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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 17:15

Je continue à lire des nouvelles. Il ne s’agit pas, cette fois, d’un collectif, mais du recueil de textes de James Lee Burke publié chez Rivages : Jésus prend la mer.

 

Neuf nouvelles, sans Dave Robicheaux, mais avec la Louisiane et le Montana ; entre autres :

 

Burke NouvellesLumière d’hiver et Une saison de regret, les deux situées dans le Montana, tournent autour de la même idée, très robichienne (ça se dit robichienne ?) de ce qu’un homme peut accepter, et de ce face à quoi il se doit de se dresser, inébranlable, pour pouvoir garder l’estime de soi, indépendamment du danger couru. Une sorte de rempart contre la barbarie et l’arbitraire. Assorti d’une réflexion sur la propension à la violence (une thématique là encore très robichienne). Deux nouvelles à propos d’hommes solitaires, vivant en marge (géographiquement) de la société des hommes, près d’une nature fascinante, mais n’ayant pas pour autant renoncé à leur humanité, ni même à leur humanisme.

 

Le soir où Johnny Ace est mort est une histoire d’amour, d’amitié et de musique, se déroulant dans le sud profond au moment où naissait un musique appelée Rock & Roll … Loin d’une quelconque mythification de l’époque, c’est au contraire un récit rugueux, sans complaisance : « Quand on se mettait à dos les mauvaises personnes, on n’avait plus qu’à jouer de la guitare dans la rue, ou à se crever les yeux pour rejoindre les Five Blind Boys ».

 

Les six autres nouvelles : Les hommes de l’eau, Brume, Mauvaises intentions, Le drapeau brûlé, Comment Bugsy Siegel est devenu un ami à moi et, Jésus prend la mer pourraient presque être des chapitres d’un roman de la série Robicheaux.

 

On y trouve des gamins de milieux populaires qui tentent de survivre, dans des temps troublés, en conservant quelques valeurs fondamentales léguées par leurs pères ; des hommes marqués par la guerre (que ce soit la deuxième guerre mondiale ou le Vietnam) ; des victimes d’un passé lourd qui n’arrivent pas à se dépêtrer des chaînes de la drogue et de l’alcool … Tous ces personnages qu’il aime, qu’il sait si bien décrire, et que Dave croise au tournant d’une rue de New Iberia ou de la Nouvelle Orléans. En quelques pages, il leur donne vie, et nous fait partager leur existence, le temps d’une nouvelle.

 

Tranches d’existence plutôt que nouvelles « à chute », James Lee Burke y déploie son talent exceptionnel pour décrire les paysages et les hommes qu’il aime.

 

Jésus prend la mer, qui clôt le recueil, se situe après le passage de Katrina (dont l’effet dévastateur est aussi en toile de fond de Brume), se conclue ainsi : « Je n’ai qu’un regret. Personne ne s’est donné la peine de nous expliquer pourquoi on nous a laissé tomber. […] Mais avec des compagnons de voyage pareil – Jésus, Miles, et puis Tony qui nous attend quelque part sur le chemin -, je pars en paix avec le monde. »

 

Trouver cette paix, c’est tout ce que l’on souhaite aux personnages magnifiques de James Lee Burke.

Jeanjean de Moisson Noire a aimé lui aussi.


James Lee Burke / Jésus prend la mer (Jesus out to sea, 2007), Rivages (2010), Traduit de l’américain par Olivier Deparis.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Nouvelles noires
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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 15:34

Je suis dans une période nouvelles. Ca tombe plutôt bien, j’avais sous la main cet extraordinaire recueil réédité en poche chez Rivages. Ca s’appelle Demain ce seront des hommes. Le principe en est simple, laissons la parole à John Harvey, le maître d’œuvre :

 

« Tout a commencé par une idée assez simple : celle d’un livre qui rassemblerait des nouvelles écrites par des auteurs de romans noirs et policiers pour l’œuvre desquels j’ai le plus de respect et d’admiration, et dont la lecture me procure le plus de plaisir. […]

Et puis spontanément un titre me vint à l’esprit : Men from boys ».

 

Voilà, malheureusement tous n’ont pas pu répondre, il reste quand même 17 nouvelles :

 

Marc Billingham / Le rituel du couteau (Dancing toward the blade) traduit par Virginie Buhl.Harvey nouvelles

Lawrence Block / Aveux (Points) traduit par Daniel Lemoine.

Andrew Coburn / La fille de son père (My father’s daughter) traduit par Gérard de Chergé.

Michael Connelly / Après minuit (After midnight) traduit par Mathilde Martin.

Jeffery Deaver / La leçon de poker (The poker lesson) traduit par Emmanuel Pailler.

John Harvey / Une chance (Chance) traduit par Jean-Paul Gratias.

Reginald Hill / Boy et le booker prize (The boy and man booker) traduit par Patricia Christian.

Bill James / Une sorte d’échange (Like an arrangement) traduit par Danièle et Pierre Bondil.

Dennis Lehane / Avant Gwen (Until Gwen) traduit par Isabelle Maillet.

Bill Moody / La résurrection de Bobo Jones (The resurrection of Bobo Jones) traduit par Jean-Paul Gratias.

George Pelecanos / Irlandais bidon (Plastic Paddy) traduit par Jean Esch.

Peter Robinson / Une ombre sur l’eau (Shadow on the water) traduit par Jeanne Guyon.

James Sallis / Concerto pour violence et orchestre (Concerto for violence and orchestra) traduit par Isabelle Maillet.

John Straley / La vie avant-guerre (Life before the war) traduit par Frédéric Grellier.

Brian Thompson / Drôles de types (Geezers) traduit par Dominique Wattwiller.

Don Winslow / Douggie doughnuts (Douggie doughnuts) traduit par Doug Headline.

Daniel Woodrell / Deux choses (Two things) traduit par Frank Reichert.

17 nouvelles donc, 17 façons très différentes de traiter la thématique, qui vont des relations père fils (voire père fille), au moment où on homme doit choisir entre différentes valeurs (en référence, ou en opposition à son père). Qu’est-ce qu’être un fils ? Un père ? Quand ouvre-t-on les yeux ? Quand abandonne-t-on … Autant de thématiques, d’écritures, de lieux, de milieux …

Et comme toujours, chacun aura ses préférées … Voici celles qui m’ont marqué.

Le rituel du couteau explore de belle façon, à la fois le passage à l’âge adulte et les ponts existant entre différentes cultures et différents pays.

La fille de son père, la plus longue nouvelle, construit une histoire intéressante sur l’absence du père, sur le vide, sans oublier soigner son intrigue.

La leçon de poker est sans le moindre doute l’histoire la mieux construite en termes de suspense et de coups de théâtre. Un vrai régal. Avec également le final absolument réjouissant de Boy et le booker prize, délicieuse de méchanceté et d’humour.

John Harvey et George Pelecanos sont sans doute ceux que l’on reconnaît le plus, ceux dont le style et les thématiques sont les plus proches, dans leurs deux nouvelles, de ce que l’on peut lire dans leurs romans. Sobriété, élégance, évidence de l’écriture, pour des histoires au raz du bitume, s’intéressant, et nous intéressant à des « gens ordinaires », que rien ne distingue de ceux que l’on croise tous les jours … Si ce n’est le talent de ces deux auteurs pour nous raconter leurs histoires.

La nouvelle de Bill James est acidulée, grinçante, drôle. Un vraie réussite à l’humour si caractéristique de son auteur.

La résurrection de Bobo Jones ne pourra que plaire aux amateurs de musique, et encore plus aux musiciens tant le jazz y est présent, central, véritable personnage principal de cette belle nouvelle.

Une ombre sur l’eau de Peter Robinson est une belle histoire d’enfance avec croque-mitaine, classique mais très réussie.

La nouvelle de Dennis Lehane est excellente, mais maintenant connue et archi-connue, déjà parue en recueil, en pièce de théâtre et en BD.

Les deux nouvelles qui concluent le recueil, de Don Winslow et Daniel Woodrell sont aussi réussies et convaincantes qu’on pouvait s’y attendre de la part de ces deux auteurs majeurs.

Voilà, comme quoi, pendant le foot, la lecture continue, et tant qu’à faire, pourquoi ne pas prendre ce recueil de nouvelles qui laisse le temps aux amateurs de ballon de regarder un match entre deux contes ?

Collectif / Demain ce seront des hommes (Men from boys, 2003), Rivages/Noir N° 778 (2010).

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 21:57

Une fois n’est pas coutume, voilà une histoire qui a commencé de façon pour le moins originale … On a l’habitude de lire, au dos de pas mal de polars publiés en France « traduit de l’américain par … » ou « traduit de l’anglais (Etats-Unis) par … ». Sachez que le recueil Noir Paris, collecté par Aurélien Masson (patron de la série noire), a été publié dans un premier temps aux US, « translated from French by … ».

 

Masson ParisL’idée d’un petit éditeur New yorkais : faire le portrait de grandes villes du monde au travers de nouvelles noires écrites par des auteurs locaux. Ils sont douze à s’y être collé, vous reconnaîtrez quelques noms pas totalement inconnus des lecteurs de polar :

Aurélien Masson présente :

 

Marc Villard / Le chauffeur

Chantal Pelletier / Le chinois

Salim Bachi / Le grand frère

Jérôme Leroy / Berthet s’en va

Laurent Martin / Comme une tragédie

Christophe Mercier / Noël

Jean-Bernard Pouy / La vengeance des loufiats

Dominique Mainard / La vie en rose

Didier Daeninckx / Rue des degrés

Patrick Pécherot / Mémoire morte

DOA / Précieuse

Hervé Prudon / No comprendo l’étranger

Douze nouvelles, douze styles, douze coins de Paris, douze belles histoires.

Comme de juste dans un tel recueil, chacun aura ses chouchous. J’ai pour ma part une préférence pour

Le chinois de Chantal Pelletier, monologue absolument réjouissant qui voit, pour une fois, une femme dans le rôle du méchant. Vision décalée, humour bien noir et bien vachard, folie assumée … Je me suis bien amusée, mais certainement pas autant qu’elle en l’écrivant.

Le grand frère de Salim Bachi qui nous amène joliment, insensiblement, vers une chute qu’on n’a absolument pas vu venir et qui arrive à faire partager son amour de Paris et sa connaissance profonde de son histoire et de sa culture sans jamais être pédant ou didactique.

La vengeance des loufiats de l’inévitable Jean-Bernard Pouy qui, non content de faire du Pouy (cette écriture d’une confondante « facilité » qui doit en énerver plus d’un) a réussi à me sécher sur sa dernière phrase, dans la grande tradition des nouvelles à chute.

Mémoire morte de Patrick Pécherot pour la façon sensible et originale qu’il a trouvée de revenir sur une période particulièrement sombre de notre histoire. Et aussi parce qu’il arrive parfaitement à intriguer le lecteur, à le laisser en suspend, avant de le mener là où il voulait.

Et pour finir Précieuse de DOA (je sais le titre original est en russe, avec caractères cyrilliques et tout, mais j’ai la flemme …). Pour l’efficacité de l’écriture, la justesse du ton, le rythme, la jolie conclusion bien immorale …

Entendons nous bien, les autres aussi sont bonnes, c’est juste que celles-là sont mes chouchous … Au résultat, un Paris bien noir, comme on les aime.

Collectif / Noir Paris, Asphalte (2010).

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 23:13

Revoici donc Caryl Férey et Sophie Couronne qui récidivent après leur forfait poulpesque (D’amour et dope fraiche). Ils se retrouvent ici pour un travail beaucoup moins coordonné, puisque Fond de cale se « contente » de rassembler quatre textes, deux de chaque. Quatre textes qui permettent de confirmer le talent de Sophie Couronne, et de découvrir une nouvelle facette de celui de Caryl Férey.

 

Fond de cale : Une jeune femme de 19 ans revient à Brest, tenter de retrouver son premier et seul amour, FEREY-COURONNEPierrot. Mais Pierrot est parti, ne laissant que quelques peintures colées à l’intérieur de l’ancienne prison. Alors elle va s’enfermer et s’acharner, pour trouver un sens à ces œuvres, pour trouver le message qu’il lui a forcément laissé avant de s’envoler … Un Caryl Férey intimiste qui voyage aux portes de la folie. Si on retrouve sa plume rageuse, le propos est nouveau, ses « héros » habituels n’ayant pas, en général, tendance à s’isoler du monde comme le fait sa narratrice. Une belle et triste première nouvelle.

 

L’âge de pierre au ton autobiographique (mais l’est-il vraiment ?) évoque les relations entre un narrateur chétif et son grand frère, brute de sport, en permanence en rage contre le monde et la mauvaise fortune, supporter systématique de sportifs et de clubs qui perdent. Et c’est très drôle ! Ce qui est plutôt nouveau dans l’œuvre de Caryl Férey qui jusque là ne prêtait guère à rire (sauf son poulpe).

 

Et puis Caryl Férey invite Sophie Couronne. Elle nous offre deux textes qui ont la même narratrice (qui lui ressemble ?).

 

La décalcomanie s’ouvre sur la mort de Zita, suicidée à 15 ans. Une mère atroce, aucune attache, une sensibilité et une intelligence qui ne trouvent de confidents que dans les livres. Alors Zita se suicide … Mais elle se rate, c’est pourquoi elle raconte. Malgré la thématique a priori déprimante le ton est alerte, la plume vive et acérée, les coups de griffes implacables et le portrait de la mère (sorte de Folcoche) réjouissant.

 

Dans Djeddah, on retrouve Zita quelques années plus tard, elle est ingénieur du son (comme l’auteur) et décroche un contrat pour une fête exclusivement féminine en Arabie Saoudite. Là aussi la plume fait merveille, l’équipée est belle, les personnages vite et bien croqués, les conséquences kafkaïennes de la religion bien décrites, la chute fort jolie. Un beau diptyque enlevé et réjouissant.

 

En bref, un recueil plus que recommandable, pour se faire plaisir avant de repasser à du sombre bien sombre. Moisson noire aussi le recommande.

 

Caryl Férey et Sophie Couronne / Fond de cale, Après la lune (2010).

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 22:10

Je ne sais pas si c’est une impression, ou si tout simplement je suis en train de passer à côté de pas mal de choses, mais on dirait qu’il y a un léger vide éditorial en ce tout début du mois de janvier, comme si tout le monde attendait que passe la vague Ellroy

 

WillefordToujours est-il que j’ai profité de ce bref calme pour exhumer de ma pile un recueil de nouvelles qui y était depuis quelques mois. Un recueil d’un auteur que je connais assez mal, n’ayant lu que deux ou trois de ses romans. Il s’agit de La machine du pavillon 11 de Charles Willeford.

 

Jake Blake, metteur en scène de talent, se retrouve enfermé en asile, sans trop se rappeler pourquoi. Mais il y a un vague rapport avec la machine. Celle du pavillon 11.

Un producteur de télé, lui, se souvient parfaitement de Jake, de son talent, mais aussi de son intransigeance, clé de sa chute.

 

Avant d’être réalisateur, Jake fut soldat. Un soldat abandonné à sa propre folie, loin des hommes …

 

Ces nouvelles sont complétées par trois autres textes, originaux et totalement différents :

 

Lettre aux Alcooliques Anonymes, d’un humour très noir, commence par une descente aux enfers avant de se conclure, dans une pirouette magnifique par … Je ne peux révéler la chute qui vaut son pesant de charité …

 

Exactement comme à la télé ….  Tout est dit dans le titre, ou les infortunes, non pas de la vertu, mais de la crédulité. A la fois sombre et drôle.

 

L’électromancien est « plus classique », avec sa chute attendue, puis pas si attendue que ça … on frôle le fantastique pour virer résolument vers autre chose …

 

Six nouvelles donc, totalement différentes les unes de autres, même si les trois premières tournent autour du même personnage. Monologue, récit, interrogatoire, lettre … tous les styles d’écriture y passent, tous parfaitement adaptés au sujet.

 

J’ai un petit faible pour la deuxième qui, par la voix d’un producteur assez satisfait de lui, démonte en quelques pages d’une façon cynique et implacable le fonctionnement du cinéma et de la télévision considérés uniquement comme des industries. Et ce par un producteur qui, loin d’être inculte, sait être sensible à l’art et au talent, et sait s’asseoir dessus s’ils ne sont pas rentables. Quitte à briser un homme. Impeccable.

 

Un faible aussi pour l’humour vachard et réjouissant de la lettre aux AA et de l’interrogatoire jubilatoire de Exactement comme à la télé ….

 

En bref, un excellent recueil, pour se faire une idée du talent de cet auteur, et donner envie d’attaquer ses romans. J’avais précédemment adoré La messe noire du frère Spinger.

 

Charles Willeford / La machine du pavillon 11  (The machine in ward eleven, 1961), Rivages/Noir (2009), Traduit de l’américain par Christophe Mercier.

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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 21:40

Comme Jeanjean qui en parle très bien sur moisson noire, j’ai découvert Philippe Huet avec Bunker. L’ivresse des falaises révèle une autre facette de son talent : il est aussi à l’aise dans le court, que dans le long.

 

Un facteur ouvre certaines lettres, et finit par lire quelque chose qu’il préfèrerait ignorer. Un vieil homme emporte dans sa tombe un secret vieux de cinquante ans. Un représentant de commerce tombe désespérément amoureux. Un écrivain en manque d’inspiration accepte, un peu vite, d’aller s’isoler dans une vieille bâtisse. Un journaliste déprimé croise un peu trop souvent le chemin de futurs cadavres … Et quelques autres personnages. Tous se démènent en Normandie, à la ville ou à la campagne, à l’intérieur ou sur la côte touristique. Ils sont normands ou récemment arrivés. Ils ont tous en commun de prendre vie sous la plume de Philippe Huet.

 

Des nouvelles aussi diverses que les personnages et les lieux, allant du mini roman policier avec mystère, enquête et, parfois, résolution, à la chronique de village, en passant par celle d’une folie annoncée. Toutes sont impeccablement construites, avec un sens de la chute qui ne se dément jamais.

 

Chacun aura ses préférées. Pour ma part, celles qui me touchent le moins sont les enquêtes qui pour arriver à construire une bonne intrigue sont obligées de sacrifier l’épaisseur des personnages (difficile de tout faire en si peu de pages). Elles raviront les amateurs du genre. Tout comme seront enchantés les fans de Lupin, que l’auteur salue fort élégamment.

 

J’ai par contre un gros faible pour les autres, les très sombres, celles qui gravitent aux limites de la folie, de la rupture. Celles qui en quelques lignes disent un gros village qui se tait, qui mettent en scène une Normandie qui semble avoir peu changé depuis maître Maupassant. Philippe Huet n’est pas écrasé par cette référence, bien au contraire, il se pose grâce à ce recueil en digne héritier.

 

On peut faire pire non ?

 

Philippe Huet / L’ivresse des falaises, rivages noir  (2009).

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 23:05

Le pyrénéen Michel-Julien Naudy est un écrivain trop rare. Trois séries noires, probablement introuvables sauf chez les bouquinistes et les bonnes bibliothèques, quelques romans jeunesse, et des nouvelles. J’avais été envouté par Le pas du parisien, un polar montagnard qui arrivait à faire passer des sensations aussi subtiles que le bonheur de sentir les muscles se chauffer au début d’une randonnée, ou le silence imposant de la montagne.

 

Zone frontière Figueras rassemble huit nouvelles qui, comme leur nom l’indique, se déroulent de part et d’autre des Pyrénées. Comme ses personnages Michel-Julien Naudy ne dit que l’essentiel, l’indispensable. Ses nouvelles sont épurées à l’extrême. Au point de pouvoir même désarçonner parfois tant il manie l’ellipse. Mais quand ça passe, c’est du grand art.

 

Employé au tri de nuit à la poste, chômeur en attente d’un stage de plus, ancien résistant devenu instituteur, gérant de station service, femmes seules ballotées d’un poste pourri à une autre … tels sont les personnages de ces huit nouvelles. Tous sont saisis au moment où ils sont près de basculer dans autre chose : une vengeance, un coup qui les sortira de leur vie morne et sans avenir, une occasion saisie au vol, sans même y penser … Des ruptures qui les mènent souvent vers la frontière, en traversant à pied ces montagnes que l’auteur aime et connaît si bien.

 

Et puis, comme on parle d’Espagne, toujours en toile de fond, la plaie toujours ouverte de cette guerre terrible, de ces vaincus devenus mythiques que la France a si mal accueillis, dans un épisode infamant de notre histoire dont nous n’aimons guère parler.

 

Tout cela passe dans ces huit nouvelles, sans grands effets de manche, sans esbroufe, sans gesticulations, mais avec quelle émotion ! Une occasion de découvrir un auteur qui n’a pas encore trouvé tous les lecteurs qu’il mérite.

 

Michel-Julien Naudy / Zone frontière Figueras, Mare nostrum/Polar (2009).

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