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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 15:40

Petra et Fermin passent en grand format ! C’est chez Rivages/Thriller que paraît la nouvelle aventure des deux enquêteurs d’Alicia Giménez Bartlett, Le silence des cloîtres. Espérons que cela leur portera chance, même si ce n’est pas mon préféré dans la série.


Gimenez BartlettSi vous êtes un habitué des aventures des duettistes Petra Delicado et Ferlin Garzon, vous savez qu’à la fin du précédent ouvrage, Un vide à la place du cœur, les deux se mariaient. Les voilà donc de nouveau obligés de concilier vie de famille et horaires de flics. La quadrature du cercle. D’autant plus qu’ils se font refiler une enquête fortement médiatique : Dans une chapelle dépendant d’un couvent de bonnes sœurs un moine a été proprement estourbi d’un bon coup sur le crane, et la momie d’un saint quelconque qu’il était en train de rafistoler a été volée. L’œuvre d’un cinglé ? D’un fanatique religieux ? Une vengeance qui vient de loin, du temps de la guerre civile ? Rien de tout cela ne convainc Petra qui a bien trop les pieds sur terre. Mais la pression médiatique est telle qu’elle est obligée de suivre toutes les pistes, et même de travailler avec un profiler. Un profiler à Barcelone, quelle drôle d’idée !


Lors d’une rencontre avec l’immense James Crumley je l’ai entendu dire que s’il ne créait que des familles abominables prêtes à s’entredéchirer à la moindre occasion c’est que les familles heureuses n’étaient pas très intéressantes pour un écrivain de polar.


C’est peut-être pour ça que Le silence des cloîtres n’est pas mon préféré dans la série. Petra et Fermin sont heureux en mariage ! Du coup c’est moins drôle que quand ils pestaient, râlaient, déprimaient … Plaisanterie mise à part, j’ai trouvé quelques longueurs dans cet épisode, aussi bien dans la menée de l’enquête que dans les scènes familiales.


Malgré ces longueurs, le charme opère une fois de plus. Grâce aux dialogues toujours savoureux entre les différents flics, grâce à la mauvaise humeur de Petra, car tout n’est quand même pas rose dans son mariage, et elle n’a pas gagné de patience, grâce aux situations rocambolesques dans lesquelles les deux enquêteurs vont se trouver, confrontés à un monde d’un autre âge, celui des couvents.


Le charme et l’intérêt de la peinture d’une Espagne qui, malgré sa modernité, n’en finit pas de solder son passé, et reste marquée par le poids de l’Eglise. C’est d’ailleurs le choc entre une culture et des coutumes qui refusent de bouger, et une société moderne, avec presse à sensation et psychologues médiatiques qui sert de toile de fond au roman et en fait l’intérêt.


Pas le meilleur de la série donc, mais intéressant et on se surprend très souvent à sourire.


Alicia Giménez Bartlett / Le silence des cloîtres  (El silencio de los claustros, 2009), Rivages/Thriller (2012), traduit de l’espagnol par Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg.

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 23:20

Un nouvel espagnol, préfacé par Carlos Salem, ça ne se refuse pas. D’autant plus qu’avec Willy Uribe et Le prix de mon père on quitte la Catalogne, berceau du polar espagnol pour Bilbao et le pays Basque, beaucoup moins représentés à ce jour.

Uribe

Ismael Ochoa n’est pas ce qu’on pourrait appeler un gagnant. La quarantaine, sans le sou, il a été rejeté par son père basque basquisant après s’être engagé dans la légion. Depuis, il a conduit des camions, traficoté ici et là. Il vient de passer quatre ans au Maroc quand il est obligé de revenir à Bilbao pour cause de différents avec les autorités locales …


Là, avec la complicité de son ex femme, il décide de faire chanter Julen Jauregui, un ami d’enfance qui a pas mal magouillé pour arriver à la position confortable qui est la sienne. Malheureusement, maître chanteur, comme le reste, ça ne s’improvise pas, et Ismael est mauvais en tout.


Voilà un roman avec lequel j’aurais été sans doute moins sévère si la quatrième de couverture n’en appelait pas à David Goodis, et la préface à Jim Thompson.


Parce qu’on est quand même loin du désespoir poétique de Goodis, ou de la noirceur parfaite de Thompson. Comme si derrière l’apparente simplicité de ces deux auteurs, il n’y avait pas un travail d’écriture, de construction de l’intrigue, de cohérence. Il ne suffit pas de mettre en scène des loosers plus ou moins attachants, plus ou moins cyniques, plus ou moins désespérés pour être Goodis ou Thompson. Et si le personnage principal est bien dans cette lignée, il y a (à mon goût) bien trop d’approximations dans l’intrigue et de manque de chair dans les personnages secondaires pour que la comparaison ne soit pas cruelle.


Ce qui est bien dommage car, à côté de cela, ce court roman a de belles qualités. A commencer par le personnage d’Ismael et un final inattendu et bien amené. Et surtout si certains personnages sont un peu bâclés, la ville de Bilbao elle est très bien décrite. Son évolution, son ambiance, les laisser pour compte de sa métamorphose : Bilbao est passée de ville industrielle, à ville sinistrée par l’arrêt de l’industrie lourde, puis le renouveau, pour certain, comme ville touristique et artistique).


Dommage donc d’invoquer des parrainages écrasants …


Je ne saurai trop vous conseiller, si vous décidez de tenter l’aventure, de ne lire la quatrième et la préface qu’après vous être fait une opinion sur le roman.


Willy Uribe / Le prix de mon père (Sé que mi padre decía, 2007), Rivages/Noir (2012), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 23:55

Avec Empereur des ténèbres, roman reconnu par la critique et premier prix Violeta Negra du festival Toulouse polars du Sud, Ignacio del Valle nous avait plongés dans l’enfer blanc et gelé du siège de Leningrad à la suite de son personnage Arturo Andrade, soldat de la Division Azul engagé auprès de l’armée allemande. On le retrouve dans Les démons de Berlin, assistant aux derniers jours du régime nazi dans un Berlin à feu et à sang.

 

del valleArturo Andrade a donc miraculeusement survécu à la débâcle allemande face à Leningrad. Contrairement à la majorité des soldats engagés dans la Division Azul il a décidé de rester à Berlin auprès de l’ambassade espagnole. Quand un des scientifiques travaillant sur l’arme nucléaire est assassiné, les SS qui ont pu apprécier ses capacités d’enquêteur lui demandent de collaborer avec la police et leurs propres forces pour trouver le coupable. De leur côté les franquistes sont intéressés par ce programme. Ils aimeraient bien savoir s’il reste une infime chance que l’Allemagne gagne la guerre, histoire d’être surs de choisir le bon camp … Pris entre les SS, la police et la Gestapo d’un côté, les franquistes et les phalangistes de l’autre, sans compter les soviétiques aux portes de la ville, Arturo va enquêter, hagard, dans un décor de fin du monde.

 

Autant Empereurs des ténèbres était blanc et gelé, autant Les démons de Berlin est rouge et noir, et brûlant. Noir de la suie et des décombres, rouge du sang et des flammes. Autant le premier semblait anesthésié par le froid et le gel, autant celui-ci résonne du fracas assourdissant des canons.

 

Impressionnante reconstruction historique, digne des tableaux les plus hallucinés. Feu, sang, fer, vacarme et folie furieuse, meurtrière et mystique. Folie du dernier cercle autour d’Hitler, folie de SS complètement fanatisés, folie d’une certaine aristocratie allemande plus ou moins mystique, plus ou moins cynique. Folie et rage du pillage, du viol, de la misère absolue … Et à l’arrivée toujours les mêmes qui trinquent, qui ont subi la folie nazie (même s’ils ont adhéré en partie), puis les bombardements, et finalement le saccage par l’armée rouge.

 

Emporté par cet ouragan l’enquête avance mais reste secondaire, de même qu’est de plus en plus secondaire l’attachement d’Arturo à son Espagne natale et à ses propres luttes et démons (fanatisme religieux, rivalité entre Phalange et franquistes). Tout est balayé par la déraison nazie et l’horreur de la guerre.

 

Dans cet enfer Arturo regarde le Mal dans le fond des yeux, souhaitant de tout cœur découvrir qu’il est d’une nature inhumaine. Hélas, chez les SS les plus fanatiques et les manipulateurs illuminés les plus cyniques il ne voit … que des hommes.

 

Une confirmation douloureuse et dérangeante. Mais une confirmation indispensable pour ceux qui pourraient (et voudraient) croire que ce Mal absolu ne fut possible qu’à cet endroit là, à ce moment là et que nous en sommes à jamais protégés.

 

Au milieu de cette démence, des scènes d’une humanité rare surnagent. Et l’auteur nous fait le cadeau d’une image finale d’une beauté surréaliste et bouleversante.

 

Ignacio del Valle / Les démons de Berlin (Los demonios de Berlin, 2009), Phébus (2012), traduit de l’espagnol par Karine Louesdon et José-Maria Ruiz-Funes.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 23:41

On aurait pu croire la plongée dans la période franquiste réservée à ceux qui ont vécu activement sa fin. On pense aux fondateurs du polar espagnol actuel, à la génération de Manuel Vazquez Montalban et Francisco Gonzalez Ledesma. Et on s’aperçoit que la thématique intéresse aussi la génération suivante.

 

Après le superbe Empereurs des ténèbres d’Ignacio del Valle (né en 1971), voici un autre roman qui explore, de très belle manière, la même époque. Il s’agit de La tristesse du samouraï de Victor del Arbol (né lui en 1968).


del arbolDécembre 1941, quelque part en Estrémadure, une femme élégante attend un train, accompagnée d’un enfant d’une dizaine d’année. Elle fuit vers le Portugal. Mai 1981, Maria, avocate de renom se meurt d’un cancer dans une clinique chic de Barcelone. Elle vient de vivre des semaines de terreur, et de sang. Des semaines d’une vengeance qui prend sa source sur ce quai de gare en décembre 41 …


Alors que dans l’ombre certains se préparent à renverser la toute jeune démocratie, les horreurs du franquisme refont surface.


L’impression qui se dégage tout au long de la lecture est qu’on a là du très beau boulot. Peut-être pas LE roman qui vous fait crier au génie absolu, mais le style de polar impeccable qui nous fait tant aimer le genre.


Ca commence avec des personnages consistants, ambigus et compliqués, comme de vrais gens, que l’auteur dévoile peu à peu, au rythme d’une intrigue complexe parfaitement maîtrisée. Certes il n’est ni le premier ni le dernier à utiliser des allers retours entre passé et présent, et à alimenter ainsi le suspense et les interrogations sur les traumatismes ou les fautes de ses personnages. C’est un procédé relativement classique, et terriblement efficace quand il est bien utilisé. C’est le cas ici, ce qui crée un suspense du meilleur aloi.


Et tout cela est au service d’une histoire ancrée dans l’Histoire, dans une Espagne qui n’a pas terminé de régler ses comptes avec le franquisme et les franquistes. Violences de la dictature,  vengeances, violences faites aux femmes (hier eu aujourd’hui), traumatismes liés à la Division Azul envoyée combattre en URSS auprès des nazis (comme Ignacio del Valle), impunité des puissants qui savent passer indemnes d’une époque à l’autre … Il y a aussi tout cela dans La tristesse du samouraï.


A lire donc.


Victor del Arbol / La tristesse du samouraï (La tristeza del Samurái, 2011), Actes Sud/Actes Noirs (2012), traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 09:35

Bientôt, ici l’annonce des candidats au prix Violeta Negra 2012 qui sera remis lors de la prochaine édition de TPS. En attendant, c’est dans le cadre de la sélection des romans que j’ai découvert un nouveau flic et un nouvel auteur : Domingo Villar est espagnol, galicien plus précisément et La plage des noyés voit l’arrivée d’un nouvel enquêteur, le taciturne Leo Caldas.

 

VillarLeo Caldas est galicien d’origine et flic à Vigo. Taiseux comme ses compatriotes il fait le désespoir de son adjoint, le bouillant aragonais Rafael Estevez. D’autant plus qu’il semble accepter que personne ne parle, même quand ils découvrent le cadavre de Justo, un pêcheur mort noyé, les mains attachées. Cela pourrait être un suicide, l’homme étant réputé triste et presque déprimé. Mais sa sœur est persuadée que Justo a été tué. Et dans le village on raconte des histoires d’un bateau fracassé des années auparavant, et de son capitaine, mort durant le tempête qu’on aurait revu récemment …

 

Voilà le cas d’école d’un polar qui, sans être la révélation de l’année, fait passer un très bon moment. Rien de révolutionnaire, ni dans le fond (enquête classique menée par deux flics), ni dans la forme, l’écriture est très classique. Mais c’est du travail soigné, bien fait, avec tout ce qu’on peut apprécier quand on voyage au travers d’un polar.

 

Des personnages intéressants et bien construits, une intrigue solide, bien menée avec ce qu’il faut de fausses pistes et de coups de théâtre, et la découverte d’un lieu, d’un milieu et d’une population assez peu connue par ici : la Galice, cette province du bout de l’Espagne, du bout de l’Europe même.

 

L’éclairage est mis plus précisément sur un monde peut-être sur le point de disparaître, celui des pêcheurs côtiers. Un métier rude, dangereux, de plus en plus aléatoire maintenant que les rias, (ces fjords galiciens) sont presque vides de poissons et que les pêcheurs sont obligés, de plus en plus, de braver les éléments au large.

 

Comme l’auteur sait aussi prendre le temps de décrire un rayon de soleil sur un paysage étincelant, ou le goût d’un verre de blanc accompagnant une terrine de coques, on n’a pas le roman de l’année mais un polar très recommandable et un auteur et un personnage qu’on aura plaisir à retrouver.

 

Domingo Villar / La plage des noyés (La playa de los ahogados, 2009), Liana Levi (2011), traduit l’espagnol par Dominique Lepreux.

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 14:13

Attention, lecture dangereuse ! Une fois de plus José Carlos Somoza va changer votre façon de voir le monde. Après la philosophie grecque, la poésie, la physique quantique ou la peinture c’est le théâtre que vous ne pourrez plus jamais regarder en toute quiétude. La faute en revient entièrement à L’appât.

 

Somoza

Madrid quelque part dans le futur. Les techniques scientifiques d’investigation policière ont montré leurs limites, les délinquants trouvant sur internet tous les outils pour les contourner. Mais il existe une arme ultime, connue uniquement d’un petit nombre de personnes. Les scientifiques ont montré que tous les êtres humains sont définis par leur « psynome » qui définit leurs désirs de même que le génome définit notre code génétique. Et ils ont pu les classer en un certain nombre de catégories.

 

Plus fort, ils ont trouvé, en lisant attentivement les pièces de Shakespeare comment amener chacun (suivant son psynome) à des sommets de plaisir tels que la cible devient entièrement dépendante, folle ou tout simplement morte. En grand secret, des appâts sont entrainés qui savent les gestes et les attitudes qui tuent de plaisir. Ils sont formés pour traquer les délinquants, et en particulier les psychopathes.

 

Diana Blanco est un de ces appâts, l’un des meilleurs, et elle est sur la piste du Spectateur, tueur en série qui a déjà fait une vingtaine de victimes autour de Madrid. Elle espère qu’il va la prendre, sans se douter qu’elle est un arme mortelle. Quand sa petite sœur Vera est enlevée par le monstre, la chasse devient une course contre la montre. Le Spectateur chasse Diana, Diana chasse le Spectateur … Qui est la proie, qui est le chasseur ?

 

Attention donc José Carlos Somoza a décodé le psynome de ses lecteurs et la lecture de L’appât induit des conduites totalement addictives. Quand vous le commencez impossible de la lâcher. Vous allez être menés par le bout du nez du début à la fin. Prévoyez donc un week-end pluvieux, pas trop de mouvement autour de vous, choisissez deux ou trois bons fauteuils / canapés / lits et c’est parti.

 

Comme toujours chez lui, l’idée de départ est à la fois complètement nouvelle et éblouissante de simplicité. On retrouve, un peu, celle de La dame n°13 où la poésie pouvait devenir une arme mortelle. Ici c’est le théâtre et le mimes qui peuvent faire de vous un esclave. Comme toujours, Somoza a le chic pour pousser son idée de départ dans ses derniers retranchements. Assorti à son sens du suspens, hérité de feuilletonistes (il aime conclure ses chapitres sur une situation qui rend le lecteur particulièrement fébrile) cela donne une fois de plus un roman inclassable, totalement original et absolument passionnant.

 

Qui de plus donne envie lire, relire, voir et revoir Shakespeare, et amène à réfléchir sur un monde où l’on peut se croire de plus en plus conditionné, programmé, manipulé, mais aussi sur la culpabilité, la duplicité, la sincérité …

 

Mais ça c’est après avoir refermé le livre. Parce que tant que la dernière page n’est pas tournée on n’a qu’une envie, continuer, continuer, continuer, continuer, continuer cont ………………. AAAAAAAAAAAAAAAAAAARGHHHHHHHHH !

 

José Carlos Somoza / L’appât (El cebo, 2010), Actes Sud (2011), traduit l’espagnol par Marianne Millon.

 

Pour ceux qui lisent l’espagnol, vous pouvez aller sur le site de l’auteur, où vous trouverez pas mal de matériel ayant servi à l’écriture de l’appât.

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 21:37

Voici donc la suite de Voleurs d’encre, polar historique très riche et très érudit de l’espagnol Alfonso Mateo Sagasta qui revient avec La chambre des merveilles, un polar tout aussi riche et un peu plus accessible à ceux qui, comme moi, ne sont pas forcément spécialistes de la littérature espagnole de l’âge d’or.

 

SagastaEn ce début de XVII° siècle les affaires d'Isidoro Montemayor, rencontré dans Voleurs d'encre, vont plutôt bien. Son amante la comtesse doña Micaela est belle, jeune, veuve et riche. Et elle va l'introduire auprès de son oncle, le marquis de Hornacho, richissime collectionneur dont l'archiviste vient d'être assassiné. C'est ainsi qu'Isidoro se retrouve tout les jours dans la chambre des merveilles du marquis, lieu ahurissant où les livres les plus rares côtoient les cornes de licornes et les crocodiles empaillés.

 

Les choses se gâtent quand il s'avère que le marquis a l'intention de lui confier un travail titanesque et surtout quand Isidoro découvre quelques pièces peu connues des visiteurs et certains hôtes, pour le moins étonnant de son nouveau maître. Et puis, reste une question. Que cherchait l'assassin de son prédécesseur ? Et s'il revenait ?

 

Revoilà donc le personnage central de Voleurs d'encre, revoilà surtout le Madrid de l'âge d'or. Si les personnages sont forts bien construits, et l'intrigue menée avec le plus grand sérieux (ce qui pêche souvent dans les mauvais polars historiques), une fois de plus c'est la reconstruction de ce Madrid de l'âge historique qui est le personnage principal du roman. Voleurs d’encre nécessitait, pour en saisir toutes les subtilités, une connaissance approfondie de la littérature classique espagnole, ici j'ai moins eu l'impression (peut-être à tord) de passer à côté de choses que je ne comprendrais pas.

 

Et je me suis régalé. Car la plume d’Alfonso Mateo Sagasta est aussi alerte que l'esprit de son personnage et parce que la description de la société madrilène est à la fois rude et savoureuse.

Rude dans la crudité des rapports sociaux de ce monde où quelqu'un qui n'est pas noble ne compte pas vraiment, et est à peine considéré comme humain. Rude dans le traitement de ces « monstres » que le marquis collectionne (on pense bien entendu à Elephant Man). Rude dans la description du poids de l’église et de l’inquisition.

 

Et savoureuse et sensuelle dans cette évocation où textures, odeurs, goûts et bruits concourent à rendre la richesse de l'ambiance. On a envie, avec Isidoro, de glisser la main dans la manche béante de son amante, on goûte un fruit confit, on sent (malheureusement) l’odeur de la mort et de la crasse … Avec une mention spéciale pour la description de la médecine de l'époque et en particulier (avec la médaille d’or toutes catégories !) une méthode inédite pour tenter de faire revenir à eux les noyés. Je n’en dirai pas plus, il vous faudra lire le roman pour la découvrir …

 

Alfonso Mateo Sagasta / La chambre des merveilles (El gabinete de las maravillas, 2006), Rivages/Thriller (2011), traduit de l’espagnol par Denise Laroutis.

 

PS. A l’occasion, rivages réédite en poche le précédent roman.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 21:22

Suite de la rentrée littéraire avec un roman intéressant, même s’il n’a pas le même impact que le Stuart Neville. Il faut dire que le sujet s’y prête moins, beaucoup moins. Mauvaise année pour Miki de José Ovejero ou l’attraction du vide.

Ovejero

« 2001 fut une mauvaise année pour Miki ». Ainsi débute le roman, on ne peut mieux le résumer. Miki a une vie peut-être ennuyeuse mais rangée. Spécialiste économique il écrit dans des revues et intervient dans un programme radio une fois par semaine. En quelques semaines, son fils se tue en voiture d'une façon absurde et sa femme est violée et assassinée. Alors que la police patauge pour retrouver l'assassin, Miki continue ses activités comme si de rien n'était, s'isolant de plus en plus, passant son temps à jouer sur son ordinateur et à regarder des films pornos … S'enfonçant peu à peu dans la déprime, sans s'en rendre compte.

 

Etonnant roman, qui décrit le vide de certaines vies modernes de façon clinique. Miki ne réagit pas, ne fait rien, s'enferme de plus en plus chez lui refusant, au maximum, le contact avec les autres. Une réclusion aggravée par son métier qui consiste à étudier la bourse et conseiller des lecteurs ou des auditeurs. L'étude d'une entité désincarnée, sans autre réalité que les chiffres qu'elle brasse, au service de personnes que Miki ne voit jamais et sans jamais se poser de questions.

 

Une vie entière qui peut se mener seul, sans contact réel, sans contact avec le réel, et qui mène, sans recours, à la folie. Malgré ce vide, malgré le manque d'envie ou de sentiments de Miki, on suit sa déchéance sans ennui. C'est là le tour de force de ce roman étonnant.

 

José Ovejero / Mauvaise année pour Miki (Un mal año para Miki, 2003), Moisson rouge (2011), traduit de l’espagnol par Marianne Millon.

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 23:25

En cette période de fêtes, mais aussi de froid et de neige (du moins pour certains), une lecture encore plus froide, encore plus neigeuse, et qui n’a rien, mais alors rien de festif : Empereurs des ténèbres de l’espagnol Ignacio del Valle.

 

del ValleHiver 1943 sur le front russe. La Division Azul des volontaires espagnols est bloquée face à Leningrad, en attente de la contre attaque soviétique. Le froid, les dissensions entre phalangistes et militaires franquistes, les relations difficiles (pour ne pas dire plus) avec les soldats allemands, et en particulier avec les SS … L'enfer glacé est déjà sur eux. Un enfer qui empire quand un soldat espagnol est retrouvé égorgé, un phrase inscrite sur son épaule « prend garde, Dieu te regarde ». L'ex lieutenant Arturo Andrade, homme violent en proie à ses propres démons va enquêter, malgré l'absurdité qu'il y a à « se soucier d'un mort quand des millions d'hommes sont en train de se massacrer ».

 

Jeanjean, qui a aussi aimé, a trouvé le meilleur titre pour cette chronique, tant pis, j’en ai trouvé un autre pour vous souhaiter bienvenue en enfer. Le froid, définit non plus comme un manque de chaleur mais comme une force compacte, la folie, le fanatisme religieux, la peur des partisans, la peur encore plus forte des SS, machines à tuer inhumaines … Voilà la toile de fond de ce polar qui glace le lecteur jusqu'à la moelle.

 

Pas de rédemption ici, pas de lueur, pas de sérénité. On a froid, faim, peur … pas de héros, on s'en doute bien. Mais des hommes, violents, fanatisés ou parfois, simplement, incultes. Des hommes qui parfois se sont juste laissé tromper, enrôler. Une plongée en enfer, un enfer glacé, mais un enfer quand même.

 

L’écriture, hypnotique, fait sentir, de façon charnelle, les éléments, l’immensité de la plaine russe, sa désolation, la lumière crépusculaire ou la folie d’un chien et de ses maîtres. L’intrigue coule au ralenti, comme un liquide sur le point de se solidifier. Et le lecteur français découvre des pans peu connus de l’histoire du XX° siècle (même quand on sait que des espagnols se sont engagés au côté des nazis), avec les guerres internes entre phalangistes et franquistes ou le point, aujourd’hui inconcevable, de fanatisme religieux de ces engagés de la division azul.

 

Décidément, un grand bouquin, passionnant à tous points de vue, à conserver quand même pour un moment où on a le moral au beau fixe.

 

Ignacio del Valle / Empereurs des ténèbres (El tiempo de los emperadores extraños, 2006), Phébus (2010), traduit de l’espagnol par Elena Zayas.

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 22:17

Barcelone est décidément à l’honneur en cette fin d’année. Après Petra et Fermín, c’est au tour de l’immense Méndez de Francisco Gonzalez Ledesma de revenir dans Il ne faut pas mourir deux fois.

 

LedesmaQuelque part, dans la banlieue de Barcelone, une gamine trisomique est prostituée par une vieille maquerelle. Gabri sort de 8 ans de prison, pour le meurtre du violeur de sa femme ; il est approché par Conde, riche industriel, pour abattre un homme. Sandra abat sont futur époux le jour de ses noces. Et Mendez, le vieux flic jamais retraité, enfreignant tous les ordres de sa hiérarchie (comme toujours) va retrouver les liens, protéger les innocents, confondre les pourris … Sans jamais arrêter personne, comme toujours.

Si vous voulez savoir comment fonctionne la police de Barcelone, comment se répartissent les rôles entre police nationale et police catalane, comment on obtient un mandat, le rôle des avocats etc. … Laissez tomber, ce roman n'est pas pour vous.

 

Si vous aimez les vieilles rues de Barcelone, si comme Mendez et Ledesma vous pensez que, lorsque plus personne ne se rappellera de vous vous mourrez un seconde fois, si vous aimez l'humour âpre de ce vieux flic, son humanité ; si un peu de tendresse ne vous fait pas peur … Précipitez-vous sans hésiter.

 

Toute la thématique de Ledesma, tout son travail de mémoire, roman après roman, pour que ne meurent pas la Barcelone populaire qu’il a tant aimé, les anonymes qui se sont battus aux heures les plus noires, les maîtres d’école qui ont continué à enseigner, les femmes qui ont lutté pour nourrir leur famille et conserver leur dignité … Toute ces choses qu’il ne veut pas oublier pour qu’elles ne meurent pas deux fois. Comme le dit un vieux communiste rencontré par Méndez :

 

« Je veux qu’on se souvienne de moi Méndez, après tout ce temps en prison, tout ces drapeaux disparus, que quelqu’un se souvienne que j’ai aussi été un homme, pas seulement un casier judiciaire. »

 

Un grand roman qui prend aux tripes, fait naître en quelques lignes le sourire, le dégoût, la haine et l'envie de pleurer. Un concentré d'humain chaleureux, qui tient chaud, même sous la neige ! Un roman où se côtoient le lyrisme, la poésie et le langage le plus prosaïque :

 

« Méndez affectionnait la salle des pas perdus. Il s’y engagea tel un matou et se dirigea vers la salle des toges, nimbée cet après-midi là d’une lueur douce et ambrée, apte à inspirer une sentence en vers. »

 

Suivi immanquablement quelques lignes plus loin par un « Putain Méndez », puisque c’est ainsi que tous ses collègues s’adressent à lui.

 

Bref, à lire absolument. Pour d’autres extraits représentatifs, vous pouvez aller chez Jeanjean.

 

Francisco Gonzalez Ledesma / Il ne faut pas mourir deux fois (No hay que morir dos veces, 2009), L’Atalante/insomniaques et ferroviaires (2010), traduit de l’espagnol par Christophe Josse.

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