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24 septembre 2009 4 24 /09 /septembre /2009 21:39

Il y a des auteurs à côté desquels on passe complètement. Par étourderie, par manque de curiosité au mauvais moment, par manque d’occasion … Pour tout un tas de bonnes ou de mauvaises raisons. C’est comme ça que, jusqu’à présent, j’étais passé à côté de Jean-Paul Nozière. Puis comme il a eu la bonne idée de me signaler la sortie de Cocktail Molotov, je l’ai extrait de la pile à lire … J’ai bien fait. Qu’il en soit remercié.

 

Dalet est une petite ville de province qui crève à petit feu. La seule entreprise de la ville délocalise à tour de bras, les commerces ferment, et à partir de 20h00 tous les volets sont fermés, plus personne ne traîne dans les rues. Sauf il y a trois ans, quand le club de foot amateur est arrivé miraculeusement en demi-finale de la coupe de France. Et cette année, le miracle se reproduit ! De nouveau, tout Dalet ne pense que foot, ne rêve que foot. Tout, pas exactement. Quelques jours avant Le match, un sauvage a brisé des vitrines et lancé des cocktails Molotov contre des maisons. Tout le monde veut croire à la descente bête et méchante de quelques sauvageons d’une banlieue voisine. Sauf une des victime qui a peur et appelle à l’aide la sœur d’un ancien amant. Et c’est comme ça que la superbe Yasmina, et Christian Milius, ancien flic à la retraite vont débarquer à Dalet, et faire remonter à la surface une vilaine affaire.

 

Voilà un polar qui a tout pour plaire.

 

Une bonne intrigue, qui maîtrise parfaitement les point de vue en passant d’un personnage à l’autre et sait faire remonter au bon moment les bribes du passé qui expliquent le présent.

 

De très beaux personnages que l’auteur saisit au bord de la rupture et de la folie. Des personnages victimes ou bourreaux, victimes et bourreaux, complètement conditionnés par des passés douloureux et traumatisants. Dans cette galerie, se détachent, outre les deux enquêteurs, un curé pas très catholique (un comble !) et sa bonne de choc que vous n’êtes pas près d’oublier.

 

De l’émotion, du suspense, des pointes d’humour toujours bienvenues, et en toile le fond la peinture très juste de cette petite ville qui meurt, s’étouffe et qui ne vit plus que pour son équipe de foot. Avec ce que cela suppose d’enthousiasme et de joie dans un environnement qui en manque singulièrement, mais aussi avec tous les réflexes les plus primaires et les plus nauséabonds qui remontent très vite quand on joue sur le chauvinisme d’une foule.

 

 Tout pour plaire vraiment, ne faites pas comme moi, ne passez pas à côté de Jean-Paul Nozière, lisez Cocktail Molotov.

 

Jean-Paul Nozière / Cocktail Molotov, Rivages/Noir (2009).

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:42

Il y avait longtemps que je ne vous avais pas causé de mes minots …

Et puis, il y a eu là, un papier absolument, absolument … je ne trouve pas les mots pour dire l’horreur qui m’a saisie quand j’ai lu qu’on pouvait Le trouver répétitif, et même un peu vain ! Alors j’ai promis d’y aller de mon papier moi aussi.

Et puis il y a pire, il y a le film qui devrait sortir ces jours-ci.

Alors je me lâche : Nicolas, je t’aime !

Comment ? Mais non, vous êtes cons ou quoi ? Pas ce Nicolas là !!

Non le vrai, le seul, celui qui nous fait rire depuis des décennies, celui de Goscinny et Sempé. Enfin, vous n’avez quand même pas cru …

Donc depuis quelques temps je relis le Petit Nicolas sous le prétexte toujours pratique de le lire à mes minots. Et je me marre, et eux aussi. Et comme ça fait rire, c’est déjà indispensable, et donc ce n’est pas vain !

Bien sûr c’est répétitif, la structure est toujours la même (situation pré-connerie, montée de la pression ou de la mayonnaise, explosion de la connerie, conséquences de la connerie). Bien sûr, chaque fois, Nicolas présente des personnages que l’on connaît. Mais alors pourquoi on rit à chaque fois ? Pour moi cela relève, tout bêtement … du comique de répétition !

Et ça marche. Dès que Nicolas et ses copains se retrouvent pour une nouvelle activité, mes mômes disent, les yeux brillants, ça va finir par « tu veux une baffe ? » et par des « coup de poing sur le nez ». Ils frétillent (mes mômes), commencent à sourire, et éclatent de rire quand arrive la réplique attendue.

Et ils adorent qu’à chaque fois Nicolas dise : « Alceste, c’est le copain qui mange tout le temps ». Le jeu consistant à commencer la phrase, et à les laisser la terminer en chœur.

Et puis c’est vrai c’est daté. Mais c’est justement ça qui permet de mettre le doigt sur quelques évolutions de notre monde, et de montrer qu’il n’y a pas si longtemps :

Il n’y avait que des garçons dans la classe (quelle chance dixit le grand)

Les punitions c’était copier 200 fois (200 fois !!!!!)

Les mamans restaient à la maison (ben pourquoi elle va pas travailler ?)

Quand papa rentre tout est prêt (ben pourquoi il fait rien à la maison papa ?)

Les gens n’avaient pas la télé (pas la télé !!!???)

Les gamins n’avaient pas de playmobils, pas de DvD, pas de … et celui qui avait un ballon de foot était la vedette.

Etc …

Et moi, c’est l’écriture qui me fait rire, et qui me donne l’occasion de leur montrer comment l’écriture fait rire. Un exemple que j’ai retenu : Agnan se fait traiter de sale cafard en classe (normal, c’et un sale cafard cet Agnan). Et Nicolas déclare « et la maîtresse n’a pas su qui c’était sinon j’aurais eu une punition ».

Et là je leur explique que si l’auteur avait écrit « j’ai crié Agnan sale cafard mais la maîtresse n’a pas vu que c’était moi et je n’ai pas été puni » cela n’aurait pas été drôle …

C’est un des ressorts de l’humour de Goscinny, cette façon de ne révéler certains faits que de façon détournée. C’est aussi pour ça que je crains le pire pour le film. Parce que c’est un procédé purement littéraire, et que si on supprime l’écriture, il reste quand même, il faut l’avouer, des récits datés, répétitifs et laissant craindre une adaptation pachydermique.

En attendant VIVE LE PETIT NICOLAS !!!!!!!

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 21:24

Eistein a dit quelque chose du style : Il y a deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine. Pour l’univers je n’ai pas encore la preuve. Il aurait pu rajouter la veulerie et la saloperie …

J’ai reçu un mail, une spam de merde (je sais c’est grossier, mais vous allez voir, c’est en deçà de la réalité) dont le titre m’a suffisamment interpellé pour que je l’ouvre au lieu de le virer directement à la poubelle, comme le fais d’habitude.

Titre du spam « Congés prolongés ou arrêts de travail justifiés ». J’ai reniflé une relent de pourriture avancé. Je ne m’étais pas trompé.

Je ne vous retransmets pas mail complet mais en gros, on y voit deux types de malades, un bon (malade) et un mauvais (qui en profite pour repeindre chez lui) …

Je ne vous retransmets pas mail complet mais en gros, on y voit deux types de malades, un bon (malade) et un mauvais (qui en profite pour repeindre chez lui) …

 Puis vient la proposition, j’ouvre les guillemets :

Luttez contre l’absentéisme illicite

Grâce au contrôle médical.

En cas de fraude, vous pouvez suspendre le complément de salaire.

Nous intervenons rapidement (sous 48h) sur toute la France grâce à notre équipe de 2 500 médecins

Profitez de notre offre de bienvenue :

1er contrôle à 108€ au lieu de 145€

(incluant 12 km de frais de déplacement)

Je referme les guillemets.

Et une adresse web.

Il n’y a pas de sot métier disait Patrick Font, mais il y a des métiers de cons (je sais Patrick Font n’est plus fréquentable, n’empêche il n’a pas dit que des conneries). Et de pourris.

Tu es médecin. Tu as juré de soigner l’humanité souffrante. La veuve et l’orphelin. De soulager les peines du monde. De sauver des petits enfants. De rendre plus douce la vie des personnes âgées … Et qu’est-ce que tu fais, le mouchard, l’indic, le vautour, le chien de garde des patrons … Accessoirement, tu me fais vomir.

Remarquez que lorsque votre toubib vous prend entre 20 et 25 euros pour vous soigner, cette boite de pourris vous fait une offre promotionnelle à 108 euros pour cafter.

Et vu que ce sont les patrons qui payent, que va être tenté de dire le toubib s’il veut être contacté de nouveau par le gentil payeur ? Que le malade est au fond du trou parce que son employeur est un triste empaffé ? Ou que c’est un vilain resquilleur qui ne veut pas aller faire gagner de l’argent à son gentil patron ? Devinez ?

Si ces pourris qui s’appellent médicat-partners (remarquez le doux anglicisme du nom pour montrer que ce sont de vrais gagnants) trouvent que je suis méchant avec eux, que je n’ai qu’à me mêler de mes affaires, je leur répondrai qu’ils avaient qu’à pas commencer en m’envoyant leur mail de merde. Et que la boite qui leur fait le mailing est pas très forte pour que ça arrive chez moi.

Je vous laisse, je me sens un peu barbouillé, je me demande si je vais aller bosser demain …

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 23:33

Où pourrions nous nous voir en chair et en os dans les jours qui viennent ?

Pour commencer samedi prochain, le 26, de 10h30 à 12h30 je retourne à la médiathèque Jean-Jacques Rousseau de Montpellier terminer le tour du monde du polar que j’avais commencé il y a presque un an.

Quelques jours plus tard je serai avec tous les copains à la Librairie de la Renaissance à Toulouse les 9, 10 et 11 octobre prochains pour ça :

A bientôt ?
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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 23:30

Quelques liens rien que pour vous …

Pour les anglophones, le nouvel Ellroy sort aujourd’hui en anglais. Sarah Weinman recense les innombrables articles qui causent du bébé.

Jean-Pierre Martin fait fort, encore et toujours. Heureusement qu’il est là celui-là.

Le festival de Toulouse approche à grands pas et son blog continue à vous proposer les portraits des auteurs invités.

Une initiative assez rigolote de nos amis catalans de la Bobila (l’équivalent barcelonais de la BILIPO) : Une carte Googlemap avec dessus les libraires et bibliothèques spécialisées dans le polar. Elle est à compléter bien entendu, et comme je vais les voir bientôt au festival polar de Toulouse, je ne manquerai pas de leur en causer …

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 22:05

Quand j’ai reçu L.A. Noir de Tom Epperson j’ai hésité entre deux impressions contradictoires. L’agacement en lisant l’inévitable petite phrase de quatrième de couverture, signée Robert Crais cette fois (d’habitude c’est Ellroy, Connelly ou Coben qui s’y collent) nous faisant part de son enthousiasme. Allez savoir pourquoi ça a le don de m’énerver, comme les rires enregistrés, ou « Vu à la télé » sur un produit de supermarché. Et l’envie de lire grâce à une belle couverture, et surtout en voyant que c’est Patrick Raynal qui l’avait traduit. Parce que j’ai supposé que s’il l’avait traduit c’est qu’il lui avait plu.

Et après lecture, je suis encore partagé …

 

Danny les deux flingues est un des hommes de Bud Seitz. Comme ses collègues truands, son patron est en pleine crise. La fin de la prohibition vient d’être votée et la pègre de L.A. et d’ailleurs, doit s’adapter. Mais Danny a bien d’autres problèmes. Il ne se souvient de rien. De rien qui date d’avant quelques mois, quand il a pris un coup de clé à molette sur la tête. Alors il demande à droite et à gauche comment il était. Parce qu’étrangement Danny, qui a une réputation de tueur, ne se sent pas à l’aise avec les armes. Pour compliquer le tout il est en train de tomber amoureux de Darla, la poule de Bud. Et ça ce n’est pas bon pour sa santé.

 

Coté points positifs, le premier important, très important, je ne me suis pas ennuyé et je l’ai lu avec plaisir. C’est du bon travail, léché, bien construit, très classique. L’époque est bien rendue, les personnages plutôt réussis. L’auteur prend son temps (un peu trop parfois quand même), sait alterner les scènes de tension et les périodes de calme. Il sait surtout éviter la coloration sépia et le discours attendu sur l’honneur, les truands d’autrefois … Les truands sont des brutes, des épais encore plus méchants que bêtes, sans le plus petit code d’honneur. Ils ne recherchent que leur propre plaisir immédiat, sans se soucier de ceux qu’ils doivent écraser pour cela. Ca se lit donc avec plaisir.

 

Côté points négatifs, c’est … trop classique. On se demande presque pourquoi écrire aujourd’hui un polar qui semble venir directement des années cinquante. Et le classicisme va jusqu’à frôler le cliché avec le vieux dandy homosexuel, la vamp parfois touchante, la gamine maltraitée mais très vive et attendrissante … Dans le même ordre d’idée, certaines scènes sont très, très prévisible, surtout à la fin, où on sait très longtemps à l’avance qui va mourir, qui va s’en sortir et qui va abandonner qui. Et puis la fin est quand même un peu gentille … Ce qui cadre d’ailleurs avec le titre anglais (The kind one), mais pas trop avec sa traduction française (L.A. Noir).

Impression mitigée donc, et je suis curieux de voir si d’autres l’ont lu, et ce qu’ils en ont pensé.

 

Tom Epperson / L.A. Noir, (The kind one, 2008) Le cherche midi (2009), traduit de l’américain par Patrick Raynal.

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 14:20

On ne peut pas dire que je m’y prenne dans l’ordre, mais je vais quand même y arriver. Après le choc de la Religion, j’étais curieux de lire les polars de Tim Willocks. Mais je m’y suis mal pris et je finis donc par Bad city, qui vient pourtant avant Les rois écarlates.

 

Une ville de Louisiane écrasée par la chaleur humide du mois d’août. Callilou, ex prostituée, camée, femme d’un pasteur télévangéliste s’est associée avec Luther, un ancien du Vietnam et quelques truands pour dévaliser la banque où son mari a des responsabilités. Elle s’apprête maintenant à doubler tous ses associés avec l’aide de Cicero Grimes, un psy complètement déjanté. Cicero est le frère de Luther, et il a juré de le tuer. Comme si les choses n’étaient pas assez compliquées, Clarence Seymour Jefferson, flic colossal, brillant, sadique et complètement allumé, est mis au courant par hasard et décide d’entrer dans la danse. Une danse mortelle qui ne peut s’achever que par un bain de sang.

 

La vache. Quand on est lecteur de polar, on a forcément vu son comptant de fous furieux, de sadiques, de flics immondes, de tueurs déjantés … Mais même comme ça, les personnages de Tim Willocks sortent vraiment du lot. A commencer par le personnage extraordinaire de Clarence Jefferson qui constitue un des méchants les plus réussis mais également des plus ambigus de la planète polar qui en compte pourtant quelques-uns.

 

Bad city blues est d’une noirceur, d’une folie, d’une violence rarement égalées. Et pourtant l’auteur réussit le miracle de ne jamais donner l’impression de faire du sensationnel, de racoler, d’en rajouter pour accrocher le voyeur. Il est impressionnant de voir comme il maîtrise ses personnages, sa narration et mène le lecteur par le bout du nez, l’amenant où il veut sans lui laisser jamais la possibilité de le lâcher ; comme il impose violence, folie et noirceur sans jamais rebuter. Du grand art.

 

Tim Willocks / Bad city blues, (Bad city blues, 1991) Points (2007), traduit de l’anglais par Elisabeth Peellaert.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 12:34

C’est sur le blog de Marc Villard que j’ai remarqué Un pied au paradis de Ron Rash. Ce qu’il en disait m’a donné envie, je n’ai pas été déçu.

 

Nous sommes dans les années cinquante, quelque part à la frontière entre la Caroline du Nord et la Caroline du Sud. Une terre qui fut enlevée aux Cherokee. Les paysans qui la travaillent sont sur le point d’en être dépossédés à leur tour. La compagnie électrique Carolina Power rachète les terres pour construire un barrage. C’est dans cette atmosphère tendue que le shérif Alexander, fils et frère de paysans, enquête sur la disparition de Holland Winchester, un ancien soldat fauteur de troubles. Un drame raconté à cinq voix, par le shérif, son adjoint et trois des protagonistes.

 

Etonnant comme cette description de l’Amérique rurale des années cinquante ressemble à celle des années trente de Steinbeck ou du Honky Tonk Man de Eastwood. Même âpreté, même dureté au travail, même attachement à une terre pourtant difficile, même sensation d’être dans un pays qui n’a rien à voir avec les grandes métropoles.

 

Tout cela très bien rendu par une langue qui colle au parler rural. L’auteur est prof d’université, mais son écriture sonne vrai, les dialogues fonctionnent parfaitement, sans qu’on n’ai jamais l’impression d’être face à un exercice artificiel.

 

Et c’est cette écriture, et le changement de narrateurs, qui rend aussi tangibles les non dits d’une époque et d’un lieu qui ne se prêtaient pas à l’expression des sentiments. Qui rend tangibles le poids de la religion, des superstitions et du regard des autres. Qui rend tangibles aussi la relation à la terre, l’odeur de la pluie, la douleur après un journée de boulot, la texture de la terre, le goût d’un pain de maïs, le désespoir devant la sécheresse et le bonheur quand enfin la pluie vient sauver la récolte, et par là même la survie d’une famille.

 

C’est âpre, rugueux comme du Larry Brown (même si Ron Rash n’a pas la même densité ni la même puissance), avec cette façon qui était la sienne de raconter les histoires de gens dont on ne parle jamais, qui ne sont jamais les héros de rien, et de les rendre passionnantes et émouvantes.

 

Une belle découverte.

 

Ron Rash / Un pied au paradis, (One foot in Eden, 2002) Editions du Masque (2009), traduit de l’américain par Isabelle Reinharez.

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 22:00

Passer d’Ernesto Mallo à Pablo de Santis, c’est faire le grand écart aux deux extrêmes du polar argentin. Le premier, proche de la rue, très politisé est dans la droite ligne du nouveau polar latino-américain dont le père est Paco Ignacio Taibo II. Le second est plus philosophique que politique, et s’inscrit clairement dans l’héritage de Borges et Bioy Casares.

Sigmundo Salvatrio est le fils d’un cordonnier de Buenos Aires. Il a toujours été fasciné par les récits des exploits des détectives privés, et en particulier par ceux des plus grands d’entre eux, rassemblés au sein du Cercle des Douze. Lorsque Renato Craig, l’un des fondateurs du Cercle, ouvre un cours pour devenir détective, Sigmundi se précipite. Et quelque mois plus tard, en 1889, c’est le miracle, son maître malade le choisit pour aller le représenter à Paris, où le Cercle des Douze doit se réunir pour la première fois au complet à l’occasion de l’exposition. Sigmundo va y rencontrer ses idoles et leurs assistants et se retrouver pris dans une affaire qui commence par le meurtre d’un détective au pied de la Tour de Monsieur Eiffel. Cette première enquête va le plonger au cœur des rivalités entre détectives, et lui faire rencontrer d’étranges personnages, membres de sectes aussi ésotériques que variées.

Comme je l’ai donc écrit plus haut, Pablo de Santis, brillant comme à l’accoutumée, se place dans la droite ligne d’un Borges, avec ce roman policier qui rend hommage aux vieux maîtres des romans de détection. A la fois respectueux et distancié, il retrouve le ton et le style d’alors, s’amuse à multiplier les fausses pistes, joue des clichés et des archétypes.

Au-delà du plaisir ludique, il décrit un monde arrivé à un tournant. Ce moment charnière se trouve symbolisé par la Tour Eiffel qui cristallise les haines de ceux qui ne veulent pas entrer dans une époque qu’ils ressentent comme hostile, une époque qui va peu à peu supprimer mystère et magie pour les remplacer par la science et la technique. Une époque que les détectives incarnent, eux qui sont sans cesse à la recherche de la vérité et qui veulent tout expliquer.

C’est dans ce mélange des genres, dans sa façon de rendre hommage à une forme de littérature populaire tout en faisant œuvre d’érudition que Pablo de Santis est brillant : à la fois ludique et cultivé, respectueux et iconoclaste (ses détectives sont subtilement différents de leurs prédécesseurs, ils ont été touchés par le crime et ne peuvent plus prétendre être de purs esprits), il livre un exercice de haute voltige maîtrisé avec art.

Pablo de Santis / Le cercle des douze, (El enigma de Paris, 2007) Métailié (2009), traduit de l’espagnol (Argentine) par René Solis.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 08:21

Le suisse Colin Thibert (oui, même si ses polars se déroulent en France, il est suisse) revient avec un nouveau roman tout aussi extravagant que les précédents. Cahin chaos mettait en scène une fille très très moche, l’héroïne du Festin d’Alice est une véritable bombe, mais sa vie n’en est pas facilitée pour autant. Il faut dire qu’en général les personnages de Colin Thibert n’ont pas la vie facile …

Alice Delain est une véritable beauté. Elle mériterait d’être habillée par les plus grands couturiers et de manger dans les restaurants les plus fins. Elle en est persuadée. Malheureusement Alice est fonctionnaire de police à la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes), avec un salaire qui ne permet pas vraiment de telles extravagances. C’est lors d’une perquisition dans un appartement ravioli (sorte de cagibi puant où une armée de chinois exploités cuisinent pour les restaurants de Paris) que sa vie va changer. Dans un congélateur elle trouve un magot (modeste), mais surtout un carnet noir, plein de choses écrites en chinois. Sa rencontre avec Jean-Luc, ancien chercheur toujours fauché, aujourd’hui traducteur de chinois pour la police va lui ouvrir des horizons insoupçonnés, mais également la mettre en contact avec des gens beaucoup plus dangereux que dans ses pires cauchemars.

Du Colin Thibert 100 %. Des personnages partout, une intrigue des plus échevelées, des situations qui devraient faire pleurer mais qui finissent par faire rire parce que c’est comme ça qu’il écrit. La scène d’ouverture, avec la découverte de l’appartement où quelques chinois exploités par une véritable sorcière cuisinent dans des conditions d’hygiène dantesques vaut à elle seule son pesant de cacahouètes.

Et puis, mine de rien, derrière la farce, une charge bien grinçante qui n’épargne personne (flics racistes, intellos à morale variable, ados glandeurs, français plus que moyens ou exploiteurs chinois, il y en a pour tous) contre notre belle société qui ne sait se jauger qu’à l’aune de la consommation. Et en prime un belle collection de clichés et de conneries racistes, d’un racisme bien ordinaire, comme on en croise tous les jours. (Même chez nos ministres parait-il … Mais là n’est pas le sujet.)

Certains peuvent reprocher à Colin Thibert d’en faire trop, de trop en mettre, de ne pas resserrer, de trop laisser la bride à son imagination qui est plus que féconde. A contrario, difficile de lui reprocher de manquer d’idées, de souffle ou de générosité ! C’est ensuite question de goût, moi j’aime bien sa cuisine, mais il faut dire que je préfère les festins que les menus régime.

Colin Thibert / Le festin d’Alice, Fayard/Noir (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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