pas l’auteur de faire entendre une toute petite musique inquiétante, sournoise, qui vient, repart, se fait oublier pour resurgir au détour d’une phrase. Entre deux moments angoissants, le lecteur oublie presque la tension, pour se plonger avec délice dans cette chronique haute en couleur, jusqu’à ce que l’ombre du croquemitaine surgisse, avant de s’évanouir à nouveau.

 

L’auteur joue avec brio de ces ruptures de ton, passe de la drôlerie et de la truculence, à un climat onirique et horrifique pour le plus grand plaisir du lecteur qui jubile. Comme s’il l’on passait, sans s’en rendre compte, de Fantasia chez les ploucs à La nuit du chasseur et retour … Une très belle découverte.

 

Ronald Hugh Morrieson / L’épouvantail (The scarecrow, 1963), Rivages /Noir (2006), traduit de l’anglais (Nouvelle Zélande) par Jean-Paul Gratias.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars des antipodes
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 22:25

Je vous l’avais dit, je vous l’avais dit que ce serait une course fantastique. Et ça faisait vraiment trop longtemps que le Pitbull de l’UMP ne s’était pas fait entendre. Il devait bouillir, fumer, ronger son frein. Ben ça y est, il l’a déposé sa grosse bouse bien fumante. Volant au secours du Traître qui vient de faire expulser un petit charter d’afghans, Lefèbvre s’exprime.

J’ouvre les guillemets, avec des pincettes, selon l’expression consacrée : « Alors que de nombreux pays du monde, dont la France, sont engagés en Afghanistan, qui pourrait comprendre que des afghans dans la force de l’âge n’assument pas leur devoir, et échappent à la formation que, notamment les forces françaises, leur proposent pour défendre leur propre liberté dans leur pays? ». Voilà, la suite c’est là. Les toilettes pour vomir c’est au fond du couloir. Pour un autre éclairage, on peut toujours aller chez Jean-Pierre Martin.

Pour alimenter votre nausée, cette nouvelle qui me laisse sans voix : Brice Boutefeux, ex sémillant sinistre de la déportation, aujourd’hui ministre de la milice nationale a reçu, tenez-vous bien, un prix pour son action contre le racisme et l’antisémitisme.

Je sens bien que vous ne me croyez pas. Allez donc là (ce qui me permet, au passage, de vous recommander cet excellent site).

Ca m’a rappelé que notre Petit Nicolas National avait reçu un sous Nobel de la Paix pour son action pour la paix dans le monde. Distribué par la fondation Elie Wiesel.

Si on ajoute à cela les déclarations du clown bien connu Nadine Médrano, et la prestation musicalo-dansante de la quasi-totalité de nos ministres, on se dit … On se dit quoi d’ailleurs. A ce stade, je ne sais plus.

Sur Médrano justement, il y a de quoi lire Chez Jean-Pierre Martin et sur Article 11.

Heureusement, pour finir, l’omniprésent Jean-Pierre Martin répond enfin à une question qui nous angoisse tous : Peut-on moraliser le Capitalisme. La réponse est OUI.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 22:13

LedesmaDans un vieil immeuble promis à la démolition (spéculation oblige), les habitants de l’association du quartier découvrent le cadavre d’un homme abattu par un professionnel. Il s’avère que c’était un truand, connu des services de police pour avoir participé à un hold-up durant lequel un gamin de trois ans avait été tué. Le père du môme, qui travaille dans une société de sécurité privée, est soupçonné, mais laissé libre, pour servir de chèvre. En effet le complice du truand abattu est de retour à Barcelone. Il a prospéré depuis sa sortie de prison, et il risque de vouloir abattre le vengeur pour se protéger. C’est Mendez, le vieux serpent des rues populaires qui est en charge de l’enquête. Entre les trois hommes, la partie de cache-cache commence.

 

Qui pourrait imaginer, s’il ne le connaît pas, que Francisco Gonzalez Ledesma a plus de 80 ans, qu’il a survécu à l’arrivée des troupes franquistes à Barcelone, qu’il a subit les quarante années de dictature, qu’il a écrit plus de 500 pulps sous le pseudo de Silver Kane, qu’il a été avocat, journaliste, rédacteur en chef … ? Qui ? Personne à la lecture de Un roman de quartier. C’est un roman qui a l’enthousiasme, la verve et la verdeur d’un roman de jeune homme.

 

Mais c’est également un Mendez à 100 %.

 

100 % Barcelone bien entendu ; 100 % nostalgique des vieux quartiers populaires, des vieux bars, de l’animation des rues ; 100 % admiratif des femmes dont il dresse, une fois de plus de magnifiques portraits, de toutes les femmes, qui luttent avec dignité pour s’en sortir dans un monde qui, depuis toujours, les opprime ; 100 % tendre avec l’humanité souffrante.

 

Et toujours cette parole chaleureuse, drôle, cette humanité qui est celle de l’homme, éclatante, évidente quand on a la chance de le rencontrer, et qu’il sait si bien faire passer dans ses romans.

 

Encore plus étonnant, à côté de ces qualités que ses lecteurs connaissent et apprécient depuis longtemps maintenant, ce nouvel épisode de la saga Mendez fait preuve d’une vigueur étonnante : plus de scènes d’actions, des accélérations inattendues, des scènes de castagne inédites …

 

Non, Francisco Gonzalez Ledesma n’est plus un jeune homme, c’est un homme qui semble rajeunir d’année en année. Pourvu qu’il dure encore 100 ans. Aussi fringant qu'il y a quelques semaines, à Toulouse, en compagnie de son ami Claude Mesplède.

Ledesma 01

Francisco González Ledesma / Un roman de quartier (Una novela de barrio, 2008), L’Atalante (2009), traduit de l’espagnol par Christophe Josse.

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 23:42

C’est assez rare pour être signalé, la droite m’a fait rire deux fois ces jours-ci.

Tout d’abord, bien entendu, avec ce grand moment musical, qui montre que, non, il ne faut jamais penser que l’on a touché le fond. Avec nos ministres qui travaillent, et creusent, creusent, on peut toujours aller plus loin. Mais j’avoue que ce qui m’a fait le plus plaisir c’est l’air effaré de Luc Ferry découvrant le chef-d’œuvre.

A mon avis c’est pure jalousie, parce qu’il swingue moins que Darcos.

Bon et l’autre nouvelle qui me met en joie, c’est que le distingué cavaliere se soit fait casser la gueule ! Comprenons-nous bien, je suis contre la violence. Si le Berlu s’était fait descendre, je ne dis pas que j’aurais pleuré, ce serait exagéré, mais je n’aurais pas osé afficher ma joie ici (j’en aurais juste discuté avec les potes, quitte à ouvrir une bouteille en douce).

Mais là, franchement, on peut rigoler ouvertement non ? Il s’est juste fait mettre la tête au carré, et de belle façon visiblement.

Alors certes, je ne devrais pas, et il y en a sans doute parmi vous qui vont déplorer que je me réjouisse. Et c’est vrai que ce n’est pas bien. Mais franchement, vous, ça vous fait pleurer ?

… Oui, je sais bien ce que vous pensez, ce que nous sommes nombreux à penser … Mais non, je ne l’écrirai pas … Je me contenterai d’en rêver.

Je crois que je vais bien dormir cette nuit.

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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 00:05

Souvent on prend un poulpe pour se détendre, entre deux pavés bien denses. On ressent le besoin d’une lecture agréable et relativement facile. Comme une bière bien fraiche après une longue rando au soleil. Avec On ne badine pas avec les morts, de Laurence Biberfeld, c’est raté.

 

Karen a été retrouvée torturée et assassinée dans son petit appartement parisien. Et c’est maintenant son fils, Biberfeld poulpequatorze ans, accusé du meurtre, qui se pend dans sa cellule. Le poulpe ne croit pas un instant à cette version. Il a bien sûr raison. Le voilà donc parti sur les traces d’un drôle de journal, qui va le balader de Vienne à New York en passant par Tel Aviv, sur les traces de l’histoire du mouvement sioniste. Pendant ce temps, Pedro renoue avec son passé, Chéryl se rase la tête, et un mystérieux individu suit Gabriel partout pour lui casser la gueule …

 

C’est donc du sérieux ce poulpe. Multiplicité des personnages, densité des moments historiques évoqués, sérieux de la documentation … C’est un poulpe de haute densité, plutôt un calamar géant des profondeurs. Et qui demande donc un minimum de concentration. Ce qui n’empêche pas Laurence Biberfeld de pimenter son discours fort intéressant de quelques superbes dégustations de bières (ça donne soif), de scènes de tatanages réjouissantes, et d’un humour jouant très bien sur le comique de répétition.

 

On y apprend à apprécier le baume au camphre, on découvre de très nombreuses bières, on sourit souvent. Apprendre en s’amusant un bon programme non ?

 

Laurence Biberfeld / On ne badine pas avec les morts, Baleine/Poulpe (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:26

Un petit exercice auquel je ne m’essaierai pas : les dix polars de la décennie.

C’est Sarah Weinman qui s’y colle sur son blog. Je ne suis pas entièrement d’accord, forcément, mais sa liste est quand même intéressante.

Tout d’abord, on constate qu’aux US on lit des romans anglo-saxons. Avec juste la vague du froid qui envahie tout, même les US.

Les habitués de ce blog se doutent bien que je ne suis pas d’accord avec le choix de Larsson, mais que je pourrais partager celui d’Indridason.

Par contre, pas un seul latin (hispanophones, italiens ou français).

Chez les américains, il y en a que je ne connais pas, mais sinon, Lehane, Pelecanos, Woodrell ou La griffe du chien de Winslow, je ne peux qu’applaudir des deux mains.

David Peace, je ne suis pas fan, mais je comprends.

Donc finalement, je suis plutôt en ligne, avec les différences obligatoires dans ce genre d’exercice.

Quant à moi, j’ai déjà bien du mal à en choisir 10 pour l’année, alors pour la décennie !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 21:32

Vous qui êtes de fidèles lecteurs de ce blog vous connaissez déjà Moite von Lipwig, alias Albert Paillon. Mais si, souvenez-vous, c’est cet ancien escroc que le seigneur Vétérini avait obligé à devenir Directeur des Postes. C’était dans Timbré.

PratchettEt bien revoilà Moite. Et le problème est que notre ami s’emmerde. La poste tourne à plein régime, sans qu’il ait à faire un de ces numéros de funambule qui seuls semblent donner du sens à sa vie. Par chance, si l’on peut dire, la vieille propriétaire de la banque royale d’Ankh-Morpork arrive en fin de parcours, et tous ses héritiers potentiels sont idiots ou cupides ou méchants ; et souvent les trois à la fois. Vétérini décide alors que c’est un poste où Moite van Lipwig devrait faire merveille. Pour ce qui est de donner du piquant, il suffit de savoir qu’en mourant, la vieille va léguer ses 51 % de la banque à son chien (qui devient Président), et nommer Moite gardien du Président. Elle va également passer un contrat à la guilde des assassins : si son chéri canin meurt de mort non naturelle, il faut abattre Moite. Sachant que le chien-chien est le seul obstacle entre les héritiers et le magot, la vie de notre ami risque de devenir très, très intéressante …

C’est au tour de la finance de passer à la moulinette pratchienne. Autant dire qu’elle va en voir de toutes les couleurs, et que sous couvert de balancer des grosses blagues sur un monde qui, bien entendu, n’a rien à voir avec le nôtre on lit des choses du style :

« C’était effectivement ce qu’on appelait une « vieille fortune », donc une fortune acquise si loin dans le passé que les forfaits qui avaient au départ rempli les coffres étaient désormais historiquement hors sujet ».

Une petite restriction, l’intrigue est un peu moins réussie que d’habitude.

Reste … tout le reste justement. A commencer par la galerie de personnages parmi lesquels on peut citer, entre autres, la famille des banquiers (particulièrement gratinée), un golem qui découvre sa féminité en lisant des manuels de savoir vivre un rien désuets, un comptable, très très comptable etc … La faune pratchienne habituelle, si exotique, si farfelue et, en y réfléchissant un tout petit peu, si quotidienne.

L’humour à la fois décalé et très pertinent est là, bien sûr. Et puis cette impression délicieusement troublante que ce petit monde tellement loufoque, produit d’une imagination délirante est étonnamment proche du nôtre.

Petit bonus, pour nos gouvernant et autres mous du bulbe, au détour d’une blague, Terry Pratchett que décidément j’aime de plus en plus énonce une vérité première un peu oubliée : c’est le travail qui produit la richesse.

Non ? Si !

Terry Pratchett / Monnayé (Making money, 2007), L’Atalante (2009), traduit de l’anglais par Patrick Couton.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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