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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 12:13

Ombres Noires se lancerait-elle dans l’édition de nouvelles ? Ou de novellas ? Cela y ressemble avec Le convoyeur du III° Reich de C. J. Box.

Box

Très tôt, un matin d’hiver, l’avocat Paul Parker est enlevé de chez lui par deux hommes : Il connaît l’un d’eux, il l’a vu au tribunal. Lyle Peebles y accompagnait son grand-père qui attaquait le client de Parker, un homme d’affaire richissime en l’accusant de l’avoir volé plus de cinquante ans auparavant. Parker avait taillé en pièces les arguments des deux hommes et gagné le procès. Mais Lyle est têtu, rancunier et violent, et les voilà partis en pleine tempête de neige pour récupérer ce qu’il considère comme son dû.


On ne peut faire ici l’économie de la question … économique. Le livre est beau (comme toujours chez Ombres Noires), la nouvelle est suivie d’une courte interview de l’auteur … Mais 8 € pour un texte lu en moins d’une demi-heure … Peut-être comme cadeau ou pour les bibliothèques.


Ensuite, sans atteindre des sommets, on a là un bel exercice de style sur le thème « inventez une histoire à partir d’une photo insolite ». Je n’en dis pas plus pour ne pas révéler le final. Et on retrouve la nature hostile souvent présente dans le Wyoming (de C. J. Box ou de Craig Johnson). La nouvelle est bien troussée, l’auteur arrive à resserrer son récit sans pour autant négliger de camper les personnages, les dialogues fonctionnent et, sans atteindre le tranchant de certains spécialistes, la chute est assez abrupte tout en étant bien trouvée.


Un texte agréable.


C. J. Box / Le convoyeur du III° Reich (Pronghorns of the third Reich, ?), Ombres Noires (2014), traduit de l’américain par Aline Weill.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 14:20

Comme je l’écrivais il y a quelques jours, la période est aux pavés … Et entre deux pavés j’aime bien faire court. Ou très court en l’occurrence avec ce recueil de nouvelles de Marc Villard, Retour au magenta.

Villard

Moins de 150 pages et vingt nouvelles. Et toutes bonnes. Si j’avais des prétentions littéraires, ça m’agacerai cette facilité. Comme je ne suis que lecteur, cela m’enchante.


Il faut dire aussi, qu’avec son compère Jean-Bernard Pouy, Marc Villard est un des grands spécialistes de l’exercice. Ce recueil permet à ceux qui avaient raté sa première sortie en 98 au serpent à plumes (et c’est mon cas), de le vérifier une fois de plus.


Il est ici question d’amours déçues, de folie (souvent meurtrière), de femmes fatales, de musique, de vengeances qui se trompent de cible.


Il est surtout question d’êtres en perdition, au bord du gouffre, à la limite de la rupture, où qui ont déjà coulé.


C’est très fort d’arriver à faire vivre quelqu’un, raconter son histoire, ou plus souvent sa fin d’histoire comme ça, en quelques pages. Et de réussir avec ces quelques pages à lui donner une consistance, à prendre un cliché (le looser, l’amoureux qui coule à cause de Le Femme, le vengeur …), et à le transformer en un cliché griffé Marc Villard.


Certaines nouvelles sont drôles, d’un humour grinçant, certaines sont musicales, toutes sont noires, toutes sont belles. Un recueil à avoir sous la main, pour piocher, à l’envi.


Marc Villard / Retour au magenta, Rivages/Noir (2014).

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 12:28

Pour fêter leurs dix ans les Quais du polars se sont associés aux éditions points et nous proposent des nouvelles inédites des 9 précédents gagnants des prix du festival. Un tour d’horizon du polar français ma foi assez réjouissant.

 

On y trouve :

 

BrevesNoir

La meute, une fiction guerrière toujours aussi efficace de DOA, de quoi nous faire patienter (mais pas trop j’espère) en attendant son prochain roman. Patienter et saliver tant on a plaisir à retrouver le style DOA et l’ambiance de certains passages de Citoyens clandestins.


Deux nouvelles inspirées de faits réels : les bébés dans le congélateur pour Le clandestin de Franck Thilliez et une histoire de barbe bleue contemporaine pour Un canard au sang de François Boulay.


Un portrait tendre et un rien fantastique, de deux personnages hors norme, sous la plume de Marcus Malte. Un portrait qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses, mais qui laisse une empreinte durable dans la mémoire. Cela s’appelle Max Vegas.


Un carnet de voyage dans les Caraïbes auquel il ne manque ni punch (dans tous les sens du terme), ni humour. C’est L’échappée, signée … Caryl Férey.


Antoine Chainas signe Une trajectoire. Radiographie sans concession d’un parcours de battant. C’est sec, net, sombre, sans pitié et sans grand espoir.


Serge Quadruppani s’intéresse lui aux mouvements de révolte et de révolution démarrés en Tunisie dans Le point de vue de la gazelle. Malgré la violence de ce qui est évoqué, c’est sans doute le texte le plus porteur d’espoirs.


Antonin Varenne nous amène dans une petite ville déjà morte, même si elle ne le sait pas encore. Dernière lumière, la bien nommée est une nouvelle d’une tristesse terrible.


Pour finir, on se demande bien ce qu’a pu fumer ou boire ou les deux Olivier Truc chez les lapons. L’exfiltration de Snowdenski est un texte complètement allumé, totalement burlesque qui laisse un goût de vodka et de cornichon au miel dans la bouche. Il faut lire pour comprendre …


C’est la règle du genre, quand on a comme ça des auteurs aussi différents rassemblés dans un recueil on a forcément se chouchous. Avant de dire qui j’ai préféré, il est important de noter que, cette fois, toutes les nouvelles sont de bonne facture. Le recueil est donc, dans son ensemble, une réussite.


Ensuite, sans surprise (c’est peut-être une peu triste d’ailleurs), les textes de mes auteurs préférés sont ceux que j’ai trouvé les meilleurs. Et chez chacun j’ai retrouvé les thématiques et le style qui me plaisait déjà chez eux.


DOA tout en nerfs, impeccable dans l’action, sec comme un coup de trique. Marcus Malte incomparable dans sa façon de donner vie à des êtres à la marge avec une tendresse et une empathie remarquables. Caryl Férey voyageur et drôle, car oui, Caryl Férey est souvent voyageur, et très souvent drôle quand il ne décide pas d’être très noir. Antoine Chainas disséquant une vie exemplaire (dans le sens qui illustre par l’exemple) de façon impitoyable. Serge Quadruppani auprès des révoltés et des révolutions d’aujourd’hui. Bref on est en terrain connu, et c’est bon.


J’ai moins aimé les nouvelles de Franck Thilliez et François Boulay, et pour finir, s’il y a eu des surprises, c’est dans la mélancolie d’Antonin Varenne, et du côté complètement allumé de la nouvelle d’Olivier Truc. Mais il est vrai qu’eux on les connaît encore mal, même si leurs premiers romans ont fait causer dans les chaumières.


En résumé, c’est très bien, si vous aimez les nouvelles vous pouvez y aller les yeux … grands ouverts.


Collectif / Brèves de noir, Points (2014).

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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 22:54

A ce jour la collection « Ville Noire » est riche. Malheureusement, je n’ai trouvé le temps de lire entièrement que Barcelone, Mexico et Paris. Et j’ai pioché ici et là dans Londres et Rome … Voici cette fois La Havane.

 

lahavanenoir

Sans grande originalité je vais reprendre ce que j’ai dit sur les précédents recueils : On a forcément un résultat un peu inégal, avec ses chouchous et ceux qu’on aime moins. La spécificité de celui-ci étant que la personne qui a rassemblé ce recueil ne vit pas à La Havane et n’a pas écrit en espagnol mais en anglais …


Ce qui explique peut-être quelques nouvelles qui relèvent plus de la diatribe de réfugié cubain de Miami que de la littérature, la palme étant sans doute à attribuer à Vengeance chinoise de Oscar Ortiz qui touche au grotesque … J’avoue ça m’a un peu agacé.


Mais il y a aussi du bon, et du très bon.


Le bon est à chercher dans la première nouvelle, flirtant avec le fantastique, L’homme de nulle  part de Miguel Mejides qui met en scène un gang de nains vivant dans les égouts qui mettent la main sur la ville.


Shanghai de Alex Abella est une jolie reconstitution du ton hardboiled dans une ville secouée par les derniers soubresauts de la révolution.


Un bon récit de dérive dans un quartier laissé à l’abandon où les seuls revenus viennent des trafics divers et variés, avec Le pont rouge de Yoss.


La coca cola del olvido de Lea Aschkenas parle d’exil et de séparation, vu du côté de ceux qui sont restés et qui n’ont plus de nouvelles de ceux qui sont passés aux US.


Le très bon, c’est une fois de plus le grand Leonardo Padura qui, dans une nouvelle très sombre et très dure, Regarder le soleil en face, suit la dérive de quelques jeunes sans avenir. Une nouvelle au ton beaucoup plus âpre et désespéré que la tonalité douce-amère de la série Mario Conde.


Ou La scène de Mylène Fernandez Pintado, derniers jours d’une vieille femme dans un immeuble promis à la démolition.


Ou la très vénéneuse Orchidée de Mariela Varona Roque, texte très court et sans concession qui en quelques pages nous plonge dans l’horreur.


Voilà pour mes préférés, vous aurez très certainement les vôtres. Un dernier regret, j’aurais bien aimé retrouver un texte de Lorenzo Lunar découvert il y a peu, ou un inédit de Julio Vasco, ou un de Daniel Chavarria … tant pis.


Collectif / La Havane Noir, Asphalte (2013), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et de l’anglais par Marthe Picard.

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16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 23:25

Si vous cherchez un petit cadeau pour Noël, voici une idée : Un très joli coffret (comme tout ce que font les éditions In8), qui rassemble quatre belles signatures du polar français sous la thématique de Femmes en colère. On y trouve quatre nouvelles de Marc Villard, Didier Daeninckx, Dominique Sylvain et Marcus Malte.

In8Femmes

Quatre histoires de femmes en colère, quatre histoires de vengeances, quatre styles et quatre nouvelles fort belles.


Kebab palace : Cécile et sa fille Lulu, seize ans vivent dans un mobile home quelque part en Alsace. Cécile boit, comme un trou. On ne saura pas pourquoi. Souvent Lulu doit aller la récupérer au poste. Ou au Kebab Palace. Le jour où elles trouvent le cadavre mutilé d’une jeune chinoise, elles décident de piéger le tueur et de se venger sur lui des injustices de la vie. Ce n’est pas forcément une bonne idée.


Disparitions : Elsa marche dans les rues de Bangkok. Elle est là pour se venger de Cedric, l’homme en qui elle a cru et qui lui a tout pris, tout. Ce soir elle récupèrera son dû et le laissera avec seulement se yeux pour pleurer. A moins que la vie n’en décide autrement.


La sueur d’une vie : Yanamaria, Querida, Dorbeta, Erendira et quelques autres. Elles ont autour de 80 ans, et sont victimes de la crise en Espagne. Les banques leur ont tout pris, elles n’ont plus rien à perdre. Alors aujourd’hui l’heure de la vengeance a sonné.


Tamara, suite et fin : Tamara vient de Guyane. Elle y a vécu jusqu’au jour où elle a hérité d’une terre, en pleine campagne, quelque part en métropole. La chance de sa vie, la chance de changer de vie. Elle s’installe, élève des cochons et s’en tire fort bien. Mais Tamara est étrangère (comprenez, pas du village), noire et femme. Autant dire que sa vie ne va pas être facile, et que les plus obtus des locaux sont bien résolus à la faire partir. Jusqu’à ce que Tamara décide qu’elle en a assez.


Trois excellents textes … Et puis Marcus Malte.


L’idée n’est pas ici de dénigrer les trois autres, bien au contraire.


On sait depuis longtemps que Marc Villard est un des grands de la nouvelle. Il confirme une fois de plus, même s’il s’éloigne un peu (mais un peu seulement) de ses thématiques habituelles : il n’y a ici ni flic pourri, ni jazz, ni dope … mais il y a deux êtres qui souffrent, se perdent et perdent les pédales. Ecriture au rasoir, maîtrise de la progression narrative, du fait main. C’est la vengeance, aveugle, de celles qui n’ont plus rien à espérer.


Dominique Sylvain elle s’intéresse à une vengeance personnelle, une femme trahie qui demande des comptes. Elle montre qu’elle est aussi à l’aise dans le texte court que dans le roman dans cette nouvelle qui vous réserve quelques surprises.


Didier Daeninckx écrit la nouvelle la plus politique. Politique mais littéraire. La construction est impeccable, la montée de la tension parfaite, la chute rageante et réjouissante à la fois. S’il fallait pinailler, mais vraiment pour pinailler, je dirais juste que faire du pourri un petit fils de franquiste n’était peut-être pas nécessaire, parce que les banquiers pourris sont, malheureusement autant fils ou petit-fils de bourreaux que ceux de victimes …  Juste un petit message à l’attention de la visiteuse qui s’est indignée du roman de Petros Markaris, Liquidations à la grecque, et qui trouve que désigner les grands banquiers à la vindicte populaire est faire preuve de populisme, lisez donc, La sueur d’une vie, vous verrez que si la réponse au problème est différente de celle proposée par Markaris, l’analyse est la même.


Et puis il y a Tamara et Marcus Malte. La première scène vous sèche d’emblée. La construction est habile et parfaitement maîtrisée … Comme toujours, la grande force de l’auteur c’est son empathie, et sa capacité à nous toucher au plus profond sans jamais tomber dans le sentimentalisme. Tamara et la gamine qui raconte avec elle vont vous bouleverser, leur souffrance, leur rage, leur vengeance resteront longtemps dans vos esprits. Le texte est à la fois tendre et âpre, il désespère sur la nature humaine, mais en même temps donne de l’espoir … La magnifique conclusion d’un très beau coffret.


Marc Villard / Kebab palace, In8/Polaroid (2013) - Didier Daeninckx / La sueur d’une vie, In8/Polaroid (2013). - Dominique Sylvain / Disparitions, In8/Polaroid (2013). - Marcus Malte / Tamara, suite et fin, In8/Polaroid (2013). Dans Femmes en colère.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 14:47

Daniel Woodrell est un auteur beaucoup trop rare, et vraiment pas assez lu. Tellement rare que je m’aperçois que je n’ai parlé de lui qu’une fois en cinq ans de blog. Et que cela faisait longtemps qu’on n’avait plus de ses nouvelles. C’est pourquoi je vous encourage vivement à vous précipiter sur le Manuel du hors-la-loi, recueil qui vient de sortir chez Rivages.

 

Woodrell

12 nouvelles qui, presque toutes, se déroulent dans le Ozarks, théâtre de la majorité des romans de Daniel Woodrell. Si vous ne savez pas où ils se situent, vous pouvez aller jeter un œil sur l’embryon d’article de Wikipedia. Mais sachez qu’après la lecture de Woodrell vous n’aurez pas forcément envie d’aller arpenter le chemin de randonnée des Ozarks dont ils causent …


Ne vous attendez pas à des nouvelles « à chute ». Celles de ce recueil sont l’occasion de portraits d’hommes et de femmes perdus, enfoncés dans la folie, la misère, le chagrin ou la peur. Comme dans ses romans, l’immense force des récits de Woodrell est de nous les rendre très proches, tout pareils à nous-mêmes, de rendre palpable leur humanité. Tous les récits sont émouvants, et si l’on retient peu les intrigues, on n’oublie aucun des personnages rencontrés.


Que ce soit ce père qui doute de tous depuis la disparition de sa fille, enlevée alors qu’elle avait 17 ans, et jamais retrouvée.


Cette gamine qui pousse dans un fauteuil à roulettes un oncle monstrueux dont elle peut enfin se venger.


Ces anciens soldats, du Vietnam ou d’Irak, enfermés dans leurs souvenirs, qui finissent par y perdre la raison sans pouvoir expliquer ce qu’ils ont vécu.


Ces deux frères qui fuient dans les forêts, après avoir brûlé la nouvelle maison d’un voisin qui leur bouchait la vue sur la rivière.


Cet ancien soldat confédéré, qui semble ne rien regretter d’une guerre atroce … Et les autres.

On n’en oubliera aucun. On n’oubliera pas non plus certaines images … Une jeune fille lumineuse au bord d’une rivière, une vache morte, en équilibre sur un arbre au milieu d’une falaise, les deux frères partageant une bouteille de whiskey en attendant que les hommes du shérif se lancent à leur poursuite …


On n’oubliera pas non plus l’impression d’ensemble qui se dégage du recueil, celle d’une région où la loi et l’ordre sont des notions moins implantées que la vengeance, la loi du talion et la tradition. Où l’on compte sur soi et on n’attend pas grand-chose des autres. Où le temps semble, d’une certaine façon, s’être arrêté. Où tout est dur, âpre. La nature, les rapports avec les autres, les êtres humains. Cela pourrait être absolument désespéré et désespérant.


Et pourtant le regard et l’écriture de Daniel Woodrell sont tellement humains, tellement proches de ces gens, il réussit si bien, en quelques mots, à rendre leur humanité, leur dignité et leur désespoir qu’on referme le recueil avec gratitude. Et on espère que le prochain roman viendra sans trop tarder.


Daniel Woodrell / Manuel du hors-la-loi (The outlaw album, 2011), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:59

Après Sur les nerfs, Larry Fondation revient sur ces éclats de vies déclassées à Los Angeles. Criminels ordinaires, le titre est plus explicite.

 

Fondation

Des gens flingués pour un regard de travers, une errance au Mexique, du sexe sans amour et sans émotion, des braquages bourrés ou complètement dans les vaps, des bagarres dans les bars … Pas de grands criminels géniaux, pas de vols spectaculaires, pas de serial killer au QI exceptionnel chez Larry Fondation. Rien que la misère, parfois encore plus morale et culturelle que financière. Et la bêtise et l’envie.


Criminels ordinaires est vraiment la prolongation de Sur les nerfs. Même personnages, même écriture, même force d’évocation de la réalité brute. C’est à la fois la force, et la limite de ce nouveau recueil.

La limite car on se demande si l’auteur peut écrire autre chose (plus long, ou sur d’autres sujets, ou plus construit), parce qu’on est en terrain très connu. Limite aussi parce que sur ce recueil il me semble que les textes les plus longs sont les moins convaincants.


Force parce qu’on retrouve cette humanité à la fois brute et vide. L’écriture sans aucun effet est au diapason de vies qui semblent sans colonne vertébrale : des désirs, des satisfactions immédiates, mais aucun réflexion, aucune construction, pas de prévision à plus de quelques jours. Le reflet de toute une portion de l’humanité réduite à la survie, sans avenir, sans rêve, sans espoirs … Mais également dépourvue de colère, de révolte, de la culture politique, de l’esprit de solidarité et de classe qui, dans une situation qui économiquement comparable, avait donné toutes les luttes du XX siècle.


Un portrait et un constat glaçants, désespérants rendue dans toute leur sécheresse.


Larry Fondation / Criminels ordinaires(Common criminals, 2002), Fayard (2013), traduit de l’américain par Alexandre Thiltges.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 18:35

La première grosse claque de 2013 est américaine et publiée à la série noire. C’est un recueil de nouvelles d’un jeune auteur complètement inconnu ici. Même si vous croyez que vous n’aimez pas ce format croyez-moi, faites une exception, lisez Chiennes de vies de Frank Bill.

 

 

Bill

L’Indiana, pour ceux qui comme moi ne sont pas forcément très fort en géographie US, c’est vers le milieu, mais plutôt à l’est des US, le nord de l’état touchant les grands lacs. Voilà. Sinon c’est rural, très rural, et si on en croit Frank Bill pauvre, très pauvre.


- Un grand-père n’hésite pas à vendre ses fils aux flics et sa petite fille à un gang rival pour payer sa gnole et sa dope.


- Un autre s’engage dans une vendetta sanglante contre un gang rival pour venger les violences faites à sa petite fille.


- Un flic décide de venger sa femme et sa fille tuées par un junkie en manque.


- Un gang ultra violent d’origine salvadorienne commence à s’implanter dans le commerce local de meth.


- Des anciens combattants du Vietnam, et plus tard d’Afghanistan pètent complètement les plombs.


- Un homme se rend, rongé par la culpabilité d’avoir aidé sa femme atteinte d’un cancer incurable à mourir …


- Et quelques autres.


Première grosse claque donc, de celles qui vous laissent KO, les yeux embués, les oreilles qui sifflent … Nouvelle après nouvelle, sa secoue très fort. Il y a un an à peu près la série noire nous balançait dans la figure le baquet d’eau glacé de La belle vie de Matthew Stokoe, cette année c’est le paquet de braises brulantes de Chiennes de vies. Dans un tout autre style, mais ça secoue aussi.


Pourtant elles sont courtes ces nouvelles, pas de serial killer machiavélique, pas de profileur, pas de secrets des templiers, ni de la concierge du beau-frère de Jésus, et personne ne résout le théorème de Fermat (j’arrête, c’est gratuitement méchant).


Non, dans ses nouvelles il n’y a qu’une humanité rugueuse rendue méchante, salement méchante par la pauvreté et la misère culturelle et morale. Une humanité qui s’est repliée, au mieux, sur des valeurs de clan (je protège ma famille, mon gang) au pire sur la seule satisfaction individuelle et immédiate. Ce qui fait que le monde extérieur ne se juge qu’avec un seul critère : l’autre est-il plus ou moins fort que moi, est-ce lui qui va me manger (voler, violer, battre …) ou est-ce moi ?


La grande force de ces récits est de faire passer cela sans le moindre pathos, sans jamais émettre un jugement, par la seule force de l’écriture. Et quelle force ! Peu d’auteurs savent en quelques mots faire vivre un personnage, et en particulier un personnage de brute. Deux phrases et on voit ces hommes, durs comme la pierre, aux mains calleuses, visages creusés de rides, vêtements crades, bouillonnant de colère, prêts à exploser à tout moment. Ils sont absolument effrayants, la violence qu’ils font subir aux femmes et enfants qu’ils croisent insupportable … Et pourtant, par moment, au détour d’une phrase, on arrive presque à les comprendre. Pas les aimer, pas leur pardonner, juste les comprendre.


Je sais que certains n’aiment pas le format des nouvelles. Si cela peut vous convaincre, sachez seulement que ce recueil est « construit ». Que certains personnages se retrouvent d’un texte à l’autre, et que, même si on n’a pas ici un roman en continuité, l’ensemble forme un tableau totalement cohérent. Le portrait d’une zone violente, abandonnée, régie par la loi du talion et l’appât du gain.


Je ne sais pas si l’auteur a publié autre chose chez lui, je sais par contre que Chiennes de vies est un véritable coup de maître qui le hisse, sur ce recueil, au niveau des grands écrivains de l’Amérique rurale, de Chris Offut à Daniel Woodrell en passant par Ron Rash ou du regretté Larry Brown. Et je pèse mes mots (si vous n’avez rien lu des quatre auteurs suscités, direction la bibliothèque la plus proche. TOUT DE SUITE !).


Frank Bill / Chiennes de vies (Crimes in southern Indiana, 2011), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 18:10

Suite des vacances avec ce joli recueil à la couverture suggestive, au titre attractif, surtout quand il est associé au nom de l’immarcescible Jean-Bernard Pouy (pour immarcescible c’est lui qui m’a traité le premier, faites comme moi, cherchez sur le dico). Voici donc Blonde(s) le recueil 2012 de la Fureur du noir et de la Noiraude.

blonde

Le principe est simple, un concours de nouvelles amateur avec un thème, en 2012 trois lauréats et un parrain notre JB national.


Pour les trois amateurs, nous avons :


Terminal atlantique de Dominique Chappey. Chronique d’une catastrophe annoncée pour trois marioles dont un des rares défauts (presque le seul) est d’être nés dans le mauvais quartier. Chronique fort joliment écrite, avec ce qu’il faut de phrases qui claquent, d’humour noir et de tendresse pour les perdants. Sans compter une blonde étonnante …


Suicide blonde d’Anne-Cécile Dartevel est la nouvelle que j’aime le moins. Bien écrite et savamment construite, rien à redire là-dessus, mais j’avoue que les histoires de trio amoureux et de jalousie avec les vengeances qui vont avec ne me passionnent pas forcément, sauf quand quelqu’un comme Indridason nous surprend avec sa Betty …


Banco ! d’Olivier Roux m’a convaincu par sa qualité d’écriture (comme les deux autres), mais surtout par sa méchanceté assumée et son humour grinçant. Et là aussi belle variation sur le thème des blondes/brunes.


Quand au Maître, connaissant son amour inconsidéré pour les vaches, j’étais sur que sa blonde serait d’Aquitaine … Ce qu’il était difficile de prévoir était ce qu’il allait en faire. Profonde est un remake breton et futuriste de La vache et le prisonnier, débrouillez vous avec ça ! Et non, profonde n’est pas ce que vous croyez bande de zobsédés !


Collectif / Blonde(s) Terres de brume (2012). 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 00:12

Encore un bouquin qui était resté coincé sous une pile … mais comme je suis un inconditionnel du regretté Marc Behm, j’avais bien enregistré, dans un petit coin de ma petite tête, que j’avais par là un bouquin de son petit-fils Jeremy Behm. Certes l’hérédité ne fait pas tout, mais j’avais un préjugé favorable. Démolitions en tous genres m’a prouvé que je n’avais pas tord.

 

Behm

Kraken syndrome : Un chirurgien aisé de la côte ouest reçoit la visite d'un ancien copain de bringue qu'il avait perdu de vue depuis des années. Il le supplie de l'aider et commence à lui raconter une histoire absolument incroyable. Et pourtant …

 

Poisson rouge : Un jeune homme agoraphobe survit en milieu complètement fermé, dans un appartement où il ne laisse rien entrer, avec pour seul contact avec l'extérieur la télé et un site d'échanges où un dénommé Mickey lui donne de bons conseils. Jusqu'au moment où tout commence à se détraquer et où la muraille qui l'isolait du monde se lézarde …

 

Le système Dean : Un père de famille au chômage se débat pour survivre à la crise. Heureusement son frère, colosse toujours plein d'entrain, l'aide. Et un jour lui propose de travailler avec lui, un drôle de travail …

 

Entre gens de bon goût : Deux grands bourgeois, richissimes, vivent dans un monde parfaitement ordonné et aseptisé. Jusqu'au jour où un drôle de couple vient leur proposer une forme de charité … inédite.

 

Quatre histoires à l'humour noir, très noir. On sourit souvent avant de s'épouvanter et on retrouve chez le petit-fils, l'imagination débridé et l'humour particulièrement grinçant du grand-père. Quatre textes différents, avec une légère anticipation, un grand classique du récit de braquage, un autre classique autour de la quête d’identité et de la mémoire perdue, et pour finir une belle nouvelle très noire, cynique et critique qui se termine en grosse éclaboussure d’un noir sans fond.

 

Quatre textes qui ont en commun un regard décalé et une touche de Grand-Guignol un peu sinistre qui les pimente. Ajoutons que Jeremy Behm fait preuve d’un sens de la construction et de la chute digne des plus grands spécialistes de la nouvelle, en particulier dans Poisson rouge  et Entre gens de bon goût.

 

 Parfait pour sourire et avoir quelques cauchemars !

 

Jeremy Behm / Démolitions en tous genres, Rivages/Noir (2012).

 

PS. Pour aller plus loin vous pouvez aller lire cette interview réalisée par le concierge (dé)masqué.

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