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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 17:38

Après la semi déception de Vérité, je cherchais un roman court et rafraichissant. Aux armes défuntes de Pierre Hanot repéré chez les collègues de Noir comme Polar semblait un bon candidat. Là aussi, je ne suis qu’à moitié convaincu … 

1948, le brave Polmo, fait prisonnier en 40 est resté frustré dans ses ambitions guerrières. C’est ce qui le pousse à s’engager et à partir pour l’Indochine. Un voyage fastidieux suivi d’une vie de garnison moite et chiante. Jusqu’au premier accrochage qui se solde par une bastos dans le buffet. Nous retrouvons donc Polmo en … 2109.

 

HanotCongelé puis décongelé il renait dans un monde futuriste archi hiérarchisé où les femmes sont rares et les délateurs légion. Bien entendu à lui les bas-fonds et les boulots de merde.

 

A moitié convaincu donc.

 

Du côté du verre à moitié plein, la gouaille de l’auteur, sa verve, son verbe. Du côté du verre à moitié vide … la même chose. Le recours systématique au dialogue façon tontons flingueurs maintient le lecteur à distance, désamorce toute velléité d’empathie ou d’émotion.

 

Du côté du verre à moitié plein, l’originalité et l’audace du propos. Faire cohabiter ainsi 1948 et 2109, un monde un peu moisi, fait de racisme ordinaire et de préjugés, et un monde à la 1984, avec des morceaux de littérature érotique (à la sauce Polmo quand même) c’est gonflé et au final, ça fonctionne assez bien. Du côté du verre à moitié vide, là aussi, un peu la même chose. A vouloir courir trop de lièvres à la fois, l’auteur n’en attrape vraiment aucun. Au-delà du plaisir que l’on sent que l’auteur a pris, on aurait aimé en savoir un peu plus sur ces deux mondes. Ressentir d’avantage la moiteur et la bêtise ordinaire de l’Indochine de 48, explorer davantage le monde futuriste de Pierre Hanot. Et comprendre un peu comment le brave soldat un peu mou, un peu raciste, un peu beaucoup soumis et plutôt puceau se transforme en poète érotique rebelle par l’effet d’une congélation/décongélation.

 

Voilà. Je suis peut-être mal luné actuellement (d’autres ont apprécié ce roman), pour ma part j’ai oscillé entre le sourire réjoui et l’agacement.

 

Pierre Hanot / Aux armes défuntes, Baleine (2012)
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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 21:02

Décidément une bonne semaine française … Qui avait bien démarré dimanche, qui c’est poursuivi en fanfare avec le dernier Caryl Férey et se conclue en beauté avec le nouveau Christian Roux, L’homme à la bombe.

 

Roux

Que reste-t-il à perdre quand on a tout perdu ? Plus de boulot, les humiliations quotidiennes de la recherche d’emploi, la famille qui se délite, le quotidien qui perd sa structure ?

 

Rien. Et c’est quand on n’a plus rien à perdre que tout devient possible. Larry, ancien ingénieur acousticien dérive, coule, et finit par s’ancrer sur sa bombe. Une fausse bombe, mais qui ressemble à une vraie. Une fausse bombe qui le rassure et lui laisse entrevoir des possibilités … Jusqu’au jour où il passe à l’acte, entre dans une banque, et se retrouve à fuir avec Lu, tout aussi perdue que lui. Une fuite sans avenir dans un monde qui ne veut pas d’eux.

 

Christian Roux prouve par l’exemple qu’il n’est pas nécessaire d’écrire des pavés pour dire beaucoup de choses, de façon forte, fine et subtile.

 

Tout est dit dans ce petit roman en forme de fuite en avant. Racisme ordinaire, détresse du chômage, manque de repères et d’amour, manque de simples relations humaines … Avec Larry et Lu, l’auteur revisite avec talent et bonheur le mythe du couple meurtrier en cavale, sans justifier ni condamner, juste en décrivant des êtres humains qui souffrent, en les décrivant au plus près, au ras des sentiments.

 

Et il touche en plein cœur. Un diamant noir avec de vraies pépites d’humanité dedans.

 

Christian Roux / L’homme à la bombe, Rivages/Noir (2012).

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 21:27

Nous avons de la chance. Le quidam moyen, quand il revient de voyage, assomme ses proches avec une soirée diapos interminable (à non, ça c’était avant), avec une soirée vidéo non moins interminable, des récits humoristico-pittoresques d’où il ressort que, là-bas, c’est pas pareil qu’ici, une soirée tapas, ou wok ou couscous qui vous flingue les papilles et l’appareil digestif.

 

Quand il ne vous ramène pas une horreur typique certifiée fabriquée artisanalement avec le label commerce équitable, que vous ne savez plus où cacher … Quand il rentre de voyage Caryl Férey nous offre d’immenses romans noirs. Ses souvenirs d’Argentine s’appellent Mapuche.

 

FereyJana est sculptrice, mapuche, peuple indien du sud de l’Argentine et du Chili. Elle survit dans une friche, du côté de la gare principale de Buenos Aires. Une vie presque stabilisée après le chaos de la crise de 2001. Jusqu’à ce que le cadavre de Luz, travesti qui tapine sur les docks, soit retrouvé dans le Rio de la Plata. Luz était le/la protégé(e) de Paula, seul(e) ami(e) de Jana.

 

Rubén Calderón lui a survécu à l’enfer de la torture sous la dictature de Videla. Son père et sa jeune sœur font partie des disparus, sa mère est impliquée dans le mouvement des Folles de la place de Mai. Rubén, bloc de haine et de vengeance est devenu privé, il traque les tortionnaires pour le compte des Folles. Ces deux là n’auraient jamais dû se croiser, et pourtant …

 

Voilà donc Caryl Férey en Argentine. Un pays de contraste, terre de tortionnaires, terre de corruption et du marché tout puissant, mais aussi terre de résistances inouïes, terre de femmes inflexibles, et terre de poésie. Tout cela il nous le raconte. La torture, les enlèvements des enfants de « subversifs » confiés à des familles proches des militaires, « l’indulto », cette décision immonde qui, sous couvert d’une soi-disant égalité, a permis à Menem de protéger les tortionnaires, la spoliation et l’extermination des indiens, la corruption généralisée, le Marché tout puissant … Mais aussi les cafés, le tango, les paysages époustouflants, l’immensité, la dignité de ceux (et surtout celles) qui luttent …

 

Il faut s’appeler Caryl Férey pour tout dire, tout raconter ainsi sans jamais donner l’impression de faire la leçon, d’asséner un cours. Il faut être Caryl Férey pour que l’horreur frappe aussi fort à l’estomac, nous laissant avec la rage aux tripes. Il faut être Caryl Férey pour montrer autant de violence sans jamais tomber dans le voyeurisme ou l’étalage gratuit.

 

Et oui, tout le monde n’a pas cette écriture, et surtout, tout le monde n’a pas ce talent pour faire surgir deux personnages aussi inoubliables que Rubén et Jana. Pour eux vous allez trembler, rire, hurler et pleurer au gré d’une intrigue pleine de bruit et de fureur, imprégnée du passé, ancrée dans le présent. Une intrigue qui sait mêler l’Histoire et les histoires, le contexte historique et des scènes flamboyantes, la pire noirceur, la plus tendre humanité, les plus étincelants diamants.

 

J’espère avoir été clair, il ne vous reste qu’une chose à faire. Trouver Mapuche et le lire. Tout de suite.

 

Caryl Férey / Mapuche, Série Noire (2012).

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 20:21

Albin Michel et le thriller, en général, c’est pas mon truc. Donc, toujours en général, plutôt que de récupérer des pavés que je ne vais pas lire, je préfère passer mon tour. Sauf que là, Les fantômes du Delta d’Aurélien Molas sont recommandés par le Parrain, Claude Mesplède himself. Donc j’ai fait une exception, que je n’ai pas regrettée.

 

Molas

Début du XXI° siècle, le delta du Niger est un des endroits les plus pollués et les plus dangereux du monde. Un delta en guerre, avec d’un côté les mouvements de révolte des paysans expropriés, volés et empoisonnés par les Total et autres BP et de l’autre le gouvernement à la solde des grands pétroliers. Quelques french docteurs de MSF tentent de sauver des vies, sans grandes illusions. C’est dans cette atmosphère de chaos et de désolation que le père David, proche des théologiens de la libération latino-américains accueille dans son orphelinat Naïs, une petite fille atteinte d’une maladie génétique rarissime. Une fillette qui va devenir un enjeu majeur pour différents groupes qui veulent profiter de sa maladie, pour le meilleur, et surtout pour le pire.

 

Pour moi, avant, le fleuve Niger c’était Water Music de T. C. Boyle et cette entame de roman extraordinaire : « A l'âge où les trois quarts des jeunes Ecossais retroussent les jupes des demoiselles, labourent, creusent leurs sillons et répandent leur semence, Mungo Park, lui, exposait ses fesses nues aux yeux du hadj Ibn Fatouni, émir de Ludamar. ».

 

Changement de décor avec ces Fantômes du Delta, très bon roman qui passe tout près d’être encore mieux.

 

Très bon parce que le sujet est passionnant et que peu de français s’intéressent ainsi à ce qui se passe hors de nos frontières. Très bon parce qu’Aurélien Molas, jeune auteur, ose s’attaquer à un projet ambitieux et politique, sur un ton qui n’est pas sans rappeler Ayerdhal auquel il rend hommage (il y a pire comme référence). Très bon aussi parce que ce faisant il évite de tomber dans un roman trop journalistique et n’oublie pas qu’il écrit un thriller, avec rebondissements et scènes d’action (très réussies d’ailleurs). Très bon enfin parce que malgré la multitude de personnages et de lieux il maîtrise sa construction et ne perd jamais son lecteur.

 

S’il passe près d’être encore meilleur c’est qu’à mon humble avis il manque encore un peu de chair et de tripes à ses personnages. On devrait être plus touché, plus bouleversé. On devrait sentir davantage le désarroi, la rage, la souffrance, la puanteur, la misère, le désespoir … On devrait avoir envie de pleurer ou de prendre les armes.

 

Comme disent les espagnols, « le falta calle », il lui manque de la rue, ce petit quelque chose qui fait qu’un Jack Taylor me fend le cœur en une phrase. Mais ça viendra, c’est certain. Comme il est certain que c’est un auteur que je vais suivre.

 

Aurélien Molas / Les fantômes du Delta, Albin Michel (2012).

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:04

Quand j’ai écrit mon billet sur La belle vie, de nombreux commentateurs m’ont renvoyé à Trash Circus de Joseph Incardona qui sortait en même temps. Je m’étais donc bien promis de le lire. C’est chose faite.

 

IncardonaFrédéric Haltier est une authentique pourriture. Egoïste, narcissique, cynique, méprisant et violent avec les plus faibles, et en particulier les femmes, rancunier, sans scrupules et sans morale … Il a toutes les qualités. Ajoutez à cela qu’il travaille dans une des pires sociétés de production de téléréalité, et que pour se détendre il aime bien se mêler aux supporters les plus violents du PSG pour aller casser la gueule à ceux d’en face après les matchs. Un personnage vraiment attachant. Et c’est dans sa tête que Joseph Incardona a décidé de nous faire passer plus de 200 pages …

 

Commençons par la comparaison avec La belle vie. Au risque de les étonner, je ne suis pas d’accord avec mes illustres commentateurs, les deux romans n’ont pas grand-chose en commun. Alors certes dans les deux le narrateur est peu recommandable, dans les deux il y a du cul, et du cul cru (joli non ?), les deux tournent autour du monde du spectacle.

 

Mais il y a pour moi une énorme différence qui fait que La belle vie m’effare, me dérange énormément, là où Trash Circus est sombre, dur mais ne risque pas de m’empêcher de dormir. Cette différence réside dans le fait que le narrateur de Stokoe est complètement vide et aspire au mirage vendu par la pub, sans jamais retirer le moindre plaisir de rien. Il n’a que des désirs, vendus par le mirage télévisuel, c’est l’aliéné ultime.

 

Frédéric lui ne croit absolument pas au monde de papier glacé, d’autant moins qu’il participe à sa fabrication. Il sait qu’il est factice, il se contente d’en tirer tous les avantages qu’il peut. Et il a du plaisir. Du plaisir à être un parfait salaud, du plaisir à fracasser des cranes ou effrayer des femmes. C’est un pourri, mais un pourri que je peux comprendre, un pourri avec de la chair à l’intérieur. Donc il me fait beaucoup moins peur comme personnage, il me « dérange » beaucoup moins.

 

Ajoutez à cela que l’on entend la voix de Joseph Incardona dans certains jugements sur le monde actuel, et en particulier sur le monde de la télé (c’est du moins mon ressenti). Une voix très critique, c’est le moins que l’on puisse dire, même si son personnage se sert de cette critique pour renforcer son cynisme. Alors que Stokoe ne transparaît à aucun moment derrière son personnage, l’écriture reste uniquement descriptive, sans jugement.

 

Ceci dit, attention, cette différence majeure qui ne veut absolument pas dire qu’un roman est meilleur ou moins bon que l’autre. Ils sont justes différents. Car dans son genre Trash Circusva lui aussi vous secouer les neurones et les tripes.

 

Cynisme, vulgarité, adoration du Dieu Fric et de tout ce qu’il permet d’acheter, être humains compris, violence des rapports dans un lieu de travail où les égos sont exacerbés et où seuls comptent le fric et la réussite individuelle … C’est tout cela qui est programme. Auquel il faut ajouter la rage de l’auteur qui transparait de temps à autre dans les soliloques d’un narrateur infect. C’est cru, noir, violent …

 

C’est une grande partie de notre monde (mais pas tout) dans ce qu’il a de plus vulgaire, sa télé. Bienvenue chez Pandemol … 


Joseph Incardona / Trash Circus, Parigramme/Noir 7.5 (2012).

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 20:24

Marcus Malte est un grand. Un très grand. Ceux qui ont lu Intérieur Nord savent déjà qu’il est aussi à l’aise dans le format novella (ces longues nouvelles ou courts romans) que dans celui du roman classique. Avec Cannisses il le confirme de façon éclatante.

 

Malte CanissesDans un de ces lotissements ou toutes les maisons se ressemblent, un homme souffre. Il vient de perdre sa femme, cancer, et se retrouve seul à élever deux jeunes enfants. En face, de l’autre côté de la rue, il observe à travers les cannisses une autre famille, heureuse. L’autre a toujours sa femme, la gamine a toujours sa mère. Pourquoi ? Pourquoi le malheur s’est-il abattu sur lui et pas sur eux ? Quelle justice en a décidé ainsi ? Est-ce qu’ils ne lui ont pas volé quelque chose ? 


Dès le premier chapitre Marcus Malte vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher. Certaines religions, certains moralistes essaient de nous faire croire que la douleur peut rendre meilleur, plus compatissant ou plus fort. Conneries. La douleur rend méchant, la douleur rend égare, la douleur rend fou. Et les victimes ont vite fait de se transformer en bourreaux.

 

C’est ce glissement vers la folie auquel on assiste ici. On sent bien le début de la fêlure dès les premiers mots de la narration à la première personne. Et on la voit s’élargir, devenir fissure puis crevasse. Avec une apparence de normalité, une écriture « plate », sans grande envolée rageuse ou hystérique, une écriture qui colle parfaitement à cette apparence de normalité.

 

Un texte à la fois bouleversant et glaçant.  


Marcus Malte / Cannisses, In8/Novella (2012).

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 18:50

De Françoise Laurent j’avais beaucoup apprécié Dolla, un peu moins L’hiver au fond du magasin. Coup de chance (pour moi), avec Dans l’œil du gabian elle retrouve l’énergie de son premier roman.

 

Laurent

Et dire qu’il y en a pour croire qu’à la retraite on se repose ! Allez donc demander à Gégé. A peine tranquille, le voilà obligé de quitter Nice pour Grau-du Roi en Camargue où son fils et sa belle-fille vienne d’avoir des triplettes.

 

Biberons, couches et braillements au programme. Mais ce n’est pas tout. A l’heure de l’apéro c’est une oreille proprement tranchée qu’un goéland largue sur leur table. Le début d’une véritable hécatombe et d’un pastis sans nom.

 

Ingrédients : Verve, humour, rythme, imagination loufoque, Jessica de Roger Rabbit. Pimenter d’une bonne dose d’indignation. Ajoutez une belle rasade humanité et beaucoup de tendresse pour des personnages tous plus ou moins dépassés par les événements. Secouez très fort, servez frais. A partager avec les copains …

 

Avec ce cocktail Françoise Laurent retrouve le ton Dolla, ce qui n’est pas un hasard puisque Gégé est un pote de la dite Dolla qui fait même une apparition furtive à la fin du roman. Certes, l’histoire est difficilement crédible, mais on ne peut pas demander à une histoire qui rend hommage aux Toons de Roger Rabbit de l’être !

 

Par contre elle est cohérente (et c’est bien ce qui compte) et se lit avec un grand plaisir.

 

Françoise Laurent / Dans l’œil du gabian, Krakoen (2012).

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 22:53

Pas de chance en ce moment. Soit je fais de mauvais choix dans mes lectures, soit je suis de mauvais poil … Toujours est-il qu’après Black blocs c’est au tour de Contrebandiers de Marc Boulet de me laisser sceptique.

 

BouletMarc B., jeune français, est parti à Hong Kong, pour se balader. Comme il a une formation de caméraman, il s’est retrouvé à filmer du porno, ce qui lui permet de vivre tranquillement dans ce paradis de la consommation. Jusqu’à ce que sa côte parte en chute libre et qu’il se retrouve sans boulot. C’est alors que Rita, une actrice avec qui il a sympathisé, lui propose de faire des affaires avec son frère qui trafique avec tous les pays voisins. Voilà donc Marc, et son frère Phil qui l’a rejoint, contrebandiers. Tout va bien, jusqu’au jour où les choses dérapent, et de fil en aiguille, Marc s’enfonce dans le crime de plus en plus crapuleux. 


« Roman d’aventures et manuel du parfait trafiquant », lit-on en quatrième de couverture. Manuel du parfait trafiquant pourquoi pas. Roman d’aventure franchement …

 

«  JE SUIS UN MONSTRE. Je suis un assassin ». C’est ainsi que le roman, construit comme une longue confession, commence. C’est sans doute pour comprendre ce début que je suis allé au bout. Parce que sinon j’aurais craqué avant.

 

Pour moi, le personnage n’est pas un monstre, c’est juste une petite merde chouinarde, qui se vautre dans l’auto-apitoiement, un pauvre type sans le moindre intérêt qui assène avec assurance une philosophie de comptoir egocentrique à trois balles. C’est sans doute voulu, mais sur plus de 350 pages c’est long.

 

Plus de 350 pages pour dire qu’il aime baiser, picoler et se shooter, même en voyageant plus ou moins de Hong-Kong à la Thaïlande en passant par l’Inde, c’est long. Surtout que de ses voyages le brave Marc, l’aventurier, ne retient que les différentes facilités ou difficultés à se procurer … putes, alcool et herbe.

 

Je suis allé au bout, pour voir s’il y aurait enfin aventure ou monstre, mais rien. Un assassin certes, mais un de l’espèce rampante, gluante et mesquine. Sans la méchanceté d’un Ripley, l’humour noir d’un Ken Bruen, la violence d’un personnage de Chainas ou d’Ellroy

 

Bref, la fadeur de Marc était très certainement voulue par l’auteur, des gens comme ça il en existe certainement, peut-être même plus que l’on pourrait croire, mais je me suis ennuyé. Et là deux hypothèses : cela vient de moi parce que le sujet ne m’intéresse absolument pas et que j’ai fait une sorte d’allergie au personnage, ou ça vient de l’auteur qui n’a pas réussi à m’intéresser …

 

Je me sens absolument incapable de trancher. 


Marc Boulet / Contrebandiers, Rivages/Noir (2012).

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 18:08

Fini de rigoler, fini les vacances belges. Retour au noir avec Black blocs d’Elsa Marpeau. Autant j’avais apprécié Les yeux des morts son premier roman, autant je suis resté en dehors de celui-ci.


MarpeauLa vie de Swann, biologiste sans histoire bascule le jour où, en rentrant chez elle, elle trouve son mari Samuel, prof de sociologie à la fac, abattu d’une balle dans le dos. Elle découvre à l’occasion qu’il militait dans des groupes que les flics et la presse qualifient d’ultragauche. Pour venger Samuel, pour savoir qui l’a tué, elle va s’immerger dans un de ces Black Blocs. S’immerger et se perdre peu à peu, jusqu’à douter de tout, y compris de sa santé mentale.


Donc je suis resté en dehors. Même si j’ai lu le bouquin jusqu’au bout sans ennui et même parfois avec un certain plaisir, je ne suis pas convaincu à l’arrivée.


Pourquoi ? Essentiellement parce qu’à aucun moment je n’ai réussi à croire aux deux personnages centraux du roman. Pas touché une seconde par le chagrin et le désarroi de Swann, et, si le personnage du flic qui lui fait face peut être convainquant au début, plus j’avançais dans l’histoire moins je croyais au personnage. Malheureusement, ne croyant pas trop aux personnages, je ne suis pas non plus convaincu par la résolution de l’intrigue.


Certes, j’ai déjà beaucoup aimé des romans aux intrigues totalement incroyables. Mais seulement s’ils se présentent comme tels. Là j’ai l’impression que l’intrigue se veut un minimum « sérieuse ». La référence déclarée à l’affaire de Tarnac et à l’absurdité et l’énormité de ce qui a été dit et publié par la police, la justice et les ministères et relayé par une bonne partie de la presse semble aller dans ce sens.


Dommage car le sujet est passionnant (comment un état peut-il sombrer ainsi dans le ridicule, comment l’état use et abuse de miroirs de fumée), et parce que la peinture du fonctionnement d’un groupe d’anarchistes associés aux fameux Black Blocs est également très intéressante (quoi que l’on pense par ailleurs de leurs points de vue, de leurs analyses et des solutions qu’ils proposent). J’ai donc le sentiment d’être passé à côté d’un roman qui aurait pu m’emballer, et qui m’a laissé sur le côté de la route. Dommage.


Chez Unwalker, ils ont aimé, et nous offrent une interview d’Elsa Marpeau, pour avoir un autre avis et un éclairage sur le roman.


Elsa Marpeau / Black blocs, Série Noire (2012).

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 22:46

Avec Polaroïd les éditions In8 tentent quelque chose de difficile : donner leur chance à des novellas, ces textes trop longs pour être des nouvelles, trop courts pour des romans. Une distance certainement difficile à appréhender pour un auteur (mais qu’est-ce que j’en sais moi, qui suis incapable d’imaginer le début de commencement d’une histoire ?). Toujours est-il qu’avec Moskova je trouve qu’Anne Secret n’a pas tout à fait trouvé la bonne distance.

 

SecretFin 89, le mur de Berlin tombe. Euphorie dans toute la ville. Pas pour tous. Anton, français qui vivait à Berlin Est fuit, avec de faux papier, et retourne à Paris. Là il vivote, grâce à l’aide de son frère, dans la crainte perpétuelle. Mais dans la crainte de quoi ?


Pourquoi ai-je dit qu’à mon goût Anne Secret n’a pas trouvé la bonne distance ? Juste parce que je suis resté sur ma faim.


Le plus réussi dans le roman ce sont les personnages et la description de la solitude. Solitude due à la crainte, au manque de confiance en soi, au coups de la vie, aux petites saloperies de l’existence qui, sans la détruire complètement, érodent petit à petit l’envie de vivre, qui confortent dans l’idée qu’on est fait pour la grisaille. La galerie de personnages est très réussie, avec ceux qui doutent, ceux qui se battent encore, et ceux qui profitent … Tout une population parisienne populaire en train de disparaître, chassée peu à peu hors de la ville.


Là où je suis resté sur ma faim c’est que j’aurais eu envie de les côtoyer un peu plus longtemps, et que la fin tombe de façon un peu abrupte avec un dénouement un poil artificiel. Finalement, je me demande si le texte n’aurait pas gagné à être recentré sur la vie quotidienne quitte à laisser tomber le prétexte historique (chute du mur et secrets de la RDA révélés …).


Ceci dit, mieux vaut un texte que l’on trouve trop court qu’un texte qui semble bien trop long ! Je suis curieux de connaître vos avis.


Anne Secret / Moskova, In8/Polaroïd (2012).

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