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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 18:42

Attention, le concours du plus çon est lancé à droite, et il semblerait, à voir l’emballement actuel, qu’il y ait une prime à gagner au terme de la ligne droite. Eric Raoult avait placé une première accélération, voyons où en sont les autres concurrents.

Je sais, c’est facile, mais voyons, si on doit faire rimer Besson, que trouve-t-on ? Je ne donnerai pas la réponse ici, mes lecteurs sont de fins lettrés, rompus aux subtilités de la langue française qui trouveront bien sans que je les aide.

Donc jaloux de s’être fait voler le mur du çon (j’espère que le canard ne va pas me faire un procès…) par son collègue Raoult, Eric Besson s’attaque au mariage gris. Un pariage gris kèce ? C’est le mariage entre un(e) vrai(e) français(e), que l’on appellera M(Mme) Blanc, et un(e) étranger(ère) fourbe, que l’on appellera M(Mme) Noir, qui, profitant du bon cœur proverbial et de la naïveté non moins proverbiale du (de la) français(e) le (la) séduit, et l’épouse pour devenir à son tour français(e).

Et comme chacun le sait, Blanc + Noir = Gris. CQFD.

Ce que ne sait pas ce grand niais de Besson, c’est que tout français(e) un tant soit peu instruit(e) sait reconnaître un(e) étranger(ère) fourbe. Il suffit d’avoir lu Superdupont, où tout est expliqué : Les agents de l’Anti France sont moches, ils n’aiment pas le camembert coulant, et surtout ils parlent comme ça : « Aille ge-l’dire à ma merofski », « It iz va pas non ? gelati motta pas kapoutt ! Der beautifoule kostume à ce prix là ! ! », « Ouillofski » ou encore comme ça : « Vini, Vidi, Vidchier salopovitch ». Alors Monsieur Besson, allez lire et fermez-là.

Mais alors que Besson attaquait la dernière ligne droite au coude à coude avec Raoult, voilà qu’un troisième larron vient se porter à leur hauteur.

Christian Estrosi, qui se révèle au grand jour comme un agent infiltré de Sud, la CGT et LO réunis se bat becs et ongles pour, non pas une légère augmentation, mais pour un doublement des salaires ! Oui vous avez bien lu, il déclare même, fier de lui, qu’il faut, pour cela, avoir du « courage ».

Comment ? D’accord, pour l’instant il ne parle que de doubler le salaire du futur patron d’EDF qui sinon en serait réduit à la misère de 765 000 euros par an (hors partie variable quand même). Or comment voulez-vous recruter quelqu’un de qualité à un salaire aussi pitoyable ? Enfin, soyons courageux et raisonnable. Accessoirement, je dois être une sacrée merde pour me contenter de ce que je gagne.

Donc voilà, la course est magnifique, le suspense à son comble, lequel passera la ligne d’arrivée en tête, le favori Lefèvre arrivera-t-il à refaire son retard, un outsider peut-il encore participer à l’emballement final ?

Suite bientôt, n’en doutons pas.

Plus agréable, et pour chasser le vilain goût que vous avez forcément dans la bouche, ce très joli texte de Luis Sepulveda parlant de son éditrice Anne-Marie Métailié. Tant qu’on est en train de se laver la tête, un fort bon texte de Serge Quadruppani sur Cesare Battisti. A noter que Quadruppani est le directeur de l’excellente suite italienne de Métailié. Comme quoi, y a pas de hasard.

Dès demain on repasse aux choses sérieuses avec un roman absolument magnifique, qui clôt une trilogie à lire sans faute. Carmelita de Bernard Mathieu.

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 10:31

La série Mona Cabriole c’est une auteur par arrondissement parisien, une intrigue polar, et du rock. Avec Le cinquième clandestin, Marin Ledun remplit le contrat.

 

Rue Mouffetard, un soir, une jeune femme noire se jette par la fenêtre avec un bébé dans les bras. Encore le geste de désespoir d’une sans papiers. L’explication paraît trop simple à Mona Cabriole, journaliste à Parisnews qui décide de creuser un peu. Pour ce qui est de creuser, elle va être servie, elle va même creuser plus qu’elle ne le souhaiterait et mettre à jour un trafic bien sordide.

 

Du solide pour cette enquête de Mona Cabriole que Marin Ledun promène dans et sous le V° arrondissement. Enquête rythmée par la musique punk, illustration décalée et bien trash de la très touristique rue Mouffetard, détour (en forme de clin d’œil à Tardi ?) par le jardin des plantes. Ajoutez à cela, un affreux infect, et un coup de projecteur sur le traitement que nous réservons aux immigrés, avec ou sans papiers.

 

Noir, rock et efficace. Avec ce roman, Marin Ledun assure un 10 aux figures imposées. Pour l’instant je ne l’ai encore jamais lu dans ses figures libres, je pense que je ne vais pas trop tarder …

 

Marin Ledun / Le cinquième clandestin, La Tengo Editions  (2009).

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 22:04

Ceux qui connaissent Christian Roux savent que ses écrits ne sont pas spécialement adaptés à la bibliothèque rose. Ce n’est pas Kadogos, je dernier en date, qui va l’y faire entrer.

 

Marnie est tueuse à gage. Avec une spécialité bien à elle : à la demande  des familles qui ont les moyens de se payer ses services haut de gamme, elle aide des proches en phase terminale à quitter cette terre de douleur en douceur. Elle rentre à peine d’une mission quand elle est contactée par une dame de la haute qui veut aider son beau-père, atteint d’un cancer, à finir dignement. Contrat rempli rapidement et sans encombres. En apparence. Car le lendemain le cadavre a disparu de la clinique où il se trouvait, et Marnie découvre sa cliente et ses domestiques découpés en rondelles. Une course poursuite s’engage avec les tueurs et avec la police.

 

« ce qui en Europe occidentale passait pour complètement extraordinaire, voire irréel, constituait dans d’autres parties du monde le lot quotidien de millions de personnes. Et si c’étaient des éclats de ces guerres qui venaient exploser jusqu’ici, au sein d’une de ces démocraties plus ou moins pourvoyeuses de massacres ? » Cette phrase du roman pourrait bien être le point de départ de tout. Car c’est bien à l’arrivée, dans notre beau pays, d’un de ces « éclats de guerre » que nous assistons.

 

Je n’ai qu’une petite (toute petite) réserve sur ce roman, autant s’en débarrasser tout de suite : dommage qu’à une ou deux reprises l’auteur se laisse entraîner à expliciter un peu longuement tout ce qu’il pense des responsabilités de nos belles sociétés dites civilisées dans les malheurs du monde. Il aurait gagné à faire confiance au lecteur, capable à partir de son histoire de tirer de lui-même les conclusions qui s’imposent.

 

Ceci mis à part, que du bon, du bien noir comme je l’aime. Un roman très sombre, centré sur des personnages torturés, mal dans leur peau et plombés par des passés et des relations particulièrement lourdes. C’est violent, sanglant, dérangeant, mais parfois éclairé par des rayons de soleil, d’autant plus éblouissants qu’ils sont rares, avec de superbe pages sur l’amour (sous toutes ses formes) et la musique.

 

Le tout avec, en toile de fond, la dénonciation de beaucoup de choses qui devraient nous faire hurler … si nous prenions le temps d’y prêter attention. Le temps de Kadogos, le lecteur est obligé d’y penser. Ne serait-ce que pour cela, sa lecture devrait être obligatoire. Comme en plus il y a du rythme et que la construction est brillante, en plus, on y prend du plaisir. Convaincus ?

 

Christian Roux / Kadogos, Rivages/Noir (2009).

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 23:38

Une info d’importance pour les parisiens, ou pour ceux qui dans les mois à venir auront l’occasion de passer par la capitale.

Il ne vous aura pas échappé qu’Hammett est à l’honneur : réédition de Moisson Rouge, sortie de ses cinq romans dans une traduction revue et corrigée chez Quarto, édition d’un petit livre de témoignages écrit par sa fille …

Et donc, à la BILIPO, la Bibliothèque des Littératures Policières, 48-50, rue du Cardinal Lemoine, à Paris donc, du 6 novembre 2009 au 27 mars 2010, on fête Hammett, et c’est gratuit.

Voilà ce que dit le dossier de presse :

« Connu du grand public par la brillante adaptation cinématographique que fit John Huston de son roman Le Faucon maltais (avec Humphrey Bogart dans le rôle de Sam Spade), Dashiell Hammett est une figure tutélaire du roman noir américain.

La BILIPO consacre une exposition à cet auteur (1894-1961) et se propose, à travers l’évocation de sa vie et de son oeuvre, de souligner son rôle fondamental dans l’invention d’un genre désormais inscrit dans la culture et l’imaginaire du XXe siècle. Panneaux, documents originaux et inédits, affiches, photos, éditions rares de ses romans et nouvelles (issues des fonds de la BILIPO ou de collections privées), tentent de recomposer l’univers d’un écrivain américain que cinq romans, plus d’une cinquantaine de nouvelles, des articles critiques, des scénarios et une abondante correspondance ont rendu universellement célèbre. Natalie Beunat, spécialiste de Dashiell Hammett et traductrice, est commissaire de cette exposition. »

Voilà.

Deux liens pour les hispanophones maintenant :

L’écrivain argentin Raoúl Argemí a un blog. Qui vaut le coup d’œil.

Et si vous allez sur le blog Diez Negritos, vous pourrez lire le deuxième chapitre du roman collectif astucieusement nommé : « un cadavre dégueulasse ». C’est Eduardo Monteverde qui y prend la suite de Carlos Salem.

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 21:44

Cela faisait un petit moment que je ne suivais plus la collection de BD de Rivages et Casterman. Le petit film sur Westlake où l’on voit Christian Lax m’a donné envie de lire l’adaptation de Pierre qui roule, et j’en ai profité pour me procurer également celle de Coronado de Lehane.

Commençons par Pierre qui roule, le premier John Dortmunder, adapté donc par Christian Lax. Je n’avais pas voulu l’acheter parce que je trouvais que le John Dortmunder de Lax était trop beau, avait l’air trop dur, trop énergique. Pas assez abattu par les tuiles à répétition qui lui tombent dessus. Il avait un petit quelques chose de Parker qui ne collait pas avec ma vision du personnage.

Que dire de l’adaptation : Je pense que Christian Lax a fait le maximum et qu’on ne pourrait guère faire mieux. Cette histoire abracadabrante d’un objet que John est obligé de voler cinq fois reste compréhensible, les ressorts de l’intrigue (avec leur comique) sont là, et ce n’était pas gagné. Le rythme surtout, le sens du mouvement, de la fuite, de la rapidité d’exécution sont très bien rendus par le dessin.

Le problème est que l’essentiel du comique de Westlake est ailleurs. Dans les détails sans importance (comme les scènes dans le bar où ils se rencontrent), dans le décalage entre ce qui est dit, et ce qu’on doit imaginer, dans les à côtés qui ne servent pas l’intrigue. Or la BD ne peut pas garder tout ça. Donc j’ai bien aimé, mais je n’ai jamais ri. Ce qui, au moins pour moi, est quand même gênant concernant un Westlake.

Coronado adapté par Loustal maintenant. Là j’ai bien apprécié. Finalement, ce genre d’adaptation va bien aux longues nouvelles (ou romans très courts). Le choix de successions de tableaux fait par Loustal qui, si j’ai bien lu à droite et à gauche, n’a pas plu à tout le monde m’a convaincu.

Le côté statique qu’il donne, les ellipses qu’il oblige à faire, collent avec la nouvelle et permettent de rendre plus perceptible l’accélération brutale du final.

Il me reste à lire l’adaptation de La guitare de Bo Diddley de Marc Villard.

Donald Westlake , Christian Lax (adaptation et dessin) / Pierre qui roule, Rivages/Casterman/Noir (2008).

Dennis Lehane , Loustal (adaptation et dessin) / Coronado, Rivages/Casterman/Noir (2009).

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:30

Je n’avais pas du tout accroché au premier roman de la série de Marek Krajewski, Les fantômes de Breslau, mais, les polars polonais étant rares (voire rarissimes !), j’ai insisté avec le second volume qui vient de paraître, La peste à Breslau. Et même si je ne suis pas complètement enthousiaste, je ne regrette pas et attendrai la suite avec curiosité.

 

1923, Breslau en Pologne. Les corps de deux prostituées sont retrouvés dans un appartement dont le propriétaire a été séquestré par le meurtrier. L’enquête est confiée à Eberhard Mock, sergent-chef aux mœurs. Mock est un franc tireur. Totalement incontrôlable, célibataire, ils se saoule de temps à autre de façon effroyable et fréquente tous les bordels de la ville. De fait il aime bien les prostituées et déteste férocement les maquereaux. Il se consacre alors corps et âme à son enquête pour s’apercevoir rapidement qu’il s’est fait piéger et que sa propre vie est en jeu.

 

Ne lisez pas ce roman si l’enquête qui vous intéresse. Elle est ici plutôt survolée et n’est, de toute évidence, qu’un prétexte. Marek Krajewski fait semblant de ne rien prendre au sérieux. Ni l’intrigue, ni les personnages, ni le lieu … Il adopte un style qui tient de la fable grotesque, de la farce grinçante. Un style qui instaure d’emblée une distance entre le lecteur et ce qui est raconté. On se croirait un dans une scène de Cabaret, de ces scènes qui vous laissent une impression de quelque chose de malsain, sans qu’on puisse vraiment dire pourquoi.

 

L’écriture, mêlant joyeusement érudition et trivialité colle parfaitement à la description de cette ville fantasmagorique, peuplée de notables corrompus, de flics latinistes, de matons violents et de putes tristes. Je ne sais malheureusement de rien de Breslau, ni de son histoire dans l’entre deux guerres, ce qui ne me permet pas de juger de la pertinence de ce choix stylistique et de la peinture qu’en fait l’auteur.

 

Indépendamment de cela, même si le style peut éventuellement rebuter certains lecteurs, on ne peut dénier au roman ni sa force ni son originalité. Ce qui en fait déjà une lecture digne d’intérêt, à défaut d’en faire une lecture plaisante.

 

Marek Krajewski / La peste à Breslau, (Džuma w Breslau, 2006) Série Noire (2009), traduit du polonais par Margot Carlier et Maryla Laurent.

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 19:58

Personne n’est à l’abri d’une erreur, même pas votre chroniqueur préféré. Le tout est de savoir rattraper le coup.

Il y a bien un an (ou plus ?) Antoine Garceau que je connaissais absolument pas me contacte via ce blog pour me demander si je suis intéressé par un documentaire qu’il a tourné sur Donald Westlake. Je réponds que oui, bien sûr, et il m’envoie très aimablement un DvD : Donald Westlake, la machine à écrire.

Et moi, au lieu de me précipiter pour le mettre dans la machine à regarder les films, je le pose sur une pile, et je l’oublie. Si je devais me trouver une excuse, j’évoquerais sans doute ce fait scandaleux : les journées n’ont que 24 heures, et il faut bien dormir 6 à 7 heures. Pour le reste, entre le boulot, la famille, la lecture, un peu de musique, un peu de sport, les copains, les voyages … les 17 à 18 heures restantes sont assez chargées …

Heureusement, à l’occasion de mon dernier billet sur Richard Stark, Antoine Garceau m’a recontacté pour me demander ce que j’avais pensé de son film. J’ai eu honte, et quelques heures plus tard, je l’ai regardé. Je lui ai déjà écrit, mais je vais le redire ici : son documentaire est absolument excellent, indispensable pour tout amateur de Westlake, encore plus pour qui ne le connaîtrait pas (parce qu’on dit qu’il y a encore des gens qui ne connaissent pas Westlake ! Ca parait incroyable mais ce serait vrai).

Tout m’a plu là-dedans :

En premier lieu, bien entendu, l’occasion de voir et d’entendre le Maître. Classe, modeste, très gentleman, impressionnant de facilité, à l’oral comme à l’écrit, et surtout drôle.

Le choix des autres personnes interviewées ensuite :

Tonino Benacquista qui dit très bien son admiration pour ce « collègue » qui a tant, tant d’idées.

Jean-Bernard Pouy, brillant comme toujours qui parle surtout d’Ordo et du Point de non retour.

François Guérif qui connaît un tout petit peu le polar et sait mettre en lumière toute l’originalité et la force de son œuvre, là où le commun des commentateurs (moi par exemple) a bien du mal à savoir pourquoi il est scotché par cet auteur.

Jean Esch qui apporte le regard, très particulier, du traducteur, Christian Lax qui a travaillé sur un autre type de « traduction » puisqu’il a réalisé la BD à partir de Pierre qui roule.

Et pour finir Stephen Frears qui évoque leur collaboration sur l’adaptation des arnaqueurs de Jim Thompson.

Voilà, tous les témoignages sont bons, mais ce n’est pas tout, ils sont très bien montés. L’alternance amène un rythme, une dynamique très agréable. Très agréable également cette excellente idée d’intercaler par moment des images de la fabrication du roman de Westlake qui sortait à ce moment là chez Rivages.

Voilà, donc si vous pouvez, essayez de vous procurer ce petit film indispensable. Pour les parisiens, il y en a quelques uns à la librairie Le comptoir des mots, 239 rue des Pyrénées 75020. Sinon vous pouvez essayer de contacter l’auteur via sa maison de production : garoneprod[at]gmail.com, et vous pouvez retrouver l’auteur sur son blog.

Dernière précision, le film figure comme bonus du DvD Les arnaqueurs édité par Gaumont en avril dernier.

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:47

Après une revisite réjouissante de 68 par une bande de retraités, revoici Françoise Laurent, beaucoup plus intimiste avec L’hiver continue au fond du magasin.

 

C’est l’été, l’arrière pays niçois est ravagé par les flammes. Un petit immeuble, écrasé par la chaleur. La propriétaire et les locataires sont tous, pour une raison ou un autre, bouleversés par la mort de Sophie, jeune femme pleine de vie qui a brûlé dans sa voiture en essayant d’échapper aux feu. Accident tragique ou meurtre ? Cette mort va faire remonter de vilains souvenirs et chacun dans l’immeuble, va devoir affronter ses petits secrets.

 

Françoise Laurent confirme son talent pour créer des personnages et leur donner vie en quelques phrases. A ce titre le premier chapitre qui suit la pauvre Magali dans la lutte obsessionnelle qu’elle livre à toute forme de saleté est exemplaire. Son histoire est bien construite, autour d’une vraie tension dramatique, et la construction passant d’un personnage à l’autre est habile. Les fausses pistes, créées par les interprétations erronées des uns et des autres fonctionnent et le tout avance, subtilement, par petites touches.

 

Ensuite il y a une question de goût. Il est rare que j’arrive à être vraiment ému par des histoires de névroses, par des histoires très introspectives (de mémoire, seule Michèle Rozenfarb et sa tétralogie déglinguée m’a vraiment secoué). Et cette fois encore je perds petit à petit mon intérêt pour l’histoire. Je ne tremble pas quand les personnages sont en danger, parce que leur sort m’importe peu. Je préfère Françoise Laurent quand elle écrit sur le registre de la générosité et de la colère comme dans Dolla.

 

Ce qui n’enlève rien à la qualité du bouquin. A vous de dire si vous avez été touchés.

Françoise Laurent / L’hiver continue au fond du magasin, Krakoen (2009).

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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 21:00

James Grady, connu du grand public comme l’auteur des Six jours du condor (devenu Les trois jours du même piaf dans son adaptation cinématographique de Sydney Pollack avec Robert Redford et Faye Dunaway) est un des maîtres du thriller d’espionnage américain. Il revient avec ces Mad dogs.


Ils sont cinq : Victor, le narrateur, Zane, cheveux et barbes blancs, Eric l’ingénieur de haut vol, Russell l’ancien rocker, Hailey, belle, classe et noire. Ils ont travaillé pour la CIA. Ils ont vécu l’enfer. Ils sont implacables, cinglés et gardés dans une Clinique top secret quelque part dans le Maine. Un matin ils retrouvent le psychiatre qui s’occupe d’eux assassiné. Qui pourra faire de meilleurs coupables que ces cinq tueurs devenus fous ? C’est pourquoi ils décident de s’évader ensemble, et de découvrir qui a tué le toubib et veut leur faire porter le chapeau. Cinq cinglés paranos et mortels lâchés dans la nature …

L’ancien espion rattrapé par son passé et qui doit sauver sa peau face à des méchants qui veulent l’éliminer … pas franchement novateur comme thématique pour un polar.

 

Mais. Mais relevez la sauce en prenant non pas un mais cinq espions, et choisissez d’en faire des gens franchement déséquilibrés, avec d’excellentes raisons de l’être. Ajoutez à la course contre les méchants, la course encore plus stressante contre la folie (car nos cinq cinglés n’ont plus leurs médicaments sous la main), et vous obtenez un résultat beaucoup plus original, et même franchement passionnant.

 

D’autant plus que James Grady imprime un rythme d’enfer à sa cavale, intercale parfaitement les retours en arrière qui expliquent la folie de chacun, réussit superbement ses scènes d’action, et nous offre quelques scènes d’anthologie. Pour compléter le tableau, il dresse, en toile de fond, une peinture pas franchement rassurante (même si elle n’est pas forcément étonnante) des actions de l’ombre des US de ces 20 dernières années, et de la paranoïa grandissante qui règne dans le petit monde de l’espionnage US depuis le 11 septembre.

 

On peut juste regretter que le final soit un poil en deçà de tout le reste, mais il faut dire qu’il était difficile de se maintenir à un tel niveau.

 

James Grady / Mad dogs, (Mad dogs, 2006) Rivages thriller (2009), traduit de l’américain par Jean Esch.

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 21:29

Il y a quelques jours j’ai écrit que j’étais en train de mener une expérience de lecture extrême. Elle est maintenant terminée. Voilà de quoi il s’agit.

Certains parents, pourvu d’une imagination débordante, sont capables d’imaginer une histoire qu’ils racontent, jour après jour à leurs enfants. Pour ma part, je suis dépourvu de toute imagination. Et mes gamins adorent les histoires.

Donc en juillet dernier j’ai entamé une sorte de marathon : la lecture, à haute voix, du Seigneur des anneaux. Fin juillet, nous avons ouvert pour la première fois l’édition en un seul volume, illustrée par Alan Lee. Plus de 1000 pages, et les gamins ont pour la première fois entendu parler de Frodon, Sam, Merry et Pipin, puis de Gandalf et de tous les autres.

Et ça a marché, nous avons terminé ce matin.

Alors certes c’est un peu rude, il a fallu expliquer pas mal de mots. Il a surtout fallu expliquer la structure narrative qui, à partir du deuxième livre, se complique, partagée entre plusieurs groupes de personnages. Le plus difficile a été pour eux de comprendre qu’on pouvait parfois revenir en arrière et revoir, sous un autre angle, des événements déjà décrits et qu’ils considéraient comme acquis.

Malgré cela ils n’ont jamais lâché et ont insisté pour poursuivre, jour après jour. Mais surtout ils se sont enthousiasmés, ils ont ri de plaisir quand Gandalf réapparaît ou quand il y a des retrouvailles, pleuré à la mort du roi Theoden, se sont indignés quand un coup du sort leur paraissait trop injuste, ont protesté quand on s’arrêtait à un moment critique. J’avoue que j’ai un peu raccourci quelques descriptions et sauté quelques poèmes, mais vraiment très peu.

Et ce matin, gros coup de blues à la fin, et la question a jailli, immédiate : Qu’est-ce qu’on va lire maintenant ?

On a bien deux ou trois petits bouquins sous la main, mais après il va peut-être falloir attaquer Harry Poter. A moins que vous n’ayez d’autres idées …

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Pour les minots
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