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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 22:34

A la rentrée de janvier, il y a eu Ingrid Astier ; pour celle de septembre, la nouvelle venue à la série noire s’appelle Elsa Marpeau. Comme sa tout juste aînée (du moins en publication) elle nous amène découvrir un recoin bien sombre et peu connu, de la capitale. Après la Seine et la brigade fluviale de Quai des enfers, voici l’hôpital Lariboisière, théâtre de son roman : Les yeux des morts.

 

marpeauFrank Delorme, 18 ans, toxicomane, est retrouvé dans un hall d’immeuble la gorge tranchée. Cela pourrait ressembler à une vengeance de dealer. Mais Gabriel Ilinski, technicien de scène de crime repère immédiatement de petits détails qui ne cadrent pas avec cette hypothèse, et convainc la commissaire en charge de l’affaire de le laisser, une fois de plus, mener sa propre enquête. Parce que Gabriel ne peut s’empêcher de se sentir responsable de ces morts qu’il voit tout les jours. Ces morts qui l’habitent et l’empêchent de trouver le repos. Il découvre que peu de temps avant sa mort Frank avait été admis aux urgences de l’hôpital Lariboisière. Un monde à part et des êtres qui vivent dans une réalité que le reste de la ville et du pays ne veulent surtout pas connaître. Un monde que Gabriel va découvrir.

 

Il ne manque pas grand-chose à ce premier roman pour être une réussite totale. Débarrassons-nous donc tout de suite des quelques légères réticences. Elles tiennent essentiellement à un certain manque de tension. Si on est passionné par le contexte décrit, on ne tremble guère pour le personnage principal, sauf lors d’une ou deux scènes très réussies. On est même plus intéressé par la description des lieux (passionnante) que par la découverte du meurtrier. Peut-être parce que, contrairement aux recommandations de Tonton Alfred, le méchant ne fait pas aussi peur qu’il ne le devrait (c’est lui qui disait que pour qu’un film policier soit réussi il fallait que le méchant soit parfait).

 

Fin des restrictions. Tout le reste est passionnant. A commencer par l’écriture, sèche, précise, qui claque comme … comme du Dominique Manotti par exemple. Le lecteur est littéralement emporté dès le premier paragraphe par son rythme.

 

Puis il y a le personnage de Gabriel, qu’on ne peut s’empêcher d’aimer, têtu, sensible, agaçant, névrosé, généreux … humain en bref. Un personnage à la Robin Cook (le vrai, l’anglais, pas celui qui débite du thriller médical au km, même si on est … à l’hôpital). Alors certes, on n’est pas au niveau de Dora Suarez (par ailleurs cité en exergue), mais on retrouve cette empathie avec les morts, avec ceux qui ont souffert, ceux dont tous le monde se fout, qui sont oublié avant d’être froids.

 

Et pour finir, quelle superbe et saisissante description de ce monde des urgences ! On vit avec le personnel médical, on ressent viscéralement l’urgence, la concentration, la tension, le besoin de sauver des vie, et en même temps le désespoir de savoir qu’on en rejette une bonne partie dehors, où les « pansements » qu’on a posé ne vont pas tarder à craquer de nouveau. Ces urgences où, faute de pouvoir soigner les causes, on soigne les effets, encore et encore, comme on écoperait la mer avec une écumoire. Ces urgences, rendez-vous de toute la misère que nous ne voulons pas voir valent à elle seule la découverte de cet auteur.

 

L’avis de Jeanjean, un peu moins convaincu que moi (il faut bien qu’on ne soit pas complètement d’accord de temps en temps, bien que sur ce roman nos divergences soient minimes).

 

Et vous pouvez compléter avec une interview sur bibliosurf.

 

Elsa Marpeau / Les yeux des morts, série noire (2010).

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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 23:19

David Peace, Elmore Leonard, Lucarelli … c’est bien joli tout ça. Mais dans le monde du polar, le vrai, le pur et dur, la rentrée, le choc attendu, c’était le Poulpe d’Antoine Chainas. Comment allait-il rentrer dans le moule (ou dans le poulpe ?) ? Laisserait-il Gabriel dans l’état dans lequel il l’avait trouvé en arrivant ? Ou bien dans l’état dans lequel il aurait voulu le trouver en arrivant ? L’odyssée de la poisse est enfin sorti, des milliers de fans ont passé une nuit blanche devant Virgin et la FNAC pour se procurer les premiers exemplaires, et votre serviteur est enfin en mesure de répondre à toutes ces questions angoissées, et angoissantes.

 

chainas poulpeEn 2010, déjà, notre poulpinet n’est pas au meilleur de sa forme. Alors imaginez-le en 2030, à soixante-dix ans ! Et Chéryl qui a gardé toutes ses peluches roses ! Dans un monde où on n’existe pas si on n’a pas sa puce sous-cutanée Gabriel est presque un fantôme … Mais, avec sa douce, ils viennent de gagner à la Loterie Nationale Obligatoire. Ils ont gagné une séance de Porn-Incarnation. Pendant quelques minutes, ils seront en osmose parfaite avec deux Omnimorphes spécialistes de la chose, jeunes et beaux.

 

Pendant la séance il se passe quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver, Gabriel a senti de l’empathie pour Georgie, son Omnimorphe. Or c’est impossible, les Omnimorphes ne sont pas des « gens », ils n’ont pas de souvenirs, pas d’émotions, ce sont juste de clones, sans âme, et surtout sans droits, propriété de Omnicron Inc. Mais comme la séance lui a donné un coup de jeune, pour exister de nouveau, Gabriel décide d’aller voir ce qu’il se passe du côté de clones, et de comprendre pourquoi ils se font tous dessouder dernièrement …

 

L’attente, donc, était grande, immense même. Le résultat dépasse toutes les espérances. Ni plus ni moins. Une histoire indéniablement à la Chainas, des thématiques Chainas qui viennent parfaitement coller à celles du poulpe (ce qui, tout de même, n’était pas forcément gagné d’avance). Une intrigue sans la moindre faille, qui fonctionne en hommage à quelques grands de la SF (de façon plus ou moins explicite), de la baston, du noir bien noir, de l’amour, de l’émotion, des clins d’œil …

 

Et une nouveauté : beaucoup d’humour. On sentait bien, derrière la noirceur de ses romans précédents, la jubilation de l’auteur. Ce poulpe lui offre l’occasion de la laisser éclater, ouvertement. Et ça donne ça, entre autres exemples :

 

« Bande annonce :

Ne ratez pas ce soir sur l’ensemble du réseau France Internet notre grand débat intitulé : « Omnimorphe, le don de la vie ? ». En compagnie des meilleurs spécialistes, Marin Ledun (secteur Haute Technologie), Jérôme Leroy (secteur Prospective Appliquée) et Caryl Férey (secteur Sensibilité du Pied Droit), nous débattrons des enjeux politiques, financiers et éthiques de cette nouvelle forme de divertissement qui a, en quelques années, révolutionné l’industrie des loisirs. France Internet, et le monde bouge encore. Mention Légale : France Internet est un groupe de mission de service public obligatoire. »

 

Et donc le lecteur jubile de la première à la dernière ligne. Un très grand poulpe, et un excellent Chainas.

 

Jeanjean aussi a aimé, vous aimerez, promis, juré.

 

Antoine Chainas / 2030 : Odyssée de la poisse, Le Poulpe (2010).

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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:21

J’avais vu sur les blogs, ici et là, que Patrick Bard avait publié un nouveau roman en 2010. Les vacances, une fois de plus, m’on permis de lire Orphelins de sang que j’avais laissé passer au moment de sa sortie.

 

BardGuatemala City, 2007. Les anciens tortionnaires militaires se sont reconvertis dans des sociétés de sécurité privées, dans la police ou, ce qui revient un peu au même, dans la pègre. Les massacres, tortures et viols des paysans d'origine indienne n'ont jamais été jugés. La ville est envahie de gangs très violents, renvoyés des grandes cités nord-américaines et inspirés des cartels mexicains de la drogue. Dans cette ville meurtrière, les femmes, une fois de plus, sont les premières victimes.

 

Victor Hugo Hueso le sait bien. Pompier il passe ses permanences à se rendre sur le théâtre des tueries. Dans le même temps il écrit et prend des photos pour différents organes de presse et étudie pour être journaliste. Ce soir là il est appelé une fois de plus et trouve deux femmes. L'une est morte, l'autre est dans le coma. Il s'avère qu'elle avait avec elle une fillette de 10 mois qui a été enlevée.

 

Pas si loin de là, à Los Angeles, Katie et John, après de nombreux échecs, décident de faire confiance à une association ayant pignon sur rue qui leur propose d'adopter un enfant au Guatemala …

 

Attention Patrick Bard ne nous épargne rien. Ce n'est pas par voyeurisme, ce n'est pas pour vendre. Il n'est que le témoin de la réalité du Guatemala, petit pays dont on n'entend guère parler. Que sait-on du Guatemala à part le prix Nobel de Rigoberta Menchú ? Le roman est donc dur, très dur. D'autant plus dur qu'on sent bien que l’auteur, qui est aussi journaliste et grand connaisseur de l'Amérique Latine, s'est parfaitement renseigné avant d'écrire (comme toujours). Si l'intrigue et les personnages, sont romancés, les faits qui servent de toile de fond sont bien réels.

 

Le constat a d’autant plus de force que l'auteur est un excellent romancier et ne se contente pas de décrire une situation à la manière d’une journaliste. Il construit une intrigue sans faille, alternant les points de vue, ménageant parfaitement le suspense.  Le lecteur ressent la pluie, l’humidité et la chaleur qui envahissent tout, le bruit, la crasse et le désespoir des bidonvilles. Les personnages existent vraiment, complexes, avec leurs forces, leur peurs, leurs névroses, plongés dans cet enfer. Progression dramatique, coups de théâtres, suspense finissent de donner de la chair à son récit.

 

Que l’on prend donc en pleine poire … Pierre Faverolle aussi est resté sous le choc, de même que le Cynic63, qui ne l’est pas tant que ça … cynic.

 

Patrick Bard / Orphelins de sang, Seuil (2010).

 

Pour en savoir plus sur l’auteur, et voir ses magnifiques photos (oui, il est aussi très bon photographe, il y a comme ça des gens qui savent tout faire) vous pouvez aller sur son site.

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 23:22

 

La collection Noire d’histoire des éditions TME nous a déjà offert l’excellent Rendez-vous au 10 avril de Benoit Séverac. Jan Thirion contourne légèrement la ligne éditoriale (qui s’intéresse à des romans noirs historiques mettant en avant des régions de France) en nous proposant sa Soupe tonkinoise qui se passe dans une partie du monde qui fut, un temps, annexée par notre beau pays.

 

Hanoï 1910. La vie est belle pour le colons français, moins pour les indigènes … Depuis quelques mois les Thirioncorps décapités de jeunes femmes, souvent des prostituées, sont retrouvés le matin dans la rue. Les autorités françaises s’en foutent. Des morts sans importance. Par contre, quand le lieutenant Lamourette n’apparaît pas à la fête d’anniversaire de son supérieur, le colonel Manchecol, et que chez lui on trouve ses boys blessés ou tués, la grande muette s’inquiète. Et charge l’ex gendarme Hélie Auguste Thirion de retrouver le beau militaire, mais surtout, sans faire de vagues. Bien entendu, des vagues, il va y en avoir, et des grosses.

 

Commençons par le style et le parti pris de l’auteur. Comme dans ses romans précédents, il installe dès l’abord une distance entre le lecteur et les personnages. Impossible de s’identifier à cet enquêteur, impossible de l’aimer ou de le détester, de le mépriser ou de le plaindre. C’est voulu, Jan Thirion ne veut pas d’empathie (du moins s’il n’a pas changé de point de vue depuis la dernière fois où nous avions échangé sur le sujet). On aime, ou pas, mais on ne peut que reconnaître que ce choix est assumé, et parfaitement cohérent tout le long de son œuvre.

 

L’intrigue, comme toujours chez Jan Thirion, est bien menée. Et sur le fond, cette Soupe tonkinoise est une bien belle reconstitution historique. Peu à peu la cruauté, l’arbitraire, l’absurdité, l’injustice de ce régime colonial sont révélés, sans jugement, juste en exposant des faits, en racontant des histoires. Et le lecteur effaré (effaré quand il ne savait trop rien de cette colonisation lointaine, comme moi), découvre les petites et grandes horreurs quotidiennes que devaient subir les habitants.

 

Jan Thirion / Soupe tonkinoise, TME (2010).

 

PS. Si Jan passe par ici, il pourra peut-être nous dire si le patronyme de son héros est un hommage à un lointain parent …

 

PPS. Il est passé et m’a répondu ceci : « quand au personnage, il est inspiré de mon grand-père, d'où le patronyme conservé »

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 21:51

Il y a quelques années (5 pour être précis), avec Transparences, Ayerdhal, auteur emblématique de la SF française, faisait une entrée fracassante dans le monde du polar. Il revient aujourd’hui avec Résurgences, la suite :

 

AyerdhalAnn X, la tueuse implacable de Transparences est morte. Du moins aux yeux du monde. Stephen, qui l'a longtemps traquée puis est tombé amoureux d'elle sait qu'elle est encore vivante, même si elle ne tue plus, ou presque. Pour la CIA, la DST, le Mossad et autres, elle n'est plus. Mais il en est un qui la traque. Marks, tireur d'élite aussi exceptionnel qu'Ann, ombre, légende dont on parle sans savoir s'il existe vraiment. Il doit exister, puisqu'il fait un carton sur Ann, en 2007, à Lyon. Mais Ann a la vie dure, et voilà de nouveau tous les services secrets sur les dents, alors que Stephen le canadien d'interpol est enlevé par la DST pour le forcer à découvrir qui est Marks, et qui est cette jeune femme qu'il a laissée pour morte …

 

Commençons par un avertissement en forme de critique … Inutile d’acheter Résurgences si vous n’avez pas lu le précédent. Vous n’y comprendriez rien, mais alors rien de rien. L’ennui est que même quand on a lu Transparences, pour peu que la lecture date de la parution du premier (5 ans donc) et qu’on ait un peu oublié qui sont les protagonistes, on rame dur pour démarrer. L’idéal serait donc de relire le premier avant d’attaquer ce nouveau roman.

 

Passé cet obstacle, on rentre dans le vif du sujet, la mécanique se met en place, les engrenages (toujours complexes chez Ayerdhal) s'enclenchent, les roues se mettent à tourner … et le lecteur est embarqué sans retour en arrière possible.

 

Et nous sommes toujours chez Ayerdhal. Ce qui veut dire des femmes fortes, très fortes, des scènes d’action particulièrement réussies servies par un style aussi fluide et efficace que ses tueurs, une histoire complexe et passionnante, et bien entendu, plus que jamais une réflexion politique et un contexte social très présents.

 

Ici l'accent est mis sur les mouvements de sans papiers, de SDF, tous ces gens très pratiques quand il faut faire du chiffre, faire peur au chômeur ou au travailleur précaire bien de chez nous. Tous ces gens dont on parle un peu l’hiver, quand le froid en tue un ou deux, et qu’on oublie aussitôt que le soleil reparaît et que les salaires de cadres ou les nouveaux régimes pour la plage passent en première page. Tous ces gens qui permettent aux uns de jouer les matamores, aux autres de se parer de vertu et de charité. Les variables d’ajustement de notre société pour faire simple. Grâce à Ayerdhal, ils ont enfin la parole.

 

Du pur Ayerdhal donc, passionnant, à condition d’accepter le petit effort de démarrage.

 

Ayerdhal / Résurgences, Au diable Vauvert (2010).

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 21:45

Je continue donc mes lectures zen retard, avec ce nouveau volume d’une série que j’aime bien, à savoir les aventures de Célestin Louise, flic qui se retrouve poilu dans les tranchées. Après 1914 sur le front, 1915 à l’arrière, 1916 dans un hôpital, voici 1917, l’année des mutineries, avec Les traitres de Thierry Bourcy donc. Autant le dire tout de suite, j’ai été un peu déçu par cet épisode, voilà pourquoi.

 

bourcy traitres1917, l'année des grandes offensives de Nivelle. Célestin Louise est de retour sur le front. Un des poilus de sa compagnie a pour habitude, malgré l'interdiction, d'aller pêcher dans un petit lac qui sépare les tranchées françaises et allemandes. Jusqu'à ce matin où il remonte le cadavre d'un poilu, tué à l'arme blanche. La hiérarchie met immédiatement cette mort sur le coup de la malchance, et de la rencontre avec une patrouille ennemie. Mais le général Vigneron, qui si l’on en croit la rumeur, tremperait dans le contre espionnage, exige que Célestin enquête sur cette mort. Le jeune flic va rapidement se rendre compte qu'il dérange et qu'il se cache peut-être derrière cette mort une grosse affaire de traîtrise.

 

Un peu déçu donc par ce nouveau volume des aventures de Célestin. Le ton est résolument rocambolesque, avec de multiples péripéties qui éloignent l'enquêteur du front et le mettent dans des situations dignes des feuilletons populaires. A mon goût, en jouant cette carte, l'auteur s'est un peu coupé de l'émotion qui prévalait dans les premiers volumes.

 

A partir de là deux possibilité. Soit le lecteur adhère, joue le jeu accepte le changement et le parti pris, et se régale avec ce roman plutôt vif au charme un peu suranné ; soit il reste un peu extérieur (comme moi) et lit tout cela de loin.

 

Pour ma part, si je ne me suis pas ennuyé (parce que le savoir faire de Thierry Bourcy vous oblige quand même à tourner les pages), je regrette que, traitant cette fatidique année 1917, l'auteur n'ait pas plutôt centré son roman sur les grands mouvements de mutinerie et la répression sanglante qui suivit.

 

Un peu déçu donc, mais curieux quand même de voir comment Thierry Bourcy va conclure sa série.

 

Thierry Bourcy / Les traîtres, Folio Policier (2010).

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 22:06

Au risque de me répéter, les vacances d’été permettent de ressortir de l’oubli des romans qu’on a eu l’intention de lire, mais qu’on a un peu mis de côté et qui se sont ensuite retrouvés enfouis sous l’avalanche des nouveautés. Ce fut le cas de ce roman de Gianni Pirozzi, Le quartier de la fabrique. Vive les vacances !

 

PirozziAugusto Rinetti est perdu. Il a de plus en plus de mal à voir son jeune fils, confié à la garde de sa mère, sa dernière histoire d'amour s'est achevée, mal, et rien ne le retient à Montpellier où il travaille dans un foyer d'accueil. C'est pourquoi, encore choqué par ce qu'il avait vu à Sarajevo, il accepte la proposition d'un ancien réfugié italien de convoyer des armes aux rebelles kosovars. Alors que l'OTAN intensifie ses frappes sur la Serbie, avec pour seul résultat de justifier les exactions des milices diverses et variées sur les civils, Rinetti et trois compagnons improbables partent, au volant de deux vieux camions, livrer un chargement d'armes aux combattants de la minorité albanaise. Très rapidement, le périple devient compliqué, et les autre hommes doivent se battre avec leurs propres démons, et affronter des doutes de plus en plus marqués sur la légitimité de leur mission.

 

Un road movie, ou plutôt un road roman, sorte de Salaire de la peur sordide où les frontières entre le bien et le mal, le légitime et le dégueulasse vont peu à peu se diluer. Dans ce voyage au bout de l'horreur les victimes auront vite fait de se transformer en bourreaux, et les sauveteurs perdront, au minimum leurs illusions, quand se n'est pas leur vie.

 

Comme ses personnages Gianni Pirozzi refuse le manichéisme et la simplification, et décrit le bourbier des Balkans dans toute sa complexité et toute son horreur. N'attendez donc pas de happy end, il ne peut pas y en avoir. Passées les premières pages parfois un poil confuses, le lecteur est pris dans le maelstrom, en apnée, jusqu'au final sans concession.

 

A lire quand le soleil brille, et qu’on peut, une fois le bouquin refermé, aller boire l’apéro avec les copains, ou jouer sur la plage avec ses mômes …

 

Gianni Pirozzi / Le quartier de la fabrique, Rivages/Noir (2009).

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 22:06

Décidément, si le poulpe n’est pas en grande forme, les auteurs qui l’ont repris, eux, pètent le feu. C’est encore le cas avec ce Sarko et Vanzetti, sous la plume inspirée de Serguei Dounovetz.

 

DounovetzLa chanson est maintenant connu, le poulpe ne se contente plus de cracher du noir, il en broie. Chéryl lui fait la gueule, la France est gouvernée par qui on sait … Bref la déprime. Jusqu’à ce qu’il lise dans le journal qu’un dénommé Vanzetti, syndicaliste anarchiste du nord qui lui a tout appris quand il était encore un pulpito, est accusé du meurtre d’un vigile. L’homme a été égorgé dans l’usine d’armement pour laquelle il travaillait, la nuit, devant un coffre-fort béant. Comme depuis quelques semaines, les grévistes bloquent la boite pour que leur patron ne puisse pas tout envoyer en Chine, l’occasion n’est que trop belle de tout mettre sur le dos d’un des revendicateurs les plus virulents. C’est, bien évidement, compter sans Gabriel qui va, à l’occasion, découvrir de nouvelles bières, et retrouver un peu de son allant d’antan.

 

Un poulpe écrit par Serguei Dounovetz ça semble tellement évident qu’on se demande comment cela ne s’est pas fait avant. On dirait que le personnage a été créé pour lui. Et donc ça marche du feu de Dieu.

 

Intrigue solide, dialogues qui claquent, jolies filles, bastons, coups de gueule et coups de boule, gouaille … Tout y est, pour le plus grand plaisir d’un lecteur qui jubile. Les sales cons en prennent pour leur grade, sans pour autant que l’auteur tombe dans l’angélisme ou le manichéisme (en gros, les enfoirés de patrons racistes sont de vrais enfoirés, mais en face les choses sont plus nuancées, et pas toujours roses, rouges ou noires …).

 

Et je vous laisse la surprise du feu d’artifice final …

 

Serguei Dounovetz / Sarko et Vanzetti, Baleine/Poulpe (2010).

 

PS. J’ai longtemps hésité à garder ce titre de corps de garde. J’ai fini par craquer, pensant qu’il n’était pas pire que certains originaux. Je vous prie d’excuser cette facilité passagère, je suis un peu fatigué … Promis, je ne le ferai plus …

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 22:49

Le Petit Poucet, Peau d’âne, Le chat botté, Blanche neige, l’Ogre, La belle au bois dormant, Hansel et Gretel … Vous connaissez tout ça, bien entendu. Du moins, vous croyez le connaître … Et comme vous êtes des gens cultivés, intelligents, au courant, vous savez bien ce qu’il y a derrière. La psychanalyse des contes de fées et tout le tintouin. Enfin, disons que vous croyez que vous savez.

 

AubertParce que Le souffle de l’ogre de Brigitte Aubert va faire voler en éclat vos certitudes et vos cauchemars pastels. Dans un grand éclaboussement de sang, de tripe, d’horreur … et de rire.

 

Le petit Poucet est Sept, septième d’une fratrie qui n’a été élevée que dans le but de vendre les enfants en pièces détachées. Sept a échappé à son père, grâce aux conseils de Un, sourd, muet, aveugle, contrefait, mais pas idiot. Sept et Un ont un but, le port, pour échapper à cette contrée ravagée par la guerre, livrée aux soudards sanguinaires et à la folie destructrice du Seigneur. Un Seigneur dont la fille, Blanche, se cache dans une cabane de nains, pour échapper à la vengeance de la Reine, aussi sanguinaire que son époux. Il croiseront aussi un Infante vêtue d’une Peau d’âne qui s’est échappée du lit de son père, un ogre serial killer pédophile, un jeune escroc félin, souple et meurtrier comme un chat, et quelques autres personnages que vous reconnaîtrez …

 

Un petit conseil, oubliez le Prince (charmant comme il se doit) réveillant la Belle après avoir combattu le dragon, oubliez les nains sifflotant … Ici on n’est pas chez Disney. Cherchez plutôt du côté de Jérôme Bosch. Bosch et son Enfer, sa cruauté. Ici la guerre est sale, très sale, la folie atroce, la misère transforme les hommes (et les enfants) en bêtes. Ici pas de gentils. Les gentils ne survivraient pas deux minutes. Ici pour survivre il faut être dur comme le roc.

 

Et pourtant. Et pourtant, une certaine fraternité va naître entre les fuyards, l’idée que l’on ne peut s’en sortir qu’ensemble, et que si l’homme est capable des pires atrocités, on ne perd pas non plus forcément chaque fois qu’on décide de lui faire confiance.

 

Et surtout, il y a la jubilation, immense, à découvrir, à la fois horrifié (sincèrement horrifié) et amusé, comment Brigitte Aubert va détourner le conte en « se contentant » d’expliciter ce que les contes ne font que suggérer. On sent qu’au-delà de l’horreur, réelle, du récit, l’auteur s’est beaucoup amusée à mettre en scène ce grand guignol, et elle a parfaitement su faire passer dans son texte à la fois l’amusement et l’horreur.

A lire, pour rire d’horreur. Ames trop sensibles s’abstenir …

 

Brigitte Aubert / Le souffle de l’ogre, Fayard/Noir (2010).

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 21:47

« Un excellent roman donc, avec lequel Eric Halphen pourrait bien avoir coulé les fondations d’une série exceptionnelle : Comme ses grands prédécesseurs McBain ou Harvey il ne s’est pas limité à décrire une enquête mais réussit à nous passionner également à la vie de ses personnages. On attend avec impatience de savoir ce qu’il va advenir de Jonas Barth, Biztek et des autres. Alors, le début d’une belle série ? »

 

HalphenPour un fois, je vais faire de l’autosatisfaction, et de l’auto citation … Voilà donc ce que j’écrivais à propos de Maquillages, le précédent roman d’Eric Halphen.

 

Il se trouve que j’avais raison (d’un autre côté, je ne suis pas complètement couillon, quand j’ai eu tord, j’évite de le rappeler …), et La piste du temps en est la preuve.

 

Le corps sans vie de Marc Chaussoy a été retrouvé dans un terrain vague du côté de Neuilly. L’enquête sur sa mort revient à l’équipe du commandant Bizek, sous la responsabilité du juge Jonas Barth de Nanterre. Jonas a connu Chaussoy, il y a bien longtemps, quand ce dernier était la star de son club d’athlétisme. Il avait ensuite eu une carrière sportive prometteuse, interrompue brusquement. Depuis, personne ne semble savoir d’où il pouvait tirer l’argent qui lui assurait un train de vie fort élevé. Bizek et son équipe commencent alors une investigation qui va bientôt déranger des gens très haut placés, et Barth devra se replonger dans un passé douloureux …

 

Eric Halphen c’est un peu l’anglais du polar français. Car il y a bien une british touch dans sa façon de construire un polar procédural, tranquillement, sans grands chambardements, en donnant plus d’importance à la vie des personnages qu’à l’enquête en cours. A la manière d’un John Harvey ou d’un Graham Hurley (je ne serais d’ailleurs pas surpris qu’ils fassent partie des lectures de l’auteur).

 

Le seul reproche qu’on pourrait faire à ce roman, est d’effleurer de loin certains sujets qui pourraient avoir été approfondis pour donner plus d’émotion (je pense en particulier à la jeunesse de Jonas Barth que l’on devine particulièrement douloureuse).

 

Sinon, c’est bien à John Harvey que l’on pense. Même façon d’entrecroiser les histoires, d’introduire de vrais personnages secondaires auxquels on s’attache l’espace de quelques pages, de décrire les travers de notre société au travers d’une intrigue policière, sans jamais tomber dans la thèse ou le pamphlet. Et surtout même attention portée aux personnages. La british touch, vraiment.

 

Avec la spécificité Eric Halphen, qui connaît trop bien les rouages de la justice, de la police, et de leurs liens avec le pouvoir politique et la presse pour nous laisser la moindre illusion sur la capacité de ses personnages à changer le cours de l’histoire …

 

Bref, une belle suite à Maquillages qui confirme tout le bien que j’avais pensé du premier roman d’une série que j’espère longue.

 

Eric Halphen / La piste du temps, Rivages/Thriller (2010).

 

PS. Je sais, je me répète, mais je risque d’être assez irrégulier ici d’ici la fin du mois de juin qui est un poil trop dense …

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