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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 23:04

C’est la semaine Serge Quadruppani sur actu du noir. Il est le traducteur du précédent roman chroniqué, le voici en tant qu’auteur avec La disparition soudaine des ouvrières où il reprend ses personnages de Saturne.


QuadruppaniRevoici donc Simona Tavianello, commissaire romaine à la cinquantaine épanouie, en vacances dans les Alpes italiennes avec son mari. Des vacances qui tournent mal quand ils trouvent un cadavre chez l’apiculteur auquel ils rendaient visite. D’autant plus mal que l’arme du crime est … celle de Simona, qu’on lui a volé le matin même sans qu’elle s’en rende compte. Il n’en fallait pas plus pour qu’elle décide de mettre son nez dans cette affaire, au grand dam des carabiniers.


Une affaire dans laquelle certains semblent avoir intérêt à faire porter le chapeau aux écologistes qui défendent la vallée contre les vues d’un labo très secret travaillant dans les nanotechnologies et les OGM. Et comme toujours quand il s’agit de secret, les barbouzes ne sont pas loin.


On retrouve avec beaucoup de plaisir Simona la grande gueule aussi efficace et râleuse que sensuelle. On retrouve avec le même plaisir Serge Quadruppani auteur, son français parsemé d’expressions italiennes, son écriture charnelle qui fait si bien sentir les parfums des alpages, la chaleur écrasante d’une place italienne, la fraicheur de l’eau d’une fontaine ou la saveur d’une tarte à la rhubarbe. Une écriture qui sait si bien se moquer des imbéciles, s’enrager contre les salauds et s’émouvoir du vol d’une abeille au soleil.


Il semble que le chroniqueur du Monde ait apprécié mais trouvé la vision de l’auteur trop manichéenne, il lui reproche, gentiment, de planter des défenseurs de la nature (trop) visionnaires et des gens des labos comme des salauds mercantiles.


Pas d’accord. Premièrement, les écolos du romans ne sont pas tous visionnaires, il y en a même de sacrément allumés à leur façon. Et surtout quelqu’un qui travaille dans un labo dont le but est le suivant : « Toujours le même processus […] On détruit un processus naturel gratuit et on le remplace par une prothèse artificielle payante. », ou pour le dire autrement, de privatiser le vivant, tout le vivant, jusqu’à nos cellule et l’air qu’on respire, alors oui, mille fois oui, celui-là, tous ceux là sont au mieux de dangereux inconscients qui ne se posent jamais la question de la finalité de leur travail, plus vraisemblablement des salauds mercantiles. Et leurs patrons (et ce sont eux qui sont dépeints dans le roman) sont de vraies pourritures mercantiles.


Donc Quadruppani n’est pas manichéen, il est lucide. Donc la lecture de son roman est non seulement extrêmement plaisante, mais également extrêmement utile.


Pour couronner l’ensemble, il nous offre, au détour d’une page, une petite douceur acidulée en forme de clin d’œil avec, si je ne m’abuse, l’apparition en vedette sicilienne d’un certain légiste mal embouché qui, habituellement, s’engueule avec Montalbano. Un coup de chapeau au « Maître de Vigata » présent en chair et en os dans le précédent roman.


Serge Quadruppani / La disparition soudaine des ouvrières, Le Masque (2011).

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 22:32

Catherine Fradier est un auteur dont, comme tout amateur de polar, j’avais beaucoup entendu parler au moment de ses démêlées avec les gentils inquisiteurs de l’Opus Dei, mais, pour des raisons obscure, je n’avais jamais lu ses bouquins. Or, comme elle faisait partie des invités du prochain festival Toulouse Polars du Sud (elle vient malheureusement de se décommander), j’ai voulu découvrir son univers. En commençant par Cristal défense.

 

FradierPersonne, dans le grand public, ne connaît l'agence de sécurité européenne. Une officine plus ou moins officielle, au service de l'état et chargée de veiller spécifiquement sur les intérêts économiques et le savoir industriel et scientifique des entreprises françaises. A sa tête une femme Leo de Coursange, économiste qui a rassemblé une équipe de choc. Une équipe qui va être mise à rude épreuve quand le chef et créateur de l'agence, l'homme de l'ombre qui a permis son existence, lui confie une nouvelle mission : découvrir qui décime les cadres d'Aristee, numéro 1 dans la production d'OGM, également impliqué dans celle de pesticides plus ou moins virulents, certains semblant descendre directement du fameux Agent Orange de sinistre mémoire.

 

Rapidement Léo va s'apercevoir que ses recherches sont parfaitement encadrées et qu'on lui dicte très précisément où elle doit s'arrêter. Mais peut-être ne mesure-t-elle pas bien le risque qu'elle court.

 

Un vrai thriller de politique fiction, dans la lignée des derniers romans d'Ayerdhal. Ceux que les théories du complot agacent … seront agacés. Mais après tout, ce n'est que littérature, et l'avantage quand on manipule (et qu'on manipule bien) des histoires de gros complots c'est qu'avec du talent on arrive à instiller un rythme infernal. Ce qui est le cas ici.

 

Le démarrage est un poil appliqué, on a un peu de mal, au début, à s'intéresser vraiment aux personnages, mais plus on avance plus on accroche, le roman gagne en intensité et en rythme, et on ne peut plus le lâcher. Comme en plus il s'appuie sur une documentation et des extraits d'articles de presse solides et variés il fait très froid dans le dos.

 

Avertissement donc au lecteur, ceci est une fiction, mais parfois la fiction a bien peu d'avance sur la sinistre réalité ... Comme le roman a une suite, je vais dans les jours qui viennent tenter de me la procurer.

 

Catherine Fradier / Cristal défense, Au diable Vauvert (2010).

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 10:21

Pendant l’année il sort tant de bouquins que, forcément, il y en a qui passent à l’as, mais que l’on garde dans un coin en se disant qu’on va les lire … Dès qu’on aura le temps. C’est ce qui c’est passé avec Cher payé de Jean-Paul Demure. Comme j’aime ce qu’écrit cet auteur, je l’avais mis dans un coin, et cette fin de mois d’août m’a permis de le lire enfin. Avec grand plaisir.

 

DemureJean-Mi, Fernand et Marcel sont potes et un poil paumés, voire glandeurs. A 26 ans Jean-Mi squatte toujours le tout petit appartement de maman. Il finit quand même par répondre à une petite annonce demandant un jardinier dans une grande propriété des environs. Fernand lui fait un beau faux diplôme d'horticulteur, Marcel lui prête la mob de son père et le voilà parti. Le métier rentre péniblement quand il se fait aborder par un petit bonhomme qui lui demande d'observer se qui se passe chez son patron qui, il est vrai, n'a pas l'air net. Jean-Mi commence par refuser, mais l'autre a des arguments … imparables. Donc il finit par accepter, et met alors le doigt dans la boite à emmerdes.

 

Jean-Paul Demure fait partie de ces auteurs français qui, bien qu'édités chez un « grand », n'ont rencontré la reconnaissance à la hauteur de leur talent. Pas de chance ? Trop réservé ?

 

Toujours est-il qu'avec ce Cher payé il livre encore un excellent roman où l'on retrouve son talent pour mettre en scène de gentils paumés, des glandeurs attachants. Ses romans sont souvent très noirs, il a fait ici le choix de l'humour tendre. Et on sourit beaucoup.

 

On sait dès le départ que leur combine va foirer, la question est de savoir quand et comment. Et bien on n’est pas déçu. L’auteur mène magnifiquement sa barque, pour un final digne des grands moments du cinéma italien des Toto, Gassman et autres. Avec cette même tendresse souriante pour des personnages que l’on aime instantanément, malgré (ou à cause ?) de leurs défauts.

 

Cerise sur le gâteau, la réplique finale clôt magistralement le roman et boucle la boucle. Pour comprendre ce que je veux dire une seule solution, lire Cher payé.

 

Belle référence non ?

 

Jean-Paul Demure / Cher payé, Rivages/Noir (2010).

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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 00:12

Je vous ai déjà parlé de la série consacrée au Mandarin Tân de Tan Van Tran Nhut (commencée à quatre mains avec sa sœur, et qu’elle continue seule). Bien que je ne sois pas, a priori, fana des polars historiques, j’adore ceux-là. J’étais donc tout content de trouver le huitième épisode, Les corbeaux de la mi-automne.

 

Tran NhutFête de la mi-automne dans la province, en général tranquille, du mandarin Tân. Une province qui perd toute quiétude quand un jeune garçon est retrouvé mort noyé, alors qu’un vandale s’attaque aux temples taoïstes et bouddhistes de la région, mettant en particulier à mal … leurs toilettes. Pour couronner le tout un intrigant, proche d’un conseiller de l’empereur qui n’inspire qu’à le détrôner, vient solliciter Tân pour retrouver un trésor chinois vieux de quelques siècles qui pourrait « acheter » l’aide des grands voisins pour battre le seigneur félon du sud qui, lui aussi, veut renverser l’empereur. Une façon pour les chinois de remettre un pied dans ce Vietnam dont ils ont été chassés …

 

En ce début de XVII° siècle la vie est décidément bien compliquée pour un représentant de l’empereur qui doit choisir entre deux maux.

 

Tout le charme et l’intérêt de la série dans cette huitième enquête du Mandarin Tân. Une belle intrigue, une reconstitution historique solidement documentée qui sait mettre en lumière les contradictions d’un pays en pleine mutation, de l’humour, une écriture originale et picaresque et une énergie communicative.

 

Bref on apprend en s’amusant selon la formule consacrée. En s’amusant et en prenant un énorme plaisir à sentir les odeurs de cuisine à déguster des plats inédits, à toucher les étoffes soyeuses. A sourire de la rapacité et de la suffisance (en grande partie justifiée) du Docteur Porc, à s’amuser d’une bagarre dans une échoppe (beau morceau d’anthologie), à s’émouvoir du désarroi d’une jeune femme abandonnée ou d’un jeune homme mal aimé …

 

Bref du Tran Nhut cousu main toujours aussi bien.

 

Tran Nhut / Les corbeaux de la mi-automne, Picquier (2011).

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 18:52

Je crois l’avoir déjà écrit plusieurs fois … Je ne suis pas très fan de thrillers. Voilà. Malgré ça, de temps en temps, j’en essaie un, pour voir, histoire qu’on ne puisse pas m’accuser de sectarisme. Comme on pourrait aussi m’accuser de ne lire que les « grands » éditeurs, pendant les vacances j’ai fait un double mea culpa. J’ai lu un thriller, Le hameau des purs de Sonia Delzongle, publié chez un éditeur jusque là inconnu de ma pomme.

 

Delzongle1989, Audrey Grimaud, jeune journaliste ambitieuse, est dépêchée pour couvrir un fait divers macabre : toutes les maisons d'un hameau perdu dans la campagne, occupé par les adeptes d'une communauté ont brûlé. Mais ce n'est pas seulement pour le scoop qu'Audrey s'intéresse à cette affaire. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce hameau, chez ses grands-parents qui faisaient partie des Purs, ce groupe qui vit replié, austère, en refusant tout contact avec le monde moderne. Elle connaît peut-être certaines des victimes dont les corps carbonisés ont été retrouvés.

 

Et puis il y a l'Empailleur, ce tueur en série qui fait une victime tous les ans dans la région, et sème les cadavres empaillés … Le passé ne va pas tarder à rejoindre Audrey.

 

Qu’en pense-je ? Ben que ce n’est pas ce hameau qui va me faire changer d’avis sur les thrillers. Car il a tout les ingrédients qui marchent et qui moi m’agacent : un serial killer avec mise en scène bien macabre, une secte, un soupçon de visions et de mysticisme (chez d’autres c’est un poil d’ésotérisme) … Alors ce n'est pas trop mal fichu, c'est même par exemple meilleur que le Chuchoteur (je sais, c’est de l’acharnement sur ce pauvre chuchoteur).

 

Ce qui est bien c’est la description de la nature et de ce hameau hors du temps. C’est aussi une écriture maîtrisée et agréable. Et finalement, je suis allé au bout sans déplaisir. Mais sans passion et non sans quelques agacements.

 

Tout d’abord parce que je n’ai pas réussi à m'intéresser aux personnages, ni à avoir la trouille quand ils courent un danger. Je me fichais de ce qui leur arrivait, les morts ne me faisaient même pas mal, et la dernière scène de la seconde partie, quand l’héroïne va se mettre toute seule dans la mouise est vraiment téléphonée (à croire que l’héroïne, elle, n’a jamais lu de polar !).

 

Ensuite, mais là c’est très personnel et ce n’est pas une critique mais une constatation, parce que les Purs du bouquin me filent de l’urticaire. Rien que de s’appeler purs … ça me donne une furieuse envie de faire partie des impurs, ceux qui se mélangent, qui pètent à table, mangent impur, baisent impur et surtout, pensent impur.

 

Et puis il y a une certaine accumulation … Les purs, le serial killer, la folie, l’inceste … Et comme si ça ne suffisait pas, un petit coup d’enfants juifs pendant la guerre. L’ennui étant qu’aucune de ces thématiques n’est creusée, et qu’on finit par se demander ce que les uns et les autres font là.

 

Maintenant ceux qui veulent le lire doivent arrêter parce que je vais dévoiler un élément important du final.

 

 

 

 

 

Voilà, le final ne m’a pas convaincu. Parce que c’est trop facile de changer de point de vue comme ça, hop, sans préavis, sans explication. Ca permet de cacher sous le tapis toutes les petites incohérences de l’histoire, d’éviter les explications qui seraient peut-être un peu difficiles à fournir, et ça fait du coup de théâtre retentissant à peu de frais.

 

Puis surtout, on ne peut (ou du moins je n’ai pu) s’empêcher de penser à Lehane et à son génial Shutter Island. Et ça c’est dur parce que c’est écrasant. Parce que chez Lehane on tremble, on dévore, et on est complètement bouleversé par le final, au point de relire immédiatement pour voir où on aurait pu comprendre. Et le plus fort c’est qu’on retrouve alors une seconde cohérence au bouquin. Et là non. Les retournements sont absolument imprévisibles, même à posteriori, alors que la force de ce genre de construction de haute voltige est que le lecteur, a posteriori, s’aperçoive qu’il avait tous les éléments en main. Alors bien sûr l’auteur a tous les droits, mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est un peu facile.

 

Bref, je ne me suis pas ennuyé, mais je ne recommande pas. Mais comme je ne suis pas le seul lecteur du web, vous pouvez vous faire une idée, en allant chez l’ami Black Novel qui a aimé, ou Biblio Manu qui est plutôt de mon avis. Faites votre choix.

 

Sonia Delzongle / Le hameau des purs, Cogito (2011).

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 22:02

Si mon billet sur Fred Vargas était bien inutile (elle caracole en tête des ventes, et c’est tant mieux), celui-ci pourra peut-être vous faire découvrir un auteur, au moins à quelques-uns d’entre vous.

 

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu de nouvelles du très (trop ?) discret Gilles Bornais. Ce journaliste est l’auteur de  sept romans que l’on peut classer dans deux catégories.

 

Des romans noirs actuels, intimistes, relatant le quotidien de personnes ordinaires, de celles dont on ne parle jamais. Ce sont :  Ali casse les prix, Franconville bâtiment B et Le serin de Monsieur Crapelet.

 

Le dernier paru, Les nuits rouges de Nerwood fait partie d’une série historique consacrée à un flic londonien de la fin du XIX°, Joe Hackney, ancien petit voleur devenu flic mais ayant gardé des liens et des amitiés avec ses anciens complices. Il fait une première apparition dans Le diable de Glasgow, et le revoilà donc ici.

 

Bornais1892, dans une petite ville campagnarde du Somerset entourée de forêts, un député conservateur est sauvagement assassiné. La même nuit sa femme a été vue sur le pas de la porte d’un notaire, son rival politique, qui a été grièvement blessé à la tête par une décharge de chevrotines. Des bruits commencent à courir parlant d’une sorcière, d’un chien monstrueux, d’un fantôme … Tous, tueur, bête et épouse du député ont disparu dans les forêts environnantes … Au vu de la « qualité » des victimes, la police locale demande l’aide de Londres, et c’est Joe Hackney, qui pourtant déteste la campagne qui est envoyé sur place. La vérité se cache dans ces forêts, elle n’a rien que de très humain, et de très sordide …

 

On retrouve dans cet épisode les solides qualités de la série : A commencer par une intrigue alambiquée, un peu « à la manière de » qui rend hommage au roman policier victorien, mais en même temps, innove en se situant bien loin des salons de thé et des majordomes assassins. Comme les romans précédents, celui-ci nous plonge au cœur du prolétariat exploité, surexploité, à la limite de l’esclavage (lisez vous verrez).

 

Des personnages ensuite, qui existent vraiment à la fois dans la tradition des malfrats « picaresque », des flics dépassés, mais aussi, avec des racines profondes dans la population maltraitée de cette Angleterre par ailleurs triomphante.

 

Un décor très présent, oppressant, sinistre, où la nature n’est pas aimable mais hostile envers l’homme (ou du moins hostile envers l’homme de la ville qu’est Joe).

 

Pour finir, une peinture très sombre des relations sociales au cœur du roman, des relations sociales qui se caractérisent par leur violence, leur brutalité et leur cruauté. Certes il ne fait pas bon être pauvre dans l’Angleterre du XXI° siècle, dans celle de Gilles Bornais et de Joe Hackney, c’était un enfer.

 

Bref c’est très noir, étouffant, solidement documenté, prenant … A lire, comme le reste de la série.

 

Gilles Bornais / Les nuits rouges de Nerwood, Pascal Galodé (2011).

 

Pour compléter vous avez sur Bibliosurf la transcription d’une rencontre avec les lecteurs.

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 19:08

Désolé pour la faible réactivité de ces lieux en cette fin d’année scolaire, mais j’ai un peu de mal à sortir la tête de l’eau … Ce qui va très bien, finalement à ces Crimes de Seine de Danielle Thiéry.

 

ThieryHiver 2013, année du déluge. Il pleut, il pleut, il pleut, depuis des jours et des jours. Conséquence, les rivières et les fleuves enflent et une crue catastrophique s’annonce sur la Seine, avec les effets que l’on imagine pour Paris. Pendant que la cellule de crise est sur les dents autour de la préfète Anne Morin, Edwige Marion, chef de la brigade des Chemins de fer tombe dans un guet-apens et est abattue en même temps qu’un dealer qui lui servait d’indic. Alors que la chaos s’installe durablement, Valentine Cara et Luc Abadie, deux flics très proches de Marion décident de ne pas laisser l’enquête dans les mains de la Crim et de chercher de leur côté l’agresseur de leur chef tombée dans un coma profond.

 

Si j’en crois le grand Ouiqui, Danielle Thiéry a été « un grand flic » et a déjà publié une bonne douzaine de polars. Et je n’en connaissais aucun ! Lacune maintenant comblée grâce à ces Crimes de Seine.

 

Passons très vite sur le reproche que certains feront peut-être à ce roman : Oui le méchant est peut-être un poil caricatural, un peu grand guignol. Peut-être, c’est même pas certain. Et puis franchement on s’en fout ! Parce qu’il y a une telle énergie, et une telle maîtrise dans ce bouquin que le reste ne compte plus.

 

C’est une magistrale peinture d’un Paris en plein scénario catastrophe que nous offre l’auteur. Dans un style survolté qui transmet parfaitement l’impression d’urgence, à la fois de ceux qui tentent de limiter les dégâts et de ceux qui cherchent, dans ce chaos à trouver le meurtrier et à sauver Edwige Marion. Car c’est bien l’urgence, la panique difficilement maîtrisée qui transpirent de toutes les pages de ce roman. Au point de rendre le lecteur de plus en plus fébrile, page après page.

 

On tremble au rythme de la montée des eaux, les effets en chaîne des dérèglements dans une ville aussi complexe que Paris, tous les effets en chaîne, sont décrits de façon très convaincante et arrivent quand même à ne pas noyer (pouf pouf), l’intrigue qui sert de colonne vertébrale. Du coup c’est à une double course contre la montre qu’on assiste, avec en prime de vrais personnages, charnels, convaincants.

 

Bref un très belle réussite, pour une auteur que je ne manquerai pas de suivre à l’avenir.

 

Danielle Thiéry / Crimes de Seine, Rivages/Thriller (2011).

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 22:23

Certaines notes ici, ont peut-être pu faire découvrir un auteur, un roman, un univers. Celle-ci est absolument inutile. Sans aucun doute la plus inutile de toutes celles que j’ai pu écrire. Car franchement, qui va découvrir, sur actu du noir, que Fred Vargas vient de publier un nouveau roman, et qu’il s’appelle L’armée furieuse ? Personne. Est-ce une raison pour ne rien publier ? Certes non, après tout, qui a dit qu’il ne fallait faire que des choses utiles ?

 

VargasPar cet été caniculaire Valentine Vendermot, petite femme si frêle et discrète qu'elle semble sur le point de s'envoler, vient trouver Adamsberg. Dans sa campagne normande des drames se préparent. Sa fille Lena a vu passer l'Armée Furieuse, toute sa famille est en danger. Adamsberg ne comprend rien, mais l'érudition de Danglard vient un fois de plus à son secours : Une vieille légende du Moyen-âge que cette Armée Furieuse ; armée de damnés parmi lesquels celui, ou celle, qui a été choisi "voit" également des vivants. Des vivants qui mourront dans les jours à venir, en punition de leurs pêchers. Et si Lena a reconnu trois des prochaines victimes, elle n'a pas pu identifier la quatrième ce qui met tout le village en émoi, et risque d'attirer la colère et la vengeance sur la famille Vendermot.

 

Adamsberg n'a aucune envie d'aller fouiller dans ces vieilles croyances, d’autant plus qu’il veut trouver quel est l’enfant de Marie qui a attaché les deux pattes d’un pigeon pour le faire mourir à petit feu, qu’il vient de résoudre un meurtre commis avec des miettes de pain, et qu’un grand patron d’industrie est mort dans l’incendie de la belle et grosse voiture.

 

Mais voilà, ses méthodes peu orthodoxes et sa façon de refuser des évidences un peu trop … évidentes dans l’affaire de l’incendie le mettent en danger à Paris. Et le voilà donc parti pour Ordebec, petit bourg normand, pour affronter la Grande Chasse du Seigneur Hellequin, ainsi que quelques haines, mesquineries et vengeances qui, elles, n'ont rien de surnaturel. Sans oublier de s’occuper du pigeon et de l’incendie parisien …

 

Les romans de Fred Vargas sont comme les grands crus. Il n’y en a jamais de mauvais, ils sont toujours bons, et certaines années excellents. L’armée furieuse est une grande année, une des meilleures. On y retrouve tout ce qu'on aime chez elle.

 

Des personnages inimitables, comme la famille Vendermot ou la vieille Leo ; une écriture poétique, légère et imagée ; une intrigue pleine d’étrangetés et en même temps totalement cohérente ; des dialogues savoureux ; une érudition jamais pesante qui est là, posée comme une évidence ; le plaisir de revoir Adamsberg et ses errances, l’encyclopédique Danglard, Veyrenc et ses alexandrins, l’impressionnante Retancourt et les autres … Bref du pur plaisir.

 

Mais pas seulement. Car, comme toujours, sous le vernis faussement rassurant et le style léger, c’est une nature humaine pas franchement engageante qu’elle nous dépeint, avec ses rancœurs, ses petites mesquineries qui peuvent se muer en grosses saloperies, sa tyrannie des forts sur les faibles, sa justice (ou devrait-on dire son injustice ?) de classe (et oui, ça aussi) …

 

Alors certes, comme toujours, ça finit bien, ou à peu près bien, mais pas avant d'avoir soulevé quelques bien vilains voiles et non sans laisser une certaine amertume. Comme toujours, on referme le livre désolés de l’avoir lu aussi rapidement et déjà impatient d’ouvrir le prochain.

 

Fred Vargas / L’armée furieuse, Viviane Hamy (2011).

 

Pour en savoir plus sur cette fameuse Armée Furieuse, j’ai fait ce que l’auteur conseille à la fin de son roman, j’ai cherché sur gougueule. J’ai trouvé ça, vous en trouverez certainement d’autres.

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:26

Un avis mitigé sur un polar que j’avais pourtant très envie d’aimer : Pensez donc Bizango de Stanley Péan est un roman québéquois (bien trop rares ici) écrit par un haïtien d’origine, tout pour plaire donc, et pourtant …

 

PeanDans les rues de Montréal, Gemme en a marre de son mac, le tout puissant Chill-O, caïd de la pègre haïtienne. Un soir où elle se rebelle, elle est aidé par un étrange personnage qui semble changer d'apparence selon ceux qui le voient. Il a aussi le redoutable privilège de pouvoir lire dans leurs pensées. Avec lui Gemme arrive à échapper la bande de Chill-O, non sans que son étrange protecteur commence à semer les cadavres sur son passage. Ce qui lui vaut d'être également poursuivi par la police, et en particulier par Lorenzo Appolon, flic d'origine haïtienne qui a juré de faire tomber Chill-O. Le chaos ne va pas tarder à envahir les rues de Montréal.

 

Même s’il est parfois difficile de dire ce qui cloche (et ce qui enthousiasme) dans un roman, un fait ne trompe pas : Je n’étais impatient, le soir, de me replonger dans Bizango, mais en même temps, je ne voulais pas le lâcher …

 

Du bon et du moins bon donc … Commençons par le moins bon. Avec en tête un style inégal. L'auteur alterne bien les différents niveaux de langage (créole haïtien, québéquois, parler des gangs avec son mélange d'anglais et de français …), mais tombe aussi parfois dans un style très appliqué, très explicatif, qui rompt le rythme ainsi obtenu. Autre chose gênante, la créature … C'est qu'il est trop tout puissant ce bizango, rien ne lui résiste, c'est superman au pays des nains. Peut-être l'auteur aurait-il dû davantage insister sur ses faiblesses, sur ses doutes sur sa propre identité. Et puis, longtemps, on ne voit pas bien où l’auteur veut aller, d’où vient son envie d’écrire ce livre en particulier.

 

Le bon ce sont … les variations de langage citées plus haut qui donne une véritable fraicheur au roman. Mais aussi la description d'une immigration haïtienne qui ne semble guère mieux traitée au Canada que nos immigrés chez nous, et une vraie habileté à écrire les scènes d'action.

 

Voilà, la fin est assez ouverte et peut laisser imaginer une suite, en espérant qu'elle gardera la même fraîcheur, tout en gommant les défauts.

 

Stanley Péan / Bizango, Les allusifs (2011).

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 22:56

Après Cocktail molotov, Jean-Paul Nozière poursuit sa peinture de la France des petites villes et des campagnes frappée de plein fouet par la crise économique avec Dernier tour de manège.

 

NoziereQuelque part dans l’est de la France, une petite ville et une campagne en pleine crise (je sais je l’ai déjà dit). Un taré s’amuse à éventrer des juments dans les prés. La gendarmerie … s’en désintéresse. Après tout ce ne sont que des bestiaux. Jusqu’au jour où la belle et pulpeuse Louise et son amant, Sakun dit le Viet, ancien mercenaire reconverti dans la récupération musclée des impayés, tombent sur une jeune femme attachée et bâillonnée dans une ferme éloignée. Un inconnu cagoulé l’a laissée dans cet état toute la nuit avant de trucider sa jument.

 

La gendarmerie se voit alors obligée de prendre l’affaire au sérieux, et Louise et Sakun, soupçonnés, se sentent obligés d’enquêter de leur côté pour se disculper. Ils vont découvrir que les trois vallées sont un véritable repère d’allumés, mystiques en peau de lapin, crédules de tous poils, faux voyants américains … et que si la plupart sont totalement inoffensifs, il traine aussi quelques véritables fous dangereux.

 

J’avais beaucoup aimé Cocktail molotov. On retrouve ici bon nombre de ses thématiques : à commencer par l’impact de la crise et de la pauvreté grandissante dans les provinces dont on ne parle jamais : ni banlieues médiatisées, ni grandes villes à la misère visible. Dans ces coins décrits par l’auteur la misère est cachée, honteuse, le désespoir n’en est que plus grand.

 

De retour aussi le thème de la folie et des personnages au bord de la rupture. Et l’on retrouve, comme dans le roman précédent, des figures originales, hors norme, insolites et attachantes.

 

Il m’a cependant semblé que l’intrigue est moins réussie. Les motivations du  croquemitaine ne sont pas toujours claires, la cohérence (à l’intérieur de sa folie bien entendu) de ses actions pas toujours évidente …

 

Ceci dit, même en tenant compte de cette faiblesse, grâce aux qualités cités plus haut, l’ensemble est fort recommandable et ce défaut est heureusement rattrapé par un final saisissant et une belle conclusion.

 

Et puis, j’ai bien aimé cette forme d’hommage à Tonton Alfred. Phrase énigmatique qui ne trouvera son explication que si vous lisez le roman … A moins que je ne me sois complètement planté sur une des sources d’inspiration de l’auteur, ce qui n’est pas à exclure.

 

Jean-Paul Nozière / Dernier tour de manège, Rivages/Noir (2011).

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