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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:48

Pour ceux qui habitent Toulouse ou la région, et qui ne savent pas quoi faire vendredi soir, j’ai un plan.

Vous pouvez venir voir votre chroniqueur préféré dans un autre registre : pianiste / chanteur dans un répertoire soul (Blues Brothers, Commitment’s etc …). Je serai avec les copains (trois chanteuses, un saxo, deux guitaristes, basse et batterie) au restau l’Escale Saint Martin.

On y mange fort bien. Vous pourrez donc nous écouter avant et après le repas, et si on a le temps on pourra discuter polar et/ou musique.

Pour tous renseignements sur le restau, il suffit d’aller sur leur site. Puis de réserver.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:38

Je sens que vous êtes impatients, que le suspense vous mine, que depuis que la course est lancée vous trépignez.

Je suis en mesure d’affirmer que c’est Christian Estrosi qui, sous prétexte d’aider chevaleresquement un de ses plus sérieux concurrents (à savoir Besson, l’homme à la tête d’étron), vient de passer nettement en tête.

Pour en savoir plus c’est là. Où on apprend :

1. Qu’il existe un machin (association, groupe, secte, église ?) qui s’appelle « Les amis de Christian Estrosi ».

2. Que s’il avait été là en 1939, grâce à son débat sur l’identité nationale, Eric Besson aurait évité la 2° guerre mondiale.

Cela soulève quelques questions :

1. Comment fait-on pour faire partie de la secte estrosienne ? Ca a l’air rigolo leurs réunions.

2. Christian Estrosi serait-il un dangereux gauchiste qui, mine de rien, vient de comparer le gouvernement auquel il appartient à celui qui dirigeait l’Allemagne en 39 ?

3. Quand on entend ce qu’on entend, est-ce vraiment le moment de supprimer l’histoire en terminale ?

4. Monsieur Estrosi est-il allé jusqu’en terminale ?

Pour ceux qui cherchent encore où Westlake avait trouvé ses habitués du « O.J. Bar and Grill », arrêtez de chercher, on les tient.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Mauvaise humeur
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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 21:40

Comme Jeanjean qui en parle très bien sur moisson noire, j’ai découvert Philippe Huet avec Bunker. L’ivresse des falaises révèle une autre facette de son talent : il est aussi à l’aise dans le court, que dans le long.

 

Un facteur ouvre certaines lettres, et finit par lire quelque chose qu’il préfèrerait ignorer. Un vieil homme emporte dans sa tombe un secret vieux de cinquante ans. Un représentant de commerce tombe désespérément amoureux. Un écrivain en manque d’inspiration accepte, un peu vite, d’aller s’isoler dans une vieille bâtisse. Un journaliste déprimé croise un peu trop souvent le chemin de futurs cadavres … Et quelques autres personnages. Tous se démènent en Normandie, à la ville ou à la campagne, à l’intérieur ou sur la côte touristique. Ils sont normands ou récemment arrivés. Ils ont tous en commun de prendre vie sous la plume de Philippe Huet.

 

Des nouvelles aussi diverses que les personnages et les lieux, allant du mini roman policier avec mystère, enquête et, parfois, résolution, à la chronique de village, en passant par celle d’une folie annoncée. Toutes sont impeccablement construites, avec un sens de la chute qui ne se dément jamais.

 

Chacun aura ses préférées. Pour ma part, celles qui me touchent le moins sont les enquêtes qui pour arriver à construire une bonne intrigue sont obligées de sacrifier l’épaisseur des personnages (difficile de tout faire en si peu de pages). Elles raviront les amateurs du genre. Tout comme seront enchantés les fans de Lupin, que l’auteur salue fort élégamment.

 

J’ai par contre un gros faible pour les autres, les très sombres, celles qui gravitent aux limites de la folie, de la rupture. Celles qui en quelques lignes disent un gros village qui se tait, qui mettent en scène une Normandie qui semble avoir peu changé depuis maître Maupassant. Philippe Huet n’est pas écrasé par cette référence, bien au contraire, il se pose grâce à ce recueil en digne héritier.

 

On peut faire pire non ?

 

Philippe Huet / L’ivresse des falaises, rivages noir  (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Nouvelles noires
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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 22:24

Deux textes à déguster :

Sur le site de Dominique Manotti, vous avez droit à une nouvelle, comme ça, gratuitement. Et c’est de la bonne.

Et sur le blog de Métailié, c’est un texte de Paco Ignacio Taibo II. Drôle, comme souvent avec Taibo.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars divers
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 22:55

Voilà, j’en ai touché deux mots à la fin de mon billet sur Carmelita, le roman suivant de Bernard Mathieu se passe au cœur de l’Afrique. J’avais terminé le roman précédent tellement enthousiaste qu’il me tardait de lire Du fond des temps. Impression mitigée, et, pour tout dire, je reste perplexe.

 

Hélène et Hailou se sont mariés en France puis ont décidé d’aller vivre en Ethiopie qu’Hailou avait fuit après quatre ans passées en prison en temps que prisonnier politique. Anthropologue, il espère voir ses capacités et ses diplômes reconnus par le nouveau pouvoir en place. Il n’en est rien. Le seul poste qu’on lui offre est un camouflet, qu’il est obligé d’accepter faute de mieux. On l’envoie dans la vallée de la Kibish, au sud du pays, pour négocier la paix entre des peuples de bergers qui se font la guerre depuis le fond des temps. Pendant qu’Hailou se débat vainement entre des chefs faussement naïfs qui le baladent, sa femme s’enfonce peu à peu dans un ennui et une apathie profonds. Jusqu’au drame.

 

Je suis donc perplexe à plus d’un titre.

 

Tout d’abord, que fait donc ce roman dans la série noire ? Ce n’est pas un thriller, ce n’est pas une fiction policière, ce n’est pas un roman noir … Ou je suis complètement passé à côté, ou Du fond des temps est, avant tout, un roman initiatique, doublé, éventuellement, d’une sorte de récit de voyage. Ceci dit, qu’il soit à la série noire ou ailleurs, qu’importe ?

 

Contrairement à ce qu’on pourrait croire au début, le personnage central n’est pas Hailou qui s’agite, souffre, tente, marche, palabre etc … Mais sa femme qui, pendant les deux tiers du roman subit, ne comprend rien, et surtout s’ennuie vertigineusement. Pourquoi pas.

 

Mon problème est que, d’une part, je n’ai pas vraiment compris pourquoi les deux personnages se retrouvent là (c’est expliqué bien entendu, mais pour faire bref, disons que je n’arrive pas à ressentir, ou à croire l’explication), et d’autre part que je n’arrive pas à compatir à leurs malheurs. Et donc je me fiche un peu de ce qui leur arrive. Autant les destins des personnages de la trilogie du capricorne, de tous les personnages, même les plus corrompus, me passionnaient, autant là l’auteur peut leur faire subir ce qu’il veut sans que cela m’émeuve. C’est d’ailleurs peut-être plus de mon fait que du sien.

 

Heureusement, l’écriture est fluide, et le dépaysement garanti. Bernard Mathieu rend très bien l’incapacité des personnages (et surtout de la française) à comprendre ce qui se passe devant leurs yeux. Evitant l’interprétation à notre sauce, il se contente de décrire l’ahurissement, l’incompréhension de personnages qui ne peuvent que voir, constater, deviner vaguement certaines motivations, mais sans jamais comprendre vraiment, et ne parlons pas de s’intégrer. Il fait cela très élégamment, en évitant tout jugement qui aurait été, immédiatement, insupportable.

 

C’est pour cela que je suis allé au bout. Même si savoir exactement ce qui allait arriver aux personnages ne m’intéressait guère.

 

Je suis très curieux de lire d’autres avis sur ce bouquin dont j’attendais beaucoup, et qui, je le répète, m’a laissé perplexe.

 

Bernard Mathieu / Du fond des temps, série noire  (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 21:57

A côté des inconvénients manifestes, comme les nuits raccourcies par la toux, les disputes à grands cris juste le soir où on est naze, les appels insistants au moment où on vient juste de se laisser tomber dans le canapé un bon bouquin à la main, les interruptions intempestives alors qu’il n’y a que 2 minutes qu’on s’est mis au piano etc … Il faut avouer que le boulot de pater familias présente aussi quelques bons moments. En voici quelques uns.

 

Tout d’abord le marathon de lecture continue. Après avoir terminé Le seigneur des anneaux, et n’ayant pas le temps d’aller faire un tour en librairie, on a fait avec ce qu’on avait sous la main. Nous sommes donc en ce moment en pleine forêt vénézuelienne, sur les traces de l’infâme Van Guld, au côté du Corsaire Noir, d’Emilio Salgari. Et nous enchaînerons avec la suite, La reine des Caraïbes. Tout le charme un peu désuet de ces romans d’aventure exotiques, pleins de grands sentiments, de héros au regard flamboyant et au courage indomptable, de combats entre bêtes fauves, de lieux mystérieux et de méchants vraiment immondes. Je connaissais Sandokan, je découvre avec autant de bonheur qu’eux le Corsaire Noir.

 

Dimanche dernier, je me suis sacrifié pour les amener voir Traces, le spectacle actuellement en tournée de la compagnie québécoise Les sept doigts de la main. Virtuosité, imagination, humour, rythme, poésie, musique, chorégraphie, originalité, enthousiasme. Tout. Tout est bon dans ce spectacle de cirque-danse dont on sort excité et le sourire aux lèvres. Avec, pour les lecteurs compulsifs que nous sommes tous ici, une variation étonnante sur les différentes façons d’utiliser un fauteuil sans jamais perdre la page de son bouquin … Je crois avoir vu qu’ils vont être un bon moment à Paris après leurs quelques jours à Toulouse. Si vous pouvez, ne les ratez pas.

 

Et toujours ce week-end, sur les conseils avisés d’un excellent guide dont je ne saurais trop recommander la lecture régulière, à savoir le Guide du cinéma pour les enfants / 500 DvD pour les 4-14 ans, d’Isabelle Brokman et Géraldine De Thoré j’ai sorti du tiroir un chef-d’œuvre, déjà vu au moins trois fois au cinéma : The Party de Blake Edwards avec l’immense Peter Sellers.

J’en ris encore tout seul devant mon écran. Ce film est fantastique de bout en bout, avec des morceaux d’anthologie au milieu. Peter Sellers y est absolument génial. Il a une façon lumineuse de rendre ce sentiment que nous avons tous connus un jour de nous retrouver, sans trop savoir pourquoi, dans une soirée où nous ne connaissons personne, et où nous cherchons désespérément à nous greffer quelque part, pour ne pas faire pot de fleur. Il rend ce désarroi palpable.

Et que de moments éblouissants ! Il faudrait citer le film entier, mais pour n’en choisir que trois : la scène de la chaussure, au début, qu’il arrive à faire durer presque 5 minutes, l’enchaînement de catastrophes dans la salle de bain, et le magique « Birdie num num ». Vous ne voyez pas ? Cherchez sur Google.

C’est une lapalissade que de dire que pour le comique le rythme est prépondérant. Il est là maîtrisé d’une façon proprement époustouflante. Chaque couillonnade est amenée à la seconde près : le spectateur voit l’objet qui va amener la couenne, voit le regard de Peter Sellers, commence à rire en visualisant ce qu’il se passe dans son cerveau, puis part dans un fou rire irrésistible quand c’est parti pour de bon. Grandiose.

Et je ne voudrais pas conclure sans citer également le serveur bourré, de plus en plus bourré au fur et à mesure qu’on avance dans le film qui vient, à merveille, illustrer ce qu’est le comique de répétition. Détail : Si les gamins ne rient pas forcément toujours aux mêmes gags que moi, ils sont quand même hilares.

 

Vraiment, dure vie que celle de père. Dire que pendant que je m’échine à m’occuper de mes enfants, il y en a qui ont la chance de voir 2012 ou qui de regarder la télé !

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Pour les minots
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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 23:23

Voici donc pour le mois de novembre :

En débutant cette petite chronique mensuelle, je pensais que le sujet allait s’épuiser rapidement, force est de constater que pour l’instant je ne vois aucune marque d’essoufflement, jugez plutôt :

L’élégant personnage qui recherche l’âme sœur du côté de Moissac cherche toujours. Depuis il a peut-être lu Le serpent aux mille coupures sur lequel il est arrivé avec sa recherche de « les salopes de moissac ».

Mon petit papier sur Le guerre des boutons, finement intitulé selon une fameuse réplique de Lebrac attire toujours ce genre de recherche : « speciale grand zizi ».

J’ai vu atterrir chez moi une demande plutôt jolie : « une phrase d'amour qui commence par z en francais ». Si quelqu’un a une idée …

Il y a toujours des aurteaugraffes aisitantes : « damme trai grande », et des demandes qui laissent perplexes : « sara évangélisti mer trèse ».

Et puis il y a du carrément étonnant, « la comtesse de segur porno », comme quoi les souvenirs de lecture peuvent laisser des traces.

Et finalement du plus inquiétant : « baise à l'institut médico légal » ou « deterrer cadavre baiser bd »

Ce sera tout pour ce mois-ci. Je conclurai avec cette pensée de l’incontournable Desproges de la République Française, qui n’a rien à voir avec le sujet, mais c’est juste pour le plaisir : « Froid en novembre, cache ton membre ».

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Published by Jean-Marc Laherrère
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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 21:36

Vous vous souvenez peut-être de Tommy, 19 ans, originaire de l’Indiana, apprenti écrivain et Jody, rousse flamboyante de 26 ans, récemment vampirisée par un monstre de plus de 800 ans ? Non ? Mais si, ça s’appelait Les dents de l’amour. Voilà, vous y êtes.

 

Nous les retrouvons dans D’amour et de sang frais, toujours sous la plume fort inventive de Christopher Moore. Pour ceux qui n’ont pas suivi le début, Jody est toujours une ravissante vampire, le monstre qui l’avait transformée est, pour l’instant, neutralisé, et elle vient juste de transformer Tommy, son amour, histoire de tout partager avec lui. Tout, et surtout des emmerdes … Pas facile pour les seigneurs (saigneurs ?) de la nuit de trouver à manger quand on a encore une mentalité et une morale de jeune homme bien élevé de l’Indiana, sans parler de visiter un logement ou d’avoir une vie sociale quand le moindre ultraviolet vous réduit en cendres.

 

Pour simplifier le tout, les Animaux, à savoir la bande d’allumés avec qui Tommy travaillait avant, revient de Las Vegas en compagnie d’une pute bleue (oui, une pute bleue, pour savoir ce que c’est il faut lire le livre) bien décidée à devenir une vampire, et le vieux monstre que les deux tourtereaux croyaient hors course va trouver le moyen de se libérer.

Heureusement une ado gothique et futée et un ninja chimiste vont leur venir en aide. Et l’empereur et ses hommes veillent toujours sur la bonne ville de San Francisco.

 

En démarrant le roman on peut craindre que Moore ne tire un peu sur la ficelle, la transformant en très grosse ficelle. Et bien non. Il faut savoir, dans un premier temps, que si les deux romans se sont suivis en traduction française, Christopher Moore a quand même laissé passer 12 ans entre ses deux romans. Il en a profité pour étoffer sa galerie de cinglés. Ils sont tous là. Et il en invente d’autres encore plus allumés que les anciens.

 

Son sens de l’humour fait une nouvelle fois mouche, son imagination semble sans limite et il réussit à étonner encore et toujours ses lecteurs. Et de temps en temps, sous la franche rigolade, on sent poindre une grande tendresse, une belle humanité, et une vision aussi acérée que les canines de nos héros préférés de notre joli monde.

 

Donc un grand moment de plaisir, avec rire, émotion, frissons. Que demander de plus, franchement ?

Christopher Moore / D’amour et de sang frais (You suck. A love story, 2007), Calmann-Levy (2009), traduit de l’américain par Luc Baranger.

PS. Je suis d’accord, la couverture est très moche.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 17:38

Maester adore Besson, c’est comme ça, il l’adore. Il l’avait déjà affublé d’une excroissance cérébrale qui lui va à ravir .

Il ne pouvait, bien entendu, pas rater le mariage gris. Ben c’est gagné, il ne l’a pas raté. Et il en a même remis une couche juste après.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 20:46

Carmelita vient conclure la trilogie brésilienne du Sang du capricorne du français Bernard Mathieu. J’avais dit toute l’émotion ressentie à la lecture de et Otelo, les deux premiers, sur le site bibliosurf. Carmelita est la digne conclusion d’une trilogie bien trop peu connue et qui n’a pas d’équivalent dans le monde du polar français.

 

Carmelita fuit le Distrito Federal. Elle fuit ses souvenirs, elle fuit l’ombre de Zé, son amour assassiné, elle fuit ses fantômes … Exténuée, elle arrive avec son fils aîné Emerson, seize ans et les pauvres sacs qui contiennent tout ce qu’elle possède à Saõ Carlos, une des nombreuses favelas de Rio. Dans cette termitière grouillante de vie mais aussi de mort elle va vite s’apercevoir qu’on ne peut vivre dans les favelas sans avoir affaire aux gangs, à la violence, à la mort. Alors, jour après jour, il faut survivre …

 

Au risque de me répéter, mais il faut enfoncer le clou, Carmelita conclue dignement une magnifique trilogie. A propos de la trilogie, il est important de signaler que, si les trois romans se suivent, ils peuvent quand même se lire séparément.

 

Densité, richesse narrative, richesse stylistique, profondeur des personnages … Tout est là pour faire un superbe roman noir. Pas d’enquête comme dans , pas d’errance, de quête et de poursuite comme dans Otelo, mais une troisième figure de style : la chronique d’une chute annoncée. Dès les premières pages on sait que Carmelita et Emerson ne pourront pas échapper à la corruption de la favela, à sa violence, à sa misère, à ce qui semble être la seule façon de s’en sortir : le crime et la loi des gangs.

 

Comme dans les deux premiers romans, Bernard Mathieu pimente son texte de mots ou d’expressions en brésilien, sans que cela ne soit jamais artificiel, sans que le lecteur ne soit gêné dans sa compréhension du texte, soit parce que la signification est évidente, soit parce que, avec une virtuosité confondante, l’auteur en fournit la traduction une peu plus loin, sans jamais donner une impression de redondance. Il donne ainsi à son texte une sonorité, une couleur et une réalité accrue.

 

Et quelle façon magistrale de rendre compte de l’existence de deux Brésil : celui des Donas, qui ont l’argent, l’arrogance, qui fréquentent les shoppings, s’habillent avec des vêtements importés, roulent dans les grosses voitures de leurs maris, et celui des empregadas, comme Carmelita, qui à Rio ne voient la mer que de loin, ne vont jamais à la plage, se sentent déplacées dans le centre, et encore plus dans une librairie, et vivent dans les favelas.

 

Le monde du Brésil riche, on le voit peu, il est juste là comme un reflet inversé de ce que vivent les personnages. L’autre, celui qui est au centre du roman, fait écho au roman de Patricia Melo, Enfer. Les deux romans, celui de la brésilienne et celui du français font le même constat : les habitants des favelas sont les damnés de la Terre, ceux dont personne ne se soucie, ceux qui peuvent crever, être abattus, ceux qui peuvent se faire la guerre, du moment qu’elle ne sort pas des favelas. Ceux qui ne comptent pas, que les bonnes âmes du centre proposent même de passer au lance-flamme ; la plaie purulente de la misère qui fait tâche.

 

Mais Bernard Mathieu sait aussi tordre le cou aux clichés, et c’est une chronique bien à lui qu’il offre, pleine de bruit, de fureur, de rage, d’odeurs, de saveurs, de sensualité, de musique, de sang, de sexe, de révolte … et de tendresse. Un chronique rythmé par le « Funk de guerre » qui résonne dans toute la favela et prête sa pulsation à sa prose.

 

Un grand roman à lire absolument. Comme les deux précédents. Un roman qui, peut-être annonce déjà le suivant avec cette phrase, dans les dernières pages : « Qu’est devenu l’Afrique depuis qu’on l’a quittée ? La télé dit qu’elle crève, que les gens s’y tuent avec plus d’ardeur, encore, qu’ici … »

 

Car c’est en Afrique que se situe le roman suivant de Bernard Mathieu, Du fond des temps, paru récemment à la série noire et que je vais lire très bientôt, après une petite pause rigolote.

Bernard Mathieu / Carmelita, Folio Policier  (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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