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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 23:41

Je continue avec mes chroniques en retard. Après une chronique un peu rose, retour de balancier pour un roman très poil aux pattes parfumé à la testostérone. Un roman que j’avais gardé pour l’avion de retour de vacances. Dans ces cas-là, quand on ne peut pas dormir, rien de tel qu’une bonne série B qui cartonne, fait tourner les pages et ne sollicite pas trop des méninges fatiguées. J’avais le bouquin parfait sous la main (c’est que je suis organisé comme garçon). Le 47° samouraï de Stephen Hunter.

Hunter.jpg

Bob Lee Swagger, le sniper, le vétéran du Vietnam à caractère de cochon, fils Earl Lee Swagger autre héros de guerre, ayant participé à cinq débarquements dans différentes iles du Pacifique lors de la seconde guerre mondiale. Au fond de sa retraite de l’Idaho il est contacté par Philip Yano, militaire japonais de son âge : Son père a été tué en 1945 par le père de Bob sur l’île d’Iwo Jima et il est à la recherche du sabre qu’il portait ce jour là.


Bob Lee Swagger retrouve le sabre, et comme il a apprécié son interlocuteur décide de le lui porter en personne. Il ne se doute pas qu’il a entre les mains une pièce mythique qui attire toutes les convoitises et que certain sont prêts à tout pour le récupérer.


Je voulais une bonne série B qui cartonne, j’ai été servi. Si l’on passe sur certains détails de vraisemblance un poil gros, et en particulier sur ce brave Bob Lee qui est certes un guerrier hors du commun, mais qui apprend en une semaine à devenir un champion du maniement du katana … Si donc pour certains détails on accepte de mettre le cerveau en veille, on se régale.


De l’action en veux-tu en voilà, une histoire bien racontée, des scènes de baston toujours aussi efficaces. Une fois de plus Stephen Hunter fait le boulot. C’est ce qu’on lui demande, et c’est très bien comme ça.


Cerise sur le gâteau, j’ai bien aimé la postface où Hunter explique que oui, il s’est renseigné, mais que c’est une œuvre de fiction et que les râleurs de services et autres coupeurs de cheveux en douze (même avec un sabre), peuvent aller … râler ailleurs.


Stephen Hunter / Le 47° samouraï (The 47th samouraï, 2007), Folio/Policier (2013), traduit de l’américain par Guy Abadia.

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 22:23

Elmore Leonard n’est plus mais … Il reste tant de ses livres à lire.

 

J’ai donc appris en rentrant la très triste, mais néanmoins prévisible nouvelle. Après une vie bien remplie et des dizaines et des dizaines de romans publiés, Elmore Leonard est allé rejoindre Donald Westlake et Ed McBain.

 

Leonard Stick

Avec ces deux collègues, il partage une facilité incroyable à inventer des histoires, à faire vivre des personnages, et un sens époustouflant du dialogue. Comme eux, c’était un très grand conteur, un formidable créateur d’histoires qui arrivait à nous faire croire qu’écrire est facile tant son style est fluide, tant se dialogues sonnent juste … Ecrire est peut-être facile, ceux qui croient qu’écrire comme Elmore Leonard est à la portée du premier venu se mettent sacrément le doigt, et même tout le bras dans l’œil.


Il me restera un grand regret, celui de ne jamais avoir pu le rencontrer, et encore de très grandes joies à venir : Je suis très loin d’avoir lu tous ses romans. Et un roman d’Elmore Leonard, à quelques très rares exceptions près, c’est l’assurance de passer un excellent moment, avec des personnages cool mais inflexibles, des truands très bêtes et très méchants, des femmes belles et fortes … Comme avec ce Stick récemment réédité par rivages.


Stick sort de taule, sept ans suite à une attaque à main armée. Et il espère bien ne pas replonger. Il vient en Floride pour voir sa fille qui a maintenant 14 ans, et tenter de refaire sa vie. Mais la faune locale ne va pas le laisser tranquille, entre des trafiquants de came givrés, quelques tueurs tarés, un millionnaire qui se prend pour un gros dur, un producteur arnaqueur … Heureusement il y a aussi Kyle, jeune femme sure d’elle, cool et qui n’a pas froid aux yeux.


Que dire de plus que ce que j’ai déjà dit maintes fois à propos des polars du maître ? Héros cools, femmes fortes, belles et intelligentes, méchants grotesques, bêtes et … très méchants, dialogues qui claquent, décors superbement décrits, écriture fluide et « évidente ». Du pur plaisir.


A remarquer ici, et dans le suivant dont je vais vous parler bientôt (Permis de chasse également réédité par Rivages), qu’Elmore Leonard, l’air de rien, y fait un portrait au vitriol d’une classe de riches américains arrogants, méprisants, ignorants et se croyant au-dessus des lois. Un portrait pas piqué des hannetons ! Et tout cela sans avoir l’air d’y toucher.


Un auteur qui va nous manquer, beaucoup nous manquer. Heureusement, comme je le dis plus haut, il me reste quantité de romans à découvrir.


Elmore Leonard / Stick (Stick, 1983), Rivages/Noir (2013), traduit de l’américain par Jacques Martichade.

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 23:10

Toute personne de plus de … De plus d’un certain âge connaît Rambo.  Qu’on ait vu ou non le film (je ne l’ai pas vu, ni le premier ni la pénible suite), on ne peut pas l’ignorer. On peut par contre ignorer totalement qu’il est inspiré d’un livre. Premier sang, de David Morrell, que Gallmeister a eu l’excellente idée de rééditer.

Morrell

Rambo est un gamin, dans la campagne américaine, dans les années 70. Un vagabond, cheveux longs et sales, barbe longue et sale. Le genre d’individu qu’aucun shérif n’aime voir traîner chez lui. Donc le shérif Teasle le raccompagne hors de sa ville. Mais Rambo en a marre de se faire renvoyer, marre de se faire prendre pour un hippie drogué et pacifiste. Parce Rambo est tout sauf pacifiste. Il arrive du Vietnam, où il était dans les bérets verts, et où il a reçu la distinction la plus haute d’Amérique. Alors il décide que c’est une fois de trop, et revient dans la ville. La confrontation avec Teasle est inévitable, elle sera mortelle.


Sachant que Rambo, le film, a eu des suites Rambo II, Rambo contre Alien, Rambo chez les Schtrounfs … Il est certain que le film et le roman diffèrent. Je répète, je n’ai pas vu le film. Le roman vaut vraiment la réédition que lui consacre Gallmeister.


Sa progression est absolument impeccable, la montée de la tension, l’explosion de la violence parfaitement rendues jusqu’à l’apothéose finale.


Sans jamais tomber dans la psychologue de comptoir, en racontant simplement l’enchaînement des faits il décrit l’escalade inévitable, le choc des frustrations, des egos, des logiques incompatibles qui amènent à la mort. Tout cela dans un récit parfaitement mené avec un grand sens des scènes d’action.


Ajoutons que, même si je m’avance peut-être en un, rares devaient être les romans qui parlaient en 1972 des séquelles psychologiques d’une guerre chez les survivants. Un précurseur donc et une vraie réussite à découvrir ou à redécouvrir.


David Morrell / Premier sang (First blood, 1972), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Eric Diacon.

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 14:03

Rivages a eu l’excellente idée de traduire Texas Forever, roman historique de James Lee Burke, très différent de la série Dave Robicheaux. Une lecture pleine de fureur, de tripes, de crasse et de sang.

Burke Texas

Début du XIX siècle, Son Holland est envoyé dans un camp de prisonniers en Louisiane. A la première occasion, il s’évade en compagnie d’un vieux de la vieille, High Allison après avoir tué un gardien. Poursuivi par le frère qui était directeur de la prison, ils fuient vers le Texas, où ils se retrouvent pris dans la guerre qui oppose les armées texianes et les mexicains du général Santa Ana, à la veille de la fameuse bataille de Fort Alamo.


Si j’avais lu ce roman en aveugle, j’aurais été prêt à parier que c’était du James Carlos Blake. Un peu plus de 200 pages de souffrance, de sang et de sueur, de crasse et de cris, de lâchetés et d’héroïsme … Un peu plus de 200 pages de l’histoire d’un pays qui, peut-être plus encore que d’autres, c’est construit sur la violence, sur la loi des armes.


On reconnaît l’intérêt pour l’histoire de James Lee Burke, mais pas sa façon d’approcher ses personnages. Autant il nous installe dans la tête de Robicheaux, autant on fait corps avec lui, autant ici il reste à distance de Son Holland et High Allison, sans jamais nous dire ce qu’ils pensent et ressentent. Mais peut-être dans ce tourbillon de violence et de mort qu’est leur vie n’ont-ils guère le temps de penser …


Cela n’empêche pas le roman d’être passionnant, à la manière disais-je d’un James Carlos Blake, ou de la démystification de l’ouest de Pete Dexter dans Deadwood. A lire, non pas pour retrouver le James Lee Burke qu’on connait, mais pour découvrir une autre facette de son talent et découvrir (ou redécouvrir) un pan de l’histoire américaine.


James Lee Burke / Texas forever (Two for Texas, 1989), Rivages (2013), traduit de l’américain par Olivier Deparis.

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 22:15

Je ne me souviens plus où j’ai lu le plus grand bien de Tabloid City de Pete Hamill. Si quelqu’un se reconnaît, qu’il en soit remercié.

Hamill

Minuit, en hiver à New York. Sam Briscoe, soixante-dix ans, est à son poste, à la rédaction du New York World, un des journaux mythiques de la ville. A ses côtés Helen Loomis qui depuis des décennies réécrit les faits divers dictés en trois mots par des reporters pressés, mais aussi Fonseca, jeune homme fier de sa carte de presse toute neuve et quelques autres. Dehors dans le froid, Malik Watson traine sa rage et veut faire payer les mécréants qui envoient des soldats dans les pays musulmans, alors qu’Ali, son père, flic, le cherche dans toute la ville. Cynthia Harding, elle, organise une soirée pour récolter des dons pour une bibliothèque. Sam ira peut-être la rejoindre plus tard. Ailleurs, un jeune loup, plus économiste que journaliste, programme la mort du New York World version papier … Autant de destins qui vont basculer en 24 heures.


Si j’en crois la préface, Pete Hamill est journaliste. Je veux bien le croire tant sa description du milieu, son chant d’amour au journalisme « à l’ancienne » sonne vrai, tant il est émouvant. Un monde souvent présent dans les plus grands romans et les plus grands films américains. Un monde, une fois de plus magnifiquement rendu.


Le roman est construit comme un puzzle, on passe, pendant vingt-quatre heures, d’un personnage à l’autre, d’une errance à l’autre. Le tableau se dessine peu à peu, l’intrigue apparaît, se noue et se dénoue, comme une image floue qui se précise petit à petit. Cela pourrait faire un peu exercice de style, ou artificiel, il n’en est rien tant l’auteur s’attache à tous les personnages, les fait vivre et exister en quelques lignes.


Un puzzle bien plus riche qu’il n’y parait au départ. Outre une histoire parfaitement menée, l’auteur dresse un superbe portrait de New York post 11 septembre, avec ses traumatismes, ses peurs mais aussi son envie de vivre. C’est également un roman sur la solitude, sur les petits matins gris après une nuit de travail, sur l’angoisse d’une fin de vie sans occupation, sans but et sans compagnon, et une réflexion sur un type de journalisme proche des gens, qui s’attache à raconter leurs histoires.


Un roman d’une tonalité mélancolique, douce-amère qui laisse des images, des personnages, des sensations, longtemps après avoir été refermé.


Pete Hamill / Tabloid city (Tabloid city, 2011), Balland (2012), traduit de l’américain par Daniel Roche.

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 23:04

J’avais laissé de côté deux Elmore Leonard pendant l’année. Il faut dire qu’entre les excellentes rééditions, et les nouveautés que ce jeune homme de presque 90 ans continue à écrire, on peut se laisser submerger. Comme (presque) toujours, je ne me suis pas ennuyé avec Djibouti.

Leonard

Dara Barr réalise des documentaires. De bons documentaires qui lui ont valu plusieurs prix. Elle décide d’aller voir les pirates du côté de Djibouti. Pour les filmer, les interviewer, et voir ce qui motive ces descendants de Barbe Noire … Sur place, aidée par Xavier LeBo, vieux baroudeur qui lui sert de cameraman, elle va les rencontrer les nouveaux seigneurs des mers. Eux et ceux qui tournent autour. Mais son reportage dérape quand elle s’aperçoit qu’ils ont pris en otage un méthanier qui pourrait bien se transformer en bombe s’il explosait … Par exemple dans un port américain. Et les pirates ne sont pas les seuls allumés du coin. James Russell alias Jama Raisuli, ancien petit voyou américain converti à l’islam et au Djihad en taule, et Billy Wynn, milliardaire texan qui se prend pour un super agent secret ne sont pas mal non plus, et vont mettre du piquant dans cette histoire.


Sacré Elmore Leonard ! Même quand, comme ici, il démarre de façon un peu planplan, il finit par emporter le morceau. J’avoue avoir eu un peu de mal à voir où il voulait en venir. Au début les personnages n’étaient pas très leonardiens. C'est-à-dire pas de méchant très bête mais très méchant, et pas de héros super cool, la réplique qui tue à la bouche.


Et puis ça se met en place, les méchants émergent, une authentique pourriture se révèle (même si Elmore Leonard est bien trop fort, habile et subtil pour dire à un seul moment que c’est une vraie pourriture, il fait confiance à son lecteur) et Dara et Xavier, de leur côté deviennent au fil des pages de plus en plus … ben leonardiens donc.


Les dialogues sont au niveau du maître, les allumés de plus en plus allumés, et la construction, que je vous laisse découvrir, est à la fois astucieuse et virtuose.


Alors même s’il y a un peu de mou dans la première partie, la seconde emporte complètement l’adhésion et on finit à fond. Avec en prime une belle description de cette partie du monde, quelques questions sans réponse (et c’est très bien comme ça) sur le phénomène de piraterie moderne à cet endroit précis, et une scène finale digne des plus grands romans de l’auteur.


Elmore Leonard / Djibouti (Djibouti, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Johanne Le Ray.

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 21:00

Me revoici pour quelques jours, avec les chroniques de lectures d’une semaine de plage. On commence avec James Sallis, un auteur exigeant et parfois déroutant. Parfois j’adore, parfois je reste soit perplexe, soit carrément paumé. Avec Le tueur se meurt, j’ai beaucoup aimé … Tout en restant perplexe.

Sallis

Chrétien est tueur à gage. Il vient d’être contacté sur internet par un client pour une exécution à Phoenix. Sa dernière, car Chrétien est très malade. Sous ses yeux, ou presque, sa cible est victime d’une tentative d’assassinat. Qui donc lui a pris son boulot ? Jimmie est un jeune gamin de dix ans qui vit seul, depuis que ses parents l’ont abandonné. Il gagne de l’argent en achetant et en vendant des objets sur internet. Pour l’instant personne ne semble s’apercevoir qu’il ne va plus à l’école et qu’il est seul à la maison. Graves et Sayle sont flics. Ils enquêtent sur la tentative de meurtre qui inquiète tant Chrétien. Des destins qui vont se retrouver entremêlées.


Un roman déroutant. Ou au moins, un roman qui m’a dérouté. Et touché en même temps. Crépusculaire, tout en ombres et en non dits. Pas d’enquête, pas ou presque pas d’intrigue, plutôt les chroniques de plusieurs solitudes qui se croisent sans jamais se rencontrer.


Ce qui m’a un peu laissé dubitatif c’est le lien entre Jimmie, le môme et l’histoire principale. Comme si James Sallis avait voulu raconter cette histoire de gamin qui se débrouille seul sans savoir exactement comment la raccorder à son roman. Ou alors j’ai raté quelque chose en lisant trop vite ? Toujours est-il que c’est une question qui est restée ouverte en refermant le roman.


Mais finalement est-ce grave docteur ? Non.


Parce qu’à côté de ça, cette réflexion douce amère sur l’approche de la mort, sur l’attitude face à la maladie et à la déchéance du corps, et surtout sur la solitude touche directement au cœur (je sais ça fait nunuche mais c’est vrai). Il y a ici des pages très poignantes, qui vous laissent une empreinte profonde. Tout est gris, la ville, les quartiers, les vies. Même celles du tueur et des flics que l’on pourrait imaginer trépidantes ou romantiques sont grises.


On referme le roman avec sentiment de nostalgie, de tristesse qu’on a du mal à définir ; une sensation à la fois de vide et d’avoir rencontré profondément des êtres humains. Un roman étrange, certainement pas faits pour les amateurs de thrillers ou de pages qui se tournent toutes seules, mais qui laisse une trace durable. En raison de la profondeur et de la justesse des sentiments évoqués, et de son étrangeté.


Comment ? Ah oui, on sait à la fin, pourquoi Chrétien se fait doubler. Ca non plus on ne l’oublie pas, même si ce n’est pas le plus important.


James Sallis / Le tueur se meurt (The killer is dying, 2011), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Christophe Mercier et Jeanne Guyon.

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 22:52

J’aime Mark Haskell Smith. D’un amour tout littéraire. Je  l’aime en Californie et à Hawaï, je l’aime quand il fait le touriste. Et c’est toujours bien, même s’il s’assagit, quand il retourne en Californie avec Défoncé.

 

HaskellSmith

Miro Basinas vit à Los Angeles. Il est botaniste. Un excellent botaniste même. Dans son domaine. La marijuana. Il est tellement bon qu’il gagne haut la main la « cannabis cup d’Amsterdam ». Les débuts de la gloire ? Non, le début des emmerdes, car son succès va lui attirer la convoitise de gens moins doués en botanique, mais plus doués en armes à feu. Si on ajoute un missionnaire mormon aux prises avec de fortes poussées hormonales, une chanteuse sur le retour insatiable, un tueur irlando-salvadorien, un inspecteur enrhumé, une scientifique portugaise très belle … Et quelque autres, on a un sacré bazar.


C’est du Mark Haskell Smith, aucun doute là-dessus : une collection réjouissante d’allumés, une écriture sensuelle et drôle aussi à l’aise dans la description de la séance de dépucelage torride d’un mormon que dans celle du plaisir de déguster un taco fait dans les règles de l’art, de la castagne, de l’humour. Tous les ingrédients habituels sont là.


Certes, il est difficile de ne pas penser à Savages et Cool ! de Don Winslow. Et on peut trouver, comme moi, que l’écrivain de San Diego fait preuve de plus d’originalité et d’inventivité dans son écriture. Mais cela n’enlève finalement rien au plaisir ressenti à la lecture de Défoncé.


Après tout, on peut être un peu moins bien que Savages, et rester un excellent polar, drôle, enlevé, avec des personnages incroyables. Et puis ça finit bien, pour une fois, et, même si j’ai dit en introduction que l’auteur c’est un peu assagi (par rapport à la fin de Delicious par exemple), il reste assez haut dans l’échelle des allumés tout en construisant une histoire totalement cohérente. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?


Mark Haskell Smith / Défoncé (Baked, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Julien Guérif.

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 22:08

De Victor Gischler j’avais lu, il y a bien longtemps, Poésie à bout portant qui m’avait laissé le souvenir d’un roman bien déjanté, partant dans tous les sens, mais en même temps maîtrisé. C’est pourquoi je me réjouissais de lire Coyote Crossing. J’avais raison, c’est réjouissant.

Gischler

L’Oklahoma, c’est calme. Coyote Crossing, c’est calme pour l’Oklahoma. Vous imaginez aisément que Toby Sawyer, adjoint à mi-temps du shérif de Coyote Crossing n’est ni un Sherlock Holmes ni un inspecteur Harry en puissance. Jusqu’à cette nuit qui commence mal : Alors que son chef lui confie une tâche qui semble à sa portée : surveiller le corps d’un bad boy local qui vient de se faire descendre, Toby ne peut s’empêcher de s’absenter quelques minutes, le temps d’aller conter fleurette, et plus si affinité, à sa maîtresse. Quand il revient, horreur, le cadavre a disparu. Toby se dit que la nuit commence bien mal, il n’imagine pas à quel point ! Moins d’une heure plus tard sa femme l’a quitté lui laissant son bébé sur les bras, il a tué un collègue en lui tranchant le cou avec un hache, et les emmerdes ne font que commencer.


Yeeeeeeeeeeeeepeeeeeeeeeeeeeeeeee !


C’est ça qu’on se dit tout au long de ce roman qui file la patate. On y croise une mémé qui ressemble à Ma Dalton, des gros bras bas de front, une mexicaine au vocabulaire fleuri, des pourris complètement pourris, un bébé craquant, le ciel étoilé de l’Oklahoma, et des bastons, des bagarres, des échanges de coups de feu, de la castagne, des gnons, des poursuites en voiture, des baffes, des balles … Et même, donc, une hache.


Une énergie absolument réjouissante, du culot, et, mine de rien, un sacré savoir-faire parce qu’il en faut pour tenir les rênes d’une histoire qui s’emballe autant sans verser dans le grand n’importe-quoi. Car, et c’est là qu’il est fort, Victor Gischler garde la maîtrise, reste cohérent et tient son histoire d’un bout à l’autre. En nous offrant au passage de beaux portraits de paumés et de loosers comme on les aime dans le polar.


Alors certes, ce n’est pas le grand roman bouleversant de l’année qui va changer votre vie, mais …


Yeeeeeeeeeeeeepeeeeeeeeeeeeeeeeee !


Victor Gischler / Coyote Crossing (The deputy, 2010), Denoel/Sueurs Froides (2013), traduit de l’américain par Frédéric Brument.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 23:09

Pour des générations de cinéphiles, Délivrance c’est le film inoubliable de John Boorman. Et ce n’est qu’en 2013, grâce au travail des éditions Gallmeister que je découvre que c’est à l’origine un roman de James Dickey. Shame on me !

 

Dickey

Est-il nécessaire de résumer l’intrigue ? Rapidos alors. Quelque part dans une petite ville des US, quatre copains partent pour descendre une rivière dans les montagnes. Ce sera la dernière fois, la vallée sera bientôt noyée sous les eaux d’un barrage. Dès l’arrivée, le contact avec les locaux est inquiétant. Mais la rivière est belle, le soleil et l’eau sont au rendez-vous … Jusqu’à ce que les choses se gâtent et que la balade virile entre copains tourne au drame et à la lutte pour la survie.


J’avoue avoir ouvert ce roman avec un mélange d’impatience et de crainte. Impatience de voir d’où était tiré ce film qui nous a tant marqué, crainte que le résultat soit décevant. Autour de moi, et de vous sans doute aussi, tout le monde a vu le film. J’imagine que tous ceux qui passent par ici l’ont vu également. Mais au cas où, lecteur de passage, sache que dans n’importe quelle conversation autour d’un roman, d’une BD, d’un film ou de quoique ce soit qui se déroule dans une campagne américaine reculée et hostile, on finit toujours par entendre la phrase : « on se croirait dans Délivrance ». C’est inévitable, obligatoire, incontournable.


Voilà pourquoi j’étais inquiet et impatient. Maintenant que j’ai refermé le bouquin, je suis rassuré. Nous sommes dans une de ces rares, très rares occasions où le roman et le film qui en est tiré sont deux monuments.


Ce que le roman apporte par rapport au film, c’est essentiellement la description des sensations : la douleur d’un corps soumis à rude épreuve, le sommeil, la fatigue, la faim, la panique dans l’eau, les muscles qui se tétanisent lors de l’ascension de la falaise … A part cela les deux sont très proches, et pourtant cela vaut la peine de lire Délivrance, même si on a vu le film mainte fois.


Etonnant cette force du roman qui arrive à nous passionner, à nous faire frémir, à transmettre une tension alors même qu’on sait exactement ce qui va se passer, quand et comment. Etonnante force évocatrice, bien à la manière des auteurs de chez Gallmeister, qui sait si bien rendre la beauté fascinante mais en même temps terrifiante de la nature américaine.


Le récit s’enrichit d’une réflexion sur le vide des vies contemporaine, mais également sur l’illusion d’un possible retour à la nature. Certes la vie quotidienne est bien vide et fade dans cette petite ville des US, mais la nature n’est pas spécialement bienveillante, et les hommes qui y vivent plutôt hostiles, c’est le moins qu’on puisse dire.


A lire donc, avant de se revoir le film.


James Dickey / Délivrance (Délivrance, 1970), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Jacques Mailhos.


PS. A noter également chez Gallmeister le roman d’où a été tiré Rambo. Je le garde pour les vacances.

 

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