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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 23:39

On peut lire, ici ou là, sur les blogs ou les forums, cette exhortation incantatoire : Lisez La religion de Tim Willocks : IL FAUT LIRE La religion de Tim Willocks. Ils ont raison sur les blogs et les forums, et je vais ajouter ma voix à celles, nombreuses, des nouveaux adorateurs de ce roman monstrueux, par sa taille (plus de 800 pages), par son talent, par son écriture, par sa force, par la puissance de son évocation … Mais commençons par le commencement :

 

1565. Soliman le Magnifique, sultan des Turcs, a décidé d'éradiquer un de ses plus féroces ennemis : l'Ordre de Malte, aussi nommé La Religion. Il envoie des dizaines de milliers d'hommes assiéger ces moines soldats fanatiques dans leur propre forteresse. Dans le même temps, un Inquisiteur débarque sur l'île pour tenter de permettre au Pape de reprendre le contrôle de cet ordre, extrêmement riche, et de plus en plus indépendant de Rome. C'est dans ce contexte pour le moins trouble que Matthias Tanhauser, aventurier d'origine hongroise, ayant servi pendant des années dans les troupes d'élite turques avant de s'installer comme trafiquant d'armes en Sicile se laisse convaincre par une belle comtesse de l'aider à récupérer son fils à Malte. Il ne se doute pas qu'il va ainsi mettre les pieds en enfer.

 

« James Ellroy a transfiguré le thriller, Stephen King a réinventé le roman d'horreur. Avec la religion, Tim Willocks renouvelle le roman historique. » Peut-on lire en quatrième de couverture. En général ce genre de jugement à l'emporte-pièce m'énerve. Force est de constater qu'ici, il est parfaitement justifié.

 

Magistral, époustouflant, impitoyable, bouleversant … Les adjectifs manquent pour décrire le monstre. Plus de 800 pages de folie, de fureur, de sang, de merde, d'exploits, d'amour, de haine brûlante, de fanatisme et de raison, de courage insensé, de mépris, de poésie, de … Que l'on prend en pleine poire, incapable d'arrêter ne serait-ce qu'un instant pour souffler. Et au milieu des pires horreurs, des pages d'une tendresse inimaginables.

 

Du grands spectacle total, jamais vu, jamais lu, mais aussi des scènes intimistes bouleversantes de bonheur ou encore plus effrayantes que les batailles les plus atroces. Une ampleur, une puissance ébouriffantes, et des dialogues parfaits.

 

Des personnages inoubliables, complexes, capables de nous étonner après plus de 800 pages passées en leur compagnie, d’affreux salopars absolument infects (ce qui est quand même la clé de tout bon roman noir), des héros ambigus mais flamboyants, des fanatiques que l’ont devrait haïr mais dont on ne peut s’empêcher, par moment, d’admirer le courage et la force …

 

Une capacité à faire ressentir la trouille, l’odeur de merde et de putréfaction, mais aussi l’exaltation, l’appel de l’héroïsme, la sensation purement divine de disposer de la vie des autres, d’être plus forts qu’eux … Tout ce qui fait qu’hier, aujourd’hui, et n’en doutons pas demain, les hommes ont aimé, aiment, et aimeront toujours, d’une façon ou d’une autre, faire la guerre.

 

Du suspense, un souffle au service d'un message qui ne saurait être plus d'actualité : les fanatiques et les puissants s'en tirent toujours, c'est le "petit peuple" qui trinque, et qui trinque lourdement.

 

Des changement de rythme, de ton, de perspective, de camp, qui toujours relancent l’intérêt du lecteur, au service d’un message martelé sans lourdeur : qu’importe le Dieu invoqué, qu’importe les raisons données par les Grands, tout n’est que prétexte à envoyer la plèbe au casse-pipe et celui d’en face est, bien entendu, un envoyé du Diable (tient, on n’a pas entendu ça récemment ?)

 

Et une fin absolument admirable, qui permet, enfin de retrouver un semblant de paix et de sérénité.

Enfin bref, pour résumer en cinq mots : IL FAUT LIRE LA RELIGION. C’est clair ?

 

Tim Willocks / La religion, (The religion, 2006) Sonatine (2009), traduit de l’anglais par Benjamin Legrand.

 

PS. Difficile de classer le monstre dans mes petites catégories, il faudrait inventer une catégorie pour lui tout seul. Bof, je le mettrais dans les polars grands bretons, avec ses purs polars que je vais maintenant m’empresser de lire.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars grands bretons
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27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 23:28

Sur le web on ne lit que du bien sur Guillermo Arriaga, à juste titre. J’avais déjà beaucoup aimé la finesse de Un doux parfum de mort, et je ne lisais que des critiques enthousiastes de L’escadron guillotine. Grâce aux vacances, et au calme éditorial qui les accompagne, j’ai enfin pu le lire.

 

Au lendemain de la sanglante bataille de Torreon, Velasco, avocat, membre de la haute société mexicaine et inventeur doué, a une excellente  idée. Vendre à Pancho Villa une guillotine améliorée par ses soins, qui devrait lui permettre de terroriser (encore plus) ses ennemis. La démonstration est un immense succès. Pancho Villa est enthousiaste. Tellement enthousiaste, qu'au lieu d'acheter l'engin, il offre à Velasco et ses deux aides un honneur … qui ne se refuse pas : Il les enrôle dans son armée. Ils seront l'escadron guillotine. Voilà donc ce pauvre Velasco mêlé à l'armée révolutionnaire, des gens qui ne sont même pas de son milieu ! Mais peu à peu, l'appel de l'Histoire …

 

Avec ces 150 pages d'un humour aussi noir que ravageur absolument délicieux Guillermo Arriaga montre qu’il est aussi à l’aise dans le roman historique (noir) que dans le polar tout court. Enfin délicieux, est-ce vraiment l'adjectif qui convient ?

 

Noir, très certainement, les têtes tombent, roulent, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Historique sans conteste possible, et fort instructif au demeurant. On y apprend beaucoup de chose, et on a la chance, grâce à Arriaga, d’assister à la rencontre entre les deux légendes de la révolution mexicaine, Pancho Villa et Emiliano Zapata. Très très mexicain également dans sa façon de rire de la mort.

 

Superbement écrit, ce qui, bien entendu, ne gâte rien, et surtout très drôle. Car oui, on ne peut que rire des déconvenues de ce pauvre Velasco, obligé de faire tomber les têtes de ses anciens condisciples, pour la plus grande joie de « rustres » qui sont devenus ses nouveaux compadres.

 

Un petit bijou de finesse, d’humour et de noirceur. A lire, vraiment.

 

Guillermo Arriaga / L’escadron guillotine, (Escuadrón guillotina, 1994) Points (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 20:22

J’ai déjà dit ici même le plus grand bien de Pierre Pevel et des Lames du Cardinal. J’en attendais la suite avec impatience. La voici avec L’alchimiste des ombres.

 

Le règne de Louis XIII se poursuit, malgré les guerres qui se préparent, l'hostilité de l'Espagne et les nombreux complots contre le roi, et surtout son premier ministre le cardinal de Richelieu. Parmi les ennemis les plus dangereux du royaume, la Griffe Noire. Cette société secrète sert les dragons, une race très ancienne, qui contrôle toute la cour espagnole, et est pour l’instant tenue en échec en France.

 

En cette année 1633, La Fargue et les Lames du Cardinal, une demi douzaine d'hommes et de femmes regroupant les meilleurs escrimeurs de France doivent rencontrer une aventurière italienne qui prétend avoir des documents prouvant qu'un complot contre le trône de France est en cours. Les Lames auront fort à faire contre un adversaire redoutable que La Fargue connaît bien. Un dragon connut sous sa forme humaine comme l'alchimiste des Ombres.

 

Une fois de plus du grand, très grand spectacle. Combats, complots, magie, suspense … Comme chez le grand Dumas à qui il est rendu hommage. Sans jamais tomber dans le pastiche, avec un vrai talent et une bien belle écriture.

 

Pierre Pevel maintient dans ce second volet des Lames du Cardinal tout l'intérêt du premier roman, et confirme que l'on peut, aujourd'hui, écrire un roman de cape et épée fascinant.

 

On sent derrière l'apparence facilité de l'écriture toute une recherche et une grande érudition parfaitement digérées, qui enrichissent le récit et lui donnent de la chair. On sent la puanteur parisienne, on voit les ruelles, les enseignes, on croit aux fêtes des Grands du royaume … Tout sonne vrai, solide. Le fantastique vient pimenter la sauce, apporte une dimension supplémentaire, un métissage fort bien venu.

 

Avec cette nouvelle série, Pierre Pevel confirme entièrement le talent que lui connaissent ceux qui ont déjà lu et apprécié sa série consacrée à Wielstadt. Et comme une bonheur n’arrive jamais seul,  de toute évidence, il y a une suite !

 

Pierre Pevel / L’alchimiste des Ombres, Bragelone (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans SF - Fantastique et Fantasy
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 01:24

Depuis sa première apparition dans Bangkok 8, Sonchaï Jitpleecheep, flic dans le 8° district de Bangkok créé par l’anglais John Burdett est sans doute un des personnages les plus originaux du polar mondial. Il revient, une troisième fois, dans Bangkok psycho.

 

Il est toujours flic dans le 8° district de Bangkok, sous les ordres du tout puissant colonel Vikorn. Il est aussi toujours actionnaire du bordel que tient sa mère. Toujours boudhiste, et toujours le seul flic incorruptible de Bangkok. Ce qui en fait un être assez à part. Il est rare qu'il perde son calme, ou soit étonné. Et pourtant … Il vient de recevoir un DVD, contenant un snuff movie où Damrong, une prostituée dont il avait été désespérément amoureux, est mise à mort. Et même s'il semble être le seul à s'intéresser au sort de Damrong, même s'il doit se heurter à de très puissants personnages, Sonchaï est bien décidé à découvrir qui a organisé cette horreur.

 

Et allez, un snuff movie, un flic amoureux d’une pute, encore du sensationnel, du rabattu, du rabâché, de la perversion pour voyeurs … C’est vrai, on a tout ça, mais c’est en même temps une erreur. Une grave erreur.

 

Certes, avec un tel point de départ, il se pond du thriller plus ou moins frelaté au kilomètre. Mais John Burdett est d'une toute autre trempe, ceux qui ont lu Bangkok 8 et Bangkok Tatoo le savent.

 

Apprêtez vous donc à une plongée de plus dans l'enfer bouillonnant d'énergie de Bangkok, dans un ouragan de bruits, d'odeurs, de saveurs. Préparez vous à prendre de plein fouet le choc des civilisations occidentales et Thaïs, préparez vous à l'immersion dans un monde incompréhensible, et que pourtant l'auteur arrive à nous faire percevoir. Préparez-vous aux pires horreurs générées par la misère, la guerre, le désespoir …

 

… et en même temps préparez vous à l'énergie souriante la plus euphorisante qui soit. Préparez vous à l'humour, à l'amour et à la critique la plus radicale de nos manières d'occidentaux, mais également à celle des tares d'une société thaï corrompue jusqu'à l'os.

 

Préparez-vous à abandonner vos certitudes. Et préparez vous à de sacrés surprises, et un traitement totalement nouveau d’un thème pourtant usé (et abusé) jusqu’à l’os. Préparez-vous, puis lisez, Bangkok psycho, sans faute.

 

John Burdett / Bangkok psycho, (Bangkok haunts, 2007) Presses de la cité/Sang d’encre (2009), traduit de l’anglais par Thierry Piéla.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans polars asiatiques
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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 01:19
Il est très tard, je viens de rouler, je rentre de vacances, mais je suis déjà fidèle au poste !

A venir mes notes de lectures, toutes très bonnes, avec :

John Burdett en Thaïlande, Pierre Pevel chez les mousquetaires, Guillermo Arriaga chez Pancho Villa, le monstrueux Tim Willocks à Malte, le hors série du magazine littéraire sur le polar ...

A tout de suite.
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Published by Jean-Marc Laherrère
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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 21:28

Vive les vacances,

Plus de pénitences,

Les cahiers au feu

Et les maîtres au milieu.

 

Je blague, je les aime bien les maîtres, et il fait trop chaud pour faire un feu.

Quinze jours de pause donc, et retour au blog, avec tout un tas de chroniques, à commencer par le dernier John Burdett, Bangkok Psycho, impressionnant, et la suite des Lames du cardinal de Pierre Pével, mousquetaires, duels, complots, courtisanes et une pincée de fantastique pour relever le tout. J’en salive. Ca s’appelle L’alchimiste des ombres.

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Published by Jean-Marc Laherrère
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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 23:55

C’est un copain qui m’a conseillé de lire les petits polars de Gabriel Trujillo Muñoz. J’ai commencé par Tijuana city blues. Je le remercie du conseil.

 

Miguel Angel Morgado a déjà choisi un boulot pas facile : avocat défenseur des droits de l’homme à Mexico DF. Pas facile donc, mais carrément impossible, si vous avez chez vous des charpentiers menant un boucan d’enfer. C’est peut-être pour ça qu’il accepte immédiatement quand un des ouvriers lui demande de retrouver ce qu’est devenu son père. Tout ce qu’il en sait, il le doit aux souvenirs de sa mère morte récemment, et aux quelques photos qu’elle lui a laissé. On y voit le papa, d’origine américaine, en compagnie de deux gros bras, mais aussi de William S. Burroughs et de Jack Kerouac. Il a disparu en 1951, lors d’un échange de coups de feu entre trafiquants de drogue et flics à Tijuana.

 

J’ouvre une parenthèse tristement prosaïque pour évacuer tout de suite ce qui gène dans ce roman, et qui n’a strictement rien à voir avec la qualité littéraire du texte : 12,50 euros pour 88 pages, forcément, ça fait hésiter. J’imagine qu’il est impossible à la maison d’édition, Les allusifs de faire moins cher. Mais, je suis obligé de reconnaître qu’à part pour les bibliothèques, et les amoureux des livres (parce que l’objet est superbe), ça fait réfléchir. Fin de la parenthèse.

 

Sinon, on reste admiratif devant cette novella qui, sur un format aussi restreint, réussit l’exploit de :

planter le décor,

créer un personnage récurrent consistant (et pas seulement un archétype ou une caricature définis en deux phrases),

faire surgir une belle galerie de personnages secondaires,

last but not least, tricoter une intrigue qui tient la route et permet à l’auteur de parler autant du présent que du passé.


Ouf ! Bien des auteurs n’en font pas autant en plus de six cent pages.

 

En plus le style est à la fois efficace (on s’en doute) et truculent, et l’auteur réussit à émailler son récit de quelques digressions  fort bienvenues qui rajoutent au charme (parfois bien sombre) du roman. Je vais donc, de ce pas, lire les autres.

 

Gabriel Trujillo Muñoz / Tijuana city blues, (Tijuana city blues, 2006) Les allusifs/ ¾ polar (2009), traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 22:55

Julien Gras, après avoir tenté d’écrire, s’est installé comme bouquiniste à Paris. Un matin plutôt tranquille il reçoit la visite de trois gros bras qui le menacent des pires ennuis s’il ne retrouve pas, en moins de trois jours, un manuscrit inédit de Boris Vian. Inquiet, mais surtout curieux, Julien part alors en chasse. Une chasse qui le fera voyager de Paris à Eus (c’est dans les Pyrénées Orientales) en passant par Bordeaux.

 

Premier point, ce roman s’adresse uniquement à ceux qui aiment Boris Vian. Mais je n’ose envisager qu’il y ait ici des gens qui n’aiment pas Boris Vian. Premier point réglé donc.

 

Deuxième point : Il existe deux sortes d’érudition. L’érudition sentencieuse et pompeuse (donc chiante), et l’érudition joyeuse et partageuse. Ce réjouissant roman de François Darnaudet appartient, bien évidemment, à la seconde catégorie !

 

Bison ravi et le scorpion rouge ou comment apprendre en s’amusant. Erudit donc, jamais chiant, fourmillant d’extraits plus joyeux les uns que les autres, mettant en lumière tous les talents de l’immense Boris, mené avec vivacité et humour, cet hommage à la Pierre de Gondol (qui d’ailleurs est cité par l’auteur) est incontournable pour tout amateur de Boris Vian. Donc pour tous ceux qui passent par ici, si l’on se réfère au premier point. L’enquête littéraire est enlevée, le voyage à travers la France plaisant, les personnages … vianesques. Tout pour plaire.

 

Et juste au moment où l’on croit le roman est terminé , au moment où l’on s’apprête à le refermer, on trouve, juste après la bibliographie complète de Boris Vian, cette perle :

 

« Réussir, ce n’est pas gagner de l’argent. Regardez Alfred Jarry . Pour moi, c’est un type qui a réussi brillamment. » Boris Vian.

 

Merci Monsieur Vian, Merci Monsieur Darnaudet.

 

François Darnaudet / Bison ravi et le scorpion rouge, Mare Nostrum (2009).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 21:24

Un petit coup de mou ? Besoin d’un remontant ? Marre d’entendre du Delerm ? Fatigué d’avance par les embouteillages et le tube fadasse de l’été ? J’ai une solution pour vous redonner le moral, la pêche, la patate. Soul Power, le documentaire de Jeffrey Lévry-Hinte.


Kinshasa, 1974, Muhammad Ali est là pour regagner sa couronne poids lourds face à George Foreman. En parallèle quelques allumés, car il fallait l’être, décident d’organiser un festival de soul aussi monumental que le combat à venir. Soul Power, c’est le documentaire qui retrace ces trois jours de folie.

Une première partie suit les préparatifs. Et on ne peut s’empêcher de penser à l’énergie, à la folie, à la passion qu’il a fallu, en 1974, à une époque où on ne trouvait pas si facilement toutes les infos sur internet, pour organiser un événement aussi monstrueux à Kinshasa ! Une ville dont la plupart des musiciens n’avaient sans doute jamais entendu parler. Et les prodiges de persuasion qu’il a dû falloir déployer pour convaincre les investisseurs privés de participer, et les plus grands noms de la scène noire américaine de faire le déplacement.

 

 

Cette première partie, qui se déroule entre Kinshasa, où l’on voit des organisateurs de plus en plus épuisés, obligés de régler, un à un, les innombrables problèmes techniques et politiques (l’hôte, ce cher Mobutu, n’est pas forcément l’interlocuteur le plus facile à manœuvrer …), et aux US où les stars embraquent toutes pour ce voyage  fantastique. Sur place, le représentant des investisseurs semble un poil inquiet : les artistes arriveront-ils à temps ? Vont-ils se faire payer pour les contretemps ? Où trouver l’argent réclamé pour installer des câbles non prévus ? Que faire si le Président veut décaler le festival ? … Dernière tuile en date, le combat Ali-Foreman est reporté ! Mais, The show must go on.

 

 

Puis c’est l’arrivée, les retrouvailles avec un Muhammad Ali très, très politisé, la rencontre avec l’Afrique, et le concert, monumental. La seconde partie est consacrée au concert. Elle est à la fois enthousiasmante et frustrante. Frustrante parce qu’on n’a droit qu’à un morceau par artiste. Et quand on voit le plateau, Miriam Makeba, impériale, Celia Cruz dans une robe hallucinante, au milieu des Fania All Stars où l’on trouve un certain Ray Baretto aux congas, les Crusaders dans un instrumental funky de feu, BB King d’une évidence et d’une simplicité aveuglantes dans ses interventions à la guitare qui dit, dans les loges, qu’il y a eu quelques bons moments durant le concert ( ! ), Bill Withers dans une balade déchirante, seul à la guitare entre deux déferlantes de cuivres déchaînés … et la vedette du concert, James Brown, au meilleur de sa forme.

 

Ben voilà, on trépigne, on a un sourire d’une oreille à l’autre, et la frustration de passer, déjà, au groupe suivant est immédiatement noyée par l’énergie du nouveau venu. Et quand ça s’arrête, on repartirait bien pour un, ou plusieurs tours.

 

Conclusions : Un, allez-y si ça passe près de chez vous. Deux, si quelqu’un a une quelconque influence sur les producteurs, distributeurs … Il pourrait pas lui demander une version longue en DvD ?

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Cinéma
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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 00:49

Quand on parle de la révolution cubaine, on pense à Fidel Castro et au Che. Mais il y en a une autre, antérieure, celle de José Marti, qui a vu Cuba se défaire de la colonisation espagnole. C’est aux prémices de cette révolution là que Angel Tomás Gónzalez Ramos nous convie avec Les anges jouent des maracas.

 

La Havane en ce mois de janvier 1887 est en pleine ébullition. Politique, en ces temps où le sort de l’île se joue entre les espagnols qui ne veulent pas perdre leur dernière colonie, les indépendantistes créoles, qui voudraient être maîtres de leur futur, et le grand voisin américain, puissance industrielle en plein essor, qui voudrait mettre la main sur la production de sucre cubaine. Culturelle, avec la venue de Sarah Bernhardt, et celle du grand matador espagnol Luis Mazzantini. Et policière avec la découverte du corps sans vie d’un mulâtre vêtu d’habits de femme. Qui du gouverneur Sabas Marin, du chef de la police Regino Trujillo, de l’inspecteur Juan Bautista Valiente en charge de l’enquête, ou de l’aventurière gringa Elisabeth Garden saura, ou pourra, tirer son épingle d’un jeu faussé dès le départ ?

 

Dommage. Dommage que ce roman historique plutôt réussi soit en même temps un polar … plutôt raté. J’explique.

 

Le contexte historique, dans toute sa complexité est bien rendu. Les vrais enjeux économiques, cachés sous les discours idéologiques (et parfois sincères) sont parfaitement mis en lumière. La ville surtout, lieu d’affrontement de tous les intérêts qui tournent autour de l’île est le vrai personnage du roman, tout tourne autour d’elle, et elle est fort bien décrite. Les personnages historiques, comme la diva Sarah Bernhardt sont très bien intégrés au récit …

 

Au détriment, justement des autres personnages, et c’est là que le bât blesse. Ils sont esquissés, mais à part peut-être Elisabeth, la belle aventurière, il ne sont qu’esquissés. On ne s’y attache pas, on ne comprend pas toujours ce qui les fait agir, et en fait, on s’en moque un peu. On découvre par exemple un lourd secret dans le passé de l’enquêteur, mais à aucun moment dans le cours du récit rien n’a laissé supposer qu’il souffrait de ce passé pourtant traumatisant. Du coup, on ne le comprend plus, et son sort nous indiffère. Même l’enquête est à peine effleurée.

 

Cela donne l’impression que l’auteur s’est dit qu’il lui fallait un prétexte policier pour raconter l’histoire qui lui tenait à cœur, mais sans aller au bout de sa démarche. Dommage. Il lui aurait fallu creuser le caractère policier, ou opter plus franchement pour un roman historique.

 

Mais peut-être suis-je passé à côté de ce roman.

 

Angel Tomás Gónzalez Ramos / Les anges jouent des maracas, (Los ángeles tocan maracas, 2008) L’atinoir (2009), traduit de l’espagnol (Cuba) par Jacques Aubergy.

 

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars latino-américains
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