Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 11:06

Comme promis, voici la première fiche qui n’a pu trouver sa place dans le monumental DILIPO. Comme la suivante, elle concerne un auteur inclassable, qui a ce titre, aurait pu, à la marge, y entrer.

 

Thomas Coraghessan BOYLE est né le 2 décembre 1948 à Peekskill, USA. Issu d’une famille modeste, il découvre la lecture et la littérature vers 15 ans au lycée. A 17 ans, il souhaite devenir musicien, mais, selon ses propres termes, son manque de talent et de discipline le découragent, et il choisit de se spécialiser en histoire, sans trop savoir pourquoi, sinon que cela lui permettait, déjà d’écrire. Il n’abandonne pas totalement la musique, se passionne pour le rock, et s’essaie à la batterie, puis au chant. En parallèle, il commence à suivre des cours de création littéraire. Son apprentissage de l’écriture est interrompu par une période de 2 ans, pendant laquelle il devient accro à l’héroïne. Il lui faut deux nouvelles années pour se désintoxiquer. Il part alors pour l’Iowa où il suit un nouveau cours de création littéraire sous la houlette, entre autres, de John Irving.

 

A peine ses examens passés, alors qu’il n’a encore écrit que des nouvelles, il s’attaque à Water Music, et passe les trois années suivantes à en écrire les 104 chapitres. Ce livre monument est un succès immédiat, et est depuis devenu un livre culte dans ne nombreux pays. Il habite maintenant en Californie du Sud où il enseigne à son tour. Dès ce premier roman, l’œuvre de T. C. Boyle se révèle inclassable. La double histoire, de Mungo Park, l’explorateur écossais qui le premier descendit le fleuve Niger, et de Ned Rise, petit filou qui essaie, vainement, de survivre dans les bas-fonds sordides et dangereux de Londres, est à la fois un roman d’aventure, un roman picaresque, un roman noir, un roman d’initiation, un roman historique, un roman social, et bien d’autres choses. Le fond du roman est d’une noirceur insupportable ; mais grâce à la truculence du style, à la vitalité extraordinaire des personnages, et à l’imagination de l’auteur, autant pour décrire les aventures de Mungo Park, que pour imaginer les arnaques que monte Ned Rise pour essayer de s’en sortir, le lecteur se régale et jubile.

 

Son roman suivant, La belle affaire (Budding Porspects, 1984), est moins baroque, et plus facilementBelle-affaire.jpg identifiable au roman noir. Félix, Phil et Gesh sont trois trentenaires dilettantes, pleins de projets jamais aboutis. Un jour un copain de Félix, accompagnée de sa copine du moment, et d'un expert botaniste leur propose un plan qui les rendra riches sans risque : Il a trouvé un terrain paumé, avec un chalet, et propose à Félix et ses deux acolytes d'aller y faire pousser 2000 pieds de cannabis, ce qui devrait leur rapporter 500 000 dollars. Avec l'expert et un peu de boulot, c'est immanquable. Faute de mieux, Félix, Phil et Guesh acceptent. Bien entendu, c’est là que les choses commencent à se gâter : le chalet tient plus de la cabane en ruine que du 3 étoiles, les locaux n'aiment pas trop les hurluberlus chevelus, et le travail de la terre, même pour y faire pousser de l'herbe, reste … un travail, donc fatigant ; et qui plus est, aléatoire. Les 500 000 dollars commencent à fondre. Tout cela, pour s’apercevoir, à la fin de ce fiasco annoncé, qu’ils se sont fait arnaquer du début à la fin par leur commanditaire.

 
Enfin, América (The tortilla curtain , 1995), qui n’a ni la verve baroque de Water Music, ni l’humour attendri de La belle affaire, est son grand roman noir : Delaney Mossbacher est un humaniste libéral, du moins c'est ainsi qu'il aime se définir. Il est aussi écologiste, et a sa rubrique écolo/balade, souvent satirique, dans de belles revues, lues par d'autres humanistes tout aussi écologistes que lui. Sa femme travaille dans une agence immobilière, elle vend des baraques et gagne de l’argent. Ils vivent aux Domaines de l'Arroyo Blanco, un lotissement fermé, gardé, protégé de toute intrusion du monde extérieur, en Californie. Candido et America sont clandestins, d'origine mexicaine. Ils ont passé la frontière en espérant trouver travail et argent de l'autre côté. Pour l'instant ils vivent dans une cabane dans un ravin, au pied du domaine de l’Arroyo Blanco. Aucun risque que leur destin croise celui de Delaney. Sauf … sauf le jour où, en rentrant chez lui Delaney renverse Candido en voiture. Candido, ne voulant pas avoir affaire à la police, se relève en titubant et se cache. Delaney, le choc passé, cherche à voir si sa victime a besoin d'aide, il est vraiment humaniste. Ne le trouvant pas, rentre chez lui. C’est là qu’il commence à s'inquiéter ; et si ce mexicain (il avait l'air mexicain) voulait lui faire un procès et lui extorquer de l'argent ? Alors que la situation d'America et de Cancido, handicapé, empire de jour en jour, la paranoïa de Delaney enfle, et supprime rapidement l'humaniste pour le transformer en partisan farouche de la répression de l'immigration clandestine.

Deux destins parallèles, un malheur et une haine qui enflent, hors de toutes les limites du raisonnable, jusqu'à l'improbable confrontation finale. La façon dont le couple de clandestins s'enfonce dans une misère de plus en plus atroce, inéluctablement, est difficilement supportable. La charge contre le couple  de bons américains plutôt intellos, plutôt de gauche, sans doute démocrates, qui se donnent bonne conscience à peu de frais, et basculent au moindre problème dans une paranoïa et une haine raciale hallucinante est féroce et implacable. Tout sonne abominablement vrai. La progression impeccable de l'intrigue donne au lecteur l'impression d'être pris dans des sables mouvants, et de s'enfoncer un peu plus à chaque geste, à chaque page. Caché sous cette histoire qui, finalement, n’a rien d’extraordinaire, ce roman est un réquisitoire sans appel contre la société américaine, ses injustices et ses hypocrisies. Un roman impressionnant, qui vous laisse des marques indélébiles à ceux qui en supportent la lecture.

 

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
commenter cet article
18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 21:01

Pedro Mairal est argentin, né à Buenos Aires. On l’a découvert en France avec un livre absolument délicieux : Une nuit avec Sabrina Love. On y faisait connaissance avec Daniel presque 18 ans qui se morfond dans sa petite ville provinciale, à 500 km de Buenos Aires. Sa grande distraction est la chaîne porno qu’il a piratée. C’est d’elle que va venir le grand chambardement de sa vie : Il a joué en téléphonant pour un concours dont le prix est une nuit avec Sabrina Love, star du porno qui fait une émission toutes les nuits. Et c’est lui qui a gagné. Maintenant il lui reste deux jours pour se rendre dans la capitale profiter de son prix. Deux jours, alors que les routes sont inondées, qu’il est mort de trouille, et qu’il n’a pas un sous. Mais il ne peut pas rater ça, alors il part, avec juste une adresse en poche. Un voyage rocambolesque, riche en rencontres, pour arriver à la nuit tant attendue.

 

C’était un superbe petit roman, parfois sombre, parfois drôle, toujours tendre et humain, aussi riche et varié que les rencontres de Daniel. Un roman d’initiation qui, en plus, ne se prenait pas au sérieux et ne prétendait pas donner de grandes leçons, contrairement à certaines Coelheries. Il nous faisait voyager à travers la campagne argentine, puis dans la capitale survoltée, et croiser quantité de personnages hauts en couleur. On le refermait avec une impression de contentement, et un petit sourire aux lèvres. Très, très agréable.

 

Avec L’intempérie, toujours publié chez Rivages, il s’attaque à un projet beaucoup plus ambitieux : proposer sa vision de l’histoire de l’Argentine, en la prenant à rebrousse poil. Maria Valdes Neylan est secrétaire à Buenos Aires quand arrive l’Intempérie. Déjà, en province, les maisons s’écroulent, les machines électriques marchent de moins en moins. Même dans la Capitale, le mail ne fonctionne plus, et la ville se referme, se barricade et s’arme pour résister aux provinciaux qui ont tout perdu. Mais, peu à peu, le temps continue sa marche en arrière, les barrières extérieures tombent, les immeubles se transforment en places fortes, la lutte pour la survie, avec toutes se dérives, s’installe. Et ce n’est qu’un début.

 

Comme souvent quand on a affaire à un écrivain argentin, la critique invoque Julio Cortázar et Jorge Luis Borges. Et ils ont forcément eu une influence sur Pedro Mairal. Influence qui ne se sentait pas dans le précédent roman, mais est plus sensible ici. Mais surtout influence écrasante. Une nuit avec Sabrina Love se « contentait », d’être un excellent roman, plein d’humanité et d’humour. L’intempérie veut faire plus, beaucoup plus, et en appelle aux grands anciens. Je trouve que Pedro Mairal y perd justement ce qui faisait sa voix, avec sa fraîcheur, son humour, et son amour pour les personnages. Le résultat, malgré certaines fulgurances, malgré des passages entiers impressionnants, angoissants ou poignants, malgré des personnages hauts en couleur, reste artificiel, et relève plus du conte philosophique qu’à un roman. Avec toute la distance que cela implique, et avec le risque que le lecteur soit certes intellectuellement intéressé par l’idée, qui est parfaitement menée à son terme, mais émotionnellement assez indifférent. C’est peut-être le résultat recherché. Peut-être nous manque t’il également des références historiques argentines pour comprendre tous les ressorts de l’histoire.

 

J’espère néanmoins retrouver l’auteur de Sabrina dans son prochain roman.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
commenter cet article
1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 21:00

De temps en temps, je quitte le noir, en général pour lire des bouquins recommandés ou prêtés par des copains. Le livre de Joe, de Jonathan Tropper a été une de mes rares incursions en blanche cette année. Je ne la regrette pas.

 

Le Joe en question a quitté Bush Falls juste après le lycée. Il étouffait dans l’atmosphère confinée de cette petite ville du Connecticut, et n’avait rien en commun avec son père et son frère aîné, deux fans de basket, membres et vedettes du club local. Il n’y a pas remis les pieds depuis 17 ans, mais il y est connu. Il a en effet écrit un best-seller, adapté au cinéma, où il décrit avec talent et une bonne dose de méchanceté ses misérables années de lycée. Le livre a fait de lui un homme riche, qui habite un bel appartement à Manhattan. Il en a également fait la personne la plus unanimement détestée de Bush Falls. Quand son père se retrouve à l’hôpital, victime d’une attaque cérébrale, il n’a pas le choix et doit y retourner, non sans une certaine inquiétude …

 

Le problème quand on lit beaucoup, c’est qu’il est souvent difficile, quand on découvre un nouveau bouquin, d’éviter de comparer à un autre qui nous a marqué. Et dès que je suis arrivé aux descriptions de Bush Falls, j’ai immédiatement pensé à un autre roman américain, qui m’avait enthousiasmé, Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf.

 

Or, là où Le livre de Joe est une douce brise automnale qui apporte un parfum de plaisir et de nostalgie, Le seigneur des porcheries est un cyclone qui ne laisse rien d’intact derrière lui. Son attaque en règle d’une petite ville de province, ses habitants bien pensants, ses bigotes, ses petits secrets mesquins … est d’une puissance de style, d’évocation, d’une férocité époustouflantes. La comparaison fait donc paraître le roman de Tropper un peu … léger.

 

Ceci étant dit, c’est un très joli roman, qui se lit avec un grand plaisir, le sourire aux lèvres, ou la larme à l’œil. Les relations entre les personnages sont décrites d’une façon juste et sensible, qu’il s’agisse des très belles relations d’amitié, ou des relations familiales beaucoup plus difficiles. On trouve quelques scènes sont très bien troussées, en particulier celles où Joe se trouve en butte à l’hostilité de ses concitoyens, ou le désastreux dîner chez son frère. L’auteur réussit à faire sourire et à émouvoir … Tout cela est parfaitement fait. La description de la petite ville est assez juste, avec ce qu’il faut de méchanceté mais aussi de tendresse pour ses habitants.

 

Il faut donc lire Le livre de Joe pour se faire plaisir, Le seigneur des porcheries parce que c’est un chef d’œuvre.

Repost 0
Published by Jean-Marc Laherrère - dans Blanche
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Jean-Marc Laherrère
  • : Il sera essentiellement question de polars, mais pas seulement. Cinéma, BD, musique et coups de gueule pourront s'inviter. Jean-Marc Laherrère
  • Contact