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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 08:22

Un nouvel auteur français qui s’attaque à Notre-Dame immortalisée … mais non, pas par Disney bande d’ignares ! Bref, ça se regarde de près. C’est donc La madone de Notre-Dame, d’Alexis Ragougneau.

 

Ragougneau

Au lendemain des processions du 15 août les premiers touristes qui visitent Notre-Dame font une découverte macabre : la belle jeune femme, sur le banc, court vêtue de blanc, n’est pas en admiration béate devant la statue de la vierge, elle est morte ! Très vite la police arrête un coupable tout désigné : un jeune homme fragile psychologiquement qui fait une fixation un rien louche sur le Vierge et qui a agressé la jeune femme la veille pendant la procession de la statue de Marie dans Paris. Mais le père Kern, prêtre l’été à la cathédrale pense que l’enquête fait fausse route. C’est Kristof, un clodo polonais habitué des lieux qui le lui a dit …


Sans crier au génie et à la révélation du siècle, franchement, si vous voulez lire un bon polar français, bien écrit, avec une intrigue soignée n’hésitez pas, vous allez vous faire plaisir. En plus Alexis Ragougneau ne se croit pas obligé de faire étalage de son savoir-faire et de ses savoirs et de nous infliger le classique pavé de 600 pages. Non, c’est réglé, et fort bien réglé en 200 pages sans une de trop.


Autant dire que c’est un très joli coup d’essai. En prime, vous avez une intéressante visite d’un des monuments les plus connus de France, une visite de l’intérieur, et également un hommage bien dosé (ni pastiche, ni lourdingue, épicé comme il faut) au grand Hugo. Et oui, lisez, vous verrez, on ne peut s’empêcher de jouer à faire des parallèles entre les personnages de la madone et les intemporels Esmeralda, Quasimodo, le capitaine Phoebus, l’abominable Frollo etc …


C’est bien écrit, bien construit, et très distrayant. Un vrai plaisir.


Alexis Ragougneau / La madone de Notre-Dame, Viviane Hamy (2014).

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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 23:13

Marin Ledun a décidément tous les talents. Ca finit même par être agaçant ! Un des rares auteurs français qui se soucie du monde du travail, et ça donne le magnifique Les visages écrasés ; capable de nous plonger dans un inquiétant futur proche (trop proche) comme Dans le ventre des mères, voilà qu’il s’attaque à la question du Pays Basque avec L’homme qui a vu l’homme (et là aussi, il est un des rares sinon le seul en France) … détail qui a son importance, il traite tous ces sujets avec le même talent d’écrivain.

 

Ledun

Janvier 2009, Iban Urtiz, jeune journaliste, vient travailler à Bayonne, dans ce Pays Basque où il est né mais qu’il ne connaît pas. Il est immédiatement happé par une affaire de disparition : Jokin Sasco, ancien militant d’ETA rangé depuis sa sortie de prison, a disparu depuis plusieurs jours. Sa famille inquiète convoque une conférence de presse et ranime les fantômes de la guerre sale, celle du GAL, groupe paramilitaire d’extrême droite qui a, quelques années auparavant, traqué les militants basques des deux côtés de la frontière, avec la bénédiction, quand ce n’est pas l’aide, des polices françaises et espagnoles. Iban se heurte à deux obstacles : la police, la justice et le monde politique ne veulent pas entendre parler de cette affaire ; et les militants basques, pour qui il est un étranger qui ne connaît pas leur lutte, et donc par définition un ennemi. Malgré les difficultés, les menaces et la peur, Iban est décidé à aller au bout de son enquête.


L’homme qui a vu l’homme est un thriller politique impeccable, dans la lignée et le style des romans de Dominique Manotti, et croyez-moi, de ma part, c’est un compliment. A partir d’une documentation et d’une étude du sujet que l’on devine fort approfondie, Marin Ledun livre un polar sec comme un coup de trique, parfaitement construit, alternant les points de vue et les lieux, sans une phrase de trop. Ca claque, ça pète, ça bastonne … un vrai plaisir de lecture.


Un plaisir pas complètement gratuit. Car il y a un fond, et même un fond solide. Compromission des polices espagnoles et françaises, manipulation des media et violence gratuite sur les militants, chape de plomb mise sur des actes impardonnables, impunité des puissants et de la classe politique qui les protège … Tout cela au service de la répression d’un mouvement qui, en 2009, ne représente plus aucun danger politique.


Mais Marin Ledun n’est pas aveugle, et si la jeunesse basque militante est présentée comme la victime qu’elle est, la responsabilité dans cet engrenage imbécile des mouvements indépendantistes n’est pas occultée. Et là aussi, l’auteur est très habile.


En nous mettant dans la peau d’un « étranger » qui ne connaît pas la situation, le manque de clarté des revendications, le sacrifice des individus à des causes pas franchement compréhensibles, voire tout simplement à des positions de pouvoir, les côtés très limites du nationalisme exacerbé (qui est aussi con quand il est basque que quand il est français, russe ou sénégalais), le rejet hystérique de l’autre qu’il entraîne … apparaissent de façon très claire.


Pour résumer, Marin Ledun n’est absolument pas manichéen et montre bien que les victimes sont, parfois, des salauds comme les autres et ont vite fait de se transformer en bourreaux … Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant. Bref, un excellent polar, passionnant à lire à tous les points de vue.


Marin Ledun / L’homme qui a vu l’homme, Ombres Noires (2014).

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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 12:24

Un premier roman qui, au vu du résumé, ne manque pas d’ambition. Allons-y. C’est Terminal Belz d’Emmanuel Grand.

Grand

Marko est ukrainien. Avec trois autres jeunes, il décide de rentrer illégalement en Europe. Mais quelque part en chemin les truands roumains qui les font passer violent la jeune femme qui est avec eux. Les trois hommes réagissent, tuent un des passeurs et partent avec le camion et l’argent du passage. Marko se retrouve à Lorient, sans papier, à la merci des policiers et poursuivi par un tueur de la mafia roumaine. Il trouve un boulot de marin sur l’île de Belz, auprès de Joël Caradec, patron pêcheur grande gueule qui a perdu son fils en mer. Une embauche qui ne plait guère aux autres iliens, et voilà Marko, en plus, en butte à l’hostilité des autochtones. Quand un pêcheur des plus revendicatifs est retrouvé mort, et que les vieilles légendes semblent resurgir, la situation de Marko s’assombrit encore plus …


L’ami Yan a aimé, Christophe Laurent est plus dubitatif, je me situerais entre les deux, avec quand même une tendance à pencher du côté du scepticisme.


Ca part très bien. Le démarrage de l’histoire dans ce camion, la claustrophobie (dès le départ), la violence des passeurs et la fuite. L’arrivée sur l’ile, la description de son quotidien, sa géographie particulière, ses habitants. Ça aussi ça part bien.


C’est ensuite que je trouve que le roman ne trouve pas sa voie, que la mayonnaise ne prend pas tout à fait : Pour commencer la traque par le tueur de la mafia roumaine a du mal à s’intégrer au récit principal.


Ensuite le côté fantastique revendiqué est une excellente idée, mais il est très casse-gueule. Pour un John Connolly qui arrive à distiller l’angoisse sans jamais utiliser le fantastique dans ses résolutions d’énigme, ou un Marc Behm qui fait résolument le choix de choisir un personnage principal « extra-ordinaire », nombreux sont les auteurs qui tombent dans le grand–guignol ou le mysticisme en peau de zébu. Et ici l’auteur n’échappe pas complètement à ces deux pièges même s’il ne tombe pas complètement dedans. Du coup, le fantastique ne fait pas peur, ce qui est quand même un comble, et certaines explications des légendes bretonnes sont un peu longues.


Pour finir, il me semble courir trop de lièvres à la fois. Le flic par exemple a une présence si légère qu’on se demande pourquoi il est là. Le conflit entre Marko et son père décédé également. Et ce qui semble être au centre du récit, à savoir le huis-clos sur une ile isolée du continent par l’enquête n’est pas assez approfondi à mon goût. J’aurais aimé sentir d’avantage la claustrophobie et la montée de l’angoisse. J’aurais aimé douter de la santé mentale des personnages, comme dans Shuter Island (je sais la référence est rude), j’aurais aimé ressentir le vent, le mal de mer, les embruns, la pesanteur des regards …


Au final, un premier roman ambitieux, prometteur, mais qui sur la longueur ne tient pas toutes ses promesses.


Emmanuel Grand / Terminal Belz, Liana Lévi (2014).

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 22:35

 

En 2011 j’ai découvert (comme beaucoup d’amateurs de polars), Olivier Bordaçarre avec La France tranquille, autopsie d’une ville de province qui s’enfonçait dans la psychose et la connerie. Il revient dans un tout autre genre avec Dernier Désir.

 

 

Bordaçarre

Mina et Jonathan Martin vivait la vie « normale » des citadins. Normale voulant dire qu’ils courraient toute la journée pour gagner un peu plus et pouvoir acheter des tas d’objets dont ils n’avaient pas vraiment besoin. Jusqu’au jour où ils ont décidé qu’ils en avaient assez et se sont retirés à la campagne, pour retaper l’ancienne maison d’un éclusier et profiter d’une vie plus simple. Cela fait maintenant plus de dix ans qu’ils sont là, avec leur fils Romain. Et voilà qu’un nouveau voisin vient de racheter la plus proche maison. Hasard de la vie, il s’appelle Vladimir Martin. Il est sympa ce voisin, et généreux, très généreux, mais peut-être un peu envahissant. Il commence à décorer sa maison comme la leur, à écouter la même musique que Jonathan et à les couvrir de cadeaux. Et si c’était trop beau pour être vrai ?


Olivier Bordaçarre change donc de sujet et de style, mais continue sa description de nos belles provinces et plus largement de notre société. C’est la société de consommation, ses mirages et les tentatives pour y échapper qui sont cette fois dans son collimateur. Et c’est sacrément bien fichu !


Pour commencer, l’histoire est impeccable. Belle installation, montée insidieuse de la tension et du suspense. On sent rapidement que tout cela ne peut que mal finir. Mais mal finir comment ? Telle est la question qui taraude le lecteur et à laquelle l’auteur apporte une réponse pour le moins inattendue !


Très bien écrit et construit donc, avec des personnages bien croqués (Jonathan, Mina et leur fils) et une silhouette, un archétype, l’incarnation de la tentation en la personne de Vladimir. Et au-delà du plaisir de l’intrigue, le lecteur se retrouve avec plein de questions en tête : Les limites du refus de la société de consommation, les difficultés à résister, jour après jour, surtout quand on a un enfant qui grandit, la force tentatrice du Diable (vous l’appelez comme ça, ou Vladimir, ou mirage de la consommation, ou pub ou comme vous voulez), les difficultés à construire un couple qui dure malgré les changements, malgré la lassitude, l’usure, les envies qui changent …


Bref, vous vous faites plaisir à le lire, et vous avez de quoi cogiter longtemps après.


Olivier Bordaçarre / Dernier Désir, Fayard (2013).

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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 15:52

Un texte de Jean-Bernard Pouy, ça ne se refuse pas. Jamais. Ce Calibre 16 mm est donc le bienvenu.

Pouy16

Vincent Cortal est retraité de l’éducation nationale, veuf, et père d’un fils qu’il ne voit jamais. Pas de quoi écrire un roman. Ben si. Car un jour Vincent Cortal hérite d’une très ancienne connaissance, du temps de sa jeunesse cinéphile, quand il écumait les séances de projection de cinéma expérimental dans les années 60-70. Rien de palpitant, sauf que la personne qui lui fait ce cadeau est morte victime d’un tabassage, et qu’il se trouve à son tour dans la ligne de mire d’une équipe de gros bras. Tout ça pour une collection de films underground qui n’ont été vus que par une poignée de fans ?


Débarrassons-nous tout de suite d’une considération bassement terre à terre, mais qui ne peut manquer de venir sur le tapis : 11 euros pour 60 pages, même si l’objet est beau et la prose pouytesque à la hauteur, je comprends que cela en rebute certains. Mais je ne connais pas les contraintes de la très modeste (en taille) maison In8, et j’imagine qu’ils n’ont pas le choix.


Ceci dit, c’est du pur JB Pouy, et donc du pur plaisir. On se régale dès les premières lignes et tout au long des soixante et quelques pages (ce qui finalement ramène le prix du mot juste au bon endroit à un tarif bien plus intéressant que la plupart des thrillers formatés de plus de 500 pages … mais c’est un autre débat).


Du pur Pouy, cela veut dire qu’on se prend en pleine poire une érudition et une culture impressionnantes, mais que ce n’est jamais chiant ni pédant, mais au contraire toujours joyeux et enthousiaste. Cela veut dire aussi que l’intrigue est habilement troussée. Et cela veut surtout dire que l’écriture mêle de façon inextricable et absolument réjouissante les niveaux de langage, du plus poétique au plus trivial, le tout dans la même phrase. Comme elle mêle la culture la plus élitiste et la plus populaire dans le même paragraphe.


Exemples :


« Cela dit, elle ressemblait autant à Angelina Joly que moi à Brav typ ».


« C’était maintenant certain, je n’étais pas fait pour la campagne, pour la province, ou pour, comme on dit maintenant pour ne pas vexer la plouquerie dominante, les « régions ». […]

Ici, dans la campagne montargoise, il y avait un silence si épais qu’il m’empêchait de dormir. J’entendais tout, même le blaireau qui, en pleine nuit, pétait dans la forêt. »


Comme le coup d’œil et de griffe et l’analyse de nos sociétés et de nos comportements sont aussi justes et acérés que l’écriture, c’est un vrai régal. A déguster, lire et relire (tient, du coup, si vous relisez, ça fait pas loin de 130 pages …)


Jean-Bernard Pouy / Calibre 16 mm, In8/Polaroid (2013).

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 23:02

Avec Casher nostra, Karim Madani poursuit les chroniques d’Arkestra entamées avec Le jour du fléau.

 

Madani

Nous revoici donc à Arkestra, dans le quartier juif d’Hannoukka. Max Goldenberg se débat avec ses problèmes d’argent : il est coursier, il se gèle sur son scooter pour un salaire de misère, sa mère est atteinte d’Alzheimer et les services sociaux menacent de la placer dans un mouroir. Solution qui ne déplairait pas à Sarah sa fiancée. Hors de question pour Max. Quand au détour d’une visite chez le toubib il entrevoit la possibilité de mettre la main sur un stock d’herbe de qualité supérieure. Voilà qui donne des idées. Mais ne s’improvise pas dealer qui veut, surtout quand le marché est déjà tenu par les caïds, et que les flics ont l’œil. Mais Max n’a pas le choix …


Je vais tout de suite me débarrasser d’une toute petite réserve : J’ai eu l’impression, par moment, que l’auteur se faisait un peu plaisir et se regardait écrire … Comme s’il se laissait emporter par le plaisir des énumérations, par le flot de mots, de leur sonorités. Parfois ça marche, d’autre fois ça tombe un peu à côté, à mon goût.


Mais c’est minime, et cela n’enlève rien à la force et surtout à l’émotion de ce roman. Un roman qui arrive à faire remonter des lectures et des images. J’ai pensé aux romans de Charyn avec cette mafia juive urbaine, même si ici la mafia est un élément du passé, une sorte de décor sépia qui s’efface peu à peu. J’ai aussi vu des images de Sin City (la BD plus que le film), toutes en noir et blanc, traits rageurs et pas de gris. Mais ces références (que j’invente peut-être) sont fondues dans l’écriture, n’écrasent jamais son roman et sont comme autant de fils qui servent à la construction de son propre univers.


Un univers gris, urbain, dans lequel il fait évoluer des personnages très forts, et pour lesquels on sent qu’il a beaucoup de tendresse. Il me semble (mais là encore je peux me tromper), que l’auteur c’est un peu  apaisé : Là où Le jour du fléau n’est que rage et destruction (voire autodestruction), il est dans Casher Nostra (un peu) plus calme, on le sent plus proche de ses personnages. Même Alex, le vigile bas de front arrive à nous émouvoir.


Mais c’est surtout Max, sa mère et le magnifique personnage à peine entraperçu de l’artiste des rues qui marquent. Max le perdant, Max qui se les gèlent, Max qui veut une autre vie, mais Max qui ne peut abandonner les siens. Il est beau ce Max, il est humain, il est couillon par moment, mais qu’est-ce qu’il est attachant. Et quel couple il forme avec sa mère de plus en plus perdue dans les brumes de la maladie !


Tout cela est déjà fort beau. L’auteur le magnifie au travers d’un personnage à peine entraperçu, Skit, peintre des rues d’Hanoukka, virevoltante silhouette qui offre au roman un final magnifique. On en pleurerait presque.


Karim Madani / Casher Nostra, Seuil (2013). 

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 21:25

Je ne connaissais pas Jacques-Olivier Bosco, mais j’ai vu fleurir sur les blogs des avis très positifs, enthousiastes même sur son dernier roman Loupo. Donc j’ai essayé.

Bosco

Loupo, Kangou et Le Chat se sont connus à l’assistance publique. Le Chat a trouvé un boulot qui lui donne accès à des infos intéressantes. Il les refile à ses amis qui réalisent les braquages. Pour l’instant tout roule. Jusqu’à ce bureau de poste où Loupo tire sur un môme qu’il n’avait pas vu. A partir de là, de braqueurs ils deviennent meurtriers et la course poursuite se déclenche, avec les flics, mais également les bandes qui, les croyant affaiblis décident de s’emparer de leur territoire. Une course poursuite forcément sanglante, et qui ne pourra que mal finir.


J’ai essayé, je vois les quelques défauts, des qualités, mais au final, ce n’est pas mon truc …


Autant se débarrasser des défauts tout de suite … l’auteur nous met dans la peau de son personnage Loupo. Mais à mon goût, il y laisse trop de Jacques-Olivier Bosco et ne fait peut-être pas assez confiance à son lecteur. Je m’explique. Au détour d’une phrase, d’une réflexion, Loupo jeune homme sans éducation, qu’on ne voit jamais s’intéresser au monde a des réflexions politiques (au sens réel du terme) avec lesquelles je suis au demeurant d’accord, mais qui ne cadrent pas avec le personnage. Je sais c’est un détail, mais c’est parfois le genre de détails qui me font un peu décrocher. De même l’explication du « traumatisme » originel à la fin du bouquin m’a parue artificielle, comme si l’auteur n’avait pas trouvé comment la caser avant. Encore un détail me direz-vous, que je n’aurais certainement pas remarqué si j’avais été emballé par le reste.


Le reste ce sont les qualités du roman, mais qui malheureusement font aussi que je n’ai pas été emballé.


Ca va vite, très vite, avec une vraie énergie. Et j’aime cette énergie, mais pas forcément son rythme. J’ai lu quelque part que l’auteur voulait mettre en scène la jeunesse, au travers d’un style très rapide qui rappelle le jeu vidéo. C’est certainement réussi. Il se trouve que rien ne m’emmerde plus que le jeu vidéo, et que la rapidité (l’hystérie si on est méchant) d’un certain cinéma actuel qui veut, justement, faire comme le jeu vidéo m’insupporte. Donc c’est voulu, c’est réussi, mais je n’aime pas.

L’écriture très travaillée regarde (me semble-t-il) du côté du rap et du slam. Et c’est réussi. Manque de chance, j’ai eu beau essayer, je n’aime ni le rap, ni le slam. Donc là encore gagné, mais c’est moi qui ne suis pas le bon lecteur pour ça. Côté style, comme je l’ai dit il y a peu, je m’aperçois que de plus en plus je me sens « leonardien » quand il disait : « La plus importante de mes règles résume toutes les autres. Si ça a l’air écrit, je réécris ».


Pour finir le personnage central du braqueur ne m’intéresse que très rarement. Il faut qu’il sonne vrai comme chez Bunker ou Benotman (je sais ce n’est pas un hasard), drôle ou implacable comme chez Westlake ou Stark (je sais c’est le même). Si je réfléchis (ça m’arrive, rarement mais ça m’arrive) plus peut-être qu’avec d’autres thématiques, il faut que je sois emporté par l’écriture. Et là, plus pour des raisons de goût personnel que de qualité de l’auteur, je ne marche pas.


Pour résumer, un roman avec de vraies qualités, mais qui ne me touchent pas, ce qui fait que j’ai été sans doute exagérément sensible à ses défauts …


Jacques-Olivier Bosco / Loupo, Jigal (2013).

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 22:29

On se demandait s’il avait définitivement cessé d’écrire pour se consacrer entièrement à la traduction. Ben non, il écrit toujours, et il n’a rien perdu de son originalité. Antoine Chainas nous revient enfin avec Pur.

Chainas

Quelque part du côté de Cannes ou Nice, dans un futur très proche … Les résidences fermées et sur sécurisées ont prospéré. Des consortiums européens et même mondiaux louent à prix d’or les villas et les services à des clients triés sur le volet. C’est d’ailleurs le boulot de Patrick : créer des questionnaires suffisamment efficaces et suffisamment faux-culs pour permettre aux résidents de ne choisir que des gens comme eux (pas question qu’un métèque, même riche, vienne s’installer dans ces petits paradis), sans pour autant pouvoir tomber sous le coup d’une quelconque loi sur la discrimination. Tout un art. Que maîtrise Patrick, jeune homme propre sur lui, en excellente santé, de plus en plus à l’aise financièrement. Il forme avec Sophia un couple de publicité : beaux, jeunes, heureux … Jusqu’à l’accident. Leur voiture fait une sortie de route, Sophia est tuée sur le coup.


Juste avant, sur l’aire d’autoroute, deux jeunes arabes les avaient un peu provoqués, puis rattrapés avec leur bolide. Patrick semble persuadé qu’ils sont responsables de l’accident. Dans un contexte de tensions grandissantes, où des groupuscules d’extrême droite tiennent le centre-ville, où un sniper a déjà tué quatre maghrébins sur l’autoroute, et où un maire joue pour sa réélection la carte de la peur et des troubles, l’affaire ne peut être qu’explosive.


Retour en fanfare pour Antoine Chainas. Tout au long du roman j’ai pensé à un film, La Zona, dont j’avais parlé ici. Le traitement est bien entendu différent, mais la thématique centrale est la même.


Comme souvent dans ses romans, Chainas fait juste un petit pas de plus. A partir de la situation dans sa région de la Côte d’Azur, il imagine juste ce que cela pourrait être dans quelques années, si les résidences devenaient juste un peu plus fermées, si les tensions étaient juste un peu plus marquées, si le discours dominant était juste un peu plus assumé. Autant dire que, s’il dépeint une situation imaginaire, c’est aussi un avenir très probable.


Il le fait à sa façon, très personnelle, en construisant un suspense très bien construit et extrêmement froid, glacial même, autour de personnages particulièrement déplaisants ! Comme toujours pas de cadeau, le seul qui soit à peu près honnête et pas complètement pourri est entré dans une spirale d’autodestruction (ceci dit, au sein de ce monde, les raisons de s’autodétruire ne manquent pas).


Comme toujours aussi, il adapte son style au discours : Dans un monde qui veut tout contrôler, éliminer celui qui est différent, tout surveiller, son style se fait froid, plus « classique » que, par exemple, l’ouverture de Versus … Cela rendra peut-être ce roman plus accessible que certains autres tout en étant, disais-je en parfaite adéquation avec le fond. Pour vous faire une idée, ouvrez le roman, la scène d’ouverture est magnifique et donne parfaitement le ton.


Le résultat fait froid dans le dos. La logique d’enfermement, de retrait du monde des résidences sécurisées est parfaitement décrite, ses effets délétères implacablement démontés par la narration. Là encore, il ne s’agit que de faire un pas de plus par rapport à notre société qui façonne, de plus en plus, des petits groupes « homogènes » qui se côtoient de moins en moins. Il décrit des logiques où ce cloisonnement est accentué, et surtout activement recherché. Et montre à quelle aliénation volontaire cela conduit. Entre autres thématiques, mais c’est là celle qui m’a le plus marqué.


Le grand retour donc d’Antoine Chainas, un des auteurs français les plus originaux et intéressants de ces dernières années, qui nous propose un futur possible, très possible, déjà fortement engagé. Il ne tient qu’au lecteur de lire, trembler et pourquoi pas tenter d’infléchir le cours des choses …


Antoine Chainas / Pur, Série Noirel (2013).

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 21:05

Je n’avais encore jamais lu de roman de Michel Embareck, bien que j’aie souvent vu passer des avis sur ses polars. Une lacune comblée avec la lecture d’Avis d’obsèques.

Embareck

Saproville-sur-mer, petite ville de province, sa presse locale à la botte de la mairie, ses notables, ses gendarmes, ses flics. Calme et un peu moisie tout au long de l’année. Mais ce matin, réveil brutal, le patron du canard régional est retrouvé abattu d’une balle dans la tête à l’entrée du jardin public des quartiers chics. L’occasion pour la justice et les flics de mettre leur nez dans un mini-empire de presse mégalomane au bord de la ruine. L’occasion aussi pour le patriarche de reprendre les choses en main. Dans le même temps, Victor Boudreaux, privé aux méthodes expéditives, enquête sur une affaire de vol d’objetS sacrés dans les églises du coin. Tout cela va remuer l’eau sale, et faire remonter la boue d’une histoire locale pas toujours aussi nette qu’il y semble.


Je suis partagé sur ce roman.


Sur l’écriture pour commencer. Force est de lui reconnaître une vraie verve, et une certaine énergie. Mais je ne peux m’empêcher de penser également à cette phrase du grand Elmore Leonard « Si ça a l’air écrit, je réécris ». Et j’avoue que face au recours systématique au dialogue qui tue à la « tonton flingueur », parfois je souris, d’autre fois je m’agace et je me dis que ça à l’air très écrit, très très écrit même …


Personnages … A part Boudreaux, intéressant et attachant dans sa démesure, pour les autres l’auteur est plus un caricaturiste qu’une peintre. Trois traits, pif paf, le bonhomme est croqué dans ses défauts ou ses manies. C’est efficace, souvent drôle et cruel, mais ça laisse quand même le lecteur assez loin par manque de chair et de profondeur. Sur un texte court c’est drôle, sur un roman, il me manque une dimension.


L’enquête avance de façon vive là aussi, et on la suit avec intérêt, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser que le lien entre les deux enquêtes était un peu artificiel, et surtout dû à l’envie de l’auteur de remettre en scène son personnage de Boudreaux.


Reste le fond, peut-être le plus intéressant du roman avec son autopsie des liens entre presse, monde économique et politique locale dans un monde en plein changement où tout ce qui peut être rentable est la proie de charognards internationaux, même les bons vieux journaux limités aux rubriques nécrologiques, concours de la plus grosse … tomate et louanges aux équipes dirigeantes en place. Cela et la mise à plat des petites et grosses saloperies de toute petite ville et de ses notables si respectables.


En résumé, malgré ses défauts (pas rédhibitoires), un polar qui se lit aisément, intéressant sans être le choc de la rentrée, et qui enchantera les amateurs de bons mots.


Michel Embareck / Avis d’obsèques, L’archipel (2013).

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 00:18

Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais la sortie de Rainbow warriors, le nouveau roman d’Ayerdhal, m’avait totalement échappée. Heureusement que je l’ai vu sur une table de ma librairie préférée. Encore un grand, très grand plaisir de lecture.

Ayerdhal

Geoff Tyler est un excellent militaire et une très grande gueule. La première qualité lui a valu 3 étoiles. La seconde sa mise à la retraite par la maison blanche. Quand l’ancien patron des nations-unies, un des rares hommes pour lequel il a du respect, vient le chercher pour encadrer une armée privée il n’en croit pas ses oreilles. Il s’agit de renverser un despote africain, ni plus ni moins ripoux, ni plus ni moins cruel que ses collègues.


Cerise sur le gâteau, pour que l’affaire ait force d’exemple, Geoff sera à la tête d’une armée de 10 000 volontaires. Tous LGBT … Lesbian, Gay Bi Trans … Contre toute attente (ou comme prévu), Geoff accepte. Mais ce n’est pas de gagner le pouvoir le plus dur, c’est ensuite de le garder, contre toutes les manœuvres des pays, intérêts, multinationales et tout ce que le monde compte de plus pourri qui a tout intérêt à faire capoter une réelle expérience émancipatrice.


Du grand Ayerdhal.


Une narration d’une efficacité redoutable, tout au long du roman. L’exposition, l’entrainement des recrues, le montage impeccable des moments de guerre (autant pour la prise de pouvoir par l’armée de Geoff que lors du coup de force des affreux). C’est simple, tout s’enchaîne avec une telle fluidité, un montage alterné tellement maîtrisé qu’il est difficile de fermer le bouquin. Sauf là où Ayerdhal vous laisse souffler.


Une multitude de personnages inoubliables, avec, comme toujours chez lui, quelques femmes d’exception qu’il vaut mieux ne pas trop chercher. Des personnages courageux, salauds, émouvants, jubilatoires, énervants, drôles … Mais surtout des personnages qu’on aurait très envie de rencontrer en vrai.


Une analyse politique sans concession, des complots et des trahisons comme il sait si bien les décrire, complexes mais rendus compréhensibles par son écriture et la clarté de ses constructions. Certes il faut un peu s’accrocher et s’impliquer, mais ce n’est pas parce que c’est l’été et qu’on est à la plage qu’on est devenu complètement ramollis du cerveau non ?


Des pages très émouvantes, sans sensiblerie, très dignes, qui vous serrent la gorge.


Et cerise sur le gâteau, une fin un peu moins tragique que souvent chez lui, pour une bien belle utopie. Bien plus « optimiste » que Parleur par exemple. Alors attention, c’est « optimiste » pour Ayerdhal, on n’est pas dans la bibliothèque rose, mais quand même, ça fait du bien.


Bref un roman passionnant, qui fait réfléchir, sourire, pleurer et qui met la pêche. Qu’est-ce que vous attendez ?


Ayerdhal / Rainbow warriors, Au Diable Vauvert (2013).

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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