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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 23:12

Boulevard de Bill Guttenttag. Voilà un roman qui risque malheureusement de passer inaperçu sur les tables des libraires, si tant est qu’il se retrouve sur quelques tables … Auteur inconnu, sujet a priori pas rigolo, rigolo. Et je ne jette certainement pas la pierre aux libraires, comment s’y retrouver dans la montagne de nouveautés ? Et pourtant, il mérite sa place, bien en évidence, au milieu, à la place de certaines couillonnades qui y trônent.

Guttentag

Hollywood, cité des anges, et des rêves. Pas pour tous. Pour les ados qui vivent dans le rue et se prostituent pour se payer leur dose, ou simplement pour avoir de quoi manger et un endroit où dormir c’est plutôt le cauchemar. Tous fuient quelque chose, une famille qui ne les comprend pas, un père ou un beau-père violent, voire pire … Pour Casey, Dragon, Tulip, Paul, Rancher, Timmy et les autres la vie est dure, les adultes des prédateurs en puissance et ils ne trouvent chaleur et réconfort qu’en se serrant les coudes. La vie n’est pas plus facile pour Jimmy, flic dans le quartier, à la recherche de son fils qui se drogue et c’est réfugié dans un squat. Pour tous elle va devenir un enfer quand un proche du Maire se fait poignarder d’une trentaine de coups de couteau dans le quartier.


Je sais ce que certains pourront reprocher au bouquin : son relatif happy end. Très cinématographique en plus. Alors certes, l’auteur travaille dans et autour de l’industrie du cinéma, et il a peut-être voulu, consciemment ou non, adoucir un peu son propos avec cette fin. Et finalement j’avoue que l’amateur de noir pur et dur que je suis s’en accommode très bien. Après tout, un peu de douceur et d’espoir dans ce monde de brutes, ça ne fait pas de mal.


Et puis ce serait dommage de passer à côté de ce magnifique roman qui prend aux tripes, et en même temps arrive à faire chaud au cœur par moments.


Parce que sans pathos, et sans grands effets sirupeux cherchant à vous tirer les larmes l’auteur décrit avec beaucoup de justesse, d’empathie et de tendresse ce monde de gamins paumés. Parce dans la nuit sombre, très sombre des horreurs que leur font subir les adultes, leur solidarité amène un rayon d’optimisme. Parce qu’il prend le contrepied d’un roman comme La belle vie et montre que l’on peut rester humain et attentif aux autres même quand on vit des horreurs.


Parce que le personnage du flic, fatigué, écœuré, démoralisé et qui continue quand même sonne juste. Parce que ce n’est pas un super héros et qu’il ne peut, malheureusement, que s’avouer vaincu face à certaines forces.


Parce que la construction est impeccable, et que sous les dehors d’une chronique sans grande tension narrative, peu à peu le fil se tend, le suspense monte, et le rythme s’accélère.


Finalement, tout bêtement, parce que ce bouquin et ses personnages m’ont touché. Profondément. Donc vous qui passez par ici, allez voir vos libraires et bibliothécaires préférés, et demandez-leur Boulevard de Bill Guttentag, insistez, commandez-le au besoin. Si vous êtes déçus, vous avez le droit de m’engueuler, j’assume.


Bill Guttentag / Boulevard (Boulevard, 2009), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Christophe Mercier.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 23:33

Je parlais il y a peu de ces personnages récurrents que l’on a plaisir à retrouver régulièrement. Dave Robicheaux en fait indéniablement partie. C’est pourquoi tout nouveau roman de l’immense James Lee Burke est attendu avec impatience. Le dernier s’appelle L’arc-en-ciel de verre.

LeeBurke

Dave et son ami Clete Purcell sont de retour du Montana . A New Iberia la vie reprend son cours. Un cours agité. Dave enquête sur des meurtres de jeunes femmes. Des femmes souvent paumées, se prostituant parfois pour payer leurs doses, des femmes toujours pauvres. Des mortes qui n’intéressent guère les autorités. Clete décide de l’aider, et ils commencent à tourner autour de Herman Stanga, maquereau, dealer, pourris jusqu’à la moelle. Le problème est que Clete ne contrôle pas toujours, et c’est peu de la dire, et il abime sérieusement Stanga qui porte plainte. Les choses se corsent quand le dealer est retrouvé assassiné chez lui. Côté familial, Dave a du mal avec sa fille Alafair qui est tombé amoureuse du fils d’une des grandes familles de Louisiane. Une famille qui a bâti sa fortune sur le sang et les larmes des esclaves, puis des ouvriers pauvres. Le genre de famille contre laquelle Dave est en guerre depuis toujours.


Quand on lit un nouveau James Lee Burke, on se dit de temps en temps qu’on devrait s’embêter. Toujours les descriptions de la nature, toujours les emportements de Clete et de Dave, toujours les doutes de Robicheaux, son envie d’alcool, sa guerre incessante contre les grandes familles corrompues … Et bien entendu, on ne s’ennuie jamais. Au contraire on en redemande.


Parce que les descriptions du bayou sont toujours aussi belles. Parce que l’indignation, la rage de Robicheaux, que l’on sent très proche de son créateur, sont contagieuses. Parce que le personnage évolue d’un roman à l’autre et que l’auteur est maître en l’art de rendre perceptibles ces changements. Parce qu’il n’a pas son pareil pour nous faire sentir l’odeur de la pluie, entendre le bruit des sauts de poissons. Parce que c’est un conteur hors pair.


En bref, parce que James Lee Burke est un immense écrivain, doublé d’un humaniste qui n’abandonne jamais, qui ne renie jamais ses idées, ses origines. Vivement le prochain.


James Lee Burke / L’arc en ciel de verre (The glass rainbow, 2010), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Christophe Mercier.

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 22:44

On ne peut pas reprocher à la série noire de ne pas prendre de risque … Cette année,  après La nuit de Frédéric Jaccaud, Le bon père de l’américain Noah Hawley une fois de plus, ne caresse pas le lecteur dans le sens du poil. Malgré cela (ou plutôt, à cause de cela), ce serait dommage de passer à côté.

 

Hawley

Le Docteur Paul Allen mène une vie réglée et confortable du côté de New-York. Médecin reconnu (et donc fort bien payé), époux et père comblé, il vit dans une banlieue tranquille et cossue. Jusqu’au soir où, loin de là, à los Angeles, un déséquilibré tire sur le candidat démocrate à la Présidence, l’homme qui rassemblait l’espoir de tout le pays. La nouvelle est choquante. Cinq minutes plus tard deux hommes sonnent à sa porte. L’assassin a été arrêté. C’est un jeune homme d’une vingtaine d’années. Le fils de Paul Allen, né d’un premier mariage. Un fils qu’il n’avait pas vu depuis des mois. Incapable de se rendre à l’évidence, Paul Allen va basculer dans la paranoïa et remonter dans le passé de ce fils qu’il croyait connaître pour trouver la faille, prouver son innocence … Ou se résoudre à l’impensable.


Commençons par évacuer une question rigolote. Je ne sais pas qui a décidé de cataloguer ce roman dans « thriller » en quatrième de couverture, mais vraiment, c’est plutôt drôle. Parce que s’il y a en ce moment un roman qui n’a rien du « thriller » tel que l’entendent les vendeurs de best sellers, c’est bien celui-là !


Passons donc. Un roman absolument passionnant. Tant par la forme, que par les questions qu’il pose.

On dit d’un morceau de musique que si l’ouverture et le final sont réussis, le tour est joué. C’est aussi vrai pour un roman. Et ici les deux chapitres, le prologue et l’épilogue sont très forts. Très émouvants. Vraiment. Je n’ai pas envie de les reprendre ici (j’ai la flemme) et vous pouvez aller voir chez Yan le final du prologue.


Entre les deux, le récit est parfaitement distribué entre le présent de ce père qui cherche à savoir, le récit des derniers mois du fils et les retours quelques cas célèbres d’assassinat d’hommes politiques ou d’anonymes.


Une mise en forme au service de deux questions : Comment peut réagir un père à une telle nouvelle ? Et pourquoi dans ce pays autant de jeunes hommes, un jour, prennent une arme et tirent sur quelqu’un, sénateur, président ou passant ?


Deux questions, aucune réponse … Et c’est la grande force du livre.


La première, bien évidemment, va continuer à tourner, tourner, tourner dans la tête de tous ceux qui ont des gamins. Elle rejoint la thématique d’un autre roman extraordinaire, Les feuilles mortes du grand Thomas Cook. Le récit ici prend une autre direction, mais il partage avec celui de Cook la finesse dans la description d’une situation qui pourrait se prêter au pathos le plus lourd et le plus larmoyant. Je sais que cette question restera longtemps dans un recoin de mon cerveau, et resurgira sans doute aux moments les plus inattendus  


La seconde question évidemment ne trouve pas non plus de réponse. Quel disfonctionnement, quelle frustration, peuvent-ils expliquer que dans le pays qui se définit lui-même comme la plus grande démocratie du monde, la lumière qui doit guider le reste des nations, autant de jeunes hommes prennent un jour une arme pour tirer sur un sénateur, un président ou des anonymes ? Comment en sont-ils arrivés là ? Qu’est-ce qui dans l’Histoire, et dans leurs histoires a abouti à ce geste irréversible ? Des éléments, des fragments de réponses sont apportés, mais il est clair, tout au long du roman qu’aucun n’apporte une explication satisfaisante. Ni pour les cas réels exposés, ni pour l’histoire inventée par Noah Hawley.


Ce qui laisse le lecteur, comme le pauvre docteur Allen, perdu, troublé (et c’est peu dire) et durablement marqué par cette histoire.


Noah Hawley / Le bon père (The good father, 2012), Série Noire (2013), traduit de l’américain par Clément Baude.

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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 19:24

Il est un peu difficile de suivre les aventures éditoriales de Leonard Pine et Hap Collins, les deux glandus les plus drôles du polar mondial créés par l’américain Joe R. Lansdale. Heureusement, grâce aux blogs, j’avais eu vent de la sortie de Diable rouge, qui suit Vanilla Ride.

 

Lansdale

Pour ceux qui ne connaissent pas les deux zozos, vous pouvez aller voir l’article cité en introduction.


Leonard et Hap se tiennent plutôt tranquilles, juste un petit tabassage de méchants pour le compte de Marvin, un ex flic devenu privé qui les fait bosser de temps à autre. Jusqu’à ce qu’ils soient contactés par une cliente dont le fils a été assassiné avec une amie alors qu’il faisait son footing. Les flics ont conclu qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Mais la mère n’est pas convaincue. Et elle a peut-être raison. Car les jeunes gens fréquentaient une bande de cinglés se prenant pour des vampires. Et sur place on a trouvé une étrange signature, une tête de diable peinte en rouge …


Avant d’aller plus loin. Si vous ne supportez pas de lire les mots « bite » ou « burnes », si l’humour scato et sexuel vous fait tordre le nez, laissez tomber ce papier, et surtout n’ouvrez pas le bouquin. Ceux qui connaissent savent de quoi je parle. Leonard et Hap sont très grossiers, ne reculent devant rien, absolument rien … et moi ça me fait beaucoup rire.


Un bon cru, avec un Hap Collins qui vit mal son vieillissement, qui doute de plus en plus de ce qu’il fait, se pose beaucoup de questions et déprime même sacrément … Un sacré portrait de l’East Texas, et, mine de rien, sous le nez rouge, de très belles pages sur l’amitié et la fidélité.


Mais on rigole quand même n’ayez pas peur, et Lansdale ne se prend jamais au sérieux, pas plus que ses personnages. Les fans de Sherlock Holmes y trouveront un hommage à leur héros, un hommage un peu décalé, ça reste du Lansdale, et je ne résiste pas à vous donner une idée du style, pour ceux qui ne connaissent pas (et je fais attention, je reste dans le très très correct) :


L’automne vue par un poète romantique :

« Les sanglots longs / Des violons / De l’automne / Blessent mon cœur / D’une langueur / Monotone. »

La même saison vue par Lansdale :

« Tandis qu’on humait l’odeur d’urine dans la fraicheur automnale, des fleurs fanées virevoltaient dans l’air et tombaient sur le sol avec un craquement sec – comme quand on marche sur des sacs en papier ou qu’on fracasse le genou d’un gros con avec une batte de base-ball ».


En fait, j’aime les deux.


Joe R. Lansdale / Diable rouge (Devil red, 2011), Denoël/Sueurs froides (2013), traduit de l’américain par Bernard Blanc.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 15:58

Roman d’outre tombe, un de plus du géant Westlake/Stark,  voici donc côté Richard Stark une nouvelle aventure de l’implacable Parker : Argent sale.

Stark

Vous vous souvenez peut-être que dans A bout de course ! Parker et deux complices avaient braqué deux camions pleins de billets, au bas mot, quelques deux millions de dollars. Et qu’ils avaient dû fuir en laissant le magot dans une église désaffectée. Depuis Parker a réussi à échapper aux flics et maintenant, avec l’aide de sa copine Claire il compte bien le récupérer. Mais ça urge, car Nick Dalesia, un de ses complices a été pris par le FBI puis a réussi à s’évader, ce qui veut dire qu’il est aux abois. Et Sandra, une privée chasseuse de prime est sur leurs traces. Il va même peut-être falloir qu’il s’associe avec elle …


Le début du roman est un peu rude pour ceux qui, comme moi, ont un peu oublié les détails de A bout de course. Mais on se remet vite dans le bain, et ensuite c’est toujours aussi bon. Quand il signe Stark, Westlake est d’une efficacité d’écriture qui touche au magique ! Impressionnant de voir comme son style alors est aussi pur et tranchant que celui de son personnage.


Au plaisir habituel, on ajoutera ici celui de l’importance donnée aux personnages féminins, Claire et surtout Sandra qui sont très « léonardiennes », cools et malines comme les meilleurs personnages du grand Elmore. Et avoir pour le même prix l’inflexible Parker et des héroïnes de cette classe c’est le bonheur !


Richard Stark / Argent sale (Dirty money, 2008), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Elie Robert-Nicoud.

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 17:19

Comme Henry Porter, James Carlos Blake est un auteur que je ne lis pas systématiquement, mais dont je garde souvent les romans quelque part, sous une pile, en poche. Pour le moment où je trouve enfin un peu de temps. C’est comme ça qu’à la faveur des vacances j’ai enfin lu Crépuscule Sanglant.


Blake

Au milieu du XIX°, quelque part en Floride, la famille Little n’est pas une famille modèle. Le père a quelques meurtres à son actif, il a battu et fouetté la mère quand il a appris qu’avant de le connaître elle avait quelque peu batifolé, Edward et John les deux frères aiment se battre et Maggie la plus jeune ne supporte pas le traitement imposé à sa mère. Une situation explosive qui se dénoue quand Maggie s’enfuit et que les deux frères tuent leur père avant qu’il n’abatte leur mère. C’est alors pour John et Edward le début d’une longue vie de violence, de la Floride à la guerre entre les USA et le Mexique, en passant par les bordels de New Orléans, les prison texanes et les guerres indiennes.


Attention c’est rude. Et on comprend un peu mieux le rapport des US aux armes et à la violence. Certes, tous les pays ont eu leurs épisodes plus ou moins sanglants. Mais en lisant Crépuscule sanglant on ressent, dans ses tripes, à quel point ce pays c’est construit dans le sang, combien il a été longtemps un lieu où la loi du talion et la loi du plus fort ont été les seules à s’appliquer.


Vous imaginez bien que le roman n’est pas aimable. Tueries, crasse, bêtise, racisme, sang, sueur et larmes … Ils sont rudes les frères Little et leurs compagnons de route. Rudes, méchants, incultes, violents … Et c’est à travers leurs trajectoires que James Carlos Blake nous conte cette période de l’histoire des US, la République du Texas, la guerre contre le Mexique, le mépris envers les irlandais, les massacres des indiens.


On n’est pas un western propre avec James Stewart ou John Wayne, on est plus dans la lignée des Portes du paradis ou de Deadwood, et à relire ma note je me dis que j’aurais pu être lassé de l’accumulation de violence, de meurtres gratuits, de scalps et de viols. Et pourtant non, on n’a jamais l’impression que l’auteur en fait trop, il ne se complait jamais dans une surenchère voyeuriste et putassière, tout a un sens. Ca doit être ça, l’immense talent de James Carlos Blake.


James Carlos Blake / Crépuscule sanglant (In the rogue blood, 1997), Rivages/Noir (2007), traduit de l’américain par L. 

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 12:59

Yan l’annonçait il y a quelques temps ici, si le grand George Pelecanos semblait victime d’une petite baisse de régime, il revient en forme avec Une balade dans la nuit, sans doute (on espère) le premier d’une nouvelle série.

 

Pelecanos

Spero Lucas a fait un passage chez les marines, entre autres en Irak. A son retour à Washington, pas question de reprendre des études, il a fait fructifier sa capacité à retrouver des objets volés. Capacité s’appuyant sur une parfaite connaissance de la ville, un grand sens de l’observation, un bon entraînement physique … Et une facilité à gérer à son avantage les situations violentes.


Il lui arrive parfois de travailler pour un avocat qui le met en relation avec un de ses clients, Anwan Hawkins, dealer de came. Celui-ci attend son procès en prison, et certains en profitent pour faire disparaitre ses livraisons. Contre 40 % de la marchandise récupérée, Spero accepte de chercher les colis. Il ne sait pas qu’il met le pied dans un sac d’embrouilles.


Revoilà donc le grand Pelecanos, peut-être pas encore au niveau des meilleurs Nick Stefanos ou de la série consacrée à Terry Quinn et Derek Strange, mais on s’en rapproche. Grace à Spero Lucas qui, comme les personnages suscités n’est pas blanc blanc, et se trimballe de bonnes zones d’ombre. Enclin à la violence, muet sur ce qu’il a vécu en Irak et tout à fait capable de s’accommoder de sérieuses entorses à la loi, pas moraliste pour un sou mais terriblement humain, voilà un personnage auquel on s’attache immédiatement, et qu’on espère retrouver bientôt.


Pour le reste, on est chez la star de Washington, pas de doute là-dessus. Tour de la ville, écriture sèche, efficace et fluide, chronique de la vie des gens humbles, ceux qui bossent pour vivre, dialogues impeccables, bande son soul et funk … la marque de fabrique George Pelecanos, tout ce qu’on aime chez lui et qu’il maîtrise si bien.


L’originalité ici est qu’il choisit comme personnage principal un ancien d’Irak, montrant ainsi, guerre après guerre, la permanence aux USA de générations de revenus blessés et surtout changés et difficilement adaptables dans un pays, finalement, toujours en guerre quelque part.


Reste à espérer qu’on retrouvera bientôt notre nouveau copain Spero Lucas …


George Pelecanos / Une balade dans la nuit (The cut, 2011), Calman-Lévy (2013), traduit de l’américain par Elsa Maggion.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 22:29

Certes, le dernier Dennis Lehane Moonlight Mile n’était pas un de ses meilleurs, et certainement pas du niveau de Ténèbres, prenez-moi la main ou Gone, baby Gone (mais quand même mieux que tous les millenium du monde, ou que n’importe quel serial killer de supermarché ou que … bref) … Du coup, on en a entendu dire, d’un air faussement navré, qu’il était en perte de vitesse, qu’il n’avait plus d’inspiration ... Pan sur le bec ! Dennis Lehane est un géant, il le prouve une fois de plus avec Ils vivent la nuit.

 

Lehane

1926, Boston. Vous vous souvenez sans doute de la grève des flics de 1919. Celle qui se termina en chaos total. Alors vous avez en tête la famille Coughlin, dont le père est un des flics en vue de la ville. On avait suivi Danny, l’un des fils. En 26, il a du souci à se faire avec un autre fils,  son plus jeune, Joe, qui est passé en face, chez les vendeurs de gnole.


Nous sommes en pleine prohibition, l’âge d’or des truands, et Joe travaille pour l’un d’eux. Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’Emma Gloud, maîtresse d’un des caïds de la ville. Son destin est tracé. Il fera de la prison, sortira lieutenant de la mafia italienne et continuera sa route, jusqu’à la Floride et Cuba. Une route faite de trahisons, d’amours, d’amitiés, de luttes. Une route qui épousera l’Histoire américaine au travers de l’Histoire du crime.


Ce qui frappe dans un premier temps c’est le talent d’accroche de Dennis Lehane : Dès la première phrase on est immergé dans le bouquin, et on ne le lâche plus, pendant plus de cinq cent pages (que j’ai dévorées en deux jours, au détriment de la famille, du sommeil et grâce il faut l’avouer à un week-end particulièrement pluvieux). On connaissait déjà son talent à créer des personnages auxquels on s’attache, à leur donner consistance, à faire claquer les dialogues et à tendre son récit. Et bien il n’a rien perdu de ce talent, bien au contraire.


Dennis Lehane est donc un grand conteur. Qui revient ici aux sources du genre : la grande époque de la prohibition, les gangsters en chaussures bicolores, les Thompson sous le bras, la mafia, Lucky Luciano, règlements de compte, flics pourris, livraisons d’alcool, speakeasy … Bref les origines, les images, les lieux, les situations que tout amateur de polar connaît par cœur. Avec, également une construction on ne peut plus classique : ascension et décadence d’un truand.


Et malgré cela, il arrive à nous embarquer dans son histoire, à nous passionner, et même à nous surprendre. Par le souffle qui anime son récit, par la familiarité immédiate avec les personnages, par la limpidité de son écriture et de sa construction qui, comme chez les meilleurs Elmore Leonard, donne l’impression que ce doit être facile d’écrire comme ça, puisque c’est si facile et évident à lire. Impression ô combien trompeuse !


Là encore, chapeau l’artiste.


Pour finir, on peut venir me raconter que Dennis Lehane a écrit, « par hasard » aujourd’hui, une histoire vieille de plus de 80 ans, sur une époque où le monde vit une crise majeure et où les ouvriers sont jetés à la rue. On peut venir me dire que je vois des intentions là où il n’y en a pas quand il fait dire à Joe Coughlin au moment où il est en prison :


« Un usurier casse la jambe d’un type qui n’a pas remboursé ses dettes, un banquier en expulse un autre de chez lui pour la même raison, mais pour toi c’est pas pareil – comme si le banquier se contentait de faire son boulot alors que l’usurier est un criminel. Moi je préfère l’usurier : lui, au moins, il assume ce qu’il est. Quant au banquier, je pense sincèrement qu’il devrait se trouver à ma place. »


On peut me dire tout ça, mais je ne suis pas obligé d’être d’accord.


Je ne pense pas que le choix de traiter du maccarthisme et de la paranoïa dans le magistral Shutter Island, juste au moment de la mise en place du « Patriot Act » était innocent, je ne pense pas davantage que le choix de la période et du point de vue adoptés ici, justement aujourd’hui, le soit. C’est parfois en nous parlant du passé que les grands romanciers nous parlent le mieux du présent, et de ses risques. Et Dennis Lehane est assurément un grand romancier.


Dennis Lehane / Ils vivent la nuit (Live by night, 2012), Rivages/Thriller (2013), traduit de l’américain par Isabelle Maillet.

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 12:42

David Vann est loin d’être un inconnu pour les amateurs de littérature, et pas seulement policière. Cette découverte des excellentes éditions Gallmeister a fait parler de lui dès son premier roman Sukkwan Island puis de nouveau avec Désolation. Par un de ces mystères de rendez-vous ratés, de bon moment qu’on laisse passer, je n’ai lu ni l’un ni l’autre. Je me rattrape donc avec Impurs, sa troisième œuvre traduite.


Vann

Quelque part en Californie, sous le soleil écrasant de l’été, Galen, adolescent attardé de 22 ans vit avec sa maman, le prototype de la mère étouffante. Ils ont plus ou moins capté la fortune de la grand-mère qui souffre de pertes de mémoire et tout pourrait stagner ainsi, ad vitam aeternam, sans les visites d’Helen, la tante, et de Jennifer, la cousine. Les deux sœurs se haïssent, et Jennifer s’amuse à allumer de façon outrancière un Galen paumé entre ses hormones et des prétentions à la transcendance. Tout ça ne peut que très mal finir …


Je ne dirais pas que j’ai aimé ce roman. Par contre j’ai été sacrément impressionné. David Vann décrit comme personne la cellule familiale comme lieu d’enfermement et d’aliénation. Il rend perceptible dans ses moindres détails la montée de la folie, la relation amour/haine, la névrose du fils, les rancœurs entre les sœurs, le désarroi de la grand-mère qui perd ses repères un à un, les non-dits de l’histoire familiale qui entretiennent la haine …


Au plus de cela il nous fait ressentir la chaleur, le soleil, la terre, le bruit de la rivière …


Tout cela est très impressionnant. Ensuite tout est question de goût et de centre d’intérêt. Les thématiques abordées ne sont pas de celles qui me passionnent. Traitées avec moins de talent et de maestria, je n’aurais sans doute pas terminé le bouquin. David Vann les élève à un niveau qui fait qu’on lit, fasciné et curieux de savoir, non pas si ça va mal finir, mais comment ça va mal finir.


Impressionnant donc, mais de là à dire que je lirai le prochain ou que j’ai envie de lire les premiers, il y a un pas que je ne suis pas certain de franchir …


David Vann / Impurs (Durt, 2012), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Laura Derajinski. 

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 13:08

Il me semble qu’il est un peu en avance cette année. D’habitude il nous arrive plutôt en mars (si je ne m’abuse). Mais on ne va pas s’en plaindre, bien au contraire. Le voilà donc. Qui ? Walt Longmire, le shérif de Craig Johnson, qui nous arrive au galop, monté sur son Dark Horse.

Johnson

Walt Longmire n’aime pas les affaires trop simples … Wade Barsad était une vraie pourriture. Capable de mettre le feu à l’écurie de sa femme Mary, avec les chevaux à l’intérieur. Du coup Mary est entrée dans la chambre et l’a abattu de six balles avant que le feu ne se propage à la maison. Fin de l’histoire. Sauf pour Walt qui accueille Mary dans sa prison. Comme le meurtre a eu lieu dans un autre comté, il décide de s’y rendre incognito. Mais difficile de ne pas être reconnu quand on a le gabarit de Walt, qu’on est accompagné par Le Chien, et qu’en plus un Cheyenne taillé comme un chêne traine dans le coin …


Walt Longmire et son chien ; Henry Standing Bear ; la nature du Wyoming ; Vic l’adjointe gironde mais pas commode ; une bonne histoire ; de la castagne ; du suspense ; un vrai salaud ; des coups de théâtres ; des dialogues qui claquent et de l’humour.


Tous les ingrédients de la cuisine généreuse et humaniste du plus français des cow-boys du Wyoming. Et une fois de plus, la cuisson est parfaite. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus pour vous précipiter ?


Que je vous dise qu’il y a le portrait d’un village paumé, rude, dur, mais décrit avec une grande tendresse ? Qu’on y apprend deux trois choses sur les Buffalo Soldiers ? Qu’on y croise quelques personnages secondaires qu’on espère revoir l’an prochain ? Qu’on est toujours enchanté d’avoir des nouvelles du comté d’Absaroka ?


Ben voilà, c’est dit.


Craig Johnson / Dark Horse (Dark Horse, 2009), Gallmeister (2013), traduit de l’américain par Sophie Aslanides. 

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