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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 22:07

KO

Boxe et polar, une fois de plus mariés. Par Jérémie Guez dans Balancé dans les cordes. Un beau combat qui se termine par un KO.

guez

Tony doit son salut à la boxe. Pas de père, une mère qui boit, fume et tapine, les cités de la zone parisienne … c’est grâce à la boxe qu’il a pu ne pas sombrer. Et même s’élever puisqu’il est à quelques jours de livrer son premier combat professionnel. Malheureusement, quand on vit sur le fil du rasoir le moindre faux pas est fatal. Quand un dealer tabasse sa mère, Tony va voir le caïd du nord parisien et lui demande son aide pour la venger. Le doigt dans l’engrenage, le faux pas fatal qui entame une descente aux enfers.


Passons sur quelques coquilles tellement hénaurmes que je les ai vues (moi qui ai tendance à lire un peu vite et à passer sur ces « détails »).


Boxe, banlieue, pègre et polar. C’est classique, et ça marche si c’est bien mené. Et ici c’est bien mené. Une histoire classique qui sert de prétexte à la description d’un milieu et d’un môme qui tente de s’en sortir. Description âpre d’une situation difficile qui ne cache rien de la misère sans jamais tomber dans l’apitoiement ou l’angélisme.


Certes on pourrait reprocher à ce polar de ne rien apporter de vraiment nouveau ni dans le fond, ni dans le forme. Mais on a là un bon polar qui se lit avec intérêt et plaisir, agrémenté de morceaux de bravoures bien maîtrisés et d’une écriture particulièrement resserrée et adaptée dans les scènes de boxe. Que demander de plus ?


Jérémie Guez / Balancé dans les cordes, La Tengo (2012).

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 22:52

C’est parti pour 2012, et je commence avec le nouveau roman d’Hervé Sard, paru chez Krakoen avec un titre que le poulpe ne renierait pas : Le crépuscule des Gueux.


SardLe quai des Gueux, sur la ligne de RER qui va de Paris à Versailles. Trois hommes et deux femmes vivent là, sur le quai, dans des cabanes de jardin. Ils se sont organisés, n'emmerdent personne, se font oublier. Et ça marche. Jusqu'à ce que les corps de deux jeunes femmes, percutées par des trains soient retrouvés à proximité. Le problème c'est que ce jour là Luigi créchait aux Gueux. Luigi qui sort de prison après avoir fait 17 ans pour avoir poussé une femme sur la voie. Alors les gendarmes débarquent, avec leurs gros sabots. Et les flics. Et Luigi qui sait ce qui l'attend s'en va sans demander son reste. Est-ce la fin du Quai des Gueux ?


On connaissait déjà le talent d'Hervé Sard pour tricoter des histoires bien tordues et les distiller avec une minutie et un savoir faire sadique, comme dans Mat à mort ou La mélodie des cendres … On le savait capable d'écrire de véritables scènes épiques.


On lui découvre en plus dans ce roman une véritable empathie pour toute une humanité laissée pour compte. Sans angélisme ni misérabilisme, mais avec une vraie tendresse il nous plonge le temps d'une lecture au beau milieu d'une étrange communauté. Son roman se fait plus sombre, sa colère y pointe le nez, de temps à autre, il y gagne en épaisseur et en force.


Et il donne l’impression de passer un cap littéraire. Seul petit bémol, j’ai eu un peu de mal avec les dialogues entre les flics. Sans trop savoir pourquoi, ils m’ont parfois semblé sonner faux. Par contre ceux entre les Gueux, et plus particulièrement les échanges avec Tim, grand échalas tonnant et étudiant perpétuel sont de véritables morceaux d’anthologie (lisez, vous verrez ce que je veux dire).


Hervé Sard / Le crépuscule des Gueux, Krakoen (2012).

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 21:54

En cette période dense et fatigante, il me fallait un roman qui claque et qui se lise tout seul. Deux bouquins me sont tombés des mains, sans doute bons, mais qui sont arrivés au mauvais moment. Et voilà que j’exhume de sous une pile une réédition d’un roman de Jean-Hugues Oppel. Exactement ce qu’il me fallait. Un roman paru une première fois à la série noire et repris chez Rivages : Barjot !


OppelJérôme-Dieudonné Salgan n'a rien d'un héros. Juste un français moyen, avec une vie plutôt moyenne … Jusqu'au jour où, en rentrant chez lui, il trouve sa femme, ses filles, ses parents et ses deux meilleurs amis morts, sauvagement assassinés, et sa maison en train de brûler. Alors Salgan se réfugie dans la folie. Et quand il sort de la clinique de repos après quelques mois, il n'a plus qu'une idée en tête, se venger. Barjot, il est devenu complètement barjot ! Il ne sait pas que ce n’est pas à une bande de malfrats sanguinaires qu’il va s’attaquer mais à l’appareil d’état. Appareil d’autant plus sensible qu’il a fait une grosse bavure …

 

Du pur Oppel : une histoire alerte racontée à un rythme soutenu, de l'humour, de l'action, de la castagne … Et une fin bien immorale où ce ne sont pas les bons qui gagnent (d'ailleurs y en a-t-il ?), mais les plus forts. Bref, une histoire qui pourrait être, qui devrait être sinistre, et qui se révèle réjouissante par la grâce du talent du maître.

 

Du pur Oppel donc. A ce propos, c’est bien beau tout ça, mais quand c’est qu’il nous en publie un autre le grand Jean-Hugues ? Parce qu’on s’aperçoit, quand on lit des bouquins comme ça, qu’il nous manque depuis maintenant un bon moment …

 

Jean-Hugues Oppel / Barjot !, Rivages/Noir (2010).

 

PS. Ce coup-ci c’est le dernier de l’année, demain vous aurez droit au bilan.

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 13:05

Il ma fallait, en ces périodes denses, un roman distrayant et « facile » à lire … Et j’avais sous le coude Quelque chose pour le week-end de Sébastien Gendron, qui a parfaitement fait l’affaire.

 

GendronUne heure du matin, Lawrence Paxton, terne retraité très british ne sait pas encore que sa vie va changer, complètement changer. Et que toute la petite ville fort tranquille de Kirk Bay, dans le North Yorkshire, va voler en éclat. Tout ça parce que Lawrence tombe en même temps sur une troupe de pingouins géants disparus depuis plus de 150 ans ET sur un chargement de cocaïne. Normalement Lawrence aurait dû garder son flegme insulaire et rentrer se coucher. Mais il décide goûter cette poudre blanche …

 

Sébastien Gendron semble avoir environ 20 idées d'histoires à la page. Et l'énergie pour empêcher que tout se barre en sucette. Comme en plus il a un bon sens de l'humour qu'il sait teinter de dérision so british, son roman fonctionne. Et fonctionne même très bien. C’est donc un conseil de lecture sans arrière pensée.

 

Reste quand même une question, maintenant que l’on commence à connaître cet aureur, et que l’on se dit, une fois de plus, qu’on s’est bien amusé mais qu’il lui manque le petit quelque chose pour passer à la vitesse supérieure. Cette question c’est, mais que lui manque-t-il donc pour transformer ses romans, au demeurant très divertissants et recommandables, en bombes comme des Carl Hiaasen ou Tim Dorsey savent en écrire ?

 

Cède-t-il trop à la facilité avec laquelle il invente des histoires ? Est-ce une question de style ? De travail ? D’ambition ? De confiance en soi ?

 

Si quelqu’un a la réponse … En attendant, je patiente en espérant que, comme Marin Ledun avec Les visages écrasés, Sébastien Gendron va bientôt nous sortir SON roman.

 

Sébastien Gendron / Quelque chose pour le week-end, Baleine (2011).

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 20:03

On ne peut nier qu’Aurélien Masson imprime sa marque à la série noire, et lui donne une tonalité particulièrement sombre. Après les polars politiques glaçants et dérangeants de Di Rollo et Leroy, voici un roman noir d’une beauté vénéneuse, dans la lignée Chainas. C’est Le jour du fléau, premier roman à paraître à la série noire de Karim Madani.

 

MadaniPaco Rivera, flic de la brigade des mineurs d’Arkestra est à la dérive. Depuis que Katia, l’indic dont il était amoureux a été massacrée par des trafiquants colombiens il tient grâce au mélange Jack Daniels – sirop pour la toux. Il voit une possibilité de rédemption quand on lui confie, avec sa partenaire, l’enquête sur la disparition de Pauline, jeune fille de 16 ans dont les parents n’ont plus de nouvelles.

 

En fait de rédemption, c’est une descente définitive en enfer, dans un monde de dealers, camés, trafiquants, prédateurs sexuels et flics pourris jusqu’à la moelle.

Karim Madani revendique explicitement dans le texte l’influence de Sin City et du Gotham des Batmans les plus sombres. On pense aussi aux villes et aux héros d’Antoine Chainas (en particulier à Paul Nazutti, lui aussi flic dans une brigade des mineurs) au flic de Bad Lieutenant ou aux pires moments des Harry Hole, Harry Bosch et autres quatuor de Los Angeles. Vous voilà avertis.

 

Une fois ces références posées on peut, soit être en présence d’une pâle recopie, d’un imitateur qui exploite un filon qui lui semble prometteur, soit avoir un vrai roman écrit par un écrivain qui sait reprendre les dites références à son compte. Avec Le jour du fléau, on est dans ce second cas de figure.

 

Karim Madani s’approprie les mythes et les clichés, les fait siens, les coule dans son monde et dans son écriture. Son Arkestra imaginaire devient sa ville, miroirs de toutes les villes, de tous les quartiers à la dérive, de tous les quartiers que l’a police assainie pour y implanter Starbucks cafés et bars à sushi, cachant chaque fois la misère, la crasse et la violence un peu plus loin.

 

Comme ses prédécesseurs Paco Rivera est attachant et dérangeant, dérangeant parce qu’attachant, parce qu’on ne le comprend que trop, parce qu’on finit par accepter sa loi du talion, parce qu’on comprend trop sa violence et sa rage kamikaze dans un monde où l’argent met certains au dessus des lois et hors de portée de la plus élémentaire justice.

 

Comme beaucoup de romans de la série noire façon Aurélien Masson, celui-ci n’est ni agréable ni rassurant, mais il possède une beauté ténébreuse et une réelle puissance d’évocation. A lire, un jour de soleil …

 

Karim Madani / Le jour du fléau, Série Noire (2011).

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 18:19

Personne ne pourra reprocher à Sébastien Rutés de se répéter. Après un polar historique et un western français, il publie aujourd’hui Mélancolie des corbeaux, une fable animalière.

 

Rutes

Sur sa branche dans le Parc Montsouris Karka le corbeau médite sur la vie. Il fut un temps où il volait au dessus des forêts alpines. Il fit même partie du conseil des animaux de Paris. Puis il est tombé en disgrâce jusqu’à ce jour où Krarok, grand corbeau et maître du conseil le tire de sa solitude et fait de nouveau appel à ses services : Quatre lions, échappés d’on ne sait où, sèment la terreur dans les bois alentour. Il faut rapidement comprendre ce qu’il s’est passé avant que les humains affolés ne lancent une guerre aveugle contre tous les animaux de la capitale.

 

A chaque roman, Sébastien Rutés adapte son écriture au sujet traité. Elle se fait cette fois très classique, châtiée même, pour épouser les réflexions philosophique de Karka son narrateur. Le rythme est lent, l’enquête est prétexte à une réflexion sur l’antagonisme entre instinct et réflexion, entre l’animal et l’humain, doublée d’une réflexion politique sur l’utilisation de la peur comme outil de manipulation.

 

Les amateurs d’action et d’intrigue palpitante en seront pour leurs frais et trouveront sans aucun doute ce roman trop lent. Les autres apprécieront la beauté d’une langue qui sait se faire envoutante, l’angle inédit sous lequel Paris est vue et décrite (la ville étant d’ailleurs le point commun entre les trois romans de l’auteur) et l’originalité du propos.

 

Sébastien Rutés / Mélancolie des corbeaux, Actes Sud (2011).

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 22:47

C’est grâce à l’ami Holden que j’ai pu lire ce nouveau petit roman de François Barcelo dont j’avais beaucoup aimé les série noire (Cadavres, Chiens sales et L’ennui est une femme à barbe). Merci donc pour ce réjouissant J’haïs le hockey.

 

Barcelo.jpg

Antoine donc hait le hockey. Ce qui n’est pas facile à porter quand on est québécois. D’autant plus que ce n’est pas une détestation tiède :


« J’haïs le hockey !

J’y ai joué juste assez pour savoir que je suis le plus nul des joueurs. Et j’en ai vu juste assez pour savoir que c’est le plus nul des sports. »


Voilà donc un bon point de départ quand sait qu’Antoine, la quarantaine, en instance de divorce est appelé au dernier moment pour être le coach de l’équipe de son ado de fils lors d’un déplacement. Malgré ses réticences, parce qu’il n’a rien à faire et qu’il n’est pas particulièrement dynamique (même pour dire non il manque d’énergie !) Antoine finit par accepter. Bien entendu, il sera un coach pathétique, mais surtout, il va découvrir que son prédécesseur a été assassiné ; entre autres découvertes qui vont l’amener à se poser beaucoup de questions sur son fils …


C’est un peu court, on en aurait bien repris quelques pages de plus … Mais pas de doute, c’est bien du Barcelo, même si le final est plus noir et grinçant que ce que j’avais lu précédemment.


Du Barcelo ça veut dire une écriture gouleyante, de l’humour noir, des histoires déjantées et des personnages de paumés, minables pathétiques et pourtant incroyablement attachants.


Et on a bien tout ça ici. Avec une mention spéciale pour un looser particulièrement gratiné. Pauvre Antoine qui ne comprend rien à rien, se fait chaque fois des films plus tordus et invraisemblables les uns que les autres et provoque, avec une bonne volonté touchante, catastrophe sur catastrophe.


C’est lu en deux temps trois mouvements, on se régale, on sourit beaucoup, on compatit. Et au final … Mais je n’en dirai pas plus pour vous laisser la surprise.


François Barcelo / J’haïs le hockey, Coup de tête (2011).

 

PS. Je sais, j'ai classé à polars français et c'est québécois ... Il faudra que je crée une catégorie de plus.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 22:46

Me revoilà, pour parler bouquin avant de vous faire un compte-rendu plus détaillé de TPS. Je vous l’avais promis, je tiens mes promesses moi. Voici donc le très attendu Le Bloc de Jérôme Leroy, un roman qui ne va pas manquer de susciter des commentaires éclairés et pertinents de gens … qui ne l’auront pas lu.


LeroyLa politique sécuritaire à coup de CRS et de contrôle au faciès, le délitement programmé et encouragé du lien social, les couplets répétés sur le communautarisme et le choc des civilisation, la crise acceptée pour ne pas dire encouragée par une classe politique qui, au mieux ne comprend rien, au pire a tout intérêt à ce que les choses aillent de plus en plus mal … Tout cela finit par avoir un effet prévisible : les zones les plus pauvres sont devenus des zones de guerre, la répression, les affrontements amènent leur lot de morts et la droite au pouvoir, paumée, accepte de faire rentrer des ministres du Bloc au gouvernement.


Durant la nuit de négociations, Antoine, mari d’Agnès Dorgelles, présidente du Bloc, fille du vieux président historique, boit, et se souvient. Comment il est passé à l’extrême droite, comment il est monté dans l’appareil du parti … Il se souvient surtout de son amitié avec Stanko. Stanko qui cette nuit est traqué. Stanko, ancien skin, violence à fleur de peau, devenu le grand patron des services de sécurité du Bloc et qui, en cette nuit de négociations, est devenu imprésentable pour un parti qui accède à la respectabilité. Stanko qui doit donc mourir et est traqué par les nervis qu’il a lui-même formés.


On va commencer par se débarrasser des bêtises.


Et pour commencer mon allergie au mot improbable. Arrrrgh, Jérôme, pas toi, pas toi le coup de « la robe improbable » !! Je suis poursuivi !! Je ne saurais plus dire où il est ce putain d’adjectif, mais je suis certain de l’avoir vu !!!


Venons-en au « problème » des personnages. Oui, il y a beaucoup de Jérôme Leroy dans Antoine. Horreur, malheur ! De la sympathie pour un facho ? L’auteur serait-il passé à l’extrême droite ? C’est quand même très con comme question non ? Quand Marcus Malte écrit du point de vue d’un transsexuel dans Carnage constellation, personne ne va vérifier s’il a toujours ses joyeuses, quand Don Winslow nous met dans la tête d’un narco mexicain, la DEA ne l’arrête pas, quand Valerio Evangelisti nous plonge dans la tête de la pire pourriture jamais présentée sur la page blanche, Eddie Florio, personne ne se demande s’il est violeur, traitre, tueur … Alors pourquoi, juste parce qu’Antoine et Stanko ne sont pas des brutes monolithiques, inhumaines, incultes et abruties se demanderait-on si Leroy est devenu facho ?


Par connerie ? Par paresse intellectuelle ? Par réflexe idiot ? Là j’avoue que je n’ai pas la réponse.


Et oui, il y a du Leroy dans Antoine, jusqu’à son goût discutable pour des musiques …que je ne qualifierai pas : « on entendait la voix délicieusement approximative de Chantal Goya ». Mais pour ceux qui veulent bien se donner la peine, il a même donné la clé de ce qui les rassemble et les éloigne définitivement : « Oui tu étais sans doute fait comme ton grand-père, pétri de haine pour un monde de conventions et d’hypocrisie, mais toi, par cynisme, lassitude, dandysme mal placé, tu as décidé de jouer avec les pantins autour de toi, de faire le marionnettiste alors que le vieux professeur d’histoire, chrétien et communiste voulait, lui, les …, comment disait-on déjà, oui, les émanciper. »


Voilà, indignés un poil fainéants, l’auteur vous a donné la clé, et si vous avez la flemme de la chercher, votre serviteur vous la met sous le nez …


Ceci étant dit, oui c’est un grand bouquin qui rejoint (comme je le disais il y a quelques jours) les constats de Thierry Di Rollo et d’Olivier Bordaçarre.


Le choix des personnages et la construction, sont impeccables. Leroy, en bon tragédien, fait semblant de respecter l’unité de lieu et de temps. Tout se passe en une nuit, chaque personnage est coincé dans sa chambre. Il s’en échappe en faisant appel à leurs souvenirs, nous refaisant vivre la montée du Bloc, ses soubresauts, son chemin vers la respectabilité, la percolation de ses idées dans la classe politique et médiatique …


Tout cela est bien beau, mais ne fait pas un bon livre. Ce qui fait que ce polar est grand ce sont ces deux personnages. Toute la force du roman vient, justement, de ce que les imbéciles reprochent à l’auteur : On y croit, on comprend (j’ai dit comprend, pas partage) leurs raisons, mieux, on les sent dans ses tripes, on finit même, parfois, horreur de l’horreur, par sentir une certaine sympathie. Et oui, c’est ça qui fait mal, ce ne sont pas des monstres, ce sont des humains, un peu, beaucoup, comme nous. Et c’est pour cela que le bouquin nous touche, et c’est pour cela qu’il faut les combattre et combattre une société qui les fabrique. C’est aussi pour ça qu’on peut aussi gagner. On ne peut pas gagner contre des monstres inhumains, sauf si on les extermine. On peut face à des gens fabriqués comme nous qui ont juste fait d’autres choix. Mais pour ça, il faut les connaître …


Alors non, ce n’est pas agréable. Manquerait plus que ça. Mais c’est un grand bouquin. Dont la lecture devrait être obligatoire. Ne serait-ce que pour donner tord à l’auteur et pour que tout ne se termine pas comme dans son roman.


Vous connaissez l’histoire de la grenouille qui ne saute pas de la casserole parce qu’on monte la température de l’eau petit à petit et qu’elle se rend compte trop tard qu’elle est en train de cuire ? En bien nous devons remercier Thierry Di Rollo, Olivier Bordaçarre et Jérôme Leroy. Chacun à sa façon nous balance l’eau bouillante à la figure. Ca fait mal, ça brûle, mais ça nous poussera peut-être à sauter hors de cette foutu casserole avant qu’il ne soit trop tard. Restera ensuite à la balancer à la tronche de ceux qui veulent nous faire cuire.


Jérôme Leroy / Le bloc, Série Noire (2011).

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 13:59

La France tranquille d’Olivier Bordaçarre est le roman français dont on cause pas mal ces derniers temps sur les blogs. Et c’est bien mérité.


BordaçarreNogent-les-Chartreux, son centre historique piéton, ses zones commerciales, son restau pour notables, ses bars, ses jeunes qui s’emmerdent, ses petits commerçants, ses caméras de surveillance, son quartier défavorisé, sa brigade de gendarmerie, son musée de la marionnette … Depuis quelque temps aussi, ses chômeurs, ses licenciements, sa crise. Et puis d’un coup, son tueur en série et la psychose qui monte, la trouille, la méfiance et leur cousine, la haine. Alors que la ville descend la spirale infernale, que les morts s’accumulent et que la violence déteint sur tous les habitants, le commandant de gendarmerie Paul Galand, 130 kilos de déprime et de mal être tente de sortir de son apathie pour sauver ce qui peut encore l’être …


Ne tournons pas autour du pot, je partage l’enthousiasme de tous, de Holden, de Manu, de Yan etc … Mais avant de dire pourquoi j’ai beaucoup aimé, je vais juste faire deux petites critiques, gratter là où ça m’a agacé, pour m’en débarrasser et revenir à tout le bien que j’en pense …


Pour commencer j’ai l’épiderme très (trop ?) sensible et certains effets de mode dans le langage m’horripilent de façon absolument disproportionnée. Et parmi ces tics, un qui me hérisse est l’usage répété de l’adjectif improbable sensé faire joli, ou poétique ou je ne sais quoi. Et là, dès le début, deux improbables dont celui-ci : « L’homme et les femmes, couple improbable au bord du vide ». Ouille merde me suis-je dis … Et puis finit, terminé avec improbable. Ouf !


Deuxième machin qui gratte : le premier dialogue entre Paul et son fils Gregory m’a semblé complètement … improbable (hihi). Trop d’anglicismes dans le bouche du fils. C’est pas possible, j’ai jamais vu quelqu’un parler comme ça, et même si c’était possible, son père aurait dû l’envoyer paître tout de suite (parce que c’est pas toujours un gentil patient le père). Après je ne sais pas si je me suis habitué, ou si Gregory a un peu mis la pédale douce sur les « man », « you know what » et autres « bad trip » mais ça ne m’a plus choqué.


Tant qu’on en est au style, tout le reste j’adore ! J’adore les gueulantes de Galand, j’adore la description clinique de la montée de la violence dans la ville, faite de superposition de phrases allant crescendo, j’adore les blagues du style : « Dans les files d’attente bavardes, le lieu commun du poissonnier rivalisait avec le truisme du charcutier. », j’adore le joli clin d’œil à Brassens « Une patrouille de quatre gendarmes bien inspirés […] intervint pour tenter d’interrompre l’échauffourée », j’aime que le glandeur sculpteur s’appelle Giacomet et le maire Henry Bourges (je sais, je suis parfois facile à satisfaire) … Et je me dis que j’ai dû en rater pas mal, que comme dans les Rubriques à Brac il faudrait tout relire pour chercher les « coccinelles » qu’il a semées ici et là …


Ensuite c’est très fort dans la construction de l’intrigue. On part d’un machin très très cliché : Le serial killer qui se venge d’une offense plus ou moins imaginaire, c’est pas neuf. Mais ce qu’il en fait est totalement neuf, même du point de vue de la construction. Car, au début on s’en fout un peu, on est concentré sur les personnages et surtout sur la description clinique de cette petite ville de la France tranquille. Mais peu à peu, comme Garand, on se prend au jeu, on se met à trembler, à être fébrile, à participer enfin à la traque. Très fort !


Enfin il y a le fond. Et là Olivier Bordaçarre fait très fort. Sans prêche, sans démonstration, il décortique, par la seule force de ses descriptions, l’engrenage qui entraîne une petite ville sans histoire, ni meilleure ni pire qu’une autre, ni plus solidaire ni plus égoïstes qu’une autre, vers une société totalitaire, où tout le monde est surveillé, où la chasse à celui qui sort de la « norme » autoproclamée est ouverte et encouragée.


Car c’est bien ça l’histoire. Et c’est là que le final est très faussement rassurant. Certes le tueur est arrêté, certes tout semble rentrer dans l’ordre. Mais plus rien ne sera pareil, la bête a montré sa trogne, elle est sortie de la tanière et n’a pas été inquiétée. Alors elle est là, tout près, toute prête, attendant la prochaine occasion.


Thierry Di Rollo nous a dit la même chose d’une façon différente, ne doutons pas que Jérôme Leroy ne le dise pas aussi dans son Bloc, à lire dans la série noire dans quelques jours. Cela fait beaucoup en quelques semaines. Il faudrait peut-être commencer à les écouter tous.


Olivier Bordaçarre / La France tranquille, Fayard/Noir (2011).

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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 22:32

Je continue à lire pour TPS. Brigitte Aubert est, avec Paco Ignacio Taibo II invitée d’honneur, et c’est un auteur que je connais peu, mis à part l’horrible et jubilatoire Souffle de l’ogre. Comme sa bibliographie est fort abondante j’ai pêché un peu au hasard. Requiem Caraïbe, bonne pioche.


AubertDagobert Leroy (oui son père avait un sens de l’humour assez spécial), 45 ans, est plutôt noir, plutôt baraqué, ex militaire et privé sur l’île de Saint- Martin dans les Antilles. Ce matin là on se croirait dans les années cinquante en Californie : Charlotte Dumas, métisse flamboyante et insupportable (en bref la femme fatale de cinéma) déboule avec sa mauvaise humeur dans son bureau. Il s’agit ni plus ni moins que de retrouver son père, qu’elle n’a jamais connu, qui a juste croisé sa mère vingt-cinq ans plus tôt à Sainte-Marie. Pas de piste, aucun témoin survivant ou presque, la routine pour Dag qui ne se doute pas qu’il va mettre les pieds dans un véritable nid de serpents.


Plus classique que ça, on peut pas.


Un privé baratineur, une cliente somptueuse et insupportable, la recherche a priori sans risque d’un (ou d’une) disparu, de jolies femmes, des bagarres et une situation qui part en vrille. Depuis l’invention du privé hard-boiled il y a eu des centaines de romans sur ce canevas. Alors pourquoi lire celui-là ?


D’abord parce que j’aime ça, et que quand c’est bien fait, ça marche. Ca marche chez Lehane, ça marche chez Pelecanos, ça marche  chez Block. Et bien ça marche aussi chez Brigitte Aubert. Voilà, le privé dur à cuire avec ses réflexions, ses vannes, ses répliques son sourire de tombeur, elle sait faire, comme les américains.


Et puis le décor change et ça aussi c’est bien. La balade d’une île à l’autre est bien agréable. Et puis elle maîtrise parfaitement les scènes à grand spectacle, comme celle de l’ouragan ou la confrontation finale. Et puis il y a de vrais affreux, bien convaincants, ingrédient indispensable du genre. Et puis il y a des coups de théâtres bien amenés. Et puis elle y introduit quelques variantes plutôt bienvenues … Allez, je vous révèle un petit secret … Malgré un début archi classique, le privé ne devient pas amoureux de sa cliente … Vous verrez … hihi …


Bref, une lecture extrêmement agréable.


Brigitte Aubert / Requiem Caraïbe, Seuil/Policiers (1997).

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