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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 07:31

Attention douche écossaise. Après le chaleureux Indien blanc de Craig Johnson, on enchaîne sans transition sur une belle douche froide, voire glacée : Préparer l’enfer de Thierry Di Rollo qui signe là son premier polar (il est par contre bien connu des amateurs de SF).

 

Di Rollo

Dimanche 15 avril, l’après-midi, dans quelques années … La France attend le résultat du second tour des présidentielles. Un résultat qui sera sans surprise, c’est la très médiatique Saulnier, candidate du Franc qui va gagner contre le candidat social-démocrate.

 

Mornau le sait bien qui vient de se faire arrêter. Depuis plus de dix ans il travaille à cela, sous la houlette de Brunard, tête pensante du parti. Ils ont tout fait pour faire monter la peur, manipuler les média, justifier le grignotage lent mais permanent des libertés, instaurer une société sous surveillance … Mornau vient de tuer une dernière fois, et il s’est laissé arrêter. Il raconte tout à un petit inspecteur qui ne pourra plus rien arrêter.

 

Avertissement donc, Thierry Di Rollo n’est pas agréable. Certes il ne prétend pas prédire notre avenir, mais il nous met sérieusement en garde contre un des avenirs possibles. Pas agréable donc, déjà parce qu’il nous prédit un deuxième mandat du Petit, président de droite qui drague ouvertement sur les terres du Franc (anciennement le Sursaut), ce qui n’est pas drôle. Pas agréable parce qu’il montre comment une alternance avec un PS du futur (ou équivalent) ne fait que rendre le résultat final plus inéluctable. D’ailleurs il nous avertit dès le titre Préparer l’enfer, on ne saurait être plus explicite.

 

Cet enfer n’est pas chaud et rouge, il est gris et froid. Ecriture sèche, récit resserré, descente sans fin vers cet enfer programmé. En s’appuyant suffisamment sur notre présent pour que sa « démonstration » soit très désagréablement plausible. L’auteur analyse parfaitement la mise en place insidieuse d’une société sous surveillance, ou les libertés sont grignotées, peu à peu, chaque fois qu’un événement judicieusement mis en lumière vient jouer sur les peurs collectives.

 

Le résultat est glaçant, cohérent, crédible et donc effrayant. Le lecteur le reçoit en pleine figure, comme un seau d’eau glacée. Cela n’a rien d’agréable … Mais ça réveille. C’était sans doute un des buts de l’auteur. Il est parfaitement atteint.

 

Thierry Di Rollo / Préparer l’enfer, Série Noire (2011).

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 22:18

 

Il y a deux ans un auteur mystérieux faisait sensation avec un étonnant thriller métaphysique. C’était Le testament syriaque de Barouk Salamé. Difficile de se douter, en refermant le roman, que l’on en retrouverait les protagonistes deux ans plus tard. Et c’est pourtant chose faite avec cet Arabian thriller.

 

SalaméL’ex commissaire Sarfaty, grand connaisseur de l’islam, et Benazir Gurazi, ex colonel des services secrets pakistanais qui s’étaient rencontrés lors de l’affaire du Testament syriaque sont partis pour leur lune de miel à Venise. Une lune de miel qui tourne court quand une artiste pakistanaise, proche amie de Benazir, est enlevée à quelques jours de la présentation de sa dernière œuvre, très critiquée par les intégristes islamistes.

 

Dans le même temps, un mercenaire fanatique veut venger les victimes du 11 septembre et faire sauter la Grande Mosquée de la Mecque pour déstabiliser le pouvoir saoudien … Deux affaires en apparence déconnectées qui vont se rejoindre.

 

En voilà une excellente suite qui garde intactes la surprise et la richesse du précédent roman tout en évitant ses maladresses. J’ai donc beaucoup aimé mais … mais il y a une chose qui m’a agacé. Je préfère donc m’en débarrasser tout de suite.

 

Je veux bien croire que l’auteur connaisse très bien l’islam et son histoire. Par contre il est un peu approximatif pour tout se qui concerne la technologie spatiale. Or il en use et abuse par moment. Les personnages se guident sur le GPS d’un objet caché, ils disposent à leur guise de satellites pouvant fournir des images de tout et n’importe quoi à n’importe quel moment, ils suivent même des voitures par satellite …

 

Tout cela fait partie des fantasmes d’une société qui veut croire que, si l’on est fichés et fliqués c’est à cause d’une science et d’une technologie compliquées, inaccessibles et incompréhensibles, maîtrisées par les « maîtres » du pays. Et bien non, on est fliqués et fichés quand on utilise sa carte bleue, son téléphone portable, qu’on rentre son profil sur facebook, qu’on est filmé dans la rue. Comme je ne veux pas vous saouler, je reporte en fin de chronique mes petites explications pour ceux que ça intéresse …

 

Donc à part ce détail, on ne peut que chanter les louanges de ce nouvel ouvrage. Après Le testament syriaque, Barouk Salamé double la mise et réussit une nouvelle fois à marier érudition, analyse fine des textes et de l’histoire des religions et exigences d’un thriller. Il alterne brillamment les « exposés » sur l’histoire de l’islam et de ses différentes interprétations, jamais lourds, et les scènes d’actions les plus explosives. Le tout sans jamais donner à son lecteur l’impression que le rythme s’écroule tant ses digressions sont passionnantes.

 

Son intrigue, complexe, passe sans jamais paraître artificielle de Paris à Venise, en passant par Ryad ou La Mecque. Les personnages existent vraiment. L’idée des fous furieux pour faire sauter La grande Mosquée est tordue mais plausible. La description des différents lieux et de leurs habitants donne l’impression qu’on y est. Le roman est rythmé, la narration passe de façon fluide et efficace d’un point de vue à l’autre …

 

Au final, l’intérêt du lecteur ne faiblit jamais tout au long des 550 pages et on a l’impression d’être un peu moins bête en refermant le bouquin. Bref, une réussite.

 

Barouk Salamé / Arabian thriller, Rivages/Thriller (2011).

 

PS. Petites notions de technologie spatiale donc.

 

1. Au risque de me répéter, un GPS (celui que vous avez peut-être dans votre voiture) est un récepteur qui reçoit les signaux envoyés par des satellites et calcule ainsi sa position. Mais il n’émet rien. On ne peut donc pas se guider sur un GPS.

 

2. On ne peut pas suivre quelqu’un avec un satellite. Les lois de la nature sont têtues. Un satellite tourne autour de la Terre. Tout le temps. Comme la lune. Donc si on veut suivre quelqu’un qui se trouve, par exemple, à Ryad, il faut attendre que le satellite passe au dessus de Ryad. Et espérer qu’à ce moment là il n’y aura pas de nuages (ce qui est probable à Ryad, plus aléatoire à Londres ou Galway), et qu’il fera jour.

 

Et il passe au mieux toutes les 100 minutes (à la louche). S’il a été mis sur une orbite qui passe et repasse toujours au dessus de Ryad. Mais alors, avec ce satellite on ne verra jamais Pékin, ni Caracas.

 

Sinon, on a un satellite qui passe un peu partout ; dans ce cas il ne repasse au dessus de Ryad que tous les deux ou trois jours. Le méchants a donc tout le temps de faire se saloperies en cachette.

 

Seuls les satellite dits géostationnaires restent tout le temps au dessus du même point car ils sont sur une orbite qui tourne … A la vitesse de rotation de la Terre. Le problème est qu’il faut alors les mettre sur l’orbite géocentrique qui se trouve au dessus de l’Equateur, à 36 000 km. Et de si loin, on ne voit que des objets de plusieurs centaines de mètres. Le méchant passe donc totalement inaperçu.

 

3. La France ne dispose pas de tant de satellites d’observation que ça. Difficile (et même plutôt rigolo) d’imaginer que, même avec l’appui d’un conseiller direct du Président, deux gugusses comme nos deux héros puissent avoir, comme ça, toutes les ressources d’un de ces satellites pour eux tous seuls. Encore plus rigolo si on imagine que, pour voir ce qu’il veulent voir, ils faut avoir la main sur un satellite militaire …

 

Tout ça pour dire que la technologie spatiale comme Deus ex machina c’est peut-être sexy, mais c’est pas du tout, mais alors pas du tout crédible.

 

Tient, comme je suis gentil, et que je m’agace parfois de lire de trop grosses incongruités, je m’engage solennellement à offrir gracieusement mon aide à tout auteur de polar qui voudrait mettre un poil de spatial dans ses intrigues.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 21:45

C’est arrivé ! Cela fait deux fois que je vous dit ici qu’un roman de Marin Ledun est passé près de quelque chose de très fort. Cela avait été mon impression avec La guerre des vanités une première fois, et de nouveau avec Zone est (pour d’autres raisons). Et chaque fois je me disais qu’il ne manquait pas grand-chose. Et bien c’est arrivé, il ne manque rien au dernier, Les visages écrasés.

 

Ledun Visages

Valence, une plate-forme téléphonique. D’un opérateur quelconque. Carole Matthieu est médecin du travail. A longueur de journée elle voit défiler ceux qui craquent, qui ne tiennent plus le coup, qui perdent le sommeil, les cheveux, les kilos … Au fil des ordres, contre-ordres, changements de postes, d’objectifs. A cause de la pression d’un management inhumain, lui-même sous la pression d’actionnaires invisibles mais tout-puissants. Carole sait qu’elle ne fait que panser des plaies sans attaquer la racine du mal, qu’elle ne fait que retarder l’inévitable. Alors, pour alerter le monde sur ce qui se passe dans le monde du travail, Carole est prête à tout. Vraiment tout.

 

Et voilà donc, Marin Ledun passe à la vitesse supérieure. Rien à redire à cette charge implacable, à lire de toute urgence. Et ce pour plusieurs raisons.

 

La première est que les romans noirs ayant pour cadre le monde du travail sont suffisamment rares pour que l’on salue Les visages écrasés. J’en oublie certainement, mais je ne vois guère que Dominique Manotti (avec Lorraine connection ou Sombre sentier), François Muratet avec Stoppez les machines !.

 

Ensuite Marin Ledun sait parfaitement de quoi il parle (il est auteur d’un essai sur le thème de la souffrance au travail).

 

Et enfin et surtout, il livre là son roman le plus abouti. Ecrit à la première personne, le roman nous entraîne sans rémission dans la spirale de sa narratrice. Le lecteur étouffe avec elle, enrage avec elle, a envie de hurler avec elle. Pas un seul rayon de soleil dans la descente infernale de Carole Matthieu, pas une bouffée d’oxygène, seulement le stress, la pression, l’horreur. L’enchaînement atroce, de petit renoncement en petit renoncement est parfaitement disséqué, la descente palier par palier, sans possibilité de retour autopsiée.

 

Se pose alors une question. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de révoltes, de grèves ? Comment la société est-elle arrivé à transformer un mouvement ouvrier uni (relativement uni), solidaire (relativement solidaire), fier de son travail même (et surtout) quand il était insupportable et conscient de son appartenance de classe en cet agglomérat d’individualismes, d’égoïsmes, de désespoir, de gens qui croient tous être du bon côté du manche jusqu'au moment où ils le prennent sur la gueule, et surtout de travailleurs qui rentrent le soir honteux de ce qu’ils ont fait durant la journée ?

 

Vous imaginez bien que je n’ai pas la réponse. Et que Les visages écrasés ne l’apporte pas davantage. Mais ne serait-ce que parce qu’il pose la question, ce roman implacable est indispensable.

 

Marin Ledun / Les visages écrasés, Seuil/Roman Noir (2011).

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 21:09

Après une demi déception le mieux est de revenir à du sûr, du solide. En l’occurrence la conclusion d’une série qui, si elle ne changera pas la face de la littérature policière, s’est avérée tout au long de ses titres, solide et bien menée : les enquêtes de Célestin Louise, flic et poilu, créé par Thierry Bourcy. A moins qu’on ne le retrouve dans les Brigades du Tigre, Le gendarme scalpé devrait être sa dernière apparition.

 

Bourcy

Eté 1918, les américains sont arrivés. Les allemands résistent encore mais ont commencé à reculer. C'est alors qu'un gendarme est retrouvé abattu dans une église à l'arrière du front. Abattu et scalpé. Ce qui semble désigner le seul indien de la compagnie américaine du coin. Un soldat qui part seul chasser à la tombée du jour. Mais Célestin Louise, chargé de l'enquête par son commandement ne compte pas s'en tenir aux apparences et va déterrer un vieille affaire. Et montrer une fois de plus que, en temps de guerre comme en temps de paix, l'appât du gain reste un moteur essentiel des actions humaines.

 

Belle conclusion pour une série originale qui a permis à Thierry Bourcy et à son personnage de vivre la grande guerre (et de lui survivre) et d'en explorer toutes les facettes. Une conclusion qui fait la part belle, et c'est justice, à la nouveauté de cette fin de guerre : l'arrivée des troupes américaines.

 

Des troupes américaines décrites au travers du prisme du regard de deux petits français totalement ignorants de ce pays : attrait et fascination, mais également étonnement devant les relations entre blancs et noirs, exotisme de l’indien … Difficile aujourd’hui d’appréhender à quel point, en 1918, les USA étaient une terre totalement inconnue. Difficile mais palpable grâce au roman de Thierry Bourcy.

 

Une fois de plus l’auteur maîtrise son intrigue, l'ancre dans le moment et le lieu choisis, et conclut de belle manière une série fort recommandable.

 

Thierry Bourcy / Le gendarme scalpé, Folio/Policier (2010).

 

PS. Je viens d'apprendre que Thierry Bourcy est en train d'écrire une suite aux aventures de Célestin, retourné dans le civil et intégré aux Brigades du Tigre. Suite mais pas fin donc.

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:54

Après le choc Winslow il faut changer de style, 220 volts de Joseph Incardona me semblait un bon candidat. Court, thématique a priori très classique, donc une sorte d’exercice de style. Bon choix, c’est parti.

 

IncardonaRamon Hill est un auteur ravi de son succès. Deux bestsellers (des romans d'espionnage) lui ont permis de vivre une vie, non pas luxueuse, mais fort confortable. Seulement voilà, c'est la panne. Alors que son agent attend le suivant de pied ferme, Ramon est complètement coincé à quelques chapitres de la fin. Et il se laisse aller.

 

Ce qui n'est pas au goût de Margot, son épouse, qui s'est habitué à bien vivre. Du coup le couple bat de l'aile. Alors c'est décidé. Ils laissent les enfants chez les parents de Margot et filent quelques temps dans leur maison paumée dans la montagne. La solitude, l'air frais, l'exercice, tout cela devrait décoincer Ramon …

 

A moins que cela ne réveille de vieux démons et que la suspicion ne viennent s'installer …

 

Contrairement à Jeanjean je n’ai pas lu les ouvrages précédents de cet auteur, donc je ne peux pas dire s’il est plus à l’aise sur les courtes distances que sur les longues. Ceci mis à part, je partage son avis. C’est de la bel ouvrage.

 

Du grand classique donc : un couple (ou groupe) isolé, les soupçons, le doute qui monte, les antagonismes qui s'exacerbent … La montée de la tension, jusqu'au drame. Puis son dénouement. Très classique, et très efficace quand c'est bien fait. Et Joseph Incardona le fait bien.

 

Bien que sachant plus ou moins où il va arriver, le lecteur se fait prendre, et surprendre. Et l'auteur lui réserve quand même quelques surprises, au moment où il s'y attend le moins. Du bon boulot. Alors certes on n’a pas là un roman qui va révolutionner le genre, ou qu’on citera spontanément dans les 10 grands romans qui nous ont marqué. Mais il se lit avec un très grand plaisir et on ne s’ennuie pas une seconde. C’est déjà pas mal non ?

 

Joseph Incardona / 220 volts, Fayard/Noir (2011).

 

PS. Pour comprendre le titre de mon billet, faut lire le roman.

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 21:52

Boxe et polar ont de tout temps fait bon ménage (comme boxe et film noir d’ailleurs). Le paradoxe du cerf-volant, nouveau roman de Philippe Georget en apporte une fois de plus la preuve.

 

georgetPierre, boxeur professionnel, vient de subir son premier KO. Le début de la fin pour cet ancien champion de France de 27 ans ? Il faut dire que sa vie n’a rien d’enthousiasmant. Après être passé tout près de la gloire, le voilà seul, sans argent, vivotant du salaire de son boulot à mi-temps dans un bar tenu par des amis, sans parents, avec devant lui le spectre d’une descente aux enfers : des combats de plus en plus minables, dans des salles de plus en plus glauques … Ou abandonner … Et entamer une interminable tournée de bars.

 

C’est dans cet état d’esprit qu’il accepte la proposition de son ami Sergueï, réfugié yougoslave, de louer ses services de gros bras à Lazlo qui a besoin de force de frappe pour récupérer ses prêts impayés. Mais là aussi, c’est un échec. Dès sa première expérience Pierre est dégoûté par le rôle qu’on lui fait jouer et entend bien rendre au truand l’argent qu’il a touché. Manque de chance, le lendemain matin, ce sont les flics qui viennent le trouver. Lazlo a été torturé puis abattu. Avec un flingue qui porte ses empreintes digitales. Rapidement relâché, Pierre se retrouve au centre d’une tourbillon qui le dépasse, entre serbes, flics et officines de gros-bras qui semblent tous vouloir quelque chose qu’il n’a pas. Tenté de lâcher prise, il décide de relever la tête, avec l’aide d’Emile, son entraîneur et ami de toujours.

 

Boxe et polar font donc bon ménage. En reprenant cette association gagnante, Philippe Georget assurait aux lecteurs un cadre qui fonctionne. Mais il prenait le risque d’écrire un polar de plus, respectant des codes sans apporter grand-chose, ou de se perdre dans les clichés … Et bien il n’est absolument pas tombé dans le piège. Et réussit pleinement son pari.

 

Grâce à une intrigue soignée, aux rebondissements parfaitement dosés, aux indices savamment distillés … Une intrigue que le lecteur subi, secoué comme le pauvre Pierre qui ne comprend rien à ce qui lui tombe dessus.

 

Grâce au personnage du narrateur qu’il rend totalement crédible. On l’aime ce boxeur, moins con et brute épaisse qu’il ne semble. On l’aime parce qu’on aime ces personnages blessés, plombés par un passé que l’on découvre petit à petit (sorte d’intrigue secondaire parfaitement imbriquée dans la première), ces personnages saisis au moment où ils sont à la limite de la rupture.

 

Grâce aux personnages secondaires jamais caricaturaux, jamais blanc ou noir. Comme le dit l’ami Sergueï, « Dans un films en noir et blanc […] il y a très peu de noir et très peu de blanc, mais une gamme infinie de gris. La vie, finalement, c’est un film en noir et blanc. »

 

Et puis grâce à un écriture qui sait passer d’un récit de cuite, à des pages haletantes décrivant un combat de boxe (ben oui, il y a un combat, c’est quand même la moindre des choses !), d’un douloureux retour vers une enfance que l’on devine traumatisante à la description (tout aussi douloureuse), du merdier yougoslave … Et même, parfois, quelques touches d’humour.

 

Bref, un excellent polar, humain, tendre et amer, aux odeurs de sang, de cuir et de sueur.

 

L’ami Cynic (qui ne l’est pas tant que ça) a aimé lui aussi.

 

Philippe Georget / Le paradoxe du cerf-volant, Jigal (2011).

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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 23:35

C’est peu de dire que je l’attendais le DOA / Manotti. Et contrairement à ce qu’il se passe parfois, j’étais certain de ne pas être déçu. Et je ne m’étais pas trompé, L’honorable société répond à toutes les attentes.

DOA Manotti

 

Benoît Soubise, ancien barbouze travaille maintenant au CEA, en étroite collaboration avec son directeur. Deux jour avant le premier tour des élections présidentielles, il est tué par deux pros qui se trouvent dans son appartement pour pomper le disque dur de son portable. Coup du sort, au même moment, un trio d’écologistes radicaux est en train de pirater le même ordinateur, et via la webcam enregistre le meurtre.

 

Pour le candidat de droite, très proches des milieux d’affaires, il est indispensable que la piste écologiste radicale soit privilégiée durant l’enquête, pour éviter à tout prix toute allusion à des manœuvres de privatisation en cours, au moins jusqu’au second tour. Mais le commandant Pâris, de la Criminelle ne l’entend pas de cette oreille, d’autant plus qu’il va retrouver sur son chemin de vieilles connaissances. Des connaissances du temps où il était dans la brigade financière, dont il s’est fait virer pour s’être trop approché du soleil …

 

Je lis ici et là que DOA et Dominique Manotti ont parfaitement réussi leur coup malgré leurs différences … Etrange, pour moi il était évident que cette collaboration ne pouvait que fonctionner. Ils ont le même type d’écriture, sèche, directe, sans gras. Ils affectionnent le même type d’intrigues, d’une précision d’horloger, complexes et parfaitement maîtrisées. Ils aiment tous les deux mettre à jour les dysfonctionnements de nos élites, les jeux de pouvoirs politiques, les liens et/ou manipulations entre média et dirigeants du pays … Ils étaient vraiment faits pour s’entendre, ils se sont magnifiquement entendus.

 

Collusion entre pouvoir politique et pouvoir économique, manipulation des medias, pressions sur la police et la justice … Une intrigue millimétrée, une construction complexe maîtrisée de mains de maîtres, une écriture sèche, nerveuse, au cordeau … Un suspense sans faille, des dialogues qui claquent et des personnages incarnés en quelques phrases … comme prévu DOA et Dominique Manotti se sont superbement trouvés et complétés.

 

Impossible de dire qui a écrit quoi, qui a amené quoi … On peut supposer que les jeux et enjeux économiques ont été plus creusés par Dominique Manotti, et que l’idée de faire mener une enquête à deux journalistes anglais est plutôt de DOA … On peut ainsi retrouver un peu de chaque, mais on trouve surtout un travail d’une grande cohérence et unité de ton.

 

Et une analyse dramatiquement rattrapée par l’actualité, en ces jours où le nucléaire japonais est au bord du gouffre … Certes, garder la maîtrise publique de telles installations n’est pas le garant d’une gestion sans risque, mais que dire de la tentation de la brader au privé, dont on connaît la rapacité (ou si on veut être mignon, la nécessité de profit à très court terme …) ? Une lecture passionnante, salutaire et qui devrait être obligatoire, à un an de nouvelles élections.

 

L’ami Jeanjean a aimé lui aussi, sur son blog, DOA se voit rejoint par l’actualité brulante.

 

DOA / Manotti / L’honorable société, Série Noire (2011).

 

PS. J’oubliais … Toute ressemblance avec des personnages et des situations bien connus est loin d’être un hasard, et je vous déconseille la lecture de L’honorable société les jours de blues, parce que ça finit pas bien …

 

PPS. Dernière chose, ce n’est certainement pas un hasard si le titre qui désigne nos dirigeants désigne aussi la mafia …

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 21:39

Je ne lis pas de romans pour ados en général. Peut-être ai-je tord … Mais comme j’ai un peu passé la limité d’âge, et que mes minots sont encore un peu jeunes, je n’en lis pas. J’ai fait une exception parce que j’étais curieux de voir ce que pouvais donner un roman d’A. H. Benotman pour les jeunes. Ca s’appelle Garde à vie. Je n’ai pas été déçu.

 

BenotmanHugues s'est fait arrêter alors que la voiture volée avec laquelle lui et un copain s'amusaient finissait son rodéo dans un abribus. Son pote a réussi à s'échapper, lui se retrouve en cellule en attente de voir le juge. Puis la prison. Un lieu auquel rien ne l'a préparé, un lieu où il va devoir affronter ses peurs, les brimades, et surtout le vide des journées et le vide d'un avenir foutu.

 

Très court texte, entre réalité et fantasme, entre réalisme sordide et vide et cauchemars de plus en plus oniriques …

 

A. H. Benotman brouille les pistes, embrouille son lecteur, pour mieux rendre palpable un univers qui broie ceux qui y sont soumis, quels qu'ils soient. Une machine à déshumaniser au lieu d'un lieu d'insertion, une machine qui ôte quasiment toute possibilité de seconde chance …

 

Roman court mais terrible, qui laisse une forte impression. Ma seule interrogation, à laquelle vous pourrez peut-être répondre : à partir de quel âge peut-on lire et apprécier ce texte ? Ce qui est certain, c’est que les adultes peuvent le lire. Doivent le lire.

 

A.H. Benotman / Garde à vie, Syros/Rat noir (2011).

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 20:49

J’ai ouvert Le jaguar sur les toits, premier roman de François Arango, avec une furieuse envie de l’aimer. Un nouvel auteur, le Mexique, Métailié, trois raisons pour apprécier. C’est pourquoi je suis absolument désolé de ne pas avoir été conquis. Explication.

 

ArangoMexico, DF. Castillo, homme d’affaire récemment viré d’une grande entreprise pharmaceutique a disparu depuis quelques jours quand son cœur est livré à la famille. Avec le paquet macabre, un message en forme de rébus qui semble promettre de nouvelles victimes. Il semblerait que l’homme ait été tué suivant les anciens rites précolombiens.

 

Alexandre Gardel, journaliste français spécialisé dans les affaires de tueurs en série est envoyé sur place par son journal. Il sera épaulé par la belle et énergique anthropologue Catarina Marín, et par le flic mal embouché mais efficace (et intègre) qui mène l’enquête. L’affaire les mènera sur les traces des anciens cultes et dans les forêts du Chiapas.

 

J’avais donc très envie d’aimer ce roman. Et il a, objectivement quelques atouts. Essentiellement la richesse du fond : Belle description de la ville de Mexico et une connaissance visiblement approfondie des manœuvres des grands labo pharmaceutiques (l’auteur est médecin), du pillage des ressources naturelles par ces mêmes labos, des civilisations précolombiennes, de la situation au Chiapas … Tout cela est bel et bon.

 

Mais cela ne fait pas une histoire. Dans La malédiction Hilliker, James Ellroy explique comment son Underworld USA est vraiment né, non pas de la documentation rassemblée, ni de l’envie d’écrire sur une période, mais au moment où il a eu le braquage du fourgon initial et le personnage de Joan Klein … Il avait trouvé le fil narratif. Et justement, voilà ce qu’il manque au roman de François Arango.

 

Les personnages, pour commencer, ne sont que des silhouettes. Ils manquent de chair, de nerfs, de tripes. A vouloir en construire trop, on ne s’attache à aucun. Et puis, mis à part le flic qui, à mon humble avis, est le plus réussi et celui qui a le plus de potentiel, les autres sont bien lisses, sans faiblesses, sans faille mais aussi, du coup sans passion (du moins, on ne sent pas leurs passions). Donc on se fiche un peu de ce qui leur arrive.

 

L’autre face du polar, le méchant, est lui aussi assez terne. On ne comprend ce qui l’anime que dans les grandes lignes, mais pas dans le détail. On ne sent pas sa rage, sa hargne, sa colère, sa haine. Donc là aussi, on reste froid. Et certaines de ses actions semblent artificielles, voire incohérentes.

 

Dommage car une fois de plus le fond est intéressant, les dialogues marchent bien, certaines descriptions sont belles, et le personnage du flic prometteur …

 

J’attends impatiemment vos commentaires si vous avez une autre (ou la même), appréciation …

 

François Arango / Le jaguar sur les toits, Métailié (2011).

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 23:12

Après le magnifique et éprouvant Les derniers jours d’un homme, Pascal Dessaint avait sans doute besoin d’espace, d’air pur et d’un peu de détente. Il a trouvé tout cela avec Le bal des frelons. Mais attention, l’air pur peut se révéler vicié, et la détente être un poil grinçante …

 

Dessaint

Un village paisible au pied de la montagne ariégeoise. Il y a là Michel, le maire, pas toujours très net ; Maxime l’apiculteur ; Antonin le retraité (ancien maton) ; Rémi, un peu « bizarre » qui parle à ses deux poules et à son amie, morte depuis quelques temps ; Coralie, la secrétaire du maire, vieille fille qui voudrait mais n’ose pas ; Martine l’épouse d’Antonin. Il y a aussi des frelons asiatiques, un ours, un hérisson, les abeilles, les poules de Rémi … Un village paisible donc. En apparence. Car comme ailleurs pouvoir, argent et sexe mènent la danse. Un danse mortelle.

 

Retour dans le sud-ouest donc pour Pascal Dessaint. Mais pas encore à Toulouse. Comme pour son Poulpe, il plante sa plume dans les montagnes ariégeoises. Avec délectation, humour et une bonne dose de méchanceté (pas toujours) tendre. Une vraie hécatombe que ce bal des frelons, et les frelons en question ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Un roman choral comme il les aime, parfaitement maîtrisé, grinçant et réjouissant.

 

L’occasion aussi de râler, une fois encore, contre les quatrièmes de couverture. Il y est dit que cette « farce drôle et cruelle » (ça c’est vrai), « rappelle Siniac » (pas mal trouvé) « ou le Charles Williams de Fantasia chez les ploucs ». Là, deux hypothèses. Soit je n’ai rien compris au roman, soit celui (ou celle) qui a pondu cette comparaison n’est pas allé plus loin que le titre du roman de Charles Williams. Ce n’est pas parce que Le bal des frelons se déroule effectivement « chez les ploucs » et qu’il s’y passe de drôles de choses que les deux romans ont un rapport ! Car ils n’en ont aucun.

 

Fantasia est très drôle, on y éclate de rire sans restriction, il tire son humour du regard décalé du narrateur (un enfant qui ne comprend pas forcément tout) et utilise toutes les ressources du quiproquo et du burlesque. Toujours drôle, jamais grinçant ou pessimiste, on est dans le registre de la grosse farce (grosse mais subtilement amenée) et ça marche. Si on voulait absolument trouver une analogie américaine à ce bal ariégeois, c’est plutôt du côté de l’humour très noir et de la vision pessimiste de la nature humaine de 1275 âmes qu’il faudrait aller chercher (même si la structure narrative n’a rien à voir).

 

Ceci dit, je râle, mais cela n’enlève rien au roman. Après tout, être comparé à Pierre Siniac et Jim Thompson, il y a pire, surtout quand on tient le choc de la comparaison.

 

Pascal Dessaint sera à Ombres Blanches samedi 12 à partir de 18h00 pour rencontrer ses lecteurs.

 

Pascal Dessaint / Le bal des frelons, Rivages/Thriller (2011).

 

PS. Si vous n’avez pas de nouvelles pendant quelques jours, ne vous inquiétez pas, je ne vous abandonne pas, je suis juste plongé dans le pavé de février, les presque 800 pages du dernier Jo Nesbo.

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Published by Jean-Marc Laherrère - dans Polars français
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