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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 23:09

Ca faisait un moment que je le regardais avec gourmandise, posé sur ma table de nuit. Je me faisais plaisir par anticipation. Et puis j’ai craqué. Et ce fut aussi bon que prévu. Et trop court, comme prévu. Décidément, plus de trois ans après sa mort Dr Westlake and Mister Stark nous étonne encore. Cette fois c’est Richard Stark, qui dans Demandez au perroquet, retrouve Parker là où il l’avait laissé à la fin de A bout de course !


Stark perroquetOn retrouve donc un Parker en mauvaise posture, traqué par les flics, en plein pays bouseux. Au sommet d’une colline il tombe sur Lindahl, chasseur plein de ressentiment qui, entendant à la radio que trois truands sont recherchés pour la casse d’une banque, est venu voir s’il ne pouvait pas en tirer profit. Lindahl travaillait dans un hippodrome, et il était trop honnête. Il a voulu dénoncer des magouilles, il s’est fait virer. Depuis il rêve de se venger en allant prendre la caisse. Et Parker semble être l’homme de la situation, celui qui l’aidera à prendre sa revanche. Traqué celui-ci n’a pas le choix et s’installe donc chez le chasseur, au cœur même de la région où on le recherche activement. Mais comme toujours quand on travaille avec des amateurs, les grains de sable vont s’accumuler …


A la fois du pur Parker, comme le montre ce dialogue :


« Regardez-moi Tom.

Lindahl leva les yeux à contrecœur.

Vous voulez que je vous considère comme une source d’ennuis Tom ? »


Et une innovation dans la série : Du début à la fin Parker ne maîtrise rien, à la merci des amateurs chez qui il est tombé bien malgré lui. Son sens de l’organisation peu mis en lumière il lui reste sa capacité tactique à se sortir de toutes les situations, son génie de l’adaptation qui, à chaque moment critique, lui fait choisir la seule option qui lui permettra de survivre, sans la moindre considération morale.


C’est ça qui est délectable dans cette série, Parker est le survivant absolu, le prédateur universel : Il ne tue jamais par plaisir, évite même les morts inutiles qui rendent les flics enragés, mais n’hésite pas une seconde en cas de nécessité, avec une efficacité redoutable. Efficacité qui n’a n’égale que celle de l’écriture de Stark, au cordeau une fois de plus.


Parker aussi fascinant à voir évoluer qu’un grand fauve, économe et parfaitement précis dans ses mouvements et ses choix. On adore le « voir », on n’aimerait vraiment pas qu’il nous considère comme une source d’ennuis … Un vrai plaisir, de bout en bout.


Richard Stark / Demandez au perroquet (Ask the parrot, 2006), rivages/Thriller (2012), traduit de l’américain par Marie-Caroline Aubert.

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30 janvier 2012 1 30 /01 /janvier /2012 17:51

Au lieu-dit Noir-Etang est un roman relativement ancien (1996) de Thomas H. Cook. Plus ancien du moins que les derniers traduits, des Feuilles mortes aux Leçons du mal. Est-ce à dire qu’il s’agit d’un fond de tiroir repêché pour profiter de la notoriété grandissante de son auteur ? Que nenni, c’était déjà, il y a un peu plus de quinze ans, un grand roman à la construction impressionnante.

 

cookFin des années vingt, dans une petite ville côtière sur sud des Etats-Unis, l’arrivée de Mlle Channing, fort belle jeune femme qui va être professeur d’art plastique à la très sérieuse Chatham School ne passe pas inaperçue.

 

Cinquante ans plus tard, Henry Griswald, fils du directeur de l’époque, se souvient de cette année qui a changé sa vie. Une année qui se termina dans le sang et le scandale de l’affaire de la Chatham School …

 


Thomas H. Cook déjà au sommet de son art en 1996. Sa façon de mêler passé et présent, récit et souvenir, d’annoncer le drame dès les premières pages tout en réussissant à en masquer les détails les plus importants jusqu’à la toute fin est d’une finesse et d’une efficacité redoutables. Une construction absolument virtuose, au service de la description sans pitié d’une époque et d’un lieu étouffants, d’une mentalité étriquée, du rejet de tout ce qui peut être différent … le tout allié à une grande humanité et une grande tendresse pour les victimes.


On le voit, toutes les thématiques de ses romans à venir sont là, y compris la relation père / fils, y compris quelques personnages d’une rigidité effrayante. Comment aussi le dysfonctionnement à l’intérieur d’une famille est révélateur de celui d’une société toute entière. Comment un individu peut être détruit par le regard porté par les autres …


Quant à la maîtrise de l’intrigue c’est du grand art. Thomas Cook donne l’impression de tout révéler dès le départ … et pourtant le lecteur se fait embarquer comme un bleu pour ne découvrir la vérité, toute la vérité que dans les dernières pages. Du grand art vraiment.


Thomas H. Cook / Au lieu-dit Noir-Etang (The Chatham school affair, 1996), Seuil/policiers (2012), traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 10:14

Donald Westlake est mort, et pourtant il n’a pas fini de nous surprendre. Son œuvre est tellement riche qu’il est quasiment impossible de la connaître à fond. La publication ce mois-ci de Mémoire morte, redécouvert aux US après sa mort (alors qu’il date des années 60 et n’avait jamais été publié) en est la preuve éclatante.


Westlake memoirePaul Edwin Cole est acteur. Etait acteur plus exactement. Jusqu’au jour où, dans une petite ville perdue, un mari jaloux le surprend dans sa chambre d’hôtel avec madame et lui fait subir un tabassage en règle. Après quelques jours de coma Paul doit se rendre à l’évidence, il a perdu la mémoire. Il sait vaguement qu’il était (est ?) acteur et qu’il habite (habitait) New York, rien de plus. Situation d’autant plus précaire qu’il n’a pas assez d’argent pour revenir chez lui. Il va lui falloir s’installer quelque part et travailler pour gagner le prix du billet de bus. Au risque, peu à peu, d’oublier son identité première … Un tragique course contre l’amnésie commence.


Ecrit donc dans les années soixante ce magnifique roman ne fut publié qu’après la mort de Donald Westlake. Trop sombre ? Trop désespéré ? Il est vrai qu’il ne colle pas, a priori, avec ce que l’on croit savoir de l’inventeur de John Dortmunder … Sauf au moins une chose. Dans un excellent documentaire dont j’ai causé ici, Tonino Benacquista dit son admiration pour le Maître et en particulier pour sa capacité à prendre une idée ou une situation archi classique, et à la retourner comme une crêpe pour en faire une intrigue absolument unique. C’est comme ça qu’avec Dortmunder voler une banque veut dire emporter la banque entière … Idem ici. Les amnésiques ont été et seront encore utilisés dans le polar. En général l’amnésique était un super flic/agent/truand … Bref un type dangereux, qui sait faire plein de choses qu’il redécouvre petit à petit. Ici non. Paul Cole est désespérément normal, un tout petit peu glamour avant, complètement terne après. Et n’attendez aucune révélation fracassante, il n’y en aura pas. Voilà la crêpe retournée, et une intrigue unique.


C’est à une plongée, un naufrage dans la grisaille que nous invite Westlake. C’est poignant, désespéré et désespérant. D’un pessimisme absolu sur la nature humaine et nos relations avec les autres. Un roman absolument magnifique qui voit un personnage sombrer sans rémission à la recherche de lui-même. L’écriture est d’une sobriété exemplaire, la progression dramatique fine et subtile et la conclusion implacable.


Implacable et là aussi tout en finesse, car voici la dernière phrase : « Il aurait pu pleurer en cet instant, enfin, mais la fille revenait déjà. » Ce pourrait être une conclusion qui ouvre sur un avenir souriant. Il n’en est rien, c’est le dernier clou du cercueil …


Un autre avis (un autre mais fort semblable comme souvent …) et surtout d’intéressants détails expliquant pourquoi ce roman nous arrive si tard chez Yan.


Donald Westlake / Mémoire morte (Memory, 2010), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’américain par Gérard de Chergé.

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 22:31

Il semble que je sois abonné aux romans fragmentés en ce début d’année. Après Le zéro, voici Sur les nerfs, premier roman traduit de l’américain Larry Fondation.


FondationIl y a le Los Angeles des stars, des maisons flamboyantes, du fric, du glamour et de la plage … Et puis il y a le Los Angeles de Larry Fondation, de Poz, Army, Gina, Angela et les autres. Un monde perdu, où l'on se flingue pour un regard de travers, où l'on meurt jeune d'overdose dans un immeuble en cours de destruction, où l'on picole, on se drogue, on se fait planter parce qu’on ne donne pas l’heure, on baise sans passion, sans avenir, sans idéal et sans espérance … Un Los Angeles de bière bon marché, de couteaux à cran d’arrêt, de flingues et de désespoir …


Des fragments de vie, jetés sur le papier comme les éclats de verre d'une bouteille de bière fracassée. Tranchants, impitoyables, laids, soudain transformés en éclats de diamants par un éclairage  inattendu. Et malgré le désespoir, malgré le manque d'avenir flagrant, quelques fragments d'espérance. Un qui s'en sort, un petit moment de bonheur arraché à la misère …


La quatrième de couverture nous indique que l’auteur est médiateur dans les quartiers qu’il décrit depuis vingt ans. Il sait donc de quoi il cause. Textes courts, livre resserré, impact maximum.


On commence à parler de ce roman ici et là sur la toile. Toujours en bien et c’est parfait. Et on le compare beaucoup à Bienvenue à Oakland d’Eric Miles Williamson. Et la parenté ne me semble pas aller de soi : Les deux romans se situent en Californie et sont traduits par le même traducteur. Les deux également font le choix de ne pas avoir de vraie trame narrative.


Mais pour moi ils ne décrivent pas la même situation, et ne le font pas de la même façon. Eric Miles Williamson et ses personnages sont des travailleurs, souvent au chômage, fiers de leur travail même, et surtout, quand il est très dur, conscients de leur classe sociale et de l’antagonisme avec la classe dominante. Une certaine solidarité (de classe là encore) est présente. Leur rage a une cible. Ceux de Larry Fondation n’ont même pas ça, ou si peu. Pas de conscience de classe, pas la fierté d’un boulot, la seule solidarité est celle d’un territoire et s’ils se révoltent parfois (pas souvent) contre leur misère c’est sans aucune conscience politique. En cela ils se rapprochent plutôt des gamins décrits par George Pelecanos dans la série Blanc comme neige / Soul Fiction / Tout se paye. Sans la trame narrative du grand Georges car ici aucun personnage extérieur ne vient mettre de la cohérence dans ces morceaux de vie.


De même l’écriture de Larry Fondation, sèche, aride presque, sans mot superflu, est plus proche, là encore, de celle d’un George Pelecanos que des envolées enragées et lyriques de Williamson.


Un bel exemple de métissage entre les deux alors ?


Larry Fondation / Sur les nerfs (Angry nights, 2005), Fayard(2012), traduit de l’américain par Alexandre Thiltges.

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 22:29

Normalement ça y est, les brumes du réveillon sont évaporées, vous pouvez recommencer à lire des choses un peu rudes. Ca tombe bien, c’est ce que je voulais vous proposer : Le zéro de Jess Walter est un bouquin dans lequel il n’est pas forcément facile de rentrer, mais la récompense est à la hauteur de l’effort consenti.


WalterBrian Remy était flic, de service du côté des Twin Towers ce 11 septembre. Il a été blessé et n'a jamais complètement récupéré. Depuis il perd peu à peu la vue, et surtout il est sujet à d'inquiétants trous de mémoires. De véritables absences dont il sort sans savoir où il est et ce qu'il était en train de faire. Absences d'autant plus inquiétantes que Remy a l'impression que, quand il ne se souvient pas, il est au service d'une officine de services secrets dans laquelle son rôle est plus que contestable. Doutant de ses actions il en vient à douter de sa nature même. Tout cela dans l'univers paranoïaque et déboussolé post 11 septembre …


Attention donc livre difficile, exigeant et déroutant. En échange, ceux qui feront l'effort seront récompensé au centuple. La narration suit la folie de Brian et saute régulièrement d'un endroit à l'autre, coupant l’action d’une façon en apparence aléatoire, et sans donner aucun indice sur ce qu'il se passe entre deux paragraphes.


Le lecteur, comme Brian est perdu, déboussolé … Et souvent horrifié. Les amateurs d'intrigue léchée et d'explication finale qui éclaire tout peuvent passer leur tour. Pas de miracle, pas de tour de passe-passe ici. Si on comprend pas mal de choses, beaucoup d'autres restent aussi dans l'ombre.


Mais comment rendre autrement le chaos qui a suivi le 11 septembre ? La douleur, l’incompréhension, la perte de repères ? Et comment mieux rendre la rapacité de ceux, militaires, services secrets, boites privés, mais aussi, et on le découvre ici dans quelques scènes proprement hallucinantes, avocats et promoteurs immobiliers, qui ont profité de ce chaos pour augmenter leurs avantages (pouvoir et/ou argent) ?


Il y a peut-être d’autres façons de la faire, celle-ci est impressionnante. Au résultat, un roman qui se révèle de plus en plus envoutant et prenant au fur et à mesure que l'on progresse dans sa lecture. Sur Citizen Vince, précédent roman de cet auteur j’écrivais « Sans aucun doute, un auteur à suivre. » Je confirme.


Jess Walter / Le Zéro (The Zero, 2006), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’américain par Julien Guérif.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 22:55

Peut-être le dernier polar de l’année … Les péchés de nos pères, de Lewis Shiner, présenté en couverture comme « le meilleur livre de l’année » (défaut récurrent des éditions Sonatine), n’est pas un chef d’œuvre mais un solide polar, bien documenté et construit, qui se lit avec plaisir et intérêt, malgré ses quelques défauts.

 

Shiner2004, Michael accompagne son père qui est venu mourir à Durham, dans le sud des USA, la ville qu’il avait quittée avec sa femme à la naissance de Michael, trente ans plus tôt. Curieux de l’histoire de sa famille, d’autant plus que ses parents semblent cacher certains événements, Michael va enquêter sur son passé et réveiller des fantômes qui vont bouleverser sa vie. En cette année où les tentions raciales reviennent sur le devant de la vie locale, il va découvrir le rôle de sa famille dans les années soixante, quand la lutte pour les droits civiques, et les réactions qu’elle suscitait étaient exacerbées.


Passons donc l’agacement des bandeaux et quatrièmes outrageusement vendeurs, qui ne sont pas l’apanage des éditions Sonatine, mais quand même, ils exagèrent souvent …

Et débarrassons-nous tout de suite des défauts de ce bon roman. Défauts essentiellement liés à la construction. A mon goût l’auteur en fait un peu trop en termes de coïncidences. Trop de « une telle qui se trouve être la sœur de telle autre », de « celui-ci qui réapparaît par miracle », d’infos qui arrivent un peu facilement … C’est d’autant plus dommage que ce n’est jamais nécessaire au bon déroulement de l’intrigue, et que cela aurait donc pu être évité facilement.


Autre « défaut », mais là ce n’est pas entièrement la faute de l’auteur, les histoires de familles avec de lourds secrets, dans le sud des US, ça me fait automatiquement penser à Thomas Cook. Et Thomas Cook est un maître en la matière. Dont Lewis Shiner est loin d’avoir la finesse d’analyse, la beauté stylistique et la force émotionnelle ...


Mais le roman a d’autres qualités qui emportent l’adhésion. Tout d’abord, l’ensemble est parfaitement cohérent, les passages entre le passé et le présent bien amenés, les personnages bien construits … Bref d’un simple point de vu narratif, à par les petits défauts cités plus haut ça marche très bien. La scène d’action et de suspense finale est en particulier fort bien réussie.


Puis, ce qui fait que ce roman est plus qu’une histoire bien contée c’est le contexte historique décrit. Contexte déjà vu dans de nombreux polars (le moment des luttes pour les droits civiques), éclairé ici d’une façon originale : Comment les blancs du sud, pour casser la dynamique du mouvement ont détruit les quartiers noirs en passe de devenir des quartiers de classe moyenne, sous couvert de réhabilitation et de modernisation. Un aspect que, pour ma part, j’ai découvert ici. Intéressante aussi la façon dont l’auteur fait le parallèle entre la fin des années soixante et le début des années 2000, montrant que, malgré les progrès indéniables, la bête est toujours là, prête à resurgir au moindre prétexte.


En résumé, pas le livre de l’année, mais un bon polar, solide et bien écrit.


Lewis Shiner / Les péchés de nos pères (Black & white, 2008), Sonatine (2011), traduit de l’américain par Fabrice Pointeau.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 23:20

Je ne vais pas vous raconter ma vie, mais sachez que ce week-end je me suis retrouvé bloqué plus de huit heures dans un avion. J’avais donc prévu une lecture distrayante, pas trop compliquée, compatible avec un éclairage moyen, un siège étroit et la fatigue d’un vol de nuit. Ce fut Cadillac Beach de Tim Dorsey. Bonne pioche.

 

DorseySerge Storms, vous le connaissez forcément déjà. Il est floridien jusqu’au bout des ongles. Il adore la Floride, son histoire, ses histoires. C’est ce qui lui donne l’idée de monter, avec son pote Lenny, une agence de voyage un peu spéciale. Ils entendent faire découvrir aux touristes des sites incroyables et oubliés : le lieu de tournage de Flipper le dauphin, la chambre d’hôtel où sont descendus les Beattles … l’ennui c’est que Serge et Lenny aussi sont incroyables.

 

Lenny parce qu’il est tout le temps perdu dans les vapeurs de chanvre, Serge parce qu’il ne prend plus les cachets qui le maintiennent, tant bien que mal, à un rythme compatible avec celui de ses contemporains. Serge a aussi l’originale habitude de descendre de façon très imaginative les malotrus qui lui manquent de respect où ne font pas preuve d’un minimum de savoir vivre … Si vous rajoutez au programme des réjouissances un sac de diamants perdus depuis plus de 35 ans, vous obtenez un cocktail fort explosif.

 

Même si c’est un poil moins délirant que Triggerfish twist on a ici un Tim Dorsey dans la grande tradition : imagination débordante, intrigue qui part dans tous les sens, dialogues hilarants pour une histoire unique.

 

Alors certes Serge est un tout petit peu moins méchant que dans le précédent (moins de massacres hauts en couleur) mais de nouveau, au mauvais goût affiché par les hordes qui envahissent la Floride, Tim Dorsey répond avec une énergie, une gouaille et une liberté explosives. Et le lecteur explose, littéralement, de rire.

 

Tim Dorsey / Cadillac Beach (Cadillac Beach, 2003), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Jean Pêcheux.

 

Vous pouvez compléter chez Yan, grand fan de Serge et de Dorsey.

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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 23:14

Une femme, deux hommes … Peut-on faire plus bateau ? Non. Elmore Leonard est-il capable de nous surprendre et de nous divertir avec un tel poncif ? Oui. Et il le prouve avec Gold coast.

 

Leonard Gold Coast

C’est chouette d’être l’épouse d’un mafieux. Belle maison, belle voiture, de l’argent pour se payer ce qu’on veut et rien à faire. Sauf que Karen s’emmerde, et qu’en plus Frank la trompe allègrement. Pour se venger elle a la mauvaise idée de le menacer de faire de même. Puis elle oublie. Mais pas Frank.

 

Quand le parrain meurt quelques mois plus tard, quand enfin Karen se dit qu’elle va pouvoir choisir de faire ce qu’elle veut de sa vie, elle découvre qu’une des clauses du testament stipule qu’elle ne profitera de la fortune mal acquise de feu son mari que tant qu’elle n’aura aucune relation avec un autre homme. Et c’est Roland, bâti comme un arbre (un gros arbre), convaincu d’être irrésistible, violent et complètement siphonné qui doit veiller à ce qu’elle respecte la clause. Quand débarque Cal McGuire, son charme, son opportunisme, la chose se complique encore, et la chasse au magot est ouverte …

 

Au risque de me répéter encore un Elmore Leonard pur jus.

 

Avec truands bêtes (très bêtes) et méchants (très, très méchants), personnages cool (très cools) et femmes fortes et charmantes (très fortes et très charmantes). Comme toujours, du rythme, de la fluidité, des surprises, de l’humour, des dialogues indépassables …

 

Bref du bonheur. Si vous n’avez pas envie de lire un gros pavé déprimant sur l’état du monde (car il y a un temps pour tout), si vous avez juste envie de vous divertir, et que vous voulez le faire avec un roman impeccablement écrit, une solution, lisez Elmore Leonard !

 

Elmore Leonard / Gold coast (Gold coast, 1980), Rivages/Noir (2010), traduit de l’américain par Fabienne Duvigneau.

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 18:38

Avec Savemore paru il y a peu, on a découvert ici Sean Doolittle, un raconteur d’histoire efficace dans la plus pure lignée nord américaine. Il confirme avec Rain dogs, son second ouvrage traduit en France.

 

Doolittle

Tom Coleman est un homme à la dérive depuis la mort de sa petite fille de trois ans. Il a laissé tomber son boulot de journaliste à Chicago, s'est séparé de sa femme et s'est mis à boire. C'est peut-être pour cela que, lorsque son grand-père lui lègue sa maison, il tente de refaire sa vie dans le Nebraska, sa terre natale.

 

Il y hérite d'une maison, d'un embarcadère sur une rivière, et d'un camping qui accueille les fous de descente de cours d'eau. Malheureusement, cela ne règle en rien son problème avec l'alcool, et même l'explosion tout près de là d'un laboratoire clandestin de came ne semble pas pouvoir réveiller son instinct de reporter. Qu’il le veuille ou non, il ne va pas pouvoir éviter d’y être mêlé.

 

Rain dogs confirme ce que j’avais pensé de Savemore. Rien de révolutionnaire ni de génial, mais un solide artisan qui sait vous faire passer un bon moment.

 

Car Sean Doolittle est un auteur qui sait construire des personnages (et en particulier ceux de loosers attachants) et écrire des dialogues qui fonctionnent à merveille.

 

On mord bien à son histoire, on sent l'odeur de la rivière, on a surtout mal au crane en même temps que Tom et on ressent très bien l'impression déprimante d'être un étranger au milieu d'une communauté qui a son fonctionnement et ses habitudes, une communauté plutôt fermée pour celui qui vient de la ville.

 

Un bon moment de lecture donc, même si j'ai préféré le précédent peut-être un peu plus resserré.

 

Sean Doolittle / Rain dogs (Rain dogs, 2005), Rivages/Noir (2011), traduit de l’américain par Sophie Aslanides.

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 22:27

« … personnellement, je crois que de littérature parfaite, on en a déjà bien assez.


Ce dont on a besoin, c’est d’une littérature imparfaite, d’une littérature qui ne tente pas de donner de l’ordre au chaos, mais qui au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, une littérature qui hurle à l’anarchie, apporte de l’anarchie, qui encourage, nourrit et révèle la folie qu’est véritablement l’existence quand nos parents ne nous ont pas légué de compte épargne, quand on n’a pas d’assurance retraite […] une littérature qui dévoile la vie de ceux qui se font écrabouiller et détruire, ceux qui sont vraiment désespérés et, par conséquent, vraiment vivants, en harmonie avec le monde, les nerfs à vif et à deux doigts de péter un câble. »

 

WilliamsonEric Miles Williamson, Bienvenue à Oakland. Que dire de plus quand tout est déjà dit dans le roman ?


L’histoire ? Il n’y en a pas, ou presque. Ce sont plutôt des histoires. T-Bird Murphy, déjà narrateur de l’extraordinaire et trop méconnu Gris Oakland se terre quelque part dans un box dans le Missouri. Pourquoi ? On ne sait pas, et on ne le saura pas. De là il écrit sa vision du quart monde américain, le côté caché du rêve, celui de ceux qui n’ont rien ou presque alors qu’ils travaillent et travaillent même très dur.

 

Au cœur de cette description quelques histoires. Celle de la première fois où, gamin, il s’est fait tromper par un employeur, et la vengeance de son quartier ; celle d’un pote qui a pété les plombs ; celle d’un étrange architecte de décharges à ordures ; celle du mariage de son père … on y croise des gens qui bossent à ramasser les poubelles, à construire des routes, ceux qui sont dans des garages, ceux qui sont dans le gunite (comme dans Noir Béton) … et bien entendu, comme toujours, ceux qui jouent de la musique.

 

Alors, comme promis, c’est chaotique, c’est un long cri de rage, de haine mais aussi de solidarité. Il ne faut pas y chercher de progression narrative, ni d’intrigue. Il y a des histoires entremêlées, et cette colère immense, lancinante.

 

Certes il y a quelques longueurs, quelques redites, mais il y a surtout des pépites, des pages entières d’une beauté fulgurante, d’une énergie qui emporte tout. Certes ce n’est ni joli, ni aimable, pas toujours agréable, mais ça secoue.

 

Si tous les travailleurs, tous les ouvriers (ben oui, je sais ce sont de vilains mots, mais c’est bien de cela qu’il s’agit) avaient la même rage, la même analyse de ce (et ceux) qui est responsable de leur aliénation, au lieu de vouloir le dernier portable ou le dernier mp3 … les cliques obscènes qui nous gouvernent auraient du souci à se faire.

 

Alors acceptez le chaos, acceptez les quelques longueurs, acceptez de prendre quelques gifles, et laissez-vous submerger. Sachez seulement qu’en ouvrant le livre vous ne trouverez pas le mitigeur, pas d’eau tiède ici, que du brûlant et du glacé.

 

Eric Miles Williamson / Bienvenue à Oakland (Welcome to Oakland, 2009), Fayard (2011), traduit de l’américain par Alexandre Thiltges.

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