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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 21:19

Vous ignorez sans doute où se trouve le comté d’Absaroka. Je l’ignorais jusqu’à ces derniers jours. C’est dans le Wyoming, moitié ouest des US, au sud du Montana. Ca va mieux ? Pourquoi en parler ? Parce que Walt Longmire, shérif du comté d’Absaroka, est le héros de Little Bird, roman de Craig Johnson, la dernière découverte des éditions Gallmeister.

 

En général, son boulot consiste à arrêter des chauffeurs saouls comme des vaches, séparer des couples qui se castagnent, ou régler des conflits de pâturages. Sauf quelques années auparavant où il a arrêté quatre jeunes gens qui venaient de violer une jeune Cheyenne souffrant de légères déficiences mentales. Les quatre s’en étaient sortis avec des peines minimales. Le plus agressif des violeurs, Cody Pritchard, vient d’être trouvé par des chasseurs, abattu d’une balle de très gros calibre. Accident de chasse, coïncidence, ou début d’une vengeance ? La tranquillité de Walt semble prête à voler en éclat, alors que la première tempête de l’hiver est annoncée.

 

Du Gallmeister pur jus. Comme William Tapply ou Jim Tenuto. Les grands espaces (ici, après le Montana et le Maine, le Wyoming), une nature magnifiquement décrite, personnage à part entière du roman ; des personnages hors norme, qu’on aime instantanément ; une intrigue qui tient la route ; des dialogues qui claquent ; quelques morceaux de bravoure. Emballez, c’est pesé, vous avez là un nouvel auteur qui fait souffler un vent frais sur le polar.

 

Ce n’est pas d’une originalité bouleversante dans la structure (contrairement à Edward Abbey, toujours chez Gallmeister, que je mets à part), mais c’est impeccable, et le décor est, lui, assez rarement utilisé pour surprendre. Un des plus de la série Walt Longmire (car il semble bien qu’il s’agisse d’une série), c’est le regard porté sur la communauté indienne. Un regard compréhensif, humain, chaleureux, jamais misérabiliste ni culcul.

 

Un autre c’est, comme dans la série écrite par Jaimie Harrison qui se déroule, elle, dans le Montana, parsemant le roman, la liste des plaintes et des interventions des services du shérif qui apportent une touche supplémentaire d’humour.

 

Bref, encore un excellent cru, à déguster sans modération. Vivement le prochain. Pour vous donner un aperçu de l’humour, je ne résiste pas au plaisir de citer la conclusion, que je trouve excellente :

 

« - Tu sais Lonnie m’a dit quelque chose sur ces oies …

J’attendis un moment, mais je finis par répondre.

Ah ouais ?

Tu sais pourquoi elles volent toujours en V ?

Non ?

Et pourquoi un côté du V est toujours plus grand que l’autre ?

Son silence dura une éternité, et il n’y avait rien que je puisse faire.

Pourquoi ?

Parce que … Il y a plus d’oies d’un côté que de l’autre. Hmm … Oui, c’est bien vrai. »

Craig Johnson / Little Bird, (The cold dish, 2005) Gallmeister Noire (2009), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 18:46

Une des grandes richesses du monde du polar, outre bien entendu l’essentiel, c'est-à-dire ses auteurs, est le réseau quasi illimité des bénévoles, associations, revues, site, fanzines … qui partout en France militent (c’est y pas un joli mot ça ?) pour faire partager leur enthousiasme.

 

Parmi les associations, il y en a

des vénérables, comme l’incontournable 813,

des qui vivent en milieu hostile comme les copains de la Noirôde, du côté de Cannes, qui essaient de promouvoir une littérature plutôt marquée à gauche dans une région plutôt marquée … à droite (à peine).

Des presque aussi vénérables que 813 comme le très dynamique Ours Polar de Christophe Dupuis du côté de Langon

Des qui organisent un festival internationalement reconnu comme Soleil Noir maître d’œuvre du génial festival de Frontignan.

Des toutes jeunes qui se lancent, comme … TPS (je ne pouvais pas l’oublier celle-là !)

Des, des, des … Des centaines je vous dit, vous en avez forcément autour de chez vous.


Je voulais ici en évoquer juste une de plus qui vient de m’envoyer sa revue. Ce sont des nantais, ils sont sur le web avec un beau blog, et ils éditent une revue très bien faite, L’indic qui en est à son second numéro. Avec :

 

Une bonne interview de deux des meilleurs duettistes du genre dans le monde du polar, j’ai nommé JB Pouy et JH Oppel.

Un dossier sur « polar, ghettos, banlieues » qui voyage intelligemment des US à la France.

Un article du maître en personne, j’ai nommé Claude Mesplède

….

 

Du très bon boulot donc, soigné, bien mis en page … à suivre en un mot.

 

Tant que j’y suis, un petit mot pour vous recommander d’aller jeter un œil sur un nouveau blog, il s’appelle carnets noirs.

 

Et une info pour les toulousains, Patricia Parry, Benoît Séverac, Jan Thirion et Maurice Zytnicki seront à Saint-Orens mardi 9 juin à partir de 18h30 pour discuter avec vous. Pour plus d’infos, c’est là.

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 22:42

Après le Sam Millar, il fallait sourire un peu. Quoi de plus indiqué que Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi le dernier roman de l’inénarrable finlandais Arto Paasilinna ?

 

Rauno Rämekorpi est un homme comblé. A soixante ans, il est marié avec une femme qu’il aime, se trouve à la tête d’une entreprise plus que prospère, et est reconnu comme l’un des industriels les plus influents de Finlande. Au soir de son anniversaire, il commande un taxi pour jeter les dizaines de bouquets qu’il a reçu (sa femme asthmatique ne supporte pas le pollen), et compte également distribuer force bouteilles de champagne et victuailles dans son usine.

 

Mais en route, une meilleure idée lui vient. Et s’il en faisait cadeau à ses nombreuses maîtresses ? Aussitôt dit, aussitôt fait, et c’est partie pour une longue virée de ripaille et de culbutes sur les lits les plus divers. Enchanté par sa tournée triomphale, Rauno compte bien rééditer l’exploit à Noël. Seul pépin, ses hôtesses se sont toutes aperçues qu’elles étaient un peu nombreuses sur la liste, et elles l’attendent de pied ferme …

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas le meilleur Paasilinna. Le choix fait dans ce roman de suivre ce vieux bouc de Rauno chez ses différentes maîtresses est par nature un brin répétitif. Et Paasilinna n’arrive pas complètement à supprimer l’impression de redite.

 

Ceci dit, on ne s’ennuie pas non plus, loin de là. Il y a une vitalité, une énergie, et bien entendu un humour qui emportent l’adhésion. Avec au passage quelques coups de griffes bien sentis (pas toujours en finesse, mais les griffes appartiennent à un ours plutôt qu’à un chat sauvage !), à la société finlandaise, au machisme, à l’alcoolisme … au reste du monde, et plus généralement à la connerie, quelle que soit son origine, sa race ou son sexe.

 

Le pire c’est qu’on finit par le trouver plutôt sympathique de Rauno. En prime, on croise le chauffeur de taxi étonnant  déjà rencontré dans La cavale du géomètre. Et j’aime beaucoup ces clins d’œil d’auteur à lecteur.

 

Pour se remettre donc, après une lecture éprouvante, cette tournée des grands ducs finlandaise est finalement un bon divertissement.

 

Arto Paasilinna / Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi, (Kymmenen riivinrautaa, 2001) Denoël (2009), traduit du finnois par Anne Colin du Terrail.

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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 23:07

Le polar irlandais se porte décidément très bien. Fayard Noir a découvert un nouvel auteur qui semble tremper sa plume directement dans la Guiness tant son propos est sombre. Voici donc Poussière tu seras (tout un programme) de Sam Millar.

 

C’est l’hiver, il a neigé, et il fait froid. Adrian, livré à lui-même depuis la mort de sa mère, découvre un os dans un bois proche de Belfast. Il le cache à son père, Jack, ancien flic reconverti à la peinture, qui passe plus de temps à cuver sa gnole et à déprimer qu’à s’occuper de lui. Non loin de là, Jeremiah, un barbier à l’ancienne, et Judith, sa femme qui cache un secret et une violence effroyables sont en train d’atteindre le point de non retour.

 

Adrian ne sait pas encore qu’il a déterré bien plus qu’un os, et que de bien sales histoires vont revenir à la surface. Jack lui ne se doute pas qu’il va devoir décuver et retrouver toutes ses facultés pour sauver son fils.

 

Enfer et damnation, quand les irlandais arrêtent de plaisanter pour plonger au plus profond des âmes ça fait mal. Comme John Connolly, comme le plus torturé des Jack Taylor, Sam Millar nous entraîne au fond, tout au fond. Aucune lueur d’espoir dans cette histoire cauchemardesque de folie, de vengeance et de mort. Et pas moyen d’y échapper, on se fait happer dès les premières pages et on coule avec les personnages.

 

Pas la peine non plus de chercher le gentil de service, il n’y en a guère. Et ici pas d’humour à la Ken Bruen, Hugo Hamilton ou Colin Bateman pour faire passer la pilule. Cela pourrait être trop, ou déjà vu, si le propos n’était pas servi par une écriture impeccable qui fait sentir le froid, la déprime, les corbeaux sur un champ de neige, la nausée, la rage ou la montée de la peur face à la folie furieuse.

 

Une vraie découverte, et un auteur à suivre très attentivement.

 

Sam Millar / Poussière tu seras, (The darkness of the bones, 2006) Fayard Noir (2009), traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal.

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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 15:09

On l’attendait, voici le nouveau volume de la collection Rivages/Casterman/Noir qui met en BD les grands classique du polar. Jean-Hugues Oppel et Joe G. Pinelli adaptent Trouille de Marc Behm. C’est, de mon point de vue, la plus belle réussite de la collection avec l’adaptation de Jim Thompson.

 

Depuis l’âge de onze ans, ou presque, Joe Egan fuit. Depuis qu’il l’a croisée. Elle était très belle, toute vêtue de noir. Elle venait chercher monsieur Morgan, mort des suites d’une chute de cheval. Joe n’a pas compris tout de suite, mais dès qu’il a su qui était cette femme, il a commencé à fuir. Il vit de son talent pour les cartes. Et dès qu’il l’aperçoit dans les parages il change de ville, de pays, et même de nom. Mais il sait aussi, au fond de lui, qu’il ne pourra pas lui échapper éternellement.

Trouille est un de ces romans inclassables de Marc Behm. Inclassable, mais pas inadaptable, comme le prouvent avec un brio époustouflant Jean-Hugues Oppel au scénario et Joe G. Pinelli au crayons.

 

Oppel a su épuré jusqu’à l’extrême, ne garder que quelques phrases, quelques indications, pour ponctuer la fuite de Joe Egan. En grand connaisseur du cinéma, il a capté l’essence du mouvement du roman de Behm, son sens de la vitesse, du flou, de la fuite.

 

Et dans cette œuvre, il est associé à un partenaire idéal en la personne de Joe G. Pinelli qui, lui aussi, joue sur le flou, le trait et la couleur estompés, la vitesse, l’absence de cadre. Tout donne l’impression de la fuite en avant, de la course, sans aucun point d’arrêt, sans cadre entre les cases (d’ailleurs, il n’y a pas de cases, il n’y a que des pages).

 

Le récit coule, d’une fluidité totale.  L’adaptation est magnifique, parfois lumineuse, souvent sombre, toujours implacable, comme le roman. Une réussite totale.

 

Marc Behm , Jean-Hugues Oppel (scénario), Joe G. Pinelli (dessin) / Trouille, Rivages/Casterman/Noir (2009).

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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 22:31

Ma culture britano-cinématographique ou cinématographico-britanique est pitoyable, et je n’en suis pas fier. C’est ainsi que je ne sais absolument rien de Mike Hodges qui est, si j’en crois la quatrième de couverture de Quand tout se fait la malle, un réalisateur reconnu, et même internationalement célèbre. Il semblerait que nous ayons là, entre les mains, son premier roman noir. S’il est aussi talentueux comme réalisateur que comme écrivain, il va falloir que je songe sérieusement à chercher ses films …

 

Mark Miles est un impresario minable. Magiciens ratés, ventriloques ou tentatives de battre le Guiness des cracheurs de noyaux de cerises sont son quotidien … Quand il réussit à obtenir l’organisation du séminaire du Docteur Temple, gourou sensé transformer en un week-end une bande de gogos en leaders invincibles, il pense avoir décroché le gros lot. Bien entendu, tout ce qu’il va gagner, c’est un paquet d’emmerdes qui mériterait, pour le coup, de le faire entrer lui, dans le Guiness …

 

Amateurs de bon goût, de situations léchées et de tasses de thé tenues, petit doigt en l’air par des ladies anglaises, ce roman n’est pas pour vous. Certes Mike Hodges est anglais. Mais il n’est ni gentleman, ni flegmatique. A ce titre, la quatrième de couverture (encore elle) parle de « farce grinçante cent pour cent british » ; je trouve pour ma part plus de ressemblances avec les polars déjantés de certains confrère américains comme Carl Hiaasen ou Mark Haskell Smith, sans aller quand même jusqu’à Tim Dorsey.

 

Ce détail réglé, le roman de Hodges, qu’il soit très british, ou complètement américano-déjanté, est de toute façon cent pour cent excellent.

 

Il ose tout, même le plus hénaurme, balance de tombereaux de fange sur ses pauvres personnages (et pas seulement au sens figuré) et vous entraîne dans un tourbillon fort drôle au début, puis de plus en plus sombre et sinistre. Parce que si l’on rit au début, sa plume acérée dénonce de façon tellement vraie la crédulité et la bassesse humaines, que peu à peu, le sourire tourne au rictus.

 

On commence par sourire des gesticulations de Mark Miles, personnage assez typé du polar, escroc minable, arnaqueur looser comme on les aime. Puis on se moque de la langue de bois du gourou docteur, de toute cette dialectique ridicule de « vainqueurs » qu’on nous a servi encore et encore. Mais quand le séminaire débute, on commence à la trouver saumâtre.

 

Le sourire disparaît, la nausée monte, et on est confronté au plus bas de l’instinct humain, ce qui le rend si lâche et si veule dès qu’il est en bande, et qu’on lui montre une proie, un faible. D’autant plus lâche et veule qu’il a été lui-même en position de victime, ou qu’il craint d’y passer. Et on trouve au récit, en apparence outrancier, d’étranges et dérangeantes résonances très actuelles.

 

Tout cela, sans perdre de vue l’humanité des personnages. Ce qui met d’autant plus mal à l’aise. A la fin, on ne rit plus du tout. Un auteur à découvrir, assurément, qui sait parfaitement jongler avec les émotions, et qui a parfaitement disséqué ce que notre époque a de plus … pitoyable. Sans jamais tomber dans le larmoyant, mais avec une force et une énergie étonnantes.

 

Mike Hodges / Quand tout se fait la malle, (Watching the weels come off, 2007) Rivages Noir (2009), traduit de l’anglais par Alexis G. Nolent.
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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 22:04

Et un de plus pour Caryl Férey. L’incandescent Zulu vient de remporter le Prix des lectrices de Elle. Dire que je suis enchanté pour lui est un doux euphémisme. Quand on pense que c’est Garden of love qui avait eu le prix l’an dernier, on se dit que les lectrices de Elle ont meilleur goût que pas mal de grands critiques auto proclamés et médiatiques.

Ca fait du bien de rigoler un peu. Et pour ça, le blog de Jean-Pierre Martin est une valeur sure ! Allez y voir, c’est encore très drôle.

Idem pour le blog du grand Maester qui revient vers le dessin politique après quelques jours de pause. C’est là, et tout est dit.

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 23:00

Le 1° mai 2008 Frédéric Fajardie nous faisait la sale blague de mourir. Jérôme Leroy qui est un de ses plus fervents admirateurs, et avait été son ami avait écrit un bel article pour dire ce qu’il lui devait, et ce qu’il perdait. En harmonie complète l’hommage.

 

Vanina Alberti est intérimaire chez Mital, quelque part dans le Pas-de-Calais. Une intérimaire combative, fille d’un ancien de la Gauche Prolétarienne, qui fait tout pour mettre des bâtons dans les roues de son patron qui, lui, a très bien retourné sa veste de soixante-huitard … Quand elle surprend une conversation qui lui apprend que la direction est en train de préparer, en douce, une délocalisation éclair, elle en parle à son père. Prenant peur devant sa réaction, elle écrit à Frédéric Fajardie, ancien compagnon de lutte de son père et écrivain qu’elle admire, pour qu’il lui vienne en aide et  qu’il évite une catastrophe …

 

Un an après la mort de Fajardie, Jérôme Leroy décide donc de lui rendre hommage. Il aurait pu écrire un essai, une analyse de son œuvre, un « à la manière de » … Il choisit de le mettre en scène, un peu comme Win Wenders mit en scène Dashiell Hammett.

 

Ce procédé lui permet de laisser libre court à son imagination romanesque mais également de rappeler les moments les plus significatifs de sa vie. Une vie qui, en elle-même, est déjà romanesque. Le mélange entre la biographie, le rappel des grands romans de Fajardie, et les aspects romanesques est parfaitement réussi, on passe de l’un à l’autre avec une totale fluidité, sans jamais avoir l’impression d’avoir deux textes artificiellement assemblés.

 

Cette homogénéité est renforcée par toutes les valeurs que les deux hommes ont en commun. Leur rage, leur révolte, leur volonté de ne jamais accepter ce que tant et tant nous présentent comme inéluctable, mais aussi leur goût pour la générosité et le panache. Des valeurs communes qui font que le roman sonne parfois … comme un roman de Fajardie.

 

En bref, un très bel hommage, réussi jusque dans la mise en abîme de la couverture réalisée par l’incontournable Jean-Claude Claeys.

 

Jérôme Leroy / En harmonie Editions des Equateurs (2009)

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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 22:06

Une petite histoire sordide, le nouveau roman d’Alessandro Perissinotto pourrait bien devenir de début d’une série.

 

Rien ne destinait Anna Pavesi, psychologue divorcée de quarante ans, à se retrouver une nuit d'hiver en train de déterrer un cadavre dans un bois fréquenté par les prostituées. C'est pourtant bien ce qu'elle est en train de faire, la peur au ventre. Tout a commencé quelques jours plus tôt, quand une riche milanaise l'a contactée pour qu'elle trouve ce qu'il était arrivé au corps de sa demi-soeur, tuée accidentellement quelques semaines plus tôt. Tout ce que veut sa cliente, c'est éviter que le scandale n'éclabousse une famille en vue …

 

Ce polar a tout pour lui : Une construction impeccable, une intrigue qui cache quelques surprises, un personnage intéressant en la personne D'Anna … En toile de fond la peinture, bien plus acérée et méchante qu'il n'y paraît au premier abord, de toute une région, de l’obsession du travail et de l'argent qui y règne, de la fascination pour les expressions les plus vulgaires de la réussite sociale.

 

A travers cette peinture très locale, c'est aussi une critique de Italie berlusconienne que l'on devine. Une critique de l'arrogance et la froideur des puissants, du mépris dans lequel ils tiennent ceux qu'ils exploitent.

 

Un bon polar donc, auquel pourtant il manque un petit quelque chose pour qu’il soit réellement enthousiasmant. Peut-être un peu de nerfs et de rythme, peut-être une peu de tripes. Un tout petit quelque chose qui lui permettrait de se hisser au niveau des meilleurs. Un petit quelque chose que je ne saurais définir précisément, mais dont je ressens le manque.

 

Mais on reverra sans doute Anna, si l’on en croit ses dernières paroles : « Ma reconversion a commencé. » L’occasion, j’espère d’être pleinement convaincu car Alessandro Perissinotto a du talent.

 

Alessandro Perissinotto / Une petite histoire sordide, (Una piccola storia ignobile, 2006) Série Noire (2009), traduit de l’italien par Patrick Vighetti.

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 23:24

Il y avait longtemps.

 

Et voilà, j’étais de bon poil après mon billet sur Resnick, une belle ballade en Montagne Noire, et un coup de rouge excellent (un Collioure qui s’est s’arrondi avec l’âge). Je m’apprêtais à me replonger dans le dernier Perissinotto, et j’ai fait l’erreur d’aller jeter un œil sur Rue89.

 

j’ai lu ça.

 

Et me voilà en rogne !

 

Les bras m’en sont tombés. J’ai même vérifié qu’on n’était plus le 1° avril. Mais non, on est le 21 mai, ça doit donc être vrai. A Floirac, haut lieu de la pègre internationale, nos pandores se sont mis à 6 pour arrêter deux dangereux délinquants, voleurs de bétail présumés, pardon non, de bicyclette. A 6 pour arrêter deux affreux de 6 et 10 ans ! A la sortie de l’école. Maternelle pour l’un d’eux.

 

Et les deux terroristes sont restés seuls avec les cognes pendant deux heures.

 

Mais putain de bordel de merde, dans quel pays on vit ? Jusqu’à il y a peu, Le Petit Nicolas évoquait pour moi un gamin bagarreur, bordélique, gentil et très drôle. Je ne sais pas pourquoi depuis deux ans ce n’est plus exactement pareil.

 

Mes mômes ont 6 et 8 ans, je sais maintenant, comme tous les parents de France, qu’ils peuvent, un jour, se retrouver au poste, juste parce que les bourres les soupçonnent d’avoir volé un vélo ou un goûter. Allez savoir pourquoi, je ne me sens pas en sécurité …

 

Par pur esprit de vengeance, je vais reproduire ici le texte magnifique d’un poète français, que tout le monde reconnaît aujourd’hui, mais qui aurait certainement été interpellé s’il avait osé écrire, et chanter une chose pareille en 2009.

 

Georges reviens, ils sont devenus fous !

 

Au marché de Briv'-la-Gaillarde
A propos de bottes d'oignons
Quelques douzaines de gaillardes
Se crêpaient un jour le chignon
A pied, à cheval, en voiture
Les gendarmes mal inspirés
Vinrent pour tenter l'aventure
D'interrompre l'échauffourée

Or, sous tous les cieux sans vergogne
C'est un usag' bien établi
Dès qu'il s'agit d'rosser les cognes
Tout le monde se réconcilie
Ces furies perdant tout' mesure
Se ruèrent sur les guignols
Et donnèrent je vous l'assure
Un spectacle assez croquignol

En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j'bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées
De la mansarde où je réside
J'exitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides
En criant: "Hip, hip, hip, hourra!"

Frénétiqu' l'un' d'elles attache
Le vieux maréchal des logis
Et lui fait crier: "Mort aux vaches,
Mort aux lois, vive l'anarchie!"
Une autre fourre avec rudesse
Le crâne d'un de ses lourdauds
Entre ses gigantesques fesses
Qu'elle serre comme un étau

La plus grasse de ses femelles
Ouvrant son corsage dilaté
Matraque à grand coup de mamelles
Ceux qui passent à sa portée
Ils tombent, tombent, tombent, tombent
Et s'lon les avis compétents
Il paraît que cette hécatombe
Fut la plus bell' de tous les temps

Jugeant enfin que leurs victimes
Avaient eu leur content de gnons
Ces furies comme outrage ultime
En retournant à leurs oignons
Ces furies à peine si j'ose
Le dire tellement c'est bas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas
Leur auraient mêm' coupé les choses
Par bonheur ils n'en avait pas

 

George Brassens / Hécatombe

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